Message d’une fleur d’été : la capucine ..

 » La capucine n’est pas ce que l’on croit. Cette petite fleur de nos jardins, en apparence sans histoire , cache un amour brûlant. Celle ou celui à qui on l’offre, en bouquet, reçoit la plus torride des déclarations d’amour. Paradoxalement, la fleur orange parle aussi d’indifférence. Ou peut-être la reproche-t-elle. En effet, elle dit à la fois : « je meurs d’amour pour vous« , et lorsqu’elle est jaune ou orange : « rien en charme de votre cœur« . Marron, elle se désole : « votre cœur reste fermé » Enfin, pourpre, elle jette : « vous ne pouvez plus aimer« .

Tout cela ne l’empêche pas d’être aussi considérée comme porte chance. Louis XIV accompagne ses souhaits de bonheur à Madame de Maintenon par cette nouvelle venue dans les serres de Versailles, qui arrivera bientôt dans les jardins de campagne. Au temps où le blé se fauche à la main, les femmes du village qui apportent leur déjeuner aux moissonneurs ajoutent aux plats des capucines fraîchement cueillies afin de porter chance aux moissons. Comment s’y retrouver dans tous ces messages ?

On peut imaginer que la personne qui offre des capucines, en proie à la passion, s’interroge sur les sentiments de l’aimé(e), si insaisissable que c’en est agaçant. D’où le « vous ne pouvez plus aimer« , l’un des messages les plus cruels du langage des fleurs. Pas d’affolement, il ne s’agit que des paroles d’un soupirant dépité, rien de vraiment sérieux. On peut continuer à danser la capucine, même s’il n’y a plus de pain chez nous. » Nicole PARROT (Écrivain française  – Extrait de son livre Le Langage des fleurs)

CAPUCINE 1

Normandie-Impressionniste 2020 : François DEPEAUX – L’homme aux 600 tableaux

Hélène Tilly - Chargee de projets communication et partenariats ...

DEPEAUX
François DEPEAUX (1853-1920)

 » En offrant cette collection à la ville de Rouen, mon but est de contribuer à la réputation artistique de notre vieille et chère cité, en même temps que de rendre hommage à un art et à des artistes qui, en m’apportant à mieux voir la nature, m’ont, en même temps, appris à mieux les aimer.  » François DEPEAUX au maire de Rouen Mr Auguste LEBLOND en 1909, lors de sa donation.

Si vos vacances vous amènent jusqu’en Normandie, et que vous aimez la peinture impressionniste, je vous encourage  à vous rendre au musée des Beaux-Arts de Rouen qui, au travers du festival Normandie Impressionniste,  offre un bel hommage,  à celui qui fut un grand amoureux de ce mouvement, un mécène, collectionneur compulsif, averti, avisé, redoutable, éclectique, visionnaire, surnommé le charbonnier par Claude Monet  : François Depeaux, magnat du charbon, homme très attaché à sa région natale  et qui a tout fait pour la faire rayonner dans le domaine de l’art. Il a même ouvert, avec fierté, sa propre galerie en 1896 pour que le tout à chacun puisse venir admirer les tableaux de sa superbe collection.

Une collection qui a débuté  en 1890. Il a eu la chance de  rencontrer  un grand nombre de peintres qui en faisaient partie ( Monet, Renoir, Pissarro, Boudin etc… ) , et il en a aimé certains plus que d’autres notamment Sisley. Il s’est porté acquéreur de toiles  à une époque où la célébrité commençait à pointer pour certains de ceux qui les avaient peintes , donc leur côte était parfois  assez élevée.

L’histoire raconte  qu’il possédait  600 toiles de peintres impressionnistes et post impressionnistes . Un peu plus de la moitié a été identifiée. Il a fait don de 53 tableaux (52 peintures et 1 pastel)  au musée des Beaux-Arts de Rouen en 1909, signés par des noms célèbres et d’autres un peu moins mais qui le deviendront … . Des salles à  son nom seront crées pour les accueillir et furent inaugurées en 1909.

