Pas de Deux : PAQUITA …

LACOTTE Pierre
Pierre LACOTTE

( Vidéo :Myriam OULD-BRAHAM & NiKolaï TSISKARIDZÉ )

Paquita fut créé en 1846 par le chorégraphe Joseph Mazillier pour celle qui régnait sur l’Opéra de Paris depuis dix ans, à savoir la célèbre danseuse Carlotta Grisi. Le livret fut rédigé par l’écrivain, journaliste et librettiste Paul Foucher qui s’inspira d’une Nouvelle extraite du recueil de Miguel Cervantes Nouvelles exemplaires La petite Gitane ,  ainsi que de l’Homme qui rit de Victor Hugo. Pour la musique, il fera appel au compositeur Edouard Deldevez.

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Carlotta GRISI & Lucien PETIPA dans PAQUITA

Ce ballet disparaîtra , par la suite, des scènes françaises, voyagera jusqu’en Angleterre, puis s’en ira vers la Russie où il aura énormément de succès car il représentait le merveilleux style français du XIXe siècle. Après l’avoir lui-même interprété lorsqu’il était un jeune danseur, Marius Petipa donnera sa première lecture personnelle en 1847, puis une seconde en 1881 lorsqu’il était devenu maître de ballet à Saint Pétersbourg. Il enrichira sa chorégraphie du Grand Pas de Deux ( sur une musique de Ludwig Minkus ) , de la Mazurkas des enfants et procédera également à d’autres remaniements.

Après lui, Paquita tombera dans l’oubli durant des décénnies. En 2001, Brigitte Lefèvre, qui était alors directrice de la danse à l’Opéra de Paris, demandera à Pierre Lacotte, grand spécialiste des ballets perdus ou oubliés, de le remonter. Cela occasionnera un  important et difficile travail de recherches sur des documents existants  qu’il avait pu réussir à trouver, ainsi que sur tous les différents témoignages recueillis.

On peut réellement dire que Pierre Lacotte a ré-inventé Paquita. Il l’a fait avec subtilité, finesse, beauté, intensité. C’est une chorégraphie d’excellente qualité, le style est soigné. C’est l’un des plus beaux fleurons de la danse française. L’argument est rocambolesque, pittoresque, fantaisiste, et la danse incroyablement belle. Les arrangements musicaux et ré-orchestration de la partition de Minkus, sont de David Coleman.

Véritable poésie chorégraphique, expressif, riche en couleurs, élégant, raffiné, très gracieux, il a la réputation d’être difficile d’interprétation que ce soit pour les solistes comme pour le corps de ballet ( ce dernier est très souvent mis en valeur) . Il demande, en effet, un grand professionnalisme, de la technique. Il faut, par ailleurs, être doté d’une excellente pantomime. On peut même rajouté qu’il est heureux et joyeux car la fête, pétillante et réjouissante, est présente à chaque tableau.

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Tutu PAQUITA pour les danseuses du corps de ballet – Ils ont été réalisés par Luisa SPINATELLI

De Pas de Deux en : Pas de Quatre …

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(Vidéo : Alicia ALONSO – Carla FRACCI – Ghislaine THESMAR – Eva EVDOKIMOVA – Reconstitution chorégraphique de Sir Anton DOLIN )

Jules Perrot est né à Lyon en 1810. Très doué pour la danse et la pantomime, il fut aussi un brillant chorégraphe. Compte tenu de quelques mésententes avec l’Opéra de Paris, il quittera la France pour faire carrière ailleurs : en Angleterre, puis en Russie où il s’est marié et a eu deux enfants. Il reviendra plus tard en France en tant que professeur et maître de ballet  à l’Opéra. Un tableau d’Edgar Degas l’a immortalisé dans cette profession en 1875  :

DEGAS Classe de danse 1875

Ce ballet a réuni en 1845 quatre des plus grandes danseuses de l’époque à savoir Marie Taglioni – Carlotta Grisi – Fanny Cerrito et Lucille Graham – Il aurait pu devenir un Pas de cinq si l’autre étoile de l’époque, à savoir Fanny Elssler avait été disponible. La musique fut confiée à Cesare Pugni.

