Princesses écartées devenues reines …

« Écartées du trône, souvent injustement, quelques princesses sont toutefois parvenues à en gravir les marches. Pour le bien du royaume souvent, pour leur propre survie parfois, pour conserver la couronne à leurs enfants toujours.

Pour la  » Grande Histoire  » la cause est entendu, pouvoir et virilité vont de pair. Depuis toujours les poètes nous chantent, des croisades de Richard Cœur de Lion aux grandes campagnes napoléoniennes, le geste de héros guerriers. Rares sont les femmes à émerger de cette mâle litanie, hormis peut-être Zénobie la conquérante d’Asie mineure, Artémise la reine-amiral de Carie ou Hatchepsout la puissante pharaon d’Égypte. Toutes saluées, bien entendu pour leurs vertus martiales.

A l’aube de notre ère, une jeune souveraine pourtant se distingue déjà par la sagesse de sa politique : Cléopâtre VII , surnommée Philopatris (celle qui aimait sa patrie) -La dernière reine d’Égypte est aussi la première , en près de trois siècles de règne de la dynastie Lagide, à parler l’égyptien. Les mémorialistes, et surtout les romains qui la détestent, dénoncent une manipulatrice impitoyable, avide de pouvoir et à la sensualité débridée. « On avait plaisir à entendre le son de sa voix. Sa langue était comme instrument à plusieurs cordes qu’elle adaptait sans effort au dialecte qu’elle voulait », si l’on en croit Plutarque le pouvoir de séduction de Cléopâtre tenait plus à un esprit cultivé qu’à des courtes d’hétaïre

Statue de Cléopâtre VII avec diadème et coiffure de melon. Elle fut retrouvée à Rome près de la tombe de Néron, via Cassia

Loin de verser dans la coquetterie, travers sulfureux dans l’Espagne de l’Inquisition, Isabelle de Castille n’en est pas moins femme et à ce titre féale de son légitime époux Ferdinand II d’ Aragon. Pas question cependant pour lui de loucher sur la couronne de sa femme.

Isabelle De CASTILLE

Quand elle s’impose sur le trône, au détriment de sa nièce Jeanne, en 1474, Isabelle se proclame reine et propriétaire de Castille ! Portés par l’ambition de la reine, les souverains vont devenir  » les rois catholiques de la Reconquista , pourfendeurs des derniers sultans musulmans d’Andalousie. Visionnaire, la reine finance aussi un navigateur audacieux : Christophe Colomb qui, découvrant l’Amérique, offre ne richesse sans égale aux  » Espagnes « .

Le génie politique d’Isabelle va faire de son petit-fils Charles Quint, et du fils de ce dernier Philippe II, les plus puissants monarques de la Renaissance. La France prise en étau et ravagée de l’intérieur par des guerres de religion entretenues en sous main par l’Espagne, ne devra son salut qu’au génie politique de Catherine de Médicis

Catherine De Médicis

La légende noire de la reine-régente la rend responsable du massacre de la Saint Barthélémy. Cette « nièce du pape » n’a pourtant rien d’une catholique fanatique, offrant même aux calvinistes, dès 1562, la liberté de conscience et de culte « hors les villes ». Sans autre force souvent que la « mystique royale », cette mère et reine remarquable s’est battue pour conserver à ses fils François II, Charles IX et Henri III  » le plus beau royaume sous les cieux « 

Outre Manche, Elisabeth Ière Tudor s’inquiète, elle aussi, de l’inexorable ascension de l’Espagne. D’autant que pour demeurer roi d’Angleterre, Philippe II, veuf de la demi-sœur d’Elisabeth, Mary la Sanglante, a décidé de l’épouser ! D’autres se proposent, Charles d’Autriche, François de Valois ou Robert Dudley, la souveraine élude.

Elisabeth Ière d’Angleterre

Jalouse de son pouvoir elle se déclara finalement Reine Vierge mariée à tous mes bons époux, mon bon peuple. Sous la sage administration d’Elisabeth, l’Angleterre gagne en puissance maritime, économique et politique. Quand à l’Invincible Armada que Philippe II envoie sur les côtes anglaises pour détrôner la rebelle, elle sera défaite par la tempête et par la flotte de la célibataire endurcie.

Au commencement du règne du règne de Marie-Thérèse d’Autriche en 1740, son héritage lui est âprement disputé par la Bavière, la France, l’Espagne, le Piémont-Sardaigne, la Prusse et la Saxe. Sa faute : être née femme ! Archiduchesse d’Autriche, reine de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, Marie-Thérèse devient aussi roi de Hongrie, le féminin n’a décidément pas cours à Budapest.

Marie-Thérèse d’Autriche

La souveraine, qui récupère au passage la dignité impériale dont elle fait investir son mari, va devoir lutter huit ans pour imposer son droit et transmettre à son tour les états héréditaires à seize enfants dont elle s’occupera attentivement. Un souci rare à l’époque, mais la reine était, alors tout aussi surprenant, heureuse en ménage.

Contemporaine de Marie-Thérèse, Sophie d’Anhalt-Zerbst va, elle, s’emparer d’une couronne pour ne plus la quitter. Mariée adolescente au futur Pierre III de Russie et rebaptisée Catherine lors de sa conversion à la foi orthodoxe, elle sait que son avenir ne tient qu’à un fil. Son époux, alcoolique et déséquilibré, la déteste. Nécessité faisant loi, pour échapper à une éventuelle disgrâce, ou pire, la princesse prend le pouvoir. Le 9 Juillet 1762, six mois seulement après son avènement, Pierre III est déposé et meurt opportunément huit jours plus tard.

Catherine II dite La Grande devient, pour les trente-quatre ans à venir, l’autocrate autoproclamée de toutes les Russies. A la fois reine de guerre, qui étend son empire jusqu’en Pologne et Crimée, et despote éclairée amie des philosophes et des encyclopédistes.

Catherine II de Russie

Avec Victoria, première reine régnante de l’ère industrielle et première impératrice des Indes en 1876, le Royaume-Uni accède à ce rang de grande puissance mondiale si longtemps convoité. Si le pouvoir politique de la souveraine paraît limité, son influence morale est grande. Épouse comblée du prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha et mère de neuf enfants, Victoria va incarner les vertus conjugales de l’ère … victorienne.

Reine Victoria / Photo de Alexander BASSANO

Fuyant ses obligations officielles après la mort de son si cher Albert en 1861, la reine en deuil perpétuel vit en recluse, presque invisible. Par sa seule présence pourtant, ce petit bout de dame, sans grand charisme et toujours de noir vêtue, va s’imposer comme l’incarnation du plus grand empire colonial jamais constitué.  » Gabriel DE PENCHENADE (Journaliste, spécialiste des têtes couronnées)

Marie MÉDICIS reine de France …

Marie enfant

 » Marie, née en 1573, avait six ans quand sa mère Jeanne d’Autriche mourut. La place de cette dernière fut immédiatement prise par Blanche Cappello, avec qui la fillette dut cohabiter pendant plusieurs années, privée aussi de la présence de ses frères et sœurs, morts tous très jeunes, à l’exception d’Éléonore qui s’était mariée en 1583 avec Vincenzo Gonzaga, duc de Mantoue. En 1587, son père François expira lui aussi, suivi, après quelques heures, de son grand amour Blanche Cappello.  Marie fut alors confiée à son oncle Ferdinand Ier. Elle passa sa jeunesse au Palais Pitti avec la seule amitié de Leonora Galigaï qu’elle emmena avec elle lorsqu’elle partit pour la France.

