Louis XIV, la foi et la Chapelle Royale à Versailles …

» Le roi, lorsqu’il s’occupait ainsi de l’ordre et de la magnificence de sa chapelle, commençait à marcher à grands pas dans les sentiers de la dévotion. Après bien des égarements, mais qui n’avaient jamais été jusqu’à donner atteinte au fond de religion qui subsistait dans son cœur, ni au zèle dont il était animé pour la majesté du saint culte, Dieu eut enfin égard à sa fidélité dans ce point capital : tant il importe aux princes à qui la providence confie le gouvernement des peuples de conserver , au milieu même de l’emportement de leurs passions, un attachement inviolable à la foi de leurs pères. Plus faibles et plus exposés que les autres hommes à proportion qu’ils sont plus élevés au-dessus d’eux, on les voit faire des chutes plus déplorables. Il est rare qu’ils s’en relèvent quand ils ont manqué du côté de la foi, mais on peut beaucoup espérer de leur retour lorsque, malgré leurs plus humiliantes faiblesses, ils maintiennent, dans eux-mêmes et ils entretiennent dans leurs sujets, les principes solides de la véritable religion. Tel fut Louis XIV.  » Abbé Étienne OROUX  (Chapelain du roi – Extrait de son ouvrage  Histoire ecclésiastique de la cour de France 1777 )

LOUIS XIV priant
» Louis XIV priant  » – 1713/15 – Antoine de COYSEVOX –  » A la messe, il disait son chapelet ( il n’en savait pas davantage) et toujours à genoux, excepté à l’évangile. Aux grandes messes, il ne s’asseyait dans son fauteuil qu’au temps où on a coutume de s’asseoir. Aux jubilés, il faisait presque ses stations à pied, et, tous les jours de jeûne, et ceux du carême où il mangeait maigre, il faisait collation. » Louis de ROUVROY DE SAINT SIMON ( Duc, Pair de France, mémorialiste français)

 

La Chapelle Royale du Château de Versailles  fut dédiée à Saint Louis ( ses initiales sont inscrites au sol ) pour rappeler la Sainte Chapelle qui fut bâtie par ce roi , afin de recevoir la couronne d’épines et un fragment de la Sainte Croix- C’est un 1699, au lendemain de la paix de Ryswick, que le projet de la chapelle royale voit le jour. Le chantier sera repris ou ralenti au gré des guerres qui suivront. Le gros de cette construction verra le jour en 1702, mais lorsque le roi Soleil va mourir, il ne pourra en admirer  la décoration finale. C’est le premier architecte et surintendant des bâtiments du roi Louis XIV : Charles HARDOUIN-MANSART qui sera chargé de la construction entre modernité et tradition. Malheureusement, il décèdera  avant qu’elle ne soit terminée. C’est un autre architecte : Robert DE COTTE qui l’achèvera ( 1710 ).Différents artistes , éminents peintres et sculpteurs,  seront appelés pour la décoration intérieure de la chapelle  : pour les voûtes :  Antoine COYPEL , Charles  DE LA FOSSE, Jean JOUVENET , Louis de BOULLOGNE  (Peinture)   // Guillaume et Nicolas  COUSTOU ( Sculpture ) //  L’autel est de Corneille VAN CLEVE avec la participation de Antoine VASSÉ

CHAPELLE ROYALE VERSAILLES

CHAPELLE ROYALE VERSAILLES VOUTE
La voûte de la chapelle royale culmine a 25 m de hauteur – La partie centrale Dieu le Père dans sa gloire est de Antoine COYPEL – De droite à gauche on peut voir La résurrection de Charles DE LA FOSSE et La descente du Saint Esprit de Jean JOUVENET

 

 

La poule au pot du bon roi Henri IV …

HENRI IV et la poule au pot

 » La poule au pot évoque le bon roi Henri IV dans l’imaginaire collectif français. L’histoire de la poule au pot a été mise en exergue dès le XVIIe siècle, mais a été modifiée au cours des temps et popularisée par l’imagerie populaire de la fin du XIXe siècle, notamment celle de Job.

La première relation de la poule au pot remonte à la version imprimée de l’Histoire d’Henri le Grand, composée par Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, ci-devant percepteur du roi en 1661. C’est une œuvre didactique, destinée à l’enseignement de Louis XIV, futur Roi Soleil. L’histoire de la poule au pot est la conclusion d’une conversation au Jeu de Paume entre le roi Henri IV et le duc de Savoie :  » le duc, voyant un grand peuple, lui dit qu’il ne pouvait assez admirer la beauté et l’opulence de la France, et demanda à sa Majesté ce qu’elle lui valait de revenu. Ce prince généreux et prompt en ses réparties lui répondit :  » elle me vaut ce que je veux « . Le duc trouvant cette réponse vague, le voulut presser de lui dire ce que la France lui valait. Le roi répliqua :  » oui, ce que je veux, parce qu’ayant le cœur de mon peuple, j’en aurai ce que je voudrai, et si dieu me donne encore de la vie, je ferai qu’il n’y aura point laboureur en mon Royaume qui n’ait moyen d’avoir une poule dans son pot. Ajoutant : et si je ne laisserai pas d’avoir de quoi entretenir des gens de guerre pour mettre à la raison tous ceux qui choqueront mon autorité. Le duc ne répartit plus rien et se le tint pour dit. »

HARDOUIN DE PEREFIXE DE BEAUMONT
L’archevêque Paul Philippe HARDOUIN de BEAUMONT de PÉRÉFIXE

C’était donc une exhortation d’un grand prélat, précepteur du roi, à  se faire aimer de son peuple, à ne pas l’écraser d’impôts et à la protéger. Il faut cependant replacer cette poule au pot dans son contexte. Hardouin de Péréfixe nous parle de laboureur : le laboureur était à cette époque un paysan aisé ou riche qui possédait un attelage de bœufs ou de chevaux pour labourer ses terres. Le laboureur était l’élite de la paysannerie, et cette phrase ne s’adressait donc pas à l’ensemble de la paysannerie. D’autre part, cette phrase ne s’adressait donc pas à l’ensemble de la paysannerie. D’autre part, cette phrase s’insère dans la politique d’Henri IV de restaurer la richesse des campagnes après 40 ans de guerres de religion. Elle va donc dans le même sens que la phrase de Maximilien de Béthune, baron de Rosny, puis duc de Sully :  » Labourages et pâturages sont les deux mamelles de la France  » et dans l’encouragement des travaux de l’agronome Olivier de Serres.