A l’origine c’était  un hommage rendu à Marie Taglioni et plus particulièrement à l’image de la ballerine romantique qu’elle renvoyait depuis son grand succès dans la Sylphide.

Toutefois, et compte tenu de la rivalité qui existait entre les quatre danseuses, Perrot fit en sorte qu’il n’y ait aucun favoritisme et que chacune d’entre elles puisse faire valoir ses compétences, ses particularités, son style et son talent en dansant.

Ce ballet fut une totale réussite. On peut même dire qu’il obtiendra un triomphe, à Londres, en 1845, avec une scène couverte de fleurs à la fin,  et ce même s’il ne fit l’objet que de quatre représentations dont une à laquelle assistait la reine Victoria et son époux Albert.

L’ensemble est gracieux, harmonieux, éclatant, et il y a une belle unicité entre les quatre danseuses.

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 » Pas de quatre  » : Lithographie de Alfred Edouard CHALON avec Marie TAGLIONI – Carlotta GRISI – Fanny CERRITO – Lucille GRAHN

Pas de Deux : La fille mal gardée …

Un ballet signé Jean BERCHÉ dit DAUBERVAL, danseur et pédagogue français , un grand chorégraphe de la fin du XVIIe siècle.

La fille mal gardée est un petit joyau de la danse française, le plus ancien qui soit resté au répertoire et qui ait été transmis jusqu’à ce jour. Il date de 1789. On l’a successivement appelé le ballet de la paille, il n’y a aucun mal à se faire du bien, lise et colas ( ou Colin) , les rivaux, la fille de ferme . Son nom actuel date de 1791. C’est une chorégraphie vraiment délicieuse, charmante, exquise. Certains peuvent le trouver un peu kitsch mais il n’en est rien, c’est poétiquement drôle, réjouissant, flamboyant. Il a subi, depuis lors, des modifications, il a été revisité et réadapté plusieurs fois.

Un ballet simple, témoignage de l’école française classique,  qui captive et séduit toujours. A l’époque de sa création on l’a trouvé révolutionnaire ! Cela est vrai de par la date : 1789 , mais également parce que le thème original était en rupture totale avec ceux qui avaient été précédemment abordés .

Pour la première fois, en effet, on entrait non plus dans un monde mythologique ou peuplé d’elfes, de fantômes ou de fées,  mais on racontait une vraie histoire populaire, dans le monde paysan, avec une ferme, des animaux , des moissonneurs, une fermière et sa fille qui barattent le beurre, nourrissent les poules ou travaillent dans les vignes pour les vendanges. Et au milieu de tout cela il y a une tendre histoire d’amour.

Tout a commencé lors d’une promenade de Dauberval dans un petit village sur les bords de la Garonne, dans le sud-ouest de la France.  Il voit, dans une vitrine, une estampe d’un dénommé Choffard, d’après une gouache de Beaudoin «  La Réprimande  » sur laquelle une fermière courrouce une jeune fille ( probablement la sienne) en larmes, alors qu’au loin se dessine la silhouette d’un jeune homme qui s’enfuit en retenant son pantalon.

la fille mal gardée gravure
Estampe CHOFFARD d’après BAUDOUIN

Cette délicieuse  pastorale champêtre va lui donner envie d’en faire un ballet et il se révélera être tel qu’il l’aura souhaité : plein de tendresse, de douceur,  d’humour,de fraîcheur, de gaiété. Il y a évoqué subtilement le thème du mariage forcé et des différents stratagèmes utilisés pour le contrer. Un ballet d’action, sommet de la pantomime, riche en couleurs, désaltérant, quasiment un vaudeville saupoudré de sauce champêtre.

La première aura lieu au Grand Théâtre de Bordeaux en 1789, quelques jours seulement avant la prise de la Bastille . C’est son épouse Mademoiselle Théodore qui tiendra le rôle de Lise, Eugène Hus celui de Colas et François le Riche campera la mère. ( Depuis lors, cette dernière est campée par un danseur masculin) – Pour la petite histoire, on a même servi une soupe aux choux sur scène !