Le mariage de Marie avec Henri IV, qui par un consentement mutuel, avait divorcé de Marguerite de Valois, mit sur le trône de France, et pour la deuxième fois, une Médicis. Ferdinand avait opéré en faveur de cette alliance qui représentait à ses yeux une promotion et garantie pour sa famille. Alors que Catherine avait du attendre de longues années avant d’occuper le trône de France, Marie, par effet de son mariage qui eut lieu en Octobre 1600, devint immédiatement reine.

Mariage de MariEMédicis et Henri IV » par Jacopo DI CHIMENTI DA EMPOLI

Les intérêts réciproques étaient bien évidemment à la base de cette union : les Médicis y gagnaient en prestige, les français en argent. En effet, le montant de la dot de Marie avait été initialement fixé à un million d’écus d’or. Elle n’apportera que six cent mille écus acceptés cependant de bonne grâce par les responsables des négociations puisqu’il s’agissait encore d’une somme tout à fait rondelette.

Les français manifestèrent tout de suite une forte antipathie envers cette femme qui n’était plus très jeune pour l’époque et dont l’aspect physique n’était pas particulièrement agréable. Quant à son intelligence, elle semblait plutôt limitée. Elle passait ses journées en compagnie d’un couple italien, tout autre que brillant, mais qui exerçait sur elle une forte influence. Il s’agissait de son amie Leonora Galigaï et son mari Concino Concini, deux intrigants à la recherche perpétuelle de prébendes et d’occasion pour apaiser leur avidité d’argent. Marie qui ne pensait qu’à se distraire et organiser des cérémonies, s’attira beaucoup de critiques y compris celles du puissant cardinal de Richelieu.

En 1610 Henri IV qui se rendait à une fête, fut poignardé dans sa voiture par un fanatique. Il mourut de sa blessure, laissant veuve Marie. La soif de pouvoir cette femme, régente jusqu’en 1617, la poussa à vouloir éliminer les conseillers de Cour qui l’empêchaient de réaliser ses ambitions. Elle s’en remis aux conseils du fameux Concini, qui, comme nous l’avons déjà dit, ne brillait ni par son intégrité, ni par son intelligence. Il se fit accorder, en échange, de très fortes sommes d’argent. La reine lui accordera même le marquisat d’Ancre. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase ! Son fils XIII , furieux, eut une réaction très violente : il chassa sa mère de Paris et l’envoya à Blois. C’est de ce jour que commença le calvaire de Marie. Ses amis Concini furent tous deux mis à mort.

LOUIS XIII

Après une réconciliation, Louis XIII la rappela en 1622 , mais en 1632 il l’éloignera  à nouveau et définitivement. Elle s’enfuira de façon rocambolesque du château de Blois où elle avait été reléguée et partit pour l’étranger. Elle se réfugia à Anvers où elle vécut dans la misère avec le peu que ses enfants voulaient bien lui donner. Elle habitait un logement que lui avait gentiment mis à disposition le peintre Rubens auquel, dans la brève période de son règne, elle avait passé d’importantes commandes. Le peintre reconnaissant fut honoré de pouvoir lui venir en aide dans ces circonstances.

Elle mourut à Cologne en 1642 dans un dénuement total  »  Massimo WINSPEARE (Écrivain-historien italien)

MARIE MEDICIS PAR PIERRE PAUL RUBENS
 » Marie Médicis  » – Pierre Paul RUBENS

Rose BERTIN …  » Ministre des modes  » de la reine Marie-Antoinette

 » Portrait présumé de Rose BERTIN  » par Elisabeth VIGÉE-LEBRUN –

  » Jeune fille pauvre, Rose Bertin quitte sa Picardie natale pour venir travailler à Paris en 1762. Talentueuse, attachante, elle se fait apprécier et vole vite de ses propres ailes en ouvrant bientôt sa propre enseigne Le Grand Mogol. Elle est à la fois couturière et modiste, avec  » quelque chose de plus « . Beaucoup de choses en plus. En cette fin de règne de Louis XV, le chemin de la jeune femme va prendre celui de Versailles et sa vie s’éclairer d’un lien des plus inattendus : une flamboyante et royale amitié. Car, en rose Bertin, Marie-Antoinette va trouver son ministre des modes . En sapant les bases de l’ Ancien Régime vestimentaire, en substituant aux robes paniers une mode légère, fluide et confortable, en développant les accessoires (chapeaux, coiffures et gants ) elle invente une nouvelle garde-robe qui va exploser de diversité et d’invention.

La reine décide de rencontrer Rose Bertin au début de l’été 1774. Madame Campan, première femme de chambre, confirme la date dans ses Mémoires. La duchesse de Chartres introduit la jeune femme auprès de la reine. Éblouie, Rose pénètre dans le cabinet blanc et or orné de sphinx et d’amours, de glaces drapées de soie, avec la harpe, le piano, la cheminée en marbre rouge, les chinoiseries, les fleurs fraîches. A partir de ce jour, Rose Bertin devient la parurière attitrée de la reine. Elle doit louer un appartement à Versailles afin d’être plus facilement auprès de sa Majesté. Désormais, tout ce qui est à la mode en France, des chaussures à la coiffure, est appelé » à la reine « . En Marie-Antoinette, Rose Bertin trouve la cliente idéale. Sa faveur ne démentira pas. » La Bertin » lance la reine dans de folles dépenses, dans des excès de plumage. Ainsi la faveur royale propulse Rose Bertin au premier rang. Rose Bertin ne manque jamais d’aplomb et n’hésite pas à parler à la souveraine sans trop de déférence, et même avec quelque hauteur sachant qu’elle la tient aussi sûrement qu’avec une corde lorsqu’il s’agit, pour la reine, de choisir une robe parmi les divers modèles

La reine MARIE-ANTOINETTE portant une robe dite De Gaulle et un chapeau créés par Rose BERTIN – Tableau de Elisabeth VIGÉE-LEBRUN
Robe Marie-Antoinette – Rose BERTIN ( Royal Ontario Museum )
» Robe dite à la Française » par Rose BERTIN ( Metropolitan Museum New York)

Le métier de marchande de modes est, pour la première fois, non seulement mentionné mais défini et situé socialement par Diderot en 1765 dans son Encyclopédie. Désormais, la marchande de modes, issue de la noble corporation des merciers, qui  » achève et ennoblit le vêtement  », n’est enchaînée par aucune des ordonnances qui paralysaient les tailleurs, simples artisans. Le travail de ces nouvelles venues ne connaît d’autres règles que l’inspiration. Elles garnissent les robes livrées par la couturière, orchestrent les coiffures, bonnets, fichus, mantilles ; jouent des ruches, des dentelles et des falbalas. Elles sont les artistes qui donnent à la robe son accent, son esprit et sa grâce.