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Les guerres civiles ayant ruiné la France et la poule prend tout son sens dans ce contexte : quand les gens de guerre vivaient sur le pays, ils pillaient les campagnes et terrorisaient les populations, comme Jacques Callot le dessinera dans Les grandes misères de la guerre. Pour se nourrir, les gens de guerre tuaient les volailles, les moutons et les porcs : c’était la picorée, nom de l’époque pour butin et rapine. Comme le dit Hardouin de Péréfixe : «  la guerre avait rompu le commerce, réduit les villes en villages, les villages en masures, et les terres en friche. Néanmoins, les receveurs contraignaient les pauvres paysans de payer les charges pour les fruits qu’ils n’avaient pas cueillis « . Il n’y avait donc plus beaucoup de volailles dans les campagnes à l’issue de ces guerres. Pouvoir mettre une poule dans son pot était le témoin de la fin des guerres civiles et la restauration de la prospérité des campagnes.

Cette phrase, probablement apocryphe, inventée pour les besoins de l’enseignement du jeune Louis XIV, a eu un succès extraordinaire. Elle sera recopiée de siècle en siècle, et modifiée. Elle sera reprise peu avant la Révolution dans une chanson satirique lors des tentatives de la réforme de Turgot : «  Enfin la poule au pot va être mise. On peu du moins le présumer, car depuis deux cents ans qu’elle nous es promise, on a cessé de la plumer  »

Bref la poule au pot n’était pas la poule aux œufs d’or ! Mais la saga de la poule au pot ne s’arrête pas là. Sous la Restauration, la légende de la poule au pot se modifia à nouveau et prit sa forme définitive : «  je veux que chaque laboureur de mon royaume puisse mettre la poule au pot le dimanche « . Il faut souligner qu’avant l’époque moderne des élevages industriels, il fallait un très grand poulailler pour réaliser un tel programme, une poule au pot chaque semaine de l’année. Cette formulation, que certains attribuent à Stendhal, fut formulée en 1823, et remise à l’ordre du jour par le roi Louis XVIII.

LOUIS XVIII par François GERARD
Louis XVIII

La propagande reprend ses droits et le grand gastronome que fut Louis XVIII avait compris le côté rassembleur d’une telle référence, bien plus que les exploits guerriers de Louis XIV. Le XIXe siècle gardera cette référence pour caractériser le bon roi Henri, car la poule au pot était une histoire bien plus rassembleuse et consensuelle que la défaite de la Ligue ou la promulgation de l’Édit de Nantes, dans le contexte de séparation de l’Église et de l’État.

La recette traditionnelle de la poule au pot fait appel à une vieille poule cuite en pot-au-feu. Or, il est de nos jours très simple de trouver dans le commerce des poulets de plus de 100 jours, à l’exception des poulardes et des chapons engraissés. Pour faire une bonne poule au pot, il faut une poule de deux kilos que l’on farcit avec ses abats et de la mie de pain, parfois de l’œuf et de la barde de jambon. On la fait cuire dans un pot en terre vernissée traditionnellement ou en fonte. On la cuit avec des légumes de pot-au-feu : poireaux, carottes, navets, oignons cloutés de clous de girofle, céleri en branche) et on la sert avec du riz et une sauce blanche. Un vrai délice ! Sans oublier le bouillon de poule que beaucoup de nos contemporains ne connaissent qu’au travers des concentrés secs industriels, et qui fut le reconstituant donné aux malades des siècles passés.  » Jean VITAUX ( Médecin, gastronome, grand connaisseur de l’histoire de la gastronomie)

POULE AU POT 2

 

 

 

 

Henri IV … De la Navarre au sacre

 

HENRI IV par Jacob BUNEL

 » Henri de Bourbon voit le jour à Pau le 13 décembre 1553. Par son père Antoine de Bourbon, il descend en ligne directe de Saint-Louis et occupe, dès l’âge de 9 ans, le rang de prince de sang. C’est-à-dire qu’en cas d’extinction de la famille royale, il deviendra l’héritier présomptif du trône de France.

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En effet, à la mort du connétable de Bourbon, Charles III, la branche aînée des Bourbons s’est éteinte dans le déshonneur et la trahison. Aussi, les membres de la branche cadette des Bourbons-Vendôme sont-ils devenus princes de sang. Vassal du roi, le Béarnais détient cependant l’autorité suzeraine d’un cinquième du  royaume ( avec Vendôme, Foix, Béarn, Albret, Armagnac, Alençon, Soissons, Périgord, Limousin) – En 1572, à la mort de sa mère Jeanne d’Albret, il devient souverain de Navarre. Il a grandi entre une mère protestante et un père catholique et il oscillera une bonne partie de sa vie entre les deux religions.

Après le Traité de Saint-Germain en 1570, la régente Catherine de Médicis, imagine de marier sa fille Marguerite à Henri afin de sceller la réconciliation entre catholiques et protestants. Malgré la réticence de sa mère Jeanne d’Albret (elle va mourir juste avant la noce) le roi de Navarre épouse Marguerite de Valois le 18 août 1572 à Paris.

HENRI IV portrait de Marguerite de Valois
Marguerite de Valois

Loin de calmer les esprits, l’événement met le feu aux poudres : le 24 août, lors de la Saint-Barthélemy, des milliers de protestants sont massacrés. Le roi se convertit au catholicisme peu après. Son union, toutefois, ne sera pas heureuse. Il parvient à s’échapper de la Cour et renoue avec la religion réformée. Dès lors les rapports avec la couronne de France se compliquent . Henri de Navarre prend la tête du camp protestant.

Lorsque meurt le duc d’Anjou en 1584, plus jeune frère du roi Henri III , la question de la succession devient urgente. Des émissaires se rendent secrètement auprès de Henri de Navarre pour le presser de se convertir au catholicisme afin d’être désigné comme successeur du roi de France. Mais le Béarnais joue la montre et plaide plutôt en faveur d’un programme de tolérance et coexistence des deux religions. De son côté Henri III, très attaché aux lois fondamentales, est convaincu de la légitimité de son beau-frère comme successeur: «  Aujourd’hui je reconnais le roi de Navarre comme mon seul et unique héritier. C’est un prince bien né et de bon naturel. Mon naturel a toujours été de l’aimer et je sais qu’il m’aime. Il est un peu piquant et en colère, mais le fond en est bon  » –

Autour du roi, nombreux sont ceux qui ne partagent pas son avis. Certains préférant simplement un autre candidat comme le cardinal de Bourbon ; quand ils ne contestent pas la légitimité même de la loi salique et les droits d’Henri de Navarre, cousin seulement au 22e degré du souverain ! Agacés par l’attentisme royal, ulcérés à l’idée qu’un protestant puisse monter sur le trône de France, les Ligueurs, avec les Guise à leur tête, pressent Henri III. C’est la guerre des trois Henri : Henri III, Henri Ier de Guise et Henri de Navarre.