Theodore Dauberval née a Paris le 25/9bre 1761
Marie Madeleine, Louise CRESPÉ dite Mademoiselle THÉODORE

On ne sait pas vraiment de qui est la partition musicale originale  parce qu’elle n’était pas signée. On y retrouve un mélange d’airs populaires français (55 au total). Cette musique ne fut pas du tout du goût de l’opéra lorsque le ballet fut repris en 1828 par Jean-Pierre Aumer ( un élève de Dauberval ) . On fera donc appel au compositeur français et premier prix de Rome : Ferdinand Hérold. Il va réutiliser certains des airs du départ, y ajoutera des romances que l’on peut trouver dans certains opéras de Rossini et Donizetti ( notamment dans la Cénérentola ou le Barbier de Séville). Certains chorégraphes ont même repris  des extraits de musiques signées Ludwig Minkus, Léon Délibes, Ricardo Drigo ou Cesare Pugni.

De nos jours, c’est incontestablement la version de Frederick Ashton pour le Royal Ballet de Londres, qui est la plus appréciée, et reprise par de très nombreuses compagnies dans le monde.

( Vidéo : La danse des sabots / Acte I – Version Frederick ASHTON ( ROYAL BALLET DE LONDRES avec Will TUCKET dans le rôle de la mère Simone )

(Vidéo : La danse des rubans / Acte I – Version Frederick ASHTON ( ROYAL BALLET DE LONDRES avec Marianela NUNEZ et Carlos ACOSTA )

Pas de Deux :Suite en blanc …

SERGE LIFAR 2
Serge LIFAR ( 1904 / 1986 )

 » En composant Suite en Blanc je ne me suis préoccupé que de danse pure, indépendamment de toute autre considération : j’ai voulu créer de belles visions, des visions qui n’aient rien d’artificiel, de cérébral. Il en est résulté une succession de véritables petites études techniques, de raccourcis chorégraphiques indépendant les uns des autres, apparentés entre eux par un même style néo-classique.  C’est un ballet où l’on danse naturellement selon mon style néo-classique, où l’arabesque est déviée dans tous les sens, et n’est pas seulement une arabesque académique » Serge LIFAR  (Danseur français ( né à Kiev-naturalisé français), chorégraphe, maître de ballet, pédagogue, conférencier)

( Vidéo : Aurélie DUPONT & Hervé MOREAU  » Adage  » )

Serge Lifar a appris la danse  auprès du grand professeur  Enrico Cecchetti , puis a intégré l’école de  Bronislava Nijinska ( sœur de Vaslav Nijinski) . Par la suite, il fut à la fois premier danseur dans la compagnie de Serge Diaghilev, Les Ballets Russes, où il a tenu, dès 1923,  les rôles principaux des ballets proposés à l’époque par Léonide Massine et George Balanchine, tout en étant chorégraphe lui-même. Puis, premier danseur à l’Opéra de Paris, chorégraphe, maître de ballet tout en travaillant parallèlement à l’Opéra de Monte-Carlo.

Il eut la réputation d’être  un excellent technicien, un danseur félin, expressif, avec beaucoup de charme et de charisme sur scène. Sa beauté assez sculpturale l’a souvent  conduit à des rôles issus de la mythologie grecque, mais il fut excellent aussi dans  ceux du répertoire classique. En tant que chorégraphe il laisse derrière lui un nombre très important de ballets .

Il a voué toute sa vie à la danse, a écrit de nombreux ouvrages sur cet art , s’est souvent exprimé à son propos durant des conférences.  Il a éprouvé une réelle, sincère et intense passion pour la danse. On lui doit d’avoir ajouter deux nouvelles positions de pieds aux cinq qui existaient déjà depuis des siècles : la 6e (pieds parallèles et bien serrés) et la 7e ( à savoir 4e parallèle en pieds plats ou sur pointes avec le genou plié ) Il fut, par ailleurs, un éminent pédagogue.

Traité de collabo parce qu’il avait rencontré Hitler et entretenait une amitié avec joseph  Goebbels, personnage influent du nazisme,  qu’il invitait à l’Opéra ( des faits qu’il n’a d’ailleurs jamais contesté), il est renvoyé de l’institution française. Il y reviendra en 1949 à la demande insistante des danseurs qui vont faire pression sur la direction pour obtenir son retour. Il y restera jusqu’en 1956. A partir de là, il définira le style de son travail comme définitivement néo-classique, mettra en place de très grandes réformes à l’Opéra , créera une classe d’adage, et revalorisera l’image des danseuses et danseurs.

