Le brouillard de l’automne …

 » Le brouillard indolent de l’automne est épars.
Il flotte entre les tours comme l’encens qui rêve
Et s’attarde après la grand-messe dans les nefs ;
Et il dort comme un linge sur les remparts.

Il se déplie et se replie. Et c’est une aile
Aux mouvements imperceptibles et sans fin ;
Tout s’estompe ; tout prend un air un peu divin ;
Et, sous ces frôlements pâles, tout se nivelle.

Tout est gris, tout revêt la couleur de la brume :
Le ciel, les vieux pignons, les eaux, les peupliers,
Que la brume aisément a réconciliés
Comme tout ce qui est déjà presque posthume.

Brouillard vainqueur qui, sur le fond pâle de l’air,
A même délayé les tours accoutumées
Dont l’élancement gris s’efface et n’a plus l’air
Qu’un songe de géométrie et de fumées.  » Georges RODENBACH (Poète symboliste et romancier belge – Extrait de son recueil Le miroir du ciel natal)

Un sourire …

 » Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup,
Il enrichit celui qui le reçoit sans appauvrir celui qui le donne,
Il ne dure qu’un instant, mais son souvenir est parfois éternel,
Personne n’est assez riche pour s’en passer,
Personne n’est assez pauvre pour ne pas le mériter,
Il crée le bonheur au foyer, soutient les affaires,
Il est le signe sensible de l’amitié,
Un sourire donne du repos à l’être fatigué,
Donne du courage au plus découragé
Il ne peut ni s’acheter, ni se prêter, ni se voler,
Car c’est une chose qui n’a de valeur qu’à partir du moment où il se donne.
Et si toutefois, vous rencontrez quelqu’un qui ne sait plus sourire,
Soyez généreux donnez-lui le vôtre,
Car nul n’a autant besoin d’un sourire
Que celui qui ne peut en donner aux autres.  » Raoul FOLLEREAU (Écrivain, poète, journaliste français – Extrait de son recueil Le livre d’amour(1920)

Un tableau de Robert HENRI ( Peintre réaliste américain )

Vent d’automne …

 » Le vent souffle plus fort et sans être mauvais
Il arrache aux arbres un peu de leur vie
En inclinant les branches pourries
Vers la terre où triomphe déjà les regrets

L’automne petit frère de l’hiver
Annonce son règne en une triste mélodie
Aux longs et doux refrains de mélancolie
Qui tous riment avec les journées regrettées d’hier…  » Vers extraits d’un poème de Guillaume PREVEL (Poète français)

Illustration de Lara BRIZ

L’allumeur de réverbères …

 » L’allumeur de réverbères
était de petite taille.
Je le vois dans ma mémoire
comme au temps de mon enfance.
Il marchait d’un pas vif, rapide, léger,
portant sous le bras son escabeau,
que devant chaque réverbère,
avant de l’allumer,
il posait comme un objet fragile.
De sa ronde quotidienne
il paraissait se faire une joie,
celle de parsemer la nuit
de fleurs lumineuses.
Ordonnateur discret
des pompes funèbres du jour,
il était toujours de noir vêtu
mais sa bonne humeur ne le quittait jamais,
et un fin sourire éclairait son visage
car il était de la douce bienveillance
de ceux qui se suffisent de peu.
Je le rencontrais bien souvent
et il parlait de la beauté du crépuscule,
de la transparence de l’heure,
de la brièveté de la vie
que j’avais devant moi
presque toute encore.
Un soir il me donna une fleur:
« c’est une fleur immortelle », me dit-il,
« garde-la précieusement
En souvenir de notre amitié
car un jour je serai mort
et il n’y aura plus d’allumeurs de réverbères.
Mais chaque fois que tu la regarderas
tu sauras que quelque part,
dans une étoile peut-être,
je penserai à toi. » Jean MINEUR (Poète français)

 » L’allumeur de réverbères  » Erik Ludwig HENNINGSEN

Jour pluvieux d’automne …

 » Une feuille rousse
que le grand vent pousse
dans le ciel gris-bleu,
l’arbre nu qui tremble
et dans le bois semble
un homme frileux,

une gouttelette
comme une fléchette
qui tape au carreau,
une fleur jaunie
qui traîne sans vie
dans la flaque d’eau,

sur toutes les choses
des notes moroses,
des pleurs, des frissons,
des pas qui résonnent :
c’est déjà l’automne
qui marche en sifflant sa triste chanson. » Michel BEAU (Poète français)

