Elisabeth d’Autriche (Sissi) …

SISSI Franz Xaver Winterhalter, 1865.
 » Portrait de Elisabeth d’Autriche  » par Frans Xaver WINTERHALTER

 » En 1853, le jeune François Joseph règne depuis quatre ans sur un empire qui vient de connaître une des plus graves crises de son histoire. Menacé d’implosion par le brutal réveil des nationalistes et la révolution de 1848, le pouvoir des Habsbourg n’a dû son salut qu’à la fidélité indéfectible de l’armée et aux divisions internes des différents mouvements révolutionnaires. L’autorité de l’État rétablie, il reste désormais à assurer la pérennité de la dynastie.

FRANCOIS JOSEPH 1856 Carl Lemmermayer
 » Portrait de François-Joseph  » par Carl LEMMERMAYER

Face à la menace qui font peser les ambitions prussiennes sur l’Autriche, le gouvernement de Vienne entend bien resserrer ses alliances avec les principautés allemandes. Une première négociation avec la Cour de Berlin échoue. L’archiduchesse Sophie se tourne alors vers les Wittelsbach qui règnent en Bavière. C’est la fille aînée d’une branche cadette de la famille, Hélène, qui est alors pressentie pour devenir la future impératrice. Les deux jeunes gens doivent se rencontrer pour l’anniversaire de François-Joseph. Mais celui-ci ne montre aucun intérêt pour sa promise. En revanche il tombe immédiatement sous le charme de la jeune sœur de celle-ci : Elisabeth, que tous, dans la famille, appellent Sissi. Elle n’a que 15 ans, il en a 23 et entend bien faire triompher ses sentiments. Durant le bal qui clôt la fête, il rend publiques ses préférences, n’accordant ses faveurs qu’à l’élue de son cœur. La fête terminée, il tient tête, pour la première fois de sa vie, à sa mère qui n’a plus qu’à s’incliner.

Le mariage est célébré huit mois plus tard le 24 avril 1854 en grande pompe à Vienne, en l’église des Augustins où officient une cinquantaine d’évêques. Les jours précédents Elisabeth a découvert sa nouvelle patrie, le palais de la Hofburg, puis le château de Schönbrunn, et la vie de cour fastueuse et quelque peu pesante où l’intimité est un luxe rare. François-Joseph, qui a grandi dans ce monde et a été éduqué pour être empereur, s’en accommode fort bien. Sissi, beaucoup moins, d’autant que sa belle-mère, qui la juge immature, a décidé de la chaperonner, créant ainsi de multiples frictions entre les deux.

Les premières années du couple semblent pourtant marquées par le bonheur avec la naissance de trois enfants Sophie en 1855, Gisèle en 1856, et Rodolphe en 1858. En outre, Sissi s’affiche ostensiblement aux côtés de son mari au cours des voyages officiels du Milanais à la Hongrie en passant par la Carinthie. Mais, en son for intérieur, elle souffre de son manque de liberté et de sa grande solitude. Accablé par les affaires d’État, François-Joseph consacre l’essentiel de ses journées à examiner ses dossiers et à recevoir des visiteurs.

SISSI et famille
Premier rang assises sur le canapé : Sissi et deux de ses enfants ( Rodolphe et Gisèle ) ainsi que l’archiduchesse Sophie et son époux l’archiduc François-Charles. Debout ( de gauche à droite ) François-Joseph ( empereur d’Autriche ) , Maximilien (empereur du Mexique ) et son épouse Charlotte de Belgique, Louis-Victor et Charles Louis les deux frères de François-Joseph

Sissi tente d’échapper aux contraintes et obligations du protocole en se ménageant des temps et des espaces de liberté. Sa belle-mère ne voit là que des caprices de jeune femme. Le conflit s’envenime en 1856 à la naissance de Gisèle. L’archiduchesse Sophie décide d’enlever ses enfants à Sissi pour les éduquer selon ses propres principes. La chose est inacceptable pour la jeune impératrice qui s’en ouvre à son mari. C’est là une des rares fois où François-Joseph défiera sa mère. Mais la victoire de Sissi sera de courte durée et aura un goût amer. Ne souhaitant pas se séparer de sa fille aînée lors d’un long voyage officiel en Hongrie, elle l’emmène avec elle. Or, la jeune Sophie y trouve la mort en 1857. L’impératrice est non seulement inconsolable mais également en proie à un profond sentiment de culpabilité. Aussi, lorsque naît, un an plus tard, l’héritier au trône, elle ne résistera pas à sa belle-mère qui élèvera Rodolphe.

A partir de 1860 le couple se délitera. Sissi pense que François-Joseph lui est infidèle et s’enferme de plus en plus dans son mal-être. L’anorexie en est la manifestation la plus évidente, mais également sa soif d’exercices physiques : longues chevauchées, séances de gymnastique. Elle manifeste, par ailleurs, des petits gestes provocateurs qui sont tout autant des manifestations de son désir de liberté : elle fume en public, ce qui fait scandale. Ce sont surtout les voyages qui lui permettent de recouvrer cette indépendance tant souhaiter. En novembre 1860, pour soigner une tuberculose qui vient de lui être diagnostiquer, elle s’installe six mois à Madère.A son retour, elle entame un bras de fer avec sa belle-mère sur l’éducation des enfants. Menaçant de quitter définitivement Vienne, elle obtient gain de cause.

Son influence grandissante culmine lors de la négociation du compris avec la Hongrie. La cause hongroise revêt par bien des aspects une dimension romantique qui plaît à Sissi. De plus elle a fait la connaissance, à Buda, du comte Andrassy, une des figures charismatiques du mouvement national hongrois, un aristocrate bel homme, et excellent cavalier. Condamné à mort par contumace en 1849 pour avoir participé à la révolte hongroise du «  printemps des peuples « , il a gardé de son exil parisien le surnom du « beau pendu » . L’impératrice se prend de passion pour la cause hongroise qu’elle voit au travers des yeux de cet homme qui, incontestablement, la séduit. Elle convainc l’empereur de recevoir Andrassy et argumente en faveur d’une large autonomie pour les Hongrois. Le 8 juin 1867, lors du couronnement de François-Joseph à Buda, elle est follement acclamée par la foule qui la considère comme «  la providence de la patrie « . Sissi le lui rend bien : en avril de l’année suivante, elle va s’arranger pour accoucher, en Hongrie, de son quatrième enfant, une fille prénommée Marie-Valérie, et elle effectue de longs séjours au château de Gödöllö que le peuple hongrois a offert au couple impérial, cadeau habilement choisi par Andrassy qui sait qu’Elisabeth a eu un véritable coup de foudre pour l’endroit.

COMTE ANDRASSY Gyula Andrassy par Gyula Benczúr
 » Portrait du Comte Andrassy  » par Gyula BENCZUR

Vienne l’ennuie et François-Joseph reste accaparé par les affaires de l’Empire. Elle va multiplier les séjours en Angleterre et en Irlande où elle s’adonne à la chasse et aux plaisirs équestres. François-Joseph se résigne à cette situation car Sissi est toujours présente lorsque le protocole l’exige.  » Nous sommes heureux ensemble parce que nous ne nous gênons ni l’un ni l’autre  » écrira t-elle … A partir de 1882 sa santé s’altère mais elle ne renonce pas aux chasses en Angleterre. Elle se passionne aussi pour la Grèce. Elle cherche par ses voyages à fuir Vienne, la Cour, mais aussi se fuir elle-même. La réalité se rappelle brutalement à elle le 30 janvier 1889 : ce jour-là son fils Rodolphe se suicide à Mayerling en compagnie de sa jeune maîtresse. Sissi est si effondrée qu’elle ne pourra assister aux obsèques de son fils. Elle suspend ses voyages durant plus d’un an, puis les reprend de plus belle. Ses incessantes pérégrinations lui seront fatales.

Le 9 septembre 1898, alors qu’elle se trouve en Suisse, elle décide de se rendre à Genève pour rendre visite à la baronne de Rothschild. Une indiscrétion du journal local révèle sa présence à l’hôtel Beau Rivage alors qu’elle voyage sous un pseudonyme. L’occasion est trop belle pour un jeune anarchiste italien, Luigi Lucheni. Il fait le guet devant l’hôtel et lorsqu’elle sort, il se jette sur elle et la poignarde une seule fois. Sissi se relève, marche quelques mètres avant de s’effondrer. On la ramène en urgence à l’hôtel, mais il est trop tard, l’arme a perforé le cœur. Apprenant la mort de sa femme, François-Joseph est pétrifié et laisse paraître son émotion en murmurant «  rien ne me sera donc épargné sur cette terre «  ….  » Philippe GRANDCOING ( Historien et écrivain français )

luigi lucheni
 » Luigi LUCHENI  » lors de son arrestation

Le restaurant …

« La Révolution avait précipité sur le pavé les cuisiniers et les officiers de bouche des maisons nobles. Certains avaient essayé de créer des restaurants, comme Beauvilliers, ex-officier de bouche du Prince de Condé en 1790 ou Méot, ancien de la Maison du duc d’Orléans en 1791. Ces restaurants eurent grand succès au début de la Révolution, mais leur fréquentation se réduisit sous la terreur, bien que les révolutionnaires y mangèrent assidûment : ainsi les membres du tribunal révolutionnaire fêtèrent chez Méot l’exécution de la reine Marie-Antoinette. La chute de Robespierre et de Saint Just le 7 thermidor, selon le calendrier révolutionnaire créé par Fabre d’Eglantine ( qui fut cependant guillotiné), libéra les esprits et un furieux appétit de vivre anima les survivants de la terreur.