Suite en blanc est un ballet sans intrigue qui se présente en huit différentes parties, totalement indépendantes les unes des autres : La Sieste – Thème varié – Sérénade – Pas de Cinq – Cigarette – Mazurka – Adage – La flûte – La musique est celle que le compositeur Édouard Lalo avait écrit en 1881 pour un ballet de Lucien Petipa : Namouna, (complètement oublié d’ailleurs). Lifar va avoir la bonne idée de la ressortir de l’abîme dans lequel elle était tombée et se servira de l’Ouverture + huit autres extraits.

Ce ballet est un des chefs-d’oeuvre de ce chorégraphe. Assez épuré, bien structuré, empreint d’un certain lyrisme, d’une réelle élégance, de grâce, très technique, harmonieux, romantique, brillant, avec des variations qui furent si novatrices et importantes ( pour ne pas dire essentielles ) dans la danse, qu’elles sont reprises chaque année au concours de l’Opéra.  La création se fera en 1943 avec Serge Lifar et Yvette Chauviré. Il a connu un immense succès et a fait l’objet de 400 représentations.  Il est repris depuis par toutes les grandes compagnies dans le monde.

La petite anecdote à son propos :  En 1946 le chorégraphe le  remontera sous un autre titre, Noir et Blanc, à Monte-Carlo. A l’époque cette compagnie ( Les Nouveaux Ballets de Monte-Carlo) était dirigée par le mécène Jorge Cuevas-Bartholis dit le  marquis de Cuevas. Lorsque ce dernier voulut donner Noir et Blanc avec sa troupe, au théâtre des Champs-Elysées en 1949, Lifar était revenu à l’Opéra de Paris après en avoir été banni et contraint à l' » exil  » . Il s’opposera  fermement aux représentations. Mais le marquis n’eut que faire de son interdiction. Il le maintiendra au programme. Lifar, présent ce soir-là, va très mal le prendre, tout comme il n’appréciera pas les mimiques du marquis qui faisait mine de lui donner une petite gifle du bout des doigts. Se sentant humilié il demandera réparation en le provoquant en duel . Cette confrontation à l’épée aura lieu  au Bois de Boulogne !  Lifar en ressortira avec quelques petites égratignures au bras. Le duel prit fin dans les larmes et les embrassades des deux hommes réconciliés !

Je voulais aussi rajouter qu’en 1926 et 1927, Léo Staats ( danseur, chorégraphe et pédagogue français) mis au point et présenta  le premier Grand Défilé du Ballet de l’Opéra de Paris, sur la Marche de l’opéra Tannhauser de Richard Wagner.

En 1945 Serge Lifar décide de le remettre à l’honneur, change la musique et opte pour celle des Troyens de Hector Berlioz :  » J’ai voulu faire la plus grande parade artistique de l’Opéra de Paris qui ressemblera aux grandes parades militaires sur la Place Rouge à Moscou ….  » disait-il . La danse est confiée à Albert Aveline.  A partir de là, ce Grand Défilé aura lieu assez souvent et c’est avec lui qu’il fera d’ailleurs ses adieux à la scène en 1958, vivement acclamé par le public.

Depuis lors, cet événement  ( entré au répertoire de l’institution française en Octobre 1947) ne se produit que pour de grandes occasions officielles et exceptionnelles.

Si j’en ai parlé, c’est parce que les tutus des danseuses et les tenues des danseurs ont été influencés par le ballet Suite en Blanc de Serge Lifar.

Pas de Deux : Le Spectre de la Rose …

SPECTRE Valentine Gross Hugo
 » Le spectre de la rose  » ( Nijinski/Karsavina) par Valentine GROSS-HUGO

C’est le  poème de Théophile Gautier Le Spectre de la Rose (Recueil La Comédie de la Mort / 1838 ) qui sera à l’origine du livret rédigé par Jean-Louis Vaudoyer pour ce ballet :

 » Soulève ta paupière close
Qu’effleure un songe virginal ;
Je suis le spectre d’une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d’argent de l’arrosoir,
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir.