 » La marchande de modes  » François BOUCHER

La marchande de modes sous l’Ancien Régime est à la fois modiste, un peu la couturière d’à présent et même quelque chose de plus. Que trouve t-on chez elle ? Des  » ouvrages faits  » : grands bonnets, demi-négligés, baigneuses, toques, chapeaux en fleurs et en plumes, mantelets, pelisses, respectueuses, calèches, cols et cravates, sacs à ouvrage, nœuds et épées, souliers, pantalons d’étoffes, bas etc… Sans oublier cet inventaire à la Prévert : bourses à cheveux, guirlandes, crêpes effilés, rubans et cordons de tous les ordres, manchons d’étoffes, éventails de toute façon, mitaines et gants de toutes espèces, dominos, habits de Cour et de théâtre. Quant aux assortiments de mercerie, ils consistent en dentelles noires, entoilages de soie, satins unis et à mouches, taffetas à la bonne femme, à mantelets, à tabliers, gazes blanches et couleurs, chenilles, velours pour colliers, carcans ordinaires à la Bourgogne et à l’aune, fleurs de tête etc… 

 » Les marchandes de modes  » 1769 (Gravure de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert)

Dès lors, Rose est réclamée dans toutes les Cours d’Europe.  » La Bertin  » est la première grande couturière française à avoir un nom qui est un label. Il y a eu d’autres célèbres marchande des modes avant elle, mais c’est la première à être une star. Alchimiste de la mode, elle jette quelques-unes des bases qui, au cours du siècle suivant, deviendront la haute couture parisienne.

Chapeaux Rose BERTIN

Le destin de Marie-Antoinette et de celui de sa modiste suivent des routes parallèles qui se rejoignent à Versailles et se séparent sur la Place de la Révolution en octobre 1793. L’exécution de Louis XVI en janvier 1793 et la condamnation à mort de Marie-Antoinette en octobre 1793 par le tribunal révolutionnaire, la glacent d’effroi. Elle va s’exiler à Londres. Malheureusement pour elle, Rose n’a pas laissé que ses cousettes à Paris. Elle y a également laissé des concurrents et des gros créanciers que son exil arrange bien. Rose a aussi trop servilement servi la Cour.

Elle regagnera la France en 1795, s’installera à nouveau Rue Richelieu. Malheureusement une nouvelle génération de marchands de modes a fait son apparition. Le charme est rompu. Elle devient même une créatrice dépourvue de valeur. L’avènement de l’Empire, en décembre 1804, marque l’arrêt irrémédiable de toutes les activités de Melle Bertin. Elle se retire dans sa maison à Epernay. Lorsqu’en 1814, après la première abdication de l’Empereur, Louis XVIII monte sur le trône, il se trouve des membres de la famille royale pour se souvenir de Rose Bertin et quérir de ses nouvelles. Elle était morte en 1813.

Aujourd’hui  Mademoiselle Bertin of Paris  est une griffe de vêtements chic aux Etats Unis et en Italie. Le succès du film de Sofia Coppola en 2006 sur Marie-Antoinette doit beaucoup aux costumes réalisés par Milena Canonero, s’inspirant fidèlement des robes de Rose Bertin. Elle reste à jamais la grande prétresse des chiffons du XVIIIe siècle  » Bertrand MEYER-STABLEY (Journaliste et écrivain français)

Film de Sofia COPPOLA « Marie-Antoinette » en 2006 – Les costumes se sont inspirés de Rose BERTIN et ont été réalisés par Milena CANONERO
Kristen DUNST dans le film de Sofia COPPOLA « Marie-Antoinette » en 2006 – Les costumes se sont inspirés de Rose BERTIN et ont été réalisés par Milena CANONERO

Le Petit Trianon & le Pavillon français …

« Le règne de Louis XV n’a rien apporté aux jardins de Versailles, si ce n’est le remodelage du bassin de Neptune et l’achèvement de son décor sculpté dans le style monumental du règne de Louis XIV. En revanche, au domaine de Trianon, où Louis XV peut mener un genre de vie plus conforme à son tempérament et à ses goûts, les adjonctions sont importantes. Le roi, bien secondé par Ange Jacques Gabriel, est ici son propre architecte. Mais le style si cohérent des travaux engagés à Trianon doit beaucoup à Madame de Pompadour que l’on prend parfois pour la muse du rococo alors qu’elle a été, au contraire, l’inspiratrice d’un retour à un meilleur goût.

Le Petit Trianon commencé en 1760 n’est achevé qu’en 1764 à la mort de Madame de Pompadour, à qui il était destiné. Son premier occupant sera Marie-Antoinette : ce sera le cadeau que fera Louis XVI à sa jeune épouse. Le Petit Trianon est probablement inspiré des projets primés par le concours de l’Académie d’architecture en 1758, lesquels comptent parmi les premiers effets de la reprise en mains de l’école française menée par Marigny.

Le Petit Trianon : Louis XVI offre une clé sertie de 531 diamants à sa jeune épouse Marie-Antoinette faisant ainsi d’elle la propriétaire des lieux. Elle va appeler à ses côtés l’architecte Richard Mique, lequel va réaliser pour elle des nouvelles constructions ( des Fabriques ) comme le Temple de l’amour ou le Théâtre de la Reine . Le Petit Trianon a été son refuge, loin de l’étiquette, loin de la Cour et de Versailles. La Révolution en fera une auberge. Napoléon ou plus exactement sa soeur Pauline et son épouse Marie-Louise vont le faire renaître. L’impératrice Eugénie, femme de Napoléon III, avait une admiration sans borne pour Marie-Antoinette. Elle fera du lieu un musée à sa mémoire en 1867.
Le Temple de l’amour est une fabrique construite dans le jardin anglais par Richard Mique à la demande de Marie-Antoinette. Entièrement restauré en 2006.
Au centre de la rotonde il y a une sculpture L’amour se taillant un arc dans la massue d’Hercule. Il s’agit d’une copie réalisée par Louis Philippe Mouchy en 1778/80 d’après le modèle original de Edmé Bouchardon ( plâtre en 1738 – marbre 1754  ce dernier se trouve désormais au musée du Louvre à Paris )

Le Pavillon français ( 1749 ) est l’exemple accompli du style Gabriel. C’est un pavillon de repos construit à Trianon au plus près d’une ménagerie créée par Louis XV et principalement vouée à la sélection des plus belles et des plus rares espèces de gallinacés. Ce pavillon s’appelait d’ailleurs primitivement le Pavillon de la ménagerie. Il a emprunté le nom qu’on lui donne aujourd’hui, au jardin français ( Jardin du roi ). En vérité, le jardin est moins français que ne l’est le pavillon lui-même. Les élévations sont empruntées au Trianon de marbre voisin. Elles illustrent l’idéal architectural de Louis XV. » Jean-Marie PÉROUSE DE MONTCLOS (Historien de l’architecture, français)

PAVILLON FRANCAIS
Le Pavillon français fut l’un des premiers bâtiments a être construit à Trianon à la demande du roi Louis XV. Ce dernier venait s’y reposer et avec Mme de Pompadour . Tous deux  y donnaient, le soir, des concerts ou des dîners auxquels étaient conviés quelques privilégiés.

