L’opéra …

 » L’opéra c’est le domaine de l’émotion pure. Quand la passion, le chagrin, la souffrance, la folie atteignent un tel degré de saturation que les mots deviennent impuissants à les exprimer. Que seul le chant y parvient … Cela dépasse les limites de l’entendement de la logique : c’est indescriptible.  » Bernard MINIER (Auteur français)

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Les Capulets et les Montaigus … Vincenzo BELLINI

(Vidéo :  » Sinfonia  » acte I – Claudio ABBADO à la direction de l’ORCHESTRE DE LA RADIO DE MUNICH)

Les Capulets et les Montaigus est un véritable chef d’œuvre du bel canto. Il fut créé en 1830 à la Fenice de Venise puis en version française trois ans plus tard au Théâtre Italien de Paris.

Felice Romani va remanier un livet qu’il avait écrit quelques années auparavant pour l’opéra du musicien et professeur de chant Nicola Vaccai, lequel s’inspirait d’une pièce de théâtre de Luigi Scola en 1818. Le tout (y compris Shakespeare) trouve sa source dans une Nouvelle de l’écrivain Matteo Bandello datant du XVIe siècle . Bien que, de base, l’histoire soit celle de Romeo et Juliette, cette œuvre lyrique, au demeurant passionnante, intensément dramatique et puissante, n’est absolument pas une version musicale opératique de la pièce de Shakespeare, disons plutôt une réécriture ..

A cette époque Bellini se remettait doucement de l’échec de son dernier opéra Zaïra qui avait été créé un an plus tôt à Parme. La Fenice, à Venise,  le pressait d’écrire un nouvel ouvrage et lui souhaitait vivement pouvoir reconquérir le public. Donc il va le composer en un mois et demi, et utiliser une méthode qui se faisait couramment à l’époque à savoir reprendre des éléments d’autres de ses pièces et notamment, dans ce cas, ceux provenant de Zaïra. L’aria proposée ci-dessous vient, par exemple, de son premier opéra Adelson et Salvini en 1825.

( Vidéo :  » Oh quante volte  » Acte I – Natalie DESSAY – Elle est accompagnée par l’Ensemble CONCERTO KÖLN dirigé par Evelino PIDO )

Giulio Cesare … Georg Friedrich HAËNDEL

(Vidéo : Ouverture – Marc MINKOWSKI à la direction de l’Ensemble LES MUSICIENS DU LOUVRE)G

Giulio Cesaare est un opéra de George Friedrich Haëndel. Le sixième qu’il présentera devant la Royal Academy de musique à Londres en 1724. Le livret est de Nicola Francesco Haym. On peut dire, sans hésitation, que c’est l’un de ses plus beaux, le plus réussi, un chef d’œuvre qui, à l’époque, restera 13 semaines à l’affiche et qui, de nos jours, est très souvent programmé et fort apprécié.

Une histoire d’amour sur fond de guerre, de luttes pour le pouvoir, de rivalités, de raison d’état. Le rôle principal, au demeurant très difficile, était tenu à l’époque par le célèbre castrat italien Francesco Bernardi dit Seresino. C’est une œuvre lyrique à la fois puissante et tendre, efficace, exigeante vocalement parlant, cohérente, mélodiquement très riche, toute en couleurs et panache, dans l’émotion, espiègle, désespérée aussi, avec des nombreuses arias sublimes, tourbillonnantes, époustouflantes.

(Vidéo :  » tu sei il cor di questo core «  Acte I aLAN EWING
(Vidéo :  » Si pietà di me non senti  » Acte II – Magdalena KOZENA (Mezzo-soprano tchèque)

TURANDOT … Giacomo PUCCINI

Giacomo PUCCINI avec Renato SIMONI et Giuseppe ADAMI
Puccini et ses deux librettistes : Renato SIMONI et Giuseppe ADAMI

(Vidéo : Nessun Dorma / Luciano PAVAROTTI – Le JOHN ALLDIS CHOIR – le LONDON PHILHARMONIQUE ORCHESTRA sous la direction de Zubin MEHTA)

L’écriture de ce superbe opéra aura occupé Puccini durant les quatre dernières années de sa vie. Il dira à son propos  » toute la musique que j’ai écrite avant me semble une farce …  »  Malheureusement un cancer de la gorge lui sera diagnostiqué et des problèmes cardiaques auront raison de lui. Il s’éteindra, épuisé, sans le terminer, au milieu du IIIe acte.

