Nuages …

 » La description des nuages
exige de faire diligence
en une fraction de seconde
ils ne sont plus eux, ils sont autres.

Leur trait principal consiste
à ne jamais reproduire
ni formes, ni teintes, ni poses, ni dessins.

Jamais porteurs d’aucune mémoire,
légers, ils survolent la gravité des faits.

Témoins de quelque chose , vous voulez rire !
au moindre souffle, voilà qu’ils s’éparpillent.

En regard des nuages
la vie semble solide,
presque enracinée, quasi éternelle.

À côté des nuages
les pierres sont nos cœurs,
nous pouvons compter sur elles,
alors qu’eux : des cousins lointains et volages.

Que les gens soient, s’ils y tiennent,
et qu’ils meurent ensuite un à un,
les nuages n’en ont rien à faire
de ces affaires
extraordinaires.

Au dessus de ta vie parfaite
et de la mienne, imparfaite pour l’instant,
ils paradent, fastueux comme avant.

De périr avec nous ils ne sont point tenus.
Pour voguer, nul besoin d’être vu.  » Wislawa SZYMBORSKA (Poétesse polonaise – Extrait de son recueil Je ne sais quelles gens )

Étude de nuages par John CONSTABLE :

NUAGES John CONSTABLE

CONSTABLE nuages

Comment peut-il faire aussi chaud …

» Comment peut-il faire aussi chaud ?
rien ne saurait nous rafraîchir,
nous nous sentons tout mous dans l’eau :
s’y baigner ? A peine un plaisir !

Le sable est brûlant sous nos pieds,
on n’y peut marcher qu’en sandales !
Les touristes sont si outrés
que certains crient même au scandale !

Mais avoir chaud, c’est naturel
à la mi-août dans le Midi !
Regardez donc les hirondelles
qui zèbrent le ciel sans souci …  » Vette de FONCLARE ( Poétesse française – Vers extraits du  Poème Août )

PLAGE Peter ADDERLEY
Tableau : Peter ADDERLEY

Le plongeon …

 » Les questions se bousculent avant le grand bond :
« Est-elle trop froide ? Vais-je toucher le fond ? »
Et d’autres encore à propos de l’impulsion.
Je m’avance et recule, plein d’hésitations.

Ces pas en rond comme un grand fauve dans sa cage
sont ceux que l’homme adopte souvent à cet âge
où il s’interroge soudain sur son empreinte
et commence à chercher le plaisir dans la crainte.

Mon désir renforcé par cette appréhension,
peur de l’envol, peur d’une brutale immersion
dans une onde noire d’apparence glacée,

Toujours vient cet instant où mon esprit décroche,
quand mes pieds sont encore agrippés à la roche
alors que mon corps, lui, s’est déjà élancé !  » Hervé MAURY ( Poète français )

Plongeur gustave CAILLEBOTTE
 » Le plongeur  » Gustave CAILLEBOTTE

Aux bains de mer …

 » Sur la plage élégante au sable de velours
que frappent, réguliers et calmes, les flots lourds,
tels que des vers pompeux aux nobles hémistiches,
les enfants des baigneurs oisifs, les enfants riches,
Qui viennent des hôtels voisins et des chalets,
la jaquette troussée au-dessus des mollets,
courent, les pieds dans l’eau, jouant avec la lame.
Le rire dans les yeux et le bonheur dans l’âme,
sains et superbes sous leurs habits étoffés
et d’un mignon chapeau de matelot coiffés,
ces beaux enfants gâtés, ainsi qu’on les appelle,
creusent gaiement, avec une petite pelle,
dans le fin sable d’or des canaux et des trous.
Et ce même océan, qui peut dans son courroux
broyer sur les récifs les grands steamers de cuivre,
laisse, indulgent aïeul, son flot docile suivre
le chemin que lui trace un caprice d’enfant.
Ils sont là, l’œil ravi, les cheveux blonds au vent,

