Duo de Chambre N.1 Op.8 « Chi d’amor tra le catene  » Giovanni BONONCINI …

(vidéo : Philippe JAROUSSKY (Contre-ténor) & Max-Emanuel CENCIC (Contre-ténor) – Accompagnés par William CHRISTIE à la direction de l’Ensemble LES ARTS FLORISSANTS)

Giovanni Bononcini fut un violoncelliste et compositeur italien de l’époque baroque. Il est né à Modène en 1670. Après des études musicales à Bologne, il deviendra membre de l’Académie Filarmonica, Maître de Chapelle à San Giovanni in Monte, et compositeur de Cour. Il voyagera beaucoup. Ses opéras, musiques de Chambre, messes, sinfonie, oratorios, cantates et autres vont avoir énormément de succès et lui apporteront une solide réputation dans toute l’Europe.

Il sera appelé à Londres pour travailler comme directeur du King’s Theatre et compositeur à la Royal Academy dirigée par Haendel. Bon nombre de ses pages lyriques furent jouées dans la capitale anglaise et seront très appréciées, ce qui finira, bien qu’ils soient collègues, par amener des tensions et une rivalité certaine avec Haendel. Bononcini quittera définitivement l’Angleterre pour se rendre ensuite en France (Paris), au Portugal (Lisbonne) et en Autriche (Vienne).

Où qu’il aille, son talent et la grande beauté de ses partitions seront récompensés par le triomphe que lui réservera le public. Et pourtant, un jour il tombera dans l’oubli. Il est mort à Vienne en 1747.

Ce sublime et poignant Duo de Chambre date de 1691. Il fait partie des duos baroques très rarement interprétés. William Christie a eu l’excellente idée de réunir deux voix superbes pour nous permettre de les connaître.

SÉMÉLÉ … Marin MARAIS

 » Portrait de Marin Marais  » Atelier d’André BOUYS en 1704 ( Bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris)

Marin Marais, fils de cordonnier, reçut très tôt une formation musicale. Il  fut un éminent compositeur baroque , un joueur de viole de gambe virtuose,  un musicien dans l’orchestre de l’Académie royale de musique dirigée par Lully, avec lequel d’ailleurs il étudia. A la mort de son maître, il fit partie de ceux qui ont essayé de tout faire pour que soit maintenu le genre de la tragédie lyrique.

Sémélé , d’après le livret de Antoine Houdart de la Motte, sera sa dernière œuvre lyrique en 1709. En effet, en raison de l’accueil très médiocre qu’elle recevra ( n’ayons pas peur des mots ce fut un échec ! ) Marin Maris décidera d’abandonner définitivement l’opéra pour se consacrer uniquement à la musique instrumentale.

La partition originale fut perdue. Il ne restait, malheureusement, que quelques parties orchestrales. C’est, par conséquent, un opéra qui, désormais, est présenté de façon hypothétique, mais qui n’en reste pas moins remarquable. On perçoit, tout à fait,  combien elle est magique,  brillante, aboutie, riche, élégante et montre bien que ce merveilleux compositeur fut un digne représentant de Lully.

Vidéo : Prologue/Ouverture – Le CONCERT SPIRITUEL dirigé par Hervé NIQUET

Armida abbandonata … Nicolo JOMMELLI

Nicolo JOMMELLI (1714/1774)

 » Cet homme immortel, comme tous les grands esprits, s’est frayé une voie personnelle. Imagination enflammée, fantaisie à l’avenant, grande intelligence harmonique, modulations d’un effet audacieux, accompagnement instrumental incomparable, tel est le caractère dominant de ses opéras. Le staccato de ses basses, qui leur confère presque l’insistance d’une pédale d’orgue, la précision du coloris musical, et particulièrement des effets crescendos et decrescendos, sont sa spécialité.  » Christian SCHUBART (Poète et compositeur allemand – Il avait rencontré Jommelli en 1769, avait apprécié sa musique et avait souhaité rendre hommage à son travail dans son ouvrage Idées pour une esthétique de l’art musical.