L’opéra étant attendu à la Scala de Milan, le temps était compté.  Le chef Arturo Toscanini va demander au compositeur Franco Alfano de bien vouloir le terminer d’après quelques esquisses laissées par  Puccini. Le soir de la création en avril 1926, Toscanini s’arrêtera à l’endroit même où Puccini s’était arrêté avant de mourir, et l’intégralité de l’œuvre (avec le rajout de Alfano) sera interprétée le lendemain.

Malheureusement, la fin n’a pas le talent et le raffinement de son créateur. C’est probablement la raison pour laquelle, certaines institutions choisissent de le mettre au programme dans la version de Puccini, à savoir là où il s’est arrêté à la mort de l’esclave Liu.

( Vidéo : Non piangere Liu – par Jonas KAUFMANN – accompagné par L.ORCHESTRE DE L.ACADÉMIE SANTA CECILIA de ROME dirigé par Antonio PAPPANO )

Turandot est donc l’œuvre testamentaire de Puccini, une histoire d’amour et de mort, à Pékin aux temps légendaires comme il l’a noté sur sa partition. Les librettistes furent Renato Simoni et Giuseppe Adami. Ils se sont tous trois inspirés de la pièce de Carlo Gozzi datant de 1762 Turandotte. La musique est saupoudrée de mélodies chinoises notamment celle des masques, ou fleur de jasmin qui est issue du folklore chinois du XVIIIe siècle et interprétée à deux reprises, notamment par le chœur dans l’acte I.

C’est probablement le plus visionnaire de tous ses opéras, inventif, captivant, tout aussi enivrant que dépaysant, spectaculaire, bouleversant, harmoniquement audacieux et riche,  très difficile d’interprétation tant sur le point de vue vocal qu’orchestral. Les arias sont vraiment superbes, notamment celle qui reste célèbre dans les mémoires, rendue populaire par Luciano Pavarotti : Nessun dorma. Il rêvait d’un duo final époustouflant qui terminerait son opéra de façon cruciale,  malheureusement il n’aura pas eu le temps de l’écrire.

Une histoire d’amour et de mort entre Turandot, fille de l’empereur de Chine, une femme très belle, cruelle et impitoyable, et Calaf, un prince de sang, aimé par l’esclave Liu. Lui réussira, au risque de sa vie, le jeu d’énigmes que Turandot a mis au point pour ses prétendants. Elle sera vaincue par l’amour et Liu va préférer se poignarder plutôt que de révéler la véritable identité de son prince.

( Vidéo : In questa reggia / Joan SUTHERLAND accompagnée par le LONDON PHILHARMONIC ORCHESTRA, direction Zubin MEHTA )

Cosi fan tutte (Ossia : La Scuola degli amanti) … W.Amadeus MOZART

(Vidéo : Ouverture – Nikolaus HARNONCOURT à la direction du ROYAL CONCERTGEBOUW ORCHESTRA )

Cosi fan tutte ou la Scuola degli amanti ( Ainsi font-elles ( ou Elles font toutes ainsi )  ou l‘École des amants ) est ce que l’on appelle un dramma giacoso . Il fut composé en 1789 et créé en 1790  à Vienne. Avant cette date, une première audition privée avait eu lieu chez le compositeur, en présence de Joseph Haydn.  Une tragi-comédie,  commandée par l’empereur Joseph II, pour laquelle Mozart, après Les Noces de Figaro et Don Giovanni, fait appel à librettiste favori à savoir Lorenzo Da Ponte. Ce sera leur dernière collaboration.

Ce chef-d’œuvre, dont la musique a été écrite en quatre mois seulement,  ne fut pas reconnu comme tel avant le XXe siècle en raison du sujet un peu trop libertin et frivole pour l’époque : des femmes volages, tentées par l’infidélité, et qui se jettent au cou d’hommes un peu trop séducteurs . De nos jours les esprits et les choses ont changé et c’est désormais un opéra fort apprécié.

