Les Symphonies de Piotr I.TCHAÏKOVSKY …

«  Si vous me demandez si une symphonie obéit à un programme déterminé, je réponds d’ordinaire que non. Mais à dire vrai le problème n’est pas si simple. Comment faire exprimer les sentiments imprécis qui naissent quand on compose une partition orchestrale sans un programme défini ? C’est un développement purement lyrique, une confession musicale de l’âme qui, pleine d’impressions extérieures et intérieures, surgit pour venir en aide aux sons, comme le poète vient en aide aux vers. A la différence près que la musique dispose d’un vocabulaire incomparablement plus délicat et plus puissant pour traduire la complexité de notre vie spirituelle. Et si vous me demandez si je respecte les formes traditionnelles, je répondrai que oui et non. Dans une symphonie j’adopte la structure classique dans ses grandes lignes, ainsi que pour l’ordre des mouvements. Mais je considère que toutes les licences sont permises pour les détails ; il faut ne tenir compte que du dénouement naturel, spontané, de l’idée musicale en elle-même. » Piotr I.TCHAÏKOVSKY dans une lettre à sa mécène et protectrice la Comtesse Nadezhda VON MECK)

Tchaïkovsky a écrit six Symphonies à des époques différentes, et si l’on s’en tient aux propos exprimés ci-dessus, il est évident que pour les composer, il a mené un combat entre le musical et le psychologique. C’est en fait la personne tourmentée qu’il n’a cessé d’être tout au long de sa vie.

Symphonie N°1 Op.132 dite Rêve d’hiver : Elle date de 1866. C’est un chef-d’œuvre tout à fait révélateur de ce grand talent musical dont a souvent fait preuve ( pour ne pas dire toujours) ce merveilleux compositeur pour ce qui traite de l’orchestration et de la mélodie.

Une partition qui est un petit miracle de beauté poétique, lumineux, lyrique, et dont il a souvent dit qu’il éprouvait une immense tendresse pour elle.

Vidéo : Symphonie N.1 Op.13 – ORCHESTRE DE LA RADIO NATIONALE DE MOSCOU – Direction Gennady ROZHDESTVENSKY)

Symphonie N°2 Op.17 dite La petite Russie : Elle date de 1872 (révisée en 1880) – Elle est un petit clin d’œil, un hommage rendu au Groupe des Cinq formé par Mili Balakirev, mais aussi au folklore ukrainien ( un pays dans lequel il avait séjourné)

C’est une très belle Symphonie, énergique, passionnée, avec de très belles couleurs orchestrales et pour laquelle il disait s’être donné à fond.

(Vidéo : Symphonie N°2 Op.17 – Valery GERGIEV à la direction de l’ORCHESTRE SYMPHONIQUE DU MARIINSKY)

Symphonie N°3 Op.29 dite La Polonaise : Elle date de 1875 et doit son nom au 4e mouvement (Tempo di Polacca/Tempo de Polonaise)

Elle débute assez lentement, quasi solennelle, puis se fait plus fougueuse et poursuit sa route en évoluant de façon posée, réfléchie, avec des mouvements mélancoliquement tristes.

(Vidéo : Tempo di Polacca Symphonie N.3 Op 29 / Igor MARKEVITCH à la direction du LONDON SYMPHONY ORCHESTRA)

Symphonie N°4 Op.36 : elle date de 1877. C’est la première dans laquelle le thème du destin , si cher à Tchaïkovsky, est très présent. Il le sera dans les deux autres qui suivront. Il traversait, à cette époque, des moments très douloureux, difficiles, dus à l’échec de son désastreux mariage avec l’une de ses élèves Antonina Milyukova.

Elle est dédiée à celle qui fut sa confidente et mécène à savoir la comtesse Von Meck. C’est une partition intense, contemplative, on pourrait dire  » autobiographique « . Tout comme peut l’être le destin, elle traduit le drame mais aussi l’espoir des jours meilleurs. Ce sera un échec qui l’amènera à une forte dépression nerveuse, laquelle lui fera abandonner l’écriture symphonique. Il n’y reviendra que dix ans plus tard.

(Vidéo : Symphonie N.4 Op.36 – Herbert V.KARAJAN à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BERLIN)

Symphonie N°5 Op.64 : sera crée sous sa direction en 1888 à Saint-Pétersbourg. Dix ans s’étaient écoulés et le revoilà qui revient avec une œuvre absolument superbe, qui reprend le thème du destin, avec le côté soumis, résigné, mais qui va de l’avant malgré toutes les interrogations et les doutes que la vie met souvent devant soi.

Dans son ensemble, elle baigne dans un climat plutôt sombre, solennel, martial, mais infiniment émotionnel malgré tout, notamment avec le sublime Andante. Elle laisse entrer, de temps à autre ( comme le destin) des petites éclaircies heureuses, lumineuses, pleines de charme. Elle a également parfois des accents de valse mélancolique et se termine puissante et majestueuse.

(Vidéo : Symphonie N.5  » Andante  » – Valery GERGIEV à la direction de l’ORCHESTRE SYMPHONIQUE DU MARIINSKY)

Symphonie N°6 Op.74 dite La Pathétique : un titre qui lui fut donné par le frère du compositeur, Modeste, car il la trouvait triste et tourmentée. Elle date de 1893, écrite (dans les larmes disait-il) au retour d’un voyage à Paris. Il aura le bonheur de la diriger en octobre et décèdera peu de temps après.

Elle est très forte émotionnellement parlant, cohérente, intensément dramatique, mélancolique, sentimentale, prodigieusement belle dans l’orchestrale et la rythmique.

