Au fond, tout vrai lecteur …

 » Au fond, tout vrai lecteur est également bibliophile. Car, qui sait accueillir un livre et l’aimer de tout son cœur, souhaitera aussi le faire bien, le posséder, et le savoir toujours à portée de main… Il n’y a qu’une seule loi, qu’une seule voie pour se cultiver et s’élever par les livres : le respect de ce qu’on lit, la patiente volonté de comprendre, l’humilité de recevoir et d’écouter. Qui lit seulement pour passer le temps oubliera ce qu’il a lu et se retrouvera aussi pauvre qu’avant. Mais qui s’adonne à la lecture comme on écoute un ami verra les livres s’ouvrir à lui et devenir siens. Leur substance ne s’évanouira pas, ne se perdra pas ; elle l’accompagnera, elle lui appartiendra, le réjouira et le consolera comme seuls les amis savent le faire. » Herman HESSE (Poète, romancier, essayiste suisse-allemand, prix Nobel de Littérature en 1946- Extrait de son livre Une bibliothèque idéale )

Photo : Rodney SMITH

Les Fleurs …

 » Les fleurs ont une influence mystérieuse et subtile sur les sentiments, analogiquement à certaines mélodies musicales. Elles relaxent la tension de l’esprit et dissolvent, en un instant, sa rigidité. » Henry W.BEECHER (Pasteur américain)

Tableau : John William GODWARD

Trio Op. 49 (Piano, violon & violoncelle) … Félix MENDELSSOHN

  » Portrait de Mendelssohn  » 1847 Wilhelm HENSEL
(Vidéo : Kyung WHA CHUNG (Violon) – André PREVIN (Piano) – Paul TORTELIER (Violoncelle)

Cet émouvant, captivant et beau Trio a été composé en 1839. Il s’agit là de l’une d’une page très appréciée parmi les musiques de Chambre de Mendelssohn.

C’est, en effet, une partition magistrale, avec un premier mouvement assez développé, plutôt élégiaque, un deuxième brillant et un langage est vraiment passionné et virtuose entre les instruments.

Robert Schumann disait à son propos :  » Un chef-d’œuvre qui réjouira encore les petits-enfants et arrière-petits-enfants  » … En cela il ne s’est pas trompé !

Annie LEIBOVITZ …

« Contrairement à ce que l’on peut croire, je suis très timide, pas du tout autoritaire. La photographie a été pour moi un outil de socialisation qui m’a permis de découvrir l’autre et de garder une part d’imprévu ..Mon père était officier dans l’armée de l’air. J’ai passé mon enfance à voyager. Notre famille de six enfants s’entassait à l’arrière d’un break, nos bagages étaient empilés sur le toit. Mes parents se relayaient au volant. Un jour ma sœur m’a dit que, finalement, mon tout premier cadrage c’était la vitre de la voiture à travers laquelle j’ai vu défiler tellement de choses. Je n’ai jamais cessé de photographier en parallèle des célébrités et des déshérités, des migrants, des laissés-pour-compte du grand rêve américain … Mon travail sur l’image devient de plus en plus intéressant et complexe avec le temps, et c’est à moi de le nourrir. Je suis en perpétuelle recherche d’inspiration et totalement incapable de dire non. Je n’ai jamais su comment mettre quelqu’un en valeur, ni la différence entre le bon et le mauvais profil. J’ai fini par m’y entendre un peu en éclairage, bien que je ne sois pas une bonne technicienne. J’ai des assistants pour ça. Moi, je me contente de regarder et composer l’image, mais je n’aime pas diriger les gens. C’est à eux de se projeter » Annie LEIBOVITZ ( Photographe américaine, spécialiste du portrait )

Annie LEIBOVITZ

Anna Leibovitz est une très célèbre photographe américaine. Elle a fait du portrait une spécialité et on peut dire qu’elle excelle dans son domaine. Ce sont des clichés vraiment forts, originaux, expressifs, surprenants, intimes, lumineux, iconiques, réalistes, inventifs, subversifs, sophistiqués, impertinents, humoristiques aussi, voire même ironiques. Il y a aussi une part d’authenticité, notamment ceux des années70/80 qui permettent de voir l’évolution des générations et de la société. Elle ne s’interdit rien. Sa réputation, à travers le monde, n’est plus à faire, et ses photos font la une des plus grands magazines. Certaines sont même devenues cultes.

