Carlo BROSCHI dit Farinelli …

Vidéo : Stefano DIONISI dans le rôle de FARINELLI – Film de Gérard CORBIAU en 1994 – Enrico LOVERSO interprète Riccardo BROSCHI le frère du castrat.   » Ombra fedele anch’io  » est une aria extraite de l’opéra IDASPE composé par Riccardo. – La direction musicale est assurée par le chef Christophe ROUSSET

Pour s’approcher au plus près de la voix de ce célèbre castrat, le réalisateur Gérard Corbiau, a fait appel à des techniques assez sophistiquées en unissant, à l’IRCAM, la voix d’un contre-ténor en la personne de Derek Lee Ragin , à celle d’une soprano à savoir Ewa Malas-Godlewska. C’est le chef Christophe Rousset et son ensemble Les Talens lyriques qui ont enregistré la musique du film.

FARINELLI EN 1735
Carlo BROSCHI dit FARINELLI

«  Il touche toutes les cordes, quelquefois dans le même air, avec une agilité surprenante et la voix dite  » de petto  » ( de poitrine ) est aussi forte en lui et aussi variée que celle dite  » de testa  » ( de tête ) est savante et harmonieuse.  » Antonio SCHINELLA CONTI ( Abbé CONTI – Philosophe italien)

 » De tous les chanteurs qui existent, on ne peut en citer aucun qui, par son habileté à vocaliser et par la beauté de sa voix, puisse rivaliser avec Farinelli. Il parcourt, avec une même facilité, une extension de 23 notes, soit 3 octaves environ, et personne ne se rappelle avoir écouter quelque chose qui puisse s’y comparer. Les gens sont convaincus qu’il a été protégé par la vierge Marie pour laquelle sa mère professait une extraordinaire dévotion. » Jean Georges  KEYSSLER ( Voyageur allemand)

Carlo Broschi est né en 1705  à Andria (province de Bari -Italie ) dans une famille de la petite noblesse. Il a un frère, Riccardo né en 1698, et une sœur Dorotéa née en 1701.

Bien des familles ont souhaité faire castrer leur fils lorsqu’ils s’apercevaient qu’il avait une belle voix, parce qu’avant toute chose, une somme d’argent non négligeable leur était attribuée . Toutefois ce n’est pas cette raison qui poussera le père de Carlo à vouloir que son fils soit un jour castré, mais ses capacités vocales incroyables. Il voyait en lui un prodige et pensait que, doté de ce don si particulier ( qu’il souhaitait lui faire conserver) il aurait toutes les chances de faire une grande carrière. En cela il ne s’est pas trompé. Il le fera donc opérer à l’âge de 9 ans.

Ce fut, semble t-il, très difficile pour Carlo de supporter tout ce que cette opération, déjà très douloureuse , allait avoir pour autres conséquences : quitter sa ville natale, sa famille aimée, partir vers l’inconnu et ce même si son père avait quelque peu anticipé les choses en préparant son arrivée à Naples auprès de ses connaissances, afin qu’il puisse étudier dans de bonnes conditions.

Parmi les familles influentes qui vont l’approcher, il y aura celle des Farina ( d’où le nom Farinelli) laquelle mettra à sa disposition un professeur que bien des personnes voudront un jour avoir, un pur produit de l’école napolitaine : le compositeur Nicolo Porpora.

NICOLO PORPORA
Nicolo PORPORA

Ce dernier a été très heureux d’avoir un jeune élève aussi doué. Tous deux se sont bien entendus et lorsque Carlo a perdu son père à l’âge de 12 ans, Porpora représentera la figure paternelle qu’il n’avait plus.

L’essentiel des leçons était de savoir se concentrer sur le souffle et le développer, ce qui était assez difficile. Les formations duraient en général 7 à 10 ans car outre le fait qu’ils étaient doués pour le chant, les jeunes élèves bénéficiaient de cours de gestuelle, maintien, art dramatique, littérature ancienne . Farinelli le fera en 5 ans seulement. Il arrivait à répartir son souffle de façon inouïe et parfaite.

Il fut, par ailleurs, un très bon instrumentiste, jouant de la viole d’amour et du clavecin.

Première apparition sur scène à 15 ans en 1720 dans une oeuvre de Porpora ( Angelica et Medero) . Il  a très vite séduit par sa voix miraculeuse, capable de prouesses exceptionnelles,  et fut très demandé que ce soit dans les théâtres lyriques ou les Cours royales et princières. Il fit de très nombreux voyages et où qu’il aille, le public était en admiration à l’écoute de cette voix miraculeusement surprenante .