Ô toi qui de ma mort fus cause,
Sans que tu puisses le chasser
Toute la nuit mon spectre rose
A ton chevet viendra danser.
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe, ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme
Et j’arrive du paradis.

Mon destin fut digne d’envie :
Pour avoir un trépas si beau,
Plus d’un aurait donné sa vie,
Car j’ai ta gorge pour tombeau,
Et sur l’albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Ecrivit : Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser  » ….

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La musique  choisie sera celle  de Carl Maria Von Weber «  l’Invitation à la valse Op.65  » (ré-orchestrée par Hector Berlioz) – Les décors et costumes seront signés par Léon Bakst – Les affiches du spectacle par Jean Cocteau –  Les rôles principaux assurés par Vaslav Nijinski qui, comme on peut le lire dans les différents témoignages laissés pour ce ballet, fut brillant, éblouissant, étourdissant ,  et Tamara Karsavina dont la critique dira que sa danse fut un épanchement de l’âme. Quant à la chorégraphie, elle fut confiée à Mikhail Fokine. Le ballet sera créé en 1911 à Monte-Carlo par la compagnie des Ballets Russes qui  (créée par Serge Diaghilev cette année-là), puis au Théâtre du Châtelet.

SPECTRE Karsavina et Nijinski
Tamara KARSAVINA et Vaslav NIJINSKI

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L’histoire est celle d’une jeune fille qui rentre du bal une rose à la main. Elle respire le parfum de la rose puis s’endort, rêvant de l’esprit de cette fleur qui viendrait la faire danser. L’esprit disparaît en s’enfuyant par la fenêtre dans un bond spectaculaire. C’est à ce moment là que la jeune fille se réveille et trouve la rose à ses pieds.

C’est un ballet mythique, plein de charme, incroyablement enchanteur, magnifique, romantique, sentimental,  entre rêve et réalité, porté par une danse poétique, éthérée, aérienne, expressive, théâtrale et émotionnelle. Avec lui, Fokine a, en quelque sorte, ré-inventé le danse masculine qui, il faut bien le dire, était un peu mise de côté à l’opéra , tout simplement parce que les ballerines étaient au centre de tout.

Depuis sa création, il a fait l’objet d’un grand nombre de re-lectures tout aussi différentes qu’intéressantes comme celles de Maurice Béjart, Angelin Preljocaj, Benjamin Millepied ou Thierry Malandin pour ne citer qu’eux.

( Vidéo : Manuel LEGRIS et Claude de VULPIAN / Opéra de Paris)

 

Pas de Deux : LAURENTIA …

vaktang chabukiani
Vaktang CHABUKIANI

(Vidéo : Acte I ( le rideau se lève à 1.32) – Natalia OSIPOVA et Ivan VASILIEV – Avec le CORPS DE BALLET du  Théâtre Impérial Mikhailovsky de Saint Pétersbourg.)

Laurentia est un ballet qui fut créé en 1939 par le chorégraphe georgien Vakhtang Chabukiani d’après la pièce de Lope de Vega : Fuente Ovejuna. La version qui est donnée de nos jours a totalement écartée la partie  » soviétique  » qui était de mise à l’époque dans la chorégraphie. Elle se penche davantage dans l’atmosphère et l’intrigue de la pièce, tout en respectant bien sur le travail de Chabukiani, les costumes, les danses espagnoles et notamment la Jota. La musique est de Alexander Crain.

L’histoire raconte la révolte de Fuente Ovejuna. Laurentia, une jeune paysanne, aime Fondoso. Ils sont fiancés. Tous deux sont très amis avec le jeune commandeur Mengo Fernando Gomez. Un jour, ce dernier fait des avances à Laurentia et essaie même d’abuser d’elle. Elle est sauvée par Fondoso qui menace Gomez avec une arbalète. Le commandeur s’échappe, mais revient quelques temps plus tard pour condamner le jeune homme. Le village, poussé par Laurentia, va se révolter contre cette décision. Tous s’uniront pour se rendre au château y mettre le feu , libérer Fondoso et tuer le commandeur.