Photo prise en 1974 après le départ de RIchard Nixon de la Maison Blanche – Elle fut la seule photographe à faire ce cliché

Il est incontestable qu’elle a un don certain pour capter le petit plus de la personnalité de celles et ceux qu’elle photographie. Des personnalités célèbres qui acceptent, sans hésiter, qu’elle les montre dans des mises en scène assez curieuses parfois, originales sans aucun doute.

Elle sait comme personne les mettre à l’aise, y compris celles que l’on imagine pas capables de le faire comme par exemple la reine Elisabeth II qui n’a pas hésité à lui faire confiance. C’est vrai que durant la séance de 2007, il y avait eu quelques petits échanges maladroits . La photographe demande à la reine de retirer sa couronne pour quelques photos où elle apparaîtrait moins habillée . Oh my god ! La reine est choquée ! Moins habillée ? Que croyez-vous que c’est ? (parlant de la couronne) …. Leibovitz dira par la suite que la reine fut « impétueuse et grincheuse, mais avait un sens du devoir« ) ce qui sera repris par la BBC qui, par la suite, présentera ses excuses pour en avoir parlé . Sa Majesté n’a pas hésité, cependant , à faire la rappeler pour le portrait officiel de 2008 et autres photos en 2017.

Sa majesté la reine Elisabeth et son époux le prince Philipp / Annie LEIBOVITZ

De très nombreuses célébrités venues du monde du cinéma, de la mode, de la musique, et de la politique sont passées derrière son objectif : Sylvester Stallone, Carla Bruni, le Dalaï Lama, Angelina Jolie, Caitlyn Jenner, Yoko Ono et John Lennon, la famille Obama, Nelson Mandela, Michael Jackson, Demi Moore, Lady Gaga, Tony Kushner, Michael Baryshnikov, Hillary Clinton, Donald et Melania Trump, Adèle, Anna Wintour etc etc etc la liste est longue ! – Mais les portraits n’ont pas été ses uniques sujets elle a travaillé sur le conflit à Sarajevo et immortalisé Ground Zero.

Caitlyn JENNER (Ex Bruce Jenner)
Famille OBAMA pour Vogue Magazine – Annie LEIBOVITZ
Lady Gaga – Annie LEIBOVITZ
LEIBOVITZ Demi MOORE
Demi MOORE – Annie LEIBOVITZ
Michael JACKSON – Annie LEIBOVITZ
Carla BRUNI-SARKOZY sur le toit de l’Elysée – Annie LEIBOVITZ
Leonardo DI CAPRIO – Annie LEIBOVITZ

Elle est née à Waterbury(Etats-Unis) en 1949 dans une fratrie de six enfants. Fille d’un militaire dans l’armée de l’air et d’une professeur de danse contemporaine (elle dit avoir hérité des deux dans son travail : discipline, rigueur, et délicatesse) Études dans la peinture au San Francisco Arte Institute et parallèlement dans la photographie le soir.

C’est à cette époque qu’elle découvre les grands photographes les plus connus, décide de se lancer à son tour dans cet art et débute avec un appareil offert par sa maman . Elle part vivre dans un kibboutz en Israël, prend de nombreuses photos une fois sur place . Lorsqu’elle rentre aux Etats-Unis, et sur les conseils d’un ami, elle présente ses clichés au magazine Rolling Stone qui apprécie beaucoup et l’engage. Son talent va payer : elle en deviendra durant dix ans la photographe officielle.

