Tango …

 » Ce qui se passe entre deux êtres qui dansent le tango est chaque fois unique. On construit chaque fois le tango. On l’invente. De même qu’il n’existe pas deux empreintes digitales identiques, il n’y a jamais deux tangos identiques. J’ai donc dansé avec l’homme qui, mieux que les autres, me parut capable de faire surgir, de ses jambes et des miennes, cet animal fabuleux, ce monstre bicéphale, qu’on appelle : tango. Monstre à quatre pattes, langoureuses ou impérieuses, qui ne vit que le temps d’une musique, et meurt assassiné par le tchan-tchan final. J’ai éprouvé alors, dans mon corps entier, l’oblique sentiment d’être porteña. Comment concevoir un tango face à face ? Un tango carré ? Un tango est foncièrement transversal, foncièrement baroque. L’esprit classique avance droit devant lui. L’esprit baroque s’offre des tours malicieux, délicieux. Ce n’est pas qu’il veuille arriver plus vite. C’est qu’il veut jouir du voyage  » Alicia DUJOVNE ORTIZ (Journaliste, romancière, poétesse et traductrice argentine)

(Vidéo : Javier RODRIGUEZ & Fatima VITALE )

Du classique au contemporain …

 » La période de formation et de maîtrise du répertoire classique est très importante. Le bagage qui aidera une danseuse, pour le reste de sa vie, se forme dans sa jeunesse. Seul un travail systématique, dans la jeunesse, permet de devenir une danseuse de haut niveau. Quelles que soient les opportunités qui se présentent, il ne faut pas se disperser. Le principal est d’éviter les extrêmes :  » je danse du classique, mais à partir de tel jour, je vais passer au contemporain « . Cela ne marche pas ainsi. Seuls les danseurs avec une formation classique ( huit ans ) peuvent maîtriser la danse contemporaine. Il faut commencer progressivement, en évitant les blessures inutiles. Personnellement, je suis une danseuse qui, aux souffrances et aux douleurs qui viennent parce que le corps rejette tout ce qui est nouveau, serait tentée de répondre laisse tomber tout ça et danse Giselle … Mais je dois éduquer, dompter et transformer cette danseuse. Le moment de la douleur est pénible.

À chaque étape de sa carrière, on comprend quelles portes on aimerait ouvrir. S’y ajoute que pour moi, l’aspect spirituel est très important. La scène devient une sorte de château. Je peux y planter quelque chose, et dois me sacrifier. Je suis la messagère de ce qui est en train d’advenir. C’est que je peux partager avec le public. Je ne sais pas pendant combien de temps encore j’aurai assez de force pour le faire. J’ai dû me battre pour ma position, pour mes idées, c’était indispensable.  » Diana VISHNEVA ( Danseuse russe, Étoile dans différentes compagnies : celle du Théâtre du Mariinsky , de l’American Ballet Theatre – Elle a été également directrice d’une école de danse à Saint Pétersbourg)

Diana VISHNEVA

Sur les pointes …

  » C’est frappant quand elles sont sur les pointes. Ça leur allonge les jambes et les bras, leur affine les chevilles, la taille. Je sais pas qui a inventé les pointes, mais j’imagine un putain de fétichiste, un type qui devait penser que l’idéal féminin est concentré dans le pied. Pas dans les seins, les fesses, non, ça c’est pour les mecs qui n’y connaissent rien. Dans le pied. La cambrure du cou-de-pied. Depuis que j’ai découvert ça, je déshabille tous les pieds » Astrid ELIARD (Journaliste française, écrivain, enseignante – Extrait de son livre Danser, lequel a reçu le Prix Marcel Pagnol)

Danser sur scène …

 » Danser sur scène procure un sentiment de liberté immense et une sensation de légèreté que je ne retrouve à aucun autre moment de mon quotidien. C’est comme une parenthèse mystique, l’apogée suprême qui vaut bien toutes ces heures de travail acharné et ce dépassement de soi qu’impose la danse. Le temps lui-même semble totalement abstrait lorsque je suis sur scène. C’est comme si j’entrais dans une autre dimension. Les heures passent à la vitesse de l’éclair et le spectacle semble n’avoir duré que quelques secondes ; et, pourtant, à la faveur d’une figure particulièrement exigeante ou d’un pas de deux très fort en émotion, ce temps peut s’arrêter ou s’étier à l’infini. Ce sont ces instants-là, entre ciel et terre, que je guette et qui sont mon moteur. C’est pour ces moments de grâce que je danse. » Dorothée GILBERT (Danseuse Étoile de l’Opéra de Paris – Extrait de son livre Étoile(s)

