Camille & Auguste …

Camille CLAUDEL

Camille Claudel voit le jour en 1864 à Fère-en-Tardenois. Elle est l’aînée de Louise (1866) et de Paul (1868). Après avoir passé son enfance à Villeneuve-sur-Fère, la famille s’installe à Nogent-sur-Seine. Elle y restera trois ans de 1876 à 1879.

C’est là que naîtra son intérêt pour la sculpture avec des premières petites figurines de terre. Un intérêt qui interpellera son père, Louis Prosper, et le poussera à inviter chez lui un jeune artiste de 26 ans Alfred Boucher pour qu’il donne son avis sur le talent précoce de sa fille. Ce dernier la trouvera franchement douée et lui prodiguera de précieux conseils.

Devant les différentes aspirations artistiques de ses enfants, à savoir : Camille la sculpture, Louise la musique et Paul l’écriture, Mr Claudel décidera de partir s’installer à Paris.

Prosper CLAUDEL et ses trois enfants

Camille a voué un amour absolu et viscéral à son art. On peut même dire que la sculpture l’a complètement possédée. Elle est entrée en elle comme d’autres entrent en religion, par vocation. Elle va affronter toutes les difficultés d’un tel métier pour une femme à cette époque, et toutes les incertitudes qui vont avec. Elle a eu une existence tragique, douloureuse, a connu des joies et des peines dans son enfance (mal aimée par sa mère qui lui reprochera toujours d’être née pour consoler la perte d’un premier fils et lui en voudra de ne pas être lui), l’amour, la trahison, la gloire, le succès, la souffrance, le désespoir.

Camille CLAUDEL sculptant

En 1882, elle rencontre Rodin. Elle a 18 ans, lui 42. Elle vient dans son atelier pour recevoir son enseignement, le regarder modeler, sculpter, et travailler avec lui comme cela se faisait traditionnellement.

Rodin est né en 1840 à Paris. Quatorze ans plus tard, et grâce à sa sœur Maria qui a compris très vite le désir artistique de son frère et interviendra auprès de leurs parents, il entre à la Petite École où il aura Jean-Baptiste Carpeaux comme professeur de modelage. En 1863, fortement touché par le décès de Maria, c’est le noviciat durant quelques temps, avant de reprendre son travail un an plus tard et rejoindre la rue de la Tour d’Auvergne à Paris, où se trouvait l’atelier de Ernest Carrier-Belleuse, l’un des sculpteurs le plus célèbre de son époque.

Dix années plus tard, il part pour l’Italie et découvre, avec bonheur, les œuvres de Michel-Ange à Rome. Ce sera une rencontre déterminante pour la suite qu’il donnera à son travail, la forme et la lumière. Durant tous ses voyages, que ce soit en France, en Belgique ou en Italie, Rodin a beaucoup dessiné sur des carnets, a pris de nombreuses notes et accumulé un grand nombre de connaissances nouvelles qui lui seront fort utiles, voire même nécessaires pour son art.

Entre scandales, coups d’éclat, amours passionnés, contrariés, succès, il va considérablement accroître sa popularité et acquérir une très grande reconnaissance. Ses ateliers seront des immenses laboratoires où il sculpte, explore toutes les facettes de son art, invente, assemble, défait, refait, élabore de nouvelles formes techniques et cherche sans cesse.

Auguste RODIN

Le maître va très vite se rendre compte de l’incroyable talent de son élève. Il dira plus tard  » je lui ai montré où se trouvait l’or, mais l’or qu’elle trouve est à elle « . A une certaine période de sa vie, il va devenir son pygmalion, son père, son frère, l’amant mais jamais le mari. Pour lui elle sera son élève, sa collaboratrice, sa muse, sa maîtresse. Leur passion amoureuse, souvent douloureuse, et leur fusion artistique s’imprègneront jusque dans leurs œuvres. Leur relation sera faite d’amour passionnel, de déchirements, de séparations fréquentes et réconciliations.

«  je n’en puis plus. Je ne peux plus passer un jour sans te voir. Sinon l’atroce folie. C’est fini, je ne travaille plus divinité malfaisante, et pourtant je t’aime avec fureur. Ma Camille, sois assurée que je n’aime aucune femme en amitié et toute mon âme t’appartient.  » Rodin, dans une lettre à Camille en 1886

A partir de 1893, leur relation va se dégrader : il a une double vie en la personne de Rose Beuret (une couturière rencontrée en 1864 et qui lui sert de modèle) qu’il ne parvient pas à quitter. Camille est lasse de cette vie amoureuse compliquée, faite de mensonges et infidélités. Par ailleurs, on attaque sa réputation en faisant croire que certaines de ses œuvres sont de Rodin ou qu’elles ne sont qu’un vulgaire plagiat des pièces du Maître. Au sommet de sa gloire, elle se révoltera car elle veut être mieux comprise et reconnue pour son travail personnel.

Rodin et Rose

A 53 ans, Rodin décide d’épouser Rose, de se consacrer à son art et mettre un terme à la passion dévastatrice éprouvée pour Camille. Ils auront un fils. Délaissée non seulement par Rodin mais également par sa famille, décriée, Camille va s’enfermer dans son atelier, traversera une solitude accompagnée d’une névrose obsessionnelle qui ne va faire que s’accroître au fil des années. Elle vivra au milieu de ses sculptures (dont elle détruira d’ailleurs une partie) et de ses chats, dans la saleté, misérable jusque dans sa tenue et sombrera dans une forme de démence.

En 1913, elle est placée d’abord à l’asile de Ville-Evrard entièrement réservé aux femmes, puis elle sera transférée à Montdevergues qui se trouvait dans le département du Vaucluse. Un établissement dont on disait purement et simplement qu’il était un mouroir. Elle ne sculptera plus. Sa vie ne deviendra alors qu’une très longue agonie. Elle meurt en ce lieu trente ans plus tard. Aucun membre de sa famille ne sera présent pour suivre sa dépouille. Elle sera enterrée dans une tombe anonyme du carré des indigents.

Rodin décèdera en 1917 à son domicile-atelier de Meudon des suites d’une pneumonie. Il avait été promu officier de la légion d’honneur en 1892, Commandeur en 1903, élevé à la dignité de Grand Officier en 1910. Toutefois, pour raison de guerre, le gouvernement excluera des funérailles nationales.

Catherine & Grégoire …

Sophie Frédérique Augusta d’ANHALT-ZERBST dite la GRANDE CATHERINE ( 1729/1796 )

 » Princesse allemande devenue la mère tsarine de toutes les Russies, Catherine La Grande a gouverné d’une main de fer un pays qui nétait pas le sien. Cette conquérante était, côté coeur, autant amazone que midinette. Sa liaison avec Grégoire Orlov révèle une femme fidèle qui avait besoin d’être aimée.