(Vidéo : Symphonie N.6 Op.74 – Yevgeny MRAVINSKY à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE LENINGRAD)

Concerto N°2 G.482 … Luigi BOCCHERINI …

 » Portrait de Luigi BOCCHERINI  » -(1743/1805) un tableau de Pompeo BATONI réalisé entre 1764/67

Boccherini fut un virtuose du violoncelle et un merveilleux compositeur. Il a accordé une place très importante à son instruments dans ce qu’il a écrit et il en a même développé la technique. Ses œuvres ne manquent pas d’élégance, de virtuosité. Elles sont très expressives, tantôt sérieuses et tantôt plus joyeuses.

Ce très beau Concerto fait partie des douze qu’il a composés entre 1760/1775. L’Adagio non troppo (2nd mouv.) y est tout particulièrement beau, profond, émouvant, réellement à l’image de ce que Boccherini disait à savoir :  » je veux écrire des œuvres qui touchent le cœur des hommes « .

Durant très longtemps, la version la plus connue fut celle arrangée par le violoncelliste, compositeur et pédagogue allemand Friedrich Grützmacher, jusqu’au jour où l’original fut re-découvert et que l’on se rende compte que ce dernier avait fait beaucoup de modifications, coupures etc … Alors certes le résultat est intéressant et beau, et beaucoup de violoncellistes continuent de l’interpréter, mais d’autres ont préféré revenir à la version d’origine.

(Video : « Adagio non troppo » Jacqueline DU PRÉ au violoncelle / Elle est accompagnée par THE ENGLISH CHAMBER ORCHESTRA – Direction Daniel BARENBOIM – Version arr. de GRÜTZMACHER)

Les Préludes … Frédéric CHOPIN

 » Les Préludes de Chopin sont des compositions à part. Ils ne sont pas seulement, comme leur titre pourrait le faire penser, des pièces à part destinées à être jouées sous la forme d’introduction à d’autres pièces. Ils sont des oeuvres, des Préludes poétiques, analogues à ceux d’un grand poète romantique qui bercent l’âme dans des rêves d’or et élèvent les régimes de l’idéal.  » Franz LISZT (Pianiste, compositeur et transcripteur hongrois)

Henri Finck, critique musical disait que «  si la musique pour piano devait, un jour, être détruite, il voterait pour que les Préludes de Chopin ne le soient pas. » . Il est vrai que ce sont des pièces magnifiques : 24 Préludes formant l’Opus 28 qui furent composés entre 1835 et 1839 , dont une grande partie (1838 à 1839)  à  la chartreuse de Valldemossa, dans l’île de Majorque, en Espagne. Chopin y a séjourné en compagnie de George Sand et ses enfants. Un monastère construit à la demande du roi d’Aragon Martin 1er le Vieux, habité par des moines chartreux jusqu’en 1835. De nos jours il abrite, dans les anciennes cellules,  un musée avec des souvenirs de ces moines, mais également du compositeur polonais et de sa compagne.

Lorsqu’ils arrivèrent à Palma, des soldats espagnols avaient envahi la ville et de ce fait, ils ne trouvèrent pas à se loger. Ils durent se contenter d’une auberge quelque peu misérable. Ils loueront, par la suite,  la villa  « sous le vent  » . Chopin est ravi : «  Je me trouve à Palma, sous des palmes, des cèdres, des aloès, des orangers, des citronniers, des figuiers, des grenadiers. Le ciel est turquoise, la mer en lapis-lazuli , les montagnes ont l’air d’être des émeraudes, l’air est juste, comme le ciel, le monde est habillé en été et la nuit on entend des chants et des guitares  » écrira t-il à l’un de ses amis.

Ils se promènent, visitent les alentours. Tout semble idyllique sauf qu’il n’a pas encore reçu son piano Pleyel et devra se contenter d’un vieux piano. Celui tant attendu arrivera deux mois plus tard.

Puis, brusquement le rêve va virer au cauchemar : le temps change, la température baisse, des pluies torrentielles s’abattent. Chopin prend froid, tousse beaucoup, a énormément de température. Trois médecins sont appelés à son chevet par George Sand. Les propriétaires de la maison pensent qu’il est contagieux et demandent qu’ils quittent très vite  les lieux.

Ils auraient été à la rue sans l’intervention du Consul de France lequel leur trouve de quoi se loger à trois kilomètres de Palma, dans la fameuse chartreuse de Valldemossa. Ils s’y installent, son piano arrive quelques temps plus tard, et là il va se consacrer à ses compositions.

« Je vous envoie enfin mes Préludes que j’ai terminés sur votre pianino qui est arrivé dans un étataussi bon que possible malgré la mer, le mauvais temps et la douane de Palma.» Il joint cette lettre et l’autographe des Préludes à un envoi adressé à Fontana, dans lequel il lui donne des instructions précises concernant la méthode à suivre pour la publication. » Frédéric CHOPIN à Camille PLEYEL dans une lettre écrite en janvier 1839

Chartreuse de VALLDEMOSSA

«  C’est là qu’il a composé les plus belles de ces courtes pages qu’il intitulait modestement des Préludes. Ce sont des chefs-d’oeuvre. Plusieurs présentent à la pensée des visions de moines trépassés et l’audition de chants funèbres qui l’assiégeaient ; d’autres sont mélancoliques et suaves : ils lui venaient aux heures de soleil et de santé, au bruit du rire des enfants sous la fenêtre, au son lointain des guitares, au chant des oiseaux sous la feuillée humide, à la vue des petites roses pâles épanouies sur la neige. D’autres encore sont d’une tristesse morne et en vous charmant l’oreille vous navrent le coeur. » George SAND ( Romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire française, journaliste – Extrait de  » Histoire de ma vie  » )

Chopin a donné au genre  » Prélude  » un concept pianistique tout à fait particulier. 24 Préludes d’une richesse inouïe, avec comme modèle  les 48 Préludes du  clavier bien tempéré de Jean-Sébastien qui fut son livre de chevet et dont il disait en jouer un par jour. Toutefois, les siens ceux différents de ceux du Cantor, que ce soit dans la mélodie et l’accompagnement qui est plus élaboré.

