Le marquis de CINQ-MARS … favori de Louis XIII

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Louis XIII par Philippe DE CHAMPAIGNE

«  Je vous ai donné mon cœur et je vous promets qu’il ne sera point partagé  » … Ce n’est pas à une femme que le roi Louis XIII fait cet aveu en 1639, mais à un tout jeune homme : Henri Coiffier de Ruzé d’Effiat, marquis de Cinq-Mars, entré à son service trois ans auparavant. Cinq Mars était jeune ( 19 ans), le roi lui avait 38 ans. Il est pourtant déjà usé par la vie, malade, au seuil de la mort, et voilà que son cœur se remet à battre très fort !

Henri Coiffier de Ruzé d'Effiat marquis de Saint Mars par Léon LESTANG-PARADE
Henri COIFFIER De RUZÉ d’EFFIAT, marquis de CINQ-MARS – Un tablau de Léon De LESTANG-PARADE d’après celui des Frères LE NAIN

Armand du Plessis de Richelieu dirige alors d’une main de fer le destin de la France depuis quinze ans. Le premier ministre est connu pour son goût de l’intrigue et de l’espionnage. Il est dangereux de l’avoir pour ennemi. Pour l’heure, son principal adversaire à un visage charmant : celui de la blonde et altière Marie de Hautefort, dame d’atours d’Anne d’Autriche et également favorite du moment de Louis XIII.

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Bien que l’amour qu’il lui porte soit platonique, le roi l’admire et l’écoute. Richelieu craint cette femme, trop proche à son goût de la reine et du parti espagnol. Afin de la contrer, il fait entrer à la Cour un de ses protégés, fils d’un vieil ami décédé, le beau marquis de Cinq-Mars, dont il espère bien que le roi va s’éprendre. Hélas, les mois passent sans que Louis XIII ne remarque le garçon. Richelieu décide alors de passer à la vitesse supérieure : il obtient de son protégé le poste convoité de Grand Maître de la garde-robe du roi. Cette fonction fait entrer le marquis dans le cercle des plus intimes serviteurs de sa Majesté.

Cinq-Mars, étonnamment, mettra du temps à conquérir Louis XIII. C’est une année après qu’il lui a été présenté, que le roi manifeste, en public, son intérêt pour le jeune éphèbe. Le jeune homme est le premier surpris de la soudaineté du sentiment qu’il inspire. Il en mesure bientôt l’intensité : à 20 ans à peine, après avoir été élevé au rang de Premier Écuyer, le petit marquis devient Monsieur le Grand, soit Grand Écuyer de France, un des titres les plus prestigieux du royaume. Louis XIII cède à tous ses caprices, le comble d’écus, d’honneurs, de bienfaits et lui offre même le comté de Dammartin.

Au début le favori, flatté, se prend au jeu. Il savoure de voir tout le monde se traîner à ses pieds. Il se montre aimable avec le roi, l’écoute, s’attendrit, recueille ses confidences et en un mois, obtient la disgrâce de Marie de Hautefort … Très vite pourtant il étouffe. Louis XIII exige une présence permanente, le sermonne sur sa frivolité, sur sa nature dépensière. Alors le jeune homme renoue avec sa vie d’avant. Le soir quand le roi est couché, il rejoint ses amis libertins et ses maîtresses parmi lesquelles la belle Marion Delorme.

Marion DELORME ou DE LORME
Marion DE LORME ou DELORME

Jaloux et meurtri, le roi fait des scènes dignes d’un mari trompé. Faut-il y voir les signes d’une relation sexuelle entre eux ? Les témoignages des contemporains le laissent penser. Mais Louis XIII est profondément croyant et chaste. Ses tendances homosexuelles sont indéniables et il a eu de nombreux favoris par le passé. Aurait-il céder à cet amour là ? En réalité le mystère reste entier. Fâcheries, bouderies, réconciliations et trahisons se succèdent. Louis XIII en appelle à Richelieu et lui demande de faire revenir Cinq-Mars à la raison. Du grand vaudeville ! Malheureusement de jeune homme naïf, Cinq-Mars s’est mué en courtisan capricieux et ambitieux.

A l’aube de l’année 1641, rien ne va plus entre Cinq-Mars et Richelieu. Entre l’arriviste ingénu et le ministre retors, un combat terrible s’annonce. Toutefois le favori s’y lance avec toute l’ardeur de sa jeunesse, inconscient des pièges d’une Cour où tout n’est qu’intrigues et trahisons.

Comme tous les jeunes hommes de son âge, Cinq-Mars rêve de s’illustrer par les armes. Il obtient du roi le commandement d’une armée. Furieux de cette nouvelle faveur, Richelieu laisse courir le bruit que Cinq-Mars a fait preuve de couardise au combat. Le jeune homme, piqué dans son amour-propre, n’a qu’une envie : se venger.  Une femme va le pousser à l’action.

A bientôt 30 ans, Marie de Gonzague, duchesse de Nevers, n’est toujours pas mariée. Elle vit à la Cour. Elle est plutôt jolie et attire l’attention de Cinq-Mars, coureur de jupons. Contre toute attente l’intérêt est partagé. Le petit marquis se prend à rêver mariage avec cette princesse de haut rang.C’est compter sans l’abîme social qui les sépare. Marie a du caractère, elle ne désarme pas. Elle sait que pour réduire l’écart entre eux, son amoureux doit s’élever au rang de duc et pair. Elle lui suggère de faire écarter Richelieu qu’elle déteste et que ce soit lui, Cinq-Mars, qui le remplace.

Marie Louise de Gonzague
Marie De GONZAGUE ( un portrait de Charles BEAUBRUN)

Louis XIII ne sait rien lui refuser. En début 1641, il lui accorde d’entrer au Conseil du roi. L’ascension du jeune homme semble sans limite. Richelieu voit d’un très mauvais œil l’élévation politique de Cinq-Mars. Il sait sa position fragile. Louis XIII, en effet, n’a jamais aimé le favori de sa mère. Pour autant, son cher ami pourrait-il avoir la carrure d’un Premier ministre ? Richelieu a flairé le danger. Dès lors les choses ne pouvaient que s’envenimer.

L’inimité grandissante entre Cinq-Mars et Richelieu n’échappe pas à la Cour. Les couloirs du Louvre bruissent de ragots qui parviennent aux oreilles de Monsieur, Gaston d’Orléans, frère du roi. Le cadet complote avec régularité et obstination contre son aîné, mais Louis XIII pardonne toujours. Le moment semble venu d’entrer en contact avec le favori. Ce dernier va participer à des réunions secrètes avec les chefs de l’opposition. Pour Cinq-Mars cette mort signe la fin de son mariage avec Marie de Gonzague …. A moins que …. S’il se chargeait d’éliminer lui-même le cardinal ? Il se fait donc apprenti conspirateur en 1641 et rencontre secrètement Monsieur, lequel donne sa bénédiction.

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Monsieur, Gaston d’Orléans – Un tableau de VAN DYCK

Cette nouvelle cabale réunis les conjurés d’horizons très divers mais tous unis dans la détestation du cardinal : les amis de toujours : Gaspard de Chavagnac, ainsi que François Auguste de Thou en semi disgrâce en raison de son amitié avec la reine. Les partisans de Gaston d’Orléans, dont le vicomte de Fontrailles et le duc de Bouillon. La reine elle aussi assure son soutien à Cinq-Mars. Ce dernier se croit intouchable. Il a tort !

Complot mal conduit, trahison. Alors que tous croient le cardinal perdu, la conjuration de Cinq-Mars échoue lamentablement. La vengeance de Richelieu est impitoyable. Le favori est arrêté, son château saccagé, sa famille exilée. Après l’arrestation de son cher ami, Louis XIII reste longuement prostré. Le 15 juin on lui fait la liste des conjurés. Incrédule il suggère «  est-ce que l’on n’a pas mis un nom pour un autre ?  » – Ayant perdu tout espoir de sauver Cinq-Mars, il tombe malade de chagrin. Il décède huit mois après la décapitation à la hache, le 12 septembre 1642, à Lyon, des comploteurs Cinq-Mars et Thou. Le 4 décembre, Richelieu rendait l’âme lui aussi.  » Béatrice DANGVAN ( Journaliste et écrivain )

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CINQ-MARS et De THOU avant leur exécution

 

 

 

 

 

La princesse PALATINE : Elisabeth-Charlotte de Bavière dite Liselotte …

 » La surprenante épouse de Monsieur, frère du roi, avait su charmer Louis XIV par sa franchise et son naturel. Mais ce franc parler va finalement se retourner contre elle et la marginaliser au moment où la Cour s’installe à Versailles et se moralise. Elle choque, elle dérange, d’autant que son inimitié pour Madame de Maintenon, l’éloigne du roi. De profonds désaccords personnels et politiques fragilisent sa position encore plus menacée après le décès de Monsieur en 1701.

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 » La princesse Palatine  » – par Yacinthe RIGAUD
 » Je suis convaincue que vous n’avez pas autant de rides que moi… mais je ne m’en soucie nullement : n’ayant jamais été belle, je n’y ai pas perdu grand chose. Puis je vois que celles que j’ai connues belles jadis sont, à cette heure, plus laides que moi : âme qui vive ne reconnaîtrait plus Mme de la Vallière ; Mme de Montespan a la peau comme quand les enfants s’ amusent à jouer avec du papier, à le plier et à le replier : tout son visage est recouvert de petites rides si rapprochées des unes des autres que c’en est étonnant ; ses beaux cheveux sont blancs comme la neige, et toute la figure est rouge... » Extrait d’une correspondance adressée en 1701 à la duchesse de Hanovre.

