Le baroque sous-marin de Christy LEE ROGERS …

Christy LEE ROGERS

«Le premier impact de l’image est instantané, quelque chose que je ressens en moi. Mais ensuite je vais l’imprimer, le mettre sur mon mur et vivre avec durant des mois. Si je l’aime et que je ne m’en lasse pas, je sais qu’il résistera à l’épreuve du temps. Je suis assez fascinée par le fait de briser certaines des règles de la photographie contemporaine en utilisant l’eau et la lumière de manière expérimentale. Je fais différemment des autres photographes sous-marins, je photographie au-dessus de l’eau et j’utilise la réfraction des lumières »  » Christy LEE ROGERS ( Photographe américaine)

Christy Lee Rogers est une grande photographe d’art sous-marin, américano-hawaïenne (née à Honolulu) . vivant à Nashville aux Etats Unis. Elle est peu connue en France (bien qu’elle ait fait l’objet d’une exposition de ses clichés à l’Opéra d’Angers en 2013/14) mais elle est dotée d’une grande réputation dans de nombreux pays pour son travail en contrastes et clair-obscur, dans lequel elle développe un style qui fait penser à des peintures baroques.

Elle a mis plus de quinze ans à développer sa technique et continue toujours d’expérimenter de façon constante. C’est très original, fascinant, impressionnant et assez unique.

Élue photographe de l’année en 2019 aux Sony World Awards, elle expose souvent aux Etats Unis, en Chine, au Japon, en Argentine, en Europe aussi et ses photos apparaissent dans des magazines internationaux comme Vogue, Harper’s Bazaar, Elle décoration, Art China etc. –

L’eau a toujours été pour elle une véritable passion, voire une obsession. Elle travaille la nuit( au-dessusd’une piscine) pour plus d’intensité dans les lumières, plus éclat dans l’obtention de couleurs éblouissantes (prédominante la couleur pour elle !). Les corps sont enchevêtrés et ondulent dans l’eau.

«  Je choisis des couleurs qui se démarquent du noir  comme les rouges, les oranges, et les blancs, puis je mélange du bleu et du marron pour remplir ces tons moyens. Mes gouts personnels sont beaucoup de neutres avec d’énormes touches de couleurs. C’est le contraste qui me délivre un message. « C.L.R.

Ce travail magnifiquement complexe a une signification : celle d’évoquer et traduire la force, mais également la fragilité, la vulnérabilité, le tragique, la folie même, de la condition humaine.

Willy RONIS …

«  Pendant toute ma vie de photographe ce sont des moments tout à fait aléatoires que j’ai retenir. Ces moments savent me raconter bien mieux que je ne saurai le faire. Ils expriment mon regard, ma sensibilité. Mon auto-portrait ce sont mes photographies. A chaque photo, il pouvait se passer quelque chose comme il pouvait ne rien se passer. Ma vie a été un pavé de déceptions mais aussi d’immenses joies … Je ne voudrai  retenir que ces moments de joie qui consolent de tous les autres. Quand la vie, furtivement, vous fait un signe de reconnaissance, vous remercie, il y a alors ne grande complicité avec le hasard que l’on ressent profondément. Alors on le remercie aussi. C’est ce que je nomme la joie de l’imprévu. Des situations minuscules, comme des têtes d’épingle. Juste avant il n’y avait rien et juste après il n’y a plus rien. Alors il faut être toujours prêt. » Willy RONIS

 L’objectif est tourné ce jour vers un merveilleux et talentueux photographe-reporter qui a eu une très longue carrière couronnée de nombreux prix ( Prix Kodak 1947 – médaille d’or à la Biennale de Venise 1957 – Grand prix national des Arts et des Lettres 1979 – Prix Nadar 1981 ) ; un œil sûr qui a su magnifiquement bien capter les gens et leur vie quotidienne. Il fut membre de la Royal Photographic Society of Great Britain ( 1993 ).

Un  passionné de dessin et de peinture qui a souvent déclaré que le photographe se rapprochait du peintre dans ce qu’il fallait de patience, de réflexion et de temps à réaliser une œuvre :  ‘‘ La photo est fille de la peinture. Je mets ces deux disciplines sur un pied d’égalité. Lorsque l’on est artiste, on produit de l’art, peut importe lequel. » – La photo de son épouse, nue devant un lavabo, prise à Gordes dans leur maison  en 1948 et qui fait partie d’une série, a eu beaucoup de succès, elle fut publiée par l’agence Rapho. On l’a souvent comparée à un tableau.

 » Le nu provençal  » 1949 à Gordes – Willy RONIS ( Médiathèque de l’architecture et du patrimoine)  —  » Je bricole au grenier, il me manque une certaine truelle restée au rez-de-chaussée. Je traverse l’escalier de pierre qui traverse notre chambre au premier. Sortie de sa sieste, Marie-Anne s’ébroue dans la cuvette ( on va chercher l’eau à la fontaine). Je crie  » reste comme tu es !  » – Mon Rolleiflex est sur une chaise, tout près. Je remonte trois marches et fais quatre prises, les mains tâchées de plâtre. C’est la deuxième photo que j’ai choisie, le tout n’a pas duré deux minutes. C’est ma photo fétiche parue depuis lors sans discontinuer, ici et partout. Le miracle existe, je l’ai rencontré  » 

Ses clichés sont de véritables portraits, à la fois intimistes, pleins de tendresse, d’émotion, de réflexion, de fraîcheur, profonds et poétiques. Ils semblent nous raconter l’histoire des personnes qu’il rencontre,  sur lesquelles il a posé, très souvent, un regard d’enfant, un regard attendri. Au-delà d’eux il y a eu aussi toutes les rues et les ruelles des quartiers de la capitale où il a aimé se promener, flâner , des patineurs au bois de Boulogne, des promeneurs, le froid , la neige qui tombe , la Pyramide du Louvre, les Puces de St Ouen, les Halles, les trains , les manifestations et grèves dans les usines , les enfants, les amoureux (  » chaque fois que je rencontre des amoureux, mon appareil sourit : laissons-le faire ! «  ) la guerre, la Provence, les paysages industriels.

 » j’aime mieux tâter un peu de tout, quitte à porter mon effort sur ce que je fais volontiers et refuser ce qui m’intéresse moins. Être libre ? Oui, mais ça n’est pas tant la question de liberté que le goût des choses diverses. » W.R.

Un travail très éclectique, empreint d’une grande liberté d’exécution, sans contrainte aucune, sans le souci de devoir se conformer à une mode quelconque, sans devoir obéir à qui que ce soit. Ce fut un artiste authentique, sincère, avec juste le désir, niché au plus profond de lui-même, de donner une image de ce qui présentait à lui. Il a nettement préféré que son travail ait du sens et que ses photos restent des moments de vérité éternelle, sans vulgarité aucune.