Ce sont des pièces pour piano,  assez courtes pour la plupart ,  que l’on pourrait penser simples mais qui ne le sont absolument pas. Elles renferment tous les ressentis, les états d’âme, les atmosphères environnantes qui furent les siennes dans ce lieu à cette époque-là. Malgré le fait qu’il ait été souvent  très malade là-bas, fiévreux, délirant, tourmenté, il a réussi à écrire des pièces merveilleuses, émotionnelles, surprenantes, diversifiées, enchanteresses, délicates. On traverse avec ces petites esquisses poétiques de la joie, de la tristesse, de la mélancolie, du rêve, du réel, de l’énergie, de la couleur, de l’intensité, de la douceur, le néant aussi parfois.

Chopin les a interprétés une première fois en 1839 devant Ignaz Moscheles (pianiste et compositeur bohémien) et au Giacomo Meyerbeer (compositeur allemand) , puis en public deux ans plus tard. Le claveciniste, pianiste, et organiste Louis Lefébure-Wély jouera le N.4 et le N.6 (choix de Chopin ) lors de ses funérailles.

Pour pouvoir les jouer correctement, il faut avoir une certaine forme de noblesse du cœur et une grande intelligence musicale. En voici quelques-uns :

Prélude N.1 Op.28 : Chopin a noté Agitato. C’est vrai qu’il l’est, pour autant il y a beaucoup de délicatesse en lui, d’où le fait de ne pas abuser de son impétuosité, ce que l’écrivain André Gide avait, d’ailleurs, fort bien résumé :  » … Morceau qui n’est tout entier que comme une belle vague tranquille en dépit de l’agitato que d’ordinaire on pousse jusqu’à la tempête, précédée d’une autre vague plus petite, et tout vient s’achever sur un remous tendrement exténué. » Au piano : Grigory SOKOLOV :

Prélude N.4 Op.28 : Cette pièce est la parfaite illustration de la musique lorsqu’elle est élevée à ce stade de perfection : deux minutes pour s’évader de la réalité et se laisser transporter dans un rêve poétique , deux minutes d’un chant mélancolique en notes bleues émotionnelles et sensibles. Au piano : Alfred CORTOT :

Prélude N.6 Op.28 : est très lyrique, assez sobre, intensément nuancée, expressive, peut paraître sombre mais en aucun cas désespérée. On dit souvent qu’elle est l’évocation du chant d’un violoncelle. Au piano Ivo POGORELICH :

Prélude N°13 Op.28 : Un Prélude sublime, poétiquement rêveur, très développé – Au piano : Grigory SOKOLOV :

Prélude N°15 Op.28 : Il est célèbre, d’une grande beauté, inspiré par la pluie qui tombait en gouttes répétées. La mélancolie rend l’atmosphère assez nostalgique et tourmentée. Au piano : Maurizio POLLINI :

Prélude N°24 Op.28 : sublime Prélude, terriblement rageur, désespéré, quasi déstabilisant. Au piano Martha ARGERICH :

 » J’ai qualifié les Préludes de remarquables. J’avoue que je me les figurais autres et traités comme ses Études, dans le grand style. C’est presque le contraire : ce sont des esquisses, des commencement d’études ou , si l’on veut, des ruines, des plumes d’aigle détachées de toutes les couleurs sauvagement agencées. Mais chaque morceau présente la carte visite d’une fine écriture perlée, celle de Frédéric Chopin. On le reconnait à sa respiration haletante. Il est et demeure le plus pur esprit poétique du temps. » Robert SCHUMANN (Compositeur allemand)

A propos de l’Adagio de Tomaso ALBINONI …

Pour l’illustration musicale j’ai choisi deux versions. Celle célèbre de Herbert V.KARAJAN à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE de BERLIN ( ci-dessous) , et celle, plus récente mais non dénuée d’émotion du violoncelliste Gautier CAPUÇON (en fin de ce post) :

Vidéo : Herbert V.KARAJAN à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE de BERLIN
Tomaso ALBINONI 1671/1751

 » La République de Venise est florissante en cette fin du XVIIe siècle quand y naît Tomaso Albinoni, le 8 juin 1671, dans la famille aisée d’un marchand de papier dont les affaires se portent au mieux. Du matin au soir, on broie des chiffons dans des vastes cuves laiteuses qui fascinent l’enfant, puis ont fait sécher cette matière odorante entre de grandes plaques de métal sombre afin qu’elle s’aplanisse. Ensuite on taille, on coupe, on brosse, on coud, on assemble, on colore parfois et les rames de papier s’entassent dans la vaste maison richement décorée de meubles en bois précieux et de lourdes tentures en brocart ocre.

Le jeune Tomaso observe cette activité en se laissant bercer par le rythme des machines qui tournent, frappent, sonnent, d’autant que son père l’y emmène régulièrement avec une idée bien précise : il est le fils aîné, ce sera donc à lui de reprendre l’entreprise familiale quand le temps sera venu. Mais son père est en pleine forme alors que Tomaso grandit entre deux escapades dans les ruelles et les petites places de cette ville secrète et colorée, captant ici des éclats de voix, là une conversation qui ricoche, les fusées sonores d’un violon qui cascade, ou bien encore des accords de clavecin. Il prête l’oreille à cette myriade de sons ainsi qu’au chant des gondoliers sur le Grand Canal. Tous ces sons de Venise, mais aussi la musique qu’il entend à l’église, l’orgue, les violons qui gazouillent, les voix qui s’envolent, Tomaso demande un jour à étudier la musique.

