Les Indes Galantes … Jean-Philippe RAMEAU

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Buste de Jean-Philippe RAMEAU réalisée par Jean-Jacques CAFFIERI en 1760 – Il s’agit d’une terre cuite qui se trouve au musée des Beaux-Arts de Dijon (France) 

(Vidéo : Jordi SAVALL à la direction de l’Ensemble Le CONCERT DES NATIONS)

Les Indes Galantes est une oeuvre qui fut créée en 1735 à l’Académie royale de musique. Le livret est du poète, chansonnier et goguetier  français Louis Fuzelier. On peut dire qu’elle représente l’excellence dans le genre  » opéra-ballet « .

Elle se compose d’un prologue et quatre Entrées ( drames lyriques)   : le Turc généreux – Les Incas du Pérou – Les fleurs de Fête persane – Les Sauvages, toutes différentes, indépendantes, réunies par l’amour, le voyage, l’exotisme.  Chacune a  sa musique, révélatrice du grand talent déployé par Rameau.

C’est un véritable petit trésor enchanteur, irrésistible, insouciant, raffiné, festif, avec une belle richesse de couleurs orchestrales , harmoniquement inventif, et qui ne manque pas de délicatesse. Il a beaucoup plu au roi et à la Cour et a fait l’objet de 320 représentations entre 1735 et 1773.

( Vidéo : Rondeau  » Les Sauvages «  (4e Entrée) – Il s’agit là de la cérémonie du calumet de la paix qui scelle l’union de Zima et Adario, ainsi que la réconciliation entre les Indiens dits les Sauvages et les Européens // Madali LÉGER (Soprano) – Laurent NAOURI (Baryton-Basse) accompagnés par Marc MINKOWSKI à la direction de l’ensemble LES MUSICIENS DU LOUVRE)

Acis & Galatée … d’OVIDE à LULLY

Acis et Galatée statue
«  Acis et Galatée avec Polyphème  » – Fontaine Médicis / Jardin du Luxembourg à Paris – A l’origine c’était une grotte-portique commandée par la reine Marie de Médicis à l’intendant général des eaux et fontaines de Paris, sous le règne de Henri IV : Tommaso Francini(Thomas Francine en français) un architecte florentin. Elle souhaitait avoir quelque chose qui puisse lui rappeler les jardins de Boboli de Florence. Le groupe, sculpté de trois personnages, fut l’œuvre de l’architecte français Auguste Ottin lors de la restauration du lieu en 1852. La fontaine, quant à elle, fur réalisée en 1862 par Alphonse de Gisors.

 » La légende d’Acis et Galatée prend place dans le livre XIII des Métamorphoses d’Ovide aux vers 792/900. Acis, bel adolescent de seize ans, fils du dieu Faunus et de la nymphe Simaethis, et Galatée, fille du dieu Nérée et de la nymphe Doris, s’aiment d’un amour réciproque. Mais le cyclope Polyphème, géant monstrueux et sauvage, fils de Poséidon et de la nymphe Toossa, s’est violemment épris de Galatée et la recherche sans cesse. Un jour qu’elle se trouve en compagnie d’Acis à l’abri d’un rocher, Polyphème, du haut de la montagne, après avoir joué de la flûte de Pan, fait entendre un long discours de séduction à destination de l’insensible jeune fille. Il y chante la beauté farouche de Galatée, énumère tous les présents qui lui reviendraient si elle consentait à l’aimer, toute sa propre beauté, et lance de terrible menaces envers son rival. A la fin du discours, alors qu’il s’était mis à arpenter avec fureur les forêts, Polyphème aperçoit soudain le couple d’amants. Ses cris furieux font fuir Galatée qui plonge dans l’eau voisine. Acis fuit lui aussi, mais Polyphème le poursuit et lance sur lui un énorme rocher qui l’écrase totalement. Galatée obtient du destin la métamorphose d’Acis : le sang qui s’écoulait du dessus du rocher, se transforma en un fleuve qui prendra son nom. » Marcel DITCHE (Professeur de Lettres, membre de la commission nationale du concours de l’agrégation de Lettres modernes, spécialiste en littérature – Extrait de Eros noir dans la légende d’Acis et Galatée/Ovide les Métamorphoses XIII-722/900 publié en 2015 dans la revue Silène.)

