La poésie est …

 » La poésie est le cri que l’on pousserait en s’éveillant dans une forêt obscure au milieu du chemin de notre vie.
La poésie est le soleil qui ruisselle à travers les mailles du matin.
La poésie, ce sont des nuits blanches et des bouches de désir.
La poésie est l’argot des anges et des démons.
La poésie est un canapé où s’entassent des chanteurs aveugles qui ont posé leurs cannes blanches.
La poésie est le dérèglement des sens qui produit du sens.
La poésie est la voix de la quatrième personne du singulier.
La poésie ce sont toutes les choses nées avec des ailes et qui chantent.
La poésie est une voix dissidente qui s’insurge contre le gaspillage des mots et la surabondance insensée de l’imprimé.
La poésie est ce qui existe entre les lignes.
La poésie est faite des syllabes des rêves.
La poésie, ce sont des cris lointains, très lointains, sur une plage au soleil couchant.
La poésie est un phare qui fait tourner son mégaphone au-dessus de la mer.
Un poème peut être fait d’ingrédients ménagers courants. Il tient sur une seule page et peut cependant remplir un monde et se loger dans la poche d’un cœur.
La poésie, ce sont des pensées sur l’oreiller après l’amour.
La poésie est un chanteur des rues qui sauve les chats de gouttière de l’amour.
La poésie est le dialogue des statues.
La poésie est le bruit de l’été sous la pluie et la clameur de gens qui rient derrière des volets clos dans une rue étroite.
La poésie est une grande maison résonnant de toutes les voix qui ont jamais dit quelque chose de fou ou de merveilleux.
La poésie est la voix à l’intérieur de la voix de la tortue.
La poésie est un livre de lumière la nuit.
La poésie n’est pas que l’héroïne, les chevaux et Rimbaud. Elle est aussi le murmure des éléphants et les prières impuissantes des passagers aériens qui attachent leur ceinture pour la descente finale.
Tel un bol de roses, un poème n’a pas à être expliqué.  » Lawrence FERLINGHETTI (Poète américain cofondateur de la Librairie City Light Booksellers & Publishers)

Lawrence FERLINGHETTI 1919/2021

Sur la plage …

« La plage étincelle, fume
Et retentit, vaste enclume
Que les vagues et le vent
Couvrent de bruit et d’écume.
Je vais, selon ma coutume,
Le long du galet mouvant,
Les yeux au large, rêvant
Quelque rêve décevant
Salé de fraîche amertume.
Avec leurs doux cris joyeux
Et leurs mines ingénues,
De beaux enfants, jambes nues,
Se mouillent à qui mieux mieux.
De loin, les suit et les gronde
Une vieille grand-maman.
Une jeune femme blonde
Lit toute seule un roman.
Les légères mousselines
Des nuages vagabonds
Se déchirent aux collines.
Les grandes vagues félines
Se cabrent, puis font des bonds.
Et je contemple l’abîme ;
Et je voudrais, âme et corps,
Me mêler aux longs accords
Qui roulent de cime en cime. » Émile BLÉMONT (Poète et auteur dramatique français)

Tableaux : Alexander AVERIN

Les falaises d’Étretat …

 » Comme une arche posée entre ciel et mer
Les falaises semblent sortir de terre.
Un doigt levé vers le ciel
Une aiguille pointée vers le soleil,
Pour seul horizon la mer
C’est le bout de la terre.

Voilé de brume et de pluie
Empreint de mystère
Muse des impressionnistes
L’endroit est unique.

Dans le murmure des tréfonds
Ou nichent goélands et cormorans
La mer au refrain des déferlantes
Comme un éternel pas de danse
Chante ses légendes.

Aux embruns des vagues
Où dansent les herbes sauvages,
L’endroit saisit de charme
Nous confie ses âmes.

Du haut des falaises
Porte d’amont et porte d’aval se plaisent
Mêlant bleu, gris, vert
Aux humeurs de la mer,
Le trou à l’homme dans la craie.

Au détour des sentiers surplombants,
Comme une oraison
La chapelle de l’oiseau blanc
S’est faite raison.