Elles font partie d’une exposition permanente dans ce lieu et ne doivent jamais être prêtées. Pour l’exposition, certains autres chefs-d’œuvre sont venus les rejoindre en provenance de collections particulières, et de musées qui se trouvent  aux Etats-Unis, Angleterre, Japon, Allemagne, etc… Il y a également deux Toulouse-Lautrec sur les six qu’il possédait. Des tableaux qui ont fait partie de sa collection et qui se sont dispersés après sa mort. Elle s’intitule :

«  François DEPEAUX – L’homme aux 600 Tableaux  » jusqu’au 15 Novembre 2020 (date prolongée  en raison de l’épidémie )

ROUEN Mme FABRE TOULOUSE LAUTREC
 » La toilette, Madame FABRE  » 1891 Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Collection particulière)

L’exposition nous permet d’aller à la rencontre de cet homme, le collectionneur surtout, et se présente de façon chronologique. Le musée des Beaux-Arts de Rouen est vraiment un beau musée. Inauguré en 1888, il est considéré comme l’une des plus riches institutions muséales de province après le Louvre, notamment en raison de ses peintures françaises des XVIIe et XVIIIe siècles qui sont vraiment superbes.Il doit son remarquable fonds de peintures et dessins,  en grande partie à des donations importantes.

ROUEN Vue intérieure du musée Charles ANGRAND
« Vue intérieure du musée de Rouen » 1880 Charles ANGRAND (Musée des Beaux-Arts de Rouen)
ROUEN été RENOIR
 » Été  » 1868 Pierre Auguste RENOIR ( Collection Alte Nationale Galerie de Berlin) – Ce tableau illustre l’affiche de l’exposition

Un petit mot sur la peinture à Rouen. Il faut savoir que les peintres se sont rendus dans cette ville dès la Renaissance. Dans les années  1820/1830 elle est même devenue incontournable pour de nombreux peintres anglais d’abord, puis français ensuite. pour ce qui est des paysages urbains, son industrialisation, l’animation de la ville, et ce notamment pour les impressionnistes. La ville les intéressait, mais pas que ! La campagne environnante aussi, la côte normande. Une vaste palette était à leur disposition avec une destination géographique proche de Paris.

François Depeaux est né en 1853 à Bois-Guillaume, près de Rouen. Il a eu une sœur aînée qui est décédée adulte. Son père était à la tête de deux affaires : une dans les tissus et l’autre dans le charbon. C’est la seconde qu’il choisira de reprendre en 1880. Cette année-là, il épouse Eugénie Décap. Une histoire d’amour qui va se solder par un divorce en 1904. Compte tenu du fait que leur contrat de mariage avait été enregistré deux mois après leur union, le commerce de charbon appartenant à François était tombé en bien de la communauté. Ce qui causera de gros problèmes financiers lorsqu’ils vont se séparer . Ils ont eu trois enfants : Alice, Marguerite et Edmond.

Lorsqu’il reprendra  l’affaire familiale de charbon, il va savoir  parfaitement la faire progresser, se montrer redoutable et audacieux en tant qu’homme d’affaires mais toujours très attentif aux conditions de travail de ses ouvriers, créant un restaurant pour eux, luttant contre l’alcoolisme trop souvent présent. Certes il est redoutable mais bienveillant. En dehors de cela, il a créé les premiers bains-douches à Rouen ( 1897 ) et en bon  propriétaire de yacht qu’il était, il a fait créé un port spécial pour ce type de bateaux.

Un grand amoureux de l’art pictural qui se lancera en tant que collectionneur en 1890. Sa passion de départ comme je l’ai dit  : l’impressionnisme. Il rencontre Monet à Rouen par l’intermédiaire de son frère, Léon Monet. Le peintre est venu dans la ville pour sa série des Cathédrales. Depeaux deviendra,  à partir de là,  l’un de ses plus fidèles soutien,  l’un des premiers à acheter une toile de ladite série.  Tout comme il le sera pour en aider bien d’autres d’ailleurs, notamment pour Alfred Sisley ou Camille Pissarro.