Fille de l’électeur palatin Charles-Louis, Élisabeth-Charlotte de Bavière avait épousé en 1671 Philippe d’Orléans, le frère du roi de France. On ne pouvait imaginer couple plus mal assorti : elle est aussi simple et spontanée que son mari est coquet et apprêté, aussi robuste et garçon manqué qu’il est fin et efféminé. Lucide, elle écrit ainsi à sa tante Sophie de Navarre :  » j’ai, sauf votre respect, un derrière effroyable, un vente, des hanches, des épaules énormes, la gorge et la poitrine très plate. A vrai dire, je suis une figure affreuse, mais j’ai le bonheur de ne pas m’en soucier car je ne souhaite pas que quelqu’un tombe amoureux de moi. »

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Philippe d’Orléans, son époux / Par Pierre MIGNARD

En effet, Madame déchante vite face à l’influence des favoris de Monsieur, le chevalier de Lorraine et le marquis d’Effiat notamment. Le couple assure cependant son devoir dynastique et donne naissance à trois enfants dont Philippe, le futur régent.

Si Madame devient assez disgracieuse avec l’âge et l’embonpoint, son esprit, son honnêteté, sa droiture et son amour pour la nature et les activités de plein air, lui attirent l’amitié de Louis XIV – D’autant que ce dernier éprouve de la compassion pour le sort de Madame, délaissée et humiliée par son frère et ses favoris. Elle ressent une admiration et un attachement qui ont tout d’un amour refoulé.

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Louis XIV et à ses côtés la princesse Palatine qui lui présente Frédéric-Auguste de Saxe. La présentation s’est faite dans la chambre du roi en 1714 – Un tableau de Louis SILVESTRE

Mais, après 1680, Madame commence à perdre son crédit auprès du roi. Au moment où la Cour s’installe définitivement à Versailles, le couple d’Orléans traverse une grave crise conjugale et le roi va personnellement intervenir pour rapprocher les deux époux. A Madame qui envisageait d’entrer au couvent, il rappelle ses devoirs :  » Ôtez cela de votre tête car tant que je vivrai, je n’y consentirai point et m’y opposerait hautement et de force. Vous êtes Madame et obligée de tenir ce poste. Vous êtes ma belle-sœur et l’amitié que j’ai pour vous ne me permet pas de vous laisser aller me quitter pour jamais. »

Face à l’influence grandissante de Madame de Maintenon après la mort de la reine Marie-Thérèse en 1683, Madame prend le contre-pied de l’évolution moralisatrice de la Cour, revendique son manque de féminité, voire une grossièreté manifeste, surtout dans son abondante correspondance. Le roi n’hésite pas à lui envoyer son confesseur pour la réprimander. Plusieurs sujets vont contribuer à la disgrâce de Madame. Sa tristesse face au pillage du Palatinat par le roi et Louvois qu’elle tient pour responsables des morts de son père et de son frère ; elle se sent par ailleurs insultée par le mariage de son propre fils Philippe avec la seconde  Mademoiselle de Blois, une fille légitimée de Louis XIV et Madame de Montespan, en 1692.

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Cette union, véritable mésalliance à ses yeux,la désespère, mais elle ne peut s’y opposer puisque voulue par le roi. Elle blâme Madame de Maintenon et l’accuse de vouloir affaiblir et souiller le sang des Orléans. Elle l’insulte copieusement dans sa correspondance :  » crotte de souris – vieille conne – pentocrate – ripopée – vieille ordure  » – Elle sait pourtant que l’on ouvre sa correspondance et que le roi en prend connaissance.

Cependant, redoutant d’être renvoyée de la Cour après la mort de Monsieur en 1701, elle se réconciliera avec Madame de Maintenon. Louis XIV lui signifie publiquement son retour en grâce et lui permettra de rester à Versailles. Elle décide de ne plus se préoccuper de politique et tien les femmes autour de Louis XIV pour responsables de tous ses mauvais choix. Sincèrement troublée à la mort du roi Louis XIV, elle ne pourra s’empêcher de se réjouir lorsque disparaît Madame de Maintenon en 1719 : «  La vieille Maintenon est crevée. C’eût été un grand bonheur si cela avait pu arriver il y a presque trente ans !  »

La princesse Palatine est l’auteure de 90.000 lettres dont un dixième environ est parvenu. Elle a dépeint, avec une verve et un humour uniques, le Grand Siècle, le quotidien de la Cour et de la vie des princes, dans leurs détails les plus triviaux. Son réseau de correspondants rayonne en Italie, Allemagne, Espagne, Angleterre, Suède, Danemark. Son témoignage regorge d’informations sur l’Église, la population, la médecine, le protocole, la vie culturelle et celle de la famille royale et des courtisans. Son sens de l’anecdote, son ton tour à tour enjoué, enthousiaste, gouailleur ou tempétueux, laisse entrevoir la personnalité attachante de l’une des plus grandes princesses de son temps. » Coline BOUVART (Journaliste française)

 

 

 

Marie LESZCZYNSKA … Reine de France

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 » Portrait de Marie Leszczynska  » – 1726 – Alexis Simon BELLE

 

 » Entre Marie-Thérèse d’Autriche, fille de Philippe IV d’Espagne, et Marie-Antoinette, fille de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, Marie Leszczynska fait pâle figure. Comment la fille de Stanislas Leszczynski et Catherine Opalinska, issus de grandes familles polonaises fortunées, mais de noblesse sans grande illustration, a-t-elle réussi à épouser Louis XV ?

En 1725, ce dernier qui a 15 ans, est beau comme un dieu et règne sur le plus puissant royaume d’Europe. Marie, elle, a 22 ans. Elle n’est ni laide, ni belle. Une jolie silhouette, mais un gros nez et surtout …. pas de dot ! Son père, souverain détrôné et ruiné de Pologne, a échoué en 1719 dans la petite ville de Wissembourg. C’est là que lui parvient, le 2 avril 1725, la demande en mariage du roi de France.

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L’annonce met toute la famille à genoux pour remercier le ciel de ce miracle ! En réalité c’est une machination diabolique.  Le duc de Bourbon, cousin et ministre du roi, et sa belle maîtresse, la marquise de Prie, veulent marier le roi au plus vite pour assurer la dynastie et écarter les ambitions des Orléans. Mais ils veulent aussi une reine soumise à leur influence d’autant qu’elle leur devra son incroyable élévation.

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Sur la liste d’une centaine de princesses, une seule, Marie, a le profil souhaité, en l’occurrence, selon de chevalier de Méré :  » un esprit simple qui prendra la forme et la figure que l’on voudra  » – Pour le reste, Marie est intelligente, très pieuse et très bien éduquée, polyglotte et en bonne santé. Elle a dû se soumettre à une vérification très intime, qu’aucune princesse, plus illustre, n’aurait acceptée. Déclarée bonne pour le service, c’est-à-dire la maternité, elle plait au jeune roi qui trouve une grande douceur à son portrait.

Tout commence donc par un compte de fée dès la célébration du mariage par procuration à Strasbourg, le 15 août 1725, puis le 5 septembre à Fontainebleau. Il n’y avait plus de reine en France depuis quarante-deux ans et le peuple acclame celle qui allégera le poids de la misère et des injustices, et priera pour la prospérité et la paix dans le royaume. A cet égard, Marie ne décevra pas.

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Mariage de Louis XV à Fontainebleau ( artiste inconnu )

Quant à la Cour, elle accueille, avec une curiosité mêlée de hauteur et immenses flatteries, cette petite princesse polonaise dont chacun se promet d’obtenir les grâces exclusives. C’est bien mal la connaître ! Marie est certes modeste, éblouie par le faste de la Cour et soucieuse de se plier à l’étiquette et à son rôle de parade, mais elle n’a pas oublié la petite fille trimbalée dans toute l’Europe, un jour oubliée dans une mangeoire d’écurie, un autre cachée dans un four à pain, et qui s’est construite grâce à l’affection de sa famille et à la profondeur de sa foi.

Elle s’attachera passionnément à son jeune époux, timide, secret, et dont elle sera l’amante, l’épouse, la mère peut-être, mais qui ne lui concède pas de rôle politique. Marie a retenu les leçon de son père, qu’une seule phrase résume : «  aucune affaire essentielle ne vous regarde sur le Trône que celle de vous faire aimer  » – Dans les premiers temps, elle n’évite pas les chausse-trappes tendues par le duc de Bourbon et Mme de Prie pour qu’elle décide Louis XV à se séparer du cardinal Fleury, car ce dernier craint son ascendant sur un mari qui a découvert avec elle les plaisirs de la chair.

Sa première maternité en 1727 est un coup double dont Louis XV est très fier bien qu’il s’agisse de filles. Les jumelles Elisabeth et Henriette dites Madame Première et Madame Seconde, auront six sœurs et deux frères, dont le second mourra très jeune. Seul survit le dauphin, au désespoir de Marie qui pourtant  » toujours couchée, toujours grosse, toujours accouchée  » a le sentiment d’avoir failli à sa mission.

(manque sur les photos Thérèse Félicité qui est née avant la dernière et mourra à l’âge de 8 ans)

Elle ferme néanmoins sa chambre au roi à partir de 1739, épuisée, trompée, humiliée. Il y eut d’abord les trois sœurs de Nesle, dont la plus connue la duchesse de Châteauroux valut à Louis XV sa plus grande humiliation. Malade à Metz en août 1744 il a avoué ses fautes sous la pression de son grand aumônier , l’évêque de Soissons et répudie sa maîtresse. Marie reprend espoir mais à partir de 1745 commence  » le règne  » de Madame de Pompadour, puis des petites-maîtresses du Parc aux Cerfs, recrutées par la marquise, toujours favorite en titre, aimée, puissante, mais  » inapte au service  » …. et tant d’autres, livrées secrètement au roi par son entourage dont le célèbre marquis de Richelieu.