C’est une chorégraphie fort bien menée, énergique,  imaginative, enthousiaste, brillante. La danse se mêle à l’histoire sans interruption, les pas de Deux sont romantiques et pleins de tendresse, les pas d’Ensemble superbes eux aussi tout comme les solos , les danses folkloriques espagnoles spectaculaires et fougueuses. On assiste également à des jetés, portés  et des sauts assez incroyables.

( Vidéo : Acte II (le rideau se lève à O.14 – Natalia OSIPOVA et Ivan VASILIEV – Avec le CORPS DE BALLET du  Théâtre Impérial Mikhailovsky de Saint Pétersbourg.)

Pas de Deux : Multiplicité – Formes du silence et du vide …

«  La cohérence de la musique de Bach se suffit à elle-même et impose déjà un tel pari au chorégraphe qui s’aventure sur ce territoire. Mon travail sur cette musique tente d’exprimer la fugacité du temps et des choses, mais aussi son immortalité et sa permanence. J’espère aider, par l’expression des danseurs, à percevoir la profondeur de ces partitions. J’ai voulu créer une chorégraphie musicale, presque aérienne, qui permette au public de vivre la musique par le biais des corps, une sorte de mise en relief. Mais, n’est-ce pas cela la mission du chorégraphe ?  »  » Nacho DUATO ( Danseur et chorégraphe espagnol)

Nacho Duato est un danseur espagnol, chorégraphe et directeur de compagnie. Il est parti de ses propres bases classiques et ses différentes formations assez éclectiques pour s’ouvrir aux courants contemporains et même aussi parfois au folklore. Il est fortement attaché aux flexions, extensions, relâchements du corps, à tout ce qui part de la colonne vertébrale. Tous les mouvements qu’il créé sont en harmonie avec la musique.

C’est un chorégraphe prolifique  que l’on pourrait qualifier de contemporain, mais comme il l’explique souvent lui-même la base est classique. D’ailleurs un danseur qui n’aurait pas cette base  et qui serait résolument  moderne , n’aurait absolument pas sa place au sein de sa compagnie. Il est doté d’une immense musicalité, on peut dire qu’elle est sa force créatrice .

Il est né en Espagne en 1957. La danse a été très vite une évidence pour lui. Les débuts de sa formation se sont effectués en Angleterre au Ballet Rambert, puis à Bruxelles où il étudie à la Mudra School , un centre de recherche et perfectionnement créé par Maurice Béjart, et enfin les États Unis où sera  l’élève de personnalités célèbres de la danse comme, par exemple, Alvin Aley et Louis Falco. Dans les années suivantes, il a intégré le Ballet Cullber, puis  le Nederlands Dance Theater dirigé par Jiri Kylian.

Kylian va être véritablement son maître. Il va hériter de lui de très belles qualités à savoir la musicalité, la rigueur, l’énergie constante et un certain don pour le dessin des mouvements du corps et de la gestuelle. Auprès de lui il va se révéler être un danseur très sensible, avec un grand rayonnement, fortement apprécié par le public. C’est Kylian qui va l’initier à faire ses premiers pas dans la chorégraphie.

Après quoi il est devenu le chorégraphe-résident de nombreuses autres compagnies dans le monde et en a dirigé d’autres.

 Multiplicité-Formes du silence et du vide, est un ballet sur la vie et la musique  du Cantor. Une commande faite par la ville de Weimar en 1999 pour sa désignation  en tant que Capitale européenne de la culture. Pour Duato un ballet sur Bach lui a paru  alors être une évidence, d’autant que 1999 célébrait également le 250e anniversaire de la mort du compositeur.

C’est comme son nom l’indique un ballet en deux parties. Il sera créé pour les Grands Ballets Canadiens de Montréal ( une compagnie où il a été chorégraphe et où il fut le chouchou , fortement apprécié par le public en tant que tel ) par la Compagnie Nationale de Danse qu’il dirigeait alors en Espagne.