( Vidéo : Ouverture/Sinfonia – Christophe ROUSSET à la direction des TALENS LYRIQUES)

Jommelli est né en 1714 à Aversa ( Italie ) – Il a étudié la musique dans le très célèbre et réputé Conservatoire San Onogrio de Naples. Ce fut un compositeur du baroque tardif,  très apprécié sur toute la scène européenne durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, qui a beaucoup œuvré pour l’opéra séria. Ses partitions témoignent de son réel talent de mélodiste. Et pourtant c’est quasiment oublié qu’il décédera à Naples en 1774.

Il fut directeur de l’Ospedale degli incurabili à Venise, où, un peu comme Vivaldi, il a formé des jeunes filles douées pour le chant et la musique. Pour cet hospice il a écrit de nombreuses œuvres religieuses mais également des opéras ; ces derniers étaient non seulement interprétés dans la Sérénissime, mais à Naples, Bologne, Rome et Parme. D’autre part, il occupa ( durant 16 ans )  le poste de maître de chapelle et  compositeur à la Cour du duc de Wurtemberg en Allemagne.

L’Armida abbandonata, avant dernier de ses opéras, est assez fascinant, original, expressif, avec un orchestral d’une grande richesse, et de magnifiques arias . Pourtant, il  n’a pas énormément enthousiasmé l’auditoire lors de sa création au théâtre San Carlo de Naples en 1770 : le public et la critique l’ont trouvé un peu trop élaboré,en comparaison de ceux qu’ils avaient l’habitude d’entendre. De son côté, le jeune Mozart, admirateur de la musique de Jommelli (qui, du reste, influencera la sienne), assista à l’âge de 14 ans, à cet opéra et déclara : «  beau mais trop sérieux et un peu démodé pour le théâtre « .

Le livret est de Francesco Saverio de Rogati d’après le poème épique  La Jérusalem délivrée ( 1581 ) de Torquato Tasso dit Le Tasse.

( Vidéo : «  Fra l’orror di notte oscura  » Aria de Tancrède – Interprété par le ténor Gilles RAGON – accompagnement : Christophe ROUSSET à la direction des TALENS LYRIQUES )

Aria :  » Lascia la spina,cogli la rosa » … Georg Friedrich HAENDEL …

(Vidéo : Cecilia BARTOLI / Elle est accompagnée par LES MUSICIENS DU LOUVRE sous la direction de Marc MINKOWSKI)

Cette aria magnifique est extraite de l’ Oratorio Il trionfo del Tempo et del Disinganno (le triomphe du Temps et de la Désillusion) composé en 1707 par Haendel lorsqu’il avait 22 ans. Le livret est du cardinal Benedetto Pamphili, grand collectionneur, librettiste, et mécène italien.

Cette œuvre, créée à Rome, lui apportera un grand succès . Elle accentuera les nombreux contacts qu’il avait déjà réussir à établir lorsqu’il était arrivé en Italie, notamment auprès de personnalités importantes de la papauté . Par ailleurs, il nouera des liens avec de nombreux musiciens, et aura même un siège dans la très réputée Académie d’Arcadie fréquentée notamment par Antonio Caldara, Alessandro Scarlatti et Arcangelo Corelli.

L’histoire est celle de la Beauté fidèle au Plaisir. Le Temps et la Désillusion vont tout faire pour détourner la Beauté de ses principes et ses idéaux. C’est une œuvre à portée philosophique, vraiment superbe, enchanteresse, inclassable, passionnée, émotionnelle aussi.

Haendel reprendra cette aria pour son opéra Rinaldo en 1711 à Londres , sous un autre intitulé à savoir le célèbre Lascia ch’io pianga. Par ailleurs, en 1737, lorsqu’il se trouvait dans la capitale anglaise , il révisera et modifiera son Oratorio, lequel deviendra Il trionfo del Tempo e della Verità (le triomphe du Temps et de la Vérité).

