Quatuor à cordes & piano … Guillaume LEKEU

Guillaume Lekeu est un compositeur belge, très talentueux, reconnu pour avoir été l’un des plus brillants de sa génération. Il est, malheureusement, mort à l’âge de 24 ans, emporté par la fièvre typhoïde. Ses références musicales furent Beethoven, Wagner et César Franck. Ses œuvres sont d’une grande richesse mélodique, audacieuses harmoniquement parlant, expressives, intenses, nostalgiques, sombres et emplies de sérénité parfois aussi.

Celle-ci fut écrite entre 1892 et 1893. Selon les mouvements, elle se fait rageuse, emportée, passionnée, fulgurante et dramatique également.

Lekeu l’expliquera ainsi :  » La première partie de mon Quatuor est pour moi le cadre de tout poème de cœur où mille sentiments se heurtent, où aux cris de souffrance succèdent de longs appels au bonheur, où des caresses se glissent, s’insinuent, cherchant à calmer les pensées les plus sombres, ou des cris d’amour succèdent au plus sombre désespoir, cherchant à le dominer, comme à côté l’éternelle douleur s’efforce d’écraser la joie de vivre. »

(Vidéo : Ier mouv. Antonio SPILLER (violon) – Sylvia NATIELLO-SPILLER (piano) – Wen SINN YANG (violoncelle) & Oscar LYZY (Alto)

La musique … par Alfred BRENDEL

 » Il existe des interprètes qui utilisent les pièces qu’ils jouent comme si elles étaient les leurs. Je suis convaincu en ce qui me concerne que l’interprète n’est pas le créateur. Sans le compositeur, l’interprète n’est pas grand chose. Nous devons venir en aide au créateur. A ce propos, le pianiste Edwin Fischer a dit un jour : «  l’interprète doit rendre la vie à l’oeuvre sans la brutaliser « . C’est tout à fait ma position. Certains pensent que la musique commence à prendre vie au moment où ils l’interprètent sinon l’oeuvre n’existe pas. Je ne crois pas que ce soit la vérité. La musique est déjà écrite mais elle dort. Nous sommes là pour l’embrasser afin qu’elle se réveille.  » Alfred BRENDEL ( Pianiste allemand )

Alfred Brendel, Piano
Alfred BRENDEL

Concerto Op.35 pour violon & orchestre … Erich KORNGOLD

( Vidéo : Jascha HEIFETZ au violon – Il est accompagné par L.ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE LOS ANGELES / Direct. Alfred WALLENSTEIN )Erich KORNGOLD

 » Malgré la demande de virtuosité dans le final, l’œuvre a été, avec ses nombreux épisodes mélodiques et lyriques, davantage envisagée pour un Caruso que pour un Paganini. Il est inutile de dire combien j’ai été heureux que mon Concerto soit interprété à la fois par un Paganini et un Caruso sous les traits d’une seule et même personne : Jascha Heifetz . » Erich KORNGOLD (Compositeur autrichien naturalisé américain) le soir de sa création en 1947. Le violoniste était  accompagné par l’Orchestre de Saint Louis dirigé par Vladimir Golschmann.

Cette magnifique partition fut écrite en 1945, dédiée à Alma Mahler ( l’Andante notamment). Elle est très lumineuse dans son ensemble, d’une grande richesse mélodique, avec une belle palette de couleurs, un peu dans l’esprit des films hollywoodiens ce qui, finalement, n’est pas très étrange compte tenu du fait que ce compositeur a travaillé pour le cinéma et notamment avec la Warner.

L’Andante est très beau, émouvant, avec un violon dialoguant subtilement avec l’orchestre, ce qui est réellement magnifique.

Erich KORNGOLD à gauche – Jascha HEIFETZ à droite – et Emanuel Bay (pianiste) au milieu photo prise durant les répétitions du Concerto)

Suite pour Luth BWV 997 … Jean-Sébastien BACH

Le luth, avec sa délicatesse et la noblesse de sa sonorité, sans oublier tous les différents contacts qu’il a pu avoir avec des luthistes de talent ( amis ou non ) de son époque, vont amener Bach à composer pour cet instrument, ou plus exactement pour le Lautenwerck, un hybride entre le luth et le clavecin. Il semblerait qu’il en possédait un.

Les pièces qui en sont ressorties sont très harmonieuses, subtiles, équilibrées à l’image de cette Suite BWV 997, très belle, lumineuse, papillonnante et d’une grande clarté.

Elle fait partie d’un groupe de quatre composé entre 1708 et 1717.