Non loin d’une maman brodant sous son ombrelle,
et trouve, à coup sûr, chose bien naturelle,
que la mer soit si bonne et les amuse ainsi.
Soudain, d’autres enfants, pieds nus comme ceux-ci,
et laissant monter l’eau sur leurs jambes bien faites,
des moussaillons du port, des pêcheurs de crevettes,
passent, le cou tendu sous le poids des paniers.
Ce sont les fils des gens du peuple, les derniers
des pauvres, et le sort leur fit rude la vie.
Mais ils vont, sérieux, sans un regard d’envie
pour ces jolis babys et les plaisirs qu’ils ont.
Comme de courageux petits marins qu’ils sont,
ils aiment leur métier pénible et salutaire
et ne jalousent point les heureux de la terre.
Car ils savent combien maternelle est la mer
Et que pour eux aussi souffle le vent amer
qui rend robuste et belle, en lui baisant la joue,
l’enfance qui travaille et l’enfance qui joue.  » François COPPÉE (Poète français / Poème extrait de son recueil Le Cahier rouge )

plage
Tableaux : Vladimir VOLEGOV

Les Tournesols …

Ils sont dorés et gras, et ce sont les enfants
de l’union du Soleil avec dame la Terre.
Il leur a dispensé un peu de sa lumière
en les créant ainsi il y a fort longtemps.

Car l’astre trop distrait a un jour répandu
quelques rayons ici. Mais au lieu de brûler
la terre provençale, ils y ont fructifié
en grosses fleurs dressées, costaudes et bien drues.

Ce sont les tournesols, ce merveilleux cadeau
d’origine céleste et de divine essence.
Et c’est en pivotant tous dans le même sens
qu’ils adorent leur père sans lui tourner le dos.

De gros pépères-fleurs ! Énormes et joufflus
sur leur très haute tige ; avec leur cœur ventru
joliment couronné de gros pétales jaunes,
ce sont des fleurs d’été, mais colorés d’automne.

Des fleurs en bataillons et enrégimentées,
suivant au long du jour le soleil de l’été
en se tournant de l’Est vers le Couchant du soir…
Comment supportent-ils leur pesant ostensoir ?

Parce qu’ils sont costauds ! Et parce que leur pied
bien rivé dans le sol s’échine à rechercher
un peu d’eau, très profond aux tréfonds de la terre.
Très peu d’humidité et beaucoup de lumière :

Nos ersatz de soleil ne sont pas bien gourmands !
Tous plantés en piquets, tournant incessamment,
ce sont de grosses fleurs gorgées d’huile bien grasse.
Des consœurs du colza, mais dénuées de grâce,

De gros soleils captifs, trop raides, sans nuances,
Illuminant pourtant nos champs gris de Provence. » Vette de FONCLARE (Poétesse française)

TOURNESOLS 3

 

On m’a offert un coquillage …

 » On m’a offert un coquillage.
Il y chante
une mer de mappemonde
et l’eau emplit mon cœur
avec ses petits poissons
d’ombre et d’argent.
On m’a offert un coquillage…. » Federico GARCIA LORCA (Poète et dramaturge espagnol – Extrait de son recueil Chansons,Poésie/1921-1927 )

coquillage adolphe bouguereau
 » Le coquillage  » Adolphe BOUGUEREAU

A la pêche …

« A la pêche il faut savoir être patient
Car il faut surtout toujours attendre
Que le poisson mordent inconscient
Que tout bonnement il se fasse prendre
A la pêche on peut aussi se détendre
Profiter de se doux moment heureux
Par cette nature qui nous engendre
Tant de douceur qui rend si joyeux
A la pêche on donne parfois des appâts artificiels
Et parfois aussi l’on donne des appâts réels
Cela donne du plaisir aux pêcheurs chevronnés
De devoir choisir, ainsi l’appât qui sera adapté
Certains pêcheurs aiment longtemps aussi marcher
Pour avoir le plaisir de trouver le fameux poisson
Qui mordra, se qui rendra fier le pêcheur enjoué
Et apportera encore plus dans son cœur cette passion. »

Mireille BOILLOT-VILLER (Poétesse française)

pecheur bruno bickhofer
Photo : Bruno BICKHOFER

Certains aiment la poésie …

Certains 
donc pas tout le monde,
même pas la majorité de tout le monde, au contraire,
et sans compter les écoles, où on est bien obligé,
ainsi que les poètes eux-mêmes,
on n’arrivera pas à plus de deux sur mille.

Aiment
mais on aime aussi le petit salé aux lentilles,
on aime les compliments, et la couleur bleue,
on aime cette vieille écharpe,
on aime imposer ses vues,
on aime caresser le chien.

La poésie
Seulement qu’est-ce que ça peut bien être ?
Plus d’une réponse vacillante
fut donnée à cette question.
Et moi-même je ne sais pas, et je ne sais pas, et je m’y accroche
comme à une rampe salutaire.  » Wyslwa SZYMBORSKA (Poétesse polonaise)

Poétesse Szymborska
Wylsa ZSYMBORSKA (1923-2012)

 

Le verger …

 » Dans le jardin, sucré d’œillets et d’aromates,
Lorsque l’aube a mouillé le serpolet touffu,
Et que les lourds frelons, suspendus aux tomates,
Chancellent, de rosée et de sève pourvus,

Je viendrai, sous l’azur et la brume flottante,
Ivre du temps vivace et du jour retrouvé,
Mon cœur se dressera comme le coq qui chante
Insatiablement vers le soleil levé.