Vidéo :  » Le pie s’allontana  » Extrait de l’opéra Angelica et Medero de Nicola PORPORA – Interprété par le contre-ténor allemand Valer BARRA-SABADUS, accompagné par l’Ensemble CONCERTO KÖLN
(c) Royal College of Music; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Carlo BROSCHI dit FARINELLI en 1734 – Bartolomeo NAZARI

A 25 ans il était déjà très riche, adulé mais il n’aura jamais vraiment confiance en lui, on le pensait même timide. Il s’étonnait d’ailleurs d’avoir autant de succès. Il était semble t-il bienveillant à l’égard des autres, et se gardait bien de s’exposer ou d’être à l’origine d’un quelconque débat.

Farinelli a traversé toute l’Italie : Rome, Venise, Milan, Vérone, Parme, Naples, Bologne, Vicenza etc… où il fera sensation dans les opéras de Porpora, Vivaldi, Vinci, Caldara, Ariosti, Veracini, Hasse, Giacomelli, Léo ou bien encore dans ceux de son frère Riccardo à qui l’on doit des arias merveilleuses. Ce succès ne s’arrêtera pas aux frontières de son pays mais se répandra également en Allemagne, France, Angleterre et Espagne et quel que soit le pays il a été acclamé, honoré, il a reçu beaucoup d’argent et des somptueux cadeaux.

Il a passé trois ans à Londres dans la troupe de l’Opéra de la Noblesse, laquelle était en conflit direct et concurrence avec celle du compositeur Georg Friedrich Haendel. Ce furent des années glorieuses car le public anglais l’a beaucoup apprécié. Comme d’autres castrats , il quittera l’Angleterre en 1737 lorsque l’opéra italien ne va plus plaire au public londonien.

En 1736 il fut reçu à la Cour de Louis XV à Versailles.

Vidéo:  » Son qual nave ch’agitata  » – Aria extraite de l’opéra ARTASERSE composé par son frère Riccardo BROSCHI en 1734 ( Images du film FARINELLI )

Farinelli a eu des amitiés sincères, durant sa carrière, comme le Comte Sicinio Pepoli l’un de ses protecteurs avec lequel il a échangé de très nombreuses correspondances, la Princesse Belmonte, la cantatrice Vittoria Tesi dite  » la Tesi  » , et surtout le poète et librettiste Métastase qu’il considérait comme  » son âme sœur, son jumeau  » avec lequel il entretiendra une amitié durant plus de 20 ans.

Avec les années, il sentira peser lourdement sur lui le vide et le poids de la solitude. Certes il était très proche de sa famille, de ses amis intimes, de ses protecteurs, mais à 30 ans il se rendra compte que, même fortement entouré, il était bien seul, sans compagne à ses côtés. C’est ce qui provoquera chez lui de fréquentes crises de mélancolie. Le grand drame de sa vie sera un mal affectif

Et puis un jour, à l’âge de 32 ans, et bien qu’il brillait au faîte de la gloire, il décide de quitter la scène. Il accepte un poste qui lui est proposé par l’épouse du roi d’Espagne à savoir Elisabeth Farnèse. Sa majesté Philippe V souffrait de dépression et la reine espérait que la voix enchanteresse  de Farinelli ( que le roi appréciait beaucoup ) saurait le guérir. Il va lui chanter toujours à peu près les mêmes arias, Et ça va marcher ! La thérapie fonctionne. Le roi fera du castrat son conseiller privé, presque un ministre !

FARINELLI CARLO BROSCHI par Corrado Giaquinto en 1755
Carlo BROSCHI dit FARINELLI en 1755 – Corrado GIAQUINTO – Derrière lui les monarques espagnols

Ce qui, au départ, ne devait être qu’une  » aide thérapeutique  » va durer de très longues années (20 ans) – Après la mort de Philippe V en 1746, l’histoire espagnole continuera puisque Farinelli occupera le poste de directeur artistique des théâtres de Madrid à la demande de Ferdinand VI qui succéda à son père.

Farinelli portant l'ordre de Calatrava, par Jacopo Amigoni, vers 1750-52.
Carlo BROSCHI dit FARINELLI  portant la croix de Calatrava qui symbolisait en quelque sorte sa position sociale d’aristocrate en Espagne – 1750 – Jacopo AMIGONI
FARINELLI JACOPO AMIGONI
Carlo BROSCHI dit FARINELLI – 1750/52 – Tableau du peintre Jacopo AMIGONI ( c’est grâce au castrat que Amigoni a pu devenir  » peintre à la Cour d’Espagne  » – On peut voir aussi Teresa Castellini qui fut une cantatrice à l’opéra de Madrid et derrière eux le poète et librettiste Métastase un grand ami de Farinelli. Il n’était pas en Espagne au moment de la réalisation du tableau mais Farinelli a tenu qu’il ait sa place auprès de lui.