Groupe Rolling Stone durant leur tournée / Photo du magazine – Annie LEIBOVITZ

Mais avant de recevoir ce titre, avant de faire la photo officielle du groupe Rolling Stone et partir en tournée avec ceux, le patron du magazine lui demandera de faire un portrait de John Lennon. Le résultat le satisfait pleinement et la photo fera la une du magazine en 1971. Une photo de Lennon avec Yoko Ono qui deviendra mythique, prise quelques heures seulement avant qu’il ne décède, tué par balle par Mark David Chapman.

John LENNON & Yoko ONO – Annie LEIBOVITZ

En 1983, elle quitte Rolling Stone, décide de se lancer dans les photos pour des couvertures de magazines et travaillera beaucoup notamment avec Vanity Fair au départ, puis en 1998 avec Vogue. Elle s’entoure de très nombreux assistants, plongent les personnalités qu’elle photographie dans des décors et costumes assez coûteux. Les directions font un peu la tête, mais lui donnent carte blanche pour la qualité de son travail.

En 1988, elle rencontre celle qui deviendra la femme de sa vie : la romancière Susan Sontag. Coup de foudre amoureux dont elles diront longtemps qu’il est amical, préférant la discrétion sur leur relation. Susan est mariée et elle a une fille. Elles sont très différentes (l’une glamour, l’autre militante de gauche) mais elles se complètent. Elles voyageront beaucoup ensemble. Leur très belle histoire va durer jusqu’au décès de Susan en 2004.

Susan SONTAG / Annie LEIBOVITZ

Par ailleurs, les célébrités ne sont pas les seules qu’elle aime avoir derrière son objectif. Sa famille a eu une grande importance : que ce soit sa compagne Susan, ses parents, sa grand-mère, sa sœur, ses trois filles : Sarah, et ses jumelles Samuelle et Susan, qui sont pour elle de grandes sources d’inspiration et lui permettent d’aborder l’intime, le naturel, le sans artifice.

Avec ses filles / Annie LEIBOVITZ

Ses photos ont fait, et continuent de faire, l’objet de nombreuses expositions à travers le monde entier, que ce soit dans des musées ou des galeries. Elle a reçu de nombreux prix tout au long de sa carrière comme, par exemple, le titre de Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français, la médaille du centenaire de la Royal Photographic Society de Londres, le prix Wexner, un Lifetime Achievement Award par le Centre national de la photographie etc… La bibliothèque du Congrès des Etats-Unis la décrit comme une véritable légende vivante !

Les pivoines …

 » Tout juste le temps d’être de petites balles,

de petits globes lisses et denses, quelques jours;

puis, cédant à une poussée intérieure, de s’ouvrir,

de se déchiffonner, comme tant d’aubes autour

d’un poudroiement doré de soleil.

Comme autant de robes, si l’on veut. Si vous y

incite l’insistante rêverie.

Opulentes et légères, ainsi que certains nuages.

Une explosion relativement lente

et parfaitement silencieuse

La grâce dérobée des fleurs  » Philippe JACCOTTET (Écrivain, poète, critique littéraire et traducteur suisse vaudois. Extrait de son recueil Cahier de verdure)

Les livres …

 » Les livres ne ressuscitent pas les morts, ne métamorphosent pas un idiot en raisonnable, ni une personne stupide en individu intelligent. Ils aiguisent l’esprit, l’éveillent, l’affinent, et étanchent la soif de connaissances. Grâce au livre, tu apprends en l’espace d’un mois ce que tu n’apprendrais pas de la bouche de connaisseurs en une éternité, et cela, sans contracter de dette du savoir. Il te débarrasse, te délivre du commerce des gens odieux et des rapports avec des hommes stupides incapables de comprendre. Il t’obéit de jour comme de nuit, aussi bien durant tes voyages que pendant les périodes où tu es sédentaire. Si tu tombes en disgrâce, le livre ne renonce pas pour autant à te servir. Si des vents contraires soufflent contre toi, le livre, lui, ne se retourne pas contre toi. Il arrive parfois que le livre soit supérieur à son auteur. » Denis GUEDJ (Écrivain français / Extrait de son livre Le théorème du perroquet)