Aria :  » Alte Giove  » … Polifemo / Nicola PORPORA

Nicola PORPORA 1686/1768

Porpora fut un merveilleux compositeur de la période baroque, né à Naples en 1686. Il a été également très connu en tant que Maître de chant, professeur de 1715 à 1720 de castrats qui deviendront célèbres notamment Farinelli, mais aussi Caffarelli, Senesino et autres …. et qu’il fera venir, d’ailleurs, à Londres dans sa compagnie. Il a eu une profonde admiration pour ces chanteurs et on peut dire que leur voix a été au centre de tout son travail dans le domaine de l’opéra. Elle est toujours traitée chez lui de façon très virtuose, touchante émotionnellement parlant, et s’adonne à de grandes acrobaties vocales. Quant à sa musique lyrique, elle est vraiment caractéristique de l’École napolitaine.

Lorsque Porpora s’installe à Londres, il prend, en 1733 à la demande du Prince de Galles, duc d’Edimbourg et de Cornouailles Frederick (fils de George III) grand mécène et collectionneur, la direction d’un théâtre-compagnie opératique : Opera of the Nobility ( le Théâtre de la Noblesse) qui va rivaliser avec celui de Georg Friedrich Haendel. Les deux hommes vont certes s’admirer, mais se lancer dans une guerre sans merci. Une rivalité qui, on peut le dire, n’a pas été néfaste car elle va les motiver, les stimuler, et elle donnera naissance , des deux côtés, à des œuvres magnifiques.

Polifemo est l’une d’entre elles. La dernière que Porpora présentera à Londres , avec des arias ( dont celui de ce jour) écrites spécialement pour Farinelli. Cet opéra date de 1753. Le livret a été écrit par le poète, librettiste et traducteur italien Paolo Rolli. Il est basé sur l’histoire de Acis, Galatée et Polyphème.

(Vidéo :  » Alto Giove  » Acte III / Philippe JAROUSSKY accompagné par le VENICE BAROQUE ORCHESTRA sous la direction de Andrea MARCON

Persée … Jean-Baptiste LULLY

(Vidéo : Ouverture / LE CONCERT SPIRITUEL sous la direction de Hervé NIQUET)

 »  Théâtre, orchestre, haut dais, rien n’y manquait. Un très grand nombre d’orangers, d’une grosseur extraordinaire, très difficiles à remuer, et encore plus à faire monter sur le théâtre, s’y trouvèrent placés. Tout le fond était une feuillée, composée de véritables branches de verdure coupées dans la forêt. Il y avait dans le fond et parmi les orangers quantité de figures de faunes et de divinités, et un fort grand nombre de girandoles. Beaucoup de personnes qui savaient de quelle manière était ce lieu quelques heures auparavant eurent peine à croire ce qu’elles voyaient.  » (Extrait de l’article publié dans Le Mercure galant à propos du décor de Persée en 1682 – Ce périodique avait été fondé en 1672 par Jean Donneau de Visé un journaliste, historien et critique littéraire français )

Une première représentation de Persée fut donnée en Avril 1682 à l’Académie Royale de musique à Paris. Il était prévu, qu’en Juillet de la même année, une deuxième représentation voit le jour dans la Cour de marbre du château de Versailles, mais en raison du mauvais temps ( pluie ) , elle aura lieu dans la Grande Écurie .

Comme il le faisait souvent, Lully affirma qu’il avait vu le roi en Persée. Il alla même jusqu’à prétendre que c’était sa majesté qui lui avait donné l’idée de ce sujet. Curieux lorsque l’on sait que Louis XIV ne fut pas présent le jour de la création ! Beaucoup diront que le héros de cet opéra n’était en fait que le Dauphin.

Une tragédie lyrique tout aussi palpitante qu’éblouissante. Huitième collaboration entre Lully et son célèbre librettiste Jean-Baptiste Quinault. Ce dernier signait là son retour en grâce à la Cour après en avoir été écarté, durant un certain temps,  pour avoir manqué de respect envers le roi et la favorite de l’époque , Madame de Montespan.

C’est un chef-d’œuvre oublié (il ne renaîtra qu’en 1997) où se côtoient amour, colère, combat, jalousie. Les arias sont d’une grande richesse, les récitatifs racés et élégants, la danse fort belle. Le tout est auréolé de le don inné et le talent de Lully pour le drame musical.