Louis XIV, la foi et la Chapelle Royale à Versailles …

» Le roi, lorsqu’il s’occupait ainsi de l’ordre et de la magnificence de sa chapelle, commençait à marcher à grands pas dans les sentiers de la dévotion. Après bien des égarements, mais qui n’avaient jamais été jusqu’à donner atteinte au fond de religion qui subsistait dans son cœur, ni au zèle dont il était animé pour la majesté du saint culte, Dieu eut enfin égard à sa fidélité dans ce point capital : tant il importe aux princes à qui la providence confie le gouvernement des peuples de conserver , au milieu même de l’emportement de leurs passions, un attachement inviolable à la foi de leurs pères. Plus faibles et plus exposés que les autres hommes à proportion qu’ils sont plus élevés au-dessus d’eux, on les voit faire des chutes plus déplorables. Il est rare qu’ils s’en relèvent quand ils ont manqué du côté de la foi, mais on peut beaucoup espérer de leur retour lorsque, malgré leurs plus humiliantes faiblesses, ils maintiennent, dans eux-mêmes et ils entretiennent dans leurs sujets, les principes solides de la véritable religion. Tel fut Louis XIV.  » Abbé Étienne OROUX  (Chapelain du roi – Extrait de son ouvrage  Histoire ecclésiastique de la cour de France 1777 )

LOUIS XIV priant
» Louis XIV priant  » – 1713/15 – Antoine de COYSEVOX –  » A la messe, il disait son chapelet ( il n’en savait pas davantage) et toujours à genoux, excepté à l’évangile. Aux grandes messes, il ne s’asseyait dans son fauteuil qu’au temps où on a coutume de s’asseoir. Aux jubilés, il faisait presque ses stations à pied, et, tous les jours de jeûne, et ceux du carême où il mangeait maigre, il faisait collation. » Louis de ROUVROY DE SAINT SIMON ( Duc, Pair de France, mémorialiste français)

 

La Chapelle Royale du Château de Versailles  fut dédiée à Saint Louis ( ses initiales sont inscrites au sol ) pour rappeler la Sainte Chapelle qui fut bâtie par ce roi , afin de recevoir la couronne d’épines et un fragment de la Sainte Croix- C’est un 1699, au lendemain de la paix de Ryswick, que le projet de la chapelle royale voit le jour. Le chantier sera repris ou ralenti au gré des guerres qui suivront. Le gros de cette construction verra le jour en 1702, mais lorsque le roi Soleil va mourir, il ne pourra en admirer  la décoration finale. C’est le premier architecte et surintendant des bâtiments du roi Louis XIV : Charles HARDOUIN-MANSART qui sera chargé de la construction entre modernité et tradition. Malheureusement, il décèdera  avant qu’elle ne soit terminée. C’est un autre architecte : Robert DE COTTE qui l’achèvera ( 1710 ).Différents artistes , éminents peintres et sculpteurs,  seront appelés pour la décoration intérieure de la chapelle  : pour les voûtes :  Antoine COYPEL , Charles  DE LA FOSSE, Jean JOUVENET , Louis de BOULLOGNE  (Peinture)   // Guillaume et Nicolas  COUSTOU ( Sculpture ) //  L’autel est de Corneille VAN CLEVE avec la participation de Antoine VASSÉ

CHAPELLE ROYALE VERSAILLES

CHAPELLE ROYALE VERSAILLES VOUTE
La voûte de la chapelle royale culmine a 25 m de hauteur – La partie centrale Dieu le Père dans sa gloire est de Antoine COYPEL – De droite à gauche on peut voir La résurrection de Charles DE LA FOSSE et La descente du Saint Esprit de Jean JOUVENET

 

 

La poule au pot du bon roi Henri IV …

HENRI IV et la poule au pot

 » La poule au pot évoque le bon roi Henri IV dans l’imaginaire collectif français. L’histoire de la poule au pot a été mise en exergue dès le XVIIe siècle, mais a été modifiée au cours des temps et popularisée par l’imagerie populaire de la fin du XIXe siècle, notamment celle de Job.

La première relation de la poule au pot remonte à la version imprimée de l’Histoire d’Henri le Grand, composée par Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, ci-devant percepteur du roi en 1661. C’est une œuvre didactique, destinée à l’enseignement de Louis XIV, futur Roi Soleil. L’histoire de la poule au pot est la conclusion d’une conversation au Jeu de Paume entre le roi Henri IV et le duc de Savoie :  » le duc, voyant un grand peuple, lui dit qu’il ne pouvait assez admirer la beauté et l’opulence de la France, et demanda à sa Majesté ce qu’elle lui valait de revenu. Ce prince généreux et prompt en ses réparties lui répondit :  » elle me vaut ce que je veux « . Le duc trouvant cette réponse vague, le voulut presser de lui dire ce que la France lui valait. Le roi répliqua :  » oui, ce que je veux, parce qu’ayant le cœur de mon peuple, j’en aurai ce que je voudrai, et si dieu me donne encore de la vie, je ferai qu’il n’y aura point laboureur en mon Royaume qui n’ait moyen d’avoir une poule dans son pot. Ajoutant : et si je ne laisserai pas d’avoir de quoi entretenir des gens de guerre pour mettre à la raison tous ceux qui choqueront mon autorité. Le duc ne répartit plus rien et se le tint pour dit. »

HARDOUIN DE PEREFIXE DE BEAUMONT
L’archevêque Paul Philippe HARDOUIN de BEAUMONT de PÉRÉFIXE

C’était donc une exhortation d’un grand prélat, précepteur du roi, à  se faire aimer de son peuple, à ne pas l’écraser d’impôts et à la protéger. Il faut cependant replacer cette poule au pot dans son contexte. Hardouin de Péréfixe nous parle de laboureur : le laboureur était à cette époque un paysan aisé ou riche qui possédait un attelage de bœufs ou de chevaux pour labourer ses terres. Le laboureur était l’élite de la paysannerie, et cette phrase ne s’adressait donc pas à l’ensemble de la paysannerie. D’autre part, cette phrase ne s’adressait donc pas à l’ensemble de la paysannerie. D’autre part, cette phrase s’insère dans la politique d’Henri IV de restaurer la richesse des campagnes après 40 ans de guerres de religion. Elle va donc dans le même sens que la phrase de Maximilien de Béthune, baron de Rosny, puis duc de Sully :  » Labourages et pâturages sont les deux mamelles de la France  » et dans l’encouragement des travaux de l’agronome Olivier de Serres.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les guerres civiles ayant ruiné la France et la poule prend tout son sens dans ce contexte : quand les gens de guerre vivaient sur le pays, ils pillaient les campagnes et terrorisaient les populations, comme Jacques Callot le dessinera dans Les grandes misères de la guerre. Pour se nourrir, les gens de guerre tuaient les volailles, les moutons et les porcs : c’était la picorée, nom de l’époque pour butin et rapine. Comme le dit Hardouin de Péréfixe : «  la guerre avait rompu le commerce, réduit les villes en villages, les villages en masures, et les terres en friche. Néanmoins, les receveurs contraignaient les pauvres paysans de payer les charges pour les fruits qu’ils n’avaient pas cueillis « . Il n’y avait donc plus beaucoup de volailles dans les campagnes à l’issue de ces guerres. Pouvoir mettre une poule dans son pot était le témoin de la fin des guerres civiles et la restauration de la prospérité des campagnes.