 » La cathédrale de Rouen par temps gris  » 1894 Claude MONET (Musée des Beaux-Arts de Rouen)

Non seulement il achète, paie généreusement mais s’occupe du mouvement impressionniste dès ses débuts hésitants jusqu’à son succès. Il sera l’un de ses plus fidèles défenseurs. Outre le côté financier pour les aider lorsque cela est nécessaire, il est disponible lorsqu’ils ont un problème comme par exemple Pissarro à qui il propose des locaux lui appartenant pour qu’il puisse peindre sereinement à Rouen ; ou bien encore à Monet qui rencontrait quelques difficultés pour peindre tranquille ses Cathédrales depuis la fenêtre d’une boutique : il lui fournira un paravent pour éviter que les clientes ne viennent constamment lui parler et le dérange dans sa peinture.

ROUEN Route effet de neige soleil couchant MONET
 » Route effet de neige soleil couchant  » 1869 – Claude MONET (Musée des Beaux-Arts de Rouen)
ROUEN Coucher soleil MONET
 » Coucher de soleil à Lavacourt  » 1880 Claude MONET ( Collection particulière)
ROUEN Les dindons MONET
 » Les dindons  » – 1877 Claude MONET ( Musée d’Orsay )

Par ailleurs, il fut admiratif et a beaucoup œuvré  pour les peintres dits de l’École de Rouen, n’hésitant jamais à les soutenir financièrement, jouant de son influence pour qu’ils soient reconnus et appréciés,  les encourageant .  Ces derniers sont longtemps restés des peintres locaux, voire même ignorés. Fort heureusement, leurs tableaux issus de certaines collections comme celle-ci ou exposés lors de manifestations internationales, ont permis qu’ils soient re-découverts et c’est heureux qu’il en soit ainsi.

L’École de Rouen ce sont de peintres  unis par leur travail et une solide amitié pour certains d’entre eux  : Charles Angrand, Jules Lemaître, Charles Fréchon,Marcel Couchaux, Henri Ottoman, Albert Lebourg, et Joseph Delattre. Tous ont débuté la peinture dans la ville de Rouen. Impressionnistes (néo-impressionnistes et un zeste fauvistes aussi pour certains )  certes, mais pas semblables aux autres pour autant. Bien sur ils ont aimé les paysages en extérieur, ceux de la campagne normande, mais aussi les sujets de la vie moderne ruraux, industriels, citadins.

ROUEN Pinchon le pont des anglais
 » Le pont aux anglais, soleil couchant  » 1904/05 – Robert Antoine PINCHON (Musée des Beaux-Arts de Rouen)
ROUEN mon jardin au printemps DELATTRE
 » Mon jardin au printemps  » 1902 – Joseph DELATTRE ( Musée des Beaux-Arts de Rouen)
ROUEN La dame au balcon Henri OTTMANN
 » La dame au balcon  » 1906/07 Henri OTTOMAN (Musée des Beaux-Arts de Rouen)
ROUEN Vieux paysan fumant la pipe COUCHAUX
 » Le vieux paysan fumant la pipe  » Marcel COUCHAUX ( Musée des Beaux-Arts de Rouen)

S’il est heureux dans ses contacts avec l’art, il ne le sera pas dans sa vie familiale. Il entretiendra une liaison extra-conjugale qui va faire scandale dans la ville. Pour calmer le jeu, il paiera  sa maîtresse … très cher ! Par ailleurs, il n’approuve pas le mariage de sa fille et décidera de ne pas y assister. Après quoi, furieuse, sa femme demande le divorce et les ennuis commencent : vente de sa merveilleuse collection de tableaux, soit 300 pièces . Il fera tout pour en racheter une bonne partie, l’autre s’envolera malheureusement. Il se remariera en 1909 avec Alphonsine Blanche Bellé.

J’ai parlé au début de certaines préférences qu’il a pu avoir auprès des peintres impressionnistes. C’est le cas de sa grande admiration pour Alfred Sisley. On ne peut pas dire que ce peintre, malheureusement, ait connu le succès de son vivant. S’il a pu survivre dans sa peinture c’est, notamment, grâce au marchand d’art Paul Durand-Ruel qui lui achetait bon nombre de ses tableaux.

C’est d’ailleurs  par l’intermédiaire de ce dernier, que François Depeaux a pu acquérir des tableaux de Sisley et se constituer un très belle collection de ce peintre qu’il admirait énormément, à un point tel qu’il l’ invitera  chez lui à deux reprises en 1893 et 1894. Il fut touché par l’œuvre de Sisley, son travail en extérieur presque exclusivement, sa touche harmonieuse, fluide, lumineuse.