C’est au soleil couchant
A la romance des goélands
Que le spectacle recommence,
Lorsque battues par les flots et les vents
Les falaises nous enchantent…  » Josette JOUET (Poétesse française)

Claude MONET
Eugène LEPOITTEVIN
Gustave COURBET
Eugène BOUDIN
Claude MONET

Dans un champ de lavande …

 » Dans un champ de lavande au pays du soleil

J’ai trouvé que la vie avait un goût de miel.

Chaque cigale en fête agitait sa crécelle

Et le vent du midi dansait la tarentelle.

On moissonnait les fleurs. Leur parfum me grisait

Je m’enivrais de joie et je déraisonnais.

Dans la lavande bleue au soleil de Provence

Je voulais prendre un bain d’amour et de jouvence.

Tous les mots séduisants que je n’avais pas dits

Se formaient dans mon coeur en joyeux gazouillis.

Dans cet air embaumé j’imaginais une âme

Je lui donnais un corps fait de braise et de flamme. 

Bien au chaud dans ses bras je croyais au bonheur

Et son regard de feu me caressait le coeur.

Ce champ bleu nous offrait une odorante couche !

Et je buvais les sons qui sortaient de sa bouche. 

Dans ce site enchanté vaporeusement flou

Ne pouvant pas le voir je le sentais partout.

Et je ne souffrais pas de cette incohérence

Puisque de son amour je saisissais l’essence.

Sous l’emprise des fleurs, j’ai fait de grands projets

Qui petit à petit se changeaient en regrets…

J’avais glané pour lui des épis de lavande

Passant près d’un calvaire à Dieu j’en fis offrande  » Blanche MAYNADIER (Poétesse et écrivaine française)

Le Chardon & la Rose …

 » Toi qui, peintre et rival de Flore,
Comme elle à la nature empruntes les couleurs
Dont se parent toutes les fleurs
Que sous tes doigts on voit éclore,
Que je porte envie à ton art !
Tout est rose pour toi. Plus tes tableaux fidèles
Se rapprochent de tes modèles,
Et plus on t’applaudit ; et moi, si par hasard
J’ose crayonner quelque page,
D’un tout contraire accueil je suis souvent payé.
Et je plais d’autant moins au modèle effrayé
Que j’ai mieux tracé son image.
À ses yeux qu’ai-je offert en effet ? maint défaut,
Maint travers. Cher ami, dans le siècle où nous sommes
Tout est vice ou sottise ; et, pour charmer, il faut
Peindre les fleurs et non les hommes.

La fleur du chardon se carrait
Au milieu des piquants dont sa tige est armée ;
Et sans plus de façons, d’elle-même charmée,
À la rose se préférait.
« Je suis plus qu’elle encore et sévère et pudique,
Car on la vit parfois s’humaniser un peu.
Quant à moi, qu’on approche, et l’on verra beau jeu !
Ma devise est, enfin : Qui s’y frotte s’y pique.
« — Et pourquoi s’y frotterait-on ? »
Dit un jeune berger qui cherchait aventure :
« Pour jouir d’une rose on brave une blessure ;
Mais se fait-on piquer pour cueillir un chardon ?  » Antoine-Vincent ARNAULT (Poète et fabuliste français/Extrait de son recueil Fables/Livre III-1812)

Les cigales …

 » Lorsque dans l’herbe mûre aucun épi ne bouge,
Qu’à l’ardeur des rayons crépite le froment,
Que le coquelicot tombe languissamment
Sous le faible fardeau de sa corolle rouge,

Tous les oiseaux de l’air ont fait taire leurs chants ;
Les ramiers paresseux, au plus noir des ramures,
Somnolents, dans les bois, ont cessé leurs murmures,
Loin du soleil muet incendiant les champs.

Dans les blés, cependant, d’intrépides cigales
Jetant leurs mille bruits, fanfare de l’été,
Ont frénétiquement et sans trêve agité
Leurs ailes sur l’airain de leurs folles cymbales.

