Les couleurs dansent …

 » Les couleurs dansent jusqu’au noir
dans la lumière
à un signe de l’air
elles se jettent aveugles de tous côtés
dans le vertige éblouissant
elles dansent jusqu’au noir
les ombres saignent
soudain
une couleur passe
les autres rentrent en-dessous
comme des pas étouffés dans les tapis de lumière
puis reprennent
la danse jusqu’au noir
derrière les couleurs
guette la lumière. » Mariena BRAESTER (Poète israélienne contemporaine-Extrait de son recueil Caractères/2009)

Illustration Sylvie MAGNIN

Elle s’élève sur les pointes …

 » Elle s’élève sur les pointes, sur l’orteil tendu et rigide. Ce n’est plus ni la marche ni la course, c’est une forme de mouvement inouïe qui s’affranchit des lois de la gravitation, des habitudes mécaniques du mouvement vulgaire, des nécessités de l’aplomb. La ballerine n’appartient plus à la terre, son règne est la région éthérée, le domaine de la fantaisie délivrée. » André LEVINSON (Journaliste français de danse- Extrait de son ouvrage Théophile Gautier et le ballet romantique)

Photo Simon CROFTS

Danseur …

 » L’harmonie trouve le chemin de ses muscles, l’éclairage tourbillonne, il regarde, furieux, le chef d’orchestre qui corrige son tempo, et il poursuit, en toute maitrise d’abord, chaque figure précise et soignée. Les pièces commencent à s’assembler, son corps est élastique, trois jetés tournés, prendre garde en retombant. Il allonge sa ligne, le beau mouvement ici , oui , violoncelle vas-y … Les lumières fonctionnent, pirouettes enchainées, il respire l’air, le corps sculpté par la musique, une épaule à la recherche de l’autre, l’orteil droit distingue le genou gauche, stature, profondeur, forme, contrôle, la souplesse du poignet, la courbure du coude, l’inclinaison du cou, les notes qui fouillent dans ses artères. Il est soudain suspendu en l’air, pousse ses jambes au-delà des mémoires gestuelles. Un dernier développé des cuisses, prolongement de figure dansée, galbe humain dénoué, il vole plus haut encore et le ciel le retient …  » Colum MCCANN ( Écrivain irlandais -Extrait de son livre Danseur)

Sergei POLUNIN pour le film  » Dancer  » réalisé par Steven CANTOR (2016) Photo de Johan PERSSON

Petits chats, petits rats …

 » Petits chats, petits rats avec nos frêles os
Nous allions à l’école de danse
À la barre de chêne se pliaient les roseaux
De nos corps amoureux de cadences
La danse est une cage où l’on apprend l’oiseau
Nous allions à l’école de danse

Face à la grande glace, petits canards patauds
Nous vivions pour le bonheur insigne
De voir nos blancs tutus reflétés par les eaux
Du lac noir où meurt la  » Mort du Cygne « 
La danse est une étoile, qu’elle est loin, qu’elle est haut
Sur les pointes on lui faisait des signes

Dans un coin du studio, le piano convolait

Hardiment vers des prouesses russes
Et le plancher des vaches de son mieux décollait
Sous nos pieds ivres de sauts de puces
La danse est une bête, la sueur est son lait
Le désir, sa coutume et ses us

Alors, chacun les bras en chœur, corps à couteaux tirés,
Se tendait vers la ligne suprême,
Vers les extrémités d’un ciel, d’un soleil délivré
De la nuit et de ses théorèmes
La danse est un espace où les ronds sont carrés
Où le temps, ô miracle, nous aime…

Sur des rythmes d’Astaire, des tambours brésiliens
Elle danse, la Danse, elle danse

Pas par pas, bond par bond, elle brise les liens
De nos poids épris de transcendance
Paysanne est la danse, le cosmos est son grain
En sabots de satin, le balance !

Petits chats, petits rats avec nos frêles os
Nous allions à l’école de danse
À la barre de chêne se pliaient les roseaux
De nos corps amoureux de cadences
La danse est une cage où l’on apprend l’oiseau
Nous allions à l’école de danse. » Claude NOUGARO (Auteur-compositeur-interprète français)

Danseurs & grands ballets classiques …

 » J’entends très souvent les jeunes artistes vouloir danser les grands ballets classiques, mais avoir vite l’impression d’en avoir fait le tour. Pourquoi ? Je n’ai pas d’éléments de réponse. Dans les compagnies, on prépare, dès l’adolescence, les artistes à tous ces grands ballets, on les coache, et on les danse très régulièrement. Ils ont donc une familiarité avec ces rôles qui leur permettent d’en saisir la complexité technique et de s’approprier cette complexité. Ce sont aussi des choses qu’ils dansent beaucoup tout au long de leur carrière. Ils ont donc le sentiment de pouvoir se perfectionner. De cette familiarité du rôle va naître un vif approfondissement. On dit ainsi souvent qu’il faut dix ans à danser un grand rôle pour pouvoir pleinement s’y exprimer. » Sylvie JACQ-MIOCHE (Historienne de la danse et professeur d’histoire de la danse à l’École de danse de l’Opéra de Paris)

Répétition du ballet  » Le lac des cygnes  » à l’Opéra Garnier / Paris