Denis GUEDJ (1940/2010)

A la rencontre de : Jean-François MILLET

«  Quand vous peignez un tableau, que ce soit une maison, un bois, une plaine, un océan ou le ciel, songez toujours à la présence de l’homme, à ses affinités de joie, de souffrance avec tel spectacle. Alors une voix intime vous parlera de sa famille, de ses occupations, de ses inquiétudes. L’idée entraînera dans cette orbite l’humanité tout entière en créant un passage. En créant un paysage vous pensez à l’homme … En créant un homme vous pensez au paysage. » Jean-François MILLET (Peintre français)

 » Autoportrait  » 1841 Jean-François MILLET (Musée Thomas-Henry à Cherbourg/France)

Excellent dessinateur, pastelliste, peintre inventif, talentueux, réaliste, sensible, profondément humain, empreint de véracité, attentif à la justesse du geste. Sa peinture est teintée de nostalgie, d’émotion, de poésie. La modernité de sa touche a beaucoup influencé les impressionnistes.

Il est resté fidèle à ses origines paysannes, ce qui lui a occasionné pas mal de critiques de la part de ceux qui n’ont pas vraiment compris pourquoi il était tant attaché au monde rural. L’explication est claire : il est né dans ce monde -là, il ne l’a jamais oublié , et il en a apprécié infiniment la sérénité, la simplicité, l’humanité, la dignité. On le surnommera «  le peintre des paysans « , «  l’homme des bois « 

Millet est né en 1814 à Gruchy, un petit hameau bien tranquille situé  dans la commune de Greville-Hague (département de la Manche ) . Il est l’aîné des garçons au sein d’une famille qui compte huit enfants. Une famille paysanne pieuse, aisée et cultivée dans laquelle il reçoit une vie confortable et une bonne éducation. Il étudie le latin et on l’encourage à lire beaucoup, que ce soit du classique ou du contemporain, de Homère à Virgile, en passant par Shakespeare, Hugo, Montaigne ou Chateaubriand.

 » On y voyait rarement un étranger et il y régnait un tel silence que le gloussement d’une poule ou le caquetage d’une oie y faisait évènement  » disait Millet à propos de Gruchy.

Il fut berger lorsqu’il était enfant, puis travailleur aux champs jusqu’à l’âge de 20 ans. Il est bien certain que cette partie de sa vie à la campagne est fortement restée ancrée dans le coeur de celui qui a toujours clamé :  » Paysan je suis né, paysan je resterai. J’ai des choses à raconter et je les raconterai. Je suis touché par l’humain  ! «  .

Un lien très profond l’a lié à son village et à sa région, la Normandie. Il l’a quitté un jour, y est revenu plus tard , et lorsqu’il n’a pu le faire  c’est avec beaucoup de nostalgie qu’il y pensait tout comme à sa famille, notamment sa grand-mère ( et marraine ) Louise Jumelin qu’il a adoré et qui a été une personne  importante dans sa vie. Il a entretenu avec elle une relation privilégiée , a partagé un lien très complice. Elle a eu énormément d’influence sur lui. Ils se sont beaucoup écrit lorsqu’ils étaient séparés l’un de l’autre , une correspondance dans laquelle elle lui racontait tout de la vie à la ferme, au village, les saisons, les récoltes et lui rappelait sans cesse  de ne jamais oublier les principes d’éducation qui étaient les siens etc… Elle décèdera en 1849 et il en fut profondément affecté.

« Portrait de Louise Jumelin » – 1838 – Jean-François MILLET

Millet va, très tôt, développer un réel talent pour le dessin et son père qui aimait la peinture et qui , à ses heures, sculptait le bois et l’argile, va l’encourager . Il l’enverra à Cherbourg pour parfaire ce don chez Dumouchel et Langlois ( deux peintres locaux ) . Il y restera trois ans. A la mort de son père, plutôt que de revenir aider aux champs, sa mère et sa grand-mère souhaiteront qu’il poursuive sa passion.