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Regarder et écouter …

 » Le turquoise s’estompe dans un azur tout étoilé
Je m’assois à la fenêtre et je regarde.
Je regarde et j’écoute parce que c’est là
que réside toute ma force : regarder et écouter.  » Umberto SABA (Poète et écrivain  italien / Vers extraits du poème Méditation / Recueil Poésies de l’adolescence et de la jeunesse entre 1907/1911 )  
 
Tableau de Johann Peter HASENCLEVER

Un piano …

 » Puis-je te célébrer autant que je le dois,
cher interlocuteur au langage mystique ?
Hier encore, le chagrin, ruisselant de mes doigts,
t’arrachait un sanglot funèbre et sympathique.
Sois fier d’être incompris de la vulgarité !
Beethoven a sur toi déchaîné sa folie,
et Chopin, cet Archange ivre d’étrangeté,
t’a versé le trop-plein de sa mélancolie.
Le rêve tendrement peut flotter dans tes sons ;
la volupté se pâme avec tous ses frissons
dans tes soupirs d’amour et de tristesse vague ;
intime confident du vrai musicien,
tu consoles son cœur et son esprit qui vague
par ton gémissement, fidèle écho du sien.Maurice ROLLINAT ( Poète et musicien français – Poème extrait du recueil Les Névroses édité en 1917 )

PIANO MAURICE ROLLINAT

Le grenier …

… Il est noir, l’escalier,
l’escalier qui monte au grenier,
au grenier où le plancher craque.
C’est un endroit que l’on aime beaucoup
la nuit s’y attarde ; on y trouve de tout :
vieux livres, souvenirs, chapeaux à claque
et des rats sortant de leur trou.
On a peur ; il fait noir ; le plancher craque
c’est bon d’être là, sous les tuiles,
seul et tranquille,
pour avoir peur et pour penser.
La lucarne est garnie de vitres bien ternes
avec des toiles d’araignées.
On l’ouvre sur la campagne moderne,
quand on ne veut plus vivre avec le passé. » Carlos LARRONDE (Écrivain, poète, critique littéraire)

Les confitures de mamie …

 » Dis mamie, tes confitures, dans l’armoire de chêne, pourquoi ont-elles un goût si différent de celles que l’on achète, à l’étal des marchands ? Ce sont pourtant les mêmes fruits, les mêmes graines. Les arbres qui les donnent ont les mêmes racines, et c’est la même terre, ce sont les mêmes champs !

Dans la vallée du Rhône, au moment du printemps, quand les arbres se dressent, en fleurs, en grappes, en folle ivresse, mes yeux ne sont pas assez grands pour en capter déjà la joyeuse promesse ! J’aime rapporter, pour la voir dans un vase, une branche coupée de ces arbres fruitiers, à la couleur si tendre…

Pétales de cerisiers, fleurs de pêchers, sont déjà dans mon cœur, un bouquet de senteur, un germe de bonheur, une gerbe de cette vie exquise qui deviendra un fruit. Leur peau me dit la pulpe et le sucre, et le jus qui coule dans leurs veines, je le sens battre en moi, car un fruit est vivant !

Il donne le meilleur de sa promesse en fleur. Son goût, son parfum, et bientôt son fumet, c’est le don de sa vie, pour la joie des gourmets ! Mais ce n’est pas fini… Je les fais cuire ensuite, ces fruits de rêve, ces fruits bénis, le feu est notre ami, il est notre complice pour ces fruits en fusion, en pleine ébullition.

Je les remue souvent… Le sucre que j’ajoute vient soutenir celui qui est déjà présent. Et quand je juge enfin la cuisson suffisante, je verse en chaque pot le nectar délicieux en pensant à l’avance, à mes petits-enfants qui me diront, un jour, en me fixant les yeux :  » Dis, mamie, tes confitures… »

C’est peut-être là, vois-tu, le secret de leur goût, le goût qui te paraît si différent, c’est l’amour que j’y mets, pour mes petits-enfants !  » Christiane GAUD-DESCOULEURS (Auteur et poétesse française, éducatrice spécialisée)

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