Cette phrase, probablement apocryphe, inventée pour les besoins de l’enseignement du jeune Louis XIV, a eu un succès extraordinaire. Elle sera recopiée de siècle en siècle, et modifiée. Elle sera reprise peu avant la Révolution dans une chanson satirique lors des tentatives de la réforme de Turgot : «  Enfin la poule au pot va être mise. On peu du moins le présumer, car depuis deux cents ans qu’elle nous es promise, on a cessé de la plumer  »

Bref la poule au pot n’était pas la poule aux œufs d’or ! Mais la saga de la poule au pot ne s’arrête pas là. Sous la Restauration, la légende de la poule au pot se modifia à nouveau et prit sa forme définitive : «  je veux que chaque laboureur de mon royaume puisse mettre la poule au pot le dimanche « . Il faut souligner qu’avant l’époque moderne des élevages industriels, il fallait un très grand poulailler pour réaliser un tel programme, une poule au pot chaque semaine de l’année. Cette formulation, que certains attribuent à Stendhal, fut formulée en 1823, et remise à l’ordre du jour par le roi Louis XVIII.

LOUIS XVIII par François GERARD
Louis XVIII

La propagande reprend ses droits et le grand gastronome que fut Louis XVIII avait compris le côté rassembleur d’une telle référence, bien plus que les exploits guerriers de Louis XIV. Le XIXe siècle gardera cette référence pour caractériser le bon roi Henri, car la poule au pot était une histoire bien plus rassembleuse et consensuelle que la défaite de la Ligue ou la promulgation de l’Édit de Nantes, dans le contexte de séparation de l’Église et de l’État.

La recette traditionnelle de la poule au pot fait appel à une vieille poule cuite en pot-au-feu. Or, il est de nos jours très simple de trouver dans le commerce des poulets de plus de 100 jours, à l’exception des poulardes et des chapons engraissés. Pour faire une bonne poule au pot, il faut une poule de deux kilos que l’on farcit avec ses abats et de la mie de pain, parfois de l’œuf et de la barde de jambon. On la fait cuire dans un pot en terre vernissée traditionnellement ou en fonte. On la cuit avec des légumes de pot-au-feu : poireaux, carottes, navets, oignons cloutés de clous de girofle, céleri en branche) et on la sert avec du riz et une sauce blanche. Un vrai délice ! Sans oublier le bouillon de poule que beaucoup de nos contemporains ne connaissent qu’au travers des concentrés secs industriels, et qui fut le reconstituant donné aux malades des siècles passés.  » Jean VITAUX ( Médecin, gastronome, grand connaisseur de l’histoire de la gastronomie)

POULE AU POT 2

 

 

 

 

Henri IV … De la Navarre au sacre

 

HENRI IV par Jacob BUNEL

 » Henri de Bourbon voit le jour à Pau le 13 décembre 1553. Par son père Antoine de Bourbon, il descend en ligne directe de Saint-Louis et occupe, dès l’âge de 9 ans, le rang de prince de sang. C’est-à-dire qu’en cas d’extinction de la famille royale, il deviendra l’héritier présomptif du trône de France.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

En effet, à la mort du connétable de Bourbon, Charles III, la branche aînée des Bourbons s’est éteinte dans le déshonneur et la trahison. Aussi, les membres de la branche cadette des Bourbons-Vendôme sont-ils devenus princes de sang. Vassal du roi, le Béarnais détient cependant l’autorité suzeraine d’un cinquième du  royaume ( avec Vendôme, Foix, Béarn, Albret, Armagnac, Alençon, Soissons, Périgord, Limousin) – En 1572, à la mort de sa mère Jeanne d’Albret, il devient souverain de Navarre. Il a grandi entre une mère protestante et un père catholique et il oscillera une bonne partie de sa vie entre les deux religions.

Après le Traité de Saint-Germain en 1570, la régente Catherine de Médicis, imagine de marier sa fille Marguerite à Henri afin de sceller la réconciliation entre catholiques et protestants. Malgré la réticence de sa mère Jeanne d’Albret (elle va mourir juste avant la noce) le roi de Navarre épouse Marguerite de Valois le 18 août 1572 à Paris.

HENRI IV portrait de Marguerite de Valois
Marguerite de Valois

Loin de calmer les esprits, l’événement met le feu aux poudres : le 24 août, lors de la Saint-Barthélemy, des milliers de protestants sont massacrés. Le roi se convertit au catholicisme peu après. Son union, toutefois, ne sera pas heureuse. Il parvient à s’échapper de la Cour et renoue avec la religion réformée. Dès lors les rapports avec la couronne de France se compliquent . Henri de Navarre prend la tête du camp protestant.

Lorsque meurt le duc d’Anjou en 1584, plus jeune frère du roi Henri III , la question de la succession devient urgente. Des émissaires se rendent secrètement auprès de Henri de Navarre pour le presser de se convertir au catholicisme afin d’être désigné comme successeur du roi de France. Mais le Béarnais joue la montre et plaide plutôt en faveur d’un programme de tolérance et coexistence des deux religions. De son côté Henri III, très attaché aux lois fondamentales, est convaincu de la légitimité de son beau-frère comme successeur: «  Aujourd’hui je reconnais le roi de Navarre comme mon seul et unique héritier. C’est un prince bien né et de bon naturel. Mon naturel a toujours été de l’aimer et je sais qu’il m’aime. Il est un peu piquant et en colère, mais le fond en est bon  » –

Autour du roi, nombreux sont ceux qui ne partagent pas son avis. Certains préférant simplement un autre candidat comme le cardinal de Bourbon ; quand ils ne contestent pas la légitimité même de la loi salique et les droits d’Henri de Navarre, cousin seulement au 22e degré du souverain ! Agacés par l’attentisme royal, ulcérés à l’idée qu’un protestant puisse monter sur le trône de France, les Ligueurs, avec les Guise à leur tête, pressent Henri III. C’est la guerre des trois Henri : Henri III, Henri Ier de Guise et Henri de Navarre.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Si les premiers affrontements tournent au désavantage du Béarnais, la situation va bientôt se renverser : convaincu en son for intérieur que Henri de Navarre est son héritier légitime, à condition qu’il se convertisse, Henri III créé la surprise en faisant assassiner le duc et le cardinal de Guise, l’un après l’autre, les 23 et 24 décembre 1588 au château de Blois.

Les deux Henri survivants scellent leur entente le 30 avril 1589 à Plessis-les-Tours. Les retrouvailles sont particulièrement chaleureuses. Mais alors qu’il s’est installé à Saint-Cloud pour mener le siège de la capitale, Henri III est poignardé le 1er août par un moine fanatique, Jacques Clément.

CLEMENT Jacques
Jacques CLÉMENT , frère dominicain, assassin du roi Henri III

Henri de Navarre court à son chevet. Le roi a le temps de demander publiquement à son entourage de le reconnaître comme son héritier : «  la justice, de laquelle j’ai toujours été le protecteur, veut que vous me succédiez après moi à ce royaume, dans lequel vous aurez beaucoup de traverse si vous ne vous résolvez pas à changer de religion. Je vous y exhorte, autant pour le salut de votre âme que pour l’avantage du bien que je vous souhaite. Je vous prie, comme mes amis, et vous ordonne, comme votre roi, que vous reconnaissiez après ma mort mon frère que voici. Et que pour ma satisfaction et votre propre devoir vous lui fassiez serment en ma présence.  » Le trône des Valois passe alors aux Bourbons. Reconnu par son prédécesseur, avec le droit pour lui, Henri IV doit toutefois conquérir son royaume.