Marie est ravagée de chagrin et peut à peu résignée, d’autant que la marquise de Pompadour la ménage, la respecte et fait quasiment partie de la famille au fil du temps. Enfin presque …   – La reine ne verra pas le triomphe de l’authentique prostituée que fut Madame du Barry qui embrasera les sens de Louis XV au grand étonnement de ses amis de débauche.

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Marie a trouvé de grandes consolations dans l’affection de ses enfants. Dans un cadre délicieux et raffiné, elle se repliera sur un cercle intime dominé par le duc et la duchesse de Luynes et que fréquentent des esprits éclairés comme le président Hénault, le Comte d’Argenson ou le ministre Maurepas. On rit souvent, on joue beaucoup, mais pas question chez elle de cabales ou intrigues, même lorsqu’il est question de remettre son père sur le trône de la Pologne ! C’est Louis XV qui reste au cœur de ses pensées et qu’elle avoue encore aimer à la folie.

Chaque deuil le rapprochera d’elle. En dix ans, quatre de leurs filles, le dauphin, la dauphine et Stanislas disparaissent. Restent les prières et ce beau projet de construction d’une maison d’éducation pour jeunes filles dont elle ne verra pas l’achèvement. Et ces mots, prémonitoires, avant sa mort en juin 1768 :  » c’est une sotte chose que d’être reine ! Hélas , pour peu que les choses continuer d’aller comme elles vont, on nous dépouillera bientôt de cette incommodité, cela fait trembler …  » Joëlle CHEVÉ ( Historienne et chroniqueuse)

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 » Portrait de Marie Leszczynska  » – Jean-Marc NATTIER
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La reine est morte à Versailles en 1768 –  Son corps fut placé à la basilique Saint-Denis dans la crypte des Bourbons, et son cœur en l’église Notre-Dame du Bon Secours à Nancy et ce pour respecter la volonté qu’elle avait émise par testament, a savoir  reposer  près de ses parents ( une petite exception  compte tenu que, mis à part celui de Louis XIII et Louis XIV, la majeure partie des cœurs des Bourbons fut placée au Val de Grâce) – Stanislas, le père de Marie,  était, en effet,  devenu duc de Lorraine. Non seulement, il résidait à Nancy , mais il avait émis le vœu d’y être enterré ainsi que son épouse –   A la demande de Louis XV, Louis Vassé réalisera un monument  pour y placer le cœur de sa reine, comme il l’avait préalablement fait pour le corps des parents de Marie.

Jeanne BÉCU – Comtesse Du BARRY …

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 » Portrait de Madame Du BARRY  » – 1781 – Elisabeth VIGÉE-LEBRUN

 » Au début de l’année 1768, pendant les derniers mois de la maladie de Marie Leszcynska, Louis XV sembla se réveiller de sa torpeur et reprendre goût à la vie. La Cour allait bientôt apprendre que l’instrument de cette métamorphose était une prostituée de luxe, connue dans les milieux libertins de la capitale sous le nom de Mademoiselle Lange, ou mieux encore L’Ange. On disait que sa mère, qui vivait dans une petite ville de province aux confins de la Lorraine, l’avait conçue avec un père franciscain appelé le Frère Ange.

Née à Vaucouleurs le 19 août 1743, enfant de l’amour, Jeanne Bécu, tel était son vrai nom, suivit sa mère à Paris et passa neuf années dans l’austère couvent des Adoratrices du Sacré-Cœur de Jésus. Puis, elle dut rentrer dans sa famille pour assurer sa subsistance et exerça divers métiers : domestique, vendeuse dans une boutique de mode, apprentie coiffeuse. Elle était pleine de bonne volonté et peu avare de ses charmes avec de nombreux admirateurs. Mais sa beauté ne lui attirait que des ennuis. La vertu n’était pas son fort et sa seule ambition était de mener une vie agréable et posséder des toilettes et des bijoux.

L’Ange s’abandonna aux bons soins du soi-disant Jean-Baptiste Du Barry qui, après avoir été son amant, fit d’elle une prostituée de haute volée. Du Barry n’avait pas manqué de proposer Jeanne au maréchal de Richelieu qui, ayant franchi les soixante-dix ans, avait besoin de compagnes de lit assez aguerries pour entretenir ses habitudes sexuelles. Le duc l’avait informé des intrigues qui se menaient à la Cour pour trouver une nouvelle favorite au roi. En l’écoutant, Du Barry eut une illumination : l’Ange était la maîtresse qu’il fallait proposer à Louis XV. C’était elle le bon numéro qui lui permettrait de jouer son va-tout : eh bien va voir Le Bel. Peut-être par son moyen ta favorite obtiendra t-elle un jour les honneurs du Louvre lui dit-il.

Du Barry ne se le fit pas dire deux fois, et à force d’insister, il finit par convaincre le tout puissant valet de chambre de Louis XV  de placer Jeanne bien en vue sur le parcours du souverain à Versailles. Tout se passa comme prévu : le roi remarqua Jeanne et ayant appris par Le Bel qu’elle avait contracté un mariage blanc, il avait demandé à la connaître. En tous points conformes aux canons esthétiques de l’époque, l’exceptionnelle beauté de la jeune femme lui fit sans doute forte impression. Louis XV fut conquis de leur rencontre ! En dépit de sa longue pratique amoureuse, Louis XV n’avait jamais eu à faire à une authentique courtisane. Ni les dames du grand monde prêtes à dévoiler leur pudeur, ni les jeunes locataires du Parc aux cerfs, souvent des débutantes, ne lui avaient procuré des sensations comparables à celles qu’il éprouvait à présent, au seuil de la vieillesse, avec la nouvelle venue.

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 » Louis XV et Mme DU BARRY  » – 1859 – Joseph CARAUD

Quand ce qui n’aurait dû être qu’une aventure sans lendemain, se transforma en liaison stable, Le Bel, consterné, dut avouer à Louis XV sa véritable identité. Le souverain ne voulut rien entendre. Le passé de la jeune femme ne l’intéressait pas et pour la rendre respectable, il suffisait de lui trouver un mari de complaisance. Ne pouvant se proposer lui-même, Du Barry présenta, sur le champ, un de ses frères célibataires qui, le 23 juillet 1768, en échange d’une solide compensation financière, conduisit Jeanne à l’autel et s’en retourna aussitôt en Languedoc. A l’automne, le roi installa la comtesse du Barry à Versailles dans l’appartement laissé libre par Le Bel : le valet de chambre était, en effet, mort d’une crise de foie pour n’avoir pu empêcher son maître d’être la risée de tous dirent certains.

Madame Du Barry se montrera à la hauteur des attentes du roi, avec un goût très sur et un sens esthétique indéniable. Grâce à la qualité de ses choix, les sommes énormes qu’elle allait dépenser ne le furent pas en l’air mais engendrèrent l’un des moments de grâce de l’art français au XVIIIe siècle : le style Du Barry, très éclectique, reflétant le parcours de l’Ange. C’était l’art de la Cour et l’art de la ville au service de l’amour vénal.

Les cinq années qu’elle passa à Versailles furent trop brèves pour qu’à l’instar de Madame de Pompadour, elle puisse marquer l’évolution du goût, mais son mécénat encouragea les diverses formes de création artistique contemporaine, de l’architecture à la peinture et à la sculpture, de l’ébénisterie à la porcelaine, en passant par la décoration des intérieurs et l’artisanat de luxe. La comtesse ne se contentait pas d’accumuler les plus belles créations des artistes de renom, mais elle sut, avec audace, promouvoir la nouveauté, comme elle le montrera dans sa belle propriété de Louveciennes dont le roi lui avait donné l’usufruit.

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 » Dîner donné à Louveciennes en présence du roi  » – 1771 – Jean-Michel MOREAU

Ce ne fut pas à Louveciennes mais au Petit Trianon ( la magnifique construction de Gabriel voulue par Madame de Pompadour dans le parc de Versailles ) que l’Ange acheva sa carrière de favorite. C’était là que le couple aimait à se retrouver dans l’intimité. C’est là que le 27 avril 1774 le roi fut pris de malaises. Ramené, en toute hâte au château, secouru par les médecins et surveillé de près, le souverain sembla se remettre. Mais, le 29 son état empira et les premiers signes de la variole apparurent.

Louis XV n’avait pas tenu compte de l’intransigeance de l’Église ni la dureté de cœur de sa propre famille. Parmi les conditions qu’on lui imposa en vue d’obtenir l’absolution de ses péchés et se réconcilier avec ce Dieu dont il avait toujours espéré la miséricorde, figurait , en effet, l’obligation se faire enfermer la favorite dans un couvent. Le 12 mai, deux jours après sa mort, une lettre de cachet signée par Louis XV, signifiait à Madame du Barry son exil au monastère de Pont-aux-Dames, à plusieurs kilomètres de Paris.

Au printemps 1775, Madame Du Barry fut autoriser à quitter le couvent à conditions de ne pas résider à moins de dix milles de Versailles et de Paris et c’est seulement à l’automne 1776 que Louis XVI lui rendit sa liberté, la possession de ses biens, de ses bijoux et la jouissance de ses rentes.

