Avec les mots …

 » Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment, ils ont l’air de rien les mots, pas l’air de dangers bien sûr, plutôt de petits vents, de petits sons de bouche, ni chauds, ni froids, et facilement repris dès qu’ils arrivent par l’oreille à l’énorme ennui gris mou du cerveau. On ne se méfie pas d’eux des mots et le malheur arrive.
Des mots, il y en a des cachés parmi les autres, comme des cailloux. On les reconnaît pas spécialement et puis les voilà qui vous font trembler pourtant toute la vie qu’on possède, et tout entière, et dans son faible et dans son fort. C’est la panique alors. Une avalanche. On en reste là comme un pendu, au-dessus des émotions. C’est une tempête qui est arrivée, qui est passée, bien trop forte pour vous, si violente qu’on l’aurait jamais crue possible rien qu’avec des sentiments. Donc, on ne se méfie jamais assez des mots, c’est ma conclusion.  » Louis-Ferdinand DESTOUCHES dit Louis-Ferdinand CÉLINE ou tout simplement CÉLINE (Écrivain français – Extrait de son livre Voyage au bout de la nuit /1932 )

Louis-Ferdinand CÉLINE (1894/1961)

L’écrivain & le lecteur …

 » L’écrivain ne dit, que par une habitude prise dans le langage insincère des préfaces et des dédicaces, mon lecteur. En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n’eût peut-être pas vu en soi-même. La reconnaissance en soi-même, par le lecteur, de ce que dit le livre, est la preuve de la vérité de celui-ci, et vice-versa, au moins dans une certaine mesure, la différence entre les deux textes pouvant souvent être imputée non à l’auteur mais au lecteur. L’auteur n’a pas à s’en offenser, mais au contraire à laisser la plus grande liberté au lecteur en lui disant :  » Regardez vous-même si vous voyez mieux avec ce verre-ci, avec celui-là, ou avec cet autre « .  » Marcel PROUST (Écrivain et poète français – Extrait du septième tome et dernier tome de A la recherche du temps perdu  » , qui s’intitule Le Temps retrouvé )

Marcel PROUST ( 1871/1922) Portrait de Jacques-Émile BLANCHE en 1892 – Il se trouve au Musée d’Orsay/Paris

Une lettre …

 » Bien qu’une lettre n’ai rien que l’on puisse qualifier d’étrange, c’est pourtant une chose magnifique. Alors qu’on pense, avec anxiété, à une personne qui se trouve dans une province éloignée, en se demandant comment elle peut aller, on reçoit d’elle un billet. A le lire, on éprouve la même impression que si l’on se voyait, tout à coup, en face de son ami. C’est merveilleux.

Quand on a expédié une lettre à laquelle on a confié ses pensées, on se sent l’esprit satisfait, même si l’on songe qu’elle pourrait bien ne jamais arriver à destination. Comme j’aurais le cœur triste et comme je me sentirais oppressée si les lettres n’existaient pas ! Lorsque dans une lettre, que l’on veut envoyer à quelque personne, on a écrit, en détail, toutes les choses que l’on avait en tête, c’est déjà une consolation, bien que l’arrivée de la missive puisse être incertaine. Mais, à plus forte raison, quand on reçoit une réponse, la joie que l’on goûte semble capable d’allonger la vie. En vérité, il est sans doute raisonnable de le croire. » SEI SHONAGON (Femme de Lettres japonaise – Extrait de son livre Notes de chevet traduit en français par André BEAUJARD)

Tableau Eugène ACCARD

Moi c’est simple …

 « Moi, c’est simple, je suis comme une éponge ! Tout ce que je vais entendre, je le garde dans un coin, que ce soit au café ou ailleurs. Tout ce que je lis aussi : je suis abonnée à un nombre invraisemblable de magazines et de journaux ! Je suis aussi très contemplative. Je peux regarder pendant des heures des chevaux dans un pré. Pour me lancer dans une histoire, il me faut juste une étincelle, un déclic. Le lecteur a besoin à la fois de s’identifier, donc je m’attache à faire des personnages proches du réel, du quotidien, mais il a besoin aussi de rêver. Le meilleur prix qu’on puisse avoir, c’est quand on s’aperçoit qu’on a vendu des millions de livres à des gens qu’on a rendu heureux.  » Françoise BOURDIN (Romancière française)

Françoise BOURDIN ( 1952/Décembre 2022)

A propos de la machine à écrire …

 » Quand je suis assis devant la machine à écrire, je n’analyse jamais ce qui va arriver ni quel effet cela aura. Il me semble en fait que la machine à écrire fait tout le travail et que je suis juste assis devant sur une chaise, buvant et écoutant la radio et fumant. La machine à écrire chante souvent des chansons qui guérissent la tristesse du cœur. C’est miraculeux. Je ne peux écrire qu’avec la machine. La machine à écrire le maintient circonscrit et confiné. Il le maintient là, là où il devrait être. J’ai essayé d’écrire à la main, mais ça ne marche pas. Un crayon ou un stylo c’est trop intellectuel, trop mou, trop ennuyeux. Il n’y a pas de bruit de mitrailleuse, vous savez. Il n’y a pas d’action.  » Charles BUKOWSKI (Écrivain américain d’origine allemande)