Une stature de colosse, des yeux de velours, un sourire d’ange. C’est ainsi que Grégoire Orlov, fringuant lieutenant de l’armée russe, apparaît pour la première fois aux yeux de la grande duchesse Catherine. Nous sommes en 1760. Il a 25 ans, elle 5 de plus. Elle vient de se quereller ( une fois de plus ! ) avec son mari, le grand-duc Pierre et sèche ses larmes à la fenêtre de sa chambre. En contrebas, un gérant au sourire si doux la regarde avec adoration. Elle veut cet homme dans son lit. Ce qu’elle ignore encore c’est qu’il va lui permettre de gravir les dernières marches pour accéder au trône tant convoité de la Grande Russie.

Gregori (Grégoire) ORLOV 1734/1783

Catherine, de son vrai prénom Sophie, a été mariée quinze ans auparavant à son cousin, Pierre de Holstein-Gottorp. Physique ingrat, caractère perturbé, personnage falot, mari impuissant : sept ans après leur mariage, elle est toujours vierge. Il faudra l’intervention d’un comte et officier susse, Serge Saltykov pour qu’elle perde son pucelage. …. Toutefois, Pierre a pour lui d’être l’héritier de sa tante, l’impératrice de Russie Elisabeth Ière, fllle de Pierre le Grand. Il est donc promis à un grand destin. L’impératrice,  qui a brûlé la vie par les deux bouts, est certes tjrs de ce monde mais en sursis.

Karl Peter Ulrich De HOLSTEIN-GOTTORP deviendra PIERRE III (1728/1762)

Le couple princier, quant à lui, est en très mauvais termes. Pierre a, depuis des années, une maîtresse : Elisabeth Vorontzova, excellente compagne de beuveries qu’il affectionne. Stupide et marquée par la vérole. Il lui est si attaché qu’il veut en faire sa femme une fois qu’il se sera débarassé de son épouse. Catherine le sait, et craint pour sa vie. Son salut passe obligatoirement par l’accession au trône.

L’impératrice meurt en 1762. Son fils monte sur le trône et prend le nom de Pierre III. Catherine attend son heure. Les dieux ne sont pas avec elle, mais elle se console dans les bras de Grégoire. Elle est amoureuse et bientôt voilà qu’elle tombe enceinte. Catastrophe si son époux venait à l’apprendre ! Elle risque d’être répudiée. Elle cache donc sa grossesse et accepte donc le confinement dans lequel Pierre la tient loin de la Cour, des indiscrets et des ragots.

Le nouvel empereur accumule les erreurs. Il se comporte de manière infantile. Il s’attaque à l’église , mais le plus grave reste son attitude face à la Prusse, un pays avec lequel l’impératrice Elisabeth Ière était en guerre. Lui admire le roi de Prusse Frédéric II et alors même que la victoire de son pays était assurée, il arrête les hostilités et non seulement signe la paix mais rend tous les territoires conquis à son ennemi. C’est un camouflet pour l’armée russe toute entière.

C’est là que Grégoire Orlov et ses frères militaires entrent en scène. Profitant du départ de Pierre en Juin 1762 pour la résidence d’été, Ils enrôlent deux régiments aux côtés de Catherine et l’accompagnent à St Pétersbourg où elle est accueillie en souveraine par le Sénat et le clergé. Le coup d’état est acté. Pierre est arrêté et contraint de signer son abdication. Catherine succède à l’impératrice Elisabeth Ière.

CATHERINE en robe de couronnement

Arrivée au sommet, elle montre rapidement qu’elle a tout à fait l’ envergure d’un chef d’État. Championne du nationalisme russe, elle entreprend de grandes réformes pour son pays. Grégoire peine à trouver sa place en dehors du lit de l’impératrice et vit très mal la situation. Pourtant, ils s’aiment.

Elle va devoir faire face à de lourdes tâches : remplir les caisses de l’État, réformer en profondeur l’Administration. C’est une tête bien faite, un esprit formé à la lecture de Voltaire, Montesquieu, un bourreau de travail qui oeuvrent 15 heures par jour avec une efficacité redoutable. Par delà les frontières elle réaffirme l’intérêt de la Russie pour la Pologne, et, souhaite étendre son pouvoir au Moyen Orient. En trente quatre années de règne, elle va apporter un demi-million de kilomètres carrés supplementaires à l’Empire. Une seule chose l’anime : son amour pour la russie

Son amant est devenu l’un des personnages le plus puissant de la Cour. Elle lui est reconnaissante pour le coup d’état tout comme sa fougue au lit. Elle l’aime mais tout le monde s’étonne de cette union entre la carpe et le lapin. Orlov n’est pas noble, ni intelligent, ni cultivé. Mais elle le couvre de cadeaux, lui apporte une dote de 120.000 roubles par an et lui offre un palais à Gatchina.

Pourtant il ne va plus se satisfaire de ce traitement de faveur. Il devient arrogant et se conduit comme un petit chef. Des témoignages affirment qu’il se vautre dans un sofa de la chambre de l’impératrice en son absence, ouvre des plis officiels. Il est une maitresse entretenue et rêve d’officiliasation. Après tout elle est libre puise débarrassée de son mari sans doute assassinée par le frère de son amant Alexis Orlov. Tout le clan Orlov pousse au mariage. Elle pense à un mariage secret. Mais l’hostilité de la noblesse est telle qu’elle va renoncer et offrira à son amant, comme lot de consolation, un titre de comte et un portrait d’elle dans un médaillon de diamants en forme de coeur.

De plus, un complot contre Orlov et son frère, formenté par de jeunes officier est arrêté au dernier moment. Colérique, exigeant, jaloux, Orlov commence à se lasser de son impériale maitresse. Elle ne consent à le quitter. Pourquoi ? Par peur de sa réaction ? Par fidélité ? Par tendresse ? Les années passent et ne défont pas leur lien.

Il s’ennuie, cherche à briller aux yeux de l’impératrice, peine à trouver sa place auprès d’une femme conquérante. Elle lui refuse le droit de partir en guerre contre les Turcs. Il va sauter sur la première occasion venue : une épidémie de peste à Moscou a provoqué la panique du peuple. Il propose de s’y rendre. Elle y consent malgré le danger. Trois mois plus tard, l’épidémie est jugulée et la paix revenue. Orlov rentre en héros, l’impératrice le couvre d’honneur et fait dresser un arc de triomphe pour lui, mais lui ouvre de moins en moins la porte de sa chambre.

Les dix années de leur liaison vont avoir raison de leur passion. Elle souffre de ne pas avoir quelqu’un doté d’un esprit supérieur à ses cotés, lui de ne pas être à la hauteur. Tout les sépare : caractère, naissance, éducation, tout sauf l’amour ou du moins la tendresse.

Il ne saura plus que faire pour garder les faveurs de sa souveraine, cherchera à s’intéresser à différentes choses plutôt culturelles, mais l’intellectuel ne lui sied pas. Il s’ennuie, ronge son frein, et catherine ne sait plus que faire. Elle tentera de faire de lui un diplomate mais il est un soldat et ne réussira pas.