Son œuvre photographique n’a jamais  été empreinte de tristesse et même lorsque la gravité était là, elle fut humainement lumineuse, constellée de cet émerveillement qui fut le sien pour nous offrir ces cadeaux que sont ses photos. Il nous a , en quelque sorte, ouvert son journal intime car ses clichés sont non seulement liés à sa vie, mais aussi à ses idéaux politiques et idéologiques, aux découvertes qu’il a faites dans le monde, un monde dont il a tellement aimé explorer les mystères ! Il fut un optimiste, un peu espiègle, humoristique, et tendre.

Il n’a pas de trépied mais photographie appareil en bandoulière, tenu  à la main. Il observe, patiente, réfléchit, calcule le bon angle, puis capture l’instant avec émotion. Ses photos excellent dans l’art de la composition. Elles jouent à merveille dans les jeux de l’ombre et de la lumière. Lui dira que ce qui l’a inspiré c’est ce que la lumière éclaire et surtout comment les gens ressortent de ce clair-obscur.

La photo a été une véritable passion :  » j’ai remercié le destin de m’avoir fait photographe. Cela m’a probablement préservé de souffrances intolérables. » – Ce qui a été merveilleux chez lui c’est d’avoir su s’émerveiller de tout ce qu’il a approché dans cet univers et toute sa vie durant.

Willy Ronis est né dans une famille juive en 1910, d’une mère lithuanienne très croyante et d’un père ukrainien agnostique. Sa maman était musicienne et jouait du piano. Non seulement elle lui apprendra à en jouer, mais il suivra, également, des cours de violon dès l’âge de 7 ans. Il a beaucoup aimé la musique et d’ailleurs à une certaine époque il aurait voulu en faire son métier, être compositeur. Lorsqu’il dit :  » La majorité de mes photographies sont composées en hauteur, car je travaille en surplomb pour faire émerger les différents plans distinctement. C’est pour moi comme les trois ou quatre portées d’une Fugue de Bach  » on est tenté de croire que finalement la musique a  » accompagné  » ses photos.

Son père était photographe en Ukraine et trouvera un emploi de retoucheur-photos en arrivant  à Paris. Après avoir travaillé pour d’autres, il ouvrira un magasin rue Voltaire. C’est lui qui a guidé les premiers pas de Willy dans le monde de la photo..

Il a donc baigné et grandi dans cet univers. Pourtant à ce moment là il ne se voyait pas épouser une carrière dans la photo, mais plutôt dans le monde de la composition musicale. Par ailleurs il suit des cours de droit à la Sorbonne;

Les choses prendront une autre tournure lorsqu’il devra, un jour, remplacer  son père, atteint d’un cancer,  dans le magasin  Une période de 4 ans durant laquelle il avouera s’être beaucoup ennuyé . Le père meurt en 1936, le studio se retrouve face à de nombreuses dettes, le magasin est vendu, les créanciers s’en empare. Toute la famille part dans les 11e arr. Il lui faut trouver du travail.

La photographie de presse l’intéresse et retient son attention. Premiers clichés pour la SNCF, et l’ Office du tourisme. L’arrivée du Front populaire va lui offrir l’opportunité de beaux clichés comme ceux du 14 juillet à la Bastille, un événement qu’il qualifiera de  » fabuleux «  ! – A partir de là, il prend son envol et se lance en 1937 dans ce métier de façon officielle en tant que photographe-reporter-illustrateur et fait l’acquisition de son premier Rolleiflex.

En 1938/39 il couvrira les grèves de l’industrie automobile ( Citroën ) ainsi que différents mouvement sociaux , immortalise une déléguée syndicaliste qui va plaire et qui sera publiée . Elle fera le tour du monde entier. Il va rencontrer de grands photographes , se lier avec certains comme par exemple Henri Cartier-Bresson avec lequel  il rejoindra , à peu près à cette époque, l’Association des Écrivains et Artistes révolutionnaires ( assez proche du parti communiste) –

«  Rose Zehner  » (Syndicaliste Citroën ) – 1938 – Willy RONIS ( Médiathèque de l’architecture et du patrimoine)

Communiste il l’a été lorsqu’il était jeune mais  sans y adhérer au départ.  Les photos faites pour le Front populaire au 14 juillet feront l’objet d’une publication dans une revue de ce mouvement. Il se sentira, par ailleurs, très proche du monde ouvrier et compatira à leurs problèmes, il sera membre du parti très peu de temps (1945/1951)  , préférant rester indépendant. Même si il a partagé leurs idéaux , il n’a pas milité ni  jamais fait passer un quelconque message de ce parti au travers de ses photos.

 » Mes idées ont été et sont toujours fondées sur la libération des hommes du joug capitaliste. J’ai été membre du parti communiste un certain temps et j’ai travaillé quelques années pour ce mouvement tout en restant indépendant. J’étais orienté certes, mais je suis resté libre !  » W.R.

Durant la guerre, face au régime de Vichy il passera outre le fait de devoir rester à Paris et porter l’étoile jaune. Il franchit la ligne de démarcation et partira vivre dans le midi de la France en faisant différents petits métiers. Son appareil photographique sera rangé durant toute cette période.

La seconde guerre mondiale avait interrompu ses activités photographiques , il les reprendra à la libération en travaillant  alors pour  le TimeLife, Point de vue et image du monde et rejoint en 1946 l’agence Rapho dans laquelle de grands photographes sont en poste notamment Doisneau et Brassaï. Avec eux, dans les années 50 naîtra la mouvance des photographes humanistes, s’intéressant nettement plus aux gens.

Les marchandes de frites  » – 1946 – Willy RONIS ( Médiathèque de l’architecture et du patrimoine) –  » Ce jour-là je venais de terminer un reportage sur les Halles Baltard, les grandes Halles de Paris. Le quartier m’intéressait beaucoup et je me promenais encore, comme ça au gré de ma fantaisie. Il était midi et j’étais arrivé rue Rambuteau. J’ai été saisi par la grâce de ces deux jeunes filles qui vendaient simplement des frites et parlaient à un client qui, naturellement, plaisantait avec elles. J’ai fait ma photo, de chic, le nez au vent. Il y avait beaucoup de monde tout autour et comme elles étaient jolies et avenantes ça excitait la verve des clients. Paris vivant une période d’optimisme et de grande enthousiasme. C’est ce que traduit pour moi cette photo. Leur charme, leur sourire, leur malice, c’est au fond tout ce qu’on aime dans ce Paris-là, vif, alerte, drôle …  »

Cette année-là il épouse une peintre Marie-Anne Lansiaux qui avait un fils Vincent. Ronis va l’élever comme s’il était le sien. Malheureusement, il aura la douleur de le perdre en 1988 lors d’un accident de deltaplane . Trois ans plus tard, c’est sa femme qui décèdera atteinte depuis quelques années de la maladie d’Altzeimer.