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Si les premiers affrontements tournent au désavantage du Béarnais, la situation va bientôt se renverser : convaincu en son for intérieur que Henri de Navarre est son héritier légitime, à condition qu’il se convertisse, Henri III créé la surprise en faisant assassiner le duc et le cardinal de Guise, l’un après l’autre, les 23 et 24 décembre 1588 au château de Blois.

Les deux Henri survivants scellent leur entente le 30 avril 1589 à Plessis-les-Tours. Les retrouvailles sont particulièrement chaleureuses. Mais alors qu’il s’est installé à Saint-Cloud pour mener le siège de la capitale, Henri III est poignardé le 1er août par un moine fanatique, Jacques Clément.

CLEMENT Jacques
Jacques CLÉMENT , frère dominicain, assassin du roi Henri III

Henri de Navarre court à son chevet. Le roi a le temps de demander publiquement à son entourage de le reconnaître comme son héritier : «  la justice, de laquelle j’ai toujours été le protecteur, veut que vous me succédiez après moi à ce royaume, dans lequel vous aurez beaucoup de traverse si vous ne vous résolvez pas à changer de religion. Je vous y exhorte, autant pour le salut de votre âme que pour l’avantage du bien que je vous souhaite. Je vous prie, comme mes amis, et vous ordonne, comme votre roi, que vous reconnaissiez après ma mort mon frère que voici. Et que pour ma satisfaction et votre propre devoir vous lui fassiez serment en ma présence.  » Le trône des Valois passe alors aux Bourbons. Reconnu par son prédécesseur, avec le droit pour lui, Henri IV doit toutefois conquérir son royaume.

Le 4 août 1589 Henri IV publie la déclaration de Saint-Cloud : il s’engage à réunis les États-Généraux et à maintenir le catholicisme. Les nobles non ligueurs s’y soumettent. Il peut alors mener bataille contre la Ligue. Le 25 juillet 1593, à la basilique Saint-Denis, il abjure officiellement et définitivement la loi protestante. Le 27 février 1594, il est sacré roi à Chartres. Et alors qu’il avait été excommunié, le pape Clément VIII absout Henri IV et le reconnaît comme roi très Très-Chrétien. Un Bourbon peut enfin régner.

Henri IV n’a pu être sacré à Reims comme le veut l’usage pour les rois de France car la cité était encore aux mains des Guise.  » Coline BOUVART ( Rédactrice en chef, journaliste au magazine Secrets d’Histoire)

Abjuration d'Henri IV
Abjuration d’Henri IV

 

HENRI IV et son panache blanc
 » Henri de Navarre a beau être devenu roi de France, il lui faut malgré tout conquérir le pays. En effet, Paris et les grandes villes du royaume sont sous la coupe de la Ligue. Cette reconquête, Henri IV la met en œuvre le 14 mars 1590 à Ivry (dans l’Eure) – Le combat des troupes royales contre celles de Charles de Guise, est impitoyable. On donne le roi aux mains de l’ennemi, on annonce même sa mort ! Mais celui-ci se bat avec bravoure,  harangue ses hommes sans relâche :  » ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l’honneur « , jouant sur le sens double du mot  » panache « , héroïsme d’un côté et  » plumet éclatant flottant sur la tête  » de l’autre. La harangue royale a fait rendre gorge aux Ligueux. » Dominique ANDRÉ ( Auteur spécialisé en régions françaises et journaliste )

 

 

La CASTIGLIONE … L’espionne courtisane

CASTIGLIONE photo
Elle a posé pour de très nombreux photographes –  » Avez-vous bien conscience de ce que Dieu accomplit pour vous en vous faisant le collaborateur de la plus belle créature qui ait existé depuis le commencement du monde  » déclara t-elle à l’un d’entre eux.

La fête impériale est éblouissante ce 9 janvier 1856 au Tuileries. Napoléon III y donne un grand bal de saison pour célébrer la victoire de Crimée. Les lustres scintillants des salons révèlent tout l’éclat des tenues des 6.000 invités. Le couple impérial les rejoint vers 21 h 30 et ouvre le bal, puis s’attardent ensuite pour échanger quelques mots avec les participants avant de convier quelques privilégiés à partager leur dîner.

NAPOLEON III
Napoléon III

Le bal se poursuit et l’assistance n’a d’yeux que pour une mystérieuse italienne : Virginia Oldoïni, comtesse de Castiglione. Dans sa robe bleu chatoyant, cette jeune femme de 19 ans stupéfait l’assemblée par sa beauté : yeux clairs, épaules potelées, poitrine ronde, taille de guêpe, longs cheveux bouclés. Les invités remarquent le trouble de l’empereur qui ne la quitte pas des yeux. Il l’avait croisée auparavant, mais, ce soir, elle le subjugue.

Elle est née le 22 Mars 1837 à Florence, issue de l’aristocratie piémontaise. Elle a reçu une éducation classique qui la prépare à son destin de femme du monde. C’est une enfant adorée par ses parents, voire même adulée, sa maman en parle comme d’un chef-d’œuvre ! Sa beauté fait sa renommée. Ils la marient en 1854 au comte François Vérasis de Castiglione. Il a 28 ans, veuf, séduisant, fortuné et l’un des meilleurs partis de l’Italie.

Elle montre très vite un caractère rebelle, impétueux, distant et trouve, hélas, dans d’autres bras l’exaltation des sens. Mais l’histoire va bouleverser son existence. A l’issue de la guerre de Crimée, l’Italie est victorieuse. Le roi de Piémont-Sardaigne, Victor Emmanuel, souhaite unifier son pays. Pour cela, il a besoin de l’appui de l’empereur Napoléon III.