Dorothée GILBERT Photo de son époux James BORT

Pour être en osmose …

 » Pour être en osmose avec sa partenaire, il faut trouver ensemble la pulsation musicale, partager la même énergie dans le mouvement. Pour l’homme il s’agit de danser comme si la femme était le miroir et entrer dans son énergie à elle.  » Jean-Pierre BONNEFOUS (Danseur Étoile et comédien français)

Photo : Agathe POUPENEY

Enseigner la danse …

 » La classe de danse  » Edgar DEGAS

 » En tant que professeurs de danse, nous devons transmettre la rigueur du travail, la régularité exceptionnelle, la grande exigence envers soi-même. Nous devons aider les jeunes élèves à découvrir, aimer et connaitre l’histoire de leur art et de l’art en général. Leur apprendre à développer leur sens critique. Les aider à voir le beau mouvement avec du recul. La beauté étant universelle, pensons à très bien expliquer à nos jeunes qu’ils ont le droit de connaître, de voir, d’apprécier ce qui se fait de beau autour d’un art choisi. » Annie CAZOU (Professeur de danse classique , directrice d’une École de danse )

 » Un professeur de danse doit savoir créer une ambiance, trouver une autorité sans brusquerie, faire comprendre la finalité de chaque exercice, surtout bien expliquer que ces exercices ne servent à rien s’ils ne sont pas mêlés à la recherche d’une sensibilité artistique qu’il faudra savoir faire passer à un spectateur qui sera parfois à vingt mètres, trente mètres . » Michel ODIN (Passionné de danse classique, fondateur de la revue mensuelle Danse )

 » La danse s’est toujours transmise de façon orale, malgré les traités, les manuels et les vidéos d’aujourd’hui. Cette transmission est extrêmement importante si elle est honnête. Ce sont nos maîtres qui nous apportent quelque chose, et à la suite de ça, nous, nous transmettons fidèlement les règles de la danse classique académique avec l’évolution du temps, de la technique, de ses observations personnelles et de sa propre personnalité. » Gilbert MAYER (Grand maître de la danse classique, professeur à l’École de danse de l’Opéra de Paris, conférencier, historien français)

La tradition Bournonville … par Nikolaj HÜBBE

 » La tradition Bournonville est un grand héritage pour les danseur, mais cela peut être aussi une sorte de camisole de force. En tant que danseur, vous devez absolument vous concentrer sur l’instant de la performance. Pourtant, tout dans nos productions traditionnelles lie le danseur au passé. Par exemple les costumes que nous portons ont été portés non seulement par nos prédécesseurs immédiats mais aussi par des danseurs il y a un demi-siècle ! Une fois j’ai porté un costume que Borge Ralov (premier danseur des années 1930) avait endossé auparavant. Ces conditions rendent difficiles l’appropriation d’une pièce car vous êtes constamment mis au courant de la lignée. En changeant un peu les choses, j’ai donné aux danseurs et à moi-même la possibilité de regarder avec un œil nouveau et de donner aux danseurs l’expérience de créer les rôles comme si c’était la première fois. Il ne s’agit surtout pas d’égaler ce qui a été fait avant. Bournonville est un classique. La plupart du temps, ce type de chorégraphe meurt en même temps que leurs chorégraphies. Pour Bournonville c’est différent car elles survivront toujours. Ce sont devenues quasiment des archétypes. C’est un peu comme notre architecture actuelle qui, malgré tout, demeure basée sur celle des anciens Grecs, avec pour modèle le Parthénon d’Athènes.  » Nikolaj HÜBBE (Danseur danois, chorégraphe. Après avoir fait carrière au Royal Ballet danois puis au New York City Ballet, il a été nommé directeur artistique du Royal Ballet danois en 2008. Il connait parfaitement la méthode Bournonville dans laquelle il a excellé durant toute sa carrière de danseur)

Nikolaj HÜBBE travaillant la Sylphide (version Bournonville) avec lune de ses danseuses : Cristina OLSEN

Danser c’est …

 » La danse est une école de vie, un art de rigueur. Si l’on est pas habité par la passion et la persévérance, il vaut mieux abandonner. Quelle petite fille n’a pas rêvé d’être en tutu et danser sur des pointes ? La danse est une passion qui nécessite un don de soi. C’est l’art d’allier force et souplesse en musique.  » Claude BESSY (Danseuse-Étoile, chorégraphe, directrice de l’École de danse de l’Opéra de Paris de 1972 à 2004)