Il va se mettre à fanfaronner, devient de plus en plus arrogant et multiplie les conquêtes féminines. Elle l’apprend, ronge son frein et jette son dévolu sur le jeune Alexandre Vassiltchikov qui lui plait bien. Il a 28 ans, elle 43. Il devient le nouvel homme entretenu. Elle le couvre de cadeaux. Quand Orlov l’apprend, il entre dans une colère noire. Il était absent mais rentre très vite à Saint Pétersbourg. Elle fait changer toutes les serrures de ses appartements, l’assigne à résidence sous prétexte d’une quarantaine. Elui écrit tous les jours mais sort avec le jeune Vassiltchikov.

Aleksandr Semionovitch VASSILTCHIKOV (1746/1813)

Lorsque l’assignation a résidence est levée, Orlov retourne à la Cour. Elle ne le rencontrera pas, gardera ses distances, trop occupée à son nouvel amour. Orlov comprend que son temps est fini, il s’étourdit de plaisir, mène une vie de débauche et se jette sur tout ce qui passe. Avec le temps, les relations avec Catherine se sont calmées. Elle lui fait construire un palais de marbre à Saint Pétersbourg, tandis qu’il lui offre un diamant à 190 carats. Mais on achète pas une impératrice ! Il deviendra même ami avec son rival.

Un jour, la route d’Orlov croisera celle de sa jeune cousine de 15 ans alors qu’il en a le triple, il tombe amoureux. Catherine autorise le mariage. Hélas elle meurt assez vite. Orlov revient à la Cour en 1782. Il est désespéré. Catherine a du mal à le reconnaître. Il manifeste des signes de démence. La nuit il hurle. Elle viendra souvent le réconforter. Il meurt à 48 ans en avril 1783.

Elle écrira :  » Des bouffées de sanglots sont ma réponse et je souffre terriblement. Il était fort, courageux, plein de décision, doux comme un mouton. Il avait le cœur d’une poule.« 

L’insatiable Catherine a besoin d’un autre homme et un amant vigoureux, un esprit supérieur à la mesure du sien : elle vient de le trouve, il s’agit de Potemkine.  » Sophie DENIS (( Journaliste française, chroniqueuse en Histoire )

CATHERINE & Grigori Aleksandrovitch POTEMKINE (1739/1791)

Chopin & Delacroix …

« J’ai vraiment eu avec Chopin des tête-à-tête à perte de vue parce que je l’ai vraiment beaucoup apprécié que ce soit le musicien, le pianiste, un homme d’une grande distinction, d’une distinction rare et c’est l’artiste le plus vrai qu’il m’a été donné de rencontrer. Il est vraiment de ceux, en petit nombre, que l’on peut admirer. » Eugène DELACROIX ( Peintre français )

Frédéric Chopin et Eugène Delacroix furent très amis. Ils se trouvaient énormément de points communs : même sorte d’élégance, même côté très réservé avec une apparence qui pouvait sembler froide et derrière laquelle en réalité il y avait, chez les deux, beaucoup de sensibilité exacerbée, d’émotivité, de subtilité.

Amicalement parlant, on peut vraiment dire que ces deux-là ce sont beaucoup aimés. Ils discutaient durant des heures sur leur art respectif, sur les moyens dont ils disposaient chacun que ce soit dans la peinture ou dans la musique. Ils ont réellement été à l’écoute l’un de l’autre, ce qui, parait-il, avait le don d’agacer considérablement George Sand et ce même s’il elle appréciait beaucoup Delacroix.

Dans son journal, Delacroix parle de son amitié pour Chopin. Il explique que ce dernier ne l’aimait pas particulièrement en tant que peintre car il préférait Ingres, mais qu’il estimait énormément l’homme Delacroix envers lequel il avait du respect et qui savait lui parler comme personne de ses profonds ressentis vis-à-vis de l’art.

Delacroix, quant à lui, il avouait que ses préférences se portaient sur Mozart, mais que lui aussi avait une grande affection pour Chopin en tant qu’homme, et que surtout, il ne se lassait pas d’écouter le merveilleux pianiste qu’il était, ce pianiste et sa célèbre note bleue , laquelle n’était pas une note particulière mais devenait la plus brillante et sortait, puissante et poétique, à un moment précis de son interprétation. Finalement, il pensait  que Chopin avait bien plus de points communs avec Mozart que l’on ne pourrait se l’imaginer.

Lorsque Delacroix ne comprenait pas la logique de la musique, il confiait que Chopin se mettait alors au piano et tentait de la lui expliquer en jouant …. «  Cela valait bien toute l’esthétique picturale  » disait-il.

Leur amitié va durer jusqu’à la mort du compositeur polonais. On pourrait même dire au-delà de la mort compte tenu du fait que Delacroix – et les autres membres d’un comité à savoir : Auguste Franchomme (violoncelliste), Teofil Antoni Kwiakowski (peintre), Camille Pleyel (musicien et fondateur de la célèbre salle) et Jane Stirling (son élève) – va se démener afin de réunir les fonds nécessaires  qui permettront d’offrir à son ami la sépulture qu’il méritait d’avoir et qui se trouve au Père Lachaise à Paris.

Le monument a été réalisé par le gendre de George SAND : Auguste CLESINGER. La statue du haut représente Euterpe, muse de la musique. Sur le médaillon ovale, on peut y voir le visage de CHOPIN (d’après un moulage après sa mort). Il porte l’inscription : Frédéric CHOPIN 17 octobre 1849. Le monument a été inauguré un an plus tard.

Delacroix également immortalisé Chopin en peinture avec sa compagne George Sand. Il les invitera, tous deux, en 1838, dans son atelier, Rue des Marais sur la rive gauche à Paris. Chopin était assis devant son piano Pleyel , Sand l’écoutait, une cigarette à la main. Ce tableau est resté dans l’atelier de Delacroix jusqu’en 1874. Puis, un jour, une main inconnue  ( on suppose que cela s’est fait entre 1865 et 1874 ) va le couper en deux . Depuis lors le fragment  Chopin est au musée du Louvre et celui de Sand au musée Ordrupgaard à Copenhague.

Tableau représentant Frédéric CHOPIN et George SAND, tel que DELACROIX l’a peint en 1838.
Fragment du tableau qui se trouve au musée du Louvre et représentant Frédéric CHOPIN par Eugène DELACROIX
Fragment du tableau qui se trouve au musée Ordrupgaard de Copenhague et représentant George SAND par Eugène DELACROIX

Marie-Caroline et Ferdinand IV de Naples …

FERDINAND IV et son épouse MARIE-CAROLINE / Peintre inconnu-École napolitaine

 » On imagine pas couple plus mal assorti. Ferdinand est indolent, sans culture, oublieux de ses devoirs, prisonnier de ses plaisirs, insouciant. Triviaux, ses goûts lui dictent souvent des comportements indignes d’un monarque. La réflexion ne l’encombre pas. Son métier de roi l’ennuie. Il semble être un éternel adolescent. A l’aise dans les milieux des petites gens, il partage leurs distractions et gaspille volontiers son temps. Marie-Caroline, elle, est une femme décidée, volontaire, impétueuse qui a de l’énergie à revendre et la conviction d’être née pour gouverner.