La musique est constituée de différents extraits des partitions  de Bach,  maître baroque du contrepoint et de l’harmonie – Dans la première partie Multiplicité il est très présent, dirige un orchestre dont les danseurs sont les instruments. La seconde partie, plus poignante, Formes du silence et du vide a une relation avec la mort et c’est l’Art de la Fugue qui a été choisi.

De l’ensemble  on peut dire que c’est très bien construit, inventif, original, joyeux et léger  au départ,  assez profond malgré tout, inspiré, spirituel, méditatif , voire quelque peu mystique, théâtral, complexe assurément, teinté parfois d’humour , technique et virtuose . C’est assez époustouflant.

(Vidéo : Multiplicity – Linda HAAKANA et Michal KRCMAR )

Pas de Deux : The DREAM ( Le songe d’une nuit d’été) …

Ashton a été un superbe chorégraphe. Il a toujours eu une grande capacité à savoir mettre en valeur le talent de ses interprètes, particulièrement celui de ses danseuses qui furent ses muses. Il n’a pas uniquement privilégié la technique, bien qu’elle fut importante pour lui. Elle n’a jamais pris le dessus sur l’expression poétique de la danse.  Un détail primordial pour lui.

The Dream est un ballet en un acte créé en 1964 au Royal Opéra House de Londres pour le 400e anniversaire de la naissance de Shakespeare. Il fut interprété, à l’époque, par Anthony Dowell et Antoinette Sibley qui, à partir de là, vont former un incroyable partenariat au sein de cette compagnie.

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Anthony DOWELL et Antoinette SIBLEY dans The Dream en 1964

C’est une chorégraphie épurée, qui sous une sorte de simplicité apparente reste, malgré tout, assez complexe. Elle est très inventive, subtile, magique, enchanteresse,  gracieuse , espiègle, exubérante, émouvante, pleine d’humour et très harmonieuse  . Même les ânes dansent sur les pointes ! Il nécessite des interprètes intenses, profonds, crédibles, jamais ennuyeux, sachant s’exprimer merveilleusement au travers de la danse.

La musique, tout à fait jubilatoire et brillante, est celle de Félix Mendelssohn, arrangée pour le ballet, par John Lanchbery.

Pas de Deux : EXCELSIOR …

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Dessin de Edoardo XIMENES paru en 1881 dans la revue l’Illustrazione Italiana  

«  C’est un ballet pour public intelligent, qui décrit le triomphe de la lumière sur les ténèbres, de l’intelligence sur l’ignorance, à travers les âges. Si l’obscurité prédominait durant l’inquisition, la lumière et sa légèreté triompheront au Siècle des Lumières. Elle sera présente lors des grandes inventions du XIXe siècle et rassemblera l’humanit dans une atmosphère heureuse et paisible. » Luigi MANZOTTI (Mime, danseur et chorégraphe italien)

( Vidéo : Isabel SEABRA & Roberto BOLLE )

Luigi Manzotti est né à Milan en 1835, fils d’un négociant en fruits et légumes. Son coup de cœur à 20 ans pour une danseuse, va le faire entrer dans le monde artistique. Il décide alors de ne pas suivre la tradition familiale pour se tourner vers une carrière de mime (Il sera d’ailleurs premier mime à la Scala de Milan) . C’est un personnage très créatif  qui, un jour, finira par se lancer dans la danse et la chorégraphie.

Durant les années qui suivront ,  il travaille, petit à petit, au projet d’un grand ballet qui célébrerait toutes les découvertes, avancées technologiques, et progrès qui voyaient le jour au XIXe siècle  (appelé le Siècle d’Or ) comme le développement du bateau à vapeur, l’électricité, la construction puis inauguration du Canal de Suez, le tunnel du Mont Cenis entre la France et l’Italie )-  Un sujet très riche d’autant que Milan était en passe de devenir un grand centre industriel et culturel en Italie à cette époque. La guerre entre la France et la Prusse (1870) avait pris fin et avait permis, en Europe, une grande ouverture sur plus de solidarité sociale, de possibilités scientifiques et techniques qui permettraient d’améliorer la vie de tout à chacun.

Ce ballet ce  sera donc :  Excelsior . Il demande à son ami violoniste et  compositeur Romualdo Marenco, avec lequel il avait déjà travaillait pour un spectacle à Turin, de s’occuper de la musique.