Il se retrouve bientôt avec un violon dans les mains, puis au creux de l’épaule, et voici les sons qui jaillissent de son archet, des sons un peu déchirés d’abord, puis très vite plus harmonieux, chantants, caressants. Rencontre-t-il alors cet autre jeune homme vénitien, son cadet de sept ans, un certain Antonio Vivaldi, qui va très vite faire parler de lui dans la Sérénissime ? On ne sait pas. On peut rêver… Toujours est-il que Tomaso devient un violoniste accompli, puis renommé, qui sait faire des vocalises avec son violon. Il s’affirme aussi comme maître de chant et bien sûr, comme tout virtuose à l’époque, il compose.

Mais l’entreprise familiale, dans tout cela ? Tomaso, quand il atteint ses vingt ans, est initié par son père aux arcanes de la commercialisation du papier dont les Vénitiens font grande consommation. Bientôt, il doit assumer des responsabilités de plus en plus importantes au sein de cette entreprise florissante. Pourtant, dès qu’il le peut, c’est vers son violon, c’est vers la musique qu’il court, qu’il se précipite avec une joie qui l’illumine : il se qualifie alors de «dilettante veneto» et ne semble en effet respirer qu’au son des violons ou à celui des voix, à l’opéra qu’il fréquente avec autant d’assiduité pour le chant que pour les chanteuses !

Finalement, quand son père meurt, en 1709, il abandonne à 38 ans la responsabilité de l’entreprise à ses deux frères cadets et choisit de se consacrer uniquement à sa chère musique se qualifiant cette fois de «musico di violino». Entre-temps, il a épousé une cantatrice, la belle Margherita Raimondi devant la voix dorée de laquelle il s’est longtemps pâmé à l’opéra.

Et il compose, compose beaucoup, entre autres près de 80 opéras qui vont très vite être applaudis non seulement à Venise mais dans toute l’Italie, et même hors d’Italie à partir des années 1720, notamment à Munich où son nom revient régulièrement dans les registres, à Dresde aussi où pas moins de 70 des partitions originales de ses opéras seront détruites pendant le bombardement de février 1945 et donc irrémédiablement perdues puisque aucune n’avait été publiée !

Il compose aussi une trentaine de cantates (dont une seule a été publiée, à Amsterdam en 1701, pour ses 30 ans) et de nombreuses œuvres instrumentales, des sonates, des sinfonias, des concertos, connus aujourd’hui parce qu’ils ont été publiés, eux, à Venise ou à Amsterdam. Et parmi ces œuvres, un adagio ? Oui, sans doute, et même plusieurs, mais en aucune manière celui qui porte son nom. Pourtant, ce type de morceau (un mouvement lent de sonate ou de concerto) foisonne dans son œuvre. Mais pas de trace de celui que l’on appelle couramment l’«Adagio d’Albinoni»

Pour comprendre ce paradoxe, il faut quitter la Venise de ce début du XVIIIe siècle où Tomaso, heureux époux de Margherita, se gave d’opéras et de vocalises de violons entre les canaux où glissent les gondoles fermées, et se retrouver au milieu du XXe siècle dans le monde des musicologues. On y rencontre alors un certain Remo Giazotto, né en 1910, qui, ayant découvert à la fin des années 30 l’existence de Tomaso Albinoni, alors totalement oublié, a entrepris de faire revivre l’œuvre du musicien vénitien. Giazotto fait plusieurs séjours à Venise, traque tout ce qu’il peut trouver sur celui qui est devenu l’objet de sa dévotion et décide de dresser le premier catalogue complet de l’œuvre d’Albinoni.

Mais l’époque n’est guère propice à l’épanouissement de la musicologie: l’Europe est secouée de convulsions et, alors que Giazotto comprend que l’essentiel des manuscrits qu’il recherche se trouve en Allemagne, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale paralyse son travail. Pourtant, Remo Giazotto tente par quelques articles et conférences d’attirer l’attention sur cet Albinoni qui demeure obstinément inconnu. Et, à peine la guerre finie, Remo Giazotto se précipite à la bibliothèque de Dresde où divers recoupements lui donnent la conviction de pouvoir retrouver l’essentiel de l’œuvre de celui qui l’obsède.

Hélas, le terrible bombardement de Dresde a fait de la belle ville baroque un champ de ruines encore presque fumantes quand Remo Giazotto y arrive, au printemps 1945. Mais, on le sait, la passion est un formidable moteur : s’orientant difficilement entre les gravats qui jonchent les rues, Remo Giazotto retrouve la fameuse bibliothèque et, à partir de documents d’archives qu’il s’est procuré, il parvient à en reconstituer le plan. Se faufilant entre les murs encore debout, les excavations, les pierres entassées maladroitement par les premiers sauveteurs, il se dirige vers ce qui a dû être la salle des manuscrits où il croit pouvoir retrouver le trésor convoité, les partitions des opéras d’Albinoni. Hélas, l’odeur entêtante des cendres refroidies, les pierres calcinées, les tas de suie noire dans lesquels il patauge le désespèrent. Il comprend peu à peu que tout a brûlé, que tout a disparu, que tout est perdu.

Que se passe-t-il alors? Giazotto racontera plus tard que, fouillant avidement ces ruines, il aurait retrouvé un manuscrit, un feuillet qu’il aurait identifié comme un fragment d’une sonate d’église appartenant à l’opus 4 d’Albinoni, datant de 1708. Ce fragment aurait contenu en tout et pour tout une basse chiffrée ainsi que l’amorce sur quelques mesures d’une ligne de violon qui pourrait être l’esquisse d’un mouvement lent de cette sonate d’église d’Albinoni. Beaucoup de conditionnels donc pour un document que Remo Giazotto se refusera constamment à produire !