L’ouverture du livre L’Art de Cuisiner de Beauvilliers.

Grimod de la Reynière, inventeur de la critique gastronomique sous le Directoire, nous a décrit dans son Manuel des Amphitryons :  » Dès que l’abondance eut commencé à renaître, les grands artistes en cuisine osèrent se remontrer. La plupart avait été réduits à la diète la plus austère par la fuite de leurs maîtres. De valets bien payés et nourris, ils étaient devenus citoyens, pensionnaires et rentiers, ce qui ne les empêchait pas de mourir de faim. Ceux qui avaient sauvé quelques débris du naufrage, avaient formé quelques établissements qui sont devenus depuis les temples les plus renommés de la bonne chère , car telle est l’origine de la plupart de nos grands restaurateurs. »

Grimod de la Reynière

Les restaurants devinrent un lieu de rencontre et de fêtes qu’ils ont conservé jusqu’à nos jours. Ces premiers restaurants parisiens siégeaient presque tous autour du Palais Royal dont ils occupaient les arcades, des baraques au milieu des jardins abritant les fastes de Vénus. Ainsi ils étaient tous réunis en un même lieu. La politique n’avait pas disparu pour autant puisque les républicains et les royalistes, muscadins armés de gourdins ferrés, avaient chacun leurs cafés et leurs restaurants. Les restaurants les plus fameux étaient sans conteste le Café de Chartres dont le décor avaient été conservé dans l’actuel Grand Vétour, Méot, les Frères Provençaux, Beauvilliers et sa Taverne anglaise.

Le grand Vétour

Ces restaurants associaient à une gastronomie raffinée des décors somptuaires et un service parfois exubérant. Ainsi Beauvilliers se pavanait dans son établissement l’épée au côté avec un exubérant jabot sur la poitrine. La décoration était aussi somptuaire : chez Beauvilliers la salle était décorée de papiers peints dans le goût chinois et les meubles étaient en acajou. Chez Méot le style était plutôt dorique, les plafonds avec des peintures mythologiques et les murs ornés de grandes glaces, ce qui était une nouveauté. Méot inventa les salons particuliers, ce qui lui valut le surnom de Temple de Vénus et Bacchus : René Héron de Villefosse nous dit même qu’il y avait dans un petit salon « une baignoire que l’on pouvait remplir de champagne afin d’y être massé par des dames habiles, ce qui était une cime du dilettantisme et vous revigorait à merveille. » Comme le disait Sébastien Mercier dans son tableau de Paris  » Comme l’on mange à Paris, la meilleure chère ailleurs ne vaut pas un dîner chez Meot, chaud, prompt et bien fait ! « 

Le restaurant des Frères Provençaux introduit à Paris les plats méridionaux comme la bouillabaisse, la brandade de morue, et surtout la tomate. Le menu imprimé sur lequel on choisissait parmi plus de cent plats, fut inventé chez Méot. On ne craignait pas de mélanger les plaisirs. On mangeait, on courtisait, mais on jouait aussi. Une ambiance musicale était habituelle, assourdissant parfois les convives. Des nuisances s’en suivirent :  » les cuisines des restaurants sont dans les caves au-dessous des salles, ce qui devient bien désagréable, insupportable même aux personnes qui passent le long des soupiraux qui donnent sur la rue : on est suffoqué par les vapeurs de charbon et l’odeur mélangée des ragoûts que vomissent ces soupiraux. »

Intérieur du restaurant des Frères Provençaux – Ils étaient, en fait, beaux-frères : Maneille, Simon et Barthélémy

Tous les modes de gastronomie seront essayés à cette époque du Directoire : La grotte flamande où l’on mangeait dans les caves, comme à Saint-Germain-des-Près dans les années 1950 – Le couvent Espagnol avait, quant à lui, expérimenté une table d’hôte où l’on mangeait pour quatre francs, café compris. Puis la gastronomie qui n’avait pas encore quitté le Palais Royal, se répandit dans tout Paris : Vénus (dans l’actuel rue de Rivoli) , Le Doyen (sur les Champs-Elysées) – Véry (aux Tuileries) dont la carte comportait plus de cent items : neuf potages, neuf pâtés, vingt-cinq hors-d’œuvre froids, vingt-neuf plats de mouton et autant de plats de poissons, quinze espèces de rôtis, et quarante-quatre entremets. Comme le disait un voyageur allemand en 1804 : «  Je défie le mangeur le plus intrépide de conserver de l’appétit en sortant de dîner chez ce restaurateur. S’il restait encore une petite place dans son estomac, elle serait bientôt remplie par le choix que l’on pourrait faire dans trente-et-un plats de desserts.

Les écrivains comme Sébastien Mercier ou Restif de la Bretonne, sans oublier les gastronomes impénitents comme Grimod de la Reynière (auteur du Manuel des Amphitryons), Berchoux qui popularisa le mot de gastronomie, ou bien encore Brillat-Savarin qui publiera en 1823, avant sa mort, La Physiologie du goût, livre fondateur de la gastronomie. Cet état de fait se poursuivra au siècle suivant avec notamment Balzac, Morny, ou Léon Daudet, et dure encore.

La culture du restaurant créé par la Révolution, s’affirma sous le Directoire et dure toujours de façon aussi vivace à notre époque. La cuisine et la gastronomie sont devenues des principes fondamentaux de la culture française. Les racines de l’inscription de la gastronomie française au patrimoine mondial de l’humanité remontent donc au Directoire, qui fut une période de joie de vivre à l’issue de la terreur, et d’expérimentation de nouveaux modes de restauration. » Jean VITAUX (Médecin gastro-entérologue, écrivain spécialisé dans l’histoire de la gastronomie)

 » Déjeuner au Palais Royal » 1822 – George CRUIKSH 1822 :  La gastronomie est l’art d’utiliser la nourriture pour créer du bonheur » Théodore ZELDIN (Sociologue)
Restaurant par Dominique AMENDOLA !  » La vie de l’homme est une chasse au bonheur. Parmi ces bonheurs, l’exercice de la gourmandise est l’un des plus importants. Un pays vaut surtout par les joies qu’il procure à ses habitants et à ceux qui le visitent. La gastronomie, c’est-à-dire l’art qui satisfait la gourmandise, représente un pays au même titre que les autres arts. La cuisine fait connaître le paysage. Le paysage sert à comprendre la cuisine  » Jean GIONO (Écrivain français – Extrait de son livre La Provence Gourmande)
Restaurant par Paul NORWOOD :  » la cuisine c’est un peu comme le cinéma, c’est l’émotion qui compte. » Anne-Sophie PIC (Cheffe restauratrice française)

 » Le soufflé aux pommes de terre «  inventé par Antoine Beauvilliers : il vous faudra pour quatre personnes :  : 600 g pommes de terre, 4 œufs, 20 cl de lait, 90 g de beurre, deux truffes, sel et poivre.

 » Éplucher les pommes de terre, les couper en morceaux, les faire cuire 30 minutes dans de l’eau salée, puis les réduire en purée (en les passant éventuellement au tamis). Séparer les jaunes des blancs d’œufs. Préchauffer le four à 180°C (th 6). Dans une casserole, mélanger sur feu doux la purée, le beurre, le lait. Hors du feu, ajouter les jaunes un à un, incorporer les truffes préalablement hachées. Saler, poivrer. Monter les blancs en neige et ajouter délicatement au précédent mélange. Remplir les moules à soufflé beurrés et farinés, les disposer sur une plaque et les enfourner 20 min. Servir et manger de suite.« 

Marie-Adélaïde de Savoie … Duchesse de Bourgogne, mère de Louis XV

« Alors que la Cour de Versailles sombre dans l’austérité à la fin du règne de Louis XIV, une jeune fille réveille le palais endormi. Elle gagne tous les cœurs (ou presque !) et surtout ceux du roi et de Madame de Maintenon qui la prend sous sa protection. Cette enchanteresse c’est Marie-Adélaïde de Savoie, venue pour épouser le petit-fils de Louis XIV. Fine, enjouée, habile aux jeux de Cour, elle est promise au plus beau destin. Son avenir se brise pourtant en 1712, lorsqu’elle meurt subitement à 26 ans.

Marie-Adélaïde de Savoie -Duchesse de Bourgogne

Montargis le 4 novembre 1696. Louis XIV, qui a laissé Madame de Maintenon à Fontainebleau, est venu à la rencontre de la future épouse du plus âgé de ses petits-fils, Louis, duc de Bourgogne.