 

 

Acis et Galatée, chef-d’œuvre remarquable de Lully, opéra sous forme de pastorale héroïque, fut créé au château d’Anet, dans la galerie de Diane, en 1686, puis plus tard au Palais Royal. Compte tenu que Quinault, le librettiste favori de Lully, était gravement malade et que leur collaboration s’était donc arrêtée, le duc de Vendôme va choisir un auteur dramatique de l’époque : Jean Galbert de Campistron. Ce dernier s’inspirera des Métamorphoses d’Ovide

(Vidéo : Ouverture/Prologue – Les MUSICIENS DU LOUVRE – Direction Marc MINKOWSKI)

C’est un opéra vraiment éclatant, intense, inventif, audacieux, génial, irrésistible, merveilleux,  comme a su l’être, du reste, ce compositeur. Il fut dédié au Dauphin (le prologue a été composé à son intention)  et obtiendra un énorme succès lors de sa création. Sa légèreté du départ n’est qu’une apparence, car il va devenir beaucoup dramatique par la suite.Les arias et récitatifs sont magnifiques tout comme le sont les ensembles et les chœurs. La Passacaille de l’acte III , représentante de l’amour sublimé idéalisé, est tout simplement incroyable.

( Vidéo : Passacaille Acte III  » Sous les lois l’amour veut qu’on jouisse  »  – Mireille DELUNSCH (Soprano) – Monique SIMON (Mezzo-soprano) – Chœur et musiciens Les MUSICIENS DU LOUVRE – Direction Marc MINKOWSKI

Oublié avec les siècles passant, il sera ressuscité en 1930 à Amsterdam  par le musicien et chef français Pierre Monteux. Lors des célébrations du tri-centenaire de la naissance de Lully, il réapparaîtra parmi d’autres œuvres, mais une fois les festivités terminées, on ne peut pas réellement dire qu’il reviendra sur le devant de la scène, jusqu’au jour où Marc Minkowski, à la direction des Musiciens du Louvre, nous permet de redécouvrir à nouveau cet opéra fascinant, et ce  pour notre plus grand bonheur;

Opéra & musique à Venise au XVIIIe siècle …

MUSIQUE le concert entre amis Pietro Longhi
 » La musique entre amis  » 1741 –  Pietro LONGHI
Opéra répétition d'opéra marco RICCI
 » Une répétition d’opéra  » Marco RICCI

 » On a peine à imaginer aujourd’hui ce que fut la vie musicale à Venise tout au long du XVIIIe siècle. Combien l’éblouissante cité des Doges, même brûlante des derniers feux de sa République déclinante, pouvait transpirer l’art mélodique par toute ses pierres. Lors de son séjour vénitien en 1739, Charles de Brosses s’étonne de l’affolement de la nation pour cet art inconcevable … Dans les casini, chaque soirée de divertissement se déroule sur fond de danse et de concerts improvisés. L’excellence de l’éducation musicale des ospedali est admirée par toute l’Europe. Enfin, les ruelles et les canaux bruissent de la ligne virtuose de quelque instrument échappé de la fenêtre ouverte d’un palazzo, et des chansons des gondoliers. Ces derniers incarnent à leur manière le passé populaire de la poésie lyrique en musique qui se perpétue depuis le XVe siècle, la justiniana. Les gondoliers sont aussi les premiers supporteurs d’un opéra vénitien dont ils grossissent les parterres, tandis que l’aristocratie se réserve les loges louées à l’année.