Toujours est-il que, à partir de ce fragment qu’il a peut-être rêvé (quelle tristesse c’eût été de revenir de Dresde les mains vides ! ), Remo Giazotto va alors, dès son retour en Italie, composer cet « Adagio en sol mineur pour cordes et orgue »en l’attribuant à Albinoni. Et l’œuvre est si prenante, si harmonieuse, si belle… qu’elle va révéler le nom d’Albinoni : c’est ce que souhaitait Remo Giazotto. Il a réussi. En 1958, les prestigieuses Editions Ricordi publient cet «Adagio d’Albinoni» ainsi qu’il est présenté au grand public, qui s’en enchante.

D’innombrables arrangements, adaptations, réorchestrations et interprétations diverses fleurissent dans tous les styles (symphonique, variété, flamenco, jazz, pop, rock, techno…) – Ainsi, grâce à cet habile pastiche, le nom d’Albinoni est universellement connu : c’était le vœu de Remo Giazotto, qui meurt, lui, totalement inconnu en 1998. Un détail encore : Tomaso Albinoni meurt à Venise le 17 janvier 1751, mais l’«Adagio d’Albinoni», œuvre de Remo Giazotto, mort en 1998, n’entrera dans le domaine public qu’en 2068 !  » Alain RUAULT (Écrivain, poète, animateur radio et télévision, spécialiste de musique classique et opéras)

(Vidéo : au violoncelle Gauthier CAPUÇON – Accompagné par Pierre BLEUSE à la direction de l’ORCHESTRE DE CHAMBRE DE PARIS (arr.Jérôme DUCROS pianiste )

Beau Soir … Claude DEBUSSY

(Vidéo : Janine JANSEN (violon) & Itamar GOLAN (piano)

» Lorsque au soleil couchant les rivières sont roses,
et qu’un tiède frisson court sur les champs de blé,
un conseil d’être heureux semble sortir des choses
et monter vers le cœur troublé ;
un conseil de goûter le charme d’être au monde,
cependant qu’on est jeune et que le soir est beau,
car nous nous en allons comme s’en va cette onde :
elle à la mer, nous au tombeau !
 » 

Debussy a souvent eu recours à la poésie comme source d’influence pour ses partitions. Beau Soir en fait partie puisqu’il a composé cette pièce , vers 1890/91, d’après le poème de son ami Paul Bourget (ci-dessus).

La version violon/piano est celle du compositeur et arrangeur Arthur Walter Kramer en 1914/15.

C’est une très belle pièce, empreinte de douceur, sereine, l’illustration d’une volonté de bonheur un soir, et ce même si le malheur est inévitable plus tard .

La musique …

 » La musique c’est le chant qui sort de tout, de soi quand on est heureux, du vent quand il souffle sur la forêt et sur la mer. C’est aussi le concert des instruments qui rappelle tout ça.  » Victor MARGUERITTE (Écrivain et auteur dramatique français)

Tableau de Philippe MERCIER

Chants Polonais OP.74 de Frédéric CHOPIN-Transcription Franz LISZT …

( Vidéo : Claudio ARRAU au piano interprète six de ces chants transcrits par Liszt)

Frédéric Chopin a connu Franz Liszt lorsqu’il est arrivé à Paris en 1832 et qu’il a donné son premier concert dans les Salons Pleyel. Liszt était présent, ainsi que bien d’autres musiciens.

Tous deux émigrés en France. Tous deux venus d’Europe centrale. Ces deux talentueux et immenses pianistes, quoi que l’on ait pu dire, se sont beaucoup appréciés et furent amis. Liszt fut l’un des rares à qui Chopin permit de lui attribuer un petit surnom (Chopinissimo) et dans son appartement il avait une photo de Liszt posée sur une table.

Chopin lui a dédié ses Douze Études Op.10 parce qu’elles lui plaisaient énormément, et surtout parce qu’il affirmait souvent que Liszt était réellement le seul, à part lui, capable de les interpréter correctement au piano comme il le souhaitait.

Funérailles, la septième pièce des Harmonies poétiques et religieuses de Liszt, fut dédiée aux héros morts lors de la Révolution hongroise de 1848. Parmi eux se trouvaient des amis à lui. Mais Octobre 1849 fut également le mois de la mort de Chopin. Liszt dira qu’en écrivant sa dédicace il a également beaucoup pensé à son ami. L’intitulé sous la dédicace de la partition à savoir Octobre 1849 confirme ce sentiment.

Les deux hommes ont eu des relations amicales probablement moins intenses que celles que Liszt ait pu avoir avec d’autres musiciens et compositeurs de sa génération. D’abord parce qu’il n’avait pas la même personnalité, ni même le même caractère. Chopin était timide et réservé, alors que Liszt se révélait être plus exubérant. Cela entraînait, parfois, des altercations entre eux.

Mais leurs différends viendront également des femmes de leur vie : George Sand et Marie d’Agoult. Elles furent, très souvent, la cause de leurs disputes. Marie, qu’on se le dise, aimait beaucoup Chopin en tant que pianiste et, de son côté, George avouait qu’il lui arrivait quelquefois, lorsque Liszt jouait, de se mettre sous son piano pour mieux entrer en osmose musicale avec lui. Ce qui ne manquait pas de provoquer d’attiser les jalousies.

De plus, Chopin n’appréciait pas vraiment le côté coureur de jupons, théâtral, extravagant de Liszt. Lui était plus discret, intimiste. Sans oublier, leurs disputes lorsque Frédéric prêtait son appartement à Franz pour y recevoir ses maîtresses, et, qu’à son retour il trouvait les lieux dans un état de désordre qu’il détestait.

Toutefois, musicalement parlant, ces deux-là se sont infiniment appréciés même avec des styles différents. Ils furent deux Écoles ayant apporté un très grand souffle au musical de leur époque : Chopin avec sa musique pure, loin de tout descriptif, doux, mélancolique, sensible exquis dans sa virtuosité mais qui pouvait aussi se montrer fougueux et passionné …. Et Liszt, l’adepte de la musique à programme, la virtuosité flamboyante et transcendante, mais qui sut aussi être poète et sensible.