En septembre 1793, Madame du Barry fut arrêtée et incarcérée à la prison de Sainte-Pélagie. Le 19 Novembre elle fut conduite au Palais de Justice et comparut la première fois devant le Tribunal révolutionnaire et son procès commença. Condamnée à être guillotinée, Madame du Barry fut soumise à la dernière et la plus cruelle torture : celle de l’espoir. Le matin où la sentence fut prononcée, les juges lui laissèrent entrevoir la possibilité d’une grâce si elle était disposée à dire où se trouvaient ses bijoux. Pendant trois heures, ma malheureuse énuméra les innombrables cachettes où elle avait dissimulé ses trésor et quand on la fit monter dans la charrette des condamnés, qui était restée devant la porte, elle crut à une erreur …. « Benedetta CRAVERI (Professeur d’Université en Italie, spécialiste de la civilisation française des XVIIe et XVIIIe siècles,écrivain )

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 » Madame Du Barry conduite à l’échafaud  »   » Elle est la seule femme, parmi tant de femmes que ces jours affreux ont vu périr, qui ne put, avec fermeté, soutenir l’aspect de l’échafaud. Elle cria, elle implora sa grâce de la foule atroce qui l’environnait ; et cette foule s’émut au point que le bourreau se hâta de terminer le supplice. Ceci m’a persuadée que si les victimes de ce temps d’exécrable mémoire n’avaient pas eu le noble orgueil de mourir avec courage, la terreur aurait cessé beaucoup plus tôt.  » Elisabeth VIGÉE-LEBRUN

 

 

Jean-Baptiste BERNADOTTE : du Béarn au trône de Suède …

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 » Portrait de Jean-Baptiste Bernadotte  » par Fredric WESTIN : « « Je m’abandonne à ma destinée.« Pensez au point d’où je suis parti, et voyez où m’a élevé le sort. »

 » Étonnante destinée que celle de Jean-Baptiste Bernadotte, simple soldat français né à Pau et devenu, après moult péripéties, roi de Suède et père de la dynastie régnante depuis deux cent ans. Le 11 mai 1818 à Stockholm, la foule se presse au sacre de son nouveau souverain.  » Le prince reçu successivement l’onction sacrée, la couronne des Vasa des mains de l’archevêque Lindblom et du ministre de la Justice, puis le sceptre, le globe et la clef, devenant ainsi le nouveau roi de Suède sous le nom de Charles XIV Jean » relate Franck Favier. Si la cérémonie s’avère traditionnelle pour la monarchie nordique, l’homme qu’elle couronne, lui, tranche. Dépourvu de sang royal et même suédois, le successeur de Charles XIII s’appelle Jean-Baptiste Bernadotte et a vu le jour le 26 janvier 1763 en Béarn où ses ancêtres plongent leurs racines.

Le grand-père de Jean-Baptiste était tailleur. Son père Henri procureur du Sénéchal de Paul. Destiné au droit, Jean-Baptiste entre à 15 ans comme petit clerc à l’étude de Me Batsalle. Mais le jeune homme n’éprouve aucun intérêt pour la chose juridique et, à la mort d’Henri, il décide de s’enrôler. A 17 ans, il intègre le régiment Royal-La Marine où il devient le sergent belle-jambe, un surnom que lui valent sa silhouette avantageuse et ses succès féminins. La Révolution, en lui permettant de révéler son courage et ses talents d’orateur, va lui offrir une fulgurante ascension.

A partir de juillet 1792, le lieutenant Bernadotte bataille sur tous les fronts. Devenu général de division, il est chargé de conduire 20.000 hommes de l’armée Sambre-et-Meuse à Bonaparte en pleine campagne d’Italie. Placée sous le signe de la rivalité, la rencontre des deux hommes le 3 mai 1797 à Mantoue, prélude d’une relation complexe et mouvante comme la carrière de Bernadotte. Ambassadeur à Vienne en 1798, ministre de la guerre sous le Directoire, il paraît catalyser, un peu malgré lui, l’opposition jacobine à Bonaparte. Il refuse de participer au coup d’État du 18 Brumaire, mais se rallie après 1804 à l’Empereur qui le nomme gouverneur du Hanovre, lui offre son bâton de maréchal , et en 1806 la principauté de Ponte-Corvo.

En s’unissant le 17 août 1798 à la jolie Désirée Clary, fille cadette d’un riche armateur marseillais, Bernadotte s’apparente à l’Aigle : elle a été, en effet, brièvement fiancée à Napoléon qui va lui préférer Joséphine, et sa sœur Julie est mariée à Joseph Bonaparte. Mais famille ou pas, l’Empereur n’apprécie pas Bernadotte :  » la vanité de cet homme est si excessive  » écrit-il à son ministre de la Guerre en 1809 «  il a des talents médiocres. Je ne me fie d’aucune manière à lui. Il a toujours l’oreille ouverte . A la guerre il en est de même, il a manqué de me faire perdre la bataille d’Iéna. Il s’est médiocrement conduit à Wagram ….  »

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En 1810, Bernadotte est en semi-disgrâce quand le destin frappe à sa porte par l’entremise de Carl Otto Mörner, membre de la Diète, le Parlement suédois. La monarchie scandinave se trouve en panne d’héritier. Le roi Gustave IV Adolphe a été contraint à l’exil. Son oncle l’a remplace sur le trône sous le nom de Charles XIII, mais il a plus de 60 ans et pas d’enfants. Si plusieurs successeurs sont envisagés, Mörner a sa petite idée.  » Admirateur de Napoléon et convaincu que la guerre entre la Russie et la France était inévitable, écrit l’écrivain Franck Favier, il vit dans une possible candidature française le moyen pour la Suède de récupérer la Finlande perdue en 1809. Bernadotte, proche par son mariage de Napoléon est « connu des suédois depuis qu’il avait aimablement traité les prisonniers suédois lors de la prise de Lübeck. »

OTTO CARL MORNER
Otto Carl MÖRNER

Approché, le maréchal accepte et le 21 août il est élu à l’unanimité par la Diète au détriment des autres candidats : le roi du Danemark et le duc d’Augustenbourg. Voici donc Bernadotte en marche pour un incroyable destin, avec l’assentiment d’un Napoléon pensant tenir un solide allié. Le 20 octobre, convertit à la religion luthérienne, il débarque à Helsingborg. Adopté par Charles XIII, il est élu prince héréditaire sous le nom de Charles Jean. A la suite d’une congestion pulmonaire du roi en 1811, il devient régent et œuvre désormais sans relâche à la régénération de la Suède, totalement gagné aux intérêts de sa nouvelle patrie. Fût-ce au détriment de l’ancienne !

Au côté des Coalisés contre la France en 1813, la Suède y gagne, par le traité de Kiel, le royaume fédéré de Norvège. Napoléon, déchu, comprendra cette attitude :  »  Je fus l’auteur de son élévation. Mais je ne puis dire qu’il m’ait trahi. Il devint en quelque sorte suédois et il n’a jamais promis ce qu’il n’avait pas l’intention de tenir. Je puis l’accuser d’ingratitude, mais non de trahison. » 

Le 5 février 1818, Charles XIII disparaît. Son fils adoptif Charles XIV Jean monte sur le trône et se prépare avec émotion. Le couronnement a lieu le 11 mai. Le 7 septembre 1818 à Trondheim, sanctuaire des rois de Norvège, Charles XIV Jean devient roi pour la seconde fois. De retour à Stockholm il déclare : «  Tant en Suède qu’en Norvège, je ne veux régner que parles lois. Je n’ai aucune ambition. Je ne veux d’autre gloire que celle d’être souverain constitutionnel d’hommes libres.  » 

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 » Couronnement de Charles XIV Jean  » – 1818 – Jacob MUNCH

Il gouverne en ce sens et fonde une dynastie. Né le 4 juillet 1799 son fils Oscar, au prémonitoire prénom scandinave, en devient le second maillon. En 1823, il épousera Joséphine de Leuchtenberg, petite-fille de l’impératrice des français dont il aura cinq fils. Deux monteront sur le trône de Suède : Charles XV et Oscar II dont descend le 7e souverain Bernadotte, Carl XVI Gustaf.

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De gauche à droite : Prince Oscar, reine Désidéria ( Désirée Clary ) , Princesse Josephine de Leuchtenberg, Prince August, Princesse Eugénie, Prince Oscar, Prince Carl, roi Charles XIV Jean et prince Gustav – Derrière eux le buste de Charles XIII

Le 8 mars 1844, Charles XIV Jean rend son âme à Dieu au terme de vingt-six ans d’un règne éclairé. Après des funérailles grandioses, il est inhumé , comme ses prédécesseurs, dans la crypte de l’église royale de Riddarholmen. L’ancien maréchal béarnais est devenu un monarque suédois comme les autres, sans avoir jamais appris la langue du pays …  » Isabelle PIA ( Journaliste française-Elle travaille souvent à la page historique du magazine Point de Vue)

N.B. : Franck FAVIER cité dans le texte est un écrivain français, un historien spécialisé dans l’histoire de la Suède et relations suédoises du XVIIIe et du XIXe siècles.

