FARNACE RV 711 … Antonio VIVALDI

(Vidéo : Ouverture – I SOLISTI VENETI – Direction Claudio SCIMONE)

Il s’agit d’un opéra ( précisément un dramma per musica ) créé en 1727 à Venise, dirigé par le compositeur lui-même. Le livret est du poète Antonio Maria Lucchini. Il avait été utilisé une première fois pour le Farnace de Leonardo Vinci auquel Vivaldi avait assité à Rome en 1724.

L’œuvre sera remaniée profondément à diverses reprises jusqu’en 1737, avec des rajouts d’arias, de récitatifs, d’actes aussi. La dernière fois que Vivaldi le fera ce sera avec l’intention de le présenter à Ferrare. Ces modifications avaient pour but d’obtenir un opéra parfaitement abouti. A l’époque, il faut savoir que Vivaldi avait moins de succès à Venise car la Sérénissime avait une préférence pour les opéras napolitains.

Farnace est une histoire de devoir, d’amour, d’enjeu politique. Une œuvre brillante, dramatiquement puissante, complexe, éloquente, passionnée, colérique, nostalgique aussi. L’émotion et la noblesse du cœur sont bien présentes également. Elle donne raison à ce que disait l’abbé Conti en 1727 à savoir que la musique de cet opéra est variée et bouge à la fois dans le sublime et dans le tendre. Les arias sont magnifiques , virtuoses, expressives et tout en nuances.

Elle tombera malheureusement dans l’oubli et n’en ressortira que dans le dernier quart du XXe siècle. La partition ultime est conservée à Turin.

(Vidéo : « Perdona o mio figlio amato  » – Philippe JAROUSSKY (Contre-ténor) – Il est accompagné par L’ENSEMBLE MATHEUS dirigé par Jean-Christophe SPINOSI)
(Vidéo :  » Gelido in ogni vena  » – Max Emanuel CENCIC (Contre-ténor) – Il est accompagné par l’Ensemble I BAROCCHISTI – Direction : Diego FASOLIS)

ATHYS … Jean-Baptiste LULLY

Un opéra créé en 1676 à St-Germain en Laye, un de ceux que Louis XIV appréciait énormément (ce qui lui vaudra d’être surnommé l’opéra du roi) et dont il chantait souvent les airs parait-il , première tragédie issue de la collaboration entre Philippe Quinault et Jean-Baptiste Lully. Le livret a trouvé son inspiration dans Les fastes d’Ovide

Orchestralement parlant, c’est vraiment une merveilleuse réussite de Lully. Une œuvre exquise, délicieuse, sensuelle, mélancolique, pleine de fraicheur, de dynamisme, mais torturée aussi. Une histoire d’amour (au centre de l’intrigue) , de trahison, de passion et de secrets, avec Athys (berger) , Cybèle (la déesse ), mais aussi des muses, des zéphyrs, des personnages allégoriques etc…

Ce petit trésor lyrique est tombé dans l’oubli et ressuscité en 1987 par le chef William Christie.

Scylla & Glaucus Op.11 … Jean-Marie LECLAIR

Jean-Marie LECLAIR (1697/1764)

Jean-Marie Leclerc fut, au départ, danseur à l’Opéra de Lyon. De plus, il reste l’un des éminents violonistes de son époque, le fondateur de l’École violonistique française, et un merveilleux compositeur de l’époque baroque. Il a écrit de très nombreuses œuvres instrumentales, notamment des Sonates et Concertos magnifiques. Il meurt poignardé à l’entrée de sa maison. Nul ne put jamais savoir comment cela est arrivé.

C’est à l’aube de la cinquantaine qu’il va souhaiter aborder l »opéra l’art lyrique . Scylla et Glaucus restera sa seule tentative dans ce domaine (avec un acte de ballet Apollon et Climène) et un divertissement de scène (Le danger des épreuves) . Le livret est signé par Albaret, un librettiste méconnu. La dédicataire est une amie, Marie-Anne de Noailles, comtesse de la Mark qui, parait-il, était douée en chant et au clavecin.

Il sera créé à l’Académie royale de musique en 1746 et fera l’objet de dix-huit représentations. Il porte en lui une certaine influence italienne, un zeste de ressemblance envers la musique de Rameau, mais garde toute l’originalité, l’enthousiasme, l’audace et la virtuosité musicale de son compositeur. L’œuvre sera donnée, par la suite, sous forme de concert, dirigée par le frère de Leclair, à l’Académie des Beaux Arts de Lyon.

