Il me semble avoir lu …

 » Il me semble avoir lu que nous lisons moins les livres qu’ils ne nous lisent. Nous croyons aller vers eux, vers ce qu’ils nous disent, entrer en eux : ils viennent à nous, ils font surgir de nos oublis des pans et des verstes de notre vie. Leur voix nous peuple d’échos. Ils suscitent en nous des horizons. Ils descellent des profondeurs, nous révèlent des puits, des citernes. Le livre de papier encore ouvert dans nos mains, nous voici lisant au livre de nous-mêmes. Peut-être que les livres que nous aimons le plus et que nous admirons, sont ceux qui rallument en nous ce que nous ne savions plus, même éteint.  » Claude Henri ROCQUET ( Écrivain français – Extrait de son livre Lecture de Rimbaud-Les Carnets d’Hermès ) – Verste : unité de mesure, de longueur, de distance –

Claude Henri ROCQUET
Claude Henri ROCQUET ( 1933-2016)

 

La lecture …

 »  Il arrive que je reconnaisse l’intelligence d’un écrivain ou la fluidité et l’élégance de son style, mais que je ne ressente pas grand-chose de plus. De tels livres semblent s’évaporer presque immédiatement après que je les ai lus, sans doute parce que la mémoire est consolidée par l’émotion. Les expériences d’émotion intense s’attardent dans l’esprit ; les tièdes, non. Les grands livres, à mon avis, se distinguent par une urgence dans le récit, une nécessité que l’on peut sentir viscéralement. La lecture n’est pas une activité purement cognitive consistant à déchiffrer des signes; c’est l’entrée dans une danse de significations dont les résonances vont bien au-delà de ce qui n’est qu’intellectuel. »  Siri HUSTEVDT (Écrivaine américaine, poétesse, essayiste – Extrait de son livre Vivre, penser, regarder )

Siri HUSTVEDT
Siri HUSTVEDT

 

 

 

 

Pourquoi lisez-vous ?

 » Alors, pourquoi lisez-vous?
Par goût d’abord, et puis parce que ça me manque autant de ne pas lire que de ne pas fumer, et aussi pour me connaître moi-même. Quand je lis, on dirait que seuls mes yeux suivent les lignes, mais, de temps à autre, je tombe sur un passage, quelquefois une simple phrase, qui m’offre une signification précise et qui devient partie intégrante de moi-même. J’ai tiré alors du livre tout ce qu’il peut me donner et je n’en sortirais pas davantage si je le lisais une douzaine de fois. Nous sommes comme un bouton de fleur ; la plus grande partie de nos lectures glisse sur nous, mais certaines choses, au sens plus profond, ouvrent un pétale. Un à un, les pétales s’épanouissent, et, enfin, la fleur se forme. » William Somerset MAUGHAM ( Romancier anglais, nouvelliste, dramaturge – Extrait de son livre Servitude humaine/1915)

SOMERSET MAUGHAM
William Somerset MAUGHAN 1874/1965

 

Une librairie …

 » Une librairie c’est l’endroit où l’on pense trouver ce que l’on cherche, et dont on ressort souvent avec des livres auxquels ont avait jamais songé. Le livre que vous tenez entre les mains est une ode au plus beau métier du monde. Une reconnaissance de dette par des écrivains conscients que les artisans de leur réussites sont aussi ceux qui permettent à une œuvre de papier d survivre au sein de cette jungle moderne qu’est devenue la vie. Car il ne suffit pas d’être publié pour être lu. Soyons honnêtes : il n’y a pas de livre sans librairie, pas d’écrivain sans librairie. » François BUSNEL ( Écrivain, journaliste, critique littéraire, animateur radio et télévision, producteur – Extrait de son livre Lettres à mon libraire )

LIBRAIRIE

Il y a des livres écrits de telle sorte …

 » Il y a des livres écrits de telle sorte que, parfois, il font, sur certains lecteurs, un effet semblable à celui de ces coquillages que l’on presse contre son oreille ; et soudain, on entend la rumeur de son sang mugir en sourdine dans la conque. Le bruit de l’océan, le bruit du vent, le bruit de notre propre cœur. Un bruissement de limbes. Il a lu ce livre qui à d’autres ne raconte qu’une histoire étrange, confuse, dont ils ne franchissent pas le seuil, et le livre se sera posé contre son oreille ; un livre en creux, en douve, en abîme, où une nuée d’échos se sera mise à chuchoter …  » Sylvie GERMAIN ( Romancière française, essayiste et dramaturge / Extrait son livre Magnus )

Shells and books still life by Benedict Ramos
 » Livres et coquillages  » – Photo/Nature-morte  de Benedict RAMOS