 

La reine Victoria … Bi-centenaire de sa naissance

 » Comme il a plu à la providence de me mettre à cette place, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour remplir mon devoir envers mon pays. Je suis très jeune et peut-être dans beaucoup de choses, mais pas dans toutes, inexpérimentée. Mais je suis sure que très peu ont plus de volonté réelle et plus de désir de faire ce qui est bien et juste que je ne l’ai. » Reine VICTORIA

VICTORIA en 1842 Franz Xaver WINTERHALTER
 » Portrait de la reine Victoria  » en 1842 – Un tableau de Franz Xaver WINTERHALTER –

Si jamais vous allez en Angleterre cet été, et plus précisément à Londres, sachez que ce pays fête le bi-centenaire de la naissance de la reine Victoria .Elle a vu le jour  au Palais de Kensington dans une chambre qui était située non loin de l’ancien hall d’entrée et elle fut baptisée dans la salle de la Coupole, celle-là même où se trouve la grande horloge des Quatre Monarchies

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La capitale et de nombreux autres lieux marqués par sa présence, fêteront l’événement cette année avec le expositions A Royal Childhood et Queen Victoria’s Palace au Palais de Bukingham ; ou bien encore Woman and Crown qui se tiendra au Palais de Kensington.

On y pourra y admirer, entre autres,  quel que soit l’endroit, des pièces magnifiques, comme notamment la célèbre robe que la reine portrait pour le Stuart Ball en 1851, ou encore ses robes de deuil qu’elle revêtira dès le décès du prince Albert et qu’elle ne quittera plus  :

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Robe du Stuart Ball de la reine Victoria
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Une de ses robes de deuil 

La reine Victoria a été la première à venir s’installer à Buckingham. C’est elle qui a fait de ce manoir  privé un palais royal, symbole de la monarchie mais aussi une maison familiale puisqu’elle y a vécu avec son époux et là qu’ils ont élevé leurs nombreux enfants.

Elle est la fille unique  du prince Édouard Auguste de Kent-Strathearn et de la princesse Victoire de Saxe-Cobourg-Saalfeld – Elle fut sacrée reine à l’âge de 18 ans. Toute son enfance s’est déroulée au palais de Kensington. Durant de très longues années, elle tenait la première place parmi celles et ceux qui ont régné sur les britanniques le plus longtemps ( son règne a duré 63 ans, de 1837 à 1901 ) . Désormais, c’est la reine Elisabeth II qui s’est placée devant elle.

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 » Portrait de la princesse Victoria de Kent avec sa mère  » – Henry BONE
VICTORIA apprenant qu'elle va être reine D’après Henry Tanworth Wells
 » Victoria apprenant qu’elle va être reine  » – Tableau d’après Henry TANWORTH-WELLS //  «  J’ai été réveillée à 6 heures par maman qui m’a dit que l’archevêque de Canterbury et Lord Conyangham étaient ici et souhaitaient me voir. Je me levai et allai dans mon salon ( uniquement en robe de chambre ) seule, et je les vis. Lors Conyangham m’a alors informé que mon pauvre oncle, le roi, n’était plus et avait expiré à 2 h 12 le matin et je que je suis donc reine. » ( Victoria dans son journal)

Pour participer à cet anniversaire, je vous propose une évocation du couple qu’elle a formé avec le prince Albert – Texte signé : – Jean-François SOLNON ( Historien français, écrivain, spécialiste de l’Ancien Régime et des royautés) :

 » On ne connaît guère de couple plu uni, d’amour réciproque aussi intense, d’entente conjugale plus parfaite, que seule la mort prématurée d’Albert brisera net un jour de décembre 1861 après vingt et un ans de vie commune. Victoria revêtit alors les vêtements de deuils dont peintres et photographes gardèrent la mémoire et que, pas un jour, elle n’abandonnera durant les interminables quarante années où elle pleura sur son bonheur à jamais enfui.

Pourtant, il est difficile d’imaginer à quel point les préparatifs d’une pareille union ont été dépourvus de romantisme. Ni l’un ni l’autre des futurs conjoints, quand ils s’écrivaient de Londres ou de Cobourg, n’envisageait le mariage. La famille de Victoria songeait bien à ce cousin allemand, de Saxe-Cobourg et Gotha, entrevu quelques années plus tôt, mais pour la jeune reine, montée sur le trône en 1837, rien ne pressait : «  un mariage immédiat ajouterait encore de la fatigue  » confiait-elle, et Albert n’ayant pas encore 20 ans  » il ne conviendrait pas que j’épouse un jeunot «  .

VICTORIA 1842 prince Albert par WINTERHALTER
 » Portrait du prince Albert  » en 1842 par Franz Xaver WINTERHALTER –  » Albert est d’une beauté frappante. Il est très aimable et sans affectation. Pour tout dire en un mot, c’est un fascinateur. » écrira la jeune reine.

Aucun ne rêvait à l’autre, aucun ne s’enfiévrait dans l’attente de l’être aimé. Victoria étudiait sans émoi la liste des autres prétendants possibles, sans avoir pour Albert (elle l’avouera avec franchise)  «  les sentiments nécessaires au bonheur , tandis que le prince n’aspirait qu’à une vie paisible dans son pays, probablement à côté d’une douce épouse allemande.

A ce couple emblématique, formé sans passion préalable, mais décidé dans l’urgence quatre jours seulement après la rencontre entre les deux jeunes gens en Octobre 1839, rien ne manqua, ni la naissance de nombreux enfants , ni de fréquentes scènes de ménage. Car l’entente amoureuse entre Albert et Victoria n’économisa jamais les querelles conjugales nées dès les premiers mois de mariages, répétées, durables, nourries de bouderies royales et de sévères reproches princiers.

VICTORIA MARIAGE George HAYTER
Mariage entre la reine Victoria et le prince Albert  en février 1840 – Tableau de George HAYTER – Le mariage eut lieu à la Queen’s Chapel du Palais Saint James  – Victoria avait noté dans son journal après avoir reçu le prince Albert  » après quelques minutes d’hésitation, je lui dis qu’il devait bien se douter des raisons pour lesquelles je l’avais fait venir et qu’il me rendrait très heureuse en voulant bien consentir à l’un de mes désirs, lequel était qu’il m’épousât. Il n’y eut aucune hésitation de sa part et il reçut ma proposition avec les plus grandes démonstrations de bonté et d’affection  » …. Après quoi Albert rentra dans son pays et lui écrira : «  que je sois l’objet de tant d’amour et de dévouement est quelque chose qui me dépasse et que je puis à peine réaliser. Le sentiment qui me domine est celui-ci : que suis-je pour mériter une telle félicité ? Car c’est un excès de bonheur pour moi que de vous être si cher. Toutes mes pensées sont constamment avec vous et les heures privilégiées que j’ai passées dans votre intimité sont les points rayonnants de ma vie  » …

Du caractère emporté de la reine et de l’autoritarisme domestique du prince, les sujets du royaume ignoraient tout. D’ailleurs, Albert disparu, l’Angleterre ne manqua aucune occasion de célébrer le couple royal, jugé exemplaire, des vertus victoriennes. Antidote aux débordements des monarques qui avaient précédé Victoria, l’édifiante histoire conjugale fut érigée en modèle pour les générations futures. Londres s’enorgueillit aujourd’hui d’une prestigieuse salle de concert créée en 1871, baptisée en hommage a mari de la reine le Royal Albert Hall, et le célèbre Victoria and Albert Museum, qui honore le couple en réunissant le nom des conjoints, est familier aux anglais qui le désignent simplement par ses seules initiales V. & A. … » – Jean-François SOLNON ( Historien français, écrivain, spécialiste de l’Ancien Régime et des royautés)

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La reine Victoria, le prince Albert et leurs neuf enfants : Victoria, Edouard, Alice, Alfred, Héléna, Louise, Arthur, Léopold, et Béatrice
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La statue de la reine Victoria, qui se trouve dans les jardins du palais de Kensington, est l’œuvre de sa fille Louise, duchesse d’Argyll, laquelle s’est installée en 1875 dans cette résidence. La reine lui écrira alors : «  j’aime à vous imaginer dans mon vieux foyer, le lieu de ma naissance….  « 

Diane de POITIERS … Favorite en titre du roi HENRI II

DIANE DE POITIERS à sa toilette école de fontainebleau
 » Dame à sa toilette  » ( Diane de Poitiers ) – École de Fontainebleau

 » Le 7 Juillet 1530, une semaine après le retour en France de ses deux fils aînés ( qui, durant quatre ans avaient été retenus en otage à Madrid pour lui permettre de recouvrer la liberté) François Ier, veuf de Claude de France, ratifie une paix fragile avec l’Espagne en épousant, en secondes noces, Éléonore d’Autriche. Le tournoi qui couronna les festivités en l’honneur de la nouvelle reine vit pour la première fois entrer en lice les deux jeunes princes. Le second fils du monarque avait onze ans à peine. Diane, trente, mais sous le voile du rituel chevaleresque se cachait une véritable déclaration d’amour. Le jeune homme porterait les couleurs de la dame du tournoi tout au long de sa vie.

Le sentiment d’adoration qu’Henri éprouvait pour la Grande Sénéchale remontait en réalité au jour où il était parti en captivité pour l’Espagne avec son frère. Alors que la Cour n’avait d’yeux que pour le dauphin, Diane avait été frappée par l’angoisse qui se lisait sur le visage du jeune Henri. Elle l’avait serré dans ses bras et avait effleuré son front d’un baiser.

Sans doute à la demande de François Ier lui-même, qui comptait sur son enseignement pour policer son fils et l’initier aux usages du monde, Diane consentit de se laisser adorer publiquement par Henri, selon les rites du platonisme courtois en vogue, prenant sur lui un ascendant total. Malgré la position solide dont elle jouissait depuis toujours à la Cour, elle ne sous-estimait pas les avantages que pouvait lui procurer l’appui inconditionnel d’un prince de sang royal. Par la suite, elle sera la première à encourager l’union du jeune prince avec la descendante des Médicis, une union qui apportait un lustre supplémentaire à sa famille puisque le grand-père maternel de Catherine ( Jean de la Tour d’Auvergne) était le frère de la grand-mère paternelle de Diane.