En 1841, il obtient une bourse du conseil municipal de la ville et du conseil général ,  ce qui lui permettra de partir pour Paris , à l’école des Beaux Arts et l’atelier de Paul Delaroche qui ne l’apprécie pas vraiment. De son côté, Millet n’est pas très porté sur l’enseignement en atelier , il préfère nettement mieux se rendre dans les musées et copier les grands maîtres .

Il a tenté par deux fois d’obtenir le Prix de Rome mais échouera et perdra sa bourse. Il retourne à Cherbourg, fait des portraits pour gagner sa vie.

C’est là qu’il rencontre en 1841 celle qui deviendra sa première épouse : Pauline Ono qui, malheureusement, est de santé fragile et décèdera trois ans plus tard.

« Portrait de Louise ONO » 1843 Jean-François MILLET

En 1844, il fera connaissance de Catherine Lemaire qui restera à ses côtés jusqu’à la fin de sa vie et lui donnera neuf enfants : Marie, Louise, François, Marguerite, Emilie, Charles, Jeanne, Georges et Marianne. Il l’épousera en 1853 . Ils partent s’installer au Havre, avant de retourner vivre à Paris. C’est toujours l’époque des portraits mais également des nus quelques peu libertins un peu dans le style de Fragonard.

 »Portrait de Catherine LEMAIRE » Jean-François MILLET

Le temps passant, il va orienter sa peinture vers des sujets qui lui tiennent à cœur à savoir le monde paysan. Le Vanneur sera le premier d’une longue série sur ce sujet et  l’origine de ses célèbres toiles.

 » Le Vanneur  » – 1848 env. – Jean-François MILLET –  » Ce vanneur qui soulève son van de son genou déguenillé, et fait monter dans l’air, au milieu d’une colonne de poussière dorée, le grain de sa corbeille, se cambre de la manière la plus magistrale. » Théophile GAUTIER ( Romancier, poète et critique d’art français)

Le rythme stressant de la capitale, l’industrialisation toujours croissante et l’épidémie de choléra vont avoir raison de lui. Avec Catherine ils partent en 1849 pour Barbizon, près de la forêt de Fontainebleau. Un endroit qui va devenir un véritable havre de paix et où il restera jusqu’à sa mort.

Il y retrouve des peintres connus à Paris notamment Théodore Rousseau ( un des premiers à s’y installer, qui deviendra son ami  ) , mais aussi Narcisse Diaz, Charles François d’Aubigny, Louis Adolphe Hervier, Charles Jacque,  Constant Troyon, Jean-Baptiste Corot et fondera avec eux, avant l’impressionnisme,  le fameux mouvement artistique dit  » l’école de Barbizon  » qui va devenir le fief des peintres paysagistes  aimant travailler en extérieur  » sur le motif «  » , chevalet sous le bras et ( désormais ) tubes de peinture transportables !

Ce sont des auto-didactes ayant des personnalités très différentes les unes des autres : peintres paysagistes, peintres animaliers, peintres de genre, mais tous ont la passion de la nature en commun et tous cherchent d’en donner une représentation la plus réaliste possible.

La nature a représenté pour eux une sorte de refuge. Avec ces peintres on passe du paysage classique idéalisé d’autrefois à des paysages très lumineux qui changent au rythme des saisons, du temps, des heures … Ils seront rejoints par de nombreux autres artistes notamment des américains et des anglais, mais les impressionnistes  y viendront également, comme notamment  : Claude Monet ( qui peindra là-bas son célèbre  » Déjeuner sur l’herbe  » ), Frédéric Bazille, Alfred Sisley etc..

Arrivé à Barbizon avec sa compagne et trois de leurs enfants,  il s’installe dans une maison de village . Il loue une grange à un fermier pour y faire son atelier, mène une vie très simple,  cultive son jardin pour nourrir sa famille.