Le roi, conseillé par son ministre Cavour, décide d’envoyer la cousine de ce dernier, la comtesse de Castiglione, en mission secrète pour  » sensibiliser  » l’empereur à la cause italienne. Flattée par cette marque d’estime, Virginia rencontre discrètement Victor Emmanuel, devient sa maîtresse et prend son ordre de mission au sérieux, acceptant de jouer les ambassadrices de charme. En décembre 1855 Cavour lui glisse :  » réussissez ma cousine, par tous les moyens qu’il vous plaira, mais réussissez. »

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Lorsqu’elle rencontre Napoléon III, il a 48 ans. C’est un homme au regard doux, pas très beau, mais avec du charme. Il est notoirement infidèle. Sa relation avec la comtesse de Castiglione fera scandale après l’épisode de Villeneuve-l’Étang, en juin 1856, lors d’une fête champêtre, l’empereur invitera la comtesse à monter avec lui dans une barque. Ils disparaîtront sur une petite île et ne reviendront que plusieurs heures après. La comtesse était toute chiffonnée et affichait un air de triomphe. Pendant plusieurs mois, l’empereur est envoûté par la belle et jeune italienne. Il l’entretient. Mais sa vanité, son manque et discrétion et son caractère ombrageux finissent par le lasser. Il pense déjà à une autre.

Un accident tragique scellera bientôt la fin de leur liaison : dans la nuit du 5 au 6 avril 1857, l’empereur est victime d’un attentat alors qu’il sort de chez elle. Il est sain et sauf, mais l’identité des auteurs de l’agression, des nationalistes italiens, accusent la comtesse. Elle est innocente, mais l’occasion est trop belle : l’empereur en profite pour éloigner son encombrante maîtresse et la renvoie officiellement en Italie.

En réalité, elle revient discrètement à Paris, fait quelques apparitions et sombre peu à peu dans l’oublie. Elle survivra à la chute du Second Empire. Vieille très tôt, elle mènera une vie de demi-mondaine entretenue, puis de recluse. Elle meurt criblée de dettes en novembre 1899.

Quant à son rôle dans l’unification de l’Italie, sans être déterminant, il a certainement appuyé la démocratie. Avec les accords de Plombières, le 21 juillet 1858, Napoléon III a apporté le soutien militaire de la France à Victor-Emmanuel en échange de la Savoie et de Nice.  » Béatrice DANGVAN (Journaliste, historienne française)

Athénaïs de Rochechouart …Marquise de MONTESPAN

 » Elle était d’une beauté à nulle autre pareille : des cheveux d’or, longs et soyeux, des grands yeux couleur azur, un nez aquilin, fin et racé, une bouche ourlée, vermeille, de belles mains un peu potelées, un corps souple et harmonieux, admirablement bien proportionné. Louis XIV en fait sa favorite. L’éclat de cet astre va durer dix années, entre la passion d’un roi encore juvénile pour Louise de la Vallière et l’attachement de l’homme mûr vieillissant pour la dévote Madame de Maintenon.

MONTESPAN en Iris
 » Madame de Montespan en Iris  » – Peintre Inconnu

Née le 5 octobre 1640 à Lussac-les-Châteaux, en Poitou, Françoise, dite Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, appartient à l’une des plus anciennes familles de France. Sa devise Ante mare undae ( qu’un élégant distique traduit ainsi avant que la mer fût au monde, Rochechouart portait les ondes ) laisse éclater tout l’orgueil de ses origines. Son père, Gabriel, est  premier gentilhomme de la Chambre du roi, et sa mère Diane de Grandseigne, dame d’honneur de Anne d’Autriche, l’épouse de Louis XIII.

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Après avoir été élevée au couvent Sainte-Marie, à Saintes, elle paraît à la Cour comme demoiselle d’honneur de la jeune reine Marie-Thérèse sous le nom de Mademoiselle de Tonnay-Charente. En juin 1663, elle fait un mariage d’inclinaison avec Louis-Henri de Pardaillan de Gondrain, marquis de Montespan, Gascon incommode et atrabilaire, joueur, coureur et vagabond dans l’âme.

Marquis de Montespan
 » Portrait de Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan »  par Nicolas de LARGILLIÉRE

Louis XIV ne tarde pas à la remarquer. La coquette se pique d’abord de vertu : Si j’étais assez malheureuse pour que pareille chose m’arrivât, je me cacherais pour le reste de ma vie dit-elle à ses compagnes à propos de Mademoiselle de la Vallière. Oui, mais comment résister au plus grand roi de la terre ? En juin 1667, elle capitule, acceptant l’inéluctable. Il est vrai qu’auparavant, sentant sa moralité défaillir, elle avait conjuré ( sans succès ) son mari de l’emmener sur ses terres. Quelques mois plus tard, celui-ci apprendra son infortune. Jetant feu et flamme, étourdissant les courtisans du fracas de ses imprécations et de ses terribles menaces, il faut un esclandre au château de Saint-Germain-en-Laye. On le renvoie dans ses Pyrénées, en son domaine de Bonnefon. On raconte qu’ayant drapé de crêpe son carrosse, l’époux bafoué demander à entrer dans la demeure par la grande porte à cause, dit-il avec une amère ironie, de la hauteur de ses cornes !

A la Cour cependant, Louise de la Vallière, créée duchesse de Vaujours en guise de cadeau de congé, refuse de céder la place, acceptant tout pour raviver les braises mourantes de son amour : les rebuffades de Louis XIV, les railleries de sa nouvelle favorite, le mépris des courtisans. Au prix de cette situation dégradante, elle parvient à se maintenir quelques années, obtenant même du monarque quelques retour d’affection …. surtout durant les grossesses de sa rivale !

Louise de la Vallière par Jean Nocret
 » Portrait de Louise de la Vallière  » par Jean NOCRET

En province, le roi, tel un satrape oriental, s’affiche donc avec son épouse Marie-Thérèse  et ses deux maîtresses dans le même carrosse.Les paysans éberlués parlent, à leur passage, des trois reines. Pour contraindre Louise à quitter définitivement la Cour, Madame de Montespan, odieuse, la traite en femme de chambre. En avril 1674, ce surcroît d’épreuves et humiliations incite la malheureuse Louise à entrer au couvent des Carmélites du Faubourg Saint-Jacques. C’est le triomphe de la dominatrice Athénaïs. Un triomphe, toutefois, traversé de crises.