Avant de proposer ce sujet à Mozart,  Da Ponte l’avait déjà soumis à Antonio Saliéri qui, d’ailleurs, avait commencé à esquisser la musique, avant de se raviser et abandonner le projet intitulé La Scuola degli amanti ( titre original ) . Le librettiste se tourne alors vers Mozart qui accepte le livret. Cette intrigue où se mêlent amour, tromperie, trahison, espoir, fidélité, illusion, saupoudrée avec une bonne dose d’humour lui plait.  Il  se met au travail, et change le nom de l’opéra en Cosi fan tutte. A noter que l’histoire était, semble t-il, basée sur un fait réel qui s’était passé à Vienne et dont tout le monde parlait.

Il fera appel à des interprètes particulièrement talentueux sur le plan vocal, et qui avaient déjà travaillé avec lui, notamment pour les Noces de Figaro.

L’intrigue se situe à Naples, en Italie. Don Alfonso, un philosophe, ne croit pas en la fidélité des femmes. Il  fait un pari avec deux jeunes officiers : Guglielmo et Ferrando. Il est convaincu que durant leur absence, leurs fiancées, à savoir Fiordiligi et Dorabella, ne seront pas du tout fidèles. Ils acceptent de relever ce pari, quittent leurs dulcinées qui promettent de les attendre. Mais les deux jeunes gens montent une mise en scène avec l’aide de Don Alfonso et sa fidèle servante Despina. Ils sont déguisés, méconnaissables, et se mettent à courtiser les deux jeunes filles qui, dans un premier temps, les repoussent,  puis succombent à la tentation de ce jeu de  séduction.  Ils reviennent alors sous leur véritable apparence,  complètement dépités. Don Alfonso a gagné son pari.  » Elles font toutes ainsi  » dira t-il ! Fiordiligi et Dorabella supplient alors leurs amoureux de leur pardonner. Tout le monde fait le choix de rire de cette leçon sur la nature humaine qu’ils viennent de recevoir.

Cette œuvre lyrique est réellement radieuse,  entraînante, captivante, réaliste, pleine de finesse, mélancolique aussi, voire même assez bouleversante même par certains côtés. La musique, fort nuancée, bien équilibrée  et étroitement liée au texte,  l’accompagne avec beaucoup de réalisme, notamment par des mélodies harmonieuses qui traduisent , n’ayons pas peur des mots, à la perfection les émotions de chacun . Les arias, incroyablement superbes, expriment avec génie les caractéristiques des amants.

Pour les raisons expliquées en début de post, l’opéra ne sera pas un franc succès. Il sera arrêté au bout de cinq représentations en raison de la mort de l’empereur, puis reprendra avec un accueil toujours aussi mitigé.

( Vidéo : Per pietà, ben mio perdona / Aria de Fiordiligi Acte II – / Tereza BERGANZA )

( Video : Tutti accusan le donne / Aria de Don Alfonso Acte II / Sesto BUSCANTINI – Direction Herbert V.KARAJAN et le PHILHARMONIA ORCHESTRA )

Les Boréades … Jean-Philippe RAMEAU

 » C’est par l’amplitude de la vérité de l’émotion dramatique ou de sa tendresse que Rameau a atteint dans les Boréades la perfection de son idéal musical.  » Antoine GEOFFROY-DECHAUME (Musicologue, claveciniste et compositeur français)

(Vidéo : Ouverture – John Eliot GARDINER à la direction de l’Ensemble ENGLISH BAROQUE SOLOISTS)

Ce dernier opéra de Rameau fut composé en 1763. Il en restera au stade des répétitions et ne sera jamais créé à l’époque. Nul ne sait quelle en fut réellement la cause : la mort du compositeur(de la fièvre putride) semble peu probable-  L’incendie qui s’était déclaré au théâtre du Palais Royal à l’époque ? A moins que ce ne soit l’acte des personnes qui affichaient une certaine hostilité envers ce compositeur à la Cour (et il y en avait ! Comme par exemple Madame de Pompadour) .

Il faut dire que Rameau est arrivé dans le monde de l’opéra en France, à une époque ou Lully était encore très présent, et brillant,  dans les esprits. Lullistes et Ramistes étaient en guerre, chacun défendant son camp avec force , en venant même  aux poings lorsque cela s’avérait  nécessaire ! Sa musique sera d’abord critiquée, puis appréciée petit à petit. A partir de 1733, il deviendra même le plus grand compositeur de son temps : celui, notamment,  de la chambre du roi en 1745. Il restera dans les mémoires comme un grand musicien, un éminent théoricien.