Lorsque Charles III ( le fils de Philippe V et Elisabeth Farnèse sa deuxième épouse) sera placé sur le trône d’Espagne en 1759 , il partira car, malheureusement, le nouveau roi n’appréciait absolument pas les castrats.

C’est donc à Bologne qu’il retourne en 1760 dans une villa qu’il avait fait construire. Sa mère n’était plus de ce monde , son frère lui aussi était décédé peu de temps après l’avoir rejoint en Espagne.

Sa sœur avait fondé une famille. Elle était veuve et habitait Naples. Il avait deux neveux et quatre nièces. Cela aurait pu le rendre heureux mais se sentait terriblement seul, dépressif, en proie à une grande mélancolie, et ce malgré les nombreuses visites qu’on lui rendait : amis, musicologues, écrivains, compositeurs. Il reçut Gluck en 1763, rencontrera le jeune Mozart avec son père Léopold chez des amis.

Il va alors consacrer sa vie à la spiritualité et à la musique. Il sera un grand amateur de peinture et collectionneur avisé : non seulement des tableaux (l’inventaire dressé après sa mort en comptera 330 ) , mais également des instruments : des violons Stradivarius, des clavecins, des pianofortes qui lui furent offerts par la reine d’Espagne.  Il ne s’affichera pas et vivra de façon très discrète, en retrait et simple.

Un peu de soleil viendra illuminer sa vie lorsque le fils de sa soeur, Matteo, vint le voir à Bologne. Ce dernier tomba amoureux d’une jeune fille et de cet amour naquit la petite Maria Carlotta à laquelle s’attachera profondément Farinelli. Les années de fin de vie se poursuivront avec toujours cette lassitude et solitude qui le rongeaient d’autant que sa sœur et son plus fidèle ami Métastase décèderont eux aussi.

Farinelli s’éteint en 1782 à Bologne à l’âge de 77 ans . Ses funérailles furent célébrées en l’église de San Martino di Bertalia. Il sera enterré, au départ, dans la chapelle de l’église des capucins sur le Mont Calverio. Lorsque celle-ci sera détruite, sa petite nièce Carlotta Pisani-Broschi ( fille de Matteo) le fera transféré au cimetière de la Chartreuse en 1810. Elle avait acquis une sépulture où du reste elle repose elle aussi à ses côtés.

FARINELLII TOMBE

Comme il n’avait pas d’enfant, c’est Matteo Pisani, l’un de ses neveux,  qui fut nommé usufruitier de sa fortune à sa mort, laquelle était essentiellement constituée de tableaux , meubles, instruments de musique, partitions précieuses comme celles des Sonates de Scarlatti, somptueux cadeaux reçus durant sa carrière.

Malheureusement le neveu ne respectera pas la volonté de son oncle qui souhaitait que tout ce qui avait été attaché à sa vie, à sa carrière, et qui avait énormément d’importance pour lui soit préservé. Criblé de dettes, il vendra la villa en 1798, puis des tableaux. Le patrimoine fut éparpillé un peu partout dans le monde.

En 2006 Ses restes ont été exhumés à la demande d’un passionné d’opéra Alberto Bruschi pour des analyses effectuées par l’Université de Bologne et  visant à expliquer non seulement  les dons assez exceptionnels du chanteur, mais également la taille de sa bouche ou celle de sa cage thoracique. Une opération assez délicate compte tenu du fait qu’il y avait également auprès de lui, les ossements de sa petite nièce Carlotta.

Vidéo :  » Lascia ch’io pianga  » – Aria  ( Acte II ) extraite de l’opéra  » RINALDO  » de Georg Friedrich HAENDEL ( 1731 ) ( Images du film FARINELLI)

Arias : « O soave fanciulla » & « Quando m’en vo » … La Bohème de Giacomo PUCCINI

« Je ne connais personne qui ait décrit le Paris de cette époque aussi bien que Puccini dans La Bohème » Claude DEBUSSY ( Compositeur français )

 » La Bohème n’est pas la chronique d’un milieu comme celle de Murger, mais la représentation de la mémoire idéalisée. Puccini dut se nourrir de la nostalgie de sa propre vie de bohème, du temps où il était étudiant à Milan. Mais l’opéra dépasse le cadre autobiographique et vaut surtout comme évocation pure et simple de la jeunesse en elle-même et pour elle-même, c’est-à-dire l’heureux temps de la liberté totale, sans soucis et sans contraintes.  » Fedele D’AMICO ( Musicologue et critique musical italien )

