Lire n’importe où ….

» Le succès le plus grand rencontré par les livres, ainsi que leur diffusion, firent que tout environnement était devenu plus ou moins propice à la lecture sauf si une grande concentration était nécessaire. Mais où ? N’importe où ! Même dans les gares bruyantes ? Les livres étaient de parfaits compagnons quand on attendait, parfaits quand on voyageait. La lecture allait de pair avec l’idée que la beauté de la nature pouvait nous aider à méditer sur la vie.

Tableau de Léopold EGG

Les personnages silencieux et seuls dans un paysage, profondément absorbés par leur monde livresque, pouvaient parfois, que cela soit ou non l’intention de l’artiste, dégager une impression de gravité. Autrefois, la seule place appropriée pour un livre était l’église, le palais ou l’école.

Au XVIIIe siècle, les élites ont découvert, avec l’intention du roman, la lecture pour le plaisir, puis celle-ci a fait partie de la vie de tous les jours grâce aux créateurs de la modernité : les bourgeois. Leurs artistes préférés regardaient ce qui se passait autour d’eux, comme le font toujours les artistes, et ils découvrirent des lecteurs partout.  » Jamie CAMPLIN (Écrivain, spécialisé en histoire de l’art , ex-directeur éditorial de Thames & Hudson ) et Maria RANAURO ( Écrivain en histoire de l’art au Courthauld Institute of Art, responsable au service iconographique à Thames & Hudson) 

Tableau de Joseph SEYMOUR
Tableau de James JEBUSA SHANNON

Une bibliothèque …

 » La notion de bibliothèque est fondée sur un malentendu, à savoir qu’on irait à la bibliothèque pour chercher un livre dont on connaît le titre. C’est vrai que cela arrive souvent, mais la fonction essentielle de la bibliothèque, de la mienne, et de celle de mes amis à qui je rends visite, c’est de découvrir des livres dont on ne soupçonnait pas l’existence et dont on découvre qu’ils sont pour nous de la plus grande importance. Bien sûr on peut faire cette découverte en feuilletant le catalogue mais il n’y a rien de plus révélateur et de plus passionnant que l’explorer des rayons où se trouvent par exemple rassemblés tous les livres sur un sujet donné, chose que le catalogue auteurs ne donnera pas, et de trouver à côté du livre qu’on était allé chercher un autre livre qu’on ne cherchait pas et qui se révèle être fondamental. La fonction idéale d’une bibliothèque est donc un peu semblable à celle du bouquiniste chez qui on fait des trouvailles et seul le libre accès aux rayons le permet » Umberto ECO (Écrivain italien – Extrait de son livre De Bibliotheca

Marientplatz Librairy à Munich ( Allemagne )

Une bibliothèque …

 » Une bibliothèque est comme le lien de mémoire de notre existence. Elle nous chuchote d’anciennes joies, murmure encore nos lacunes et trahit des promesses de lecture non tenues. Elle nous offre le réconfort permanent de merveilleux souvenirs que l’on pourrait reproduite. Le vrai miroir d’un lecteur est sa bibliothèque. On y retrouve en un instant tout son esprit et toute son âme. » Édouard PHILIPPE (Homme politique français – Extrait de son livre Des hommes qui lisent )

BIBLIOTHEQUE 6

Le lecteur, le vrai lecteur …

» Le lecteur, je veux dire le vrai lecteur,  est presque toujours un ami. Il est allé choisir le livre, il l’a emporté sous son bras, il l’a invité chez lui. Il va le lire en silence, installé dans le coin qu’il aime, entouré de son décor familier.
Il va le lire seul, et ne supportera pas qu’une autre personne vienne lire par-dessus son épaule. Il est sans doute en robe de chambre ou en pyjama, sa pipe à la main : sa bonne foi est entière. Cela ne veut pas dire qu’il aimera le livre : il va peut-être, à la trentième page, hausser les épaules, il va peut-être dire avec humeur : «  Je me demande pourquoi on imprime de pareilles sottises !  » Marcel PAGNOL ( Extrait de La Gloire de mon Père – Tome I/Souvenirs d’enfance) 