(Vidéo :  » Ouverture  » LES TALENS LYRIQUES – Direction Christophe ROUSSET)

Aria  » Sposa non mi conosci  » … Geminiano GIACOMELLI

(Vidéo : Max Emanuel CENCIC (Contre-ténor) – Il est accompagné par l’Ensemble IL POMO D’ORO dirigé par Riccardo MINASI)

Cette magnifique aria, tout aussi désespérée que bouleversante, virtuose et théâtrale, a été écrite à l’attention particulière du castrat Farinelli par Geminiano Giacomelli, pour l’opéra La Merope créé en 1734. Le livret est de Apostolo Zeno d’après l’œuvre de Scipione Maffei. La partition est conservée à l’Opéra de Vienne.

Comme cela se faisait assez couramment à l’époque, elle sera reprise par Vivaldi dans Bajazet, sous le titre Sposa son disprezzata.

La fille du régiment … Gaetano DONIZETTI

(Vidéo :  » Ouverture  » – ORCHESTRE DU ROYAL HOUSE OPERA de LONDRES – Direction Richard BONYNGE )

Malgré un souci face à la réaction d’Hector Berlioz, cet opéra rencontrera un succès retentissant car reconnu comme étant remarquable par la simplicité des mélodies, la fécondité des idées et les effets du chant « . Il sera présenté à l’Opéra comique jusqu’en 1814, puis réadapté pour la Scala de Milan. C’est une œuvre lyrique que la France avait l’habitude de mettre au programme tous les 14 juillet.

On l’a souvent donné, également, probablement par son côté patriotique, en temps de guerre et à la fin de la guerre. Le Metropolitan de New York le fera en 1942 pour honorer les troupes françaises libres conduites par le Générale. On remplaça alors le Vive la France par La Marseillaise , et le drapeau français par celui de la France Libre.

J’ai évoqué, au début de cet article, la réaction de Berlioz : en effet, le compositeur, devant le succès de cet opéra à Paris, avait décidé de mettre son petit grain de sel pour enrayer la machine. Dans un article rédigé pour Le Journal des débats, il écrira :  » Mr Donizetti semble vouloir nous traiter en pays conquis, c’est une véritable guerre d’invasion. On ne va plus parler des théâtres lyriques de Paris, mais des théâtres Donizetti !  » Pour lui, La fille du régiment était une copie baclée d’un opéra du passé signé du compositeur Auber. La musique lui semblait avoir été terminée un peu trop vite et certains passages étaient des reprises de partitions d’opéras anciens de Donizetti.

Il faut dire que les deux compositeurs étaient des personnalités bien différentes l’une de l’autre : Berlioz représentait une musique novatrice, ambitieuse et, malheureusement il faut bien le dire, incomprise. Donizetti, était une espèce de caméléon musical, capable, il faut bien le reconnaitre, d’aborder toutes sortes de styles divers et variés qui dérangeaient copieusement Berlioz.

La fille du régiment est un exemple typique de cette capacité d’adaptation propre à Donizetti, et quoi qu’ait pu en dire Berlioz, cet opéra est vraiment un petit trésor du répertoire opératique. Il se présente en deux actes, écrit pour l’Opéra Comique. Il fut écrit pour contrecarrer, pourrait-on dire, l’opéra dit aristocratique et vieillot de la Cour. On y trouve des thèmes bien populaires, terre à terre, avec des personnages extraits de la classe moyenne qui , du reste, ne se gênaient absolument pas pour ironiser et égratigner un peu la noblesse.

Le livret est de Jules Vernoy de Saint-George et François Bayard. C’est une partition vive, pétillante, empreinte d’un brin de nostalgie napoléonienne. La musique se mêle adroitement à la musique militaire avec des marches, des mélodies sentimentales et des odes patriotiques. Tout cela ne fait que faire avancer l’action et c’est très franchement divertissant et mené tambour battant !

Pour cet opéra, Donizetti va radicalement changer de ton. Il sera ponctué d’arias, de duos et de chœurs qui évoqueront bien ce côté militaire , et se termine par un Vive la France qui va conquérir le cœur du public parisien. Il faut dire que c’est un opéra qui s’est parfaitement s’intégrer dans le climat dans lequel se trouvait le pays à cette époque : il y avait eu 1789, la Révolution, puis la République, l’Empire, la Monarchie, le renversement de Charles X , et Louis Philippe.

C’est une œuvre cocasse, facétieuse, qui présente des véritables exercices de bravoure vocale. N’oublions pas qu’à ce propos, on lui a donné le nom de Mont Everest du Bel Canto ! Que ce soit pour le ténor ou la soprano. Pavarotti a vu sa carrière propulsée pour son rôle de Tonio et ses arias interprétées avec une facilité incroyable, et ses duos avec Joan Sutherland qui sont restés dans toutes les mémoires.