(Vidéo : Katherine WATSON (Soprano) – Elle interprète  » Ah je garderai bien mon cœur  » / Accompagnement par LE CONCERT SPIRITUEL sous la direction de Hervé NIQUET)

Bachiana Brasiliera N.5 … Heitor VILLA-LOBOS

Les Bachianas Brasilieras sont des Suites magnifiques qui représentent à la fois la fascination passionnelle de Villa-Lobos pour Bach (on y retrouve des Préludes, des Fugues, des Arias etc…) , mais aussi un hommage rendu à la musique et folklore venus de son pays : le Brésil.

Exemple le beau Prélude de la N.4, absolument divin : Nelson FREIRE au piano

Elles ont été écrites entre 1932 et 1945 avec, pour chacune, un accompagnement différent : pour orchestre, pour violoncelle, pour orchestre de Chambre, pour piano, pour piano et orchestre, pour soprano et violoncelle, pour flûte et basson, pour chœur et orchestre.

La N.5 est la plus célèbre, notamment pour son Aria (le compositeur emploie de mot Cantinela que l’on pourrait traduire par ritournelle) inspirée par un poème de Ruth Corréa qui parle de la beauté du ciel le soir, avec une pleine lune et la traversée de quelques nuages qui avancent lentement. Vient ensuite la Danza qui est un chant du poète brésilien Manuel Bandeira et qui fait référence au chant des oiseaux dans la forêt.

Pensée à l’origine pour soprano et huit violoncelles, elle a fait l’objet d’un nombre incroyable d’autres versions. La voix aérienne du départ ajoute quelque chose de plus à la musique, de l’émotion assurément, de la volupté, de la sensibilité.

J’ai choisi la version dirigée par Heitor VILLA-LOBOS lui-même, avec Bidu SAYAO pour le vocal et Léonard ROSE pour le violoncelle. Bidu Sayao fut une très grande soprano brésilienne, une des chanteuses lyriques favorites du compositeur. Elle lui a souvent prêté sa voix et fut la dédicataire de certaines de ses œuvres dont celle-ci.

Tristan & Isolde … Richard WAGNER

Richard WAGNER / Photo Pierre PETIT
Vidéo : Carlos KLEIBER à la direction de l’Orchestre : STAATSKAPELLE DRESDEN

Tristan et Isolde est un opéra en trois actes, composé entre 1856 et 1859, créé à Munich en 1865. C’est le compositeur qui rédigera le livret, puisant son inspiration dans la légende médiévale bretonne  du poète allemand Gottfried Van Strassburg (1210). Une histoire d’amour sublimée par la mort. Un sujet qui n’a certainement pas été choisi de façon anodine par Wagner lorsque l’on connaît celle que lui-même a vécu , en parallèle, avec une femme mariée, qui lui sera  » interdite « , mais qui restera la muse de cette œuvre lyrique .

Il a, pour autant, profondément remanié cette légende, en écartant, tout d’abord,  tout ce qui pouvait apparaître, à ses yeux, comme superflu pour en faire un drame musical rigoureux sans omettre, toutefois,  l’émotion. Le philtre magique de Van Strassburg est à la base de l’amour entre Tristan et Isolde : ils s’aiment sans se le dire et le philtre va leur révéler et conforter leur amour . Chez Wagner, le philtre n’a plus la magie de la légende, mais il apparaît comme  le symbole de leur amour. Par ailleurs, le compositeur   va davantage se tourner vers le désir inaccessible, la  passion, l’intime,  aussi, sans oublier le devoir, la trahison, la mort , cette mort qui sera l’aboutissement de l’amour.

L’homme d’affaires Otto Wesendonk était, à l’époque le mécène de Wagner . Il était marié à Agnès Mathilde  Luckemeyer , une poétesse avec laquelle il aura cinq enfants . De son côté, Wagner avait pour épouse Minna Planner. Installé en Suisse, non loin de la résidence des Wesendonk, il va entretenir un lien très fort avec Mathilde, basé sur une grande  entente intellectuelle et artistique : elle écrit des poèmes qu’il met en musique.  Celle de l’un d’entre eux ,Traüme, sera du reste l’inspiration de   la musique de l’acte II ) – Pour autant qu’on le sache , ils ne furent pas amants. Cette relation, platonique mais profondément passionnée, lui fait du bien,  le stimule dans son travail. De  plus, la jeune femme le soutient, et   l’encourage beaucoup dans l’écriture de cet opéra

