La glycine …

 » Ô beau pied de glycine
Qui rampe sur le toit !
Glycine en fleurs, tendre glycine, bleu pavois
Des grilles, des balcons, des murs trop neufs, des toits
Trop vieux ; souple glycine !

Ce matin, sous le ciel frémissant comme toi,
C’est dans tes grappes et tes feuilles,
Tout le miracle bleu du printemps qui m’accueille !

En papillons, du bleu s’effeuille…
Du bleu… du bleu nuancé de lilas,
De violet si doux qu’on ne sait pas
Si l’on voit des touffes d’iris ou de lilas.

Par terre est un champ de pétales.
Jacinthes, violettes pâles ?
Non, mais, en l’air, une guirlande qui s’étale,
Qui s’effrange, qui glisse en gouttes de satin…

Il pleut mauve. Il a plu cette nuit, ce matin.
La terre est mauve ; l’herbe mauve. Le jardin
Est un jardin pareil à ceux que j’imagine
Autour d’un petit pont sur des lotus, en Chine.

Jardins d’Asie… Ombre au pied des collines,
Toits retroussés, bassins fleuris et murmurants…
C’est comme un frais bonheur inconnu qui me prend,
Un bonheur du matin, fait d’air si transparent,
De couleurs et d’odeurs si fines,
Qu’on y sent toute l’âme en fête des glycines !

Ô glycine, collier des gouttières chagrines,
Manteau léger du parc aux grands escaliers blancs
Et de la pierre des vieux bancs
Devant les chaumes en ruines ;

Treille aux raisins d’azur, festons d’argent,
Vitrail d’évêque où chaque palme dessine
Entre des pendentifs d’améthystes, en rangs ;
Flocons d’encens, clairs sachets odorants,
Qui tombent sur mon front, sur ma poitrine,
Comme un présent de mai !
Glycine,
Dont le nom grec veut dire : doux, douceur,
Vin sucré… dont le nom est comme une liqueur,
Comme un parfum dans la brise câline,
Dont le nom, doucement, glisse comme tes fleurs,
Je te salue au seuil du Bel Été, Glycine…  » Sabine SICAUD (Poétesse française/Extrait de son recueil Poème d’enfant en 1926)

 » La glycine  » Eugène BIDAU

Les canards …

 » Ils vont, les petits canards,
Tout au bord de la rivière,
Comme de bons campagnards.

Barboteurs et frétillards,
Heureux de troubler l’eau claire,
Ils vont, les petits canards.

Ils semblent un peu jobards,
Mais ils sont à leur affaire
Comme de bons campagnards

Dans l’eau pleine de têtards,
Où tremble une herbe légère,
Ils vont, les petits canards.

Marchant par groupes épars,
D’une allure régulière
Comme de bons campagnards ;

Amoureux et nasillards,
Chacun avec sa commère,
Comme de bons campagnards
Ils vont, les petits canards !  » Rosemonde GÉRARD-ROSTAND (Poétesse française / Extrait de son recueil Les pipeaux)

Tableau de Alexander KOESTER

Profiter de l’instant …

 » Faire le vide en soi
Puis laisser le bien-être
Envahir notre esprit.

Plus d’envie d’ailleurs,
Plus de passé ou futur,
Ici et maintenant !

Profiter de l’instant
Pendant des heures
Le temps du bonheur.  » Stéphen MOYSAN (Poète français-Extrait de son recueil J’écris mes silences)


J’aime les nuages … Charles BAUDELAIRE

 » Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?

Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.

Tes amis ?

Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.

Ta patrie ?

J’ignore sous quelle latitude elle est située.

La beauté ?

Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.

L’or ?

Je le hais comme vous haïssez Dieu.

Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! Charles BAUDELAIRE « Poème L’étranger / Extrait de son recueil Petits poèmes en prose/1869

Un petit roseau m’a suffi …

 » Un petit roseau m’a suffi
Pour faire frémir l’herbe haute
Et tout le pré
Et les doux saules
Et le ruisseau qui chante aussi ;
Un petit roseau m’a suffi
A faire chanter la forêt…

Il m’a suffi
De ce petit roseau cueilli
A la fontaine où vint l’Amour
Mirer un jour
Sa face grave
Et qui pleurait,
Pour faire pleurer ceux qui passent
Et trembler l’herbe et frémir l’eau ;
Et j’ai, du souffle d’un roseau,
Fait chanter toute la forêt. » Henri De RÉGNIER (Extrait de son recueil Les Jeux rustiques et divins/1897)

Tableau de Adriano BONIFAZI

La nature est …

 » La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime.
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.

Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.

Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature, c’est toi-même.  » Amantine Aurore Lucile DUPIN DE FRANCUEIL, baronne DUDEVANT, dite Georg SAND  (Romancière, dramaturge, épistolière, poétesse, critique littéraire et journaliste française,(Extrait de son recueil Contes d’une grand-mère / Celui-ci fut dédié à sa petite-fille Aurore)

Il y a une porte ouverte …

« Il y a une porte ouverte

Et pourtant il faut la forcer.

Nous ne savons ce qu’il y a derrière,

Mais de là vient l’appel.

Nous pouvons aller ailleurs,

Mais nous venons d’ailleurs.

Nous sommes dehors et le savons,

Mais peut-être que tout est dehors.

Toujours nous cherchons cette porte

Mais elle devrait être fermée.

Ici l’ouvert est infranchissable.

Comment franchir ce qui n’existe pas ?

Il faut fermer l’unique porte

Afin peut-être de pouvoir entrer.  » Roberto JUARROZ ( Extrait du recueil Poésie Verticale traduit en français par Roger MUNIER aux Éditions Point Poésie)

Le muguet …

 » Cloches naïves du muguet,
Carillonnez ! car voici Mai !

Sous une averse de lumière,
Les arbres chantent au verger,
Et les graines du potager
Sortent en riant de la terre.

Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !

Les yeux brillants, l’âme légère,
Les fillettes s’en vont au bois
Rejoindre les fées qui, déjà,
Dansent en rond sur la bruyère.

Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !  » Maurice CARÊME (Poète et écrivain belge de langue française)

Le bonheur …

 » Si tu veux être heureux, ne cueille pas la rose
Qui te frôle au passage et qui s’offre à ta main;
La fleur est déjà morte à peine est-elle éclose.
Même lorsque sa chair révèle un sang divin.

N’arrête pas l’oiseau qui traverse l’espace;
Ne dirige vers lui ni flèche, ni filet
Et contente tes yeux de son ombre qui passe
Sans les lever au ciel où son aile volait;

N’écoute pas la voix qui te dit : « Viens ». N’écoute
Ni le cri du torrent, ni l’appel du ruisseau;
Préfère au diamant le caillou de la route;
Hésite au carrefour et consulte l’écho.

Prends garde… Ne vêts pas ces couleurs éclatantes
Dont l’aspect fait grincer les dents de l’envieux;
Le marbre du palais, moins que le lin des tentes
Rend les réveils légers et les sommeils heureux.

Aussi bien que les pleurs, le rire fait les rides.
Ne dis jamais : Encore, et dis plutôt : Assez…
Le Bonheur est un Dieu qui marche les mains vides
Et regarde la Vie avec des yeux baissés !  » Poème « Le bonheur » – Henri De RÉGNIER (Poète et écrivain français / Extrait de son recueil Vestigia Flammae )

Henri DE RÉGNIER (1865/1036)

Nous irons par la vie …

 » Nous irons par la vie comme deux oisillons

en quête d’épis blonds et puis nous parlerons

de charmes subtils, de jouissances sublimes

en des mots ingénus et des phrases candides.

Et nous sourirons à la rose notre sœur

derrière la verte et sombre jalousie,

Applaudirons tous deux la céleste harmonie

Du poète et musicien qu’est l’oiseau moqueur.

Nous saluerons cordialement les nuages

qui étreignent les flancs de ces hautes montagnes,

Nous les verrons courir sous l’impulsion du vent

comme un troupeau craintif de petits moutons blancs.

Nous entendrons la forêt se peupler de bruits ;

de chants mystérieux et de voix inou-ïes ;

Nous verrons comment les patientes araignées

Tissent en sept couleurs leurs toiles éthérées.

Nous irons par la vie confondus avec elle,

et rien ne troublera le silencieux calme,

alors l’âme des choses deviendra notre âme

et notre psaume, le psaume de l’étoile.

Et puis un jour, quand l’œil pénétrant et inquiet

saura scruter les profondeurs, et quand l’ouïe

saura bien écouter les voix de l’inouï,

A nos âmes paraîtra le profond secret.  » Enrique GONZALEZ MARTINEZ ( Poète mexicain, diplomate, chirurgien-obstréticien / Traduction française par Lorena BENICHOU)

Tableau : Pierre Auguste RENOIR