ROUEN La barque Alfred SISLEY
« La barque pendant l’innondation à Port-Marly  » 1876 – Alfred SISLEY (Musée des Beaux-Arts de Rouen)
ROUEN l'abreuvoir SISLEY
 » L’abreuvoir à Marly  » 1875 Alfred SISLEY( National Gallery de Londres)
ROUEN sentier au bord de l'eau SISLEY
 » Le sentier au bord de l’eau à Sahurs le soir  » 1894 Alfred SISLEY (Musée des Beaux-Arts de Rouen)
ROUEN SISLEY Moret au coucher du soleil
 » Moret au couchet du soleil  » 1888 Alfred SISLEY ( Cincinnati Art Museum )

François Depeaux est décédé en 1920. Il est enterré au cimetière communal de Rouen. Lorsqu’il est mort, malheureusement sa collection va être dispersée lors de quatre ventes aux enchères.

 

Août 2020 …

Dictons du mois d’août :

 » Les brouillards d’août emportent les châtaignes  »

 » Tels les trois premiers jours d’août, tel le temps de l’automne  »

 » Tonnerre au mois d’août, abondance de grappes et bon moût  »

 » Temps beau en août annonce un hiver en courroux  »

 

Hello August collage | Strand

Le Père Tanguy …

 »  » Emmitouflé dans son épaisse veste bleue et coiffé d’un chapeau de paille, Julien-François Tanguy sourit placidement, comme un bouddha. Derrière lui, les crépons japonais forment un jeu de couleurs éclatantes et des lignes dynamiques. Que le chapeau du père Tanguy soutienne à lui tout seul le Fuji-Yama amuse beaucoup Van Gogh et son modèle.

Tanguy, l’ancien broyeur de pigments, établi comme marchand de couleurs depuis 1867 dans une boutique de la rue Clauzel, se demande bien pourquoi Van Gogh se plaît à le faire poser si souvent. Pourtant les modèles ne manquent pas ! Et Madame Tanguy trouve que c’est une pure perte de temps quand on a un commerce à faire tourner.

Quant au peintre, il a de l’affection pour cette ancien Communard qui n’hésite pas à déclarer d’un ton bourru :  » Un homme qui vit avec plus de cinquante centimes par jour, c’est une canaille« . Il est trapu, le cheveu ras, les sourcils épais et la barbe grisonnante.Il ne fait pas de mystère de son amour pour la peinture impressionniste qu’il défend farouchement en l’exposant dans la vitrine de son échoppe et échange parfois avec ses peintres : Pissarro, Guillaumin, Renoir, Sisley, Signac ou Toulouse-Laurec, des tableaux contre la fourniture de toiles et de couleurs.

Depuis quelques années, sa boutique est le seul endroit à Paris où l’on peut contempler des œuvres de Cézanne, Gauguin ou Van Gogh. N’est-ce-pas là que Renoir a amené le collectionneur Victor Chocquet pour qu’il puisse y voir des Cézanne. C’est là aussi qu’Ambroise Vollard a découvert le tableau du peintre d’Aix dont il voulait devenir le marchand.

Le père Tanguy appréciait grandement la compagnie des artistes qu’il accueillait dans son modeste commerce devenu un lieu de rencontres et de discussions passionnées d’une jeune génération de peintres : les Nabis (Maurice Denis, Édouard Vuillard, Paul Sérusier) mais aussi les réguliers comme Toulouse-Lautrec ou Louis Anquetin.

Van Gogh, quant à lui, a commencé à fréquenter le marchand et à nouer une solide amitié avec lui, quand il logeait chez son frère Théo, rue Laval, non loin de la boutique. Van Gogh disait, comme s’il s’agissait d’une ambition  » Si j’arrive à vivre vieux, je serais comme le Père Tanguy ! «  . Dans son portrait, il voulait montrer la bienveillance et l’altruisme de ce bonhomme . Avec ses  yeux bleus, à la fois sombres et rayonnants qui regardent tendrement les tableaux, le Père Tanguy ne peut avoir été un  » pétroleur enragé « . C’est ce que pensait Van Gogh. En tous les cas, les seules couleurs peuvent désormais l’enflammer,comme elles éclairaient sa misérable condition, comme elles illuminaient sa vitrine.