(Vidéo : Acte I  » O soave fanciulla  » – Anna NETREBKO & Rolando VILLAZON – Accompagnés par le STAATSKAPELLE de DRESDE – Direction : Nicola LUISOTTI)

La Bohème est un opéra  composé entre 1892 et 1895, créé à Turin en 1896 – Les librettistes sont Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Ils se sont inspirés de la pièce de théâtre de l’écrivain français Henri Murger, Scènes de la vie de bohème,  laquelle avait été  présentée au Théâtre des Variétés de Paris en 1849. Elle donnera naissance à un roman, du même auteur, qui paraîtra en 1851.

PUCCINI et ses deux librettistes

Malgré la mésentente ambiante qu’il pouvait y avoir entre le compositeur et ses deux librettistes, tous trois auront l’intelligence de mettre de côté leurs désaccords pour rassembler efficacement leur talent ; ce qui aura un résultat positif et fructueux puisque trois œuvres lyriques superbes naîtront de leur collaboration : Tosca – Madame Butterfly et La Bohème.

Tout n’a pas été très rose en ce qui concerne les débuts de La Bohème car un autre compositeur, en l’occurrence Ruggero Leoncavallo, travaillait lui aussi sur le même sujet. Il avait d’ailleurs, au départ, suggéré à Puccini de collaborer ensemble à ce projet, mais ce dernier n’avait pas été très emballé. En conséquence de quoi, Leoncavallo décidera de se lancer seul sur cet opéra …. Mais quelques mois plus tard, le bruit vint à courir que Puccini était en train d’écrire un opéra s’y référant. Une nouvelle qui va attiser les foudres de Leoncavallo. Toutefois, et souhaitant, malgré tout, mener son projet à bien et ne pas le déprécier, il va laisser Puccini présenter son travail le premier.

La bohème de Puccini recevra un accueil mitigé à Turin en 1896. Elle fera l’objet de différentes représentations dans d’autres théâtres et un an plus tard, elle connaîtra un triomphe à Palerme. Celui de Leoncavallo sera créé à Venise en 1897. Le public se montrera assez enthousiaste. Mais les mémoires retiendront Puccini ! Son succès en  fera l’un des opéras le plus apprécié au monde.

(Vidéo : Acte II  » Quando m’en vo  » – Mirella FRENI / Accompagnée par l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BERLIN – Direction Herbert V.KARAJAN)

L’action se situe dans le Paris bohème des années 1830 . Une histoire d’amour passionnel et  dramatique qui débute le soir de Noël entre le poète idéaliste Rodolfo et la petite ouvrière, cousette de son état, Mimi. Atteinte de phtisie, elle souhaitera mettre un terme à cette histoire, mais ne pouvant s’y résoudre, elle se rendra chez lui pour mourir dans ses bras. Un autre couple plus extraverti et amusant est à leurs côtés, c’est Marcello le peintre, et son ex-maîtresse Musetta.

C’est réellement une œuvre magnifique, mélange de rires et de larmes, parfaitement maîtrisée, émotionnellement forte, pour ne pas dire poignante, vocalement brillante, infiniment mélodieuse.

Castor et Pollux … Jean-Philippe RAMEAU

(Vidéo : Ouverture / Les ARTS FLORISSANTS sous la direction de William CHRISTIE )

Jean-Philippe Rameau (1683-1764) a été éduqué à la musique par son père, organiste . L’enseignement général qu’il a reçu, plus tard, dans un collège de Jésuites, lui a donné le goût du théâtre. Il a beaucoup composé, mais aussi rédigé de nombreux ouvrages théoriques concernant la musique . Bien qu’il fut tombé dans l’oubli durant près de deux siècles , c’est un compositeur qui aura une grande influence sur l’opéra, par la suite.

Il ne fut pas facile pour lui, au début, de se faire un nom à la Cour de France, parce que l’ombre de Lully planait, voire même hantait le monde lyrique. Les partisans de Lully le défendaient becs et ongles, et ceux de Rameau louaient ses compétences en affirmant que ce qu’il proposait était une musique « moderne » et d’avenir. Les deux clans en sont même arrivés aux mains.

Rameau réussira finalement à trouver sa place notamment en raison de son grand talent non seulement dans la composition de musiques lyriques mais aussi celles pour la danse et on sait combien cet art avait d’importance à la Cour.