LOUIS XIV accordant des audiences
 » Louis XIV accordant des audiences  » de  Adam François VAN DER MEULEN ( On y voit la marquise à droite en robe bleue )

En 1675, prêchant le carême pour la troisième année consécutive, le père Bourdaloue interpelle le roi sur sa conduite, tandis que Bossuet, précepteur du Dauphin, cherche à convertir son cœur. En même temps, un vicaire de Versailles, refuse l’absolution à Madame de Montespan, contrainte alors de se retirer au château de Clagny que vient de lui offrir son royal amant.

MONTESPAN Château de Clagny
Document du Château de Clagny – Ce château se trouvait dans le parc du château de Versailles, au nord-est précisément. Le roi a décidé de sa construction en 1674 et il a confié les plans à Jules Hardouin Mansart et les jardins à André Le Nôtre. Elle fut achevée en 1684. Le château sera détruit pour l’agrandissement de la ville de Versailles et il deviendra un quartier en 1869.

Louis XIV va s’éloigner de sa maîtresse une année. Mais au printemps 1676 tout recommence. Elle revient triomphante à la Cour, étincelante d’esprit, elle est la vraie reine de la Cour et de ses fêtes, la royale déesse des Arts et des Lettres. Au faîte de sa gloire, grisée par l’orgueil, elle passe des soirées entières à miser des fortunes que règle le souverain. Ses toilettes, ses équipages, son train de vie sont somptueux. Marie-Thérèse, la reine enrage : cette poule me fera mourir, gémit-elle.

Marie Thérèse d'Autriche
 » Portrait de Marie-Thérèse d’Autriche  » par Jean NOCRET

Les années passent, la beauté de la royale Mortemart s’émousse, elle prend de l’embonpoint. Louis XIV se lasse de ses caprices et de ses scènes. A la quarantaine, il multiplie les passades : Mesdemoiselles de Grancey, de Rouvroy, de Rochefort-Théobon, de la Mothe-Houdancourt, la princesse de Soubise, Madame de Ludres et surtout Marie-Angélique de Scorailles, demoiselle de Fontanges, magnifiquement belle mais sotte comme un panier ( dixit Madame Palatine) qui supplante un temps La Montespan comme favorite officielle avant de mourir en 1861 des suites d’un accouchement.

Marie angélique de Scorailles
« Portrait de Marie-Angélique de Scorailles, demoiselle de Fontanges  » Peintre inconnu

Athénaïs a eu deux enfants de son mari avant d’en être séparée de corps et de biens. Elle en a eu sept du roi, dont six furent légitimés. Quatre atteindront l’âge adulte : Louis Auguste, duc du Maine – Louise-Françoise, demoiselle de Nantes, qui épousera le duc de Bourbon, petit-fils du Grand Condé – Françoise-Marie, demoiselle de Blois, mariée à Philippe duc de Chartres, futur duc d’Orléans et régent de France – Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse.

MARQUISE de Montespan et ses enfants d'après Pierre MIGNARD
 » Portrait de la marquise de Montespan et ses enfants  » par Pierre MIGNARD ( on y voit Louise-Françoise de Bourbon, Mademoiselle de Nantes – Marie-Anne de Bourbon, Mademoiselle de Tours – Louis César de Bourbon, Comte de Vexin –  Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine  – Ce sont les quatre premiers enfants légitimés )

La plus grande faute d’Athénaïs aura été de choisir la veuve Scarron pour élever sa progéniture adultérine. Cette discrète personne de bonne réputation, aimable, instruite, d’apparence dévote et réservée, mais terriblement ambitieuse, va devenir sous le nom de Marquise de Maintenon, sa plus redoutable rivale. Elle finira par la jeter à bas après avoir épousé secrètement le roi à la mort de Marie-Thérèse. Avant l’âge Maintenon s’étendant sur deux grandes saisons du règne, l’automne et l’hiver, celui de Madame de Montespan, époque de plaisir et de frénésie sensuelle, est le plus éclatant.

En décembre 1684, Madame de Montespan quitte son appartement du premier étage à Versailles pour un autre situé au rez-de-chaussée du château, signe de son irréversible disgrâce. Elle s’accrochera à sa condition de mère d’enfants légitimés, mais finira en 1691 par se retirer de la Cour. Elle part vivre en protectrice bienfaisante et en dame d’œuvres au Couvent des Filles de Saint-Joseph, rue Saint-Dominique à Paris. Elle s’éteint pieusement à Bourbon-l’Archambault le 27 mai 1707. En apprenant la nouvelle, Louis XIV se contentera de déclarer que, depuis qu’il l’avait congédiée, il la considérait déjà comme morte…. Tout a-t-il été dit ?

Non. Reste la part d’ombre, une part terrible. A partir de 1679, Madame de Montespan est impliquée dans l’affaire des Poisons. Plusieurs prisonniers de la chambre ardente l’accuse d’avoir participé à des cérémonies magiques et sacrilèges pour garder le cœur du roi, d’avoir fait avaler à celui-ci des poudres aphrodisiaques, d’avoir fait célébrer des messes noires accompagnées de sacrifices de nouveaux-nés, et enfin d’avoir voulu attenter à la vie du roi et de celle de Mademoiselle de Fontanges. Les premières accusations sont, pour ainsi dire, établies. La dernière est invraisemblable. Quant aux messes noires, le mystère demeurera à jamais.  » Jean-Christian PETITFILS ( Historien, docteur es-sciences politiques, politologue, professeur, écrivain)

 

 

Elisabeth VIGÉE-LEBRUN… de la Cour de France à l’exil

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 » Auto-portrait  » – 1790 Elisabeth VIGÉE-LEBRUN

 » En voyant sa petite Élisabeth dessiner sur les murs, son père, grand pastelliste, en est certain : sa fille sera peintre. En revanche, il ne peut imaginer que la Révolution lui donner un rayonnement international. La portraitiste de Marie-Antoinette est de ces femmes résilientes qui est devenue un modèle. Au début de sa carrière, la jeune femme bénéficie de soutiens hauts placés. Son mari, Jean-Baptiste Lebrun, un prospère marchand d’art parisien, propose les services de sa femme à sa riche clientèle. Le style délicat et sensuel d’Élisabeth plaît : elle a à peine plus de 20 ans et peint déjà la reine. Les deux femmes se prennent d’amitié.