 » Le bouquet de marguerites  » – 1871 – Jean-François MILLET – Il a aimé aussi peindre les fleurs et les  arbres fruitiers quel qu’en soit l’aspect : fleuris au printemps, éclatant de fruits à la fin de l’été ou à l’automne et même dépourvus de tout en hiver.
 » Le jardin à Barbizon  » – Jean-François MILLET

C’est là qu’il peindra ses plus belles et célèbres toiles, dont, bien sur l ‘Angelus, dont il dira : «  C’est un tableau que j’ai fait en pensait comment, en travaillant autrefois dans les champs, ma grand-mère ne manquait pas en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêter notre besogne, pour dire l’Angelus pour ces pauvres morts, bien pieusement et le chapeau à la main.  »

« L’Angelus » – 1857/59 – Jean-François MILLET – Ce tableau sera légué à l’État français , en 1909, par son dernier propriétaire, à savoir l’homme d’affaires français Alfred CHAUCHARD. Il sera placé, dans un premier temps, au musée du Louvre, puis en 1986 au musée d’Orsay.

Probablement plus que ces collègues, Millet va beaucoup s’attacher aux paysages parce que pour lui ils sont rattachés à l’homme qui travaille la terre, mais également tout ce qui se rapproche de ses racines, la vie à la ferme, le monde rural avec en figures centrales : les paysans, hommes ou femmes, leur simplicité, leur humilité parce que comme il l’a souvent dit, c’est ce qui le touche le plus.

Des paysans authentiques, en sabots, qui travaillent la terre, plantent, sèment, bêchent, récoltent, barattent,  prient, se recueillent, s’arrêtent au son de l’Angelus , se reposent près des meules de foin, des vignerons, vendangeurs, bergers etc… des gens qui survivent dans un monde difficile.

 » Des glaneuses  » – 1857 – Jean-François MILLET 
« La baratteuse » 1866/68 Jean-François MILLET
 » Les planteurs de pommes de terre – 1862 Jean-François MILLET
 » L’homme à la bêche  » 1860 – Jean-François MILLET

Ce sont des oeuvres très humbles d’où se dégagent une grande tendresse. Sa peinture a été, en quelque sorte, une sorte d’hommage respectueux rendu à une couche sociale qui , pour lui, avait une grande importance car c’est elle qui  » nourrissait la France « . Il lui a rendu ses lettres de noblesse. Sa touche est empreinte de réalisme, de justesse, et a traduit des valeurs humaines auxquelles il a été très attaché.

Cette attirance pour le monde paysan n’a pas été compris.  Les critiques furent là, ce à quoi il répondait : «  mes critiques sont des gens instruits et de goût j’imagine, mais je ne peux me mettre dans leur peau et comme je n’ai jamais de ma vie vu autre chose que les champs, je tâche de dire, comme je le peux, ce que j’ai vu et éprouvé quand j’y travaillaisCeux qui voudront faire mieux ont certes la vie belle.  »

Il y a eu les détracteurs ( surtout en raison de sa peinture paysanne qui passe mal )  notamment dans les milieux officiels , mais il y a également ceux , dans les milieux artistiques et littéraires qui, à l’époque, furent des grands défenseurs de sa peinture comme : son ami et mécène Alfred Sensier, Paul Durand Ruel qui lui a acheté de nombreux tableaux ou Théophile Gautier, George Sand, Alexandre Dumas.

 » L’écho des campagnes, les églogues, les durs labeurs, les inquiétudes, les misères, les sérénités, les passions de l’homme voué au sol, il saura tout traduire. Le citadin s’apercevra un jour qu’on peut faire servir le travail au sublime, et faire surgir des actes les plus ordinaires de la vie un noble et grand spectacle. » Alfred SENSIER (Marchand, critique et historien d’art français)

«  Les partisans du réalisme le tiennent pour un romantique et pour un académicien, ce qui est la même chose à leurs yeux. Millet n’est rien de tout cela. Il cherche consciencieusement, dans le spectacle des hommes et des choses de son temps, les grandes lois qui ont guidé les maîtres et il les retrouve. Il les applique à sa façon. C’est là son originalité et sa force, une très grande originalité et une très grande force que personne, en France du moins, n’a eues avant lui, et que personne ne possède à côté de lui au même degré. » Théodore PELLOQUET ( Journaliste et écrivain français)