Différents reportages voient le jour ,  notamment sur le retour des prisonniers de guerre et donc, par conséquent, de nombreux voyages dans toute l’Europe  – Avec son épouse ils feront l’acquisition en 1949 d’une maison à Gordes.

 » Le retour des prisonniers  » – 1945 – Willy RONIS ( Médiathèque de l’architecture et du patrimoine) –  » Ce jour-là j’étais à la gare de l’Est pour réaliser un reportage et en marchant dans la gare bondée, où les prisonniers arrivaient, fatigués, amaigris, dans une atmosphère assez troublante de cohue et d’espoir, j’ai été soudain frappé par cette infirmière qui faisait ses adieux à un prisonnier qu’elle avait dû soigner pendant le convoi. J’assiste donc à leur séparation. Je me dis que le prisonnier arrive à Paris et que, probablement, quelqu’un l’attend, quelqu’un qui l’a même attendu très longtemps. Mais ça, je ne le sais pas vraiment. J’imagine, j’invente, j’associe, je me laisse aller à ma rêverie, mais c’est au moment précis où j’ai développé et tiré cette photo qu’elle m’a bouleversé, parce qu’il y avait une expression si émouvante sur le sur le visage de cette femme si complice et pudique à la fois… »

Après avoir quitté son agence dans les années 55 , il se tournera vers la photo de mode et la publicité.

C’est là que commenceront un peu les années  » galère « . En refusant de faire des concessions sur la présentation de ses photos, en voulant rester avant toute chose le créateur de son travail, d’avoir un droit de regard sur lui, de vouloir en conséquence » se mettre en retrait  » pour rester très indépendant, il va se marginaliser et on ne fera plus trop appel à lui. On pensera qu’il n’a plus trop envie de travailler et lui-même dira qu’il a dû taper aux portes :  » j’ai fait du porte-à-porte, mes photos sous le bras. Les rédactions ne m’appelaient plus. » – Ces difficultés dans sa profession vont entraîner des problèmes financiers. Il quittera Paris et se réfugiera avec femme et enfant à Gordes puis à L’isle sur Sorgue.

Les photos de mode qu’il propose ne retiennent pas l’attention, tout simplement car désormais ce qui plaisait à l’époque  eh bien c’était le scoop ! Mais il n’a pas l’âme d’un paparazzi :  » j’ai sérieusement songé à quitter le métier. J’étais une espèce de maniaque inadapté. »

Dans les années 70 il enseignera  la photo à l’Ecole des Beaux Arts d’Avignon,  dans les facultés d’Aix en Provence et Marseille. Elles seront les années du succès revenu, celles des récompenses et des titres . En 1983 c’est le retour dans la capitale. Il fait l’objet de nombreuses expositions en France, en Russie, en Angleterre, aux Etats Unis et même au Japon où aura lieu une grande rétrospective de son travail à Tokyo en 1985.

Après tant d’années vouées à son art, Il arrêtera sa profession entre 2000/2001 en jugeant que l’heure était  venue pour lui  d’y mettre un terme. D’autres expositions suivront. En 2009, il décède, presque centenaire, à l’âge de 99 ans.

Avant cela il avait fait don à l’État en 1983 et 1985 de ses archives photographiques afin d’une part qu’elles ne quittent pas la France, et d’autre part, il reçoit un engagement du paiement de son loyer jusqu’à la fin de ses jours ( il traversait alors de grosses difficultés financières) . Pour cela, c’est lui qui a repris toute son oeuvre et trié beaucoup de photos  et rassemblé celles qui lui ont semblé être les meilleures. Pour que l’utilisation qui en sera faite soit optimum, il écrira un testament dans lequel il nomme quatre exécuteurs. Son petit-fils Stéphane Kovalsky a été héritier d’une part réservataire.

 » Le petit parisien  » – 1952 – Willy RONIS ( Médiathèque de l’architecture et du patrimoine) (  » Ce jour-là, pour cette photo qui a été tant de fois reproduite dans la presse et qui, pour finir, pourrait venir signer mon auto-portrait en petit parisien, j’avais fait une petite entrave à ma pratique habituelle. Je veux dire que j’ai fait un minimum de mise en scène. Je devais illustrer un reportage qui s’appelait  » Revoir Paris  » et racontait l’histoire d’un parisien qui était allé vivre quinze ans à New York et revenait à Paris en remarquant, avec amusement, tous les signes distinctifs de ce qu’on voit à Paris. Parmi toute ces choses distinctes, il y avait bien entendu le grand pain parisien. Il fallait donc que je trouve une façon particulière de le photographier, de le mettre en situation, ça n’aurait pas eu de sens de choisir simplement le cadre d’une boulangerie. Il était midi, je suis allé dans mon quartier rôder du côté d’une boulangerie. Dans la queue j’ai vu ce petit garçon avec sa grand-mère qui attendait son tour. Il était charmant avec un petit air déluré. J’ai demandé à sa grand-mère :  » s’il vous plait Madame est-ce que vous m’autoriseriez à photographier ce petit garçon lorsqu’il sortira avec son pain ? J’aimerai bien le voir courir avec son pain sous le bras…. » Mais oui bien sur, si ça vous amuse, pourquoi pas ?  » – Je me suis posé un peu plus loin, j’a attendu, il a acheté son pain et il a couru de façon si gracieuse et vivante….  »

P.S : Les explications de Willy RONIS sous les photos sont extraites de son livre  » Ce jour-là  » aux Editions Mercure de France)

René MALTÊTE … l’humour photographique

René MALTÊTE 1930-2000

René Maltête fut un atypique et merveilleux photographe. Il nous a laissé des photos décalées, attachantes, impertinentes, ironiques, malicieuses, drôles, mais non dénuées de tendresse . Elles nous font sourire aujourd’hui encore et en ces temps moroses cela fait franchement du bien !

Cet homme très discret, dont on disait qu’il fut  » anarchiste, anti-conformiste, non-violent, anti-militariste, pacifiste … » ou bien encore  » un militant ardent, inventif, ayant engagé l’humour sous la bannière des causes qu’il défendait : la protection de la planète et la condamnation de la guerre  » … fut bien moins connu personnellement que ne l’ont été ses clichés , exposés dans le monde entier lors d’expositions ou sous forme de cartes postales.

Il est né en 1930 et mort en 2000. La photo est entrée dans sa vie lorsqu’il était adolescent. A l’âge de 20 ans, il effectuera un stage auprès de Jacques Tati et Claude Barma, et dix ans plus tard il fera partie de l’agence Gamma-Rapho.

Sa passion sera de saisir des instants insolites et cocasses, qui nous prouvent combien ce photographe savait manier originalité, humour mais également poésie (lui qui a été aussi poète à ses heures) et philosophie pourrait-on dire parce qu’elles amènent à la réflexion .