Le 4 août 1589 Henri IV publie la déclaration de Saint-Cloud : il s’engage à réunis les États-Généraux et à maintenir le catholicisme. Les nobles non ligueurs s’y soumettent. Il peut alors mener bataille contre la Ligue. Le 25 juillet 1593, à la basilique Saint-Denis, il abjure officiellement et définitivement la loi protestante. Le 27 février 1594, il est sacré roi à Chartres. Et alors qu’il avait été excommunié, le pape Clément VIII absout Henri IV et le reconnaît comme roi très Très-Chrétien. Un Bourbon peut enfin régner.

Henri IV n’a pu être sacré à Reims comme le veut l’usage pour les rois de France car la cité était encore aux mains des Guise.  » Coline BOUVART ( Rédactrice en chef, journaliste au magazine Secrets d’Histoire)

Abjuration d'Henri IV
Abjuration d’Henri IV

 

HENRI IV et son panache blanc
 » Henri de Navarre a beau être devenu roi de France, il lui faut malgré tout conquérir le pays. En effet, Paris et les grandes villes du royaume sont sous la coupe de la Ligue. Cette reconquête, Henri IV la met en œuvre le 14 mars 1590 à Ivry (dans l’Eure) – Le combat des troupes royales contre celles de Charles de Guise, est impitoyable. On donne le roi aux mains de l’ennemi, on annonce même sa mort ! Mais celui-ci se bat avec bravoure,  harangue ses hommes sans relâche :  » ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l’honneur « , jouant sur le sens double du mot  » panache « , héroïsme d’un côté et  » plumet éclatant flottant sur la tête  » de l’autre. La harangue royale a fait rendre gorge aux Ligueux. » Dominique ANDRÉ ( Auteur spécialisé en régions françaises et journaliste )

 

 

La CASTIGLIONE … L’espionne courtisane

CASTIGLIONE photo
Elle a posé pour de très nombreux photographes –  » Avez-vous bien conscience de ce que Dieu accomplit pour vous en vous faisant le collaborateur de la plus belle créature qui ait existé depuis le commencement du monde  » déclara t-elle à l’un d’entre eux.

La fête impériale est éblouissante ce 9 janvier 1856 au Tuileries. Napoléon III y donne un grand bal de saison pour célébrer la victoire de Crimée. Les lustres scintillants des salons révèlent tout l’éclat des tenues des 6.000 invités. Le couple impérial les rejoint vers 21 h 30 et ouvre le bal, puis s’attardent ensuite pour échanger quelques mots avec les participants avant de convier quelques privilégiés à partager leur dîner.

NAPOLEON III
Napoléon III

Le bal se poursuit et l’assistance n’a d’yeux que pour une mystérieuse italienne : Virginia Oldoïni, comtesse de Castiglione. Dans sa robe bleu chatoyant, cette jeune femme de 19 ans stupéfait l’assemblée par sa beauté : yeux clairs, épaules potelées, poitrine ronde, taille de guêpe, longs cheveux bouclés. Les invités remarquent le trouble de l’empereur qui ne la quitte pas des yeux. Il l’avait croisée auparavant, mais, ce soir, elle le subjugue.

Elle est née le 22 Mars 1837 à Florence, issue de l’aristocratie piémontaise. Elle a reçu une éducation classique qui la prépare à son destin de femme du monde. C’est une enfant adorée par ses parents, voire même adulée, sa maman en parle comme d’un chef-d’œuvre ! Sa beauté fait sa renommée. Ils la marient en 1854 au comte François Vérasis de Castiglione. Il a 28 ans, veuf, séduisant, fortuné et l’un des meilleurs partis de l’Italie.

Elle montre très vite un caractère rebelle, impétueux, distant et trouve, hélas, dans d’autres bras l’exaltation des sens. Mais l’histoire va bouleverser son existence. A l’issue de la guerre de Crimée, l’Italie est victorieuse. Le roi de Piémont-Sardaigne, Victor Emmanuel, souhaite unifier son pays. Pour cela, il a besoin de l’appui de l’empereur Napoléon III.

Le roi, conseillé par son ministre Cavour, décide d’envoyer la cousine de ce dernier, la comtesse de Castiglione, en mission secrète pour  » sensibiliser  » l’empereur à la cause italienne. Flattée par cette marque d’estime, Virginia rencontre discrètement Victor Emmanuel, devient sa maîtresse et prend son ordre de mission au sérieux, acceptant de jouer les ambassadrices de charme. En décembre 1855 Cavour lui glisse :  » réussissez ma cousine, par tous les moyens qu’il vous plaira, mais réussissez. »

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Lorsqu’elle rencontre Napoléon III, il a 48 ans. C’est un homme au regard doux, pas très beau, mais avec du charme. Il est notoirement infidèle. Sa relation avec la comtesse de Castiglione fera scandale après l’épisode de Villeneuve-l’Étang, en juin 1856, lors d’une fête champêtre, l’empereur invitera la comtesse à monter avec lui dans une barque. Ils disparaîtront sur une petite île et ne reviendront que plusieurs heures après. La comtesse était toute chiffonnée et affichait un air de triomphe. Pendant plusieurs mois, l’empereur est envoûté par la belle et jeune italienne. Il l’entretient. Mais sa vanité, son manque et discrétion et son caractère ombrageux finissent par le lasser. Il pense déjà à une autre.

Un accident tragique scellera bientôt la fin de leur liaison : dans la nuit du 5 au 6 avril 1857, l’empereur est victime d’un attentat alors qu’il sort de chez elle. Il est sain et sauf, mais l’identité des auteurs de l’agression, des nationalistes italiens, accusent la comtesse. Elle est innocente, mais l’occasion est trop belle : l’empereur en profite pour éloigner son encombrante maîtresse et la renvoie officiellement en Italie.

En réalité, elle revient discrètement à Paris, fait quelques apparitions et sombre peu à peu dans l’oublie. Elle survivra à la chute du Second Empire. Vieille très tôt, elle mènera une vie de demi-mondaine entretenue, puis de recluse. Elle meurt criblée de dettes en novembre 1899.

Quant à son rôle dans l’unification de l’Italie, sans être déterminant, il a certainement appuyé la démocratie. Avec les accords de Plombières, le 21 juillet 1858, Napoléon III a apporté le soutien militaire de la France à Victor-Emmanuel en échange de la Savoie et de Nice.  » Béatrice DANGVAN (Journaliste, historienne française)

Athénaïs de Rochechouart …Marquise de MONTESPAN

 » Elle était d’une beauté à nulle autre pareille : des cheveux d’or, longs et soyeux, des grands yeux couleur azur, un nez aquilin, fin et racé, une bouche ourlée, vermeille, de belles mains un peu potelées, un corps souple et harmonieux, admirablement bien proportionné. Louis XIV en fait sa favorite. L’éclat de cet astre va durer dix années, entre la passion d’un roi encore juvénile pour Louise de la Vallière et l’attachement de l’homme mûr vieillissant pour la dévote Madame de Maintenon.