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 » Marie-Antoinette à la rose  » 1783 – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

Subjuguée par le talent de sa jeune amie, Marie-Antoinette obtient son entrée à l’Académie royale de peinture et sculpture et ce contre l’avis de son directeur. Dès 1783, Élisabeth est reconnue par ses pairs, et jusqu’en 1789 sa célébrité ne cessera de croître. Toute la Cour veut poser pour elle. Elle immortalise les visages de La Polignac ( amie intime de la reine ) ou celle de La du Barry ( ex-favorite de Louis XV).

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 » Portrait de la duchesse de Polignac  » 1782 – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN
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« Portrait de Madame du Barry  » – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

Néanmoins, avec les journées d’octobre, elle comprend qu’être la peintre de la reine fera d’elle une cible pour les révolutionnaires. Ainsi, le 6 octobre 1789, alors que sa souveraine fait route vers les Tuileries, escortées par les dames des Halles, elle monte dans une voiture avec sa fille âgée de 9 ans et sa gouvernante. Elle devra désormais gagner seule sa vie à l’étranger.

A 34 ans, elle commence son grand tour en Italie. Sa réputation la précède et les nobles aux grandes villes lui commandent des portraits alors que les Académies locales l’accueillent chaleureusement. En 1790, elle séjourne à Naples où elle est reçue par la sœur de Marie-Antoinette, Marie-Caroline d’Autriche. Elle peint des portraits de la reine et ses enfants. Deux ans plus tard, la virtuose aspire à se mettre au service de l’Autriche, mais la Cour de Vienne se méfie des français. Elle gagne alors sa vie en peignant des étrangers eux aussi en exil.  Ses ambitions sont frustrées.

Elle veut redevenir une peintre de Cour, aussi met-elle le cap vers Saint-Pétersbourg où la Grande Catherine lui ouvre les bras. Élisabeth vit là des années fastes. Elle aime faire poser les dames de l’aristocratie avec leur enfant tendrement enlacé entre leurs bras à l’instar de la princesse Alexandra Golitsyna et son fils Piotr. Élisabeth elle-même peint des portraits avec sa fille. Julie lui sert de modèle complice et l’amour qu’elles se portent illumine les toiles.

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 » Portrait de la Princesse Alexandra Golitsyna et son fils Piotr  » – Élisabeth VIGÉE-LEBRUN
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 » Elisabeth VIGÉE-LEBRUN et sa fille Julie « 

A la mort de la tsarine, Paul Ier lui commande un tableau de son épouse Maria Feodorovna. La peintre prospère sur les rives de la Néva avant de reprendre son errance vers Berlin, Potsdam et Dresde. Elle profite du Consulat pour revenir en France en 1802. Paris n’est plus la ville qu’elle a connue. A présent officiellement divorcée, elle vit parmi les artistes jusqu’à ce que le succès l’appelle à Londres. Elle reprend une série de voyages pour peindre des hôtes illustres, de Madame de Staël, persona non grata en France, à la sœur de Napoléon, Caroline Bonaparte, alors reine de Naples, aux côtés de Murat.

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 » Portrait de Germaine de Staël en Corinne  » –  Élisabeth VIGÉE-LEBRUN

Élisabeth a l’intelligence de ne jamais parler politique et peut donc travailler partout. Elle peint un point c’est tout ! Lors de la Restauration, elle séjourne à nouveau en France avec bonheur. Dans les années 1830, elle entreprend la rédaction de ses Mémoires. Leur publication en trois volumes connaît un immense succès. L’artiste est admise dans toutes les Cours européennes, séduit les lecteurs.

Si elle était restée en France, en admettant qu’elle n’ait pas fini sur l’échafaud, elle aurait vu le monde des arts se fermer à son sexe. En 1789, les femmes représentaient 5,6 % des peintres exposés. En 1791, elles étaient 11 %, mais les hommes ont vu d’un mauvais œil cette concurrence. D’ailleurs, l’Académie fustige alors la citoyenne Le Brun pour leur avoir donné un bien mauvais exemple. 

La suppression des Académies royales en 1793 met un coup d’arrêt aux carrières féminines. La Société populaire républicaine des arts, qui prend le relais, est purement et simplement interdite au beau sexe. L’École des Beaux-Arts, fondée en 1817, n’autorisera les femmes à y suivre des cours qu’au début du XXe siècle.

Élisabeth Vigée-Lebrun s’éteint à 87 ans en 1842 dans un monde plus misogyne que jamais.  » Virginie GIROD ( Historienne française )

 

Marguerite de Valois dite la reine Margot …

MARGUERITE DE VALOIS François CLOUET musée Condé
Marguerite de Valois (  » D’après l’historienne Éliane Viennot, le surnom Margot n’aurait jamais été employé que par une seule personne de l’entourage de la reine de Navarre : son frère Charles IX. Il viendrait d’une bergerie composée par Ronsard, interprétée par les enfants royaux et leurs cousins, Henri de Navarre et Henri de Guise vers 1563. Tous avaient alors entre 8 et 12 ans. Marguerite y jouait Margot, surnom donc adopté et qu’ allait populariser, bien des siècles plus tard, le roman éponyme d’Alexandre Dumas. »)

Alexandre Dumas lui a consacré un livre. Patrice Chéreau, une vaste fresque cinématographique. Puissamment enracinée en notre imaginaire, la reine Margot se révèle, sous le prisme historique, plus fascinante encore. Autopsie d’un mythe…

 

( Vidéo : La reine Margot film de Patrice CHÉREAU en 1994 / avec Isabelle ADJANI (reine Margot) , Daniel AUTEUIL (Henri IV ) , Jean-Hugues ANGLADE (Charles IX) – Vincent PÉREZ ( La Môle) – Virna LISI ( Catherine de Médicis) – Pascal GREGGORY ( Henri duc d’Anjou) – Miguel BOSÉ (Henri de Guise) – Julien RASSAM ( François duc d’Alençon) – Jean-Claude BRIALY ( Amiral COLIGNY ) et bien d’autres ….

Avant tout un sang ! Celui des Valois. Marguerite en est fière, et sa certitude d’être née au sein des élus, malgré les difficultés ou le sort qui s’acharne, demeure inébranlable. La dernière reine de Navarre est la petite-fille de François Ier. La renommée de son père Henri II est parvenue jusqu’à elle. Certes, Marguerite n’a pas six ans lorsqu’il meurt, mais elle a hérité de lui présence et élégance. Elle est son sixième enfant.