Art image by L. Carol Parson on Reading Pleasures | Reading art ...
Tableau de Charles SPENCELAYH 

Il me semble avoir lu …

 » Il me semble avoir lu que nous lisons moins les livres qu’ils ne nous lisent. Nous croyons aller vers eux, vers ce qu’ils nous disent, entrer en eux : ils viennent à nous, ils font surgir de nos oublis des pans et des verstes de notre vie. Leur voix nous peuple d’échos. Ils suscitent en nous des horizons. Ils descellent des profondeurs, nous révèlent des puits, des citernes. Le livre de papier encore ouvert dans nos mains, nous voici lisant au livre de nous-mêmes. Peut-être que les livres que nous aimons le plus et que nous admirons, sont ceux qui rallument en nous ce que nous ne savions plus, même éteint.  » Claude Henri ROCQUET ( Écrivain français – Extrait de son livre Lecture de Rimbaud-Les Carnets d’Hermès ) – Verste : unité de mesure, de longueur, de distance –

Claude Henri ROCQUET
Claude Henri ROCQUET ( 1933-2016)

 

La lecture …

 »  Il arrive que je reconnaisse l’intelligence d’un écrivain ou la fluidité et l’élégance de son style, mais que je ne ressente pas grand-chose de plus. De tels livres semblent s’évaporer presque immédiatement après que je les ai lus, sans doute parce que la mémoire est consolidée par l’émotion. Les expériences d’émotion intense s’attardent dans l’esprit ; les tièdes, non. Les grands livres, à mon avis, se distinguent par une urgence dans le récit, une nécessité que l’on peut sentir viscéralement. La lecture n’est pas une activité purement cognitive consistant à déchiffrer des signes; c’est l’entrée dans une danse de significations dont les résonances vont bien au-delà de ce qui n’est qu’intellectuel. »  Siri HUSTEVDT (Écrivaine américaine, poétesse, essayiste – Extrait de son livre Vivre, penser, regarder )

Siri HUSTVEDT
Siri HUSTVEDT

 

 

 

 

Pourquoi lisez-vous ?

 » Alors, pourquoi lisez-vous?
Par goût d’abord, et puis parce que ça me manque autant de ne pas lire que de ne pas fumer, et aussi pour me connaître moi-même. Quand je lis, on dirait que seuls mes yeux suivent les lignes, mais, de temps à autre, je tombe sur un passage, quelquefois une simple phrase, qui m’offre une signification précise et qui devient partie intégrante de moi-même. J’ai tiré alors du livre tout ce qu’il peut me donner et je n’en sortirais pas davantage si je le lisais une douzaine de fois. Nous sommes comme un bouton de fleur ; la plus grande partie de nos lectures glisse sur nous, mais certaines choses, au sens plus profond, ouvrent un pétale. Un à un, les pétales s’épanouissent, et, enfin, la fleur se forme. » William Somerset MAUGHAM ( Romancier anglais, nouvelliste, dramaturge – Extrait de son livre Servitude humaine/1915)

SOMERSET MAUGHAM
William Somerset MAUGHAN 1874/1965

 

Une librairie …

 » Une librairie c’est l’endroit où l’on pense trouver ce que l’on cherche, et dont on ressort souvent avec des livres auxquels ont avait jamais songé. Le livre que vous tenez entre les mains est une ode au plus beau métier du monde. Une reconnaissance de dette par des écrivains conscients que les artisans de leur réussites sont aussi ceux qui permettent à une œuvre de papier d survivre au sein de cette jungle moderne qu’est devenue la vie. Car il ne suffit pas d’être publié pour être lu. Soyons honnêtes : il n’y a pas de livre sans librairie, pas d’écrivain sans librairie. » François BUSNEL ( Écrivain, journaliste, critique littéraire, animateur radio et télévision, producteur – Extrait de son livre Lettres à mon libraire )

LIBRAIRIE