Louis de France – Duc de Bourgogne

Impatient de la découvrir, il monte dans son carrosse pour la saluer avant de l’aider à en descendre. La fiancée, qui n’est alors qu’une enfant de bientôt 11 ans, est la fille aînée de Victor-Amédée II, duc de Savoie, et d’Anne-Marie d’Orléans, nièce de Louis XIV. Ce mariage vient sceller la paix de Turin entre la France et la Savoie. Le roi est irrésistiblement charmé par la jeune fille d’après plusieurs témoins, et confie immédiatement son enthousiasme dans une lettre à Madame de Maintenon :  » elle a la meilleure grâce et la plus belle taille que j’ai jamais vues, a des yeux vifs et très beaux, des paupières noires et admirables, le tient fort uni, blanc et rouge, les plus beaux cheveux noirs que l’on puisse voir. Elle a quelque chose d’une italienne dans le visage mais elle plaît et je l’ai vu dans les yeux de tout le monde. Pour moi, j’en suis tout à fait content. »

Elle allie à tous ces atouts une attitude réfléchie et polie, tout en étant charmante, et achève ainsi de conquérir le roi : c’est un vrai coup de foudre ! Du reste, Marie-Adélaïde va fort habilement faire la cour à Madame de Maintenon qu’elle appelle ma tante et qui trouve en cette enfant pleine de grâce, une fille à cajoler et surtout à protéger des intrigues de la Cour. Elle va achever son éducation. Le couple royal trouve probablement en Marie-Adélaïde, l’enfant qu’il n’a pu avoir.

A son arrivée à Versailles, Louis XIV lui attribue l’ancien appartement de la reine. Maire-Adélaïde est, en effet, première dame de la Cour, en l’absence de reine et de dauphine. L’immense faveur du roi se manifeste chaque jour : le souverain ne peut se passer d’elle et fait des promenades en sa compagnie. Il tolère de sa part bien des espiègleries, au grand dam de Madame, la princesse Palatine qui la trouve fort mal élevée. Sa joie et sa grâce font revivre le palais : « une marche de déesse sur les nuées. Elle plaisait au dernier point. Les grâces naissaient d’elles-mêmes de tous ses pas, de toutes ses manières et de tous ses discours les plus communs. Sa gaieté, jeune, vive, active, animait tout, et sa légèreté de nymphe la portait partout comme un tourbillon qui remplit plusieurs lieux à la fois et qui donne le mouvement et la vie  » décrit Saint-Simon.

Le mariage avec le duc de Bourgogne est célébré en décembre 1697. Elle vient de fêter ses 12 ans et son mari en a 15. Vu l’âge de la mariée, l’union ne sera consommée qu’en 1699. Leur couple est très uni, même si Louis semble aimer plus passionnément son épouse qu’elle ne l’aime en retour. Mais son soutien lui est indéfectible et ils donnent naissance à plusieurs enfants.

Mariage en 1696 (Tableau de Antoine DIEU)
Marie-Adélaïde et ses deux fils : le duc de Bretagne et le duc d’Anjou (futur Louis XV) – Tableau de Pierre GOBERT

Toujours soucieux de faire plaisir à la duchesse, Louis XIV relance les fêtes et les divertissements. Il lui permet de se rendre au théâtre et au spectacle, et donne de grands bals à Versailles à partir de 1698. Un jour où la duchesse se serait échappée pour faire la fête toute la nuit, Madame de Maintenon aurait interdit que l’on ne la gourmande afin d’éviter qu’elle ne boude et ne soit pas d’humer à distraire le roi. Si elle a su gagner le cœur du roi, Marie-Adélaïde a aussi obtenu son estime. Elle sait manœuvrer. Ainsi, lorsque son mari, parti commander les trouves française contre le duc de Savoie ( il a changé de camp en 1703), est accusé d’être lâche après avoir battu en retraite et perdu la bataille d’Audenarde, elle se plaint de ses rumeurs à Madame de Maintenon et au roi, et obtient la disgrâce du duc de Vendôme qui était à l’origine de ces critiques.

Saint-Simon commente avec délectation : « on vit cet énorme colosse tomber à terre par le souffle d’une jeune princesse sage et courageuse. » De même, le roi lui accorde le plein gouvernement de sa Maion, un privilège unique et inédit : « Je me fie assez à elle pour ne pas vouloir qu’elle me rende compte de rien et je la laisse maîtresse absolue de sa Maison. Elle serait capable de choses plus difficiles et plus importantes. » En avril 1711, la mort du Grand Dauphin fait du duc et de la duchesse de Bourgogne, les nouveaux dauphin et dauphine. Appelé à régner, le couple devient la coqueluche et l’objet de toutes les manigances à la Cour. On espère beaucoup de ces futurs souverains porteurs de promesses.

Mais le malheur s’abat sur la famille royale. Le 7 février 1712, la duchesse est prise d’une fièvre que les médecins ne parviennent pas à calmer. Son état s’aggrave et le diagnostic tombe : c’est la rougeole. Le 11 février elle soupire : « aujourd’hui princesse, demain rien, dans deux jours oubliée …  » Elle meurt le lendemain. Son mari la suit dans la tombe le 18 février et l’un de leur deux fils le 8 mars. Seul le dernier, le futur Louis XV, qui n’a alors que 2 ans, survit. Saint-Simon écrit :  » avec la duchesse s’éclipsèrent la joie, les plaisirs et toutes espèces de grâces. Les ténèbres couvrirent toute la surface de la Cour. Elles en pénétrèrent l’intérieur et si la Cour subsista en soi-même, ce ne fut plus pour languir. Jmais princesse si regrettée et si digne de l’être. » Coline BOUVART (Journaliste française, spécialiste des affaires royales pour le magazine Secrets d’Histoire )

Anne Josèphe Théroigne de Méricourt, dite l’Amazone tricolore …

 » Portrait présumé de Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt  » 1788 Antoine VESTIER (Musée Carnavalet)

 » La folie de théroigne de Méricourt pionnière du féminisme et femme de la Révolution, doit être interprétée d’une double manière : tantôt comme l’expression extrême d’une rébellion de la pensée, tantôt comme un cte d’anéantissement de soi conduisant à un naufrage de la raison. Ces deux facettes d’une même identité, exaltation d’un côté et repli sur soi de l’autre, sont au coeur de la subjectivité révolutionnaire ». Elisabeth Roudinesco psychanaliste.

 » Au même titre que Marie Antoinette ou Charlotte Corday, mais dans le camp adverse, Anne Josèphe Théroigne de Méricourt, fut l’un des grands personnages féminins de la Révolution. Pendant quatre ans, de la Constituante à la Convention, elle fut l’égérie de la République qu’elle a aimée à la folie … Au sens propre … Ce fut une comète. Une fulgurance improbable et écarlate, surgie du néant, qui illumina les heures sombres de la Révolution, avant de plonger dans les oubliettes de l’Histoire.

Elle est née en 1762 dans la principauté de Liège, issue d’une famille de paysans aisés. Elle aurait sans doute mené une existence tranquille et paisible dans les Ardennes si le destin ne lui avait pas fait perdre sa mère à l’âge de 5 ans. Débute alors une enfance et une errance à la Cosette : confiée à une tante abusive, elle passe par le couvent avant de devenir vachère puis servante.

Par chance, en 1778, une lady anglaise, Mme Colbert, la repère et en fait sa demoiselle de compagnie. Elle lui apprend à lire, écrire, compter, chanter et jouer du piano. Joli minois, frimousse mutine, traits fins, manières parfaites : Anne Josèphe possède des atouts indéniables. Elle se lance dans le monde en espérant devenir cantatrice et partage son temps entre Paris et Londres. En vérité, la jeune femme vivra plus de ses charmes que de son chant, avant d’être séduite par un officier britannique qui l’engrosse puis s’enfuit.

En 1788, elle perd la fille née de cette brève union (victime de la variole) et bascule dans la galanterie et les mondanités. Entretenue par le marquis Doublet de Persan, un barbon lubrique à qui elle refuse ses faveurs, mais qui lui verse une rente. On la croise à Rome, à Gênes, tantôt dans les bras d’un ténor, tantôt aux basques d’un castrat. Des aventures sans lendemain, et pour tout dire, des aventures sordides qui ne lui laisseront qu’une maladie vénérienne et une répulsion définitive pour les choses du sexe.

C’est de Paris que viendra le salut de la jeune femme. En mai 1789, apprenant la Convocation des Etats Généraux, cette adoratrice des Lumières se rend à Paris. Elle ne veut pas rater une miette des évènements politiques qui secouent le royaume. Elle s ‘installe à Versailles où siège la Constituante et assiste à tous les débats. C’est la première des tricoteuses, ces femmes qui passent leurs journées dans les tribunes des Assemblées tricot en mains et moutards aux pieds afin d’écouter les orateurs.