Le nom de Louis de Cahuzac a été avancé pour le livret, mais sans aucune certitude. L’histoire est celle de la rebelle Alphise, reine de Bactriane, amoureuse d’un jeune inconnu. De par son rang, elle se doit d’épouser un descendant de Borée, dieu du vent du nord, mais elle s’y refuse. Et c’est réellement un vent de liberté qui  souffle sur cet opéra, à commencer par Rameau qui n’en a pas manqué dans sa créativité inventive.

En tous les cas, la partition, telle La Belle au bois dormant, va s’endormir dans les tiroirs de la Bibliothèque Nationale durant des siècles … Jusqu’au jour où le chef John Eliot Gardiner va la réveiller, en intégrale, en 1975 au Queen Elizabeth Hall, puis en 1982 au Théâtre de l’Archevêché à Aix-en-Provence. Il semble qu’une version-concert écourtée ait été donnée en 1964 à la Maison de la Radio à Paris, avec l’orchestre et les chœurs de l’ORTF, sous la direction de Pierre-Michel Le Conte,  lors de l’anniversaire des 200 ans de la mort de Rameau.

Un chef d’œuvre très novateur, brillant harmoniquement parlant, énergique, éloquent, élégant, poétique, réellement du grand Rameau avec beaucoup de précision dans le style, de la grandeur et du mystère. Avec beaucoup de récitatifs ( qui veut dire ce qui est récité) au milieu des arias superbes.

(Vidéo : « Un horizon serein » interprété par Sabine DEVIEILHE(Soprano colorature) – Elle est accompagnée par l’Ensemble LES AMBASSADEURS – Direction Alexis KOSSENKO)
(Vidéo : « Entrée de Polymnie » John Eliot GARDINER à la direction de l’Ensemble ENGLISH BAROQUE SOLOISTS – Avec le MONTEVERDI CHOIR)

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Didon & Énée … Henry PURCELL

( Vidéo : Ouverture // Nikolaus HARNONCOURT et le CONCENTUS MUSICUS WIEN )

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 » Portrait de Henry PURCELL  » par John CLUSTERMAN 

Ce compositeur baroque, anglais, musicien de Cour, mort à 36 ans, fut réputé pour son inventive écriture musicale et instrumentale, sa théâtralité, son lyrisme et la douceur de ses mélodies. Il n’a composé qu’un seul véritable opéra, c’est celui-ci, car jusque là il avait surtout écrit des semi-opéras et des divertissements  (masks)

Didon et Énée fut créé en 1689 dans un collège pour jeunes filles de Chelsea, puis en public onze ans plus tard, en 1700 . On suppose qu’il ait pu être également représenté devant le roi Charles II et sa Cour. Le livret est de Nahum Tate d’après l’Énéïde de Virgile (29-19 av. J.C.) – La partition originale ne fut pas conservée, mais reconstituée en partant du livret.

C’est une œuvre expressive, audacieuse, globalement empreinte de simplicité, traitant de  mythologie, intensément dramatique mais avec des accents de comédie malgré tout, poétique, poignante dans sa lamentation finale ( qui est donnée comme une des plus belles dans le milieu opératique), et dans laquelle se mêlent le rêve, la gaiété, la mélancolie, la gravité.

L’histoire est celle de Didon, reine de Carthage, et de son protégé Énée, prince de Troie. Ils s’aiment. Malheureusement la reine des sorcières veut la perte de Didon et pour y arriver, elle va utiliser des pouvoirs maléfiques sur Énée, en lui faisant croire qu’il doit partir, au nom des dieux, pour fonder Rome, la nouvelle Troie. Même si cela lui en coûte de laisser celle qu’il aime , il veut faire son devoir. Au départ, Didon le repousse et ne comprend pas, puis l’encourage à partir. Résignée et désespérée elle se donnera la mort peu de temps après.