(Vidéo : Maria Evangelina MASCARDI ( Luthiste, guitariste et théorbiste argentine- Professeur de luth au Conservatoire Vivaldi à Alessandria (Italie) ) sur luth baroque –

L’écoute musicale …

 » On parle aussi volontiers de nouvelle écoute. Laissons cela de côté. Ou alors, il faudrait généraliser cette notion d’écoute et renverser le problème. L’écoute musicale est loin d’être constante dans l’histoire de la perception de la musique. Elle en est même une des variables. Qui pourra nier qu’entre le courtisan spectateur de Lully et le pèlerin de Bayreuth, il y a autant et plus de distance qu’entre l’auditeur viennois des symphonies de Beethoven et celui des concerts actuels ? Les modes de consommation de la musique, il s’agit bien de cela, entraînent autant de modes d’écoute différents et la seule originalité de notre époque est la multiplicité ahurissante de ces modes de consommation. L’oreille est donc aussi peu préparée que possible ( puisqu’on la sollicite continuellement ) à saisir un message qui appréhende, à travers elle, toutes les facultés de l’imagination et de la mémoire. S’il y a nécessité d’une nouvelle écoute, c’est qu’il faut d’abord redécouvrir l’écoute, c’est-à-dire l’ouïe en tant que sens privilégié de la connaissance. Il est paradoxal que cette époque soit aussi liée, économiquement mais aussi techniquement, à des médiations simplificatrices de la transmission musicale ( on peut bien entendre un orchestre de quatre-vingt musiciens à travers un haut-parleur ) qu’attachée à la réalisation d’intuitions auditives et intellectuelles complexes, que seul grand développement de l’oreille naturelle ( pluri-directionnelle) peut logiquement d’appréhender.  » Gilbert AMY ( Chef d’orchestre français, compositeur, pédagogue, membre de l’Académie des beaux arts )

GILBERT AMY
Gilbert AMY

Les deux Légendes de Franz LISZT …

De 1862 à 1866, Liszt a séjourné dans le couvent des Dominicains de la Madona del Rosario sur le Monte Mario près de Rome. Il avait choisi d’y faire une sorte de retraite. Une chambre lui avait été réservée et un piano fut mis à sa disposition.

C’est là qu’il a composé, entre 1862 et 1863, ses deux légendes : Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux et Saint François de Paule marchant sur les flots. Il faut savoir que ce sont deux saints dont il se sentait très proches. Le deuxième étant son Saint. De nombreuses gravures ou tableaux le représentant étaient, d’ailleurs, accrochées dans ses différentes maisons notamment dans le cabinet bleu de l’Altenburg à Weimar.

Il a souvent affirmé  que ces deux pièces étaient imprégnées à la fois de franciscain et de tzigane : franciscain probablement parce qu’il avait rejoint en 1858 la Fraternité du Tiers Ordre franciscain de Budapest , et tzigane parce que cette musique était chère à son cœur depuis son enfance.

Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux 

giotto di bondone
 » Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux  » par GIOTTO DI BONDONE

Il y avait de nombreux oiseaux qui volaient et gazouillaient autour de sa chambre et cela lui rappelait l’épisode de Saint François, l’effet de la puissance divine sur des oiseaux innocents. Ce dialogue harmonieux va se traduire musicalement par une grande virtuosité mais en même temps beaucoup de délicatesse. C’est une pièce très lumineuse et aérienne.

( Vidéo : un merveilleux Lisztien : Leslie HOWARD au piano )

Saint François de Paule marchant sur les flots

ST FRANCOIS DE PAUL MARCHANT SUR LES FLOTS Noël-Nicolas Coypel
 » Saint François de Paule marchant sur les flots  » par Nicolas COYPEL

Liszt fait référence au passage où, dans le Nouveau Testament, Jésus marche sur l’eau. Celui qui croit doit pouvoir, comme l’apôtre Pierre, le rejoindre en marchant lui aussi sur les flots.

C’est une pièce qui va être traitée avec plus de romantisme que la première. Le climat n’est absolument pas le même, elle est nettement plus tumultueuse, houleuse, lyrique, grave et ne manque pas, malgré tout, d’une certaine sérénité. Il traduit l’homme volontaire, farouche, solide qui marche sur l’eau.