Mais lorsqu’en 1536, trois ans après ce mariage, la mort inopinée du dauphin fit de Henri l’héritier du trône, la veuve inaccessible descendit de son piédestal et se donna à son admirateur tout en continuant à masquer leur relation charnelle sous les dehors de l’amour courtois. Prendre à trente-six ans un amant de dix-sept ans n’était pas sans écueils : perdre sa flamboyante réputation, encourir le ridicule, la raillerie, la calmonie, l’exposer tôt ou tard à un abandon humiliant. Mais avait-elle le choix ? Continuer à se refuser à un jeune homme ardent et jeune n’était-ce pas en quelque sorte rendre les armes ? Et d’ailleurs, le jeu n’en valait-il pas la chandelle ?

Leur première rencontre amoureuse aura lieu au château d’Écouen grâce à la complicité de leur ami commun, le connétable Anne de Montmorency.  Si Henri jurait à Diane une obéissance éternelle, Diane, de son côté, engageait une course spectaculaire contre le temps pour garder intacte sa séduction. Bains glacés, exercices physiques en plein air, régime alimentaire spartiate, élimination de fards et maquillages nocifs pour la peau, telles étaient les stratégies d’avant-garde auxquelles elle avait recours pour défier le temps  et conserver sa beauté sculpturale.

L’autorité dont jouissait Diane après qu’Henri eut accédé au trône, loin d’être le fruit d’une investiture temporaire, était une autorité permanente et illimitée puisqu’elle émanait directement du souverain. Elle se manifestait au travers d’un système précis de signes centrés sur les diverses valeurs symboliques de la figure de Diane.  En termes politiques plus prosaïques, cela signifiait que la Grande Sénéchale occupait dans les faits une charge très proche de celle de conseiller du roi et de Premier ministre. En 1547, un agent du duc de Ferrare rapportait à son prince qu’Henri II passait au moins un tiers de sa journée en compagnie de sa favorite et la consultait pour toutes les décisions importantes.

Drapée dans la légende qu’elle avait tisser si habilement, élevée au rang de duchesse de Valentinois, le titre que Louis XII avait conféré à César Borgia, elle exerçait sur le souverain et la famille royale, sur la Cour, sur la politique française, un pouvoir sans égal. Longtemps elle pressa son amant d’accomplir son devoir conjugal quand, après neuf années de stérilité, Catherine de Médicis donna le jour coup sur coup à dix enfants. Elle s’occupa personnellement de leur éducation. Elle portait les bijoux de la couronne, présidait toutes les cérémonies officielles, avait voix au chapitre pour toutes les charges. Elle soutint une politique favorable au catholicisme et hostile aux protestants. L’infatigable énergie qu’elle déployait dans l’exercice du pouvoir ne l’empêcha pas d’accumuler une immense fortune personne et de l’administrer avec une avarice pointilleuse.

Le 10 Juillet 1559, Henri II mourut. Catherine de Médicis demanda à son ancienne rivale la simple restitution des bijoux de la couronne et lui enleva le château de Chenonceau (le plus beau des présents qu’elle avait reçus du roi) . Pour la descendante des Médicis, la vengeance représentait une inutile dépense d’énergie. Par ailleurs, la duchesse de Valentinois avait des liens familiaux et des amitiés trop puissants pour prêter le flanc à des grandes représailles. Certes, la duchesse ne vint plus à la Cour, mais ses livres de comptes montrait qu’elle continuait à faire de fréquents séjours à Paris, à entretenir d’étroites relations avec les grandes familles du royaume ( les Bourbons, les Montmorency, les Guises ) et à recevoir dans ses domaines.

Parvenue au sommet de la noblesse française bien avant de devenir la favorite du monarque, Diane conservera , jusqu’à la fin de ses jours, la place qui lui revenait de droit dans la société aristocratique. Elle ne doit la légende qui lui survécut et s’inscrivit durablement dans l’Histoire de France, qu’au culte que lui avait voué Henri II.  » Benedetta CRAVERI ( Professeur d’université, spécialiste de la civilisation française des XVIIe et XVIIIe siècle, écrivain, historienne italienne )

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 » Diane chasseresse  » ( Diane de Poitiers ) 1550 – École de Fontainebleau – Diane de Poitiers fut une grande figure de la Renaissance française.

https://pointespalettespartition.wordpress.com/?s=henri+II (Pour celles et ceux qui voudraient revoir l’exposition sur Henri II )

P.S. : je rajouterai que Diane de Poitiers doit son titre de Grande Sénéchale au fait qu’elle fut l’épouse de Louis de Brézé, Grand Sénéchal de Normandie. C’est lui qui avait hérité du château d’Anet à la mort de ses parents. Il reviendra à Diane et leurs deux filles lors de son décès . Lorsque Diane deviendra favorite en titre , Henri II va la couvrir de cadeaux : forêts, châteaux , bijoux. Leurs initiales ( H & D ) seront même sculptées dans la pierre. Il lui octroiera le titre de duchesse de Valentinois, puis duchesse d’Étampes. Tous deux vont entreprendre de gros travaux de restauration, modification, embellissement au château d’Anet – De nombreux artistes de son temps, dont elle était proche, viendront y travailler. Elle avait, en effet, une grande connaissance de l’art. Anet sera, malheureusement, mis sous séquestre puis vendu en lots durant la Révolution. Abandonné, à moitié détruit  dans les années qui suivront, il verra arriver différents propriétaires avant de retrouver son éclat d’antan.

Elle s’est retirée là-bas à la fin de sa vie et va y mourir à l’âge de 66 ans . Elle sera inhumée dans la chapelle du château à la demande de sa fille Louise en 1576. Malheureusement son cercueil sera profané à la Révolution et ses restes jetés dans la fosse commune. En 2008 une équipe de scientifiques les retrouveront. Ils seront identifiés comme lui appartenant  grâce à une fracture à la jambe et une forte concentration d’or.  Il faut savoir que pour rester jeune et belle elle en absorbait sous forme de solution buvable.

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LOUIS XV … Le Bien-Aimé

 » La petite histoire ne retient souvent de Louis XV que ses maîtresses ! Louis XV a d’autres aspects dans sa personnalité bien plus intéressants que ses goûts pour les plaisirs charnels. Le Bien-Aimé est l’arrière petit-fils de Louis XIV et le fils du duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie. Né le 15 Février 1710 à Versailles, éduqué par l’abbé Fleury, Louis XV n’a que cinq ans à la mort de Louis XIV. Le duc d’Orléans, neveu et gendre du défunt roi, prend la régence avec l’appui du Parlement. La période, appelée la Régence, correspond à un soulagement après la sévérité de la fin de règne de Louis XIV.

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 » Louis XV en costume de sacre  » – Hyacinthe RIGAUD –  » Il a été confronté très tôt à la mort des siens. Tour à tour le futur roi voit disparaître toute sa parenté ou presque. Son aïeul, très affecté par les pertes familiales, exigera que l’on veille avec un soin jaloux sur la santé du jeune prince. Grâce à la vigilance et la tendresse de Maman Ventadour, sa mère de substitution, il se remet. Elle lui apprend à marcher, à parler, le console quand il fait des cauchemars et ne le quitte pas. Le bambin est le quatrième dans l’ordre de la succession. Dès sa naissance, il reprend le titre jadis porté par son oncle Philippe, qui, à l’issue de la guerre de succession d’Espagne, est monté sur le trône ibère sous le nom de Philippe V. L’enfant est désormais duc d’Anjou. Il est immédiatement confié à une gouvernante, la duchesse de Ventadour qui appartient au cercle de Madame de Maintenon. De toute la lignée légitime de Louis XIV, seul demeure ce petit garçon de deux ans à peine : il sera Louis XV » Françoise SURCOUF (Historienne française, journaliste, écrivain)

Libéral et démagogue, le Régent gouverne d’échec en échec : le système de la  « polysidonie  » en petits conseils, les guerres coûteuses contre l’Espagne, l’alliée naturelle de la France, la banqueroute du papier-monnaie de Law, ne font qu’exciter les mécontentements et affaiblir l’autorité. En 1723 le Régent meurt et c’est le duc de Bourbon qui se retrouve aux affaires jusqu’en 1726, bien que Louis XV ait atteint la majorité. Il faut bien reconnaître au Premier ministre, conseillé par Fleury, l’intelligence d’avoir renvoyé en 1724 l’infante d’Espagne, fiancée trop jeune, pour avancer le mariage de Louis XV. La fille du roi d’Espagne, Marie-Anne-Victoire, quitte le 7 avril 1725 son appartement du Louvre et son jardin du bord de la Seine.

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 » Louis XV et sa fiancée Marie-Anne-Victoire  » – par François DE TROY

Le jeune roi, toujours plein de grâce et de vivacité d’esprit, devient alors sauvage et secret. Il lui faut trouver une épouse en âge de donner un dauphin à la France. Le choix s’arrête sur Marie Leczinska, la fille du roi de Pologne, détrôné. La reine donnera dix enfants en dix ans à Louis XV et apportera la Lorraine à la France.