 » Les Tricoteuses jacobines » 1703 Gouache de Jean-Baptiste LESUEUR (Musée Carnavalet)

Sauf qu’elle se distingue de la masse. Pour avoir l’air d’un homme et fuir ainsi l’humiliation d’être une femme «  elle va choisir une tenue qui va marquer durablement les esprits : une jupe amazone et un feutre à plume. Elle ne quittera plus cet uniforme pendant quatre ans, fabriquant ainsi son image et sa légende. Ses partisans l’appellent désormais L’Amazone de la liberté ou la Belle Liégeoise

« Théroigne de Méricourt vêtue en amazone » Détail d’une gouache des frères LESUEUR (Jean-Baptiste & Pierre-Etienne) 1793/95(Musée Carnavalet)

Contrairement à ce qui sera raconté et colporté ultérieurement, et qui lui fera grand tort, sur elle, elle ne dirigera pas le cortège des furies qui va chercher le boulanger, la boulangère et le petit mitron à Versailles les 5 et 6 octobre 1789 pour les ramener à Paris. Elle préfère les discours à la violence. C’est ainsi qu’elle suit l’Assemblée qui a été transférée à Paris et qu’elle emménage rue du Bouloi dans le centre de la capitale.

Son domicile sera l’un des Salons les plus courus et les plus fameux de l’époque. La fine fleur de la Révolution s’y donne rendez vous : Brissot, Saint Just, Camille Desmoulins, Sieyes etc. Son activisme agace prodigieusement les libellistes de la contre Révolution, on l’injurie et on l’insulte dans les journaux. Elle qui ne jure plus que par la vertu publique ou privée et qui proscrit tout contact charnel, y est décrite comme une insatiable Messaline, débauchée et nymphomane.

Peu lui importe : rien n’arrête l’idéaliste liégeoise dans sa quête de justice. Elle avait eu des amours écrira Jules Michelet dans son Histoire de la Révolution française, maisalors elle n’en avait qu’un qui lui couta plous que la vie:l’amour de la révolution.

Fondatrice de la Société des amis de la loi, elle est reçue au Club des Cordeliers en mars 1790 et prononce un discours réclamant la construction d’un Temple de la nation sur les ruines de la Bastille. Bientôt menacée par les tribunaux pour sa participation (-inventée de toutes pièces par ses détracteurs) aux journées d’octobre, elle se réfugie en Belgique où des demi-solde royalistes, stipendiés par lés émigrés de Coblence, l’enlèvent et la remettent aux Autrichiens en la faisant passer pour l’instigatrice d’un complot anti Habsbourg. Après quelques mois de forteresse, elle sera finalement libérée par l’empereur Léopold II convaincu de son innocence.

En 1791 son retour en France est triomphal : n’est elle pas une martyre de la République ? En 1792, Théroigne de Méricourt s’adresse à la Société fraternelle des minimes et appelles les citoyennes à former des bataillons d’amazones. Brisons nos fers. Il est temps que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps.

Joignant le geste à la parole, elle participe à l’assaut du 10 aout 1792 contre les Tuileries et au massacre de François Suleau pamphlétaire monarchiste de talent et de renom. Dès lors, la postérité ne la présentera plus comme une virago sanguinaire amante du carnage selon Baudelaire qui la cite dans un sonnet des fleurs du mal. « vêtue en amazone d’une étoffe couleur de sang, un panache flottant sur son chapeau, le sabre au côté de deux pistolets à la ceinture ( Lamartine dans son Histoire des Girondins)

Trop voyante, trop brillante, trop inspirée, trop excitée, elle finira par lasser son public. A commencer par les femmes elles-mêmes, cruel paradoxe. Le 15 mai 1793, elle se présente à La Convention. Elle sera prise à parti par des mégères et des poissardes jacobines qui l’accusent d’être une Girondine, la déshabillent et la fessent en public. Elle ne s’en remettra jamais. Elle va sombrer, petit à petit dans la folie.

Elle sera internée à la Salpétrière en 1799 pour démence. Elle n’est bientôt plus qu’une loque qui vit nue dans sa cage et se nourrit d’immondices pour se purifier ensuie avec des baquets d’eau froide été comme hiver. Elle y croupira jusqu’à sa mort en 1817.  » Jean-Louis TREMBLAY (Journaliste français, spécialiste en Histoire)

Détail du tableau de DELACROIX  » La liberté guidant le peuple  » : Anne-Josèphe aurait, semble t-il, inspiré le peintre pour le personnage central féminin de son tableau.

 » La garde nationale de Paris part pour l’armée, septembre 1792«  Léon COIGNIET (Château de Versailles) – Anne-Josèphe est le personnage que l’on voit debout, à droite, levant son chapeau.

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8.7.1621 : Il y a 400 ans naissait Jean de LA FONTAINE …

Jean de LA FONTAINE (1621/1695) Sculpture de Pierre JULIEN -Musée du Louvre/Paris

Le 8 juillet 1621 Jean de La Fontaine naissait à Château-Thierry. Qui ne connait pas au moins une fable de lui ? Il en a écrit environ 250 entre 1668 et 1694. Ce brillant fabuliste, poète, moraliste, dramaturge, librettiste, romancier, fut également membre de l’Académie française. Nommé en 1683, son admission fut, toute fois, mise en attente car sa majesté Louis XIV préférait l’homme de Lettres Nicolas Boileau. En conséquence, il lui faudra patienter jusqu’à la cession suivante en 1684 dans laquelle Boileau fut nommé lui aussi. C’est à ce moment là, que le roi donnera son accord pour les deux.


De nombreuses manifestations seront organisées un peu partout en France pour célébrer cet évènement, notamment dans sa ville natale : concerts, spectacles, expos, conférences, cérémonies, concours d’illustrations pour ses fables, rééditions de ses recueils, de biographies aussi etc..

Pour fêter cet anniversaire, j’ai choisi André VERSAILLE (Écrivain, documentariste et éditeur belge) pour nous parler de lui. Il est notamment l’auteur d’un livre magnifique Fables et contes de Jean de LA FONTAINE  » paru en 2017 et préfacé par le critique littéraire Marc FUMAROLI )

» Avant d’être fabuliste, La Fontaine est un conteur. Ce n’est qu’après avoir publié deux volumes de Contes et Nouvelles qu’il a fait paraître en 1668 son premier recueil de Fables choisies et mises en vers. Valéry, qui aimait les Fables, rejetait les Contes dont il disait ne pas souffrir le ton rustique et faux. C’est étonnant parce qu’aucun des recueils de fables n’est pur : le poète y a introduit des contes, des discours, des églogues, et même des allégories mythologiques. Les Fables ne sont pas un chef-d’œuvre isolé. Au risque de commettre un anachronisme, je dirait qu’il y a quelque chose de balzacien dans cet ensemble. Deux siècles avant la Comédie Humaine, le poète entend faire de son œuvre une ample comédie à cent actes divers et dont la scène est l’univers. 

De ce fait, le tout forme une épopée de mille saynètes gaies, moqueuses, gauloises, mais aussi dramatiques et cruelles dans lesquelles La Fontaine fait vivre des hommes, des dieux, des animaux ainsi que la société du temps avec ses rois, ses riches, ses misérables. Il les dépeints avec leur orgueil, leur avarice, leurs envies et leurs colères, leurs hypocrisies, leurs sottises, mais aussi, pour d’autres, leur tendresse, leur solidarité, leur amour. C’est un long film composé de sketchs divers mais rattachés entre eux. Vu sous cet angle, La Fontaine n’apparaît pas comme un fabuliste plus ou moins moralisant qui se serait égaré à commettre des contes grivois. Il s’impose au contraire, comme le conteur par excellence qui, poussé par une exigence esthétique sévère, élève le conte à son degré le plus haut jusqu’à le convertir en apologue, ce qui, à cette époque, était considéré comme un genre noble venu des Antiques.

La Fontaine n’est pas un écrivain subversif et encore moins un révolutionnaire. D’ailleurs il n’est pas un intellectuel. Je ne pense absolument pas que La Fontaine soit moralisant ou moralisateur. D’ailleurs, très souvent, la moralité ne semble être là que par habitude, sinon par réflexe, histoire de se sacrifier à la loi du genre. Comme je vous l’ai dit, La Fontaine est essentiellement un conteur. Je pense qu’il a trouvé dans les Fables, des sujets qu’il avait envie de raconter à sa manière : selon moi les Fables dont des contes travestis. D’ailleurs, bon vivant, notre poète est dépourvu de toutes sévérité et même austérité :  » il rit et ne hait point  » disait Chamfort ; et il ajoute  » le mal qu’il a peint, il le rencontre. Les autres, La Bruyère et Pascal, ils l’ont cherché. »

Bien des témoignages nous présentent un La Fontaine quelque peu ahuri, distrait en diable, perdant son temps comme il perdait ses bas, taciturne dans le monde, presque toujours rêveur et parfaitement capable de dormir à table à l’issu d’un bon déjeuner auquel il était convié. Les anecdotes relatives à la distraction et sa nonchalance abondent. Je vous en cite une qui fait mes délices : on assure qu’un jour qu’il était invité à déjeuner, il prétendit, dès la fin du repas, être obligé de partir assister à une séance de l’Académie. « Qu’est-ce donc qui vous presse ? demande l’un des convives l’Académie est à deux pas d’ici  » – « ça ne fait rien je prendrai le chemin le plus long  » répond le partant. Ahuri, nonchalant mais aussi paresseux comme personne. Si cette image de paresse est une construction, La Fontaine en a été l’architecte sinon le promoteur. En parcourant son œuvre, on remarque à quel point notre conteur semble raffoler d’exercer un regard narquois sur lui-même. Nous devons prendre en compte le bénéfice et le confort que le rêveur pouvait tirer de cet image d’homme lourd, embarrassé, improbable.