Elliott ERWITT …

 » Pour moi la photographie est un art de l’observation. Il s’agit de trouver quelque chose d’intéressant dans un endroit ordinaire. J’ai trouvé qu’il y avait peu de choses que l’on voit et tout est à voir avec la façon dont on les voit. » Elliot ERWITT (Photographe américain)

Elliott Erwitt and Stephanie March

Elliott Erwitt a mis sa vie au service de la photographie dite  » originale « . L’œil rivé derrière son objectif, scrutant les moindres faits et gestes et n’ayant pas son pareil pour savoir capter un instant précis qui devient quasiment une petite histoire que l’on pourrait raconter en la regardant.

Pour bien comprendre ses photos, il faut avoir en tête que l’humour et le talent de ce photographe ne se trouvent pas dans ce qu’il photographie, mais plutôt dans la photo elle-même, à savoir que l’on peut être amené, par exemple, à prendre une scène cocasse qui finalement se révèle sans vie, et photographier une personne ( ou une situation) qui fait un geste tout à fait banal au premier abord mais qui le fait d’une façon telle que la photo devient alors très amusante et intéressante.

ERWITT Confessional de rue 1940
 » Confessional de rue / 1940  » Elliott ERWITT

ERWITT Musée du Prado 1995
 » Musée du Prado / 1995  » Elliott ERWITT

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 » Combat entre Mohamed ALI et Joe FRAZIER  » Madison Square Garden de New York en 1971 – Elliott ERWITT :  » j’avais acheté mon billet. J’étais au milieu de la foule quand Ali est tombé K.O. J’ai déclenché juste au bon moment. Ce qui rend l’angle original, c’est que tous les photos-reporters étaient placés près du ring. Moi, j’avais un autre point de vue.« 

ERWITT Soldat
« Soldat tirant la langue / 1951  » Elliott ERWITT : «  Cette photo d’un soldat me tirant la langue a été prise à Fort Dix pendant un entrainement de base. Je marchais, au milieu de la troupe, à côté de lui. Je portais mon appareil photo, un Leica à objectif pliable. C’est une vieille photo mais je l’aime toujours!  » 

C’est là le grand talent de Erwitt qui, avec son côté chaplinesque, a su réaliser ce que je viens d’expliquer, et qui le fait de façon simple, tendre, légère, lucide, drôle, espiègle et malicieuse, pétillante aussi, sans écarter l’émotion lorsqu’elle est bouleversante ou dramatique. Il ne revient jamais sur ses clichés au tirage, ne les recadre pas. La photo prise sur le vif reste telle quelle. Cela a toujours été très important pour lui.

Ses photos sont, pour la plupart, en noir et blanc. Il y en a eu en couleur également mais elles l’ont été pour un côté plus professionnel dirons-nous, destinées à des magazines ou pour l’Agence Magnum.

ERWITT Deauville 1965
 » Deauville 1965  » Elliott ERWITT

ERWITT Amsterdam 1968
 » Amsterdam 1965  » Eliott ERWITT

Erwitt est une vraie légende qui a fait l’objet de très nombreuses expositions un peu partout dans le monde. Ses sujets sont très variés : personnes dans des situations inattendues, objets et lieux insolites, scènes burlesques ou plus dramatiques, moments précis pris sur une plage, dans des trains, des bals, des photos de baisers volés, des stars, des hommes politiques, des écrivains, des enfants, des chiens  …. Des tas de sujets, tout sauf la guerre !

FRANCE. Paris. 1989. Eiffel tower 100th anniversary.
 » Paris 1989 Tour Eiffel  » – Elliott ERWITT 

USA. California. 1955.
 » Santa Monica Californie 1955  »  Elliott ERWITT 

Les enfants font partie des sujets  qu’il apprécie parce qu’il dit les trouver très spontanés, pleins de fraîcheur. Quant aux chiens, alors là il les a vraiment beaucoup aimés :  » ils ne savent pas qu’ils sont photographiés et ont donc une attitude tout à fait naturelle « . Il avoue pourtant qu’ils ne sont pas tous photogéniques. Sa préférence va aux chiens français qui à son humble avis sont ceux qui affichent le plus de personnalité.

FRANCE Tableau achat / vente de FRANCE pas cher
 » La baguette et le béret / Provence 1955  » Elliott ERWITT 

This Week's Photo — Boy with Pistol — Elliot Erwitt | by Arshdeep Matharu |  Medium
 » L’enfant au pistolet  »  Elliott ERWITT ( Un jour dans une exposition on a demandé à Erwitt quelle était sa photo préférée parmi toutes celles qui étaient accrochées. Il a désigné celle-ci et a répondu «  parce qu’elle m’émeut « 

ERWITT Dog jumping 1989
 » Dog Jumping  » 1989 Elliott ERWITT

ERWITT 1974
Série Dogs en 1974 – Elliott ERWITT

ERWITT Dog birmingham 1991
 » Série Dogs – Birmingham 1991  » Elliott ERWITT

Elliott Erwitt est né à Paris en 1928. Enfance passée d’abord en Italie, puis départ pour les Etats-Unis : New York d’abord, Los Angeles ensuite. Ses parents se séparent lorsqu’il est adolescent. Il va donc se débrouiller un peu tout seul. La photo fait déjà partie de sa vie à cette époque. Premier appareil à 13 ans, et travail dans un laboratoire de développement deux ans plus tard. C’est là qu’il dit avoir eu une révélation : celle que la photo allait devenir toute sa vie. Il tombe, en effet, sur une photo de Cartier Bresson sur des trains qui va le fasciner pour tout ce qu’elle apporte d’incroyable en atmosphère et qui se révèle complètement naturelle et inattendue.

A partir de là, son attrait pour la photo va considérablement s’intensifier. En plus de son travail en laboratoire, il photographie pour son propre compte et son plaisir. Il quitte ses obligations professionnelles, et part voyager en France, en Italie, collabore pour divers magazines très en vogue en Europe, puis retourne aux Etats-Unis.

Il part faire son service militaire tout en continuant à travailler pour des revues américaines. Son travail est à son image : optimiste, souvent ironique et plaît beaucoup. Il gagne même un concours. A la sortie de l’armée, il fera de belles et grandes rencontres : d’abord Edward Steichen qui lui obtiendra un véritable premier job dans la publicité et le fera participer à des expositions fondamentales et importantes.

Puis ce sera Robert Capa, déjà croisé avant son service militaire à Paris, lorsque ce dernier avait une petite agence de pub. Il apprend qu’il va ouvrir une agence américaine. Elle devient la célèbre Agence Magnum. Capa parraine Erwitt et le fait entrer. C’était en 1953. Il en deviendra l’un des principaux piliers, sinon le plus célèbre et bien des années plus tard le président. Ses photos pour l’agence feront le tour du monde et la Une d’un grand nombre de couvertures.