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 » Portrait de la reine Marie Leszczynska ( ou Leczinska ) – par Simon BELLE

Le roi laisse gouverner Fleury, ce qui favorise la prospérité du royaume et la réforme de la législation, par des mesures qui seront reprises après la Révolution. Mais les guerres de succession de Pologne, puis l’Autriche coûtent cher.  De 1741 à 1748, la guerre de Succession d’Autriche, dite  la folle guerre,  lance la France dans un conflit contre l’Autriche. Louis XV cède à la pression de l’opinion publique favorable à une alliance avec le roi de Prusse, Frédéric II, ami des esprits avancés. Mais ce  » prince éclairé  » trahit son alliée la France qui doit alors soutenir son effort de guerre trop prolongé. La victoire célèbre et difficile de Fontenoy est l’œuvre personnelle de Louis XV qui redresse la situation par son exemple et son courage.

A la fin de cette bataille, particulièrement meurtrière, le roi en montre l’étendue sanglante à son fils le dauphin, présent au combat :  » mon fils voyez ce que coûte une victoire, le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes. La vraie victoire, c’est de l’épargner ». Ces guerres mettent en difficultés les finances de l’État. Après ce ministère plein de sagesse, Fleury mourant en 1743, le gouvernement de Louis XV subit les intrigues qui font renvoyer les ministres successifs. La question de la fiscalité est au cœur des débats. Louis XIV avait fait une tentative, en vain, d’un impôt du dixième du revenu. En 1749, le contrôleur des Finances, Machault d’Arnouville tente de faire appliquer l‘impôt du Vingtième, pourtant enregistré par le Parlement. L’agitation débute par des grèves et des manifestations tout en mêlant au refus de l’impôt la querelle des Jansénistes. Les parlementaires s’appuient sur l’opinion publique, formée par les tenants de l’esprit des Lumières.

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 » Portrait de Jean-Baptiste MACHAULT D’ARNOUVILLE  » – Peintre inconnu –  »   » Il est certain que, de tous ses ministres, Machault a été celui que Louis XV a le plus aimé et estimé. Il a vu en lui le grand homme d’État dont il rêvait, en quoi il était, une fois de plus, parfaitement lucide. La décision et l’énergie étaient les traits dominants de son caractère, la netteté et la précision ceux de son esprit, avec une conscience admirable des nécessités pratiques plutôt qu’une propension aux spéculations théoriques, avec un respect des traditions qui n’empêcha point ses réformes d’emporter de telles répercussions qu’elles engageaient une refonte de l’État et de la société. L’homme, avec cela, était profondément intègre et, quoi qu’aient insinué ou vociféré ses ennemis, un bon chrétien. S’il n’avait nullement désiré le pouvoir et s’il ne le regretta point après l’avoir perdu, il ne manqua pas d’adresse pour s’y maintenir. Ayant notamment saisi combien Madame de Pompadour pouvait être nocive, il eut soin de s’assurer son appui et sa sympathie, sans que, en son âme et conscience, il approuvât sa liaison avec le Roi. » Michel ANTOINE ( Historien français)

La guerre de Sept ans,  de 1756 à 1763, est déclenchée par les provocations de l’Angleterre. Le traité de Paris y met fin , laissant l’Angleterre s’emparer de nombreuses colonies françaises d’Amérique. Le roi donne ainsi à ses opposants quelques griefs supplémentaires, bien que l’abandon du Canada ait fait grommeler à Voltaire l’exclamation :  » pour quelques arpents de neige ! « . En 1764, le Parlement oblige Louis XV à dissoudre l’Ordre des Jésuites, accordant aux Jansénistes une revanche. Maupeou exile les Parlementaires qui refusent les réformes fiscales sur tous les revenus. Il met en place un vaste plan qui pouvait remettre d’aplomb le royaume s’il avait été suivi dans le temps.

René-Nicolas de Maupeou - Garde des sceaux - en robe de justice Pierre LACOUR
 » Portrait de René-Nicolas de MAUPEOU en robe de justice  » Garde des Sceaux sous Louis XV – par Pierre LECOUR

Louis XV donne une partie de son domaine pour la construction de l’actuelle place de la Concorde à Paris. A l’instigation de la Pompadour, il fonde l’École Royale militaire pour la formation des Cadets pauvres. D’autres édifices s’élèvent à Paris, grâce au roi, tels que l’École de Droit, celle de Chirurgie, l’actuelle école de Médecine, la Monnaie et l’église Sainte-Geneviève devenue le Panthéon. Il fait aussi rebâtir la Colonnade du Louvre. A Compiègne, il commande a reconstruction du château. Pour Versailles, il ouvre le chantier de l’Opéra et fait agrandir le Pavillon Français qui sera le Petit Trianon. Il fait élever l’aile Louis XV à Fontainebleau.

Dernier roi bâtisseur, il se passionne aussi pour les progrès industriels et de l’économie. Il fait réaliser une vaste enquête sur la production et le commerce et une autre sur l’économie et la démographie. Le bassin houiller d’Anzin entre en activité, tandis que la manufacture de porcelaine de Vincennes débute en 1740 pour devenir ensuite manufacture royale de Sèvres. Le roi charge Trudaine, conseiller d’État de l’administration des Ponts et Chaussées, qui lance de grands travaux routiers. Il favorise l’exploitation des inventions techniques, concernant comme le textile, les mines et la métallurgie. Les bases d’une grande industrie moderne sont ainsi fondées.

Ce roi, à la foi artiste et économiste, meurt le 10 mai 1774 à Versailles, laissant derrière lui une France prospère dans tous les domaines et devant lui une situation politique o* tous les espoirs de réformes ouvrent l’horizon d’un nouveau règne heureux. » Elisabeth KIRCHKOFF ( Médiéviste française, diplômée de l’Université de Paris IV Sorbonne, de l’Institut d’Art et de l’Institut de Géographie à Paris.  Elle a travaillé au musée du Moyen-Âge et de la Renaissance. Professeur d’histoire, géographie, latin et histoire de l’art)

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 » Louis XV en armure  » par Carl VAN LOO

 

Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d’ÉON de BEAUMONT … dit le chevalier d’ÉON

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 » Portrait du chevalier d’Éon  » par Thomas STEWART

 » Homme ou femme ? Charles, Geneviève, Louis, Auguste, André, Timothée d’Éon de Beaumont suscite encore bien des interrogations quant à son sexe : le chevalier, en effet, est resté célèbre comme l’espion du roi de France qui s’habillait en femme. Un mystère sur lequel se penchent bien des historiens. Voltaire avait vu juste : «  cela fera un beau problème dans l’histoire  » écrivait-il depuis Ferney, parlant de cet  » animal amphibie qui n’est ni fille ni garçon « . Le sexe du chevalier d’Éon ne cesse d’intriguer en France et en Angleterre au XVIIIe siècle, et le personnage a cultivé le paradoxe et l’ambiguïté jusqu’à s’y perdre lui-même.

Remarquablement intelligent, prodigieusement cultivé, aventurier et espion, toute sa vie il a brouillé les pistes. Agent double, au propre comme au figuré, entré au service du roi Louis XV dans ce que l’on appelle alors le secret du roi , ancêtre des services spéciaux, il reste l’un des personnages les plus mystérieux de notre histoire.

Né à Tonnerre, en Bourgogne, le 5 octobre 1728 dans une famille de petite noblesse, c’est un garçon gracile aux traits fins et délicats, presque androgyne. Excellent élève, il est envoyé au prestigieux collège Mazarin de Paris d’où il sort avec un diplôme en droit civil et droit canon en 1749. Il n’a toujours pas de barbe. Inscrit comme avocat au Parlement de Paris, il s’illustre par quelques écrits et savantes considérations qui attirent l’attention du roi Louis XV, lequel le nomme censeur royal pour l’histoire des belles Lettres. Repéré pour son intelligence vive, le chevalier d’Éon va vite être sollicité pour entrer au Secret du roi, ce cabinet parallèle dirigé par le prince de Conti pour préserver le domaine réservé au roi, notamment en politique étrangère, tandis que les diplomates officiels obéissaient au secrétaire d’État aux Affaires étrangères sous l’influence de la marquise de Pompadour.

En 1756, le chevalier est envoyé en Russie pour obtenir de la tsarine Elisabeth une alliance stratégique avec la France. Tout laisse à penser qu’il a dû se travestir pour la première fois en femme pour traverser les frontières et atteindre sans périls la Russie. Il sait aussi manier l’art de travestir la vérité. Il ira jusqu’à prétendre que c’est lui, simple secrétaire d’ambassade et espion du roi de France, qui a réussi l’exploit de retourner les alliances pour convaincre la tsarine d’entrer en guerre contre l’Angleterre aux côtés de la France. Ce qui, en revanche, ne saurait être contesté, c’est sa bravoure au combat pendant la guerre de Sept Ans, durant laquelle il se bat comme capitaine des dragons de 1760 à 1762 , ce qui lui vaut la reconnaissance du roi et l’attribution de la croix de Saint Louis, privilège rare.

chevalier d'EON Pierre-Adrien LE BEAU d'après Claude-Louis DESRAIS Lyon Bibliothèque municipal
 » Le chevalier d’Éon en capitaine des dragons  » –  Adrien LE BEAU  d’après Claude Louis DESRAIS ( Bibliothèque municipale de Lyon/ France)

Fort de la faveur royale, le chevalier d’Éon, alors âgé de trente-cinq ans, retourne servir Louis XV en Angleterre comme secrétaire d’ambassade sous les ordres d’un homme qu’il méprise et qui deviendra son pire ennemi, le comte de Guerchy.

Claude Louis François de GUERCHY
Claude Louis François RÉGNIER de GUERCHY ( Diplomate et militaire français)

Parallèlement, il est chargé d’une mission secrète : reconnaître les côtes d’Angleterre et du Pays de Galles,  noter les mouvements des marées et autres détails précieux pour rédiger un plan de débarquement. Mais ne supportant pas les remarques de son supérieur et menant grand train quand il doit le remplacer pendant quelques mois, le chevalier d’Éon se révèle mégalomane, affabulateur, tout en devenant, dans le même temps, l’homme incontournable de Londres.

