Le son …

 » Je pense que le son est extrêmement important. Je dois avouer que j’y suis particulièrement très attaché, scotché même. J’aime penser au son d’un instrument, particulièrement un instrument à cordes, de la même manière qu’un merveilleux peintre pense à ses couleurs : tous les rouges ne sont pas identiques, ni les bleus, ni les verts ! Il fait constamment des variations de couleurs. Pour moi, les interprètes les plus talentueux se doivent, eux aussi, de faire la différence. » Leonard ROSE (Violoncelliste américain)

Leonard ROSE 1918/1984  

Concerto pour violoncelle – Édouard LALO …

(Vidéo : Léonard ROSE au violoncelle – Il est accompagné par Eugène ORMANDY à la direction de l’ORCHESTRE DE PHILADELPHIE)

Ce merveilleux Concerto, pour violoncelle, fut composé en 1876. On connait Lalo pour sa superbe Symphonie espagnole, mais il a écrit, également, d’autres très belles partitions comme celle-ci, fort appréciée d’ailleurs dans le répertoire de cet instrument.

Il est empreint expressif, très intéressant, empreint d’un certain lyrisme et d’un style brillant comme souvent chez ce compositeur.

Concerto pour violon N°19 – Giovanni Battista VIOTTI …

(Vidéo : Guido RIMONDA (Violon) – Il est accompagné par l’Ensemble CAMERATA DUCALE)

Viotti fut un grand virtuose ( pour ne pas dire un Maître du violon ) et compositeur de l’époque baroque. Il a eu une très grande influence sur l’École française de violon et fut même, durant un certain temps, musicien à la Cour de Louis XVI et Marie-Antoinette.

Il a, bien sur, écrit pour le violon : vingt-neuf Concertos entre 1782 et 1808, mais aussi pour le piano. Mozart a d’ailleurs interprété certaines de ses œuvres.

Ses compétences en matières violonistique et son génie d’écriture lui ont permis de porter à notre attention des pièces vraiment très belles, virtuoses et techniques, qui méritent que l’on s’y intéresse.

Giovanni Battista VIOTTI -1755/1824 – Portrait effectué par Antoine MAURIN entre 1827 et 1830

Les Ouvertures … Félix MENDELSSOHN-BARTHOLDY

« Félix Mendelssohn, ce maître alcyonien, qui dû à son âme plus légère (que celle de Wagner), plus pure et plus heureuse d’être vite admiré, puis vite oublié, fut le bel incident de la musique allemande.» Friedrich NIETZSCHE

Félix Mendelssohn est né à Hambourg en 1809. Il fut un excellent pianiste, un merveilleux compositeur, un chef d’orchestre directeur de l’Orchestre du Gwandhaus de Leipzig. Un homme très cultivé, fin lettré, parlant plusieurs langues, qui a fort bien su saisir l’essence des livres et poèmes qu’il a utilisés pour ses compositions. On l’a catalogué comme étant le plus classique des romantiques. Son travail est empreint d’élégance, de raffinement et de subtilité dans les couleurs orchestrales.

Il fut très applaudi de son vivant, quasiment oublié après sa mort, et apprécié, à nouveau, lors de sa redécouverte au XXe siècle. Il n’a jamais écrit d’opéra. S’il ne l’a pas fait, c’est très probablement parce qu’il n’a pas trouvé de librettiste qui puisse lui proposer un sujet qui lui convienne et l’inspire au point de se lancer dans ce domaine. Mais il avait, malgré tout, des idées musicales dramatiques et théâtrales bien arrêtées, ce qui lui a permis de composer des Singspiele (mélange de théâtre et chant lyrique), des Oratorios, et des Ouvertures qui sont des musiques de scène dites œuvres hybrides de l’opéra, réunissant surtout le littéraire et le musical. Le tout a plu énormément et allait bien au-delà de ce que l’on pouvait attendre.

Je vous propose d’en écouter quelques-unes. J’ai choisi Kurt Masur car, en ce qui me concerne, il reste un chef incontournable de Mendelssohn et Claudio Abbado que j’ai découvert et apprécié dans cet exercice.

LES HÉBRIDES Op.26 :

(Vidéo : Kurt MASUR à la direction du GEWANDHAUSORCHESTER de LEIPZIG )

C’est la troisième des Ouvertures mais la première à avoir été publiée. Écrite en 1829, remaniée deux ans plus tard, jouée la première fois au piano en Italie devant un Berlioz complètement enthousiasmé, puis créé à Londres, sous la direction du compositeur, avec l’Orchestre Philharmonique.

