Les papillons…

 » De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu’aimez-vous mieux ? – Moi, les roses ;
– Moi, l’aspect d’un beau pré vert ;
– Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
– Moi, le rossignol qui chante ;
– Et moi, les beaux papillons !

Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau !…

Quand revient l’été superbe,
Je m’en vais au bois tout seul :
Je m’étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d’eux à son tour,
Passe comme une pensée
De poésie ou d’amour !

Voici le papillon « faune »,
Noir et jaune ;
Voici le « mars » azuré,
Agitant des étincelles
Sur ses ailes
D’un velours riche et moiré.

Voici le « vulcain » rapide,
Qui vole comme un oiseau :
Son aile noire et splendide
Porte un grand ruban ponceau.
Dieux ! le « soufré », dans l’espace,
Comme un éclair a relui…
Mais le joyeux « nacré » passe,
Et je ne vois plus que lui ! …  » Gérard DE NERVAL (Poète et écrivain français – Extrait d’un poème de son recueil Odelettes)

« Les papillons » August ALLEBE

C’est une fête en vérité ..

 » C’est une fête en vérité,
Fête où vient le chardon, ce rustre ;
Dans le grand palais de l’été
Les astres allument le lustre.

On fait les foins. Bientôt les blés.
Le faucheur dort sous la cépée ;
Et tous les souffles sont mêlés
D’une senteur d’herbe coupée.  » Victor HUGO -( Poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français – Extrait de son poème Laetitia rerum/1877 – Recueil  » L’art d’être grand-père)

Tableau de Vincent VAN GOGH d’après MILLET

La jacinthe des bois …

 » La jacinthe des bois est la fleur la plus douce.

Des vagues dans l’air d’été,

ses fleurs ont le pouvoir le plus puissant

pour apaiser les soins de mon esprit… » Emily BRONTË (Poétesse et romancière britannique)

 » Jacinthe des bois  » un tableau de Rita READMAN – La jacinthe des bois est aussi appelée  » le muguet bleu  » ou la  » scille penchée  » ou la  » jacinthe sauvage  »

La poule …

 » Pattes jointes, elle saute du poulailler, dès qu’on lui ouvre la porte.
C’est une poule commune, modestement parée et qui ne pond jamais d’œufs d’or.
Éblouie de lumière, elle fait quelques pas, indécise, dans la cour.
Elle voit d’abord le tas de cendres où, chaque matin, elle a coutume de s’ébattre.
Elle s’y roule, s’y trempe, et, d’une vive agitation d’ailes, les plumes gonflées, elle secoue ses puces de la nuit.
Puis elle va boire au plat creux que la dernière averse a rempli.
Elle ne boit que de l’eau.
Elle boit par petits coups et dresse le col, en équilibre sur le bord du plat.
Ensuite elle cherche sa nourriture éparse.
Les fines herbes sont à elle, et les insectes et les graines perdues.
Elle pique, elle pique, infatigable.
De temps en temps, elle s’arrête.
Droite sous son bonnet phrygien, l’œil vif, le jabot avantageux, elle écoute de l’une et de l’autre oreille.
Et, sûre qu’il n’y a rien de neuf, elle se remet en quête.
Elle lève haut ses pattes raides, comme ceux qui ont la goutte. Elle écarte les doigts et les pose avec précaution, sans bruit.
On dirait qu’elle marche pieds nus. « Jules RENARD (Écrivain et auteur dramatique français – Extrait de son livre Histoires naturelles/1896)

Tableau de Walter Frederick OSBORNE

Cantos toscans …

 » Lumière juste érigée
En chemins, en collines,
En cyprès… choses lointaines
Ou proches que jamais
Nous n’avons révélées,
Faute de mots exacts
Et d’un cœur transparent. « 

 » Le carré lumineux de la fenêtre
capte les lointaines courbes du dehors :
ligne de crête hérissée de cyprès,
ourlet des nuages rompus par un aigle…
Dedans, on reste coi, sûr que tout est dit,
que rien ne sera dit. Pourtant ce moment
infini que seul un œil fini voit. »

Poèmes de François CHENG (Écrivain, poète et calligraphe français (naturalisé en 1971), membre de l’Académie française – Textes extraits de son recueil Cantos toscans)

Le sonnet des mains …

 » Blanches, ayant la chair délicate des fleurs,
On ne peut pas savoir que les mains sont cruelles.
Pourtant l’âme se sèche et se flétrit par elles ;
Elles touchent nos yeux pour en tirer des pleurs.

