Camille …

  » Malheureusement ce n’est pas avec une fleur à la main que je viens vous offrir mes souhaits. C’est avec des larmes dans les yeux. Les larmes de l’exil, les larmes que j’ai versées goutte à goutte depuis que j’ai été arrachée à mon cher atelier. Vous qui connaissez mon attachement à mon art vous devez savoir ce que j’ai dû souffrir, d’être tout à coup séparée de mon cher travail. Je ne voudrais pas vous attrister davantage en vous faisant le récit de l’injustice dont j’ai été la victime…. » Camille CLAUDEL (Sculptrice française / Extrait d’une correspondance adressée en 1915 env. à l’une de ses cousines)

Camille dans l’atelier qu’elle partageait, rue Notre-Dame des Champs, avec une autre sculptrice Jessie Lipscomb – 1887 –

Mon piano … par Franz LISZT

 » Mon piano, c’est pour moi ce qu’est au marin sa frégate, ce qu’est à l’Arabe son coursier, plus encore peut-être, car mon piano, jusqu’ici, c’est moi, c’est ma parole, c’est ma vie ; c’est le dépositaire intime de tout ce qui s’est agité dans mon cerveau aux jours les plus brûlants de ma jeunesse ; c’est là qu’ont été tous mes désirs, tous mes rêves, toutes mes joies et toutes mes douleurs. Ses cordes ont frémi sous toutes mes passions, ses touches dociles ont obéi à tous mes caprices. Il tient, à mes yeux, le premier rang, dans la hiérarchie des instruments ; il est le plus généralement cultivé, le plus populaire de tous ; cette importance et cette popularité, il les doit en partie, à la puissance harmonique qu’il possède exclusivement ; et, par suite de cette puissance, à la faculté de résumer et de concentrer en lui l’art tout entier. Me parler d’envisager de délaisser mon piano, c’est envisagé un jour de grande tristesse. Dans l’espace de sept octaves, il embrasse toute l’étendue d’un orchestre, il est un orchestre à lui tout seul et les doigts d’un seul homme suffisent pour rendre les harmonies parfaites produites par cent instruments. Jamais je ne pourrai le délaisser pour le retentissant succès d’un orchestre . » Franz LISZT (Pianiste virtuose, transcripteur et compositeur hongrois)

Franz LISZT 1811/1886

La peinture … par Eugène DELACROIX

«  La peinture est le métier le plus difficile. Il faut l’érudition, comme au compositeur, mais il faut aussi l’exécution, comme au violon. Quand j’ai fait un beau tableau, je n’ai pas écrit une pensée. C’est ce qu’ils disent. Qu’ils sont simples ! Ils ôtent à la peinture tous ses avantages. L’écrivain dit presque tout pour être compris. Dans la peinture, il s’établit comme un pont mystérieux entre l’âme des personnages et celle du spectateur. Il voit des figures, de la nature extérieure ; mais il pense intérieurement, de la vraie pensée commune à tous les hommes.  Ce qu’il y a de plus réel pour moi, ce sont les illusions que je créé avec ma peinture. Le reste est un sable mouvant. » Eugène DELACROIX (Peintre français)

 » Auto-portrait  » 1837 Eugène DELACROIX

Peindre d’après nature … Paul GAUGUIN

 » Copier la nature, qu’est-ce que cela veut dire ? Suivre les maîtres ? Mais pourquoi donc les suivre ? Ils ne sont des maitres que parce qu’ils n’ont suivi personne. Un conseil, ne copiez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction : tirez-là de la nature en rêvant devant et pensez plus à la création qu’au résultat. Personnellement, je me contente de fouiller mon moi-même et non la nature. Il y a, en somme, en peinture, plus à chercher la suggestion que la description. L’artiste ne doit pas copier la nature, mais prendre les éléments de la nature et créer un nouvel élément.  » Paul GAUGUIN (Peintre postimpressionniste français)