Au départ, Mendelssohn lui donnera le nom de l’Île de Fingal, puis Les Hébrides lors de la version finale. Elle lui fut inspirée par un voyage en Écosse, plus précisément à l’île de Stappa, dans l’archipel des Hébrides où se trouve la fameuse grotte de Fingal. Il en gardera un souvenir enchanteur.

Une partition qui est une véritable fresque pictural, avec une atmosphère très particulière. Elle est lyrique, expressive, mystérieuse, brumeuse aussi parfois, rageuse également, et ne manque pas de sérénité, voire même d’un certain recueillement.

MER CALME et HEUREUX VOYAGE Op. 27 :

( Vidéo : Claudio ABBADO à la direction du LONDON SYMPHONY ORCHESTRA )

Cette Ouverture fut composée en 1828, créée en 1832. Elle s’inspire de deux poèmes de Goethe.

C’est une page exquise, lumineuse, profonde, intense, qui évoque le calme serein d’une mer immobile qui, le soir venu, avec le souffle du vent , se fait plus obscure et mystérieuse. Le final est triomphant.

TROMPETTE Op.101

(Vidéo : Kurt MASUR à la direction de GEWANDHAUSORCHESTER de LEIPZIG)

Écrite en 1825, révisée en 1831, et créée cette année-là à Londres. Elle est très rarement donnée en concert. Elle aborde des instruments que Mendelssohn n’appréciait pas particulièrement (lui préférait les cordes) , mais elle n’en reste pas moins très belle, imaginative, intense et fort intéressante. On dit que c’est celle que son père préférait.

RUY BLAS Op.95

(Vidéo : « Allegro molto » – Claudio ABBADO à la direction du LONDON SYMPHONY ORCHESTRA )

Composée en 1839. Mendelssohn n’était pas franchement un grand admirateur des écrits de Hugo. Il a répondu à une commande du Alte Theater de Leipzig qui lui demandait une Romance et une Ouverture pour la pièce Ruy Blas qui devait être montée. Même s’il confiera, avec un peu d’orgueil,  » j’ai lu la pièce dont la nullité est au-dessous de l’imaginable, mais on escomptait une meilleure recette et mon nom figurait sous le titre « , il répondra favorablement pour la composition de la première, mais n’acceptera pas la seconde qui, à son avis, nécessitait beaucoup plus de temps d’écriture.

Toutefois, il fut quelque peu ennuyé, voire même vexé, que l’on puisse penser qu’il n’était pas capable de rendre les deux dans un délai aussi court. Du coup, après un temps de réflexion, il se mit à écrire L’Ouverture également et la rendit trois jours.

Pour cette histoire d’amour, de passion, de vengeance et de pouvoir pour laquelle Hugo ( quoi qu’ait pu en penser Mendelssohn) a merveilleusement su passer du rire aux larmes, le compositeur réalisera une partition brillante, dynamique, éclatante, d’une grande clarté, avec des éclats d’exubérance, sans omettre, bien sur, des moments plus dramatiques;

La musique …

 » Depuis que j’ai commencer à composer, je suis resté fidèle à mon principe de départ : ne jamais écrire une page parce que n’importe quel public voudrait qu’il en soit ainsi, mais écrire comme j’aime le faire moi-même et comme il me plait de la faire. Les gens se plaignent souvent que la musique est trop ambiguë, que ce qu’ils devraient penser, quand ils l’entendent, est si peu clair, alors que toute le monde comprend les mots. Chez moi, c’est exactement le contraire, et pas seulement en ce qui concerne un discours entier, mais aussi avec des mots pris individuellement. Ceux-ci me paraissent si vagues, si facilement incompréhensibles par rapport à la vraie musique, celle qui remplit l’âme de mille choses bien mieux que les mots ! Les pensées qui me sont exprimées par la musique que j’aime, ne sont pas trop indéfinis pour être mises en mots, mais au contraire trop précises.  » Félix MENDELSSOHN ( Compositeur, chef d’orchestre et pianiste allemand )

Félix MENDELSSOHN 1809/1845 – Tableau de Wilhelm HENZEL

Les Méphisto Valses de LISZT ..

Ce sont des pièces qui furent composées entre 1859 et 1885. Les deux premières peuvent se trouver en version pour un ou deux pianos, mais également en version orchestrale . Les deux autres sont uniquement pour piano seul. Elles sont d’une grande difficulté technique et nécessitent d’excellents pianistes , certes il faut la virtuosité mais ne pas en faire trop pour garder, aussi si possible, beaucoup de subtilité !