En ces temps de déclin économique, l’opéra est encore une réjouissance très prisée, attisée par la rivalité des riches familles qui se disputent théâtres et compositeurs, y compris ceux venus de l’étranger. C’est ainsi que Georg Friedrich Haendel y crée, en 1709, son Agrippina sur un livret de Vincenzo Grimani, membre de la toute puissante famille du même nom.

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(Vidéo : Interprétation par l’AKADEMIE FÜR ALTE MUSIK de BERLIN – Direction René JACOBS )

On estime à 1200 les créations données à Venise au cours du XVIIIe siècle. Au début du siècle, la ville compte une quinzaine de salles dédiées à l’art lyrique. Au point que le Conseil des Dix décide, en 1765, d’en limiter le nombre à sept. Si Florence et Mantoue sont aujourd’hui considérées comme les berceaux de l’opéra italien en tant que forme artistique, Venise voit naître le premier théâtre public d’opéra : Il Teatro San Cassiano;

VENISE Théatre SAN CASSIANO
Théâtre San Cassiano à Venise

Pour son inauguration en 1637, on fait donner Andromède de Francesco Manelli, sur un livret du poète et compositeur Benedetto Ferrari. Claudio Monteverdi, qui y assiste, ne tarde pas à rejoindre Manelli et la cohorte de compositeurs qui, durant tout le XVIIIe siècle, feront de la Sérénissime une capitale pionnière pour l’opéra en Europe.

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Reprenant à son compte les idées de retour à l’antique développées par la Camerata fiorentina, l’école lyrique vénitienne y ajoute une propension singulière aux personnages et aux situations bouffes. Car l’opéra, sur la lagune, veut bien traiter des sujets historiques et politiques, mais s’épanouit avant tout dans l’ambiance et au moment du carnaval.

C’est dans ce contexte de bouillonnement lyrique que Vivaldi livre son premier opéra vénitien : Orlando finto pazzo au Teatro San Angelo, en 1714.

ANTONIO VIVALDI 2

( Vidéo : interprétation par l’ACADEMIA MONTIS REGALIS – direction Alessandro DI MARCHI )

Si la postérité reconnaîtra en lui la grande figure de la musique vénitienne au XVIIIe siècle, son génie opératique est à l’époque largement éclipsé par celui d’une autre star du genre : Baldassare Galuppi : 70 opéras-bouffes à son actif, une collaboration fructueuse avec Goldoni, le soutien de Casanova et l’admiration de rousseau comme de Haydn. Galuppi est vraiment considéré, dans les années 1740, comme le roi du divertissement musical dans la cité des Doges.

Baldassare GALUPPI

Dans une Venise où les crédits font de plus en plus défaut, le spectaculaire des voix a remplacé celui des décors et du théâtre à machines. Tout le monde se prend désormais de passions pour les castrats. Carlo Broschi, dit Farinelli, y séjourne à cinq reprises, précédé par le triomphe de son maître Nicola Porpora et du poète Métstase qui ont préparé le terrain pour lui dès le milieu des années 1720.

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( Vidéo : Alto Giove ( Acte III ) de l’opéra Polifemo de Nicola PORPORA / Acte III – Interprétation Philippe JAROUSSKY accompagné par le VENICE BAROQUE ORCHESTRA – Direction Andrea MARCON )

Le duel entre l’opéra vénitien et l’art lyrique du reste de la péninsule, trouve l’une de ses plus sublimes incarnations dans la guerre que se livrent deux grande diva : la Vénitienne Faustina Bordoni ( future épouse du compositeur Johann Adolf hasse) et la Parmigiana Francesca Cuzzoni. Rivalité qui se perpétue jusqu’à Londres

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La Bordoni, que l’on donnait aussi bonne comédienne que chanteuse, a commencé sa carrière en 1716. Servie par ses origines nobiliaires elle ne tardera pas à se faire l’ambassadrice, dans toute l’Europe, de l’excellence de l’École vénitienne du chant. Mais celle-ci a d’autres orte-drapeaux : les orphelines des quatre ospedali de la Sérénissime. Toutes offraient alors des concerts de musique sacrée les samedis et dimanches, et pour les fêtes. S’y bousculaient les membres du clergé mais aussi ceux de la noblesse et même les classes populaires. Elles impressionnent tout autant par leur virtuosité à la flûte, au violon, à l’orgue, au hautbois ou au violoncelle. Et même ( fait peu commun à l’époque) par leur capacité à diriger l’orchestre et les chœurs.