Le second s’est beaucoup intéressé à la personnalité si particulière du premier, à sa musique et il en sera ainsi jusqu’à la mort prématurée du compositeur polonais. Une mort d’ailleurs qui affectera terriblement Liszt. Il contactera sa sœur en Pologne pour avoir des tas de renseignements sur lui, son enfance, ses débuts au piano etc… mais malheureusement pour lui, elle ne souhaitera pas donner de suite à sa demande car en grande période de deuil. Ce sera la dernière élève de Chopin, Jane Sterling, qui répondra à tout le questionnaire de Liszt pour le livre qu’il écrira sur lui.

Les chants polonais Op.74 de Chopin sont des pièces quelque peu méconnues. Elles sont au nombre de dix-sept. Liszt en transcrira six : Souhait d’une fille – Printemps – Le petit anneau – Bacchanale – Mai/Juin – et Le retour.

Ce sont des belles mélodies, des petits trésors oubliés et cette transcription fut un bonheur puisqu’elle nous a permis de les connaître. Liszt les a dédiées à sa compagne Carolyne Van Sayn Wittengenstein qui était une très grande admiratrice de Chopin. Certaines sont pleines de bonne humeur, vivantes, et d’autres plus mélancoliques et empreintes d’amour. Elles ne furent jamais publiées du vivant de Chopin et Liszt appréciait énormément de les jouer à ses élèves.

Les Études d’exécution transcendante … Franz LISZT

Caricatures de Franz LISZT au piano – Article paru dans un journal hongrois en 1873

«  Il faut entendre de pareilles compositions : elles sont arrachées de vive force à l’instrument, avec les mains ; elles doivent donc être rendues par celles-ci sur lui, devant nous. Et puis il faut voir aussi le musicien ; car si l’aspect de toute virtuosité exalte et fortifie, combien fera ce spectacle sans intermédiaire, où nous voyons un compositeur lui-même lutter avec son instrument, le dompter, faire obéir chacun de ses sons ! Ce sont de brûlantes études, de tempête et d’épouvante, des études faites pour dix ou douze pianistes au monde tout au plus. » Robert SCHUMANN (Compositeur allemand)

Il y a douze Études : Préludio – Molto Vivace – Paysage – Mazeppa – Feux Follets – Vision – Eroica – Chasse sauvage – Ricordanza – Allegro agitato – Harmonie du soir – Chasse neige. Elles furent dédiées à celui qu’il considérait comme son maître : Carl Czerny. Ce dernier a, non seulement initié Liszt à la rigueur de la technique, mais il l’a beaucoup influencé pour qu’il puisse façonner sa propre pensée et sa propre compréhension de la musique.

En 1824, âgé de 13 ans à peine, Liszt s’attaque à la première version de ses Études. Elles seront remaniées, par la suite, en 1839. Il reprendra alors ses œuvres de jeunesse pour les travailler, re-travailler encore, et en faire, à la maturité,  quelque chose de sacrément difficile. La modification va durer jusqu’en 1851. Il en est ressorti des pièces très intéressantes, prodigieusement techniques, virtuoses et assez incroyables de par toutes les combinaisons que ce compositeur a pu imaginer en pensant à ce que son piano était capable de faire.

La première version parue en 1826 portait le nom de :  » 48 exercices de tous les tons mineurs et majeurs  » .

Les Études ont été conçues un peu comme des œuvres à caractère symphonique. C’est véritablement l’embrasement étincelant du clavier. Elles font appel à tout ce qu’un pianiste peut trouver : vitesse, virtuosité, phrasé, technique, enchaînements contradictoires, passages scabreux, etc etc… ce qui est, il faut bien le reconnaître, assez éprouvant.

Parmi les douze, il y en a six qui sont appelées  » les grandes Études Paganini  » : Liszt avait entendu le célèbre violoniste  en 1832 à Paris et cela avait  déclenché en lui des sensations nouvelles d’éveil artistique. Il avait vu qu’il ne faisait qu’un seul et même corps avec son instrument et l’idée lui est venue de faire de même avec le piano et de composer des partitions qui reprendraient au clavier les prouesses les plus spectaculaires et diaboliques de l’archet.

Les 24 Caprices pour violon de Paganini ont tout particulièrement retenu son attention parce qu’elles plaçaient le violon à un niveau tellement haut que l’on pouvait l’imaginer inaccessible. C’était cela qu’il voulait faire avec son piano. Premier travail en ce sens en 1832, intitulé Grande Fantaisie de bravoure, puis Grandes Études Paganini. Un déferlement de notes répétées, arpèges, octaves, sauts, trémolos … etc.. dédiées à Clara Schumann.

Comme ce fut souvent le cas dans sa carrière de compositeur, Liszt a été vivement critiqué pour ses Études, sauf pour les Grandes Études Paganini …. tout simplement parce que si on l’avait fait dans ce cas précis, eh bien on aurait indirectement critiqué Paganini .

Comme je l’ai indiqué plus haut, les Études d’exécution transcendante furent remaniées jusqu’en 1851, année de leur version finale, où elles prendront alors  le nom que l’on connait désormais. C’est vrai qu’avec ce musicien, une partition n’a jamais été véritablement terminée. Il a passé sa vie à reprendre les siennes pour les remodeler, les modifier, supprimer, ajouter bref métamorphoser ; pensant à ce que pouvait de mieux faire la main droite, mais aussi la main gauche. Elles furent un peu son  » laboratoire musical « .

Au travers de ses Études, il a vraiment donner beaucoup plus d’espace au piano. Il y a fait entrer  » un orchestre « . Ce sont des pièces brillantes, complexes, tempétueuses, techniques, virtuoses. Schumann disait vrai en ce qui concernait le fait que bien peu de pianistes étaient à même de savoir les jouer correctement. Il faut être doté d’une excellente technique ( une technique ayant fait ses preuves )  et beaucoup de talent pour savoir les comprendre et  rendre les choses simples alors qu’en fait elles sont extrêmement difficiles.