MONTESPAN en Iris
 » Madame de Montespan en Iris  » – Peintre Inconnu

Née le 5 octobre 1640 à Lussac-les-Châteaux, en Poitou, Françoise, dite Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, appartient à l’une des plus anciennes familles de France. Sa devise Ante mare undae ( qu’un élégant distique traduit ainsi avant que la mer fût au monde, Rochechouart portait les ondes ) laisse éclater tout l’orgueil de ses origines. Son père, Gabriel, est  premier gentilhomme de la Chambre du roi, et sa mère Diane de Grandseigne, dame d’honneur de Anne d’Autriche, l’épouse de Louis XIII.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Après avoir été élevée au couvent Sainte-Marie, à Saintes, elle paraît à la Cour comme demoiselle d’honneur de la jeune reine Marie-Thérèse sous le nom de Mademoiselle de Tonnay-Charente. En juin 1663, elle fait un mariage d’inclinaison avec Louis-Henri de Pardaillan de Gondrain, marquis de Montespan, Gascon incommode et atrabilaire, joueur, coureur et vagabond dans l’âme.

Marquis de Montespan
 » Portrait de Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan »  par Nicolas de LARGILLIÉRE

Louis XIV ne tarde pas à la remarquer. La coquette se pique d’abord de vertu : Si j’étais assez malheureuse pour que pareille chose m’arrivât, je me cacherais pour le reste de ma vie dit-elle à ses compagnes à propos de Mademoiselle de la Vallière. Oui, mais comment résister au plus grand roi de la terre ? En juin 1667, elle capitule, acceptant l’inéluctable. Il est vrai qu’auparavant, sentant sa moralité défaillir, elle avait conjuré ( sans succès ) son mari de l’emmener sur ses terres. Quelques mois plus tard, celui-ci apprendra son infortune. Jetant feu et flamme, étourdissant les courtisans du fracas de ses imprécations et de ses terribles menaces, il faut un esclandre au château de Saint-Germain-en-Laye. On le renvoie dans ses Pyrénées, en son domaine de Bonnefon. On raconte qu’ayant drapé de crêpe son carrosse, l’époux bafoué demander à entrer dans la demeure par la grande porte à cause, dit-il avec une amère ironie, de la hauteur de ses cornes !

A la Cour cependant, Louise de la Vallière, créée duchesse de Vaujours en guise de cadeau de congé, refuse de céder la place, acceptant tout pour raviver les braises mourantes de son amour : les rebuffades de Louis XIV, les railleries de sa nouvelle favorite, le mépris des courtisans. Au prix de cette situation dégradante, elle parvient à se maintenir quelques années, obtenant même du monarque quelques retour d’affection …. surtout durant les grossesses de sa rivale !

Louise de la Vallière par Jean Nocret
 » Portrait de Louise de la Vallière  » par Jean NOCRET

En province, le roi, tel un satrape oriental, s’affiche donc avec son épouse Marie-Thérèse  et ses deux maîtresses dans le même carrosse.Les paysans éberlués parlent, à leur passage, des trois reines. Pour contraindre Louise à quitter définitivement la Cour, Madame de Montespan, odieuse, la traite en femme de chambre. En avril 1674, ce surcroît d’épreuves et humiliations incite la malheureuse Louise à entrer au couvent des Carmélites du Faubourg Saint-Jacques. C’est le triomphe de la dominatrice Athénaïs. Un triomphe, toutefois, traversé de crises.

LOUIS XIV accordant des audiences
 » Louis XIV accordant des audiences  » de  Adam François VAN DER MEULEN ( On y voit la marquise à droite en robe bleue )

En 1675, prêchant le carême pour la troisième année consécutive, le père Bourdaloue interpelle le roi sur sa conduite, tandis que Bossuet, précepteur du Dauphin, cherche à convertir son cœur. En même temps, un vicaire de Versailles, refuse l’absolution à Madame de Montespan, contrainte alors de se retirer au château de Clagny que vient de lui offrir son royal amant.

MONTESPAN Château de Clagny
Document du Château de Clagny – Ce château se trouvait dans le parc du château de Versailles, au nord-est précisément. Le roi a décidé de sa construction en 1674 et il a confié les plans à Jules Hardouin Mansart et les jardins à André Le Nôtre. Elle fut achevée en 1684. Le château sera détruit pour l’agrandissement de la ville de Versailles et il deviendra un quartier en 1869.

Louis XIV va s’éloigner de sa maîtresse une année. Mais au printemps 1676 tout recommence. Elle revient triomphante à la Cour, étincelante d’esprit, elle est la vraie reine de la Cour et de ses fêtes, la royale déesse des Arts et des Lettres. Au faîte de sa gloire, grisée par l’orgueil, elle passe des soirées entières à miser des fortunes que règle le souverain. Ses toilettes, ses équipages, son train de vie sont somptueux. Marie-Thérèse, la reine enrage : cette poule me fera mourir, gémit-elle.

Marie Thérèse d'Autriche
 » Portrait de Marie-Thérèse d’Autriche  » par Jean NOCRET

Les années passent, la beauté de la royale Mortemart s’émousse, elle prend de l’embonpoint. Louis XIV se lasse de ses caprices et de ses scènes. A la quarantaine, il multiplie les passades : Mesdemoiselles de Grancey, de Rouvroy, de Rochefort-Théobon, de la Mothe-Houdancourt, la princesse de Soubise, Madame de Ludres et surtout Marie-Angélique de Scorailles, demoiselle de Fontanges, magnifiquement belle mais sotte comme un panier ( dixit Madame Palatine) qui supplante un temps La Montespan comme favorite officielle avant de mourir en 1861 des suites d’un accouchement.

Marie angélique de Scorailles
« Portrait de Marie-Angélique de Scorailles, demoiselle de Fontanges  » Peintre inconnu

Athénaïs a eu deux enfants de son mari avant d’en être séparée de corps et de biens. Elle en a eu sept du roi, dont six furent légitimés. Quatre atteindront l’âge adulte : Louis Auguste, duc du Maine – Louise-Françoise, demoiselle de Nantes, qui épousera le duc de Bourbon, petit-fils du Grand Condé – Françoise-Marie, demoiselle de Blois, mariée à Philippe duc de Chartres, futur duc d’Orléans et régent de France – Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse.

MARQUISE de Montespan et ses enfants d'après Pierre MIGNARD
 » Portrait de la marquise de Montespan et ses enfants  » par Pierre MIGNARD ( on y voit Louise-Françoise de Bourbon, Mademoiselle de Nantes – Marie-Anne de Bourbon, Mademoiselle de Tours – Louis César de Bourbon, Comte de Vexin –  Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine  – Ce sont les quatre premiers enfants légitimés )

La plus grande faute d’Athénaïs aura été de choisir la veuve Scarron pour élever sa progéniture adultérine. Cette discrète personne de bonne réputation, aimable, instruite, d’apparence dévote et réservée, mais terriblement ambitieuse, va devenir sous le nom de Marquise de Maintenon, sa plus redoutable rivale. Elle finira par la jeter à bas après avoir épousé secrètement le roi à la mort de Marie-Thérèse. Avant l’âge Maintenon s’étendant sur deux grandes saisons du règne, l’automne et l’hiver, celui de Madame de Montespan, époque de plaisir et de frénésie sensuelle, est le plus éclatant.

