Multiple …

 » Je fonce vers l’horizon
Qui s’écarte
Je m’empare du temps
Qui me fuit

J’épouse mes visages
D’enfance
J’adopte mes corps
D’aujourd’hui

Je me grave
Dans mes turbulences
Je pénètre
Mes embellies

Je suis multiple
Je ne suis personne
Je suis d’ailleurs
Je suis d’ici

Sans me hâter
Je m’acclimate
À l’immanence
De la nuit.  » Andrée CHÉDID ( Femme de Lettres et poétesse française d’origine syro-libanaise. Poème extrait de son recueil Rythmes)

Andrée CHÉDID 1920/2011

Hier j’écrivais des poèmes …

« Hier j’écrivais des poèmes
comme je distribue aujourd’hui les baisers.
Mes baisers sont moins chers et
mes poèmes de plus en plus rares.

Maintenant j’écris des poèmes seulement
quand la couleur d’une fleur me blesse
ou lorsqu’une chauve-souris
dans son vol nocturne frôle ma joue.

J’embrasse en toute saison.
J’embrasse des étudiants, des médecins
des poètes rencontrés au hasard.

Ensuite ils en font des poèmes
comme moi je distribue les baisers,
par poignées, à l’étourdie, à la hâte. » Halina POSWIATOWSKA (Poétesse et écrivaine polonaise très connue , décédée à l’âge de 32 ans après avoir subi une intervention chirurgicale (la 2e) pour malformation cardiaque. Ce poème fait partie des traductions françaises de Isabelle MACOR spécialiste en poésie polonaise)

Halina POSWIATOWSKA 1935/1967

Il a neigé la veille …

 » Il a neigé la veille et, tout le jour, il gèle.
Le toit, les ornements de fer et la margelle
du puits, le haut des murs, les balcons, le vieux banc,
sont comme ouatés, et, dans le jardin, tout est blanc.
le grésil a figé la nature, et les branches,
sur un doux ciel perlé, dressent leurs gerbes blanches….  » François COPPÉE (Poète français – Vers Extraits d’un poète extrait de son recueil Promenades et intérieurs / 1872)

Les animaux en hiver …

Que font les animaux en hiver ?

Les oiseaux sont partis 

En Afrique et en Polynésie.

La neige tombe à gros flocons

Et recouvre de son blanc manteau

La colline, les parc, les côteaux

La ville, les jardins, les maisons.

L’ours, la hulotte et la marmotte

Se sont réfugiés dans la grotte,

La taupe, la lapine, les lapereaux

Dans leur terrier bien au chaud,

La biche, le cerf et le marcassin

Sous les grandes branches du sapin.

L’écureuil au fond de son trou

Attend des jours plus doux.

Seule la renarde se hasarde

Dans la bise glacée ,son pelage épais la garde

De l’hiver et de ses gelées.

Elle est à la recherche de nourriture

Pour sa nombreuse progéniture.  » Carmen MONTET (Enseignante et poétesse française)

Les encens …

« Chaque jour en vivant, nous aimons quelque chose.

Un sourire, un regard, un baiser, une fleur,

le ciel d’un matin pur, un crépuscule rose,

Un nuage plus banc sur un jour de chaleur,

au fond de la mémoire, un souvenir qui chante,

refleurissant le cœur qui s’en trouve embaumé,

un vieux refrain qui berce, un vers qui nous enchante !

C’est souvent ce qu’il faut pour vivre un jour aimé.

Et tous ces légers riens qui parfument nos heures

ont souvent plus de prix, font souvent plus de bien,

que tous les plaisirs fous, les fêtes pas meilleures

où le bruit captive, où le bonheur n’a rien.

Et tous ces petits riens menus, gracieux et fragiles,

arrivent jusqu’au cœur, y tombent pour briller,

comme des grains d’encens aux odeurs très subtiles,

qu’on met sur des charbons et qu’on laisse brûler.

Aussi, moi qui connais la valeur de ces choses,

j’ai voulu les garder, je veux les retenir :

parfums de mes amours, parfums de mes roses,

Oh ! restez dans mes vers, vous ne pouvez mourir !

J’aime tous ici-bas : chaque jour en mon âme

brûlent des grains d’encens ; parce que chaque jour

un sourire, un regard, un beau vers me réclame,

dans un chant, dans un son, je trouve un peu d’amour.

Et c’est dans cet encens que viennent les poèmes !

Chaque grain, en brûlant allume vite un vers !

Et parce que j’adore et que, joyeuse, j’aime,

je chanterai demain autant qu’hier !