Portrait du père Tanguy (V van Gogh - F 363/JH 1351) | Flickr
Portrait du Père TANGUY – Vincent VAN GOGH  1887/1888   » Van Gogh a fait un admirable portrait du père Tanguy.  Sa boutique était tout à fait minuscule et sa vitrine si petite qu’on ne pouvait y montrer qu’un tableau à la fois. C’est là que nous avons commencé, chacun de nous, à exposer nos toiles. Le lundi, Sisley, le mardi, Renoir, le mercredi, Pissarro, moi le jeudi, le vendredi, Bazille, et le samedi Jongkind. C’est donc ainsi que chacun à son tour nous passions une journée dans la boutique du père Tanguy. Un jeudi, je bavardais avec lui sur le pas de sa porte, quand il me désigna du doigt un vieux petit monsieur, portant collier de barbe blanche, important, chapeau haut de forme, qui descendait à petits pas la rue. C’était Daumier, que je n’avais jamais vu. Je l’admirais passionnément et mon cœur battait fort à la pensée qu’il allait peut-être s’arrêter devant ma toile. Prudemment, nous rentrâmes dans la boutique, Tanguy et moi, et, au travers des rideaux de lustrine que j’écartai un peu, je guettai le grand homme. Il s’arrêta, considéra ma toile, fit la moue, haussa l’une de ses épaules et s’en alla.  » Claude MONET

Il était devenu une sorte de sage très révolté dans sa sagesse et pondéré dans sa révolte  » disait Émile Bernard.

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Portrait du Père Tanguy – Émile BERNARD 1887 –  »  L’école de Pont-Aven est née dans la boutique du père Tanguy .Pendant des années, on allait chez Tanguy comme au musée pour voir les quelques études de l’artiste inconnu Paul Cézanne. Il était alors une des rares personnes à croire en son talent. Les membres de l’Institut, les critiques influents et les critiques réformateurs visitaient ce modeste magasin, devenu à son insu la fable de Paris et la conversation des ateliers ». Emile BERNARD

Van Gogh veut faire du père Tanguy une sorte d’icône car il sait qu’il faut rendre hommage à celui qui, dans les fièvres mercantiles agitant le marché de l’art, croit en la peinture moderne avec ingéniosité et désintéressement. Du père Tanguy, Mirbeau dira dans son éloge funèbre de l’Écho de Paris en 1894 :  » l’histoire de son humble et honnête vie est inséparable de l’histoire du groupe impressionniste, lequel a donné ses plus beaux peintres, les plus admirables artistes de l’art contemporain et, lorsque cette histoire se fera, le père Tanguy y aura sa place. » Octave Mirbeau organisera une vente pour permettre à Madame Tanguy de vivre chichement à l’abri du besoin. Vollard y acheta des Cézanne à moins de cent francs …. et les revendra à dix mille !  » Thomas SCHLESSER et Bertrand TILLIER  ( Tous deux Historiens de l’art, français )

Le plongeon …

 » Les questions se bousculent avant le grand bond :
« Est-elle trop froide ? Vais-je toucher le fond ? »
Et d’autres encore à propos de l’impulsion.
Je m’avance et recule, plein d’hésitations.

Ces pas en rond comme un grand fauve dans sa cage
sont ceux que l’homme adopte souvent à cet âge
où il s’interroge soudain sur son empreinte
et commence à chercher le plaisir dans la crainte.

Mon désir renforcé par cette appréhension,
peur de l’envol, peur d’une brutale immersion
dans une onde noire d’apparence glacée,

Toujours vient cet instant où mon esprit décroche,
quand mes pieds sont encore agrippés à la roche
alors que mon corps, lui, s’est déjà élancé !  » Hervé MAURY ( Poète français )

Plongeur gustave CAILLEBOTTE
 » Le plongeur  » Gustave CAILLEBOTTE

Concerto Grosso Op.3 N°3 … Francesco GEMINIANI

François BOUCHER (1703-1770) - Portrait du compositeur Francesco ...
Portrait de Francesco GEMINIANI par François BOUCHER

 

(Vidéo : L’Ensemble EUROPA GALANTE / Direction Fabio BIONDI )

Geminiani ( 1687/1762 ) fut un violoniste virtuose. Premier violon dans l’Orchestre de Naples, concertiste très apprécié, théoricien, chef et un merveilleux compositeur.