Son aisance, sa liberté, son sens aigu de la composition, son style sont sa carte de visite. En dehors de la photo, Erwitt a travaillé également dans la publicité, le reportage (Life, Look, Paris Match etc…) , le documentaire. Il a écrit de nombreux ouvrages sur la photo, a réalisé des programmes comiques ( voire satiriques ) pour la télévision.

Sa route a croisé celle de nombreuses personnalités connues : JFK, Jackie Kennedy, Le Che, Truman Capote, Fidel Castro, Marlène Dietrich, Simone de Beauvoir, Bill Clinton, Arnol Scharzenegger etc etc … Sans oublier Marilyn qu’il rencontre sur le tournage de Certains l’aiment chaud et la retrouvera dans les Misfits. 

Dans tous les cas de figures, attention : pas de comportement  spécial, ni d’attention particulière  due à la hiérarchie, la notoriété. Quel que soit le statut social, tout ce beau petit monde sera traité de la même façon, placé à égal niveau.

ERWITT Marilyn 1954
 » Marilyn 1954  » Elliott ERWITT :  » Elle était toujours agréable, facile à photographier. Elle avait un instinct très fort pour ceux qu’elle aimait et ceux qu’elle n’aimait pas. Elle était très accessible. La Terre entière a fait son portrait ! Rater une photo de Marilyn relevait de l’impossible. Cela relève de la photogénie »

ERWITT JFK
 » JFK  » Elliott ERWITT 

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 » Jackie Arlington 1963  » Elliott ERWITT 

Elliott Erwitt a été marié quatre fois et a eu six enfants. Il est grand-père, toujours optimiste et actif. Il a travaillé dans la photo jusqu’à plus de 80 ans.

ERWITT 2017
ERWITT chez lui en 2017 avec son chien 

Une danseuse, une fleur …

 » Il y a toujours une sorte de chimie entre un photographe et son modèle, et grâce à cela, il y a des photos intéressantes qui voient le jour. Le plus important est de photographier exactement ce que vous ressentez, ce à quoi vous pensez, ce qui est excitant et même ce qui est dérangeant. A mon avis, la photographie est le reflet du moi intérieur d’un artiste » Yulia ARTEMYEVA (Photographe russe)

Yulia ARTEMYEVA
Yulia ARTEMYEVA

Yulia Artemyeva est une jeune photographe née en 1983 à Gorky en Russie. Sa passion du dessin et de la photograhie l’a emporté sur ses études d’économie. De cet art, elle dit qu’il est  » sa passion, son amour, sa motivation « .

Diplômée de l’Academy of International Collaboration de Moscou, elle a gagné en 2016 le prix d’excellence de la part de la Fédération Internationale de l’Art photographique en France.

Son travail est très recherché et il a fait l’objet de nombreuses expositions internationales comme notamment cette série intitulée Ballerines & Fleurs, où les fleurs s’unissent à la danse.

Pour elle, les fleurs ont la grâce de la danse et toutes deux ont une durée de vie assez courte. Ce travail, en collaboration avec la danseuse Marina Mastyka,  lui a pris quatre ans. Treize photos en noir et blanc où les fleurs reprennent les postures des danseuses avec beaucoup de délicatesse, de subtilité, d’élégance et de fragilité aussi.

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«  La beauté des femmes n’est pas éternelle. Celle des fleurs non plus. La carrière d’une danseuse est aussi courte que celle d’une fleur. Savez-vous à quel âge part à la retraite une ballerine en Russie : 38 ans !  » Yulia ARTEMYEVA

Rodney SMITH …

«  Mes influences ne sont pas issues de la culture populaire. Elles viennent de la peinture de la Renaissance italienne, de la photographie du milieu du XXe siècle, de la peinture de John Singer Sargent, de la culture japonaise, du style Biedermeier. En plus d’être fantaisiste, j’espère profondément que mon travail est émotionnel et réfléchi. Le monde d’aujourd’hui a atteint une impasse. La musique est discordante, l’art , conceptuel ou non, est vulgaire, la culture indélicate, elle manque de style, de grâce et tout cela aurait besoin de changement. Le monde de mes photographies est un monde un peu hors de portée. Il nous oblige à aspirer à plus, à atteindre un mieux, à apporter de la civilité, de la grâce, de la beauté, et le retour à un monde qui a malheureusement disparu. Sans s’en rendre copte la culture populaire crie Non ! . J’espère que mes photos proclament plutôt un Oui ! . » Rodney SMITH((Photographe américain)

RODNEY SMITH photo
Rodney SMITH (1947/2016)

Rodney Smith a été un éminent photographe, incroyablement passionné par son métier,  avec des clichés très facilement reconnaissables. Des portraits et paysages,  très élégants, pleins d’esprit, magiques, poétiques, optimistes, fantaisistes, intemporels,  entre rêve et réalité, subtilité et contradiction, poésie et absurde. Si ses photos ont plu et continuent de plaire autant c’est parce qu’elles offrent une impression de beauté et  d’incroyable spontanéité.

Elles sont toutes différentes les unes des autres. On pourrait croire qu’elles surprennent par leur côté étrange et inhabituel, mais ce n’est pas le cas : tout semble être là de façon normale, naturelle, simple. Et c’est cela qui est fantastique dans son travail : nous amener à penser de la sorte !

Son côté surréaliste fait penser au peintre belge René Magritte ; son sens du design et de la composition à Edward Hopper. Il les appréciait énormément tous deux et on le compare souvent à eux. De ses études en théologie il a gardé un sens contemplatif très profond et toute sa vie il a tenté de sortir du chaos, de la confusion, de l’incompréhension, du désespoir du monde moderne, essayant de cherchant le sens d’un être humain.

Il a très longtemps été un adepte de la photo en noir et blanc ,  la couleur n’est entrée dans sa vie qu’en 2002. Avec le temps, et surtout depuis son décès en 2016, elles sont devenues des sortes d’œuvres d’art très recherchées non seulement par les musées du monde entier, mais aussi  par les collectionneurs. Elles font souvent , par ailleurs, l’objet de nombreuses grandes expositions et rétrospectives. Quarante-cinq ans de carrière auréolés par de nombreux prix et récompenses. Il fut également professeur de photographie à l’Université de Yale et l’auteur d’ouvrages sur son art.

Il est né en 1947 à New York. Élevé par son père, un riche industriel de la mode. Études à l’université de Yale dont il sort diplômé en 1970. Parallèlement à cela, il prend des cours de photographie. Six ans plus tard, il obtient une bourse qui lui permet de se rendre en Israël durant trois mois afin de faire une sorte de retraite-études sur la diversité des  cultures et religions du Moyen-Orient. Un voyage intérieur qui va beaucoup lui apporter.