CONCERT DES FILLES DE LA PIETA
 » Concert des filles de la Pietà   » 1720 env. Gabriele BELLA

Près de la piazza San Marco, le plus célèbre de ces ospedali, celui de la Pietà, a cédé aujourd’hui sa place à un hôtel de luxe : le Metropole. Fondé en 1346 pour y accueillir les nouveau-nés de la cité des Doges laissés pour compte par les guerres à répétition et le développement de la prostitution, il aurait compté, au XVIIIe siècle, un millier d’enfants. Les garçons y restaient jusqu’à l’adolescence pour y apprendre un métier. Les filles, quant à elles, recevaient une éducation musicale rigoureuse. Pour peu qu’elles aient du talent, elles y restaient jusqu’à leur majorité.

( Photos ci-dessous : Ospedale della Pietà à l’époque – Hôtel Métropole  qui l’a rempalcé – – Puis l’escalier qui se trouve à l’intérieur de l’hôtel Métropole et qui est une relique. Aujourd’hui il permet de descendre au cellier, autrefois Vivaldi l’empruntait pour aller dans la salle de musique de la Piétà)

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Le conservatoire municipal de Venise conserve lui aussi plusieurs cahiers des filles de la Pietà. Y figurent 1700 pièces et motets. Preuve, s’il en fallait, qu’à Venise la musique religieuse égale, en volume de création, la musique profane. En audace aussi. En témoignent aussi ces œuvres monumentales qui virent se produire dans la basilique San Marco jusqu’à 400 exécutants, parfois répartis en six orchestres, lors de cérémonies qui pouvaient s’étaler sur cinq heures. Car dans la cité des masques, l’autorité de Rome est loin. La démesure était partout, surtout dans l’amour de la musique. Il n’était pas rare de voir des prêtres, parfois bons instrumentistes, se produire au sein des orchestres d’opéra. »Thierry HILLERITEAU( Journaliste au magazine La Croix, chroniqueur dans Musique matin sur France Musique, chanteur à Notre-Dame de Versailles,collaborateur au Figaro,  il possède également  une Maîtrise en Poésie et Poétique des XIXe et XXe siècle,

( Vidéo : Motet Nulla in Mundo Pax Sincera RV 630  – Il fut composé en 1735 par Antonio VIVALDI à Venise. Il le fera interpréter par les demoiselle della Pietà. C’est une merveille d’émotion, de céleste, de foi avec des voix lumineuse. // Magda KALMAR Soprano – Elle est accompagnée par le LISZT FERENC CHAMBER ORCHESTRA sous la direction de Friyes SANDOR)

Stabat Mater … Giovanni Battista PERGOLESE

Ces fêtes de Pâques 2020 ne seront pas celles que nous souhaitions . L’actualité sanitaire catastrophique que le monde traverse, nous oblige à nous tenir loin de ceux avec lesquels nous aurions aimé passer ces moments de paix et de sérénité.  Nous allons, néanmoins, garder la foi en des jours meilleurs, espérons que nous verrons bientôt le soleil dans ce tunnel que nous traversons.

Je vous adresse mes pensées amicales et mes souhaits sincères pour un doux week-end de Pâques que j’ai choisi d’illustrer par cette œuvre sublime.  Prenez bien soin de vous.