J’en ai choisi quelques-unes :

CAMPANELLA ( fait partie des Grandes Études Paganini ) : cette pièce est inspirée par le mouvement final ((Rondo) du 2e Concerto pour violon de Paganini qui fut écrit en 1826. Elle est merveilleuse, expressive, spontanée,  difficile, vertigineuse,  énergique et redoutable. On se demande si il ne serait pas nécessaire d’avoir trois mains !

Elle représente tout le côté inventif et novateur de Liszt et bien sur la grande maîtrise qu’il a pu avoir au clavier. Aux qualités sus-nommées, je rajouterai qu’elle est cristalline et ne manque pas de fraîcheur, de poésie, de lyrisme de finesse.

(Vidéo : Gyorgy CZIFFRA au piano)

HARMONIE DU SOIR est très poétique, contemplative, crépusculaire et les sonorités sont tellement  » caressantes  » qu’elle en devient quasiment émouvante. C’est une Étude superbe, moderne, forte et efficace.

(Vidéo : Claudio ARRAU au piano)

MAZEPPALa littérature a tenu une place importante dans la vie de Liszt. Lorsqu’il est arrivé à Paris, il littéralement  » englouti  » tous les livres dont il avait entendu parler. Il a toujours souhaité  que la littérature ou la poésie soient associées à sa musique. . Il a lu des écrivains, des poètes, mais aussi des philosophes, des historiens et en plus de lire leurs ouvrages,  il en a rencontré certains : Sainte Beuve, Balzac, Deschamps, Lamartine, Senancour, Vigny, Musset, Sand et Hugo.

Hugo, qu’il surnommait le grand Victor et chez qui il était régulièrement invité ; à qui il jouait,  à sa demande, du Beethoven. 

Mazeppa est l’exemple de nombreuses inspirations de son époque romantique. Ce serait, à l’origine, un thème plutôt byronnien, qui sera repris par Hugo dans ses Orientales, mais d’autres aussi parce qu’il y avait la bravoure, le malheur, les excès, du lyrisme. Ils furent nombreux à le magnifier et Liszt fut de ceux-là.

Il a composé deux Mazeppa : le premier sera l’ une des Études d’exécution transcendante. L’autre,un Poème symphonique.  Le premier est considéré comme un must du piano, le second le surclasse totalement. Je dirai même que pour mieux apprécier et évaluer l’écriture inventive, généreuse, dramatique, somptueuse et épique de l’Étude, il serait préférable d’écouter d’abord le Poème symphonique.

Cette pièce a fait l’objet de trois modifications : écrite en 1827 puis,remaniée en 1839 et définitivement métamorphosée en 1851. Elle est dotée d’une sorte de souveraineté, flamboyante, exigeante, expressivement dramatique, incroyablement virtuose. Avec elle ce n’est pas technique ou poésie, c’est technique ET poésie.

(Vidéo Lazar BERMAN au piano)

PAYSAGE : une nouvelle et magnifique  inspiration due à Hugo pour un poème( portant le même titre ) qui est extrait de son recueil Odes et Ballades paru en 1828 – Musicalement, il la ressentira comme une sorte d’apaisement, quelque chose de très émotionnel. C’est une pièce qui est le début de sa musique à programme.

 » Lorsque j’étais enfant : « Viens, me disait la Muse,
viens voir le beau génie assis sur mon autel !
Il n’est dans mes trésors rien que je te refuse,
soit que l’altier clairon ou l’humble cornemuse
attendent ton souffle immortel.
Mais fuis d’un monde étroit l’impure turbulence ;
là rampent les ingrats, là, règnent les méchants.
Sur un luth inspiré lorsqu’une âme s’élance,
il faut que, l’écoutant dans un chaste silence,
l’écho lui rende tous ses chants !
Choisis quelque désert pour y cacher ta vie.
Dans une ombre sacrée emporte ton flambeau.
Heureux qui, loin des pas d’une foule asservie,
dérobant ses concerts aux clameurs de l’envie,

lègue sa gloire à son tombeau !
L’horizon de ton âme est plus haut que la terre.
Mais cherche à ta pensée un monde harmonieux,
où tout, en l’exaltant, charme ton cœur austère,
où des saintes clartés, que nulle ombre n’altère,
le doux reflet suive tes yeux.
Qu’il soit un frais vallon, ton paisible royaume,

où, parmi l’églantier, le saule et le glaïeul,
tu penses voir parfois, errant comme un fantôme,
ces magiques palais qui naissent sous le chaume,
dans les beaux contes de l’aïeul…. etc …  » 

(Vidéo : Gyorgy CZIFFRA au piano)

RICORDANZA : C’est une très belle pièce, rêveuse, nostalgique, mélancolique, douce et comme les autres : virtuose à souhait !

(Vidéo : Jorge BOLET au piano)

CHASSE NEIGE  est la dernière pièce des incroyables Études de Franz Liszt.

Celle-ci en est un superbe exemple : très virtuose, difficile, évocatrice des bourrasques de neige en déferlements de notes. Elle reste malgré tout assez lyrique, magique et ne manque pas ( surtout à la fin ) d’une certaine forme de sérénité.

(Vidéo : Boris BEREZOVSKY au piano)

Les Saisons : Janvier  » Au coin du feu  » … Piotr I.TCHAÏKOVSKY

(Vidéo : Mikhail PLETNEV au piano)

Les Saisons ce sont douze pièces écrites entre 1875/1876 pour la revue  » Le nouvelliste  » de Saint Petersbourg. Chaque mois porte un sous-titre et quelques vers de poésie. Il semblerait que ce choix  ait été fait par l’éditeur de la revue et que Tchaïkovsky  n’ait eu son mot à dire  que pour quelques-unes d’entre elles.