Le lait pur et la nacre ont formé leurs couleurs ;
Un peu de rose fait qu’elles semblent plus belles.
Les veines, réseau fin de bleuâtres dentelles,
En viennent affleurer les plastiques pâleurs.

Si frêles ! qui pourrait redouter leurs caresses ?
Les mains, filets d’amour que tendent les maîtresses,
Prennent notre pensée et prennent notre cœur.

Leur claire beauté ment et leurs chaînes sont sûres ;
Et ma fierté subit, ainsi qu’un mal vainqueur,
Les mains, les douces mains qui nous font des blessures.  » Albert MÉRAT (Poète français-Extrait de son recueil L’Idole/1869)

Photographie de Cristina CORAL (Cliché extrait d’une série intitulée « Melt in Color  » immortalisant des mains de femmes )

Vive le voilier qui passe …

 » Les flâneurs sont sur le quai

_ Vive le voilier qui passe !_

Les flâneurs sont sur le quai

Et rêvent de s’embarquer.

Mais rêver ne mène à rien

_ Vive le voilier qui passe ! _

Mais rêver ne mène à rien.

Les marins le savent bien.

Vent de quart ou vent debout

_ Vive le voilier qui passe ! _

Vent de quart ou vent debout,

Il leur faut parer à tout.

Et tant pis pour qui ne voit

_ Vive le voilier qui passe ! _

Et tant pis pour qui ne voit

Le bonheur claquer au mât. » Maurice CARÊME (Poète et écrivain belge de langue française)

Tableau de Bernhard LAARHOVEN

Le Corset …

 » La belle femme en son corset,
Vive comme un poisson dans l’onde,
Lasse et délasse tes projets,
T’offre la clef d’un nouveau monde
Ferme les yeux et disparaît.

Son corset est l’armure ancienne
Où se cache ce qui te plaît.
C’est le château, c’est la persienne,
C’est le rempart et le coffret
Où tes désirs vont et reviennent.

Refusant ce qu’elle promet,
Retenant l’amour qui se sauve,
Est-ce une femme ou un brochet
En coutil blanc lacé de mauve ?
Est-ce une femme ou un corset ? » Louise de VILMORIN

Tableau de Pierre CARRIER-BELLEUSE

Le jardin en fleurs …

 » Chez nous dans le jardin il y a tant de fleurs
Qu’elles font alentour rayonner leur odeur
Fraîche, verte et poivrée de plantes printanières.
Parfois même s’y mêle une senteur amère.

Chez nous, dans le jardin, il y a tant de fleurs
Qu’il est tout moucheté de taches de couleurs
Jonchant le roux craqué, aride de la terre
Assoiffée et rongée par l’excès de lumière.

Chaque soir on arrose, et sous les gouttelettes
Les plantes assoiffées boivent, dressant leur tête.
Le soleil assoupi les laisse s’enivrer.

Quand enfin il s’endort, les parterres de fleurs
Clignotant dans la nuit éteignent leurs couleurs.
Et seule vit encor la lune auréolée.  » Vette de FONCLARE (Poétesse française)

 » Jardin en fleurs  » 1888 Vincent VAN GOGH

La rose bleue …

 » Je ne te connais pas, rose qui n’est pas rose,
Ni couleur de soleil, ni de rouge velours,
Ni d’un blanc de petite nonne, et qui me cause
Une anxiété vague, étrange rose.

Je ne te connais pas, je te sais quelque part,
Chez le fleuriste en vogue – à l’abri d’une serre –
Ou dans un parc trop beau comme avivé de fards
Et de sources factices – quelque part

Où l’abeille elle-même hésite, un peu craintive.
Jardiniers trop savants, que n’ont-ils fait déjà !
« L’églantier qui tendait vers moi ses branches vives,
Qu’en ont-ils fait ? » dit l’abeille craintive.