Lisa ♥

 

PERGOLESI Giovanni Battista
Giovanni Battista PERGOLESI ( 1710/1736 )

 

(Vidéo : Julia LEZHNEVA & Philippe JAROUSSKY – Accompagné par l’Ensemble I BAROCCHISTI et le CHŒUR de la RADIO TÉLÉVISION SUISSE – Direction Diego FASOLIS )

A l’origine, ce que l’on appelle Stabat Mater c’est un poème à forte  connotation,  religieuse datant du Moyen-Âge. Il semblerait que la paternité en revienne à un moine franciscain répondant au nom de Jacopo Da Todi. Il avait rédigé un texte évoquant la douleur de la Vierge Marie. Cette base va donner naissance, par la suite, à des évocations picturales et musicales  dans toute l’Europe. Nombreux seront les compositeurs qui mettront un Stabat Mater dans la liste de leurs œuvres.

Pergolese est un pur produit de l’École napolitaine. Issu d’une famille modeste, il a étudié au Conservatoire des Pauvres de Jésus-Christ à Naples. Il a écrit une dizaine d’opéras et c’est, du reste, dans ce genre qu’il s’est fait connaître de son vivant. De santé très fragile depuis l’enfance, il décède à l’âge de 26 ans de la tuberculose, au monastère des Pouzzoles ( Italie ) où il s’était retiré se sachant condamné.

Cette partition bouleversante  est son œuvre testamentaire, écrite deux mois avant sa mort  en 1736. Il décédera  avant même d’avoir pu entendre son interprétation. On ne sait réellement qui a pu lui en passer commande. On suppose que ce pourrait être un duc qui était un mécène, à moins que ce ne soit les Pères franciscains de la Confrérie de la Vierge des Sept Douleurs.

Elle se base sur un texte liturgique exprimant la douleur et les souffrances de la Vierge Marie face à la mort de son enfant.

Cette page emblématique de l’époque baroque, est magnifique,  expressive, dramatique, touchante .Elle est à la fois d’une grande simplicité, mais raffinée, dans l’émotion, la douceur, théâtrale, quasi opératique,  avec des lignes mélodiques infiniment pures. Les voix ( pensées pour castrats) et la musique s’unissent de façon très harmonieuse.

 

 

 

William CHRISTIE …

 » J’ai une passion profonde pour la musique. Le goût de la musique m’est venu par le fort intérêt que portaient mes parents à cet art. Ma mère dirigeait un petit chœur dans notre église . C’est ainsi que j’ai pu, très jeune, écouter Bach, Haendel, Purcell,  etc… Cela a fortement marqué mon éducation musicale et mon goût pour la musique. La musique baroque a été, dès cette époque, une évidence pour moi, puis j’ai suivi des cours de piano, j’ai découvert des musiques plus modernes, mais l’engagement pour le baroque des XVIIe et XVIIIe siècles était déjà acquis pour moi. J’ai commencé en pensant défendre davantage la musique française qui, à l’époque, était abandonnée, mal-aimée par le public français. C’était Charpentier, c’était Lully, c’était Rameau. J’avais, par ailleurs, des idées sur la manière d’interpréter Monteverdi ou Haendel, et je me suis dit :  » Pourquoi ne pas donner au public mon point de vue « .

Je n’aime pas le mot authentique pour interpréter de la musique baroque. Je ne l’utilise jamais. Je préfère une performance historiquement informée, c’est une bien meilleure expression pour décrire ce que nous faisons avec mon ensemble Les Arts Florissants.  Nous essayons de nous rapprocher le plus possible d’un compositeur, c’est-à-dire de ses intentions. Cela commence par un examen aussi proche que possible de ce qu’il a écrit. Cela signifie rechercher les meilleurs sources . Il y a une façon d’aborder la musique de Rameau, Haendel, Monteverdi avec des instruments d’époque, et une réflexion sur la pratique d’interprétation qui a totalement changé la façon qu’ont pu avoir ces compositeurs.