Castor et Pollux fut écrit en 1737 et créé la même année à l’Académie Royale de Musique. Le livret est de Pierre-Joseph Bernard. Compositeur et librettiste ont fort bien su allier le vocal et le verbal.

Le tout est remarquablement inventif, bien équilibré, enthousiasmant dès l’Ouverture dite à la française, plein de légèreté, harmonieux, scintillant, délicat, émotionnel, subtil j’oserai presque dire parfait tant il est remarquable . La version de 1737 recevra pourtant un accueil mitigé. Poussé par l’Académie royale de Musique, Rameau est contraint à la révision. Cela se fera en 1754. Il retire le Prologue, modifie, corrige Il y aura une autre version en 1754 et là, ce sera un véritable triomphe !

Ce succès d’autrefois qui comptera 324 représentations, va perdurer de nos jours car c’est un opéra très apprécié du public.

(Vidéo : Véronique GENS (Soprano) –  » Tristes apprêts  » Acte III Scène I / Elle est accompagnée par Christophe ROUSSET à la directon de l’Ensemble LES TALENS LYRIQUES)

L’Opéra …

 » L’opéra, c’est le domaine de l’émotion pure. Quand la passion, le chagrin, la souffrance, la folie atteignent un tel degré de saturation que les mots deviennent impuissants à les exprimer, que seul le chant y parvient, cela dépasse les limites de l’entendement, de la logique : c’est indescriptible !  » Bernard MINIER (Écrivain français / Extrait de son livre N’éteins pas la lumière/2014)

Illustration photos-collage de Silvia HOKKE

Orphée et Eurydice … Christoph Willibald GLUCK

Christoph Willibald GLUCK – Un tableau de Joseph Sifred DUPLESSIS- « Proclamer la musique un art limité « . Gluck, avant tout, a fait allusion à la possibilité de traduire précisément ce que son esprit était en termes précis. Donc, ce musicien s’est plutôt confié aux façons de la poésie, de la peinture. C’était à l’abri d’une grave menace pour les vertus inexprimables de son art, parce que jusqu’à son époque, la musique ne pouvait être exprimée que dans des accents si nobles qui, sans préjudice du contenu, représentaient déjà une évolution d’eux-mêmes, une amélioration spirituelle » Giulio CONFALONIERI ( Écrivain, compositeur et critique musical italien)
(Vidéo : Ouverture Orphée et Eurydice – Christoph W.GLUCK – Interprétée par Sir John Eliot GARDINER à la directon de l’Ensemble THE ENGLISH BAROQUE SOLOISTS )

Magnifique oeuvre lyrique, virtuose, éloquente, difficile, qui se classe parmi les plus importantes du XVIIIe siècle. Après Jacopo Péri, Giulio Caccini et Monteverdi ( entre 1600 et 1607), Gluck reprend le mythe du héros de la mythologie grecque : Orphée. Véritable chef-d’oeuvre opératique composé en 1762 et créé à Vienne la même année. Le livret est du poète italien Raniero de Calzabigi.

L’histoire est celle d’Orphée désespéré par la mort de son épouse la dryade Eurydice. Ses chants traduisent son infinie tristesse et touchent le dieu des Enfers, Hadès. Ce dernier lui permet de la ramener dans le monde des vivants. Une seule condition : attendrir les gardiens des portes de l’enfer avec sa musique et ne jamais se retourner vers celle qu’il aime lorsqu’ils seront sur le chemin du retour. Malheureusement, il la regardera et elle va mourir à nouveau.

Gluck choisira plutôt une fin heureuse à son opéra à savoir que leur amour et les chants d’Orphée calmeront, séduiront, enchanteront les gardiens et ils  redonneront vie à Eurydice.

Le rôle d’Orphée sera confié à un castrat très célèbre : Gaetano Guadagni.

Il reviendra sur sa partition en 1774 pour une version française, avec ballet, à l’occasion des quatre ans de mariage de Marie-Antoinette avec Louis XVI. Ce sera un tel triomphe qu’il se verra allouer une pension par la reine. Le livret sera alors confié à Pierre Louis Monline qui aura la lourde tâche de respecter la pensée profonde de Calzabigi. Cette fois, le rôle d’Orphée sera repris par un ténor : Joseph Legros, avec, toutefois, un hommage rendu à Guadagni, qui l’avait créé lors de la première à Vienne.