Qu’en ont-ils fait ? » dit la cétoine au bonnet vert.
Et l’Amour nu, sur sa colonne, en pénitence,
Dit : « Qu’ont-ils fait de ce tendre univers
où librement des fleurs jonchaient les chemins verts ? »

Qu’ont-ils fait, qu’ont-ils fait de toi rose des haies ?
Trop somptueuse ou trop pâle soudain,
Chaque printemps déjà tu nous semblais moins vraie
dans la miraculeuse fête des jardins…

Et te voici du bleu convenu des turquoises,
du bleu des hortensias bleus, des lotus bleus,
des ciels trop bleus sur des porcelaines chinoises…
Te voici bleue, ô rose bleue ! et fausse un peu

Comme des yeux qui mentiraient, de beaux yeux lisses,
larges et fiers, baignés d’azur… et juin se glisse
dans le petit cœur frais des roses d’autrefois !

Et moi je songe au bleu de la sauge des bois,
aux bouquets ronds que brodaient, en couronne,
d’adorables myosotis, un brin fanés ;
aux bluets des vastes champs blonds à moissonner ;
aux pervenches d’avril, aux clochettes d’automne ;

au muscari, qu’aigrettent des saphirs ;
au bleu d’insecte bleu des bourraches velues ;
aux gentianes dans les herbes chevelues…

Je songe à tous les yeux qui s’ouvrent pour offrir
tous les tons bleus de l’eau, de l’air, des pierreries :

au bleu de l’aconit, à la douceur fleurie
du lin candide, au regard clair du romarin…

à ce reflet de mer qu’ont les yeux des marins
et les houppettes des chardons le long des côtes…

Je songe à la chanson qui se chante à voix haute
ou si discrètement dans le creux des fossés…
Je songe à vous, je songe à vous, ô chanson bleue,
qui chantez en de pauvres cœurs et les bercez !

Je vous revois, jardinets de banlieue
avec ces visages de fleurs qui font penser
à des enfants dans une chambre ; je vous vois,
fenêtre à l’ombre où l’on cultive une jacinthe…

Et vous, champs de Harlem, brumes où tinte
le carillon d’autres jacinthes ; bleu de toits
drapés d’une glycine ; poudre fine
d’un épi de lavande au soleil des collines,

matins bleus, pays bleus, je vous reconnais bien,
d’ici, rien qu’aux parfums du vent qui passe…

… Et d’autres, mieux que moi, comme l’on se souvient,
se souviendront d’étés anciens, d’odeurs vivaces.

Mais quelqu’un dira-t-il, ô rose, infante bleue,
Dame étrangère qui surprend, même là-bas,
dans ces parcs où des paons royaux traînent leur queue,
dira-t-il qu’il te connaissait, Princesse bleue ?

Même poète, osera-t-il
Franchir la grille ou marchander la gerbe ?
tant de sentiers sont bleus, depuis avril,
d’un bleu tout simple… Osera-t-il ?

Et, même osant, que savoir d’une rose
qui n’est plus cette rose avec l’âme d’hier ?
– Le temps des dieux et des métamorphoses,
s’il revenait, pourtant, dame en bleu qui fut rose ?

Les Contes de Perrault ?… J’ai tant rêvé,
sais-tu, de baguettes magiques, de breuvages
transformant, pour la perdre ou la sauver,
la Belle dont un Prince avait rêvé…

J’ai tant rêvé, comme le Prince, que, peut-être,
sous ton déguisement, je te reconnaîtrais ?
Va, ce n’est pas ta faute… et l’on peut mettre
Une robe d’azur sans trop mentir, peut-être…

De l’orgueil ? On te croit de l’orgueil ? Je dirais :
« Ne devinez-vous pas qu’être une rose bleue
c’est être seule et triste ?… » Et le secret
de ton odeur perdue aussi, je le dirais,
pour qu’on t’accueille avec douceur, ma Rose…  » Sabine SICAUD (Poétesse française – Extrait de son recueil Poèmes d’enfant/1926)