Un des privilèges …

 » Un des privilèges de ma bibliothèque, c’est qu’elle m’a libérée d’un complexe de culpabilité : celui de ne pas me souvenir de tous les livres que j’ai lus. J’ai oublié le début, la fin, l’histoire entière de tas de livres, ce qui me permet d’en relire certains comme si c’était la première fois. » Paola CALVETTI ( Écrivain et journaliste italienne)

LIVRE Friedrich Frotzel
Tableau : Friedrich FROTZEL

Les trois quarts du temps …

 » Les trois quarts du temps, il me suffisait de lire le résumé commercial et ouvrir le livre à quatre ou cinq pages différentes pour avoir un idée très suffisante du contenu. Très suffisante en tout cas pour pouvoir donner la réplique au malheureux qui se laissait prendre à ces artifices : la couverture illustrée, le dépliant, la photo de l’auteur avec la petite notice biographique. Les livres sont très chers, et tout cela y est pour quelque chose; c’est bien la preuve que les gens se soucient peu d’acheter de la bonne littérature; ils veulent avoir lu le livre recommandé par leur club, celui dont on parle, et ils se moquent bien de ce qu’il y a dedans.  » Boris VIAN ( Écrivain, poète, scénariste, conférencier, critique, chanteur, musicien de jazz, ingénieur  – Extrait de son livre J’irai cracher sur vos tombes – Un livre paru sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, publié en 1946)

Boris VIAN
Boris VIAN ( 1920 – 1959 )

Il y avait une multitude de petits mondes …

 » Il y avait là une multitude de petits mondes, rangés bien sagement côte à côte. Tour à tour sublimes et ordinaires, impérieux ou légendaires, intimes et familiers. De merveilles matinales en mélancolies nocturnes, l’ensemble des étagères formait un tout. Un univers. Un univers en expansion puisque chaque semaine un ou deux romans venaient tranquillement prendre place à côté des autres. Il y en avait qui se terminaient là où l’auteur l’avait décidé. Le point final du dernier chapitre brisant à tout jamais l’espoir que ce petit monde fût encore à découvrir.

Mais il y avait aussi quelques ouvrages que je n’avais pas lus jusqu’au bout. Faute de temps ou d’envie. La fin provisoire de ces histoires-là était balisée le plus souvent par un marque-page ou quelquefois par une photographie oubliée. A ce moment-là, c’est le souvenir d’un tout autre tout petit monde qui me revenait en mémoire. Un monde n’appartenant pas à cet univers-là. Quoique …

Il y avait enfin tous les livres que je n’avais pas ouverts. Terriblement attirants, ils conservaient fièrement leur statut de mondes inconnus. Me confortant une fois de plus dans l’idée que je puisse encore exister quelque part. » Thierry MURAT ( Auteur de B.D. et illustrateur de livres pour la jeunesse)

BIBLIOTHEQUE 4

 

 

Savoir lire …

 » Savoir lire c’est allumer une lampe dans l’esprit, relâcher l’âme de sa prison, ouvrir une porte sur  l’univers. » Pearl BUCK ( Femme de Lettres américain, écrivain, Prix Nobel de littérature(1938) – Extrait de son livre Pavillon de femmes/1946)

PEARL BUCK
Pearl BUCK (1892-1973 )

Le langage et la littérature …

La littérature reste le seul moyen opérant pour maîtriser le langage. Le langage, c’est ce qui est fondamental. Pas seulement pour vous permettre de vous exprimer d’une manière intelligente, nuancée, avec toutes les précisions que vous jugez nécessaires. Le langage c’est ce qui permet à votre pensée de s’organiser. Le langage c’est ce qui déploie et structure votre imagination, régit votre sensibilité, vos émotions, vos passions. Et cette richesse vous ne pouvez pas l’acquérir en regardant la télévision ou en voyant des films : c’est le roman, la poésie, les grands essais qui vous la donnent.

Lire, c’est posséder contre les insuffisances de la vie. Lire, c’est se mettre en état d’alerte permanent contre toute forme d’oppression, de tyrannie. C’est se blinder contre la manipulation de ceux qui veulent nous faire croire que vivre entre les barreaux, c’est vivre en sécurité. La littérature vous fait désirer une autre vie que la vie réelle ne peut pas vous donner, et forge donc des esprits critiques, épris d’idéal, tandis que l’extraordinaire machinerie audiovisuelle est là pour nous amuser et créer des sujets passifs et conformistes. Un monde sans littérature serait un monde sans insolence. Un monde d’automates. » Mario VARGAS LLOSA ( Écrivain espagnol – romans et essais politiques – Lauréat du prix Nobel de littérature en 2010)

mario vargas Llosa
Mario VARGAS LLOSA