Tout les oppose, mais physiquement ils vont bien ensemble. Grand, svelte, blond aux yeux bleus, Ferdinand a des traits réguliers. Son long nez lui valut le surnom de Re Nazone. Marie-Caroline a une allure à la fois majestueuse et gracieuse, un teint transparent, des cheveux châtain-clair, assez potelée pour ne pas sembler maigre, un visage plutôt doux, une bouche quelque peu dédaigneuse, mais montrant de superbes dents blanches régulièrement plantées.

Ferdinand de Bourbon, descendant de Louis XIV était le fils de Don Carlos qui régna sur Naples sous le nom de Charles VII, puis sur l’Espagne sous celui de Charles III. Né en 1751, Ferdinand avait 8 ans lorsque son père fut appelé au trône de Madrid. Aussi, en lui succédant sur le trône napolitain, fût-il , à sa suite, le plus jeune souverain de Naples. Le jeune roi, qui tirait peu de profit des leçons reçues, passait son temps à monter à cheval, à chasser, à pêcher, courait les spectacles et les mauvais lieux. Tout conspirait à faire de lui un roi fainéant soumis à tel ministre ambitieux ou à la forte personnalité qui saurait s’imposer.

Tout à l’opposé, rien ne laissait oublier que Marie-Caroline était la fille de l’impératrice Marie-Thérèse. Fière d’appartenir à l’illustre Maison des Habsbourg-Lorraine, elle s’enorgueillissait d’avoir la plus impératrice pour mère , l’empereur Joseph II pour frère et Marie Antoinette, reine de France, pour sœur. Elle avait reçu une solide instruction, était une femme raffinée, intelligente, cultivée. Il était indifférent aux affaires, elle en avait le goût. Il était dépourvu d’initiative, elle était ambitieuse pour deux.

Leur mariage eut lieu le 12 mai 1768. Ferdinand était amoureux de sa femme. S’il eut quelques amours ancillaires, on ne lui connut pas de maîtresses en titre, ou du moins sut-il les cacher. A Marie-Caroline il fit, en vingt-et-un ans, dix-sept enfants ( dix filles et sept garçons ) dépassant d’une unité la nombreuse progéniture de sa belle-mère l’impératrice Marie-Thérèse.

FERDINAND Ier des Deux-Siciles, roi de Naples et son épouse MARIE-CAROLINE avec six de leurs nombreux enfants

A la reine il fallut peu de temps pour constater le peu de capacités intellectuelles de son mari. Dès son arrivée à Naples, il fut entendu que Marie-Caroline ne se contenterait pas d’un rôle de représentation. Consciente de son rang, elle entendait se mêler des affaires de son nouveau royaume. La naissance d’un fils en 1776 l’autorisa à entrer, enfin, au Conseil. Ferdinand avait bien tenté de retarder cette échéance, mais l’opiniâtreté de sa femme l’emporta. Elle avait 24 ans. Le roi était populaire auprès du peuple, mais elle avait la confiance des élites éclairées. Ferdinand dissipait son temps dans les plaisirs, elle se préoccupait des affaires de l’État. Au plaisir, elle préférait le pouvoir. Rien ne devait, rien ne pouvait mettre en péril l’emprise qu’elle exerçait sur son mari. Elle était épouse, mère attentive inquiète de leur santé, soucieuse de leur éducation, pleurant ceux qui moururent jeunes, mais surtout elle était reine !

Marie-Caroline régna et gouverna. Elle participa à toutes les séances du Conseil, les présidait en l’absence du roi, lisait les dépêches, correspondait directement avec les ambassadeurs à l’étranger, s’informait de tout, ne négligeait rien, plus absorbée, il est vrai, par les affaires européennes que préoccupée par la politique intérieure. Si la réalité du pouvoir lui importait, elle savait toutefois sauvegarder les apparences et reconnaître la primauté de son époux. Elle maîtrisait les arcanes du pouvoir, réussissait à grignoter chaque jour un pouvoir supplémentaire. Elles savait nouer les intrigues et se jouer d’un mari indifférent au métier de roi.

La vie de la reine de Naples ne fut, selon un contemporain, qu’une longue crise de vapeurs. On ajoutera que celle du roi fut un long sommeil politique.  » Jean-François SOLNON (Historien de l’Art, spécialiste de l’Ancien Régime)

P.S. : Marie-Caroline est décédée en 1814. Ferdinand épousera morganatiquement une duchesse de vingt ans sa cadette, veuve avec sept enfants : Lucia Migliaccio. Une union qui fit scandale. Il mourra en 1825.

palermo – Pagina 43 – Le Vie dei Tesori News
La duchesse Lucia MIGLIACCIO

Amedeo & Jeanne …

Amedeo MODIGLIANI (1884/1920)

 » Le 31 décembre 1916, pendant qu’un banquet réunit le tout Montparnasse au rez-de-chaussée de la Rotonde en l’honneur d’Apollinaire, Amedeo croque le portrait d’une jeune fille qu’il a déjà croisée ces derniers temps à l’Académie Colarossi où il va dessiner le nu : Jeanne, passionnée d’art, s’y est inscrite suivant les pas de son frère André. 

Jeanne HÉBUTERNE (1898/1920)

Elle a dix-huit ans, il a en a trente-deux au compteur. Ses amies de l’Académie Colarossi l’ont surnommée  » noix de coco  » en référence au teint laiteux de sa peau. Elle a de grands yeux en amande, des lèvres pleines presque violettes ; ses cheveux châtains tressés en deux longues nattes encadrent son visage. Elle apparaît dans ce milieu bohème exubérant comme une vierge sage, toujours silencieuse, timide, sérieuse, n’ayant apparemment pas le moindre sens de l’humour. Ça tombe bien Amedeo est lassé de la dérision permanente, de ces faux rires complices ou graveleux. Il lui caresse les cheveux et la contemple : son âme tourmente est envahie d’une paix soudaine, lumineuse.

1917 les parents de Jeanne, des petits bourgeois catholiques, ne supporte plus que leur fille s’affiche avec un soûlographe patenté : «  tu quittes cet homme ou tu quittes la maison  » lui demande son père. C’est tout vu,  Jeanne ramasse ses affaires et rejoint Dedo dans un hôtel misérable. Les amants ne se quittent plus, de l’atelier au zinc.

Modigliani peindra le portrait de son amante d’innombrables fois. Il enveloppe sa chère et tendre dans ses volutes danses amoureuses, son pinceau caresse avec tendresse sa compagne sous un jour à chaque fois différent et ce jusqu’à la fin. Il peint Jeanne comme on effeuille la vie, cherchant à capter l’insaisissable mystère de l’amour. Il est là dans ses yeux langoureux, dans ses cheveux libres en tresses auréolées d’un chapeau, il est là dans son ventre qui gonfle, dans son air las et mélancolique, il est là partout où son pinceau va. Les nuits deviennent romantiques, ils s’enlacent sur les bancs publics et déambulent main dans la main. L’amour apaise Modigliani qui cesse parallèlement de séduire les modèles qui viennent poser pour des nus.