 » Je ne peux écrire qu’avec une machine à écrire et un stylo. La technologie, qui me fascine et me fait peur à la fois, n’appartient pas à ma génération.  » Karl KRAUS (Écrivain autrichien)

 » J’ai horreur de la machine à écrire, qui donne à toute écriture l’aspect vulgaire d’une lettre circulaire, et je suis choquée à l’idée que certains écrivains aient pu abandonner la plume, l’encrier, ce genre d’intimité entre toi et ce que tu écris  » Gina LAGORIO (Écrivaine italienne)  

 » Quand un journaliste s’assoit devant une machine à écrire, il n’est l’ami de personne. » Leon URIS (Romancier américain)

Écrire …

« 

Écrire ! Pouvoir écrire ! Cela signifie la longue rêverie devant la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tournent en rond autour d’une tâche d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse de fléchettes, l’orne d’antennes, de pattes, jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot, mué en un insecte fantastique envolé en papillon-fée.

Écrire c’est le regard accroché, hypnotisé par le regard de la fenêtre dans l’encrier d’argent, la lièvre divine qui monte aux joues, au front, tandis qu’une bienheureuse mort glace sur le papier la main qui écrit. Cela veut dire aussi l’oubli de l’heure, la paresse au creux du divan, la débauche d’invention d’où l ‘on sort, courbatu, abêti, mais déjà récompensé et porteur de trésors qu’on décharge lentement de la feuille vierge dans le petit cirque de lumière qui s’abrite sous la lampe.

Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite, que parfois la main lutte et renâcle, surmenée par le Dieu impatient qui la guide, et retrouver, le lendemain, à la place du rameau d’or miraculeusement éclos en une heure flamboyante, une ronce sèche, une fleur avortée.

Ecire ! verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite, que parfois la main lutte et renâcle, surmenée par le Dieu impatient qui la guide… et retrouver, le lendemain, à la place du rameau d’or, miraculeusement éclos en une heure flamboyante une ronce sèche, une fleur avortée…

Écrire ! plaisir et souffrance d’oisifs ! Écrire !… j’éprouve bien, de loin en loin, le besoin, vif comme la soif en été, de noter, de peindre… Je prends la plume, pour commencer le jeu périlleux et décevant, pour saisir et fixer, sous la pointe double et ployante, le chatoyant, le fugace, le passionnant adjectif… Ce n’est qu’une courte crise, la démangeaison d’une cicatrice.
Il faut trop de temps pour écrire ! Et puis, je ne suis pas Balzac, moi…  » Sidonie Gabrielle COLETTE dite COLETTE (Femme de lettres, actrice et journaliste française- Extrait de son livre La Vagabonde)

COLETTE 1873/1954

L’écrivain c’est …

 » L’écrivain, avec ses propres sensations, vit tout : c’est un charretier, un aubergiste, un attaquant, un chanteur, un cordonnier, une dame de salon, un mendiant, un général, un apprenti de banque, un danseur, une mère, un fils, un père, un menteur, un créateur, un amoureux. C’est le murmure de la fontaine, c’est le clair de lune, c’est la pluie, la chaleur de la rue, la plage, le voilier. Quand il écrit, il pose son trésor sur la table. L’écrivain est la rougeur sur la joue de la femme qu’il aime. C’est l’adversaire dominé par la haine. Un écrivain c’est tout cela et ce doit être tout cela !  » Robert WALSER (Poète et écrivain suisse de langue allemande)

Tableau de Leonid PASTERNAK

Il y a toujours mille soleils …

 » Il y a toujours mille soleils à l’envers des nuages (Proverbe indien) – Cette phrase est conforme à ma philosophie de vie, correspond tellement à ce que j’ai toujours pensé au fond de mon cœur. Oui, il y a toujours mille soleils à l’envers des nuages, oui on peut toujours triompher de l’adversité !  » Dominique LAPIERRE (Journaliste, écrivain, philanthrope français)

Dominique LAPIERRE 1931/ Décembre 2022

Les bibliothèques …

» Les bibliothèques stockent l’énergie qui alimente l’imagination. Elles ouvrent des fenêtres au monde et nous inspirent à explorer et réaliser, à contribuer à l’amélioration de notre qualité de vie. Les bibliothèques rendent la vie meilleure. » Sidney SHELDON (Romancier, dramaturge, scénariste américain)

.Bibliothèque nationale de Brera (Braidense) à Milan (Italie)

L’écriture est …

« L’écriture est discipline. Elle est renoncement au bonheur, aux joies du quotidien. On ne peut chercher à guérir ou à se consoler. On doit au contraire cultiver ses chagrins comme les laborantins cultivent des bactéries dans des bocaux de verre. Il faut rouvrir ses cicatrices, remuer les souvenirs, raviver les hontes et les vieux sanglots. Pour écrire, il faut se refuser aux autres, leur refuser votre présence, votre tendresse, décevoir vos amis et vos enfants. Je trouve dans cette discipline à la fois un motif de satisfaction voire de bonheur et la cause de ma mélancolie. Ma vie tout entière est dictée par des « je dois ». Je dois me taire. Je dois me concentrer. Je dois rester assise. Je dois résister à mes envies. Écrire c’est s’entraver, mais de ces entraves mêmes naît la possibilité d’une liberté immense, vertigineuse.» Leïla SLIMANI (Femme de Lettres franco-marocaine, journaliste. Prix Goncourt 2016 )

Leïla SLIMANI