En réalité, La Fontaine a cette heureuse disposition qui lui permet de supporter les défauts des autres et les siens. Il sera toujours indulgent pour les faiblesses et les travers humains.  Inimaginable pour lui d’exiger une vertu parfaite, ni de prêcher des maximes démesurées. Rien ne lui est plus sympathique que la vertu fanatique. Nous pouvons le rapprocher du Philinte du Misanthrope :  » il n’éprouve ni n’inspire ces haines vigoureuses que doit donner le vice aux âmes vertueuses » . Si vertu il doit y avoir, celle-ci doit être traitable. Le regard narquois qu’il pose sur tout ce qui l’entoure, le préserve des envolées bruyantes. Il n’a rien d’un sermoneur. Les actes de générosité qu’il raconte, ne sont pas héroïques. Ce sont des gestes spontanés, désintéressés, qui ne répondent à aucun principe de vertu. La Fontaine n’a jamais été dans le superbe. Nous sommes loin de Corneille.  » André VERSAILLE ( Écrivaindocumentariste et éditeur belge )

« Portrait de Jean de La Fontaine  » Hyacinthe RIGAUD

N.B. : Jean de La Fontaine est mort de la tuberculose à Paris en 1695. Il fut enterré (c’est une certitude grâce aux registres) au cimetière des Innocents.

Trente ans plus tard, un abbé affirme qu’il a été enterré au cimetière Saint-Joseph près de Molière. Nul ne sait si cela était exact ou pas, compte tenu du fait qu’il n’y ait pas de situation exacte de l’époque . La Révolution souhaitant honorer la mémoire des Grands Hommes, on se met à leur recherche, en se référant à l’hypothèse qu’ils soient non loin l’un de l’autre comme cela avait été annoncé.

C’est ainsi qu’en juillet 1792, les restes, de ce que l’on suppose être des deux hommes, sont exhumés, transportés au Musée des Monuments français. Lorsque cette institution ferme ses portes les restes sont amenés au cimetière du Père Lachaise en 1816/17. Leurs deux monuments funéraires se trouvent dans la 25e division, quasiment côte-à-côte.

Beaucoup ont dit qu’il était fort probable que les restes de La Fontaine soient partis, avec tant d’autres, dans les Catacombes de Paris qui accueillaient tous ceux du cimetière des Innocents depuis son effondrement en 1780.

«  Jean s’en alla comme il était venu,
Mangeant son fonds après son revenu ;
Croyant le bien chose peu nécessaire.
Quant à son temps, bien sçut le dispenser :
Deux parts en fit, dont il souloit passer
L’une à dormir, et l’autre à ne rien faire
…  » Jean De LA FONTAINE avait écrit sa propre épitaphe.

Tombes de La Fontaine et Molière au cimetière du Père-Lachaise ( Photo de Olivier BRUCHEZ)

Pauline Bonaparte … Princesse Borghèse

 » Portrait de Pauline BONAPARTE  » par Robert LEFÉVRE

 » Immortalisée par le ciseau du sculpteur Antonio Canova, la sœur préférée de Napoléon Ier est aussi l’une des plus belles femmes de son temps. Sensuelle et libre, Pauline trompe tous ses maris et ses amants, sans jamais trahir sa vertu première : la fidélité ! Rien ne lui semble plus naturel depuis l’époque où, à peine sortie de l’enfance, elle entraînait dans son sillage tous les gamins de Toulon.

« Pauline en Venus Victrix (Vénus Victorieuse) – 1805/08 Antonio CANOVA – Galerie BORGHESE

Dans ce port de Méditerranée où sa famille, fuyant la corse en 1793, a trouvé refuge, l’adolescente essuie déjà les reproches de sa mère : Paoletta, âgée de 13 ans, s’est baignée toute nue dans la rade ! Délurée, elle n’a pourtant rien d’une dévergondée malgré ce que prétendra la propagande royaliste. Un bon moyen de ternir la réputation des Bonaparte.

Un premier prétendant se présente bientôt : Jean-Andoche Junot, futur duc d’Abrantès. L’aide de camp du général Bonaparte se consume d’amour pour Pauline depuis le jour où il l’a aperçue, naïade dénudée, s’ébattant dans les vagues de la plage d’Antibes. Une passion que confirme dans ses Mémoires la spirituelle Laure Permon, Duchesse d’Abrantès : «  son âme jeune et ardente n’avait pas résisté à la vue de cette ravissante créature. Il l’aimait passionnément, jusqu’au délire …  » Junot demande sa main, Napoléon refuse :  » tu n’as rien, si ce n’est tes épaulettes de lieutenant ! Quant à ma sœur, elle n’en a même pas autant. » Bonaparte écartera avec autant de fermeté Louis Marie Stanislas Fréron, Don Juan révolutionnaire sur le retour, père de deux enfants nées de l’une de ses innombrables maîtresses.

Paoletta jure de n’en aimer jamais un autre. Ses suppliques n’y changeront rien. Après ses victoires sur les Piémontais et les Autrichiens, Bonaparte ne doute plus de son destin. Pauline participera à la gloire du clan. Chaperonné par son oncle l’Abbé Fesch, elle est sommée de s’installer au château de Mombello, près de Milan, où son frère, proconsul, règne désormais sur une Cour quasi princière.

La douceur du mois d’avril 1779 sur la campagne lombarde a raison de sa mélancolie. Admirée par tous les fringants officiers qui entourent Bonaparte, Pauline papillonne. Au point de se laisser surprendre en fâcheuse posture dans les bras d’un vigoureux militaire, compagnon d’armes et aide de camp de son frère. Cette fois le général se hâte de conclure un mariage. Le 14 juin 1797, Paoletta (dont le nom sera francisé en Pauline) deviendra l’épouse du brigadier général Charles Victor Emmanuel Leclerc. Fils d’un ancien conseiller du roi au grenier à sel, le jeune homme est riche, bien éduqué, éperdument amoureux de sa femme. La jeune épouse est aux anges.

 » Portrait de Charles-Emmanuel LECLERC  » par François-Joseph KINSON

Quand il devient Premier Consul deux ans plus tard, Bonaparte charge son beau-frère de pacifier Saint Domingue. Pauline, qui vient de découvrir Paris, les bals et les promenades en calèche, trépigne, pleure et se résigne …. Dans ce pays si exotique, se sera t-elle pas une sorte de vice-reine ? Dans ses Mémoires, écrits sous la Restauration, l’ex-ministre de la Police, Fouché, accusera Pauline d’avoir succombé aux vives ardeurs des Tropiques et s’être plongée dans tous les genres de sensualités « . Il lui prête des aventures galantes avec à peu près tous les officiers français de l’île, et même quelques-uns de leurs adversaires. Ceux qu’il cite, en tous les cas, étaient promis à un bel avenir : le mulâtre Alexandre Pétion allait devenir Président de la République, et l’ancien esclave Henri Christophe sera roi de Haïti.

Les révoltes successives et une terrible épidémie de fièvre jaune laisse peu de temps à Pauline pour les distractions. Elle fait preuve d’un courage admirable au chevet des blessés. Quant Victor-Emmanuel tombe à son tour malade, son épouse le veille fidèlement. Le général succombera dans ses bras le Ier novembre 1802. La douleur de Pauline est sincère. En grand deuil elle coupe ses cheveux longs et les dispose dans le cercueil. Quelque jour plus tard, elle embarque pour la France avec leur fils Dermid et une urne d’or contenant le cœur de Leclerc.

A Paris, cependant, le chagrin de la jolie veuve s’évanouit bientôt sous le poids des hommages déposés à ses pieds. Le Premier Consul s’inquiète. Il est temps de la remarier. Le prince Camille Borghèse, neveu du pape et héritier d’une antique famille, fera l’affaire. Le 18 août 1803, le contrat signé, la nouvelle princesse Borghèse prépare ses malles pour Rome. A charge pour elle de gagner à son frère l’affection des Romains. Elle y excelle. Même Pie VII et le Sacré Collèges vont chanter ses louanges : à croire, constate un monsignore, qu’elle voulait se faire des amants du pape et de toutes les éminences ! « 

 » Portrait de Camille BORGHESE  » par François GÉRARD

Pauline découvre aussi la médiocre intelligence de son mari :  » tête d’Adonis mais … vide ! «  – Pire, c’est un pitoyable amant dont elle ne tarde pas de se plaindre à ses proches :  » j’aimerai mieux être demeurée la veuve du général Leclerc avec vingt livres de rente, plutôt qu’être la femme d’un eunuque. S’abandonner à lui, c’est ne s’abandonner à personne. » Le sacre de son frère en 1804 fournit à Pauline l’occasion de s’évader. A Paris, la princesse Borghèse lance et défait les modes. Napoléon Ier, amusé, la nomme Notre Dame des colifichets. Avec une vingtaine aventures extra conjugales avérées, Pauline n’a pas plus d’amants que la moyenne des dames de la haute société de son temps. En revanche, elle refuse de les cacher et cultive la faculté rare de conserver leur amitié.