A partir de là, il voyagera beaucoup, travaillant surtout sur la lumière que lui apporte les différents pays où il se rend. Son style personnel années 50,qui prend un malin plaisir à jouer avec le temps et l’espace et emmener chacun de nous dans un monde enchanteur qui nous fait oublier les tracas de la vie,   va naître, fait de mises en scène un peu étranges mais pleines de poésie, jamais retouchées, développées en chambre noir, un véritable artisanat dont il était fier.

La nature a tenu une part importante dans son travail, son langage, elle a été le décor de ses photos et probablement qu’elle lui a permis de trouver les réponses aux questions qu’il n’a cessé de se poser toute sa vie sur la nature profonde de l’homme : « Je suis toujours attiré par un endroit où la main de l’homme est évidente. »

Il est décédé en 2016.

RODNEY SMITH Reed Skiing Lake Placid New York 2008
« Ski à Lake Placid  »  2008 – Rodney SMITH

RODNEY SMITH Superslow Exercise New York 2001
 » Exercice super lent  » 2001 – Rodney SMITH

RODNEY SMITH Alan Leaping From 515 Madison Avenue 1999 New York
« Alan bondissant du 515 Avenue à New York  » 1999 – Rodney SMITH

RODNEY SMITH Mira Looking through window at Paris 2001
 » Mira regardant à travers la fenêtre  » 2001 – Rodney SMITH

Rodney Smith. Reed reading upside down. Amenia. New York. 2013 ...
 » Reed lisant à l’envers  » 2013 – Rodney SMITH

RODNEY SMITH Edythe and Andrew s'embrassant sur un taxi New York 2007
 » Edith et Andrew s’embrassant sur un taxi à New York  » 2007 – Rodney SMITH

RODNEY SMITH Maria tenant un ballon orange Charleston 2010
 » Maria et le  ballon orange à Charleston  » 2010 – Rodney SMITH

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 » Saori sur l’aile d’un avion en République Dominicaine  » 2010 – Rodney SMITH

Horst J. HORST …

«Je ne pense pas que la photographie ait quoi que ce soit à voir, de près ou de loin avec le cerveau. Cela n’a à voir qu’avec l’attrait visuel  » HORST J.HORST

HORST Photo 2
Horst J.HORST (1906-1999)

Horst Paul Albert Bohrmann, dit Horst J.Horst, est un talentueux  photographe de mode (et de studio) américain, quelque peu révolutionnaire dans son domaine, suggestif, pas vraiment fantaisiste ( à de rares exceptions), rigoureux et minutieux dans ses préparations de prises de vue (si l’on s’en réfère à ce que les autres ont pu en dire ) aimant la beauté féminine, sa grâce et sa sensibilité. Ses photos ne sont pas quelconques, elles ont un cachet un peu spécial, avec une lumière particulière, un sens des détails que ce soit dans la pose, ce qui bien souvent les rend élégantes, ce qui lui vaudra d’ailleurs  le surnom : le photographe de l’élégance.

Il est né à Weissenfels en 1906. Passionné par l’art architectural et la sculpture grecque  au départ, il part étudier la première de ces disciplines  à Hambourg, puis à Paris (stage chez Le Corbusier) . Il  va aimer fréquenter tout ce qui compte d’artistes bohèmes de la capitale, fréquente aussi les endroit chics, se fait inviter dans des soirées où se croisent  des personnalités influentes du monde de l’art.

HORST Le grec 1942
 » Le grec  » 1942 – Horst P.HORST

C’est ainsi qu’il fait des  rencontres intéressantes pour lui , une surtout  : George Hoyningen-Huene directeur du magazine Vogue-France (surnommé  le Baron) . Coup de foudre : il devient son élève, son amant, son modèle. Tous deux vont beaucoup voyager. George trouve que Horst a du talent en photographie, il lui permet de s’enrichir auprès de grands photographes du moment .

Premières photos en 1931 pour Vogue dans  l’édition parisienne,  et premier cliché à succès en 1939 : Le corset. Après quoi il embarque sur le paquebot Normandie pour les Etats-Unis lorsque  la seconde guerre mondiale éclate.  Avant de partir, il va se lier d’amitié avec Coco Chanel et la photographiera durant une trentaine d’années.

HORST Corset 1939
 » Le corset  » 1939 – Horst J.HORST

HORST Coco
Coco CHANEL par Horst P.HORST

Installation à New York, obtention de la nationalité américaine et un nouveau nom à savoir celui qu’on lui connait désormais : Horst P.Horst. Ses portraits des stars, mannequins, et personnalités  américaines ( Bette Davis, Rita Hayworth,  Loretta Young, Marlène Dietrich, le top de l’époque Lisa Fonssagrives, Joan Crawford , Steve McQueen,  Luchino Visconti, le président Harry Truman, de nombreuses premières dames et autres photographes,  Salvador Dali, Andi Warhol ,  etc etc …  obtiennent énormément de succès. Les professionnels de la photo le reconnaissent comme l’un des leurs  et,  dans la foulée, il devient le directeur de la photographie du magazine Vogue/Etats Unis. Il y restera jusqu’en 1951 à la fermeture des studios .

HORST Summer Fashion Couverture Vogue 1941
 » Summer Fashion  » pour Vogue 1941 – Horst P.HORST

HORST Betty FORD 1975
Betty FORD pour VOGUE 1975 – Horst P.HORST

HORST Marlène
Marlène DIETRICH par Horst P.HORST

HORST andy WARHOL
Andy WARHOL – par Horst P.HORST à la Factory

Après quoi il va ouvrir son propre atelier,  travaille beaucoup dans son atelier-photo pour d’autres magazines (dont Life en 1980) et  des couturiers aussi . Ses photos, réunies en différentes séries, se tirent à des millions d’exemplaires et coûtent cher. Il fait l’objet de nombreuses expositions et rétrospectives dans les années qui suivront.

HORST Couverture Vogue pour Clavin KLEIN Fashion
Couverture de Vogue pour Clavin KLEIN en 1983  – Horst P. HORST

HORST Série round clock 1987
Série Round the Clock / 1987 – Horst P.HORST

HORST 1987 Round the clock
Série Round the Clock / 1987 Horst P.HORST

 

Il meurt à Palm Beach en 1999 à l’âge de 93 ans.

HORST Nature morte 1937
 » Nature Morte  » 1937 – Horst P.HORST

 

 

 

Teun HOCKS …

«  Le monde de la réalité à ses limites. Le monde de l’imagination est sans frontières. » Jean-Jacques ROUSSEAU (Écrivain et philosophe genevois)

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Quand on regarde les clichés de Teun Hocks,   on ne peut s’empêcher de penser un peu à l’univers surréaliste des tableaux de Magritte.