En Mars 1918, Jeanne lui annonce qu’elle est enceinte. Bonheur et malheur. Il se plie à la fatalité lui qui ne voulait pas d’enfant. La santé d’Amedeo se détériore. Le couple embarque pour Nice afin de retaper Modi et faire ensuite que Jeanne ait des conditions de grossesse saines.

Très vite Amedeo ne la supporte plus et s’isole. Il s’installe dans un petit hôtel de passe. Le 29 Novembre, Jeanne accouche d’une petite Giovanna. Amedeo et fier et heureux. Il essaie de prendre ses responsabilités, boit moins et travaille. Mais les premières effusions passées, Jeanne se révèle une piètre maman. En mai 1919, il rentre à Paris, laissant Jeanne à Cagnes avec une nourrice pour s’occuper de leur fille.

Jeanne (Giovanna) MODIGLIANI, leur fille – 1918/1984 ( Artiste peintre et historienne d’art)

Le 24 Juin, Jeanne envoie de Nice un télégramme : elle rentre à paris. Elle annonce qu’elle est de nouveau enceinte. Modigliani s’engage , par écrit, à l’épouser dès que possible ( il n’a pas de papiers ). Jeanne n’arrive pas à s’occuper de Giovanna qui est mise en  pension chez une nourrice . Fatiguée par sa grossesse, elle reste la plupart du temps cloîtrée rue de la Grande Chaumière. Jeanne est jalouse des modèles et veille à ne pas laisser le peintre seul avec elles. Elle n’accompagne plus Modi le soir.

Il a repris sa vie dissolue. Il n’est plus lui-même. La méningite tuberculeuse gagne du terrain et transforme son caractère colérique. De cuite en cuite sa santé s’aggrave. Il perd ses dents, attrape froid. Il se dispute de plus en plus avec Jeanne, la maltraite. Il sent qu’il est condamné à court terme et en veut à tout le monde, et en particulier à Jeanne. Jeanne pleure, prend des coups, subit et reste. Elle l’aime au-delà de tout. Elle se sacrifiera pour le rejoindre au-delà de la mort.  » Patrick DE BAYSER (Écrivain sur l’art, expert en dessins anciens)

 » Modigliani l’a peint sans cesse. Elle est son modèle préféré. Retrouvant pour elle la grâce de Botticelli, il la représente sous toutes les coutures. Ses portraits la montrent toujours dans cette linéarité longiforme, le regard est magnifié, presque iconique, comme dans la grande tradition slave. Une sensualité plutôt discrète fait que Jeanne apparaît plutôt en Madone moderne, dont la silhouette verticale révèle son aspiration à l’idéal. Le laconisme du trait stylise son visage et sa silhouette. Elle n’est plus qu’épure, ses yeux si beaux, si grands, deviennent deux fentes de chat qui percent l’invisible… La violence de leur passion, météorite et mortifère, tranche avec les peintures qu’à laissées Modigliani. Jeanne y est représentée dans des poses dont l’alanguissement et la fixité révèlent une sorte d’éternité impavide. Finalement Jeanne rejoint un silence dans lequel les toiles de Modigliani l’enferment. Ce silence, elle l’a consacré au sens quasi religieux du terme, préférant se réduire à elle-même, s’oublier, s’adonner à des tâches domestiques ou des créations secondaires. L’immense production de Modigliani dédiée à sa femme, fait d’elle un spécimen mille fois épinglé, donnant ainsi le vertige… «  Alain VIRCONDELET (Écrivain, biographe, et historien de l’art)

P.S. Modigliani est mort très jeune à 36 ans en 1920 – Jeanne l’a suivi de près : enceinte de leur deuxième enfant, elle s’est suicidée en se jetant de la fenêtre de l’appartement de ses parent, au 5e étage. Elle fut d’abord enterrée au cimetière de Bayeux, puis rejoindra le peintre au cimetière du Père-Lachaise à Paris dix ans plus tard.

Jeanne et Louis …

 » Il était roi, elle était roturière. Elle aurait pu n’être qu’une simple liaison, la maîtresse d’une saison. Pourtant, vingt années durant, ils vont former un couple uni malgré la haine de la Cour et de la famille royale.

En cette année 1745, le château de Versailles bruisse de mille festivités données en l’honneur du mariage du dauphin de France Louis avec sa cousine Marie-Thérèse d’Espagne. L’excitation est à sn comble. Il y aura un bal masqué dont la Cour est si friande. Une question est sur toutes les lèvres : en quoi le roi sera t-il déguisé ?

La réponse vint : Louis XV sera un des huit arbres, un if taillé comme ceux des jardins de Versailles. Le cœur du roi est à prendre depuis le décès de Madame de Châteauroux. Le bal des Ifs est la première manifestation publique de l’idylle royale entre le roi et Madame d’Étiolles. On pense qu’ils se seraient rencontrés deux ans auparavant lors d’une chasse du roi en forêt.

 » Bal masqué des Ifs » par Nicolas Charles COCHIN

Jeanne Antoinette Poisson, la nouvelle élue, appartient à la bourgeoisie d’affaires. Elle a reçu une éducation soignée. Les relations amoureuses de sa mère lui ont permis d’épouser à 20 ans le neveu d’un riche fermier, Charles le Normant d’Etiolles. Jeanne est convaincue d’avoir un destin depuis qu’une voyante lui avait prédit qu’elle serait aimée d’un roi. Elle a donc bâti sa vie sur ce rêve de petite fille.

Si les dix premières années de son mariage ont satisfait les appétits du jeune Louis XV dans le lit de la reine Marie Leszcynska, les onze enfant qui en sont nés ont refroidi les ardeurs de la Polonaise désormais devenue un pilier de la religion. De ce fait, le jeune Louis enchaine les maitresses.

« Portrait de Marie Leszczynska et le Dauphin  » par Alexis Simon BELLE

L’idylle de Jeanne et Louis a commencé de façon assez discrète. Mais petit à petit, elle ébranle toute la Cour. La dame est ravissante : une silhouette élancée, des cheveux châtain clairs, des yeux d’une couleur indéterminée. Elle est, de plus, aimable, cultivée, douce, aime chanter, danser, jouer la comédie, dessiner. Serait-elle la maîtresse parfaite ? Non : c’est une parvenue, une représentante de ce monde nouveau dont la Cour ne saurait s’habituer. Et c’est cela justement qui a séduit le roi. Elle n’est pas comme ses autres maîtresses. Elle est pour lui une bouffée de fraîcheur dans ce Versailles empesé. Il a onze ans de plus qu’elle et se sent rajeunir à ses côtés.

 » La marquise de Pompadour  » Par François BOUCHER (1759)

Au cours de leurs six premiers mois, elle achète, grâce à Louis XV, le marquisat de Pompadour, s’installe dans le bel appartement de Mme de Châteauroux et elle est présentée à la reine. La Cour, de son côté, guette le moindre faux pas. Il n’y en aura pas. La reine est aimable avec elle. Le roi s’adoucit à son contact. Il apprécie toutes les initiatives de sa favorite, accepte qu’elle organise des soupers, qu’elle y convie des gens d’esprit, qu’elle le distrait en jouant dans des pièces de théâtre.