Son style fut, dans un premier temps, celui de l’époque italienne. Puis il changera lorsqu’il résidera en Grande-Bretagne et en Irlande, souhaitant vivement plaire et satisfaire le public de ces deux pays.

Ce très beau Concerto fait partie d’un recueil de six publié en 1732. Il est brillant, expressif, virtuose, un peu dans l’esprit de son maître, le violoniste Arcangelo Corelli.

Giacomo CASANOVA …

CASANOVA Portrait de Giacomo CASANOVA 1760 Raphaël MENGS
« Portrait de Casanova » 1760 – Raphaël MENGS

 » Si sa vie fut un opéra, Venise en est l’ouverture et le thème. Il y est né dans une ruelle prémonitoire, long boyau ocre aujourd’hui silencieux, la Calle della Commedia. C’était alors le broadway de la lagune, le quartier des théâtres. Nous sommes le 2 Avril 1725. Père comédien, mère comédienne et volage, Giacomo Casanova fut, peut-être, le fruit de ses amours avec un patricien, Michele Grimani, comme son frère Francesco serait, dit-on, le fils illégitime de George II de Grande Bretagne, encore Prince de Galles lors de son passage à Venise.

L’enfant est éduqué par sa nonna, grand-mère affectueuse installée au bout de la même rue. Une petite cour pavée ceinte d’immeubles modestes. Ses parents partent et reviennent sans se soucier du gamin qui montre cependant un visage sépulcral et saigne sans cesse du nez. Un jour la grand-mère  le couvre d’une couverture sombre et le fait discrètement embarquer sur une gondole. La brume monte des eaux mauves tandis que l’embarcation, couleur d’ébène, passe sous les ponts de pierre, croise les paline avant de doubler l’île de San Michele et de glisser en silence vers celle de Murano. La nonna, comme si elle était suivie, avance au rythme de ses regards furtifs. Une fois à terre, elle mène le petit Giacomo dans une espèce de taudis où vit une vieille femme : sorcière ou fée elle garde pendant toute la nuit sa créature qu’elle soigne à coups de caresses, de drogues brûlées et de conjurations. Guéri temporairement, l’enfant jure à sa grand-mère de ne pas raconter ce qu’il  a vu. C’est sa première initiation à la vie secrète des hommes, celle des coulisses, des pactes et bientôt des alcôves. Tous les sortilèges cependant, ne soignent pas l’enfant de l’humidité.

CASANOVA La petite rue qui s’enfonce était la Calle della Commedia Elle s’appelle désormais Calle Malipiero Venise Italie
La petite ruelle qui s’enfonce était autrefois la Calle Della Commedia. De nos jours elle s’appelle Calle Malipiero ( Venise / Italie )

A dix ans il part en pension pour Padoue où il découvre le jour les plaisirs de l’esprit,  et la nuit, en compagnie de Bettine, ceux du corps. Revenu à Venise, docteur en droit civil et canonique, il reçoit à dix-sept ans les ordres mineurs. C’est un homme. Il a compris le métier de ses parents, commediante, est le seul qui vaille. Il est prêt pour le premier acte. C’est dans l’église San Samuele, sur le Grand Canal, à quelques mètres du palais Grassi qu’il enfile son nouveau costume, celui de prédicateur. Grand, brun, yeux perçants, Casanova commence par un vers d’Horace. C’est un triomphe. L’assemblée l’acclame. Des billets d’admiration lui parviennent de toutes parts. Quelques-uns viennent de San Zaccaria, couvent de nonnes bénédictines, où les nobles vénitiens enferment certaines de leur fille pour ne pas avoir à payer de dot. Il tombe amoureux de l’une d’entre elles. Aujourd’hui une caserne a remplacé les parloirs que Francesco Guardi a immortalisé sur la toile et les carabiniers n’ont pas les charmes des moniales claustrées qui attendaient un libérateur.