Il est un peu différent des autres ballets, d’une part en raison du sujet et d’autre part sa présentation en différents tableaux de type allégoriques. C’est  une histoire d’amour, de haine, de lutte  entre l’Obscurité (sous les traits d’un homme en noir à l’aspect parfois squelettique)   qui est lié au passé et la Lumière pleine de richesse, de générosité et d’espoir ( une ballerine belle et tout de blanc vêtue) . Il  se terminera sur la victoire du bien contre le mal. C’est aussi la gloire du progrès, la foi en la fraternité, l’optimisme de la bourgeoisie de cette époque qui pensait qu’avec autant de progrès on allait vers un avenir libérateur et merveilleux. On assiste, par ailleurs, à toutes les grandes découvertes du siècle.

Pour beaucoup c’est un ballet qui semble un peu kitsch, rétro, mais en 1881 lors de sa création il fut ovationné avec un grand enthousiasme, recevra un véritable triomphe   et fera l’objet d’une centaine de représentations avant d’être repris dans différents pays un peu partout en Europe. Par la suite, il tombera un peu dans l’oubli,  avant d’être redécouvert en 1967 lors du Mai musical florentin dans une version de Ugo Dell’Ara. La musique fut retravaillée par Fiorenzo Carpi et Bruno Nicolaï. A partir de là, on l’a classé comme étant l’un des plus beaux témoignages culturels italiens de la fin du XIXe siècle. Il fait partie désormais du répertoire de la Scala de Milan.

Excelsior est un ballet  optimiste, riche en couleurs, divertissant, touchant et vraiment spectaculaire .

Pas de Deux : Proust ou les intermittences du cœur …

( Vidéo :  » La prisonnière  » – Isabelle CIARAVOLA & Hervé MOREAU (Étoiles Opéra de Paris)

 » Car aux troubles de la mémoire sont liées les intermittences du cœur .…  » disait Marcel Proust dans le Tome IV de son livre A la recherche du temps perdu. Cette phrase va non seulement inspirer Roland Petit mais elle sera en partie présente dans l’intitulé de son ballet.

Une fois encore, et comme il a très souvent aimé le faire, il explore le monde de la littérature. Après avoir abordé Hugo, Mérimée, Goethe et autres, c’est dans celui de Proust qu’il s’attarde pour ce ballet en deux actes et treize tableaux, créé en 1974 à l’Opéra de Monte-Carlo avec les danseurs du Ballet de Marseille, une compagnie qu’il avait fondée deux ans plus tôt. Il fut le premier artiste à proposer une chorégraphie revisitant cet ouvrage, et pour laquelle il disait :  » Dans Proust ou les intermittences du cœur, j’ai voulu faire danser les sentiments. » – C’est vrai que ce roman offrait bon nombre de sensations aptes à le séduire. Pour autant il est important de signaler que ce n’est pas une adaptation fidèle, mais une inspiration.

C’est un ballet très épuré dans lequel il évoque certains des chapitres de cette œuvre. Il le fait avec le grand talent narratif qui fut le sien au travers de compositeurs que Proust appréciait tout particulièrement comme Beethoven,  Wagner, César Frank, Debussy ou  Camille Saint-Saens ( Adagio de la 3e Symphonie ).

Une chorégraphie  dans laquelle on traverse à la fois le paradis et l’enfer, un côté heureux et un autre pervers, une vision de la société d’une époque passée, de la recherche d’un idéal de beauté, et de l’amour parfois impossible .  Il  y a de la passion, de la grâce, de l’érotisme, de la sensualité, de la tendresse, de l’émotion. Les corps sont subliment harmonieux, la gestuelle classique,  les portés superbes, les gestes sobres,  une danse éloquente, lumineuse,  et parfois même assez bouleversante. Roland Petit fait même référence, de façon assez délicate je dirai, à l’ambiguïté sexuelle exprimée dans le roman ,lorsqu’il met en scène  le thème de l’homosexualité.

C’est un ballet entré au répertoire de l’Opéra de Paris en 2007.

( Vidéo : Stéphane BULLION & Hervé MOREAU ( Etoiles de l’Opéra de Paris)