Cinq années sont passées depuis l’ascension fulgurante de Mme de Pompadour. Au grand dam de la Cour, son couple avec le roi tient toujours. On la surnomme la Bestiole, la Poison, on écrit sur elle toutes sortes de poissonnades (pamphlets grinçants). On lui reproche de détenir des qualités que seule la noblesse prétend détenir et qui se transmettent par le sang. C’est pour eux inacceptable ! La Cour guette donc une disgrâce, mais elle ne vient pas.

Certaines autres dames tentent leur chance auprès de Louis XV. En vain … La Pompadour est malgré tout inquiète car elle n’aime pas trop les plaisirs du lit, ce qui va vite devenir un secret de polichinelle. De plus, elle souffre de troubles gynécologiques qui rendent leurs rapports sexuels très douloureux. Elle sait que renoncer au sexe serait renoncé au roi. Alors que faire ? Elle va prendre les devants en fournissant à son royal amant de quoi satisfaire son fougueux appétit, choisissant pour ce faire des jeunes filles de bonne famille ayant assez d’instruction pour soutenir une conversation. Dès qu’il se lasse ou qu’une des jeunes amantes tombe enceinte, elle est aussitôt dotée, mariée et reçoit de l’argent pour élever l’enfant.

Louis XV savoure ces amours clandestines. Mais pourquoi accepte t-il cela au fil des années ? Tout simplement parce que la Pompadour est devenue sa meilleure amie. Dès 1750, ils n’ont plus de rapport charnel mais elle l’écoute, le distrait, le rassure car il est parfait de nature dépressive. Elle reste la seule qui sache l’empêcher de sombrer. Ils ont trouvé tous deux leur équilibre. La Cour et la famille royale ne l’entendent pas ainsi. Tout le monde intrigue pour la faire tomber, l’appellent Mme la Putain, notamment les filles du roi. Dans cet affrontement avec les filles du roi, c’est la marquise qui l’emportera. Elle restera dans son appartement, aura l’oreille de Louis XV, deviendra sa conseillère, placera ses amis à des postes importants. En continuant ainsi, elle s’attire un nombre croissants d’ennemis.

A partir de 1757, le contexte entre Louis XV, sa famille, la Cour et sa maîtresse est de plus en plus tendu. De plus, on a tenté d’assassiner le roi d’un coup de couteau. Même s’il n’est que blessé, l’affaire prend des proportions gigantesques. On interdit à la marquise de le voir. Elle reste recluse dans ses appartements. La Cour l’accuse d’être responsable de tous les malheurs du monde.

Elle ne voit pas d’autre issue que de préparer ses malles. Mais le roi s’éclipse un jour de sa chambre, monte la voir dans son appartement. Il sait qu’elle est la seule à lui redonner le sourire, lui rendre sa place d’homme au lieu de le traiter en roi, à l’écouter. Du coup leur lien se trouve renforcé ainsi que le statut de la Pompadour.

Malheureusement, vis-à-vis du peuple Louis XV le bien-aimé est devenu Lle bien-haï . Des nuages noirs s’amoncellent sur le ciel de France. La défaite à Rossbach contre la Prusse (qui aurait inspiré au roi et à la marquise le célèbre Après nous le déluge), et le traité de Paris qui retire à la France le Canada et les Indes, affaiblissent le royaume. De plus, Louis XV perd sa fille aînée Louise Élisabeth, puis le duc de Bourgogne son petit-fils. Il est accablé.

De son côté la Pompadour est rongée par la maladie, luttant depuis des années contre la tuberculose. Au printemps 1764, à l’âge de 42 ans, elle s’avoue vaincue et meurt. Son corps est transporté dans son hôtel. Louis XV n’assistera pas à la cérémonie, l’étiquette le lui interdisait. Il regardera passer le corbillard qui emmène sa favorite au cimetière des Capucines sous la pluie  » Voilà les seuls devoirs que j’ai pu lui rendre, une amie de vingt ans !  » dira t-il à son valet de chambre. » Sophie DENIS (Journaliste française, historienne)

Mme De Pompadour à son métier à tisser ( 1764 ) par François-Hubert DROUAIS

Alma et ses hommes : Gustav, Oskar, Walter, et Franz …

ALMA MAHLER.jpg

 » Alma Mahler-Werfel ( née Schindler – 1879/1964)  fut, pour son temps, ce que Juliette Récamier avait été pour le XXe siècle : l’une des figures féminines les plus brillantes de la vie artistique et culturelle européenne. Parce que ni l’une, ni l’autre, ne pouvait, en tant que femme, exercer son influence dans la vie publique, elles le firent dans leurs célèbres Salons, où tous leurs invités, le plus souvent masculins, tous ceux qui avaient ou allaient avoir un rang ou un nom,  ne cessaient d’aller et venir. Alma Mahler fut mariée à trois reprises : d’abord avec Gustav Mahler de 1902 à 1911 – Puis avec Walter Gropius de 1915 à 1919 – et finalement avec Franz Werfel de 1929 à 1945. Tous trois ont fortement marqué l’histoire culturelle européenne, chacun dans leur domaine : la musique, l’architecture, la littérature ; et Alma laissa à chacun son empreinte sur leur œuvre. A ces hommes vinrent se joindre une cohorte de prétendants, tout aussi célèbres, dont Gustav Klimt, Alexander Von Zeminsky, Okskar Kokoschka et joseph Fraenkel, pour ne citer que ces quelques noms. Et si Alma fut une compositrice de musique au style plutôt conservateur, elle se fit la promotrice intrépide de talents qui allaient révolutionner la musique classique comme Alan Berg et Arnold Schönberg.

Alma Schindler est originaire d’une famille de la bonne bourgeoisie viennoise. Son père Emil Jakob Schindler est l’un des peintres les plus reconnus de la double monarchie austro-hongroise, fait membre honoraire de l’Académie des Beaux Arts de Vienne en 1887. Il décède en 1892, et, en 1895, la mère d’Alma, Anna Sofie, épouse Carl Moll, figure de la Sécession viennoise et ancien assistant de son défunt mari. Ce second mariage conduit de célèbres artistes autrichiens comme Gustav Klimt, Joseph Hoffmann, Koloman Moser, Joseph Maria Olbrich est le directeur du Hofburgtheater Max Burckhaard à fréquenter la maison des Moll. A partir de 1900, Alma suit des cours de composition avec Alexander Von Zemlinsky qui devient, peu après, son grand amour. Même si elle se marie plus tard avec Gustav Mahler, c’est de Zemlinsky qu’elle restera la plus proche dans la recherche de sa propre musicalité. Voilà comment elle le décrit dans ses mémoires :  » il était presque fatal que je devins amoureuse de Zemlinsky bien qu’il fut fort laid. Il avait l’aspect d’un ignoble gnome, petit, dépourvu de menton, édenté, puant le vin, jamais lavé et pourtant incroyablement fascinant par l’extrême acuité de son intelligence. Si seulement j’avais Zemlinsky pour travailler, mais il y a de la jalousie absolument sans fondement de Gustav Mahler ... »