( Vidéo : Lamentation de Didon  » When I am laid in earth  » // Simone KERMES – Elle est accompagnée par MUSICA AETERNA – Direction Teodor CURRENTZIS )

Acis & Galatée : d’OVIDE à LULLY …

Acis et Galatée statue
«  Acis et Galatée avec Polyphème  » – Fontaine Médicis / Jardin du Luxembourg à Paris – A l’origine c’était une grotte-portique commandée par la reine Marie de Médicis à l’intendant général des eaux et fontaines de Paris, sous le règne de Henri IV : Tommaso Francini(Thomas Francine en français) un architecte florentin. Elle souhaitait avoir quelque chose qui puisse lui rappeler les jardins de Boboli de Florence. Le groupe, sculpté de trois personnages, fut l’œuvre de l’architecte français Auguste Ottin lors de la restauration du lieu en 1852. La fontaine, quant à elle, fur réalisée en 1862 par Alphonse de Gisors.

 » La légende d’Acis et Galatée prend place dans le livre XIII des Métamorphoses d’Ovide aux vers 792/900. Acis, bel adolescent de seize ans, fils du dieu Faunus et de la nymphe Simaethis, et Galatée, fille du dieu Nérée et de la nymphe Doris, s’aiment d’un amour réciproque. Mais le cyclope Polyphème, géant monstrueux et sauvage, fils de Poséidon et de la nymphe Toossa, s’est violemment épris de Galatée et la recherche sans cesse. Un jour qu’elle se trouve en compagnie d’Acis à l’abri d’un rocher, Polyphème, du haut de la montagne, après avoir joué de la flûte de Pan, fait entendre un long discours de séduction à destination de l’insensible jeune fille. Il y chante la beauté farouche de Galatée, énumère tous les présents qui lui reviendraient si elle consentait à l’aimer, toute sa propre beauté, et lance de terrible menaces envers son rival. A la fin du discours, alors qu’il s’était mis à arpenter avec fureur les forêts, Polyphème aperçoit soudain le couple d’amants. Ses cris furieux font fuir Galatée qui plonge dans l’eau voisine. Acis fuit lui aussi, mais Polyphème le poursuit et lance sur lui un énorme rocher qui l’écrase totalement. Galatée obtient du destin la métamorphose d’Acis : le sang qui s’écoulait du dessus du rocher, se transforma en un fleuve qui prendra son nom. » Marcel DITCHE (Professeur de Lettres, membre de la commission nationale du concours de l’agrégation de Lettres modernes, spécialiste en littérature – Extrait de Eros noir dans la légende d’Acis et Galatée/Ovide les Métamorphoses XIII-722/900 publié en 2015 dans la revue Silène.)

Acis et Galatée, chef-d’œuvre remarquable de Lully, opéra sous forme de pastorale héroïque, fut créé au château d’Anet, dans la galerie de Diane, en 1686, puis plus tard au Palais Royal. Compte tenu que Quinault, le librettiste favori de Lully, était gravement malade et que leur collaboration s’était donc arrêtée, le duc de Vendôme va choisir un auteur dramatique de l’époque : Jean Galbert de Campistron. Ce dernier s’inspirera des Métamorphoses d’Ovide

(Vidéo : Ouverture/Prologue – Les MUSICIENS DU LOUVRE – Direction Marc MINKOWSKI)

C’est un opéra vraiment éclatant, intense, inventif, audacieux, génial, irrésistible, merveilleux,  comme a su l’être, du reste, ce compositeur. Il fut dédié au Dauphin (le prologue a été composé à son intention)  et obtiendra un énorme succès lors de sa création. Sa légèreté du départ n’est qu’une apparence, car il va devenir beaucoup dramatique par la suite.Les arias et récitatifs sont magnifiques tout comme le sont les ensembles et les chœurs. La Passacaille de l’acte III , représentante de l’amour sublimé idéalisé, est tout simplement incroyable.