Mathilde_WESENDONCK par Karl Ferdinand SOHN

Durant l’année 1858, Minna deviendra suspicieuse vis-à-vis de cette  » amitié  » et pense qu’ils sont réellement amants. Devant les tensions et les menaces, il quitte la Suisse avec elle et s’installe à Paris où il poursuit la composition de Tristan et Isolde. Quelques mois plus tard, ils reviennent. C’est à cette époque qu’elle trouve des petits mots échangés entre son époux et Mathilde, qui sont la preuve des sentiments très fort qu’ils éprouvent . Scandale. Le mari est mis au courant, explication houleuse entre les deux hommes. L’histoire prend fin. Exit Mathilde … Wagner et Minna repartent pour Paris . Sitôt rentrée, elle prend la décision de se séparer de lui, se rend à Zurich, règle la facture des impayés du compositeur et retourne définitivement auprès de sa famille en Saxe.

Lorsqu’il aura terminé son opéra, Wagner aura à cœur de voir sa création sur scène. Paris sera écarté en raison de l’échec de son Tannhaüser . Son premier choix sera  Vienne, mais tout va très mal se passer : malgré un nombre incroyable de répétitions, chanteurs et orchestre vont être dans l’incapacité de l’interpréter correctement – Tout est annulé ! Wagner est profondément déçu, se tourne vers Munich et plus particulièrement Louis II de Bavière, un passionné de musique qui accepte de devenir le mécène du compositeur. Tristan et Isolde verra enfin de jour au Théâtre Royal  de Munich en Juin 1865.

Malheureusement, le public  restera dans l’incrédulité totale. Il n’appréciera absolument pas, d’une part l’œuvre , très longue,  et d’autre part il ne comprend absolument pas la musique. Ce n’est pas tant le fait qu’elle soit, en effet, infiniment novatrice et révolutionnaire qui fut mis en cause, mais plutôt le fait qu’elle soit complètement à l’opposé des règles régies par la tradition.

Même si pour toutes ces raisons elle a pu être dérangeante à une certaine époque,  même si, en effet, elle reste très difficile d’interprétation pour celles et ceux qui en sont les héros, elle est d’une beauté impressionnante, émotionnelle , exaltante, intense, enflammée, raffinée, mystérieuse, en clair-obscur, délicate. Au travers de ses incroyables textures harmoniques, Wagner a parfaitement su maîtrisé les sentiments des amants, leur impatience à s’aimer, leurs souffrance surtout.

( Vidéo : Isolde :  » Mild und leise wie er lachelt  » ( Liebestod )  – Waltraud MEIER )

 » Ainsi nous mourrions
pour n’être plus séparés,
éternellement unis,
sans fin,
sans réveils,
sans crainte,
oubliant nos noms,
embrassés dans l’amour,
donnés entièrement l’un à l’autre
pour ne plus vivre que l’amour !
( Acte II Tristan & Isolde/ Richard WAGNER )

Tableau Tristan et Isolde de Rogelio De EGUSQUIZA

Intermezzo Sinfonico … Cavalleria Rusticana de Pietro MASCAGNI

Au centre Pietro MASCAGNI – A gauche Giovanni TARGIONI-TOZZETTI – A droite Guido MESCANI
Vidéo : Herbert V.KARAJAN à la direction de l’ORCHESTRE DU THÉÂTRE DE LA SCALA DE MILAN

Cavalleria Rusticana est un très bel opéra, en un acte, qui fut créé à Rome en 1890. Le livret est de Giovanni Targioni-Tozzetti et Guido Mescani d’après une histoire de Giovanni Verga (chef du mouvement vériste italien).

Un mélodrame d’amour, d’honneur, de trahison dans un petit village de Sicile, qui a eu un gros succès à l’époque et a apporté une certaine notoriété à son compositeur (alors professeur de musique) dans le monde opératique. Un succès malheureusement venu un peu trop tôt car, du coup, il a éclipsé toutes les autres œuvres de son compositeur. Et pourtant il y en eut un certain nombre !