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Trois de ses frères règneront: François II – Charles IX ( le bon frère )dont elle ressentira si cruellement la disparition –  Henri III, le dernier roi de la Maison des Valois, brillant, séduisant, habile politique, mais peu à peu acharné à la détruire. Seul François, duc d’Alençon, le compagnon des jeux enfantins, malgré une ambition dévorante, manquera de ceindre la couronne d’Angleterre et celle des Pays-Bas.

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Deux de ses sœurs sont souveraines en leurs Etats. Elisabeth a épousé Philippe II, fils du tout-puissant Charles Quint. Claude est duchesse de Lorraine. Catherine de Médicis veille sur sa progéniture et n’a qu’un but: assurer la pérennité de la dynastie mise en péril par la mort de son époux.

 

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Face à cette mère, crainte et amour, fascination et horreur sont étroitement mêlés. « J’ai été nourrie, écrit Margot dans ses Mémoires, avec telle contrainte auprès de la reine ma mère que non seulement je ne lui osais parler mais quand elle me regardait je transissais de peur d’avoir fait quelque chose qui lui déplût. » L’éducation de Marguerite au château de Saint-Germain-en-Laye, d’abord confiée à des nourrices, se veut collective, déambulatoire -la cour est en perpétuel mouvement- et placée au sein d’une flamboyante constellation: sa famille.

Comme l’ensemble de ses frères et sœurs, Margot est traitée en princesse. À sept ans, sa Maison  ne compte pas moins de cent vingt personnes. Parmi elles, des précepteurs. L’enfant apprend le latin, le grec, l’italien et l’espagnol. Mais également la danse, la musique l’équitation. En tout, elle excelle! L’essentiel n’est pas là. Elle doit au plus vite acquérir un savoir-faire politique et donc participer à la vie de la cour, assister aux cérémonies officielles, se plier docilement à l’étiquette. Bon nombre de monarchies sont à l’époque dirigées par des femmes.

De sa mère, Marguerite reçoit le goût de l’intrigue, et la passion du paraître. Devant une princesse déjà coquette, s’amoncellent les toilettes fastueuses, les bijoux… L’affectation de la mode, l’étourdissant ballet de fêtes dissimulent à peine la volonté de mieux charmer ses ennemis afin de les détruire. Très vite, Marguerite est confrontée à un terrible constat: elle n’est que l’otage d’une famille, désirant l’utiliser à sa guise. Le choc est brutal. À Saint-Jean-d’Angély, elle tombe malade. Lorsque son corps est remis, son âme n’appartient déjà plus au monde de l’enfance. Devenue vénéneuse, la fleur est définitivement éclose.

En 1570, l’heure est aux négociations. Le traité de Saint-Germain-en-laye tente de mettre un terme aux luttes qui opposent protestants et catholiques. Marguerite a dix-sept ans: l’âge d’être mariée. Le traité est avantageux pour les huguenots: liberté de conscience, gage de la bonne foi royale, places de sûreté. En accord avec son fils Charles IX, Catherine voudrait parfaire cet équilibre enfin retrouvé. Une solution s’impose, marier Margot à Henri de Navarre, chef charismatique du parti des Réformés, enfant chéri du défunt Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret.

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Henri de Bourbon et Marguerite de Valois -Miniature du Livre d’Heures de Catherine de Médicis //   » En 1572 Catherine donne Marguerite pour épouse à son cousin Henri de Bourbon, chef du parti protestant et roi du minuscule royaume de Navarre. La différence de religion ne sera pas le seul obstacle à un mariage entre deux personnes qui n’avaient pas reçu la même éducation, ne s’aimaient pas et n’éprouvaient aucune attirance l’un envers l’autre. Il était plutôt laid, venait d’un milieu rustique et austère, n’avait rien pour plaire à une princesse élevée dans le luxe et le raffinement. Quant aux parfums, cosmétiques , dépilatoires et autres fards de Marguerite, ils dégoûtaient à un tel point Henri que la guerre entre les époux fut aussi une guerre d’odeurs propre à décourager deux authentiques champions de l’amour….  » Benedetta CRAVERI (Historienne italienne) 

Marguerite se trouve au désespoir. Elle ne veut « épouser personne qui ne fut de ma religion« . Ses propos et sa ténacité font un temps reculer Jeanne. Qui cède, pourtant, rassurée par une armada de théologiens calvinistes: son fils Henri n’entrera pas dans l’église, n’entendra pas de messe nuptiale, la bénédiction lui sera donnée par le cardinal de bourbon, regardé comme un oncle et non comme un prêtre.

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 » Mariage de Henri de Bourbon, roi de Navarre et Marguerite de Valois en présence de Catherine de Médicis et Charles IX  » 1572 – par Edmond LECHEVALLIER-CHEVIGNARD

Le mariage est célébré à Paris le 18 août 1572. Margot décrit ainsi la toilette de ses noces étranges et manifestement hautes en couleur: « Moi habillée à la royale avec la couronne et couet d’hermine mouchetée, qui se met au-devant du corps, toute brillante des pierreries de la couronne, et le grand manteau bleu à quatre aulnes de queue portée par trois princesses. » Les Valois se sont surpassés… et durant trois jours, les fêtes suivent: ballets, mascarades, bals et pantomimes théâtrales.

Le jour d’après sonne le glas de la Saint-Barthélemy. L’amiral de Coligny, l’un des chefs du parti protestant, est victime d’une tentative d’assassinat. La colère de Charles IX monte à son zénith. Le roi croit les Guise inspirateurs du complot. Mais dans la soirée, raconte Marguerite dans ses Mémoires, Pardaillan, tout dévoué aux Valois, dénonce lors du souper de la reine mère « la mauvaise intention des huguenots, qui la nuit même attenteraient contre le roi et elle« . En fils obéissant, Charles cède et le massacre a lieu.

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Gaspard De COLIGNY

 

Soupçonnée par les protestants pour sa naissance catholique, suspecte aux yeux des « papistes » pour son mariage avec un parpaillot, Marguerite, tenue à l’écart, n’est au courant de rien. Sa mère la presse de s’en aller coucher. Effrayée, la nouvelle reine de Navarre gagne sa chambre et trouve son jeune mari déjà au lit. À l’aube, -Henri est parti jouer à la paume-, des coups redoublés font trembler la porte. Un jeune gentilhomme protestant, blessé, La Môle, vient se réfugier chez Margot. Il devra son salut au sang-froid de la jeune femme.