Alma et Gustav ‘‘ Ne te méprends pas sur ce que je veux te dire : ne crois pas que dans la relation entre deux époux, je fasse de la femme une sorte de passe-temps, chargée malgré tout du ménage et du service de son mari. Mais que tu doives être « celle dont j’ai besoin », si nous devons être heureux ; mon épouse et non pas ma collègue, cela c’est sûr !  » … Gustav /// «  il faut, dès maintenant que je joue des coudes pour consolider la place qui m’appartient. je veux dire artistiquement. Le fait est qu’il n’a aucune considération pour mon art et beaucoup pour le sien ; et que moi je n’en ai aucune pour le sien et beaucoup pour le mien. C’est ainsi !  » Alma

L’union avec Gustav Mahler, dont naissent deux filles, Maria et Anna, est un honneur mais aussi une frustration pour Alma. Elle a dix-neuf ans de moins que son époux. Extravertie et de nature sociable, elle cherche difficilement une raison de poursuivre sa propre carrière musicale tandis que son mari aspire à un isolement créatif et éclipse involontairement, par sa propre célébrité, les possibilités d’épanouissement de son épouse. Il en résulte une série d’éloignements et de rapprochements passionnels qui nourrissent l’inspiration du musicien dans ses 5e, 6e, 8e et 10e symphonies et dans nombre d’autres compositions.

ALMA ET SES DEUX FILLES
Alma et les deux filles nées de son union avec Gustav : Anna et Maria

Quelques mois après la mort de Gustav Mahler, des suites d’une longue maladie, Alma fait la connaissance du peintre Oskar Kokoschka de sept ans son cadet. La rencontre a lieu au printemps par l’entremise de Carl Moll. Alma se souvient avec émotion : «  il avait apporté un papier au grain rugueux et se mit tout de suite à dessiner. Mais je déclarais au bout d’un instant que je ne pouvais supporter d’être dévisagée de la sorte et je le priai de me laisser jouer du piano pendant son travail. Nous parlions à peine et cependant il était incapable de dessiner. Nous nous levâmes l’un et l’autre et, brusquement, il m’étreignit passionnément. Les trois années que je passais ensuite avec lui furent un continuel et féroce combat d’amour. Jamais auparavant je n’avais vécu tant de tensions, d’enfer et de paradis. J’assistais à son ascension, je veillais sur son bien-être autant que je le pouvais et il me peignait moi, moi , moi !  » Cette relation relativement courte laissera toutefois de nombreuses traces. de 1912 à 1922, l’adorée et finalement inaccessible Alma occupe , jusqu’à l’obsession, l’esprit de Oskar Kokoschka qui en fait le sujet d’une vingtaine d’œuvres : des dessins, des éventails, une poupée , des porte-folios d’estampes sans oublier son tableau le plus connu et le plus mystérieux La fiancée du vent peint en 1913 ( Kunstmuseum de Bâle ). En dépit de toutes ces preuves d’amour, Alma repousse es demandes en mariage répétées du peintre, car, en femme indépendante et sûre d’elle, elle considère sa tendance maladive à la jalousie comme une contrainte insupportable.

ALMA ET OSKAR
Alma & Oskar
ALMA LA FIANCEE DU VENT
 » La fiancée du vent  » ( les représentant tous deux ) – 1913- Oskar KOKOSCHKA (Kunstmuseum de Bâle / Suisse )

En 1915, un an après sa séparation avec Kokoschka, Alma décide d’épouser l’architecte et futur fondateur de l’école du Bauhtaus, Walter Gropius, qu’elle connait depuis 1910 et avec lequel elle entretient une relation épisodique. Peu de choses ont été citées ou écrites sur leurs quatre années de mariage, tout comme sur leurs années de relation amoureuse. On sait seulement que la découverte de leur relation valut à Gustav Mahler une mémorable consultation auprès de Sigmund Freud, et que Gropius, à l’occassion de la naissance de leur fille Manon en 1916, offrit à Anna la Nuit d’été sur la plage ( 1903) d’Edvard Munch. Le biographe d’Alma Mahler, Olivier Hilmes, décrira l’union avec Gropius comme un  » mariage à distance  » fortement affecté par la première guerre mondiale et la querelle au sujet de la garde de la petite Manon.

ALMA WALTER ET LEUR FILLE MANON.jpg
Alma et Walter avec leur fille Manon

Anna Mahler entretiendra sa plus longue relation avec le jeune poète expressionniste Franz Werfel, avec lequel elle est en couple dès 1919, avant de l’épouser en 1929. Werfel a la réputation de mener une vie nocturne, dissipée. Alma contribue de façon significative à l’intérêt du poète pour la prose, porteuse de succès et de meilleures rentrées financière. Le choix se révèle payant. Parue en 1924, sous le titre Verdi, Roman der Oper, la première œuvre romanesque de Werfel se vend à vingt mille exemplaires en a peine quelques mois et établit sa renommée de prosateur. Alma évoque l’épisode dans ses mémoires :  » Enfin un son humain : Franz Werfel est bon, mais un peu indifférent.  Il atteindra au plus haut, il s’identifiera à lui-même. Et Franz écrivit un grand roman Verdi, Roman de l’Opéra. A deux reprises cet été là, Franz Werfel surgit à l’aube dans ma chambre et me força à prendre son manuscrit inachevé pour le brûler. Je le gardai naturellement jusqu’à ce qu’il se fût calmé. J’espère que, cette fois, le roman aura du succès. Il a besoin d’une réussite.  »

Le couple assiste à la montée du national-socialisme et entre autres persécutions, aux autodafès de l’action contre l’esprit non-allemand orchestrées par Joseph Goebbels, au cours desquels les livres de Werfel sont brûlés. En 1940, les origines juives de son mari et de sa fille décident Alma à s’exiler avec Franz en Amérique du Nord. Ils bénéficieront du soutien du journaliste Varian Fry qui aidera plus de deux mille membres de l’intelligentia européenne à fuir parmi lesquels Hannah Arendt, André Breton, Max Ernst, Siegfried Kracauer et jacques Lipchitz. Werfel poursuivra sa carrière de romancier à succès en Californie où il publie en anglais. Une crise cardiaque y met brusquement fin en 1945.