Sa carrière  a été faite de hauts et de bas  mais la notoriété est surtout venue à Barbizon.  Entre 1853 et 1870 il expose beaucoup, vend des tableaux (surtout aux américains ) , remporte des médailles de première et seconde classe, mais se constitue une petite collection en achetant  des toiles de peintres hollandais, des dessins de Delacroix, des estampes japonaises lors de ventes aux enchères, il voyage en France et il sera promu chevalier de la légion d’honneur.

Durant la guerre de 1870, il retournera avec sa famille à Cherbourg , puis séjournera  à Gréville non loin de l’église où il fut baptisé et qu’il peindra, retournera dans son village natal après le décès de sa mère. Ce retour vers ses racines  le plongera dans une grande nostalgie.

 » L’église de Gréville  » 1874 – Jean-François MILLET

Dans les années 1870 sa santé fragilisée par des fortes migraines et une toux persistante, se dégrade. Il travaille difficilement. Il décède à Barbizon en 1875. Il sera enterré aux côtés de celui qui restera son plus fidèle ami : Théodore Rousseau , à Chailly en Bierre.

Millet fut une source d’inspiration pour d’autres comme par exemple Vincent Van Gogh qui l’admirait beaucoup et disait qu’il  fut un maître pour lui. Il  le copiera souvent.

La campagne et la lumière de Millet qui se dégagera de ses toiles au fil des saisons, plaira aux impressionnistes, notamment Monet et Pissarro … Mais pas que … Salvador Dali écrira sur l‘Angelus avec sa façon toute spéciale de voir les choses. Il donnera son ressenti vis-à-vis de ce tableau dans son œuvre.

Le musée de Boston détient la plus belle collection des œuvres de Millet au monde, avant le musée d’Orsay . Cela tient au fait que nombreux furent ceux qui en firent l’acquisition lors de la vente aux enchères qui eut lieu à sa mort en 1875 et que ce musée en a reçu un grand nombre en legs de personnes fortunées qui les avaient achetées.

On peut dire qu’ils ont probablement mieux compris ce peintre que nous n’ayons pu le faire nous-mêmes, ont eu une véritable passion pour lui  pour plusieurs raisons  : les relations et affinités qui s’étaient établies à Barbizon entre les artistes américains et les français dont Millet,  l’attachement ressenti vis-à-vis de la terre natale, aux racines qui restent importantes et ancrées  dans le coeur d’une personne, et aussi  les ressentis et les souvenirs de tous ceux qui un jour sont venus du Vieux Continent pour s’installer en Amérique, sur des terres où tout était à faire .

De nombreux photographes dit réalistes ( comme Walker Evans, Lewis Hine ou Arthur Rothstein, Dorothea Lange  pour ne parler que d’eux ) ,  des cinéastes  avec les films sur les pionniers et le far-west, les écrivains, poètes, et peintres se sont inspirés des oeuvres de Millet, ou les ont copiées comme Edward Hopper qui l’a découvert à Paris dans les années 1910.

 » La récolte des oignons  » – Arthur ROTHSTEIN
 » La récolte des choux  » – Dorothea LANGE
Dessin-copie de  » L’homme à la bêche  » de MILLLET par Edward HOPPER

A noter que la maison natale de Millet à Gruchy a été restaurée et qu’elle sert désormais de musée sur le peintre et ses œuvres mais également sur la vie paysanne de l’époque. Tout comme celle de Barbizon qui, elle aussi, est devenue un atelier-musée.

Les oiseaux du printemps …

 » Les arbres se sont habillés de couleurs pastels,

Jonquilles, crocus ont bravé la fraîcheur du temps,

Que déjà, les oiseaux publient leurs noces dans le ciel.