Il s’agit de faire sonner la musique sur des instruments qu’ils auraient pu connaître,  pas sur des instruments qu’ils auraient dû aimer. Je pense que si les compositeurs de l’époque étaient confrontés à des interprètes actuels, ils apprécieraient, avant toute chose, de voir que leurs œuvres continuent d’être données et seraient parfois intéressés de voir également  comment les interprètes seraient capables d’adapter leur musique à leurs talents particuliers.  » William CHRISTIE ( Claveciniste, chef d’orchestre franco-américain ( naturalisé français en 1995) , fondateur de l’ensemble Les Arts Florissants)

WILLIAM CHRISTIE
William CHRISTIE

 

Médée … Marc-Antoine CHARPENTIER

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(Vidéo : Prologue/Ouverture – Interprétation Les ARTS FLORISSANTS direction William CHRISTIE )

« Il est déplorable que cet ouvrage, sans contredit le plus savant et le plus recherché de tous ceux qui ont été imprimés, du moins depuis la mort de Lully, ait été victime des cabales des envieux et des ignorants, alors qu’il est celui de tous les opéras sans exception, dans lequel on peut apprendre plus de choses essentielles à la bonne composition. » Sébastien de BROSSART ( Musicologue et compositeur français / Déclaration faite en 1724)

Charpentier fut un compositeur merveilleux,  un incontestable maître de la forme académique, un talentueux et expressif mélodiste, qui , malheureusement, resta de son vivant ,  dans l’ombre de celui qui régnait littéralement sur la musique à l’époque mais également profita du privilège que le roi lui avait accordé pour l’opéra français :  à savoir Jean-Baptiste Lully. Charpentier dut se contenter de n’écrire que des musiques pour des pastorales, des divertissements, des cérémonies royales ou religieuses ou celles accompagnant les pièces de théâtre de Molière, notamment le Malade Imaginaire.

Charpentier fut même  complètement oublié durant des siècles jusqu’au jour il ressuscita, dans les années 50,  grâce à son Te Deum, lequel deviendra célèbre par le Prélude qui a été très souvent repris pour le générique de l’Eurovision. A partir de là, la magnifique palette de ses couleurs orchestrales n’a cessé de suscité un vif intérêt.

Médée sera présenté en 1693 à l’Académie Royale de Musique. Le livret est de Thomas Corneille, auteur dramatique et juriste français, frère de Pierre Corneille. Le sujet met en évidence la tragique et mythique Médée, magicienne, infanticide, régicide, fratricide.

Le roi Louis XIV reçut cet opéra avec plaisir, ce qui lui permettra de connaître un beau petit succès lors de sa création à l’Académie. Toutefois, l’œuvre ne tiendra pas plus de dix représentations car le public ne l’apprécia absolument pas. N’ayons pas peur des mots : ce fut un échec, et ce tout simplement parce que Lully était bien trop présent dans les cœurs et les esprits. On la traitera même de méchant opéra, voire même de musique dure, sèche et guindée à l’excès.

Après avoir tenter d’être à nouveau présentée en 1700, elle tombera dans l’oubli et renaîtra de ses cendres en 1984, à l’Opéra de Lyon, grâce à la mise en scène et réalisation de Michel Corboz (musicien, chef de chœur, chef d’orchestre et enseignant suisse) et Robert Wilson (metteur en scène américain) . En 1993, la brillante version des Arts Florissants sous la direction de leur fondateur et chef baroque William Christie à l’Opéra Comique de Paris. Ce dernier l’avait déjà interprétée en concert et enregistrée en 1989.

«  Nous avons peut-être là, le dernier chef d’œuvre inconnu du répertoire français. Médée représente la fin d’une tradition  » dira William Christie. Il est vrai que c’est vraiment un opéra magnifique, avec une écriture raffinée, une partition d’une grande richesse musicale et vocale. La musique est, en effet, brillante, éclatante. Charpentier a su fort bien tirer le meilleur de la déclamation à la française, et de ce que l’on pouvait entendre de mieux dans le lyrique italien de l’époque.

(Vidéo : Quel prix de mon amour / Acte III –  Lorraine HUNT – Accompagnée par les ARTS FLORISSANTS sous la direction de William CHRISTIE )