Frémissantes, debout sur les longs épis d’or,
Virtuoses qui vont s’éteindre avant l’automne,
Elles poussaient au ciel leur hymne monotone,
Qui dans l’ombre des nuits retentissait encor.

Et rien n’arrêtera leurs cris intarissables;
Quand on les chassera de l’avoine et des blés,
Elles émigreront sur les buissons brûlés
Qui se meurent de soif dans les déserts de sables.

Sur l’arbuste effeuillé, sur les chardons flétris
Qui laissent s’envoler leur blanche chevelure,
On reverra l’insecte à la forte encolure.
Plein d’ivresse, toujours s’exalter dans ses cris ;

Jusqu’à ce qu’ouvrant l’aile en lambeaux arrachée,
Exaspéré, brûlant d’un feu toujours plus pur,
Son œil de bronze fixe et tendu vers l’azur,
Il expire en chantant sur la tige séchée. « Jules BRETON (Peintre et poète français -Extrait de son recueil Les champs et la mer)

Ô Muse …

 » Ô Muse ! que m’importe ou la mort ou la vie ?
J’aime, et je veux pâlir ; j’aime et je veux souffrir ;
J’aime, et pour un baiser je donne mon génie ;
J’aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie
Ruisseler une source impossible à tarir.

J’aime, et je veux chanter la joie et la paresse,
Ma folle expérience et mes soucis d’un jour,
Et je veux raconter et répéter sans cesse
Qu’après avoir juré de vivre sans maîtresse,
J’ai fait serment de vivre et de mourir d’amour.

Dépouille devant tous l’orgueil qui te dévore,
Cœur gonflé d’amertume et qui t’es cru fermé.
Aime, et tu renaîtras ; fais-toi fleur pour éclore.
Après avoir souffert, il faut souffrir encore ;
Il faut aimer sans cesse, après avoir aimé. » Alfred de MUSSET (Poète français / Vers extraits de son poème La nuit d’août – Recueil : Poésies nouvelles)

« La muse et le poète  » Alexandre CABANEL

Les papillons…

 » De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu’aimez-vous mieux ? – Moi, les roses ;
– Moi, l’aspect d’un beau pré vert ;
– Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
– Moi, le rossignol qui chante ;
– Et moi, les beaux papillons !

Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau !…

Quand revient l’été superbe,
Je m’en vais au bois tout seul :
Je m’étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d’eux à son tour,
Passe comme une pensée
De poésie ou d’amour !

Voici le papillon « faune »,
Noir et jaune ;
Voici le « mars » azuré,
Agitant des étincelles
Sur ses ailes
D’un velours riche et moiré.

Voici le « vulcain » rapide,
Qui vole comme un oiseau :
Son aile noire et splendide
Porte un grand ruban ponceau.
Dieux ! le « soufré », dans l’espace,
Comme un éclair a relui…
Mais le joyeux « nacré » passe,
Et je ne vois plus que lui ! …  » Gérard DE NERVAL (Poète et écrivain français – Extrait d’un poème de son recueil Odelettes)

« Les papillons » August ALLEBE

C’est une fête en vérité ..

 » C’est une fête en vérité,
Fête où vient le chardon, ce rustre ;
Dans le grand palais de l’été
Les astres allument le lustre.

On fait les foins. Bientôt les blés.
Le faucheur dort sous la cépée ;
Et tous les souffles sont mêlés
D’une senteur d’herbe coupée.  » Victor HUGO -( Poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français – Extrait de son poème Laetitia rerum/1877 – Recueil  » L’art d’être grand-père)

Tableau de Vincent VAN GOGH d’après MILLET

La jacinthe des bois …

 » La jacinthe des bois est la fleur la plus douce.

Des vagues dans l’air d’été,

ses fleurs ont le pouvoir le plus puissant

pour apaiser les soins de mon esprit… » Emily BRONTË (Poétesse et romancière britannique)

 » Jacinthe des bois  » un tableau de Rita READMAN – La jacinthe des bois est aussi appelée  » le muguet bleu  » ou la  » scille penchée  » ou la  » jacinthe sauvage  »