( Vidéo : Passacaille Acte III  » Sous les lois l’amour veut qu’on jouisse  »  – Mireille DELUNSCH (Soprano) – Monique SIMON (Mezzo-soprano) – Chœur et musiciens Les MUSICIENS DU LOUVRE – Direction Marc MINKOWSKI

Oublié avec les siècles passant, il sera ressuscité en 1930 à Amsterdam  par le musicien et chef français Pierre Monteux. Lors des célébrations du tri-centenaire de la naissance de Lully, il réapparaîtra parmi d’autres œuvres, mais une fois les festivités terminées, on ne peut pas réellement dire qu’il reviendra sur le devant de la scène, jusqu’au jour où Marc Minkowski, à la direction des Musiciens du Louvre, nous permet de redécouvrir à nouveau cet opéra fascinant, et ce  pour notre plus grand bonheur;

La Force du destin …

(Vidéo : Ouverture – Claudio ABBADO à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BERLIN)

La Force du destin est une commande d’Alexandre II de Russie. Une histoire d’amour, d’honneur, de vengeance, et de repentir  qui obtiendra un beau succès lors de sa création à Saint Pétersbourg en 1862 – Le livret ( jugé extravagant par la critique ) fut rédigé par Francesco Maria Piave d’après Don Alvaro o la fuerza del sino, une pièce du dramaturge et poète espagnol Angel de Saavedra ( 1835 ).

La situation de Verdi et ses idées politiques planent, comme ce fut souvent le cas dans ses œuvres, sur cet opéra. Il vient d’être nommé député à une époque où le Risorgimento n’est plus ce qu’il était, ce qui lui apporte de nombreux doutes.

C’est un  opéra ardent, dramatique, passionné, excessif, romantique, désespéré, avec, malgré tout, des moments un peu fantasques. Les chœurs sont puissants, les arias superbes, les duos magnifiques. Le vocal est incontestablement brillant. Une œuvre de contrastes, de diversité, entre destin et coïncidence,  dans laquelle l’ombre côtoie la lumière, le rire celui des larmes, . C’est réellement ce qu’il faut bien retenir pour la comprendre. Même les personnages que l’on peut juger par certains côtés inutiles, ont de l’importance.

( Vidéo : La vergine degli angeli / Acte II – Montserrat CABALLÉ – Accompagnée par le ROYAL PHILHARMONIC ORCHESTRA sous la direction de Anton GUADAGNO & le AMBROSIAN OPERA CHORUS )

(Vidéo : Pace, pace mio Dio / Acte IV – Maria CALLAS )

Germanicus in Germania … Nicola PORPORA

(Vidéo : « Sinfonia » Sur instruments d’époque – l’Ensemble CAPELLA CRACOVIENSIS dirigé par Thomasz ADAMUS )
Nicola PORPORA 1686/1768

Ce très bel opéra est l’un de ceux de Porpora qui a été très peu enregistré. On y retrouve cette virtuosité vocale chère au cœur de ce merveilleux compositeur napolitain qui est, malheureusement, un peu sous-estimé de nos jours et c’est bien dommage.

Il a été un grand pédagogue pour la voix ayant enseigné, entre autres, à deux brillants castrats de l’époque à savoir Farinelli et Cafarelli ; un éminent spécialiste de l’opéra séria, qui a eu également du succès avec ses cantates, messes, motets, psaumes, et autres musiques instrumentales assez représentatives de ce qui se faisait au XVIIIe siècle à Naples à l’époque, et en Europe aussi. Il fut professeur de musique de Joseph Haydn, qui avant d’être son élève fut son valet, et qui dira que c’est lui qui m’a appris à composer pour la voix.

Une œuvre lyrique brillante, expressive, poignante, avec en arrière-fond la chute de l’Empire romain, des rivalités militaires et amoureuses.Elle fut créée à Rome en 1732 au théâtre Capranica. Le livret est de Nicola Coluzzi et c’est le castrat Cafarelli qui tint le rôle principal .

Le vocal est d’une grande beauté, virtuosité, noblesse et élégance, l’instrumental est dans le style non seulement de ce qui se faisait à l’époque du baroque napolitain, mais surtout dans celui de Porpora à savoir mélodieux, ornementé.

(Vidéo : « Qual turbine » Acte I – Max-Emanuel CENCIC – Accompagné par – l’Ensemble CAPELLA CRACOVIENSIS dirigé par Thomasz ADAMUS )
(Vidéo :  » Parto ti lascio o cara  » Acte II – Mary Ellen NESI (mezzo-soprano) – Accompagnée par l’Ensemble CAPELLA CRACOVIENSIS dirigé par Thomasz ADAMUS )