En décembre 1684, Madame de Montespan quitte son appartement du premier étage à Versailles pour un autre situé au rez-de-chaussée du château, signe de son irréversible disgrâce. Elle s’accrochera à sa condition de mère d’enfants légitimés, mais finira en 1691 par se retirer de la Cour. Elle part vivre en protectrice bienfaisante et en dame d’œuvres au Couvent des Filles de Saint-Joseph, rue Saint-Dominique à Paris. Elle s’éteint pieusement à Bourbon-l’Archambault le 27 mai 1707. En apprenant la nouvelle, Louis XIV se contentera de déclarer que, depuis qu’il l’avait congédiée, il la considérait déjà comme morte…. Tout a-t-il été dit ?

Non. Reste la part d’ombre, une part terrible. A partir de 1679, Madame de Montespan est impliquée dans l’affaire des Poisons. Plusieurs prisonniers de la chambre ardente l’accuse d’avoir participé à des cérémonies magiques et sacrilèges pour garder le cœur du roi, d’avoir fait avaler à celui-ci des poudres aphrodisiaques, d’avoir fait célébrer des messes noires accompagnées de sacrifices de nouveaux-nés, et enfin d’avoir voulu attenter à la vie du roi et de celle de Mademoiselle de Fontanges. Les premières accusations sont, pour ainsi dire, établies. La dernière est invraisemblable. Quant aux messes noires, le mystère demeurera à jamais.  » Jean-Christian PETITFILS ( Historien, docteur es-sciences politiques, politologue, professeur, écrivain)

 

 

Elisabeth VIGÉE-LEBRUN… de la Cour de France à l’exil

VIGEE LEBRUN Auto-portrait.jpg
 » Auto-portrait  » – 1790 Elisabeth VIGÉE-LEBRUN

 » En voyant sa petite Élisabeth dessiner sur les murs, son père, grand pastelliste, en est certain : sa fille sera peintre. En revanche, il ne peut imaginer que la Révolution lui donner un rayonnement international. La portraitiste de Marie-Antoinette est de ces femmes résilientes qui est devenue un modèle. Au début de sa carrière, la jeune femme bénéficie de soutiens hauts placés. Son mari, Jean-Baptiste Lebrun, un prospère marchand d’art parisien, propose les services de sa femme à sa riche clientèle. Le style délicat et sensuel d’Élisabeth plaît : elle a à peine plus de 20 ans et peint déjà la reine. Les deux femmes se prennent d’amitié.

VIGÉE LEBRUN Marie Antoinette à la rose.jpg
 » Marie-Antoinette à la rose  » 1783 – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

Subjuguée par le talent de sa jeune amie, Marie-Antoinette obtient son entrée à l’Académie royale de peinture et sculpture et ce contre l’avis de son directeur. Dès 1783, Élisabeth est reconnue par ses pairs, et jusqu’en 1789 sa célébrité ne cessera de croître. Toute la Cour veut poser pour elle. Elle immortalise les visages de La Polignac ( amie intime de la reine ) ou celle de La du Barry ( ex-favorite de Louis XV).

VIGÉE LEBRUN la duchesse de Polignac.jpg
 » Portrait de la duchesse de Polignac  » 1782 – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

VIGÉE LEBRUN Mme du Barry.jpg
« Portrait de Madame du Barry  » – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

Néanmoins, avec les journées d’octobre, elle comprend qu’être la peintre de la reine fera d’elle une cible pour les révolutionnaires. Ainsi, le 6 octobre 1789, alors que sa souveraine fait route vers les Tuileries, escortées par les dames des Halles, elle monte dans une voiture avec sa fille âgée de 9 ans et sa gouvernante. Elle devra désormais gagner seule sa vie à l’étranger.

A 34 ans, elle commence son grand tour en Italie. Sa réputation la précède et les nobles aux grandes villes lui commandent des portraits alors que les Académies locales l’accueillent chaleureusement. En 1790, elle séjourne à Naples où elle est reçue par la sœur de Marie-Antoinette, Marie-Caroline d’Autriche. Elle peint des portraits de la reine et ses enfants. Deux ans plus tard, la virtuose aspire à se mettre au service de l’Autriche, mais la Cour de Vienne se méfie des français. Elle gagne alors sa vie en peignant des étrangers eux aussi en exil.  Ses ambitions sont frustrées.

Elle veut redevenir une peintre de Cour, aussi met-elle le cap vers Saint-Pétersbourg où la Grande Catherine lui ouvre les bras. Élisabeth vit là des années fastes. Elle aime faire poser les dames de l’aristocratie avec leur enfant tendrement enlacé entre leurs bras à l’instar de la princesse Alexandra Golitsyna et son fils Piotr. Élisabeth elle-même peint des portraits avec sa fille. Julie lui sert de modèle complice et l’amour qu’elles se portent illumine les toiles.

VIGEE LEBRUN Princesse Alexandra Golitsyna et son fils Piotr.jpg
 » Portrait de la Princesse Alexandra Golitsyna et son fils Piotr  » – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

VIGEE LEBRUN et sa fille Julie.jpg
 » Elisabeth VIGÉE-LEBRUN et sa fille Julie « 

A la mort de la tsarine, Paul Ier lui commande un tableau de son épouse Maria Feodorovna. La peintre prospère sur les rives de la Néva avant de reprendre son errance vers Berlin, Potsdam et Dresde. Elle profite du Consulat pour revenir en France en 1802. Paris n’est plus la ville qu’elle a connue. A présent officiellement divorcée, elle vit parmi les artistes jusqu’à ce que le succès l’appelle à Londres. Elle reprend une série de voyages pour peindre des hôtes illustres, de Madame de Staël, persona non grata en France, à la sœur de Napoléon, Caroline Bonaparte, alors reine de Naples, aux côtés de Murat.

Germaine de STAEL en Corinne.jpg
 » Portrait de Germaine de Staël en Corinne  » –  Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

Élisabeth a l’intelligence de ne jamais parler politique et peut donc travailler partout. Elle peint un point c’est tout ! Lors de la Restauration, elle séjourne à nouveau en France avec bonheur. Dans les années 1830, elle entreprend la rédaction de ses Mémoires. Leur publication en trois volumes connaît un immense succès. L’artiste est admise dans toutes les Cours européennes, séduit les lecteurs.

Si elle était restée en France, en admettant qu’elle n’ait pas fini sur l’échafaud, elle aurait vu le monde des arts se fermer à son sexe. En 1789, les femmes représentaient 5,6 % des peintres exposés. En 1791, elles étaient 11 %, mais les hommes ont vu d’un mauvais œil cette concurrence. D’ailleurs, l’Académie fustige alors la citoyenne Le Brun pour leur avoir donné un bien mauvais exemple. 

La suppression des Académies royales en 1793 met un coup d’arrêt aux carrières féminines. La Société populaire républicaine des arts, qui prend le relais, est purement et simplement interdite au beau sexe. L’École des Beaux-Arts, fondée en 1817, n’autorisera les femmes à y suivre des cours qu’au début du XXe siècle.

Élisabeth Vigée-Lebrun s’éteint à 87 ans en 1842 dans un monde plus misogyne que jamais.  » Virginie GIROD ( Historienne française )