CASANOVA Église San Samuele Venise Italie
Église San Samuele / Venise ( Italie )
CASANOVA Parloir du couvent San Zaccharia 1750 60 Francesco GUARDI
« Parloirs du couvent San Zaccharia  » 1750/60 Francesco GUARDI

Pour son deuxième prêche, le désinvolte arrive en retard, les vêtements en désordre, passablement ivre dans l’église : c’est un désastre et un scandale ! Le jeune aventurier devient alors le protégé du vieux Malipiero, un jouisseur avide de chair fraîche (ce praticien a donné son nom à la Calle della Commedia ) – C’est dans une des pièces de son palais que Malipiero a surprit un jour le jeune Casanova en train d’étudier l’anatomie de sa propre maîtresse Teresa Imer. Le séducteur sera disgracié . Il quitte Venise.

CASANOVA Palais Malipiero à Venise
Palais Malipiero à Venise (Italie)

Quand il revient, au début des années 1750, le jeune abbé n’est plus qu’un lointain souvenir. Soldat, magicien, avocat, médecin, l’imposteur a exercé tous les métiers en parcourant l’Europe(initié à la franc-maçonnerie à Lyon ) – Nuits à trois, parties fines, voyeurisme, il a goûté , avec méthode et sans aucun scrupule, à tous les jeux de l’amour. L’esprit fort ne craint plus rien, ni personne.  Il a retrouvé l’abbé Bernis , amis Versaillais, qu’il guide de ridotti en chambres closes pour une course effrénée aux plaisirs. Il fréquente les théâtres, parade devant les émissaires étrangers, confie ça et là qu’il a des colloques avec des démons de toutes les classes, qu’il connaît le secret des chiffres, possède des traités occultes et fait de la magie. Il fanfaronne comme d’habitude.

CASANOVA Cardinal de Bernis
Portrait du Cardinal François Joseph De  Bernis – 1744 – Peintre inconnu.  « Sur le chemin du plaisir, un peu encombré à Venise, il a rencontré un autre grand amateur : Casanova. On peut d’ailleurs supposer que c’est au cours de parties fines que Bernis a décidé d’employer son partenaire pour des tâches d’espionnage  » Jean-Marie ROUART (Romancier et essayiste français)

Le 26 juillet 1755, Messer Grande ( chef des archers de la République) se rend à son domicile et le déclare coupable de sorcellerie. Casanova demande qu’on lui laisse le temps de se raser, de se peigner. Il enfile un galant habit comme si il allait au bal, coiffe son chapeau bordé d’un point d’Espagne et orné d’un plumet blanc. Quarante archers l’attendent devant la maison, le font monter dans une gondole qui passe un à un les canaux jusqu’à rejoindre le Grand Canal. Il grimpe prestement les marches qui le mènent à son malheur, emprunte un pont fermé qui relie les prisons entre elles au-dessus du Rio di Palazzo et rejoint un affreux galetas sans lit ni chaise. La prison des Plombs , cet enfer de l’humanité vivante, se trouve sous les toits du Palais des Doges, celles du Puits est installées dans les sous-sols. La prison des plombs est une suite de cachots où l’aventurier ne peut même pas se tenir debout. Elle est peuplée de puces, de rats et l’on y est pourtant seul. Très vite une pensée l’obsède : celle de s’évader !

CASANOVA Prison des Plombs
Plan de la Prison des Plombs

Lors d’une de ses promenades, il ramasse discrètement un verrou. Il le frotte contre une pierre de marbre noir pour en faire un stylet. Il entreprend alors de faire un trou sous son lit. Les travaux nocturnes sont souvent perturbés par les prisonniers. Le 23 août 1756, un peu plus d’un an après le début de sa captivité, le travail est terminé. Casanova pourra prendre la fuite. Deux jours plus tard son gardien accourt pour lui annoncer la grande nouvelle, il va passer  » de ce vilain cachot à un autre plus clair et tout neuf «  où par deux fenêtres il verra la moitié de Venise et pourra se tenir debout.  Devant la vindicte de son gardien qui, en transportant les meubles, a découvert le sol creusé, Casanova a l’habileté de se faire plus menaçant : ‘ qui me faisait promener ? Qui était chargé de me surveiller ? Qui était complice ? N’as-tu pas de famille ? ça sera ma parole contre la tienne. » Il ne faudra que quelques secondes pour que le gardien affolé décide de ne rien dire et de boucher lui-même le trou.