Paul GAUGUIN (1848/1903)

Copier les anciens …

 » On est généralement d’accord qu’il n’y a point de honte à copier les anciens. Leurs œuvres sont considérées comme une réserve commune, toujours ouverte au public, où chacun peut prendre ce qui lui plait et qui nous devient propre à tous égards, pourvu que l’on ait l’art d’en user. » Joshua REYNOLDS (Peintre anglais, essayiste, graveur. Co-fondateur et premier président de la Royal Academy )

Jean-François MILLET …

 » Il en est qui me disent que je nie les charmes de la campagne. J’y trouve bien plus que des charmes : d’infinies splendeurs. J’y vois, tout comme eux, les petites fleurs dont le Christ disait : « Je vous assure que Salomon même dans toute sa gloire, n’a jamais été vêtu comme l’une d’elles. » Je vois très bien les auréoles des pissenlits, et le soleil qui étale là-bas, bien loin par delà les pays, sa gloire dans les nuages. Je n’en vois pas moins dans la plaine, tout fumants, les chevaux qui labourent ; puis, dans un endroit rocheux, un homme tout errené, dont on a entendu les han ! depuis le matin, qui tâche de se redresser un instant pour souffler. Le drame est enveloppé de splendeurs. Cela n’est pas de mon invention, et il y a longtemps que cette expression « le cri de la terre » est trouvée…… A vrai dire, les sujets paysans conviennent le mieux à ma nature, car je dois avouer, au risque que vous me preniez pour socialiste, que le côté humain est ce qui me touche le plus dans l’art. La chose la plus gaie que je connaisse, c’est le calme, le silence, qui sont si délicieux, tant dans la forêt que dans les champs cultivés, que le sol soit cultivable ou non. Vous avouerez qu’il vous donne toujours une sensation très rêveuse, et que le rêve est triste, quoique souvent très délicieux.  » Jean-François MILLET (Propos tenus dans des correspondances adressées en 1850 et 1863 au marchand d’art, critique et historien de l’art Alfred SENSIER )

Jean-François MILLET (1814/1875)- Photo prise par NADAR entre 1856/58

L’intérêt dans une toile… par Alfred SISLEY

Alfred SISLEY (1839 /1899)

 » L’intérêt dans une toile, vous le savez, est multiple. Le sujet, le motif, doit toujours être rendu d’une façon simple, compréhensible, saisissante pour le spectateur. Celui-ci doit être amené, par l’élimination des détails superflus, à suivre le chemin que le peintre lui indique, et voir, tout d’abord, ce qui a empoigné l’exécutant.

Après le sujet, une des qualités les plus intéressantes du paysage est le mouvement, la vie. C’est aussi une des plus difficiles à réaliser. C’est l’émotion de l’exécutant qui donne la vie, et c’est avec cette émotion qu’il éveille celle du spectateur. Il faut que les objets soient rendus avec leur texture propre. Il faut encore (et surtout) qu’ils soient enveloppés de lumière, comme il le sont dans la nature. Voilà le progrès à faire. En est-il de plus magnifique, et de plus mouvementé, que celui qui se reproduit fréquemment en été ? Je veux parler du ciel bleu avec les beaux nuages blancs baladeurs. Quel mouvement ! Quelle allure n’est-ce-pas ?