Seul membre de la dynastie à voler au secours de son frères sur l’Île d’Elbe, elle lui offrira, spontanément, ses diamants. Puis, elle se réfugiera à Rome. Le Saint Père éconduit ceux qui s’étonnent de sa ferveur. Elle va œuvrer sans relâche pour améliorer le sort de l’empereur déchu. Elle envisagera même de rejoindre son frère en exil à Sainte-Hélène. Elle n’en aura pas le temps. Minée par une maladie des poumons, elle se consume. Décidée de mourir en bonne chrétienne, elle emploiera tout son temps à reconquérir son mari le Prince Borghèse, qu’elle rejoindra dans son palais à Florence. C’est dans ses bras qu’elle s’éteint le 9 juin 1825 en prononçant cette phrase sibylline  » Je savais ce que je faisais et je le referais si j’avais à le faire. » Gabriel DE PENCHÉNADE (Historien, écrivain, journaliste)

 » Pauline Bonaparte, princesse Borghèse » par Marie-Guillemine BENOIST

Louise de la Vallière … De favorite à carmélite

« Portrait de Louis XIV en 1661  » Charles LE BRUN

 » Beau et majestueux, tel un dieu de l’Olympe, le jeune Louis XIV s’était vite lassé de son épouse l’infante Marie-Thérèse, fille de Philippe IV d’Espagne, épousée à Saint-Jean-de-Luz en juin 1660, en vertu du traité des Pyrénées. Sans grande beauté, parlant mal le français, timide, la malheureuse n’était pas faite pour être reine de France. Confite en dévotion, allant d’église en couvent, elle passait son temps dans ses appartements à caqueter avec les femmes de chambre et dames d’honneur espagnoles ou à promener ses chiens.

Louis était attiré par le beau sexe. A l’été 1661, à Fontainebleau,; il courtisa sa cousine et belle-sœur, Henriette d’Angleterre, dite Madame, femme de son frère Philippe d’Orléans, se livrant avec cette troublante et pâle Ophélie de 16 ans, pleine de coquettes roueries, au jeu dangereux de la séduction. On commençait à jaser. Désireux d’éviter le scandale, les deux amoureux décidèrent d’avoir recours à un chandelier : pour justifier sa présence chez Henriette, Louis feindrait de courtiser une de ses demoiselles d’honneur. La victime choisie fut Louise de la Beaume Le Blanc, demoiselle de La Vallière.

« Portrait de Louise de La Vallière » Pierre MIGNARD

Née à Tours en 1644, fille d’un valeureux militaire, cette jolie Tourangelle, qui allait sur ses 17 ans, était récemment arrivée à la Cour. Frêle comme un lis, la taille fine, le corps souple et élancé, elle offrait un visage gracieux, des magnifiques yeux bleus. Sa voix allait droit au cœur disait Mme de Caylus, et son regard troublait par sa douceur angélique. Une fleur d’innocence !

Malgré une légère claudication, elle était une remarquable et infatigable cavalière, une vraie Diane chasseresse. L’entreprise fut aisée : la jeune ingénue aimait le roi en secret, sans aucune ambition personnelle. Charmé de tant de candeur et de spontanéité, Louis se laissa prendre à son propre piège et en oublia Madame. L’aventure, cette fois, ne resta pas platonique. Ils devinrent amants. Pendant trois ans, cette liaison, même si elle était connue de la Cour, demeura discrète et la jeune femme cacha ses premières grossesses non sans embarras. Des jalouses, comme Olympe Mancini comtesse de Soissons, Melle de La Mothe-Houdancourt, ou la princesse de Monaco, tentèrent, mais en vain, de la détrôner dans le cœur du roi.

Après la mort de la reine mère, Anne d’Autriche, en janvier 1666, Louis s’afficha davantage avec Louise. Celle-ci, malheureusement, souffrit de quitter les clairs-obscurs et les demi-teintes qui convenaient mieux à son humilité. Elle rêvait de l’ombre et lui du soleil ! Dès lors la passion déclina. Elle eut cinq enfant, dont seuls vécurent Marie-Anne, légitimée et titrée Demoiselle de Blois qui deviendra princesse de Conti – et Louis de Bourbon, comte de Vermandois, amiral de France à 2 ans, et emporté par une fièvre maligne à 16 ans.

« Louise et ses enfants  » par Pierre MIGNARD

En mai 1667, le roi donna congé à Louise à sa manière, en la créant duchesse de Vaujours. On vit paraître alors la nouvelle favorite : Françoise dite Athénaïs de Rochechouart de Mortemort, marquise de Montespan, une ravissante beauté, un port de déesse, de l’esprit à revendre, avec des saillies malicieuses, des réparties vives et cruelles. Tout ce qui manquait à la douce Louise.

« Portrait de Françoise de ROCHECHOUART de MORTEMART, marquise de MONTESPAN « 

Malgré l’évidence de sa défaite, elle refusa de céder sa place. Elle va se cramponner à sa position, acceptant tout pour garder les braises mourantes de l’amour royal. Il arrivait, en effet, au roi des retours vers elle, surtout pendant les grossesses de sa rivale. Louis tenait à la retenir à la Cour afin de dissimuler le scandale de sa nouvelle liaison adultérine car Françoise était mariée à un hardi cadet de Gascogne dont on redoutait les esclandres. Louise servait donc de paravent.

Des situations choquantes vont suivre. Quand il se déplaçait en province, le roi n’hésitait pas à s’afficher dans son carrosse avec la reine et ses deux maîtresses. Les paysans étaient ébahis de voir passer celles qu’ils surnommaient les trois reines. Pour contraindre sa rivale à lui céder définitivement la place, Mme de Montespan se montrait odieuse, la traitait en femme de chambre, se plaisait à exiger qu’elle mette la main à sa dernière coiffure.

Ce surcroît d’épreuves poussera Louise à se tourner vers la foi. En 1670, après une grave maladie qui lui laissa entrevoir les portes de l’enfer, elle jeta sur papier de bouleversantes réflexions sur la miséricorde de Dieu, qui seront publiées dix ans plus tard à son insu et plusieurs fois rééditées depuis. Par leur sincérité, leur élévation d’âme, cet écrit demeure l’un des textes les plus pénétrants de la littérature religieuse du Grand Siècle, riche par ailleurs en écrits spirituels. Son idée était alors de rester dans le monde et de convertir la Cour.

Sa souffrance va la pousser à s’esquiver. Elle se réfugie une première fois en 1662 au couvent sur un coup de tête. Le roi viendra la chercher. Une seconde fois en 1671, elle fera une brève fugue au monastère de La Visitation de Chaillot et sera ramenée à la Cour par Colbert. A nouveau, et par amour pour Louis, elle retombera alors dans les affres de la jalousie. Mais lentement la foi agissait en elle. Elle se retirera définitivement en 1674.  » Enfin je quitte ce monde, c’est sans regret, mais ce n’est pas sans peine. Ma faiblesse m’y a longtemps retenu, sans goût, ou pour parler plus juste, avec mille chagrins » – Elle fera une dernière visite au roi, puis à la reine à qui elle présenta courageusement ses excuses.

« Le pardon demandé à la reine » par Adelaïde DESNOS

Le lendemain, la grande porte du carmel de la rue Saint-Jacques se referma sur elle à jamais. Sa prise d’habit se fera le 2 juin. Un an plus tard, elle reçut le voile et reçut le nom de Louise de la Miséricorde. Sa vie devint alors une vie de prière, de mortification, de jeûne, effectuant les tâches les plus humbles.

Louise de la Miséricorde

Au matin du 5 juin 1710, oppressée par les terribles douleurs d’une occlusion intestinale, elle ne put arriver à la chapelle . Le lendemain, au plus fort de son mal, elle se confessa puis communia. A midi, au moment où la cloche sonnait l’Angelus, le regard de la mourante s’immobilisa vers le ciel. La nouvelle de sa mort fit grand effet à la Cour où l’on avait gardé le souvenir de la modestie, du désintéressement, de l’exquise sensibilité de cette petite violette qui se cachait sous l’herbe comme le disait Madame de Sévigné. Chacun s’étonna de la sécheresse du cœur de Louis XIV qui avait, depuis longtemps, oublié son amour de jeunesse.  » c’est qu’elle est morte pour moi le jour de son entrée chez les Carmélites  » répliquait-il. » Jean-Christian PETITFILS (Historien français, docteur en sciences politiques, auteur de nombreux ouvrages et biographies historiques)

 » Tout se détruit, tout passe, et le cœur le plus tendre
Ne peut d’un même objet se contenter toujours ;
Le passé n’a point eu d’éternelles amours,
Et les siècles suivants n’en doivent point attendre

La constance a des lois qu’on ne veut point entendre ;
Des désirs d’un grand Roi rien n’arrête le cours :
Ce qui plaît aujourd’hui déplaît en peu de jours ;
Cette inégalité ne saurait se comprendre.