C’est un artiste néerlandais, né en 1947,   un peu particulier, très connu,  un rêveur qui combine dessin-photographie-peinture (depuis 1973) à savoir qu’il fait des photos au Polaroid  en noir et blanc,  puis les peint en transparence à l’huile par la suite. On pourrait croire que son travail est quelque chose de  » facile « , mais ça ne l’est pas. La technique employée est longue réaliser, méticuleuse. Ses créations, une fois terminées sont des œuvres d’art à part entière.

Il se représente dans des décors qu’il réalise personnellement. Un homme face à sa solitude, dans des situations et des scènes assez grotesques. C’est intelligent, étrange, décalé, bizarre,  plein d’humour, mais empli de poésie également. Ces photos-tableaux n’ont pas de titre car l’artiste veut que chacun de celles et ceux qui les regardent, aient la liberté de leur en trouver un.

Pour lui, elles sont l’illustration des frustrations et des attentes de l’homme dans sa vie, dans son quotidien, mais aussi dans le monde dans lequel il vit, confronté à l’adversité. Mais c’est aussi l’artiste incapable de saisir le réel.

Il a reçu en 1992  le prestigieux prix Capi-Lux Alblas Prijs des Pays-Bas pour l’ensemble de son œuvre. Il fait l’objet de nombreuses expositions individuelles et collectives. Il a fait partie durant l’été  2019 de l’exposition-promenade & rencontre  Le Chemin des Images à Épinal, en France.

Ses œuvres sont régulièrement représentées dans des galeries internationales. Indépendamment de cela, il est directeur artistique, metteur en scène . Il enseigne, par ailleurs, à la Design Academy d’Eindhoven et à la Gerrit Prietveld Academy de Amsterdam.

 » J’ai fait au départ une école d’art. Je dessinais beaucoup, je peignais jusqu’au jour où j’ai décidé d’intégrer la photographie et faire des œuvres influencées par le pop art et réunissant ces trois dimensions. J’ai toujours aimé combiner les choses entre elles. J’ai donc repris une technique assez ancienne à savoir peindre des photos en noir et blanc avec de la peinture à l’huile. Je commence sans véritable idée en faisant des dessins sur des situations sorties de mon imagination. Mes croquis peuvent rester longtemps dans mes boites de projets jusqu’au jour où je repense à l’un d’entre eux pour en faire un travail. Je construis et peint alors un décor. Puis je prends place et commence à me photographier dans ce décor, le tout devant être plongé dans une atmosphère qui peut faire penser que tout ce que l’on voit s’est réellement passé. Personnellement, j’aime bien que ce soit narratif. Dans le passé, ça aurait été impensable, n’est-ce pas, car ce n’était pas de l’art proprement dit. Je me sens très vulnérable. Comme mon oeuvre. Je préfère rester à l’écart et rire sous cape, plutôt que de me mettre à nu. Je crois que c’est la raison pour laquelle mes œuvres sont des archétypes: j’essaie d’exprimer des choses qui valent pour tout le monde, qui ont une valeur générale, et non de montrer mes propres frustrations.   » T. H.

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Imagination et réalité

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Cecilia PAREDES …

«  Il y a un dicton qui dit ‘ l’œuvre est si locale et véridique à ses origines, qu’elle devient universelle « . Ceci est très lié à ce que je pense que l’art devrait être. Respectez votre vérité, analysez exactement ce que vous voulez dire et faites-en votre mantra quotidien. Cela vous amènera au niveau de ceux qui ne transigent pas avec un succès éphémère et des ventes faciles. C’est un chemin plus difficile, une vie difficile, mais l’art sérieux n’a pas sa place dans le mensonge.

J’enveloppe, couvre, ou peins mon corps à partir du même modèle que le tissu  et je me représente dans le cadre de ce paysage. Par cet acte, je travaille sur le thème de construction de ma propre identité avec mon entourage  et la partie du monde où je vis, et que je peux appeler ma maison. Je suis une nomade, ainsi peut-être que ceci est aussi un besoin de faire un processus de transfert constant.  » Cecilia PAREDES

CECILIA PAREDES photo
Cecilia PAREDES

Cecilia Paredes est une talentueuse artiste péruvienne, réputée dans le monde entier,  vivant une partie du temps  à Philadelphie aux Etats Unis et une autre à Lima au Pérou. Une passionnée de body-painting qui a associé cette passion à son métier de photographe.

Elle se met en scène en peignant  ( le plus souvent seule, ou parfois avec l’aide d’une assistante pour un rendu parfait, lorsqu’elle ne peut y arriver  ) une partie de la peau de son corps, ou le corps entier,  d’un motif similaire au  tissu qui sert de décor, de paysage pourrait-on dire,  et se fond dans celui-ci comme un camouflage. Le tout devient un tableau, une œuvre d’art qu’elle place face à une caméra pour en faire une photo .  C’est un travail d’autoportrait photographique et pictural très original, assez incroyable et surprenant.

 » Dans mon travail le corps n’est pas caché, il imite juste l’arrière-plan. Il en fait partie. C’est une forme de liberté, se sentir à l’aise dans un nouveau monde …  » C.P.

Elle tient ainsi à exprimer la présence d’un artiste dans une œuvre, la limite qu’il peut y avoir entre elle et le corps, le réel et l’imaginaire, mais c’est aussi pour elle qui a dû quitter le Pérou pour des raisons politiques et partir en exil, une sorte de travail sur  la migration, le déplacement, la relocalisation, une envie d’être enfin chez soi.  Dans ce genre de travail elle n’a plus de frontières. Elle vient de quelque part, pour aller ailleurs au travers de son imagination, de sa fantaisie, de son art. C’est donc une démarche artistique assez profonde puisqu’elle s’associe à un travail intérieur et des ressentis qui amène sa vision du corps à quelque chose de sacré

« Une partie de ce qui nous rend humains est notre capacité à voir au-delà de la porte étroite par laquelle nous entrons dans le monde, à grandir au-delà de la culture de notre naissance en reconnaissant d’autres cultures, d’autres modes de vie. Pourtant notre culture de naissance est toujours imprimée sur nous. Le mystère de l’identité n’est jamais entièrement résolu. Nous sommes toujours d’une époque et d’un lieu où  nous ne pourrons jamais retourner.  » C.P.

Cecilia Paredes est née en 1950 à Lima au Pérou. Lorsqu’elle était étudiante, elle a fait partie d’un mouvement politique dont les idées n’étaient pas en accord avec celles du gouvernement en place. Ses prises de position la conduiront à partir en exil. Direction les Etats Unis où elle s’est reconstruite avec son mari qui travaille dans la musique lyrique. Elle même est une passionnée de musique classique.