Neiges et froidures sont parties :  » vive le Printemps ! « 

Immense symphonie, où des millions de fleurs,

Se mélangent en un jour, aux bourgeons de velours

D’un coup de baguette magique : le ciel sort ses couleurs

Pour éblouir nos yeux, il devient troubadour.

Dans un ballet de cabrioles fantastiques

Les oiseaux dansent, s’accouplent et préparent leur nid,

Guidés par une force invisible et mystique,

Leur chant monte en hommage : au Maître de Symphonie.

Les oiseaux se sont embrassés sur les branches,

Et des angelots coquins ont ajusté leurs flèches…

Etrange ! tout ce que le Printemps en un jour change !

Les arbres se sont habillés de couleurs pastels,

Tandis que sous leurs branches les amoureux de mèche,

Se content fleurette quand roucoulent les tourterelles  » Jean-Claude BRINETTE (Poète français)

Accompagnateur de la danse …

 » Dans un cours de danse l’accompagnateur à un rôle moteur. C’est un vrai challenge. Il faut être prêt à improviser, construire des ambiances, susciter des énergies, réagir vite si une proposition ne fonctionne pas. Il faut parvenir à improviser tout en maintenant le tempo et le rythme, sans quoi la « danse tombe » ! L’une des difficultés, pour les débutants, est de lâcher prise quant à leur technique : au départ c’est la clarté que l’on recherche ; le musicien doit alors apprendre à révéler toute la beauté de la simplicité. Ce qui ne l’empêchera pas, par la suite, de développer des improvisations extrêmement élaborées. Parallèlement, les accompagnateurs apprennent à apporter un soutien aux danseurs, ce qui implique de comprendre la durée et la qualité de leur phrasé. Ce travail est une école de rigueur, et, simultanément, une ouverture permanente : quand on improvise pour soutenir le mouvement des danseurs, on sort de soi-même, on est constamment emporté ailleurs. » Deborah SHANNON (Accompagnatrice au Conservatoire, formatrice d’accompagnateurs)

Les jeux d’eaux & Les cyprès à la villa d’Este … Franz LISZT

Franz LISZT 1811/1886
(Vidéo : Au piano Claudio ARRAU (Les jeux d’eaux)

Ces deux magnifiques pièces font partie du troisième album des Années de Pèlerinage, lequel fut écrit en 1877. Le compositeur est devenu l’abbé Liszt (tonsuré, ayant reçu les ordres mineurs en 1865). Il se retire très souvent à la villa d’Este, près de Rome, sur l’invitation de son ami et protecteur le cardinal Gustav Von Hohenlohe-Schillingsfürt.

C’était pour lui un véritable havre de paix. Sa chambre s’ouvrait directement sur des jardins et des fontaines superbes. Tout était propice à son imagination et inspiration musicale.

Sur la partition des Jeux d’eaux, il a noté « Celui qui boira cette eau ne sera jamais altéré car l’eau que je lui ai donné ainsi sera pour lui une source de vie éternelle » (Evangile selon Saint-Jean). Cette page visionnaire, cristalline, incroyablement complexe, entre trilles, trémolos, et autres tierces, c’est à la fois sa contemplation poétiques des chutes d’eau scintillantes, étincelantes, ruisselantes, frémissantes, mais c’est aussi sa foi et l’évocation du baptême.

(Vidéo : Alfred BRENDEL au piano (Les Cyprès)

Pour les Cyprès, il écrivit «  je viens d’écrire une centaine de mesures pour le piano. Une élégie sombre et désolée, et vers la fin un rayon de soleil de teint religieux l’éclaire. Si je la publie, elle aura pour titre Aux cyprès de la Villa d’Este « .

Plutôt qu’élégie, Liszt finira par préférer thrénodie qui, pour lui, était un terme plus puissant pour traduire parfaitement le caractère qu’il tenait absolument à donner à cette pièce. Élégie étant finalement, à son avis,  » trop empreint de douceur et de mondanité « .

C’est une pièce éloquente, plus grave que la précédente, angoissée, mais vraiment belle.