(Vidéo :  » Pour mon âme  » Luciano PAVAROTTI )

De nos jours, les critiques ont tout à fait raison, ce sont Natalie Dessay et Juan Diego Florez, qui ont merveilleusement relevé le défi. Dessay y est tout simplement époustouflante, drôle, malicieuse, piquante, avec une voix colorature d’une finesse magique et qui s’adapte tout à fait au chant souhaité par Donizetti. Quant à Florez, il est doté d’une voix volubile, généreuse, et subtile. Il a, lui aussi, ce fameux contre-ut remarquable qu’avait Pavarotti. Leur duo fonctionne lui aussi à merveille et on les a souvent retrouvés pour l’interpréter.

(Vidéo :  » Ah mes amis  » Juan Diego FLOREZ )
(Vidéo : finale de l’Opéra avec Natalie DESSAY & Juan Diego FLOREZ)

Aria :  » L’amero saro constante  » … W.Amadeus MOZART

Cette sublime aria est extraite de l’opéra Il re pastore , un petit chef-d’œuvre composé par un jeune Mozart de 19 ans. Il fut commandité, pour la visite de l’archiduc Maximilien François, par le prince-archevêque Collorado, et sera créé en son palais en 1775.

Le livret est de Pietro Metastasio, d’après Aminta du Tasse. Il avait déjà servi de base à une douzaine de compositeurs pour d’autres œuvres.

C’est un opéra séria ingénieux, exquis, enthousiaste, inventif, captivant, avec un orchestral d’une grande richesse, des voix virtuoses et des ensembles franchement magnifiques.

(Vidéo :  » l’amero , saro constante  » Acte II – Lucia POPP accompagnée par l’ORCHESTRE DE LA RADIO DE MUNICH sous la direction de Leonard SLATKIN)

Arias :  » La donna é mobile  » …  » Caro nome  » … RIGOLETTO de Giuseppe VERDI

(Vidéo :  » La donna é mobile  » Luciano PAVAROTTI)

Rigoletto va asseoir confortablement la réputation de Verdi. Il a été créé à la Fenice de Venise en 1851. Le livret est de Francesco Maria Piave d’après la pièce Le roi s’amuse de Victor Hugo qui fut présentée à la Comédie française en 1852. Verdi était un grand admirateur de Hugo particulièrement de ses pièces de théâtre dont, du reste, il a repris certains sujets pour en faire des opéras.

Celui ci fut écrit en quarante jours seulement. C’est une œuvre lyrique qui l’avait énormément inspiré, qu’il considérait comme étant vraiment réussie. Elle a emballé le public avec, notamment certaines de ses superbes arias devenues depuis infiniment célèbres et populaires et qui contribueront largement à son succès. Avec elle, Verdi a tiré un trait sur le passé, il a supprimé pas mal de choses.

I’argument est audacieux, populaire, plein de vitalité, émouvant aussi par certains côtés, traité avec beaucoup d’efficacité dans la trame dramatique. L’opéra fera scandale à sortie, nécessitant que certaines parties soient censurées, mais ce sera néanmoins un triomphe, un chef-d’œuvre plein de délicatesse, de tendresse et de vérité humaine.

(Vidéo :  » Caro nome  » – Natalie DESSAY )

Ave Maria de CACCINI …

( Vidéo : Inessa GALANTE ( Soprano )

Les historiens ont beau s’être évertués à trouver à qui revient la paternité de cette œuvre magnifique (compte tenu que celui qui l’a proposée a émis un doute sur le fait que ce soit la sienne), ils n’y sont pas vraiment arrivés . Explication :

Vladimir Vavilov était un compositeur russe passionné par la musique italienne et plus particulièrement la musique baroque. Il s’est fait surtout connaître pour ses compositions pastiches. Le pastiche musical, dans son sens général, c’était d’écrire une musique en imitant un style bien particulier qui plaisait. Ce procédé  a été fort utilisé aux XVIIe et XVIIIe siècles, à l’opéra où l’on reprenait des airs connus ou des musiques à la mode et qu’on les rassemblait dans une seule et même œuvre.

Vavilov, qui pensait que son propre travail n’allait pas lui apporter succès et reconnaissance, avait pour habitude d’utiliser cette supercherie, d’écrire des partitions en faisant supposer qu’elles n’étaient pas de lui mais de quelqu’un d’autre C’est la raison pour laquelle, il a fait éditer en 1970 cette page en indiquant  » Ave Maria, auteur inconnu du XVIe siècle « . Il s’était probablement  inspiré en pastichant un autre, oui mais qui ?