( Vidéo : toujours Leslie HOWARD au piano. Il reste pour moi une véritable référence lisztienne)

Mon piano …

 » C’est toi qui m’a ouvert le coeur à mon insu quand j’ai soulevé la première fois le couvercle du piano droit du salon. Tes notes étaient là, bien rangées sur le clavier et j’ai commencé à m’en offrir des morceaux sans même te demander ton accord. Tes règles me sont toujours inconnues, mais pourtant tes lois semblent inscrites dans ma mémoire comme si je les avais apprivoisées depuis toujours … Je te connais sur le bout des doigts, sans trop savoir ni pourquoi ni comment. Un peu comme un enfant reconnait sa mère au son de sa voix dans son ventre. Alors t’écrire … Moi qui ne t’ai jamais lu … Pourtant on s’entend si bien !  » Yves DUTEUIL ( Auteur compositeur français )

LI MU JESSIE WILLCOX SMITH BETH AU PIANO
Tableau : Jessie Willcox SMITH

Les Polonaises de Frédéric CHOPIN …

Les Polonaises font partie des œuvres célèbres et fort appréciées de Chopin, certaines plus que d’autres comme l’Héroïque ou la Grande Polonaise brillante. Nombreux furent les pianistes qui les ont interprétées. Le cinéma les a également utilisées dans des génériques de films.

A l’origine la Polonaise est une danse populaire dite de caractère, assez solennelle,  des XVIIe et XVIIIe siècles. Au fil du temps , elle va se métamorphoser et  devenir très symbolique en Pologne.

Chopin a commencé très jeune leur composition . On en compte 23 dont 7 seront publiées de son vivant (la plupart écrites pour piano seul – mais une le fut pour piano et orchestre et une autre pour piano et violoncelle) .Les autres le seront à titre posthume et quelques-unes perdues malheureusement ! . Avec le temps et l’éloignement, ses Polonaises vont  représenter  pour cet hypersensible, le chant de souffrance de  l’exilé et tout comme les Mazurkas, c’est le message envoyé à son peuple et à son pays. Il disait qu’elles  » étaient une intention musicale, un rôle donné à sa musique pour l’attacher à l’âme de la Pologne« . On ne peut les comprendre sans être conscient de l’impact patriotique et des sentiments très forts que le compositeur a toujours éprouvé vis-à-vis de son pays, notamment lorsqu’il savait qu’il souffrait.

Elles offrent une très belle et large palette de couleurs. Les premières, œuvres de jeunesse, sont tout à fait charmantes. Celles qui suivront vont être plus audacieuses. Ce seront  des pièces très techniques, difficiles, qui peuvent se  montrent magiques, sombres, lumineuses, énergiques, martiales, méditatives, revendicatives, nostalgiques, pugnaces, lyriques, solennelles, nostalgiques, triomphantes, pleines d’élan et de force intérieure, lyrique aussi, brillantes assurément, raffinées et subtiles également.

Quelques exemples :

(Vidéo : Samson FRANÇOIS au piano)

( Vidéo : la très belle POLONAISE FANTAISIE Op.61 écrite en 1846.Il n’y a pas le côté patriotique et fougueux des autres Polonaises. Elle est le reflet de ses ressentis après sa rupture avec Georges Sand. Une pièce plutôt conventionnelle, structurellement contemporaine, complexe aux accents romantiques, probablement celle qui lui ressemble le plus, aboutie, lumineuse, délicate, désespérée, voire même angoissée. C’est un peu comme une confidence entre sourires et larmes. –  Samson FRANÇOIS au piano )

(Krystian ZIMERMAN au piano)

(Vidéo : ANDANTE SPIANATO & GRANDE POLONAISE BRILLANTE OP.22 : Il compose la seconde (  à l’origine pour piano et orchestre ) en 1830 et la première en 1835 ( pour piano seul) et décide que l’Andante servira d’introduction à la Grande Polonaise. L’ensemble (qui peut être joué uniquement au piano )  représente un véritable morceau de bravoure . C’est raffiné, radieux, serein au départ, profond, plein d’élan et de virtuosité par la suite  -Krystian ZIMERMAN au piano )

(Vidéo : Evgeny KISSIN au piano)

( Vidéo : POLONAISE HÉROÏQUE OP 53 : un chef-d’œuvre plein de panache  composé en 1842, absolument brillant, exigeant techniquement parlant, énergique, puissant, émotionnel, saupoudré de merveilleux moments de douceur.- Evgeny KISSIN au piano )

(Vidéo : Brigitte ENGERER au piano et Henri DEMARQUETTE au violoncelle)

( Vidéo : INTRODUCTION & POLONAISE BRILLANTE OP 3  : c’est une oeuvre de jeunesse puisque Chopin n’a que 19 ans lorsqu’il la compose. Il y fait entrer le violoncelle, un instrument pour lequel il a toujours éprouvé un grand intérêt et beaucoup d’affection. Il dédiera cette pièce au 1er violoncelle du Royal Opéra de Vienne : Joseph Merk. C’est une pièce que beaucoup considère moins  » sérieuse  » que les autres Polonaises, mais elle n’en reste pas moins très belle, virtuose, et empreinte de lyrisme.- Brigitte ENGERER au piano et Henri DEMARQUETTE au violoncelle)