Son nouveau voisin est un moine nommé Balbi, coupable de quelques enfants naturels. Casanova obtient le droit d’échanger avec lui quelques livres. Les deux hommes communiquent en latin en glissant des messages sous la reliure. Très vite ils envisagent de préparer leur évasion .C’est ainsi que Balbi récupère un stylet dans une bible, rejoint Casanova dans son cachot. Par la force des bras et un effort terrible, les deux hommes parviennent à dégager les plaques de plomb et se glisser sur le toit. Ils sont à califourchon sur le faîte du palais. L’appareillage de drap destiné à descendre les deux hommes jusqu’à terre, se révèle inutile. Ils parviennent à s’introduire par une lucarne dans les bureaux administratifs du palais, petite pièce tapissée de bois, sorte de cabine de bateau construire par les ouvriers de l’Arsenal. Ils dévalent l’escalier, passent la salle de la Grande Chancellerie et la Chancellerie secrète, le bureau du notaire ducal avant de rejoindre l’Atrium carré. Après avoir longtemps attendu et avoir changé de vêtements, ils parviennent à se faire ouvrir la porte par un garde qu’ils saluent comme deux convives qui se seraient attardés. Ils descendent l’escalier d’Or, puis l’escalier des Géants, traversent la cour, passent la porte de la Carta et sur la Piazzetta respirent à pleins poumons l’air humide de la liberté.

CASANOVA Illustration de Auguste LEROUX pour l’ évasion de Casanova et Balbi arrivés sur le toit du Palais des Doges
Évasion de Casanova et Balbi, arrivés sur le toit du Palais des Doges  – Illustration de Auguste LEROUX
CASANOVA Autre illustration supposant l’évasion de Casanova de la prison des Plombs Elle est parue dans le Dictionnaire populaire illustré en 1864
Autre illustration sur l’évasion de Casanova – Elle est parue dans le Dictionnaire Populaire Illustré en 1864

Quand il reviendra à Venise, le jeune homme aura bien vieilli. Vingt ans auront passé et tous l’auront presque oublié. Il aura pris le titre de chevalier de Seingalt, nom dont il se flatte d’être l’auteur. Chargé de mission par les services secrets de la Sérénissime, il entre alors dans le Plais des Doges par la grande porte. Il fait arrêter petits et grands, raconte ses souvenirs à Lorenzo Da Ponte, inspire sans doute une partie du livret de Don Giovanni, lance des journaux, écrit des pamphlets.

En 1783, à nouveau disgracié, il quitte sa ville et ne la reverra plus. Il couche alors sa vie sur papier. En 1788 il publie avec succès le récit de son évasion. En 1798, Casanova meurt en Bohème.  » Vincent TREMOLET DE VILLERS ( Journaliste français, chroniqueur en Histoire )

CASANOVA Louis ICART
CASANOVA par Louis ICART   » Il n’y a pas de femme au monde qui puisse résister aux soins assidus et à toutes les attentions d’un homme qui vent la rendre amoureuse  » Giacomo CASANOVA

P.S. :   » Casanova fut un très bel homme d’un mètre quatre-vingt-sept. Il avait de l’allure, s’exprimait merveilleusement bien et savoir faire des femmes ses complices. Pour les femmes, c’était un homme disponible, à l’écoute de leurs requêtes et moindres désirs. Ses conquêtes, estimées par ses soins à plus de cent vingt, étaient issues de tous les milieux et classes sociales : soubrettes, aristocrates, comédiennes, religieuses. Casanova est l’expression la plus aboutie du paradis de la liberté sexuelle qu’était alors Venise. Toute l’histoire de sa vie est ponctuée de maladies vénériennes qui se soignaient alors très mal. Mais la plus grave était la syphilis, dite le mal de Naples ou bien encore le mal français. Casanova est mort au château de Dux, édenté, très malade, entouré de domestiques qui le détestaient, oublié du beau monde qui l’avait tant choyé ! Il lui restera l’écriture. Il meurt en 1798  » Stéphane BERN ( Animateur de radio et de télévision, acteur et écrivain franco-luxembourgeois.)