J’ai choisi des interprètes au piano, mais également une version orchestrale.

La N.1, dédiée à Carl Tausig, son élève à Weimar, est la plus célèbre, la plus populaire et la plus jouée. Il faut dire qu’elle est éblouissante, techniquement inventive, infiniment virtuose, on pourrait dire satanique. Au départ, elle portait le nom de Valse de Lénau car inspirée par la deuxième partie du texte écrit par Nicolas Lénau (poète autrichien, hongrois de naissance) à savoir La danse dans l’auberge du village) :

« Dans une auberge villageoise, un banquet de mariage a lieu avec musique, danses et libations. Méphistophélès, passant par là avec Faust, pousse celui-ci à participer à la fête. Le diable saisit un violon des mains d’un musicien endormi et en tire une étrange mélodie séduisante et envoûtante. Amoureux, Faust tourbillonne dans la salle aux bras d’une belle villageoise. Dans une danse effrénée, ils s’abandonnent l’un et l’autre et valsent jusque dans la forêt. Le son du violon devient de plus en plus ténu, un rossignol entonnant une chanson emplie d’amour ».

(Vidéo : Sviatoslav RICHTER au piano)

La N.2 fut dédiée à Camille Saint-Saens, composée vingt ans après la première, entre 1878 et 1881 – Elle est très novatrice, quasi violente, très virtuose, un vrai déferlement de notes au piano. Pour diversifier les interprétations, et compte tenu du fait qu’au départ elle fut écrite aussi pour l’orchestre, j’ai choisi l’interprétation de Herbert V.KARAJAN

(Vidéo : le GEWANDHAUSORCHESTER de LEIPZIG – Direction Kurt MASUR )

La N.3 fut dédiée à la célèbre pianiste Marie Jaelle, dont Liszt disait qu’elle l’interprétait à merveille. C’est la plus poétique et la plus longue des trois.

((Vidéo : France CLIDAT au piano)

On ne sait pas précisément quand la N.4 fut réellement composée, puisqu’elle est restée très longtemps dans l’ombre avant qu’on ne puisse la connaitre en 1955 ! Probablement durant la période où les autres ont été écrites. On l’appelle aussi Bagatelle sans tonalité. Elle n’ était pas complètement achevée. Cela n’a pas empêché son interprétation. C’est la plus courte des quatre.

(Vidéo : France CLIDAT au piano … merveilleuse Lisztienne)

 » J’ai été immédiatement attirée par Liszt. Sa musique, l’homme, le côté brillant, son intériorité. Liszt est le compositeur qui a répondu à l’idée que je me faisais du piano. Il est un enrichissement continuel. J’aime le Liszt qui s’amuse, son insolence, sa démarche, sa diversité. Être lisztien ne correspond pas à une façon de jouer. C’est un état. Il faut être fou pour être lisztien  » France CLIDAT (Pianiste française, dite Madame Liszt tant elle était reconnue et appréciée pour ses interprétations de ce compositeur. Elle avait reçu en 1956 le grand prix Franz Liszt à Budapest )

Les Valses de la famille STRAUSS …

En maîtres incontestés de la valse, et même si d’autres se sont distingués de façon honorable dans ce type de musique, la famille Strauss reste indélébile dans les mémoires. Dans la musique, il y a eu Johann le père et ses trois fils : Johann II, Josef et Eduard. Pour autant une entente harmonieuse n’a pas toujours régné dans la famille. Il faut dire que papa, après avoir fait six enfants à maman ( Maria Anna Streim ), a quitté le domicile conjugal un beau matin, pour s’en aller vivre avec sa maîtresse ( Emilie Trambusch ) , laquelle lui en a donné huit autres ! Maria Anna divorcera en 1844.

Johann STRAUSS le père
STRAUSS Eduard Yohann et Josef
Éduard Johann et Josef STRAUSS

Mais bon, Johann fut un violoniste de grand talent qui a débuté dans un orchestre de danse avant de fonder son propre ensemble orchestral  et devenir le directeur des bals de la Cour au château de Schönbrunn à Vienne.

Tout le mérite, en effet, lui revenait car il est parti d’une danse venant de la campagne, pour en faire une valse qui, au départ, va apparaître vulgaire, frivole, immorale, indécente ( à cause de sa façon de tenir sa partenaire bien serrée contre soi ) , mais qui, finalement, deviendra respectable, fera tourner les têtes non seulement à Vienne, mais dans toute l’Europe et au-delà ! En la dansant, on s’étourdissait et on oubliait un peu tous les soucis et difficultés de la vie quotidienne. Il composa , également, des polkas.