( Vidéo :   » J’ai perdu mon Eurydice  » Version par un ténor : Juan Diego FLOREZ )

La musique est très novatrice pour l’époque. Gluck a tenu à rendre possible un bel équilibre entre elle, la voix et le drame. Elle se tient , en effet, au cœur même du drame, le sert parfaitement bien, expressive, lumineuse et d’une grande beauté. Il y a l’expression de la douleur, la passion, le désespoir, la stupeur, et l’amour dans cet opéra. Les arias sont sublimes , les chœurs sont impressionnants et superbes

Par ailleurs, c’est le premier  dans lequel Gluck mettait la musique non plus au service unique de la virtuosité vocale , mais à celui de la poésie.

Un moment très prenant, émouvant et d’une grande douceur est à retenir dans l’acte II :  » la mélodie d’Orphée  » lorsque ce dernier demande aux esprits de le laisser entrer dans la vallée des bienheureux et lui rendre son épouse défunte. Cette plainte va les émouvoir et les faire danser.

(Vidéo :  » La mélodie d’Orphée  » interprétée par Renaud CAPUÇON au violon – Jérôme DUCROS au piano)

Les Castrats …

Vidéo :  » Vedro col mio diletto  » RV 717 – Antonio VIVALDI – Extrait de son opéra  » IL GIUSTINO  » en 1724 – Philippe JAROUSSKY accompagné par Jean-Christophe SPINOSI et l’ENSEMBLE MATHEUS

Au XVIe siècle, les femmes étaient interdites pour chanter dans le choeur des églises. C’étaient les hommes qui étaient appelés pour cet exercice vocal. Toutefois, il fallait des tessitures très aigües, les plus agiles possible s’apparentant au mieux à celles des femmes. Cela devenait très difficile de trouver les bonnes personnes, qui plus est de sexe masculin, avec une voix cristalline mais puissante malgré tout.

La castration en Italie  se fera au milieu du XVIe siècle. Elle fut même autorisée à Rome par le pape , afin  » d’honorer, par le chant, la gloire divine  » ! Avoir des voix qui puissent convaincre les âmes des mérites de la conversion.

Pour ce faire, on va castrer des jeunes garçons, avant leur puberté, à savoir entre 8 et 12 ans, en leur faisant l’ablation des testicules ( pas du pénis ) , ce qui empêchera donc la sécrétion de testostérone. La castration bloque alors la mue, le larynx ne s’étire plus, le cartilage thyroïdien devient plus dur, la voix conserve les aigüs de l’enfance et en plus, elle monte en puissance lorsque la cage thoracique masculine s’amplifie avec l’âge.

Ladite castration n’était pas sans risque car il pouvait y avoir des infections, des hémorragies ; c’était un acte non seulement douloureux, mais qui entraînait l’ impossibilité de procréer. De plus, il n’était pas certain à 100/100 % que la voix reste telle qu’elle était après castration : il y a eu des cas, en effet,  où elle n’a pas tenu et où, malheureusement, elle avait complètement disparue.

Toutefois, il est à noter que cette castration n’empêchait pas d’avoir des relations sexuelles, tout simplement parce qu’elle ne bloquait en aucun cas l’émission de sperme, lequel bien entendu était dépourvu de spermatozoïdes . Les castrats ont eu de nombreuses maîtresses attirées par leur voix mais aussi par l’ambiguïté de leur personne. En effet, leur côté androgyne et asexué plaisait beaucoup aux femmes, mais elles entraînaient des attirances amoureuses chez les hommes aussi.

Les castrats avaient beaucoup du succès, mais par contre ils ne pouvaient pas se marier, étaient privés de tous leurs droits civiques, on les refusait dans certaines professions et si beaucoup d’entre eux ont gagné de l’argent, d’autres, en revanche, ont fini très pauvres .

Le but recherché fut l’obtention de voix  » hors normes « , aériennes, célestes. Dans la plupart des cas, c’étaient les familles de paysans qui souhaitaient faire castrer leurs garçons quand ils s’apercevaient qu’ils étaient dotés d’une belle voix ; tout simplement parce qu’ils voyaient là une possibilité d’échapper  à des conditions de vie difficile, compte tenu du fait qu’ils recevaient une somme d’argent non négligeable.

On rencontrait ce phénomène à Rome, mais Naples sera la ville d’Italie reconnue pour l’expansion du phénomène castrat, probablement en raison du fait qu’à l’époque, l’activité musicale là-bas connaissait un gros essor, les conservatoires de musique étaient nombreux, et les salles de théâtre, donnant dans le lyrique, se multipliaient.

On peut réellement affirmer  que Naples s’est spécialisée dans la  » fabrication  » de ces fameux  » musici  » ( castrats ). On a recensé entre  3000 et 4000 enfants castrés chaque année dans cette ville durant un siècle ! Pour autant,  il n’y en a pas beaucoup , par rapport à ces chiffres, qui réussiront ou auront du succès, voire même avoir une carrière comme certains ont pu l’avoir .