Louis, tous ces défauts font tort à vos vertus ;
Vous m’aimiez autrefois, mais vous ne m’aimez plus.
Mes sentiments, hélas ! diffèrent bien des vôtres.

Amour, à qui je dois et mon mal et mon bien,
Que ne lui donniez-vous un cœur comme le mien
Ou que n’avez-vous fait le mien comme les autres !  » Sonnet écrit par Louise de La Vallière à Louis XIV

Princesses écartées devenues reines …

« Écartées du trône, souvent injustement, quelques princesses sont toutefois parvenues à en gravir les marches. Pour le bien du royaume souvent, pour leur propre survie parfois, pour conserver la couronne à leurs enfants toujours.

Pour la  » Grande Histoire  » la cause est entendu, pouvoir et virilité vont de pair. Depuis toujours les poètes nous chantent, des croisades de Richard Cœur de Lion aux grandes campagnes napoléoniennes, le geste de héros guerriers. Rares sont les femmes à émerger de cette mâle litanie, hormis peut-être Zénobie la conquérante d’Asie mineure, Artémise la reine-amiral de Carie ou Hatchepsout la puissante pharaon d’Égypte. Toutes saluées, bien entendu pour leurs vertus martiales.

A l’aube de notre ère, une jeune souveraine pourtant se distingue déjà par la sagesse de sa politique : Cléopâtre VII , surnommée Philopatris (celle qui aimait sa patrie) -La dernière reine d’Égypte est aussi la première , en près de trois siècles de règne de la dynastie Lagide, à parler l’égyptien. Les mémorialistes, et surtout les romains qui la détestent, dénoncent une manipulatrice impitoyable, avide de pouvoir et à la sensualité débridée. « On avait plaisir à entendre le son de sa voix. Sa langue était comme instrument à plusieurs cordes qu’elle adaptait sans effort au dialecte qu’elle voulait », si l’on en croit Plutarque le pouvoir de séduction de Cléopâtre tenait plus à un esprit cultivé qu’à des courtes d’hétaïre

Statue de Cléopâtre VII avec diadème et coiffure de melon. Elle fut retrouvée à Rome près de la tombe de Néron, via Cassia

Loin de verser dans la coquetterie, travers sulfureux dans l’Espagne de l’Inquisition, Isabelle de Castille n’en est pas moins femme et à ce titre féale de son légitime époux Ferdinand II d’ Aragon. Pas question cependant pour lui de loucher sur la couronne de sa femme.

Isabelle De CASTILLE

Quand elle s’impose sur le trône, au détriment de sa nièce Jeanne, en 1474, Isabelle se proclame reine et propriétaire de Castille ! Portés par l’ambition de la reine, les souverains vont devenir  » les rois catholiques de la Reconquista , pourfendeurs des derniers sultans musulmans d’Andalousie. Visionnaire, la reine finance aussi un navigateur audacieux : Christophe Colomb qui, découvrant l’Amérique, offre ne richesse sans égale aux  » Espagnes « .

Le génie politique d’Isabelle va faire de son petit-fils Charles Quint, et du fils de ce dernier Philippe II, les plus puissants monarques de la Renaissance. La France prise en étau et ravagée de l’intérieur par des guerres de religion entretenues en sous main par l’Espagne, ne devra son salut qu’au génie politique de Catherine de Médicis

Catherine De Médicis

La légende noire de la reine-régente la rend responsable du massacre de la Saint Barthélémy. Cette « nièce du pape » n’a pourtant rien d’une catholique fanatique, offrant même aux calvinistes, dès 1562, la liberté de conscience et de culte « hors les villes ». Sans autre force souvent que la « mystique royale », cette mère et reine remarquable s’est battue pour conserver à ses fils François II, Charles IX et Henri III  » le plus beau royaume sous les cieux « 

Outre Manche, Elisabeth Ière Tudor s’inquiète, elle aussi, de l’inexorable ascension de l’Espagne. D’autant que pour demeurer roi d’Angleterre, Philippe II, veuf de la demi-sœur d’Elisabeth, Mary la Sanglante, a décidé de l’épouser ! D’autres se proposent, Charles d’Autriche, François de Valois ou Robert Dudley, la souveraine élude.

Elisabeth Ière d’Angleterre

Jalouse de son pouvoir elle se déclara finalement Reine Vierge mariée à tous mes bons époux, mon bon peuple. Sous la sage administration d’Elisabeth, l’Angleterre gagne en puissance maritime, économique et politique. Quand à l’Invincible Armada que Philippe II envoie sur les côtes anglaises pour détrôner la rebelle, elle sera défaite par la tempête et par la flotte de la célibataire endurcie.

Au commencement du règne du règne de Marie-Thérèse d’Autriche en 1740, son héritage lui est âprement disputé par la Bavière, la France, l’Espagne, le Piémont-Sardaigne, la Prusse et la Saxe. Sa faute : être née femme ! Archiduchesse d’Autriche, reine de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, Marie-Thérèse devient aussi roi de Hongrie, le féminin n’a décidément pas cours à Budapest.

Marie-Thérèse d’Autriche

La souveraine, qui récupère au passage la dignité impériale dont elle fait investir son mari, va devoir lutter huit ans pour imposer son droit et transmettre à son tour les états héréditaires à seize enfants dont elle s’occupera attentivement. Un souci rare à l’époque, mais la reine était, alors tout aussi surprenant, heureuse en ménage.

Contemporaine de Marie-Thérèse, Sophie d’Anhalt-Zerbst va, elle, s’emparer d’une couronne pour ne plus la quitter. Mariée adolescente au futur Pierre III de Russie et rebaptisée Catherine lors de sa conversion à la foi orthodoxe, elle sait que son avenir ne tient qu’à un fil. Son époux, alcoolique et déséquilibré, la déteste. Nécessité faisant loi, pour échapper à une éventuelle disgrâce, ou pire, la princesse prend le pouvoir. Le 9 Juillet 1762, six mois seulement après son avènement, Pierre III est déposé et meurt opportunément huit jours plus tard.

Catherine II dite La Grande devient, pour les trente-quatre ans à venir, l’autocrate autoproclamée de toutes les Russies. A la fois reine de guerre, qui étend son empire jusqu’en Pologne et Crimée, et despote éclairée amie des philosophes et des encyclopédistes.

Catherine II de Russie

Avec Victoria, première reine régnante de l’ère industrielle et première impératrice des Indes en 1876, le Royaume-Uni accède à ce rang de grande puissance mondiale si longtemps convoité. Si le pouvoir politique de la souveraine paraît limité, son influence morale est grande. Épouse comblée du prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha et mère de neuf enfants, Victoria va incarner les vertus conjugales de l’ère … victorienne.

Reine Victoria / Photo de Alexander BASSANO

Fuyant ses obligations officielles après la mort de son si cher Albert en 1861, la reine en deuil perpétuel vit en recluse, presque invisible. Par sa seule présence pourtant, ce petit bout de dame, sans grand charisme et toujours de noir vêtue, va s’imposer comme l’incarnation du plus grand empire colonial jamais constitué.  » Gabriel DE PENCHENADE (Journaliste, spécialiste des têtes couronnées)

Marie MÉDICIS reine de France …

Marie enfant

 » Marie, née en 1573, avait six ans quand sa mère Jeanne d’Autriche mourut. La place de cette dernière fut immédiatement prise par Blanche Cappello, avec qui la fillette dut cohabiter pendant plusieurs années, privée aussi de la présence de ses frères et sœurs, morts tous très jeunes, à l’exception d’Éléonore qui s’était mariée en 1583 avec Vincenzo Gonzaga, duc de Mantoue. En 1587, son père François expira lui aussi, suivi, après quelques heures, de son grand amour Blanche Cappello.  Marie fut alors confiée à son oncle Ferdinand Ier. Elle passa sa jeunesse au Palais Pitti avec la seule amitié de Leonora Galigaï qu’elle emmena avec elle lorsqu’elle partit pour la France.

Le mariage de Marie avec Henri IV, qui par un consentement mutuel, avait divorcé de Marguerite de Valois, mit sur le trône de France, et pour la deuxième fois, une Médicis. Ferdinand avait opéré en faveur de cette alliance qui représentait à ses yeux une promotion et garantie pour sa famille. Alors que Catherine avait du attendre de longues années avant d’occuper le trône de France, Marie, par effet de son mariage qui eut lieu en Octobre 1600, devint immédiatement reine.

Mariage de MariEMédicis et Henri IV » par Jacopo DI CHIMENTI DA EMPOLI

Les intérêts réciproques étaient bien évidemment à la base de cette union : les Médicis y gagnaient en prestige, les français en argent. En effet, le montant de la dot de Marie avait été initialement fixé à un million d’écus d’or. Elle n’apportera que six cent mille écus acceptés cependant de bonne grâce par les responsables des négociations puisqu’il s’agissait encore d’une somme tout à fait rondelette.