Je chanterai toujours : l’amitié la meilleure,

la joie et les soucis, la pluie et le beau temps,

la lumière du jour, la nuance de l’heure,

les brumes de l’hiver et le retour du printemps !

Je chanterai, pourvu que dans mon chant suprême,

viennent encore brûler, tout au fond de mon cœur,

les petits grains d’encens qui forment les poèmes,

brûlent pour la beauté, chantant pour le bonheur ! » Germaine BERNIER (Professeur, journaliste, auteure, musicienne, poétesse, conférencière canadienne)

Germaine BERNIER 1902/1986

Les petits flocons …

 » Cette nuit
Sans bruit
Les petits flocons
Se sont enfuis
Comme des oisillons
Hors de leur nid …
Cette nuit
Sans bruit
Les petits flocons
Ont butiné
Comme des papillons
Dans le verger.
Cette nuit
Sans bruit
Les petits flocons
Se sont ouverts
Comme de fins bourgeons,
Fleurs de l’hiver. » Albert ATZENWILER (Poète suisse)

Tableau de Claude MONET

Point et Virgule …

 » Il était une fois une pauvre virgule

qui, par la faute d’un écolier inattentif,

pris la place d’un point

après le dernier mot de la composition.

La pauvre, toute seule, dût supporter

le poids de cent mots, dont certains

mêmes avec un accent.

De cette atroce fatigue, elle mourut.

Elle fut enterrée sous une croix

du crayon bleu du maître.

A la place des chrysanthèmes et des arbres

à feuilles persistantes, il y avait un tas

de points d’exclamation ….  » Gianni RODARI ( Poète, écrivain et journaliste italien)

point et virgule

Je n’ai pas besoin …

 » Je n’ai pas besoin d’argent.
J’ai besoin de sentiments,
de mots, de mots choisis avec soin,
de fleurs comme des pensées ,
de roses comme des présences,
de rêves perchés dans les arbres,
de chansons qui fassent danser les statues,
d’étoiles qui murmurent à l’oreille des amants.
J’ai besoin de poésie ,
cette magie qui allège le poids des mots,
qui réveille les émotions et donne des couleurs nouvelles. « Alda MERINI (Poétesse , femme de Lettres italienne – Extrait de son livre Terra d’amore)

Alda MERINI 1931/2009

Un jour …

 » Un jour, tu as su enfin
ce que tu devais faire, et tu t’es lancée,
malgré les voix autour de toi
qui continuaient à crier
leurs mauvais conseils,
malgré toute la maison
qui s’est mise à trembler
et tu as senti la vieille corde
à tes chevilles.
« Répare ma vie ! »
criait chaque voix.
Mais tu ne t’es pas arrêtée.
Tu savais ce que tu devais faire,
malgré le vent qui arrachait
de ses doigts raides
les fondations elles-mêmes,
malgré leur mélancolie,
terrible.
Il était déjà bien
tard, la nuit était agitée
et la route couverte de branches
cassées et de pierres.
Mais peu à peu,
tandis que tu laissais leurs voix
derrière toi,
les étoiles se sont mises à brûler
à travers les couches de nuages
et une nouvelle voix,
que lentement
tu as reconnu comme la tienne,
est venue te tenir compagnie
tandis que tu avançais de plus en plus loin
dans le monde,
déterminée à faire
la seule chose que tu pouvais faire,
déterminée à sauver
la seule vie que tu pouvais sauver.  » Mary OLIVER (Poétesse américaine – Poème extrait de son recueil Dream Work )

Mary OLIVER 1935/2019

Les mimosas …

 » Relayant juste après Noël tous les sapins enguirlandés,

les mimosas plus naturels étincellent au mois de Janvier.

Avec leurs boules de coton,

on décroche mieux que le le pompon.

Et comme l’or qui brille au ciel,

leurs fleurs sont des grains de soleil.

Il peut porter le maillot jaune

Pour être le premier en fleurs,

et comme à l’entour il embaume,

les parfumeurs le mettent à l’honneur.

Il ne se prend pas le citron

Pour fuir l’amer mais sentir bon.

Et ses feuilles bien sensitives,

Se rétractent à la moindre brise.

L’oiseau qui niche dans ses branches,

peut être bien serein je pense,

même si ses œufs sont convoités,

par les gourmets à chaque entrée.

Il peut porter le maillot jaune

pour être le premier en fleurs.

Et comme à l’entour il embaume,

les parfumeurs le mettent à l’honneur. » Louis VIBAUVER (Poète français)