Il fait l’effet de la vague quand on est en mer. Il exalte, il entraine. Un autre ciel : celui-là le soir plus tard. Ses nuages s’allongent, prennent souvent la forme des sillages, des remous qui semblent immobilisés au milieu de l’atmosphère. Puis, peu à peu, disparaissent, absorbés par le soleil couchant. Celui-là est plus tendre, plus mélancolique. Il a le charme des choses qui s’en vont, et je l’aime particulièrement. Mais je ne veux pas vous raconter tous les ciels chers aux peintres. Je ne vous parle que de ceux que je préfère entre tous. J’appuie sur cette partie du paysage, parce que je voudrais vous faire bien comprendre l’importance que j’y attache. Comme indication : je commence toujours une toile par le ciel. » Alfred SISLEY (Peintre anglais – Propos tenus Sisley dans une lettre adressée en 1892 à l’écrivain, critique d’art, collectionneur et journaliste français Adolphe TAVERNIER – Ce dernier fut l’un de ses proches et l’un de ses plus fervents collectionneurs. Il dira de lui qu’il fut  » un magicien de la lumière, un poète des ciels, des eaux, des arbres, en un mot un des plus remarquables paysagistes de nos jours » .

 » La Seine à Bougival  » Alfred SISLEY
« La baie de Langland » Alfred SISLEY
 » La prairie à Veneux Nadon  » Alfred SISLEY
« Le printemps avec des acacias » Alfred SISLEY
« Pont de Moret au coucher du soleil «  Alfred SISLEY

La musique … par Murray PERAHIA

 » La musique est toute ma vie, au sens plein du terme, pas seulement ma carrière. En jouant je cherche d’abord un son. Je veux obtenir un piano chantant, un jeu cantabile. Tout doit paraitre normal et naturel. Cela peut sembler un cliché, mais c’est fondamental. La musique doit être immédiatement accessible, même si tout le monde ne la perçoit pas au même niveau. Il y a une vingtaine d’années on a découvert une déformation osseuse à l’un de mes pouces et je souffre, par intermittence, d’inflammations. J’ai bien cru, très souvent, ne plus pouvoir jouer, d’autant que la dernière fois a duré plus d’un an. Puis mes capacités sont revenues. Moi j’ai vécu l’enfer ! Mon entourage me disait  » si tu ne peux plus jouer du piano, tu te concentreras sur la direction d’orchestre … » Mais je n’envisageais pas les choses ainsi car sans mon piano, rien n’est possible pour moi.

Lorsque j’ai débuté dans les années 60, on entendait beaucoup de virtuoses au jeu mécanique. C’est moins le cas aujourd’hui et c’est une bonne chose. Cependant, je vois aussi un danger : la jeune génération veut aller trop vite et pas assez au fond des choses. Elle a souvent tendance à exprimer systématiquement ses sentiments à travers la musique. Il faut le faire bien sur, mais uniquement par le prisme du compositeur. Dans tous les domaines on cherche la gratification immédiate et par conséquent la simplification à outrance. Pourtant il faut préserver la musique classique car elle est l’incarnation de la démocratie.  » Murray PERAHIA (Pianiste et chef américain)

Murray PERAHIA

Les doigts et le piano …

CHOPIN MAIN
Moulage de la main gauche de Frédéric CHOPIN par Auguste CLÉSINGER –  » La main gauche c’est simplement le maître de chapelle. Elle ne doit jamais fléchir. C’est une véritable horloge. Quand à la droite, faites-en ce que vous voulez et ce que vous pouvez“ Frédéric CHOPIN (Compositeur polonais, pianiste virtuose)

 » Pendant longtemps, les pianistes ont travaillé contre la nature en cherchant à donner une sonorité égale à chaque doigt. Au contraire, chaque doigt devrait avoir sa propre partie. Le pouce a la plus grande force, parce qu’il est le plus gros et le plus indépendant des doigts. Vient ensuite le cinquième, à l’autre extrémité de la main. Puis l’index, son support principal. Enfin, le troisième, qui est le plus faible des doigts. Quant à son frère siamois, certains pianistes essaient, en y mettant toute leur force, de le rendre indépendant. C’est chose impossible et vraiment inutile. Il y a donc plusieurs espèces de sonorités, comme il y a plusieurs doigts. Il s’agit d’utiliser ces différences. Et ceci, en d’autres mots, est tout l’art du doigté.  »  Frederic CHOPIN (Pianiste et compositeur polonais) .