MASSACRE SAINT BARTHELEMY François Dubois musée des B.A. à Lausanne
 » Massacre de la Saint-Barthélémy  » – François DUBOIS
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 » Scène dans la chambre de Marguerite de Valois durant la Saint Barthélémy  » par Alexandre Évariste FRAGONARD

Marguerite, reine de Navarre, doit s’accommoder de ce minuscule royaume. Ses revenus considérables frisent les 170.000 livres! Et pourtant, la désorganisation de la France est telle que certaines sommes ne lui sont pas versées. toute sa vie, elle souffrira d’une situation financière précaire. Margot se console avec le train magnifique de sa maison et tente de s’impliquer en politique. Envers son mari, elle adopte une attitude loyale. Entre 1572 et 1579, son attachement indéfectible à son jeune frère. Alençon explique ses prises de position. La rivalité entre ses trois frères est à son comble. Le jeune duc veut un royaume, même au détriment de l’hexagone. Alors pourquoi pas les Flandres?

Charles IX meurt. Henri III lui succède et avec lui la résurgence d’un parti ultra-catholique. On conseille vivement à Marguerite de fuir et de joindre l’utile à l’agréable en tâtant le terrain flamand. Fière de sa mission diplomatique, Margot est accueillie à Liège en souveraine. Las ! À Paris, la politique s’est encore durcie. Henri III voit d’un fort mauvais œil sa sœur s’allier avec un parti adverse. Contrainte et forcée, Marguerite retrouve le Louvre le 16 novembre 1577.

Si elle a su faire preuve durant ce périple de véritables qualités de chef d’Etat, la reine de Navarre retrouve en France un climat d’hostilité épouvantable. Par factions interposées, ses frères se livrent un duel à mort. Désireuse de servir, elle envisage de remplir une autre mission de conciliation entre son mari, protecteur des protestants du Midi, et Henri III. Illusions… Le Béarnais tombe malade. Margot le soigne avec dévouement. Entre ces deux êtres que tout oppose, naît une ultime embellie. Marguerite s’installe à Nérac, la cour traditionnelle des d’Albert.

CHATEAU DE NERAC
Le château de Nérac fut construit par Alain d’Albret le Grand, un aïeul d’Henri IV. Ce dernier y a passé toute son enfance. Lorsqu’il s’installera à Nérac avec Marguerite, tous deux vont y installer une Cour prestigieuse dont on parlait dans toute la France. L’édifice a été détruit durant la Révolution, seule l’aile nord a été conservée. Cette partie fut classée monument historique en 1862, restaurée et transformée en musée en 1934.

Loin de son frère Henri III et de sa mère, la reine de Navarre est bien résolue à jouer son meilleur rôle. Celui d’une souveraine éprise d’art et de poésie, retenant auprès d’elle tout ce que la région compte de beaux esprits. Saluée comme la perle de l’humanisme, Marguerite reçoit Montaigne et d’Aubigné. Dans sa comédie, Peines d’amour perdues, Shakespeare évoque Nérac, cette Cythère gasconne! Les accords de luth cachent les larmes d’une épouse délaissée, odieusement trompée par son mari et qui se console avec des gentilhommes à l’accent si chantant… Henri de Navarre ne pardonne pas ce qu’il s’octroie si facilement.
Marguerite s’ennuierait-elle déjà de la capitale et de sa famille? Craint-elle les représailles de son époux? Elle demande et obtient de sa mère l’autorisation de regagner Paris. Seules les épaisses murailles la réconfortent: elle barricade sa chambre! Sa réputation de femme politique, de négociatrice, d’érudite, de mécène, de femme libre pour tout dire, ne plaît guère aux siens. Trop remuante, Marguerite agace, elle qui n’a pas su conquérir son mari, toujours en dehors de la cour de France, ni lui donner d’héritier.

Ultime recours, Marguerite se rapproche encore de son frère d’Alençon. En Flandres, le prince combat toujours les Espagnols aux côtés des révoltés protestants. C’est directement s’opposer au roi de France. La haine d’Henri pour sa sœur atteint son paroxysme. Il la chasse de la cour : meurtrie, humiliée, rejetée par son mari, bafouée par son frère aînée, Marguerite est seule.

Son exil la conduit à Nérac. Là, une nouvelle manque de l’achever. Le duc d’Alençon est mort. Cette disparition ouvre une crise dynastique. À qui va revenir la couronne ? Henri III n’a pas d’héritier… Le sceptre ne peut aller qu’à Henri de Navarre. On imagine la colère des catholiques et l’émotion de Margot qui se prend à rêver ! Le 5 janvier 1589, le destin frappe. Catherine de Médicis rend son âme à Dieu. Le 1er août, Henri III est mortellement blessé par un fanatique. Le roi de Navarre est devenu roi de France.

 

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 » Adjuration d’Henri IV  » par Nicolas BAULLERY

Cloîtrée depuis cinq ans dans sa forteresse d’Usson, Marguerite a désespérément besoin de lui. Sa rancœur à son égard est tombée. Mais il faut une fois encore compter avec la politique. Henri IV patientera trois ans avant de pénétrer dans sa bonne ville de Paris, et sept ans, avant de pouvoir prétendre être le souverain d’un pays unifié.

Durant quatorze longues années, Marguerite patientera en Auvergne. Elle doit vivre, et s’occuper. Lecture, prière, musique, écriture lui apportent la sérénité. A-t-elle le choix? En juillet 1593, « on » songe activement à son démariage. Les pourparlers vont durer six ans et demi. Rome, lassée, admettra une filiation de parenté encombrante. Vous m’êtes et père et frère et roi, écrit-elle à Henri six mois après la dissolution de leur union.

Une nouvelle femme est née, avec un nouveau nom. Pour les Parisiens, elle devient la reine Marguerite. Précieuse avant la lettre, féministe, elle lutte pied à pied pour redonner aux femmes une véritable dimension politique et culturelle. Cette existence presque heureuse est bouleversée par l’assassinat d’Henri IV. Sa peine est sincère. Dans les premiers jours de mars 1615, Marguerite tombe malade. Intuitivement, elle sent que sa fin est proche. Lorsqu’on lui demande quelle cérémonie elle désire pour ses funérailles, sa réponse ne surprend personne. « Rien! Que les prières des gens de bien. » …  » Philippe SEGUY (Écrivain et journaliste français)