Ils étaient très demandés en Italie, mais dans toute l’Europe également que ce soit dans les églises, les  théâtres lyriques ou à la Cour des rois et des princes. Les compositeurs célèbres les recherchaient beaucoup pour leurs opéras, mais aussi pour accompagner la partie vocale des ballets. Les castrats avaient droit à leur propre solo.

A la fin du XVIIIe siècle en France, la révolution française et les philosophes avec à leur tête Jean-Jacques Rousseau, trouveront l’acte castratif vraiment honteux et cruel . Napoléon, lui, fera interdire la castration et en 1878 un décret papal bannira cet acte.

Un jour l’histoire des castrats prendra donc  fin … Mais on gardera le fantasme de ces voix. Désormais celles des contre-ténors surtout  (altistes ou sopranos colorature aussi quelquefois)   sont là pour nous les rappeler . Cela se produira au milieu du XXe siècle avec les voix magnifiques d’Alfred Deller ou de Russel Oberlin par exemple qui reprendront des arias de ce répertoire baroque . Plus proches de notre époque on note Andreas Scholl, David Daniels, Russell Oberlin, Jochen Kowalski, Philippe Jaroussky ou Max Emanuel Cenci pour ne citer qu’eux.

Vidéo : Cara Sposa – David DANIELS – Aria extraite de l’opéra Rinaldo de Georg Friedrich HAENDEL en 1711
Vidéo ;  » No, non vedete mai  » extrait de l’opéra de Leonardo LEO «  Siface  » – Max Emanuel CENCIC – Accompagné par l’Ensemble IL POMO D’ORO sous la direction de Maxim EMELYANYCHEV
Vidéo : « Ombra mai fu  » extrait de l’opéra » SERSE  » de George Friedrich HAENDEL – Andreas SCHOLL accompagné par l’Ensemble AKADEMIC FÜR ALTE MUSIK BERLIN

De grands castrats italiens ont traversé l’histoire comme Nicolo Grimaldi  (créateur de Rinaldo de Haendel ) dit Nicolini , Giovanni Carestini, Domenico Annibali dit Domenichino, Gaetano Majorano dit Caffarelli, Felice Salimbeni ( qui fut le fantasme de Casanova ) , Gaetano Guadagni ( le premier qui a créé l’Orfeo de Gluck) etc etc … J’en passe et des meilleurs, et dans cette dernière catégorie il y en eut un qui est véritablement resté dans les mémoires, qui a eu le public   à ses pieds , qui fut, pourrait-on dire, une véritable star à son époque, adulé par toutes et tous et qui a gagné beaucoup d’argent :  Carlo Broschi dit Farinelli.

Au contraire des autres castrats, il n’a pas eu à passer par le traditionnel répertoire religieux parce que , très vite, sa solide réputation et son grand talent, lui ont ouvert les portes du succès, lui permettant de pouvoir se produire uniquement dans un répertoire lyrique.

Il était doté d’une technique incroyable, sa beauté tonale a fait sa légende. Il paraîtrait qu’il avait un don particulier pour embellir tout ce qu’il chantait. Sa voix avait de la longueur et une certaine agilité ce qui lui permettaient de faire des vocalises superbes.De plus elle était capable d’englober trois tessitures : celle de soprano, mezzo et baryton. Ce qui était extrêmement rare.

Arias : « Pupille Amate » & In un instante parto m’affreto … Lucio Silla de W.Amadeus MOZART …

Vidéo : Pupille amata non lagrimate Acte III – Cecilia BARTOLI, accompagnée par Nikolaus HARNONCOURT

Ces deux arias font partie de l’opéra Lucio Silla de Mozart. Une commande du Théâtre Regio Ducale de Milan. Il fut créé en 1772. Le livret est de Giovanni de Gamerra. C’est la dernière œuvre lyrique que Mozart composera pour l’Italie.

Un opéra très expressif, dramatique, profond, étonnant, avec des arias de bravoure brillantes, fougueuses, virtuoses tout spécialement pensées et écrites pour la soprano Anna de Amicis et le castrat Venanzo Rauzzini .

Une histoire de passion amoureuse, de cynisme politique, sur fond d’émotions intenses et une fin heureuse.