L’air chaud sera laiteux sur toute la verdure,
Sur l’effort généreux et prudent des semis,
Sur la salade vive et le buis des bordures,
Sur la cosse qui gonfle et qui s’ouvre à demi ;

La terre labourée où mûrissent les graines
Ondulera, joyeuse et douce, à petits flots,
Heureuse de sentir dans sa chair souterraine
Le destin de la vigne et du froment enclos.

Des brugnons roussiront sur leurs feuilles, collées
Au mur où le soleil s’écrase chaudement ;
La lumière emplira les étroites allées
Sur qui l’ombre des fleurs est comme un vêtement.

Un goût d’éclosion et de choses juteuses
Montera de la courge humide et du melon,
Midi fera flamber l’herbe silencieuse,
Le jour sera tranquille, inépuisable et long.

Et la maison, avec sa toiture d’ardoises,
Laissant sa porte sombre et ses volets ouverts,
Respirera l’odeur des coings et des framboises
Éparse lourdement autour des buissons verts ;

Mon cœur, indifférent et doux, aura la pente
Du feuillage flexible et plat des haricots
Sur qui l’eau de la nuit se dépose et serpente
Et coule sans troubler son rêve et son repos.

Je serai libre enfin de crainte et d’amertume,
Lasse comme un jardin sur lequel il a plu,
Calme comme l’étang qui luit dans l’aube et fume,
Je ne souffrirai plus, je ne penserai plus,

Je ne saurai plus rien des choses de ce monde,
Des peines de ma vie et de ma nation,
J’écouterai chanter dans mon âme profonde
L’harmonieuse paix des germinations.

Je n’aurai pas d’orgueil, et je serai pareille,
Dans ma candeur nouvelle et ma simplicité,
A mon frère le pampre et ma sœur la groseille
Qui sont la jouissance aimable de l’été,

Je serai si sensible et si jointe à la terre
Que je pourrai penser avoir connu la mort,
Et me mêler, vivante, au reposant mystère
Qui nourrit et fleurit les plantes par les corps.

Et ce sera très bon et très juste de croire
Que mes yeux ondoyants sont à ce lin pareils,
Et que mon cœur, ardent et lourd, est cette poire
Qui mûrit doucement sa pelure au soleil… » Anna De NOAILLES (Poétesse française / Extrait de son recueil Le cœur innombrable)

VERGER Emil CLAUS
 » Le verger  » Emil CLAUS 
VERGER Camille PISSARRO
 » Le verger en fleurs  » Camille PISSARRO 
VERGER en fleurs CLAUDE MONET
 » Le verger en fleurs  » Claude MONET
Öèôðîâàÿ ðåïðîäóêöèÿ íàõîäèòñÿ â èíòåðíåò-ìóçåå gallerix.ru
 » Le verger   » Vincent VAN GOGH
HEH372240
 » Le verger  » Luther Emerson VAN GORDER 

 

Lessivée la lessive …

 » Lessivée la lessive
rincée
trempée jusqu’aux os des fibres,
dégoulinante ivre de la sueur du bac
tendue tordue lourde folle et molle.

Pincée
accrochée
épinglée pendue sur la corde raide.

Essorée la lessive
secouée agitée remuée,
malmenée par le vent mauvais,
clouée à l’étendoir par un soleil plombé.

Battue et rebattue
tambour battant
retournée
fatiguée comme une salade la lessive.

Épandue
en deuil de toutes ses tâches,
écrasée contre elle-même,
dépliée
menotté aux montants métalliques
d’un séchoir.

Mais quand
la lessive
vidée de sa crasse
a passé la mauvaise passe,
elle se saisit soudain de l’air qui respire
et de la chaleur tournante du ciel.

Là la lessive se redresse se repasse se débarrasse d’hier
se reprend se détend se remet – fière.

Alors
blanchie pliée à quatre épingles,
la lessive se fait belle
elle laisse sécher le passé
propre comme un dessous neuf pour un corps nouveau
fin prête à se rhabiller … renouvelée.  » Anne RAPP-LUTZERNOFF (Poétesse française)

LINGE Henk JONKER
Photo Henk JONKER