Des six enfants de sa première épouse, trois vont donc suivre sa route  dans la valse. C’est Johann II qui aura le plus de succès. Son père aurait nettement préféré le voir épouser une carrière de banquier, mais c’était sans compter sur les dons décelés très tôt par sa mère qui, en cachette du père après avoir divorcé de lui , lui fera prendre des cours de musique, piano et violon. Il se montrera très doué. Non seulement il joue, mais il compose aussi.

Il n’a que 17/18 ans lorsqu’il proposera ses premières compositions, lesquelles vont beaucoup plaire, ce qui engendrera des tensions et des conflits avec son père ; un père qu’il admire profondément mais qui, malheureusement, guidé par un petit  sentiment de jalousie, aura beaucoup de mal à accepter l’incroyable, riche  et étincelante carrière que Johann II mènera non seulement dans son pays natal mais aux Etats Unis, Russie et Angleterre. Il sera, plus tard,  fort apprécié par d’autres compositeurs comme, par exemple, Brahms, Ravel, Wagner, Bruckner. On le surnomme le roi de la valse.

Ils finiront par se réconcilier  peu de temps avant la mort du père. Johann II  héritera non seulement de ses orchestres, de ses contrats, mais également de ses titres. Tout cela sera repris, après son propre décès, par ses frères.

Josef et Eduard, quant à eux, n’avaient pas choisi la musique au départ. Le premier avait fait des études d’ingénieur, et le deuxième devait devenir consul. Oui mais ... bon ne saurait mentir ! Ils se tourneront, tous deux, vers une carrière musicale et reprendront le flambeau. Tout comme son frère Johann II, qui à force de surmenage,après avoir dû s’occuper des deux orchestres fondés par son père, avait été contraint au repos et faire appel à lui, Josef, exténué, va collaborer avec Eduard qui jouera d’abord dans l’orchestre en tant qu’harpiste, puis composera par la suite et dirigera l’orchestre familial.

Je vous propose d’en écouter quelques-unes, un peu moins connues peut-être que certaines autres :

Vidéo :  » Tivoli Rutsch Walzer «  OP 39 – Johann STRAUSS Père // ENSEMBLE JOHANN STRAUSS WIEN )
( Vidéo  » Morgenblätter  » – Johann STRAUSS II //  Zubin MEHTA à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE de VIENNE°

( Vidéo :  » Delirien  » OP 212 Josef STRAUSS – // Mariss JANSONS à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE de VIENNE )

( Vidéo  » Greeting Waltz on english airs  » de Eduard STRAUSS // Johnn GEORGIADIS à la direction du LONDON SYMPHONY ORCHESTRA

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 » Dans un flot de gaze et de soie, 
Couples pâles, silencieux, 
Ils tournent, et le parquet ploie, 
Et vers le lustre qui flamboie 
S’égarent demi-clos leurs yeux. » … Extrait d’un poème de René François SULLY PRUDHOMME (Poète français)

Nocturne (Adagio) D.897 … Franz SCHUBERT

(Vidéo : Renaud CAPUÇON (violon) – Gautier CAPUÇON (violoncelle) et Frank BRALEY (piano)

Il semblerait que ce petit bijou musical ait été composé , en 1827, pour être le mouvement lent du Trio en si bémol majeur D.898, mais qui ne sera finalement pas retenu. Qu’importe, l’essentiel étant que nous ayons pu le connaître car il vraiment magnifique.

C’est une pièce à laquelle on ne peut pas rester insensible : pleine de profondeur, de sérénité, méditative, passionnée et délicate aussi, chantée par les trois instruments, notamment le violon et le violoncelle.

Étude-Tableaux N.8 Op.33 … Serguei RACHMANINOV

Les Études-Tableaux de l’Op.33 étaient, au départ, des pièces très musicales vouées à la pratique de la virtuosité. Rachmaninov les a vues comme une possibilité de laisser libre cours à l’esprit imaginatif de l’interprète et aux émotions personnelles qui pourraient en découler. Ce sont des pièces très exigeantes, bien équilibrées.

La N.8 est harmoniquement riche, lyrique, évocatrice, sereine, poétique aussi. Elle se déploie un peu à l’image d’une ballade.

(Vidéo : au piano : Nikolaï LUGANSKY)