La nuit transfigurée Op.4 … Arnold SCHÖENBERG

jakub SCHIKANEDER
Tableau Jakub SCHIKANEDER

 » Deux êtres vont à travers le bosquet froid et dénudé,
la lune accompagne leur marche, ils la regardent.
La lune court au-dessus des grands chênes,
pas une nuée ne trouble la lumière du ciel
dans laquelle s’élancent les noires cimes.
La voix d’une femme dit:
« Je porte un enfant, et il n’est pas de toi,
je suis dans le péché en étant à tes côtés.
J’ai commis envers moi-même une faute grave.
je ne croyais plus en un bonheur et désirais ardemment un sens à ma vie,
les joies et les devoirs de la maternité;
alors j’ai eu l’audace
de me donner en frissonnant à un étranger
et m’en suis de surcroît bénie.
Voila qu’à présent la vie s’est vengée:
voilà qu’à présent c’est toi, ô toi, que j’ai rencontré « .
Elle marche à pas maladroits.
Elle dresse ses regards vers les cieux;
la lune accompagne leur marche
…..  » Extrait du poème de Richard DEHMEL

Schöenberg est un compositeur autrichien né à Vienne en 1874 (également un peintre et un théoricien ) . C’est lui qui non seulement ouvrira l’opéra au contemporain, donnera une forme de technique nouvelle à la musique ( expression atonale ) , fondera la seconde école viennoise, et  exposera avec les membres du Blaue Reiter ( Cavalier Bleu ).

La Nuit transfigurée est une page bouleversante écrite en 1899 pour celle dont le compositeur était amoureux et qui deviendra son épouse par la suite : Mathilde Von Zemlinsky ( sœur du  compositeur Alexandre Zemlinsky, qui fut le professeur, voire même le mentor de Schöenberg) . Ils auront deux enfants, Gertrud et Georg.

Un chef d’œuvre complexe, intense, tourmenté, profond, fortement chargé en émotion, créé à Vienne en 1902. Il fera scandale avant de devenir très célèbre et fortement apprécié dans les années qui suivront. Schöenberg trouvera son inspiration dans un  poème de son ami Richard Dehmel ( Extrait de son recueil Weib und Welt – La femme et le monde – paru en 1896 ) – Un texte qui parle d’un homme amoureux d’une femme qui attend l’enfant d’un autre ( voir ci-dessus )

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Mathilde SCHÖENBERG née ZEMLINSKY : Pour la petite histoire, il faut savoir que Mathilde aura une liaison adultérine avec Richard Dehmel. Lorsque ce dernier saura que son ami Schönberg était au courant de cette relation, il se donnera  la mort par pendaison en 1908 . Mathilde et Arnold resteront ensemble. Elle meurt en 1923. Arnold se remarie un an plus tard et aura trois autres enfants.

(Vidéo : Ier mouv. – Herbert V.KARAJAN à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BERLIN )

(Vidéo : Adagio – Herbert V.KARAJAN à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BERLIN )

15.8.2022 : Assomption –  » Missa Assumpta Est Maria / H.11  » de Marc-Antoine CHARPENTIER

 » Jésus est définitivement entré dans la vie éternelle avec toute son humanité, celle qu’il avait prise dans le sein de Marie. Aussi sa mère, qui l’avait fidèlement suivi toute sa vie durant, l’a t-elle suivi avec son cœur et est-elle entrée avec lui dans la vie éternelle, dite aussi Ciel ou Paradis, Maison du Père. En même temps, l’Assomption est une réalité qui nous touche parce qu’elle nous montre, de façon lumineuse, notre destinée, celle de l’histoire, celle de l’humanité. De fait, en Marie nous contemplons la réalité de la gloire à laquelle nous sommes appelés chacun d’entre nous et toute l’église. » Joseph Aloisius RATZINGER – Prélat, théologien et pape de 2005 à 2013 sous le nom de BENOIT XVI )

(Vidéo : j’ai choisi l’interprétation de l’Ensemble LE CONCERT DES NATIONS dirigé par Jordi SAVALL)

Missa Assumpta est Maria est un chef d’œuvre. Elle fait partie des douze pages écrites par le compositeur, la dernière, entre 1699 et 1702, lorsqu »il était directeur musical de la Sainte Chapelle. Nul ne sait réellement pour quelle occasion elle fut composée, le jour de l’Assomption a souvent été indiqué. Quoi qu’il en soit, elle m’a paru être de bon ton pour ce jour dédiée à la Vierge.

C’est une partition complexe mais néanmoins fort bien équilibrée entre l’orchestral et le vocal. Elle est émouvante dans sa foi, délicate, céleste, contemplative, noble, touchante,  solennelle, profonde.

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 » Assomption  » – Guido RENI