Il faut dire que la célèbre musique de l’Intermezzo (qui arrive à un moment tragique de l’opéra) est sublime, intense, énergique, passionnée mais avec ça terriblement touchante, sensible, et pleine d’émotion.

Mitridate, Re di Ponto … W.Amadeus MOZART

» Tête de Mitridate VI – Roi du Pont  » 120-63 av.J.C. ( Musée du Louvre / Paris – France )
Vidéo : Christophe ROUSSET à la direction de l’ORCHESTRE du ROYAL OPERA HOUSE de LONDRES

En Décembre 1769, Mozart part en Italie avec son père Léopold . Il a de plus en plus  envie de devenir un compositeur d’opéra et au XVIIIe siècle c’est dans ce pays que les œuvres lyriques connaissaient un grand succès. Le prince évêque Schrattenbach  lui alloue une somme d’argent afin qu’il puisse effectuer cette tournée. Dans la foulée, il le nomme maître de concert. Un geste qui n’est pas anodin : il espère qu’en agissant ainsi le jeune prodige se sente contraint de rentrer à Salzbourg.

Une fois arrivé en Italie, il reçoit une commande du gouverneur de Lombardie le Comte Karl Joseph Von Firmian, un mélomane autrichien . Il avait  convaincu celui-ci de son talent en mettant en musique , à sa demande, des poèmes de Métastase qui furent joués lors de concerts privés .

Il faut bien savoir que Mozart n’avait que 14 ans lorsqu’il composa Mitridate, re di Ponto en 1770. C’était  son premier opéra seria.  On lui fera parvenir le livret de Vittorio Amedeo Cigna-Santi, d’après la tragédie de Racine en 1673, qui avait déjà été mis en musique trois ans auparavant par Quirino Gasparini.

Non seulement le jeune Mozart n’avait jamais écrit d’opéra séria ( un genre qui plaisait énormément au public dans l’Europe du XVIIIe ), ni lu les tragédies de Racine et il avait une méconnaissance totale  de l’antiquité gréco-romaine. Oui  … Mais  il était extrêmement doué et il n’ignorait pas les règles qui régissaient ce type d’opéra. De plus,  il savait comment gérer une composition théâtrale. Il réussira à  trouver le parfait équilibre entre les arias, les récitatifs, la dramaturgie etc… On lui imposera des chanteurs qui, certes, étaient très connus, mais dont il ignorait tout. Qu’importe il va s’en accommoder en attribuant à chacun le rôle qui pouvait convenir le mieux à sa tessiture, voire même répondre à leurs exigences .

La tragédie de Racine ( parue en 1673 ) est une histoire de conflits, de pouvoir, de haine, de luttes territoriales, de trahison filiale et fratricide , de rivalités amoureuses, d’humiliation, de déception. Le librettiste de Mozart va modifier certains éléments et des noms, rajouter des nouveaux personnages, et accorder à l’œuvre une fin plus « heureuse » que l’originale qui était sanglante , mettant en avant le pardon et le repentir.

Mozart va démontrer combien il était  doué en musique orchestrale car celle-ci se révélera riche,  brillante, harmonieuse, d’une grande maturité, unissant magnifiquement bien les arias qui sont d’une redoutable virtuosité vocale, et les récitatifs . C’est une œuvre lyrique assez fascinante, complexe, émotionnelle, expressive, exigeante, fougueuse, avec des côtés tendres et mélancoliques, une dramaturgie assez incroyable.

(Vidéo :  » Nel grave tormento  » / Aria de Aspasia / Acte II – Patricia PETIBON – Daniel HARTING à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE VIENNE)

Si le public fut un temps septique quant au fait d’aller assister à un opéra composé par un adolescent, il changera complètement d’avis ! Le succès sera retentissant lors de sa création le 26 décembre 1770 au Teatro Regio Ducal de Milan ( actuelle Scala) . A un point tel qu’il lui vaudra une autre commande qui verra le jour deux ans plus tard : Lucio Silla.

Malgré tout son succès, Mitridate, Re di Ponto tombera un jour dans l’oubli. La partition originale a disparu. On a pu reconstituer l’opéra grâce à des copies. Il sera redécouvert par le monde lyrique en 1971.