Depuis sa jeunesse, de l’eau a coulé sous les ponts, et elle a pu retrouver son pays dans lequel elle vit désormais une partie du temps, en alternance avec Philadelphie. C’est une militante assidue et engagée pour la préservation de l’environnement. Elle se bat contre la mondialisation et ce qu’elle appelle un monde factice.

Sa formation artistique s’est faite dans sa ville natale au départ,  à Cambridge en Angleterre où elle a fait des études d’art, à l’Académie des Beaux Arts de Rome, et à l’Université de Calgary au Canada.

Son travail fait l’objet d’expositions internationales dans des musées et des galeries. Il a été très souvent récompensé par de nombreux prix et lui a valu de recevoir de subventions intéressantes pour poursuivre dans la voie qu’elle s’est tracée.

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Erwin OLAF …

 » Je n’ai jamais étudié la photographie dans une école d’art ou une université. A l’origine je suis diplômé d’une école de journalisme. J’ai, d’ailleurs, beaucoup appris au cours de ces années-là en tant qu’assistant d’un photographe-journaliste qui travaillait en studio et en extérieur. Je ne sais pas si cela vaut la peine que l’on aille dans un école d’art ou une université, parce que je trouve que les élèves qui les fréquentent sont éduqués à un certain goût, moins d’idées personnelles, peut être aussi moins de compétences. Ce que je veux montrer avant tout, c’est un monde parfait avec une fissure à l’intérieur. Mon travail consiste à rendre l’image suffisamment attrayante pour que les gens aient envie de rentrer dans  l’histoire que je leur raconte, avant de leur porter un coup   » Erwin OLAF (Photographe néerlandais)

OLAF Erwin

Erwing Olaf est reconnu comme étant l’un des plus grands photographes néerlandais, un incontournable du monde de la photo , une sorte de metteur en scène tant ses clichés sont comme une histoire qu’il nous raconte. Un polyvalent anticonformiste, tout aussi déroutant que drôle, empreint de sensibilité et qui aime bousculer ce qui lui semble bien lisse, trop parfait.

Son travail est très minutieusement construit,  un mélange de photographie d’art et de photographie sociale, dans lequel comme il le dit lui-même, il aime à interpeller autant la forme que le fond et s’interroger sur les malaises et les problématiques  de la société . C’est un univers un peu étrange, réalisé en studio ( à Amsterdam ) , entouré de stylistes et décorateurs. Il travaille à l’instinct et à l’intuition

 » Je ne fais que suivre mon nez et faire ce que j’ai envie de faire. Je veux rester au plus près de mon intuition. Il y a des périodes où je ne ressens rien et juste au moment où je me sens un peu désespéré, quelque chose se produit, ou bien je lis un article, regarde un film, écoute des personnes discuter dans les transports en commun, et là ça me donne une idée et l’idée devient un récit visuel.  »

Il a un style très particulier, étrange, dérangeant, mystérieux   ( lui le qualifiera de baroque, probablement parce qu’il a toujours été fasciné par ce mouvement pictural et le clair-obscur qui l’a caractérisé) qui a fait sa renommée. Il a très souvent choqué, déconcerté, brisé les tabous ( notamment par ses prises de position vis à vis des gays – lui-même est un homosexuel affirmé  ) , fait scandale au début de sa carrière avec des photos de nus ne cachant nullement l’anatomie masculine et  pour lesquelles  il expliquait  » tant pis pour ceux qui me prendraient pour un dépravé. Quand on voit L’origine du monde de Gustave Courbet, on pense que c’est de la pornographie, mais un corps est un corps !  »

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Série Mature / Edwin OLAF

Il a véritablement connu un succès fulgurant, à l’échelle mondiale, avec la série Royal Blood, mélange de blanc et de rouge-sang, de morbide et d’humoristique,  dans lequel il a fait entrer la reine Marie-Antoinette, l’impératrice Elisabeth d’Autriche ( Sissi ), la princesse Diana, ou bien encore Jackie Kennedy. Chacune d’elle est maculée. La photo de Marie-Antoinette dans laquelle on peut voir une jeune fille portant la tête coupée de la reine a été vendue 10.000 dollars lors d’une vente aux enchères.

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Royal Blood Marie-Antoinette / 2000 – Edwin OLAF

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Royal Blood / Edwin OLAF

Après quoi, son travail a été de plus en plus apprécié et exposé dans des prestigieuses institutions muséales et galeries du monde entier , primé de très  nombreuses fois. Il est également le portraitiste officiel de la famille royale néerlandaise depuis 2017.  Une véritable icône dans son pays, lequel lui déroule très souvent le tapis rouge de ses  grands musées. Ses clichés continuent de se vendre à des prix assez élevés  ( entre 10.000 et 15.000 euros le tirage)

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Ice cream / Edwin OLAF

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La cuisinière / Edwin OLAF

OLAF Le coiffeur
Le coiffeur / Edwin OLAF

Il a souvent travaillé dans la mode : Chanel, Saint Laurent, Moschino, Versace, Guicci, Bottega Veneta, mais aussi Levi’s, Diesel, Microsoft, Nokia, Virgin, Nintendo etc.. ont fait appel à lui pour des photos publicitaires.

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Publicité Diesel / Erwin OLAF

Et pourtant, il ne s’est pas gêné de largement critiquer cet univers avec sa série incisive, et provocatrice  Fashion Victims en 2000. J’ai choisi une photo correcte parmi tant d’autres plutôt osées, voire dérangeantes parfois :

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Série Fashion Victims ( Yves Saint Laurent ) – Edwin OLAF / 2000

Il est né en 1959 aux Pays Bas. En 1978, il part étudier le journalisme à Ultrecht. Pas vraiment par passion ou conviction Ses études se portent au départ sur le journalisme. Un de ses professeurs qui ne le sentait pas franchement intéressé par la rédaction des textes, lui suggère de plutôt suivre les cours de photographie qu’il prodiguait. Ce sera une révélation !  Il va aimer l’odeur de la chambre noire, et se passionnera surtout pour le recadrage, le point de vue, le mouvement qui se fige dans le temps. Ses débuts se feront dans la photo de mode et la publicité.

Sa carrière s’est envolée vers la reconnaissance internationale en 1988 lorsqu’il a reçu le premier  prix du jeune photographe européen . C’est à cette époque qu’il apprend être atteint d’une grave maladie pulmonaire chronique et héréditaire. La photographie l’aidera  à surmonter cette difficulté.

OLAF Cyrano
Série Delamar Theater   » Cyrano  » / Edwin OLAF ( Cette série a été réalisée pour la ré-ouverture de ce célèbre théâtre d’Amsterdam. Pour ce faire, il a revisité des pièces et films célèbres)

AMADEUX OLAF
Série Delamar Theater /  » Amadeus  » / Edwin OLAF

OLAF Qui a peur de Virginia Woolf
Série Delamar Theater /  » Qui a peur de Virginia Woolf  » / Edwin OLAF