Les seuls livres …

 » Les seuls livres dignes d’être lus sont ceux qui rendent sensible, non pas dans des phrases explicites, non pas même par le fil de l’intrigue, mais dans leur texture même, leur tissu de mots, à la fois ce que la vie a d’impossible et ce qu’elle a d’admirable. Ce qui fait d’un livre une œuvre d’art, c’est précisément tout ce qui empêche de le résumer en une formule, toute cette richesse, cette beauté secrète qui bien souvent contredit d’une certaine manière (serait-ce l’insu de l’auteur lui-même) le mouvement visible de sa pensée. » Philippe JACCOTTET (Écrivain, poète, critique littéraire, traducteur suisse vaudois – Extrait de son livre Ivre de livres)

Philippe JACCOTTET 1925/2021

Une librairie …

 » Qu’est-ce qu’une librairie ? Bien plus, bien autre chose qu’une série d’étagères où se morfondent des ouvrages. C’est un lieu, un lieu de lumière et de chaleur. Un lieu de partages et de confidences. Une géographie de fraternités. Un lieu qui lie. » Eric ARNOULT dit Erik ORSENNA (Écrivain français, membre de l’Académie française)

Les Bibliothèques …

 » Je vais vous parler de lecture. Je vais vous dire que les bibliothèques sont importantes. Je vais suggérer que lire de la fiction, lire pour le plaisir, est une des plus importantes activités à laquelle on puisse s’adonner. Je vais lancer un appel passionné pour que les gens comprennent ce que sont les bibliothéques et les bibliothécaires et qu’il faut les préserver ..

Les bibliothèques sont une affaire de liberté. Liberté de lire, liberté d’idées, liberté de communication. Les bibliothèques sont en réalité des portes sur l’avenir. Aussi est-il regrettable que, partout dans le monde, nous voyions des autorités locales saisir toutes les occasions de fermer des bibliothèques comme un moyen facile d’économiser de l’argent, sans s’apercevoir qu’ils volent l’avenir pour payer le présent. Ils closent des portes qui devraient rester ouvertes.

Nous avons obligation de soutenir les bibliothèques. D’utiliser les bibliothèques, d’encourager les autres à les utiliser, de manifester contre leur fermeture. Si vous n’attachez pas de prix aux bibliothèques, alors vous n’en attachez ni à l’information, ni à la culture, ni à la sagesse. Vous réduisez au silence les vois du passé et vous nuisez à l’avenir  » Neil GAIMAN (Romancier et scénariste britannique -Propos tenus en 2013 lors d’une conférence-militante à Londres dans laquelle il a pris la défense de la lecture et s’est insurgé sur la fermeture des bibliothèques dans certains pays)

Bibliothèque du monastère de Strahov à Prague

Tout livre …

 » Les œuvres ne nous éloignent pas de la vie, elles nous y ramènent, nous aident à vivre mieux, en rendant au regard son plus haut objet. Tout livre, digne de ce nom, s’ouvre comme une porte ou une fenêtre. » Philippe JACCOTTET ( Poète, écrivain, critique littéraire, traducteur suisse / Extrait de son livre Paysages avec figures absentes )

L’atmosphère d’une bibliothèque …

 » L’atmosphère de la bibliothèque déserte, tôt le matin, me comble de bonheur. À l’idée de tous les mots, de tous les mondes imaginaires qui reposent paisiblement dans ces pièces, je déborde du désir de préserver la beauté et l’harmonie du lieu.  » Haruki MURAKAMI (Écrivain japonais contemporain)

Bibliothèque MORGAN LIBRAIRY & MUSEUM à NEW YORK

Il n’existe qu’une façon de lire …

 » Il n’existe qu’une façon de lire, et elle consiste à flâner dans les bibliothèques ou les libraires, à prendre les livres qui vous attirent et ne lire que ceux-là, à les abandonner quand ils vous ennuient, à sauter les passages qui traînent,  et à ne jamais, jamais rien lire parce qu’on s’y sent obligé, ou parce que c’est la mode . Rappelez- vous qu’un livre qui vous ennuie à vingt ou trente ans, vous ouvrira ses portes quand vous en aurez quarante ou cinquante – et vice versa. Ne lisez pas un livre quand ce n’est pas le bon moment pour vous. Gardez l’esprit ouvert. Par dessus tout, sachez que le fait de devoir passer un ou deux ans sur un seul livre ou un seul auteur, signifie qu’on vous enseigne mal. On aurait dû vous apprendre à lire d’un élan à un autre, à suivre vos propres intuitions pour déterminer vos besoins. » Doris LESSING (Écrivain britannique-Extrait de son livre Le carnet d’or )

 » Le rat de bibliothèque  » – Carl SPITZWEG

Il y a lire et lire & un livre …

 » Bien des gens ne lisent que pour éloigner l’ennui, comme ils écoutent la radio, regardent la télé, les images, ou feuillettent les journaux. L’imprimé pullule et on pourrait dire après tout que les gens n’ont jamais tant lu. Mais il y a lire et lire. La vraie lecture commence quand on ne lit plus seulement pour se distraire ou se fuir, mais pour se trouver. Il y a un jour où tout inconsciemment on passe de l’un à l’autre. Ce n’est pas volontaire, mais l’effet du plaisir même, d’une sorte d’envoûtement dont un livre qu’on tient dans ses mains et que l’on ne peut plus quitter, est la cause. Ce n’est pas non plus encore lire que de lire pour apprendre, pour savoir, pour s’informer, et pour des raisons professionnelles.