Il est l’objet d’un véritable engouement. L’aristocratie se livre à des paris sur le genre de son sexe et même, il échappe à une tentative d’enlèvement pour le vérifier. On le dit fou, puis on le prétend hermaphrodite ou même femme .

 

C’est de ce séjour à Londres que datent les dessins et caricatures qui le montrent mi homme-mi femme. On lui fait des procès qu’il gagne, mais les tribunaux statuent qu’il est une femme !

Chevalier d'Eon magazine
« Mademoiselle de Beaumont  » ou le Chevalier d’Eon – XVIIIe siècle – Westminster Archive Center Londres/Angleterre

Criblé de dettes, il exerce un terrible chantage sur la couronne de France, voulant monnayer la correspondance secrète de la main de Louis XV. Nul ne veut que soient rendues publiques les demandes royales d’un plan de débarquement en Angleterre qui mettraient le feu aux poudres ! Le monarque envoie alors un émissaire de talent à Londres, Pierre Caron de Beaumarchais. Un jeu de séduction s’établit entre les deux. Beaumarchais envoie à Éon des missives enflammées demandant même  » la chevalière » en mariage, avant que leurs rapports ne s’enveniment. Finalement, un protocole d’accord est trouvé : le chevalier remet l’intégralité des documents en échange de quoi il reçoit une rente à la condition expresse qu’il ne quitte plus jamais ses vêtements féminins. Selon Michel de Decker «  on l’embastille dans le costume féminin  » .

Pourquoi le chevalier sombre t-il dans la dépression et la conversion mystique s’il ne se pensait pas, depuis longtemps, comme une femme et se prenait pour l’incarnation de la « reine des amazones » ou de la « pucelle de Tonnerre » comme il l’écrivit lui-même ? Sa liberté, sans doute, était de changer d’identité à sa guise et de ne souffrir d’aucune contrainte de  » son genre « . Après un exil à Tonnerre, il retourne en Angleterre où, malgré son âge et ses vêtements féminins, il propose des exhibitions de duel à l’épée. Mais après une blessure, sans revenus ( la Révolution française a mis fin à sa rente et ses biens furent vendus aux enchères) il arrête en 1796 sa carrière de duelliste.

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 » Duel entre le chevalier SAINT GEORGE et le chevalier d’ÉON en avril 1787 au Carlton House de Londres. – Alexandre Auguste ROBINEAU

Il vivra dans une relative misère et sera même emprisonné pour dettes. Il sera recueilli par Miss Mary Cole, chez qui il pourra le 21 mai 1810. Une autopsie sera aussitôt pratiquée à Londres par le docteur Copeland, chirurgien légiste : «  je certifie que j’ai examiné et disséqué le corps du chevalier d’Éon et que j’ai trouvé les organes mâles de la génération parfaitement formés sous tous les rapports. » On ne saurait être plus clair. Le baron Séguier, consul de France à Londres, notera :  » aucune bizarrerie de la nature n’a protégé le rôle qu’il s’est plu à jouer si longtemps. »

Ironie de l’histoire, il est enterré dans le Middlesex lui qui a passé la moitié de sa vie en homme et l’autre moitié en femme. Quel est donc le secret du chevalier d’Éon, à qui on ne connaît aucune aventure féminine ou masculine . Selon Evelyne Lever, l’hypothèse la plus vraisemblable serait qu’il est resté chaste car il éprouvait aucun désir charnel. Certains assurent qu’il représente un cas d’hermaphrodisme pur. Quoi qu’il en soit, sa vie, qu’il décrivait lui-même comme  » sans queue ni tête  » pose clairement la question de l’identité de genre et de la transsexualité. Une association anglaise, soutenant les transsexuels, la Beaumont Society, l’a d’ailleurs choisi comme emblème. » Stéphane BERN (Journaliste, écrivain, animateur radio et présentateur de télévision  français)

 

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 » Portrait du chevalier d’ÉON  » par Angelika KAUFFMANN

 

 

Le surintendant Nicolas FOUQUET … l’outrage royal

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Nicolas FOUQUET – Portrait par Edouard LACRETELLE ( Fouquet a été jugé en 1661 par la Chambre de Justice. Les magistrats avaient été choisis par le Roi Louis XIV – En 1664 il est condamné au bannissement et à la confiscation de ses biens. Il sera emprisonné à perpétuité à la demande du roi. Il est incarcéré  à la Forteresse de Pignerol (où il va mourir au bout de 16 ans d’un emprisonnement très difficile.
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Château de VAUX-le-VICOMTE

 

 » Vanité, arrogance ou erreur politique ? Le surintendant des Finances convie Louis XIV à une fête trop somptueuse en son château de Vaux-le-Vicomte. Il précipita sa propre perte. C’est une belle journée d’août qui caresse la Brie. Le Nôtre n’a eu qu’un mois pour peaufiner le détail des jardins de Vaux. Il reste à faire. Le génie, pour l’heure, est de savoir sur quoi faire l’impasse pour que tout ai l’air parfait à défaut de l’être. Car on attend pas n’importe qui ! On attend Louis XIV.

A six heures du soir, il arrive, laid et tassé malgré ses 22 ans. Avec chaleur, Fouquet le surintendant et madame, volent à sa rencontre. Le Nôtre a reçu la mission de guider le roi et la reine, la reine-mère s’entend, car l’épouse, enceinte, est restée à Fontainebleau. Pour étirer le parc sur 12000 arpents ( 6000 ha ) de sol bourbeux, Fouquet a rayé trois villages de ses terres. Pour ce faire, il a débauché l’architecte du roi, Le Vau. Celui-ci s’appuie sur le peintre Le Brun pour la déco et le Brun sur son ami d’enfance Le Nôtre : 4000 mains et 2000 manants ont tout rasé, aplati, aplani, pour terrasser et domestiquer bois, prairies, rivières ….. jusqu’à la perspective, truquée par des jeux d’optique.

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C’est l’heure du banquet : 80 tables, 30 buffets, 5 services, le chef d’orchestre est un certain Vatel. La musique de Lully règle le  »  pas des mâchoires  » , mais Louis a mis en sourdine son appétit d’ogre. Cailles, perdrix, faisans, bousculent leurs fumets sur les assiettes en or massif : les Fouquet ont-ils oublié que le roi a mis sa vaisselle  à la fonte pour payer son armée ? … Une crème fouettée drapée de sucre fait dessert. Quand, désœuvré, Vatel ira chez les Condé, cette douceur prendra le nom de son fief : Chantilly.

Au fond de l’allée des Sapins, Le Nôtre a taillé au ciseau son théâtre de verdure. La comédie-ballet porte un titre prophétique : les Fâcheux ! Dans l’urgence, Molière assure les huit rôles d’importance,  assaillant un maître de céans qui lâche ces vers lourds de sens :  » Pensant égayer, j’ai misérablement trouvé de mes péchés le juste châtiment. « – Les décors de Le Nôtre s’animent aux sortilèges du machiniste Torelli. Ses inventions finiront sur les planches de l’Encyclopédie. Hautbois et violons jaillissent des fourrés. Les statues disposées par Le Brun s’incarnent en acteurs qui font la pantomime. Ce rocher ? Un œuf énorme qui fêle et cède, libérant une nymphe :  » La Béjart  » maîtresse de Molière.

On applaudit ; on feint les cris jusqu’à pâmoison. Et, chaque fois, le roi tique. Fouquet pense encore que sa petite fête va le bombarder Premier ministre à la place de Mazarin qui vient de trépasser. Mais il a oublié Colbert, qui a dévoilé à Louis ses finances acrobatiques. Le souverain a, depuis des mois donné des ordres. Fouquet est en train de manquer la dernière chance de les annuler. Et voici le feu d’artifice, ses gerbes, ses pluies, ses étoiles, dédoublées par des miroirs, marque de fabrique Le Nôtre  : les fontaines, les bassins, le canal.

Comme un veneur bredouille rappelle ses chiens, Louis lâche un ordre. Un grand fracas. Les six tambours des mousquetaires accourant sur leurs chevaux gris. C’est leur lieutenant en second qui les mène, d’Artagnan. Maternelle, la surintendante vante vante au roi le lit somptueux qui l’attend, mais il décline. Il s’inquiète pour la reine, ment-il, il faut regagner Fontainebleau. Plus délicat que jamais, Fouquet veut même offrir son château. Vaux en cadeau ? L’humiliante aumône ! Louis se hâte vers son carrosse quand une terrible explosion ébranle le château : un bouquet de fusées, l’ultime surprise conçue par Fouquet. Le roi sursaute. Affolés, deux chevaux de la reine se cabrent et retombent déjà carcasses dans les fossés béants. Ah pour le coup, oui, c’est le bouquet !

Laissant Fouquet désespéré, le roi caracole vers Fontainebleau l’austère. Le 5 du mois suivant, jours de ses 23 ans, il s’offrira une fête de son goût : dépêchant d’Artagnan à Nantes, il y fera cueillir Fouquet pour l’embastiller au donjon d’Angers. Vaux est mis sous scellés, que le Nôtre obtiendra de forcer afin de reprendre ses dessins …. pour Versailles !  » Dominique de LA TOUR ( Journaliste, historien, écrivain )

CITADELLE DE PIGNEROL ET DONJON OU ETAIT ENFERME FOUQUET
Citadelle de Pignerol et le donjon où était enfermé Fouquet