Vidéo : « In un instante … parto m’affretto  » Acte II – Diana DAMRAU accompagnée par LE CERCLE DE L.HARMONIE direction : Jérémie RHORER

La Rosa y el Sauce …

Video : Anna NETREBKO au vocal – Accompagnée par l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE PRAGUE dirigé par Emmanuel VUILLAUME

Cette chanson fait partie des airs que l’on entend une fois et que l’on oublie pas. Une page célèbre écrite en 1942, au départ pour voix(généralement lyrique)et piano par le compositeur argentin Carlo Guastavino sur un texte de Fernan Silva y Valdes.

« La rose fleurissait dans les bras d’un saule.

L’arbre passionné l’aimant tant !

Mais une petite fille coquine l’a volée

Le saule la pleure et son cœur est brisé ….  »

Aria :  » Il dolce suono  » – Acte III Lucia di Lammermoor …

Cette merveilleuse aria fait partie de l’acte III de l’opéra Lucia di Lamermoor composé, en six semaines à peine, en 1835 par Gaetano Donizetti. Le livret signe la rencontre importante et capitale avec le librettiste Salvatore Cammarano, probablement pas aussi lettré ou stylé que n’avait pu l’être Felice Romani, mais un homme de théâtre qui connaissait parfaitement le monde de l’opéra. Le livret de Lucia est considéré comme l’un des meilleurs.

A la demande de Donizetti, Cammarano va s’inspirer de la Fiancée de Lammermoor de Sir Walter Scott (1819) et d’une tragédie tirée du roman de Victor Ducange qui fut préalablement mis en musique plusieurs fois. Une histoire basée à l’origine sur un fait divers authentique qui s’était déroulé en Ecosse au XVIIe siècle.

Lucia est vraiment le chef-d’œuvre romantique et tragique de Donizetti. Les arias sont absolument bouleversantes, les duos superbes, les ensembles magnifiques. Il y a du drame, de l’énergie, de la vigueur, de l’émotion, une grande richesse orchestrale, de la virtuosité vocale. Il fera de Donizetti le compositeur le plus joué de son temps et obtiendra un immense succès le soir de la première au San Carlo de Naples.

L’opéra sera traduit en français en 1839 par Alphonse Royer et Gustave Raez. De nos jours encore, il est très apprécié.

Vidéo : Inva MULA interprète Il dolce suono

Aria :  » L’amour est un oiseau rebelle  » (Acte I Carmen) … Georges BIZET

Vidéo : Anna Caterina ANTONACCI

 » L’amour est enfant de bohème, il n’a jamais, jamais connu de loi. Si tu ne m’aimes pas je t’aime, et si je t’aime prends garde à toi … »

Carmen est née de la plume de l’écrivain français Prosper Mérimée. La passionnante et tragique histoire de Carmen, ce personnage sulfureux, mythe de la petite gitane sauvage, image de la liberté féminine qui trouble l’ordre public, est devenue extrêmement populaire grâce au chef-d’œuvre de Georges Bizet. A partir de là, cette héroïne rebelle, empruntée à l’Espagne des gitans et des toreros, a continuellement exercé une grande fascination dans le monde de l’art.

 » Eh bien cette fois j’ai écrit une œuvre qui est toute clarté et vivacité, pleine de couleurs et de mélodies » écrira Georges Bizet. Il s’adressait aux critiques qui l’avaient souvent accusé, dans le passé, d’être un peu trop sombre et compliqué dans ce qu’il proposait.

Bizet fut un pianiste virtuose, Ier prix de Rome en 1857, grand musicien, génie dramatique, compositeur efficace et original avec une belle subtilité rythmique mélodique, harmonique, et un style orchestral qui reste l’un des plus riches et raffinés de son temps.

Carmen fut son œuvre majeure. Créée en 1875 à l’Opéra comique de Paris. Le livret est de Henri Meilhac et Octave Halévy d’après Prosper Mérimée. Ce sera un véritable fiasco le soir de la première parce que le sujet va choquer un public bien trop conventionnel à l’époque. Certains crieront au scandale et après 48 représentations, on y mettra fin.

Huit ans plus tard, Carmen sera reprise et ovationnée pour son exotisme, son charme sensuel, le côté sauvage de l’héroïne, la force des personnages, la richesse orchestrale de la musique, les arias ( telles celle-ci ) incroyablement superbes notamment celles de ce personnage volage, passionnée qui enflamme la scène, cet  » oiseau rebelle  » qui charmera avec cet sublime aria.

Malheureusement, Bizet n’assistera pas à ce triomphe tardif puisqu’il va mourir tragiquement et brutalement d’une complication cardiaque à Bougival en 1875.

Il est souvent écrit Habanera tout à côté du titre de cette Aria. Tout simplement en référence à une danse cubaine appréciée en Europe au XIXe siècle.

 »