Dans leur généralité, elles sont assez intimistes. Selon le mois qu’elles représentent, elles se révèlent vivaces , ou plus mélancoliques, avec une belle palette de couleurs. Elles reflètent le côté souvent émotionnel et touchant des mélodies de ce merveilleux compositeur. Les vers se référant à Janvier  » Au coin du feu  » sont  extraits d’un texte de Alexandre Pouchkine :

 » Ce lieu de douceur et de paix,

la nuit l’a vêtu de pénombre .

Le feu s’éteint dans la cheminée,

la chandelle charbonne. « 

Concert du Nouvel An à Vienne …

L’Orchestre Philharmonique de Vienne ( Autriche ) propose grand évènement classique le Ier janvier de chaque nouvelle année – Il s’agit du très célèbre, romantique et intemporel Concert du Nouvel An , considéré comme un véritable message d’amitié, de paix et d’espoir. Il se tient dans la mythique salle dorée du Musikverein.

A noter que l’histoire a commencé en 1939 lorsqu’un programme de diverses Valses viennoises fut proposé par le chef Clemens Krauss durant le Festival de Salzbourg. Une initiative qui reçut un vif et enthousiaste succès auprès du public, et donnera l’envie de recommencer cette expérience chaque début d’une nouvelle année.

Jusque là, outre la diffusion télévisée suivie, en eurovision, par plus de 100 millions de téléspectateurs, le public, très nombreux, venait y assister. Cette année, la Covid va changer la donne. Le public sera absent, mais le concert se déroulera malgré tout. Pour la petite histoire, sachez qu’en temps normal, les personnes qui y assistent sont sélectionnées grâce à un tirage au sort, mais déboursent, malgré tout, plus de 1000 euros pour leur place !

Si le cœur vous en dit, vous pourrez donc le suivre, cette année, sur France Musique et sur France 2 à 11 h/11 h 15 du matin le Ier . De grands chefs se sont succédés, depuis tant d’années , pour diriger l’Orchestre Philharmonique de Vienne à cette occasion : Josef Krips, Daniel Barenboïm, Mariss Janson, Georges Prêtre, Claudio Abbado, Franz Welser-Möst, Herbert V. Karajan, Loris Maazel, Clemens Krauss, Zubin Mehta, Seiji Ozawa, Willi Bokovsky etc … Pour 2021 ce sera Riccardo Muti. Ce n’est pas la première fois que le chef italien est là, puisqu’il a déjà dirigé en 1993, 1997, 2000, 2004 et 2018.

Ce sont les très populaires musiques de la famille Strauss qui sont proposées, mais également des Valses, Polkas, Marches, Ouvertures, et divers airs d’Opérettes d’autres compositeurs. Les danseurs et danseuses de l’Opéra de Vienne assurent les intermèdes . Un bonheur !

Je vous propose un merveilleux voyage musical et dansé, dans de beaux décors, avec des extraits des années passées. J’espère que ce choix vous plaira.

 » 12 Contredanses W.Oo14  » de Ludwig V.BEETHOVEN composées en 1800/01 – Font partie du Concert de 2020 en l’honneur de Beethoven (250e anniversaire de sa naissance et 150e anniversaire du Musikverein de Vienne) – On l’ignore peut-être, mais Beethoven a écrit des musiques pour la danse populaire autrichienne. La seule qu’il connaissait et qui trouvait grâce à ses yeux.- La chorégraphie est celle de José MARTINEZ pour le BALLET DE VIENNE.

«  Un cœur, un esprit « (Ein Herz Ein sinn) Op. 323 de Johann STRAUSS II -Probablement le plus doué des trois fils musiciens de Strauss I. En tous les cas, celui qui a réussi le mieux. Surnommé le roi de la Valse, il attisera la jalousie de son père. Cette partition a été composée en 1868 – Nicolas LE RICHE et Eleonora ABBAGNATO assurent la danse, sur une chorégraphie de Renato ZANELLA et des costumes signés par le couturier italien VALENTINO . L’Orchestre est dirigé par Georges PRÊTRE :

 » Les romantiques «  Op.167 de Joseph LANNER – Direction de l’Orchestre : Daniel BARENBOÏM – Chorégraphie d’Ashley PAGE pour le BALLET de VIENNE . Lanner fut violoniste, compositeur, chef et directeur de la musique de bal à la Cour impériale. Il formera un orchestre (Quintette) dans lequel jouait son ami Johann Strauss . Les deux hommes se sépareront lorsque chacun suivra sa propre route.

«  Aus der Fern  » Op.270 de Josef STRAUSS – Polka Mazur composée en 1869 – Direction de l’Orchestre : Franz WELSER-MÖST – Chorégraphie Jean-Guillaume BART pour le BALLET DE VIENNE – Josef , frère de Johann Strauss II et d’Eduard . Il ne viendra que tardivement à la musique car il fut un ingénieur et architecte réputé. Il pensait qu’il n’était pas doué pour l’exercice musical et pourtant il le sera ! Le public acclamera ses superbes élégantes Polkas, Valses , Danses populaires et Quadrilles.

 » Les joies de la vie  » ( Freuet euch des lebens ) Op.340 de Johann STRAUSS II : partition composée en 1870. Direction Mariss JANSONS – Chorégraphie Davide BOMBANA pour le BALLET DE VIENNE –

 » La marche de Radetzky «  Op.228 de Johann STRAUSS Père – Composée en 1848 en l’honneur de Joseph Radetzky qui était sorti vainqueur de la bataille de Custosa la même année. Selon les années, elle clôture le concert, alternativement avec le Danube Bleu, sous les applaudissements enthousiastes et bissés, . Version 1987 avec le chef Herbert V. KARAJAN