La vraie lecture est la chose la plus intime et la plus désintéressée, encore qu’il ne s’y agisse que de nous-mêmes. C’est un temps qu’on se donne pour ne plus vivre par influence, par contagion, mais pour reconnaitre, choisir son propre chemin et devenir soi-même.

Un livre est un outil de liberté. Nous y découvrons la vie d’un autre, soit l’auteur, soit l’un des personnages qu’il a créés, et nous l’examinons avec une bien autre instance et une bien autre loyauté que la nôtre propre, et ainsi, devenons-nous un peu autres que nous-mêmes sans y prendre garde. Un livre est un objet devant soi, quelque chose sur quoi on peut réfléchir, à quoi on peut revenir, qu’on peut corriger, contredire, discuter, quelque chose qu’on juge. Les images, les sons passent aussi vite que les moments successifs de la vie.

Un livre reste. Il faut devant lui dire oui ou non. Il fallait autrefois, pour former un homme, le tirer de son silence et lui faire entendre le chant du monde autour de lui. Il faut peut-être autant aujourd’hui le ramener à son silence, le sauver du bruit et le reconduire à la solitude. Un livre est une conversation et tout l’ensemble, cependant, un exercice de solitude. Je veux écarter ici l’anecdote personnelle, mais je repense souvent à ces nuits de mon adolescence durant lesquelles je me battais avec le destin et découvrais dans les livres ce que pouvait être une vie libre par opposition à celle que je subissais.

Lit-on un grand roman ? On s’identifie à son héros. On y vit par procuration, et cela devient plus conscient, et vient le moment où on ne lit plus pour aucun intérêt, pour aucun profit, rien que pour « admirer » en toute gratuité et dans une joie indéfinissable, au-delà de soi-même. Dès lors, on devient alors de plus en plus difficile. On ne supporte plus les fantômes d’auteurs, les fantômes d’ouvrages. Mais un vrai livre est devenu la chose la plus précieuse, un homme vous parle et il vous semble qu’il dit précisément ce que vous attendiez, ce que vous vouliez dire mais n’auriez jamais su dire. C’est tout simple et merveilleusement étrange.

Ces mots, qui sont aussi vos mots, comme par l’effet d’un charme, sont doués soudain d’un nouveau pouvoir, et vous êtes curieusement débarrassé de vous-même et devenu un autre, plus fin, plus délicat, plus profond que vous-même. Vous êtes dans le monde où vous aimeriez vivre, mais vous n’aviez jamais imaginé qu’il pût être si beau. »  » Jean GUÉHENNO (Écrivain, critique littéraire français – Extrait de son livre Carnets du vieil écrivain)

Jean GUÉHENNO 1890/1978

Une bibliothèque …

 » Une bibliothèque, c’est une âme de cuir et de papier. Il n’y a pas meilleur moyen pour fouiller dans les tréfonds d’une psyché que de jeter un œil aux ouvrages qui la composent. La sélection, le rangement, le contenu, même la qualité de la reliure : tous les détails sont importants. » Fabien CLAVEL (Écrivain français – Extrait de son livre Feuillets de cuivre)

Lire n’importe où ….

» Le succès le plus grand rencontré par les livres, ainsi que leur diffusion, firent que tout environnement était devenu plus ou moins propice à la lecture sauf si une grande concentration était nécessaire. Mais où ? N’importe où ! Même dans les gares bruyantes ? Les livres étaient de parfaits compagnons quand on attendait, parfaits quand on voyageait. La lecture allait de pair avec l’idée que la beauté de la nature pouvait nous aider à méditer sur la vie.

Tableau de Léopold EGG

Les personnages silencieux et seuls dans un paysage, profondément absorbés par leur monde livresque, pouvaient parfois, que cela soit ou non l’intention de l’artiste, dégager une impression de gravité. Autrefois, la seule place appropriée pour un livre était l’église, le palais ou l’école.

Au XVIIIe siècle, les élites ont découvert, avec l’intention du roman, la lecture pour le plaisir, puis celle-ci a fait partie de la vie de tous les jours grâce aux créateurs de la modernité : les bourgeois. Leurs artistes préférés regardaient ce qui se passait autour d’eux, comme le font toujours les artistes, et ils découvrirent des lecteurs partout.  » Jamie CAMPLIN (Écrivain, spécialisé en histoire de l’art , ex-directeur éditorial de Thames & Hudson ) et Maria RANAURO ( Écrivain en histoire de l’art au Courthauld Institute of Art, responsable au service iconographique à Thames & Hudson) 

Tableau de Joseph SEYMOUR
Tableau de James JEBUSA SHANNON

Une bibliothèque …

 » La notion de bibliothèque est fondée sur un malentendu, à savoir qu’on irait à la bibliothèque pour chercher un livre dont on connaît le titre. C’est vrai que cela arrive souvent, mais la fonction essentielle de la bibliothèque, de la mienne, et de celle de mes amis à qui je rends visite, c’est de découvrir des livres dont on ne soupçonnait pas l’existence et dont on découvre qu’ils sont pour nous de la plus grande importance. Bien sûr on peut faire cette découverte en feuilletant le catalogue mais il n’y a rien de plus révélateur et de plus passionnant que l’explorer des rayons où se trouvent par exemple rassemblés tous les livres sur un sujet donné, chose que le catalogue auteurs ne donnera pas, et de trouver à côté du livre qu’on était allé chercher un autre livre qu’on ne cherchait pas et qui se révèle être fondamental. La fonction idéale d’une bibliothèque est donc un peu semblable à celle du bouquiniste chez qui on fait des trouvailles et seul le libre accès aux rayons le permet » Umberto ECO (Écrivain italien – Extrait de son livre De Bibliotheca

Marientplatz Librairy à Munich ( Allemagne )