Les français manifestèrent tout de suite une forte antipathie envers cette femme qui n’était plus très jeune pour l’époque et dont l’aspect physique n’était pas particulièrement agréable. Quant à son intelligence, elle semblait plutôt limitée. Elle passait ses journées en compagnie d’un couple italien, tout autre que brillant, mais qui exerçait sur elle une forte influence. Il s’agissait de son amie Leonora Galigaï et son mari Concino Concini, deux intrigants à la recherche perpétuelle de prébendes et d’occasion pour apaiser leur avidité d’argent. Marie qui ne pensait qu’à se distraire et organiser des cérémonies, s’attira beaucoup de critiques y compris celles du puissant cardinal de Richelieu.

En 1610 Henri IV qui se rendait à une fête, fut poignardé dans sa voiture par un fanatique. Il mourut de sa blessure, laissant veuve Marie. La soif de pouvoir cette femme, régente jusqu’en 1617, la poussa à vouloir éliminer les conseillers de Cour qui l’empêchaient de réaliser ses ambitions. Elle s’en remis aux conseils du fameux Concini, qui, comme nous l’avons déjà dit, ne brillait ni par son intégrité, ni par son intelligence. Il se fit accorder, en échange, de très fortes sommes d’argent. La reine lui accordera même le marquisat d’Ancre. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase ! Son fils XIII , furieux, eut une réaction très violente : il chassa sa mère de Paris et l’envoya à Blois. C’est de ce jour que commença le calvaire de Marie. Ses amis Concini furent tous deux mis à mort.

LOUIS XIII

Après une réconciliation, Louis XIII la rappela en 1622 , mais en 1632 il l’éloignera  à nouveau et définitivement. Elle s’enfuira de façon rocambolesque du château de Blois où elle avait été reléguée et partit pour l’étranger. Elle se réfugia à Anvers où elle vécut dans la misère avec le peu que ses enfants voulaient bien lui donner. Elle habitait un logement que lui avait gentiment mis à disposition le peintre Rubens auquel, dans la brève période de son règne, elle avait passé d’importantes commandes. Le peintre reconnaissant fut honoré de pouvoir lui venir en aide dans ces circonstances.

Elle mourut à Cologne en 1642 dans un dénuement total  »  Massimo WINSPEARE (Écrivain-historien italien)

MARIE MEDICIS PAR PIERRE PAUL RUBENS
 » Marie Médicis  » – Pierre Paul RUBENS

Rose BERTIN …  » Ministre des modes  » de la reine Marie-Antoinette

 » Portrait présumé de Rose BERTIN  » par Elisabeth VIGÉE-LEBRUN –

  » Jeune fille pauvre, Rose Bertin quitte sa Picardie natale pour venir travailler à Paris en 1762. Talentueuse, attachante, elle se fait apprécier et vole vite de ses propres ailes en ouvrant bientôt sa propre enseigne Le Grand Mogol. Elle est à la fois couturière et modiste, avec  » quelque chose de plus « . Beaucoup de choses en plus. En cette fin de règne de Louis XV, le chemin de la jeune femme va prendre celui de Versailles et sa vie s’éclairer d’un lien des plus inattendus : une flamboyante et royale amitié. Car, en rose Bertin, Marie-Antoinette va trouver son ministre des modes . En sapant les bases de l’ Ancien Régime vestimentaire, en substituant aux robes paniers une mode légère, fluide et confortable, en développant les accessoires (chapeaux, coiffures et gants ) elle invente une nouvelle garde-robe qui va exploser de diversité et d’invention.

La reine décide de rencontrer Rose Bertin au début de l’été 1774. Madame Campan, première femme de chambre, confirme la date dans ses Mémoires. La duchesse de Chartres introduit la jeune femme auprès de la reine. Éblouie, Rose pénètre dans le cabinet blanc et or orné de sphinx et d’amours, de glaces drapées de soie, avec la harpe, le piano, la cheminée en marbre rouge, les chinoiseries, les fleurs fraîches. A partir de ce jour, Rose Bertin devient la parurière attitrée de la reine. Elle doit louer un appartement à Versailles afin d’être plus facilement auprès de sa Majesté. Désormais, tout ce qui est à la mode en France, des chaussures à la coiffure, est appelé » à la reine « . En Marie-Antoinette, Rose Bertin trouve la cliente idéale. Sa faveur ne démentira pas. » La Bertin » lance la reine dans de folles dépenses, dans des excès de plumage. Ainsi la faveur royale propulse Rose Bertin au premier rang. Rose Bertin ne manque jamais d’aplomb et n’hésite pas à parler à la souveraine sans trop de déférence, et même avec quelque hauteur sachant qu’elle la tient aussi sûrement qu’avec une corde lorsqu’il s’agit, pour la reine, de choisir une robe parmi les divers modèles

La reine MARIE-ANTOINETTE portant une robe dite De Gaulle et un chapeau créés par Rose BERTIN – Tableau de Elisabeth VIGÉE-LEBRUN
Robe Marie-Antoinette – Rose BERTIN ( Royal Ontario Museum )
» Robe dite à la Française » par Rose BERTIN ( Metropolitan Museum New York)

Le métier de marchande de modes est, pour la première fois, non seulement mentionné mais défini et situé socialement par Diderot en 1765 dans son Encyclopédie. Désormais, la marchande de modes, issue de la noble corporation des merciers, qui  » achève et ennoblit le vêtement  », n’est enchaînée par aucune des ordonnances qui paralysaient les tailleurs, simples artisans. Le travail de ces nouvelles venues ne connaît d’autres règles que l’inspiration. Elles garnissent les robes livrées par la couturière, orchestrent les coiffures, bonnets, fichus, mantilles ; jouent des ruches, des dentelles et des falbalas. Elles sont les artistes qui donnent à la robe son accent, son esprit et sa grâce.

 » La marchande de modes  » François BOUCHER

La marchande de modes sous l’Ancien Régime est à la fois modiste, un peu la couturière d’à présent et même quelque chose de plus. Que trouve t-on chez elle ? Des  » ouvrages faits  » : grands bonnets, demi-négligés, baigneuses, toques, chapeaux en fleurs et en plumes, mantelets, pelisses, respectueuses, calèches, cols et cravates, sacs à ouvrage, nœuds et épées, souliers, pantalons d’étoffes, bas etc… Sans oublier cet inventaire à la Prévert : bourses à cheveux, guirlandes, crêpes effilés, rubans et cordons de tous les ordres, manchons d’étoffes, éventails de toute façon, mitaines et gants de toutes espèces, dominos, habits de Cour et de théâtre. Quant aux assortiments de mercerie, ils consistent en dentelles noires, entoilages de soie, satins unis et à mouches, taffetas à la bonne femme, à mantelets, à tabliers, gazes blanches et couleurs, chenilles, velours pour colliers, carcans ordinaires à la Bourgogne et à l’aune, fleurs de tête etc… 

 » Les marchandes de modes  » 1769 (Gravure de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert)

Dès lors, Rose est réclamée dans toutes les Cours d’Europe.  » La Bertin  » est la première grande couturière française à avoir un nom qui est un label. Il y a eu d’autres célèbres marchande des modes avant elle, mais c’est la première à être une star. Alchimiste de la mode, elle jette quelques-unes des bases qui, au cours du siècle suivant, deviendront la haute couture parisienne.

Chapeaux Rose BERTIN

Le destin de Marie-Antoinette et de celui de sa modiste suivent des routes parallèles qui se rejoignent à Versailles et se séparent sur la Place de la Révolution en octobre 1793. L’exécution de Louis XVI en janvier 1793 et la condamnation à mort de Marie-Antoinette en octobre 1793 par le tribunal révolutionnaire, la glacent d’effroi. Elle va s’exiler à Londres. Malheureusement pour elle, Rose n’a pas laissé que ses cousettes à Paris. Elle y a également laissé des concurrents et des gros créanciers que son exil arrange bien. Rose a aussi trop servilement servi la Cour.

Elle regagnera la France en 1795, s’installera à nouveau Rue Richelieu. Malheureusement une nouvelle génération de marchands de modes a fait son apparition. Le charme est rompu. Elle devient même une créatrice dépourvue de valeur. L’avènement de l’Empire, en décembre 1804, marque l’arrêt irrémédiable de toutes les activités de Melle Bertin. Elle se retire dans sa maison à Epernay. Lorsqu’en 1814, après la première abdication de l’Empereur, Louis XVIII monte sur le trône, il se trouve des membres de la famille royale pour se souvenir de Rose Bertin et quérir de ses nouvelles. Elle était morte en 1813.

Aujourd’hui  Mademoiselle Bertin of Paris  est une griffe de vêtements chic aux Etats Unis et en Italie. Le succès du film de Sofia Coppola en 2006 sur Marie-Antoinette doit beaucoup aux costumes réalisés par Milena Canonero, s’inspirant fidèlement des robes de Rose Bertin. Elle reste à jamais la grande prétresse des chiffons du XVIIIe siècle  » Bertrand MEYER-STABLEY (Journaliste et écrivain français)

Film de Sofia COPPOLA « Marie-Antoinette » en 2006 – Les costumes se sont inspirés de Rose BERTIN et ont été réalisés par Milena CANONERO
Kristen DUNST dans le film de Sofia COPPOLA « Marie-Antoinette » en 2006 – Les costumes se sont inspirés de Rose BERTIN et ont été réalisés par Milena CANONERO