Il n’en fallait pas plus pour que les historiens et musicologues cherchent à savoir qui pouvait être cet auteur inconnu. On a alors pensé à Giulio Caccini, un compositeur du XVIe siècle, talentueux ténor, harpiste et luthiste qui avait travaillé à Florence au service de la famille Médicis. C’est un peu surprenant que l’on ait pu faire référence à lui, parce que globalement ce n’était pas son style, ni même d’ailleurs celui que l’on pouvait trouver chez un compositeur italien de cette époque ( Renaissance ). Mais beaucoup ont affirmé qu’il y avait un petit quelque chose de Caccini à la fin de sa vie ….  On a aussi émis l’idée  que ce pouvait être un de ses élèves, méconnu, un homme ou peut être même une femme pourquoi pas.

L’œuvre deviendra donc pour beaucoup  l’Ave Maria de Caccini !. Bien qu’elle ait été interprétée pour la première fois par la mezzo-soprano ( puis contralto plus tard) Irina Arkhipova, elle obtiendra la reconnaissance internationale et le succès avec la soprano Inessa Galante en 1994/95(vidéo ci-dessus) . Elle l’interprétait  très régulièrement dans ses concerts.

Vavilov n’assistera pas au succès de sa partition puisqu’il est décédé, très pauvre, en 1973 d’un cancer .

Aria :  » Cara tomba  » … Alessandro SCARLATTI

Cette sublime aria fait partie de l’opéra Mitridate Eupatore. Si, de nos jours, on salue et on loue cette tragédie lyrique, elle sera un échec lors de sa création au Teatro San Giovanni Grisostomo de Venise en 1707. La critique sera d’ailleurs très dure envers le compositeur. Probablement parce que l’on était en pleine saison du Carnaval et que le public souhaitait quelque chose de plus léger, de plus festif, moins pesant. Probablement aussi parce que la scène vénitienne voyait plus en lui le compositeur prolifique des virtuoses Sonates. Et pourtant, à Naples, il était largement reconnu pour ses talents opératiques.

Le livret est de Girolamo Frigimelica Roberti d’après les Choéphores d’Eschyle, Electre de Sophocle, et Electre d’Euripide. Une histoire d’usurpateurs, de meurtres et de régicide qui se déroule en 150 avant J.C. à Sinope.

C’est un opéra qui mérite les compliments qu’on peut lui faire de nos jours. Il est poignant émotionnellement parlant, intensément dramatique . Les arias superbes, puissantes. La musique d’une grande richesse orchestrale – Une chance qu’il fut retrouvé et reconstitué (instrumental et scénique-réduction de 5 à 3 actes) par le compositeur italien Giuseppe Piccioli .

(Vidéo : Simone KERMES au vocal – Elle est accompagnée par l’Ensemble MUSICHE NOVE – Direction : Claudio OSELE)

Les Contes d’Hoffmann …

(Vidéo :  » Barcarolle  » – Anna NETREBKO et Elina GARANCA – Accompagnées par Emmanuel VUILLAUME à la direction de l’ORC HESTRE PHILHARMONIQUE DE PRAGUE)

C’est l’œuvre testamentaire d’Offenbach , celle qui lui permettra d’être reconnu comme étant un merveilleux compositeur lyrique. Il avait espérer fortement que cela puisse se dire tout au long de sa carrière, et, malheureusement, il ne sera pas là pour le savoir car il décédera durant les répétitions en 1880. Elle raconte différentes périodes de la vie sentimentale d’un homme, un poète maudit, face à trois femmes : Olympia, Antonia et Giulietta.

Compte tenu du fait qu’elle n’était pas totalement terminée, de nombreuses personnes voudront en donner une version définitive, persuadées de suivre ce qu’Offenbach aurait souhaité.

C’est un véritable et exceptionnel  chef d’œuvre, complexe, brillant, à la fois léger et sérieux, comique et dramatique, entre rêve et réalité, avec un orchestral plein de subtilité et mélancolie,  créé en 1881 à l’Opéra Comique de Paris, cinq mois après le décès de son créateur .

Le livret fut signé par Jules Barbier d’après sa propre pièce Les contes fantastiques d’Hoffmann  écrite en 1851  en collaboration avec Michel Carré ;  mais également d’après différents contes de l’écrivain allemand Ernest Theodor Hoffmann.