ALMA ET FRANZ
Alma et Franz

Alma, surnommée la Grande Veuve par son ami Thomas Mann, s’attache, dès lors et jusqu’à sa mort à gérer l’héritage de ses époux. Mais pourquoi ces artistes, de disciplines diverses, ont-ils tous été fascinés par Alma Mahler ? Friedrich Torberg, autre écrivain à avoir émigré de Vienne aux Etats-Unis, nous livre cette explication : «  Son enthousiasme, son dévouement et son abnégation ne connaissaient pas de limite et devaient être d’autant plus fascinants et attirants qu’ils n’avaient rien d’une idolâtrie béate et que son jugement restait toujours parfaitement lucide. Voilà probablement la raison pour laquelle tant de créateur se sont attachés à elle. Et c’est aussi à cela que tenait sa propre productivité. » Catherine HUG ( Historienne de l’art)

Vassily & Gabriele …

  » Ce fut pour moi une nouvelle expérience artistique. K. sut, bien différemment des autres professeurs, me prêter attention et me donner des explications approfondies. Il me considérera comme un être conscient, capable de se fixer des buts. Cela était nouveau pour moi et me fit impression  » Gabriele MÜNTER (Peintre allemande)

«Tu possèdes en toi l’étincelle divine, chose incroyablement rare chez les peintres. Le rythme de ton trait et ton sens de la couleur ! » Vassily KANDINSKY à Gabriele (Peintre russe naturalisé allemand puis français)

Vassily KANDINSKY et Gabriele MÜNTER

Gabriele rencontre Vassily en 1902 à Munich dans un cours privé  ( Die Phalanx ) compte tenu que institutions et académies de peinture étaient interdites aux personnes de sexe féminin à l’époque. Il était marié (divorcera en 1911) et occupait le poste de professeur de peinture en cours du soir. Elle sera son élève.  Ils vont vivre ensemble, en union libre, ce qui, en ce temps-là, n’était pas forcément bien vu ou accepté pour une jeune fille. Durant les quatre années qui suivront, ils vont mener  une vie d’errance et d’expérimentations artistiques à travers de nombreux voyages en  Italie, Pays-Bas, Suisse, Belgique, Tunisie, et en France (où ils vivront un an) et rencontreront différents artistes partageant leurs idées sur l’art.

En 1909 elle fait l’acquisition d’une maison à Murnau  où ils vivront jusqu’en 1914. Ce sera leur lieu de vie, mais  également un lieu d’échanges et de création où viendront les rejoindre d’autres artistes très avantgardistes , des marchands d’art, des collectionneurs, des mécènes.

Dès 1909, Kandinsky va alors se tourner vers l’abstraction, devenir le maître que l’on connait, travaillera également à la rédaction de son ouvrage théorique «  Du spirituel dans l’art  » . De son côté, elle continuera dans la modernité poussée avec une simplification dans les lignes et des couleurs vives, se diversifiera beaucoup : paysages, natures-mortes, portraits, et travaillera aussi à la peinture sur verre.

Ils ont formé un couple fusionnel qui a partagé des bases et des convictions artistiques tellement similaires qu’il a été difficile , durant toutes les années où ils furent ensemble, de les différencier. Leurs similitudes seront nombreuses. Et cette forte collaboration va se révéler être comme une métamorphose pour le travail de Gabriele. Elle lui permettra, petit à petit, de s’imposer en cavalier seul, elle aussi,  comme lui a su si bien le faire .

Les années les plus fructueuses et déterminantes sur un plan artistique pour Kandinsky et Münter, en tant que couple travaillant ensemble , se situent entre 1908 et 1914. Ils furent, en effet, très proches dans le style jusqu’à ce que chacun prenne une voie différente.

Kandinsky o la vibración
 » Improvisation III  » 1909 Vassily KANDINSKY
 » Paysage hivernal » 1909 – Gabriele MÜNTER

Gabriele sera sa compagne durant 12 ans, jusqu’en 1914.  .  Tout se détériorera entre eux lorsque Kandinsky rentrera en Russie au moment de la première guerre mondiale . Elle se retrouvera seule, partira en Suède où elle séjournera durant un an. Entre de nombreuses séparations et retrouvailles hésitantes , il lui promettait souvent le mariage ….. mais elle apprendra qu’il a épousé, en 1917, une jeune fille russe, Nina Von Adreevski.

Vassily et Nina

Elle traversera une période difficile, très douloureuse, dépressive . Puis retournera en Allemagne, en 1920, dans sa maison de Murnau, avec son nouveau compagnon, un historien d’art : Johannes Eichner. Elle reprendra alors son travail dans un esprit fidèle aux idées du Blaue Reiter. Elle meurt en 1962.

« Portrait de Eichner » 1930 Gabriele MÜNTER

Kandinsky retournera  en Allemagne , deviendra professeur au Bauhaus jusqu’à sa fermeture en 1933 . Il partira ensuite pour la  France où il vivra jusqu’à la fin de sa vie. Il obtiendra la nationalité française en 1939. Son œuvre oscillera entre le fauvisme et l’abstraction.A sa mort en 1944 , sa veuve fait don de ses œuvres au Centre d’Art Moderne Pompidou à Paris.

Il faut savoir que lorsque Kandinsky est parti à Moscou en 1914, il a laissé une grande partie de ses tableaux dans l’atelier de la maison qu’il partageait avec Gabriele. Il ne les reverra jamais plus. On les retrouvera et surtout on les découvrira en 1956 le jour où elle lèguera tout à la ville de Munich. Par ailleurs, durant la seconde guerre mondiale, elle a réussi a caché dans la cave de sa maison, ses propres tableaux, ceux de Kandinsky et de nombreuses œuvres (peintures, dessins etc…) de différents artistes appartenant au groupe du Blaue ReiterCavalier bleu, car elle craignait que les nazis ne les détruisent compte tenu qu’ils les considéraient comme un art dégénéré. Elle organisera par la suite une grande rétrospective pour les rassembler. Ces pièces feront également partie du don fait à Munich.

« Gabriele peignant » 1903 Vassily KANDINSKY

Gabrielle & la famille RENOIR …

 » Une famille d’artiste » – 1896 On y voit Gabrielle à l’extrême droite, accroupie. Aline Charigot Madame Renoir est debout derrière – Auguste RENOIR

Gabrielle Renard fut à la fois le modèle de Auguste Renoir ( sujet d’environ 200 de ses tableaux) et la nourrice de ses trois enfants durant près de vingt ans, plus particulièrement proche et à l’écoute de son fils Jean, encourageant vivement sa passion pour le cinéma.

Entrée au service de la famille Renoir en 1894, Gabrielle en a été un membre à part entière toute leur vie durant. Elle a attendu que les enfants soient des adultes pour penser un peu à elle, se marier et avoir un enfant. Elle s’est alors installée aux Etats Unis. Lorsque Jean, lui aussi, a déménagé pour vivre à Hollywood, elle s’est rapprochée de lui. C’est à Beverly Hills qu’elle est décédée en 1959.

Dans les dernières années de sa vie, Auguste souffrait d’une polyarthrite sévère. C’est elle qui l’aidait à mettre le pinceau entre ses doigts afin de continuer à peindre.

« Gabrielle et Jean » – Auguste RENOIR
Gabrielle et Jean en 1942

 » Elle avait seize ans lorsqu’elle est venue chez nous. C’était une petite cousine, assez éloignée, de ma mère originaire du même village d’Essoyes, non loin de Bar-sur-Seine. On l’avait engagée à la naissance de mon frère Jean. Quand je suis venu au monde, il y avait déjà sept ans qu’elle faisait partie de la famille. De ma petite enfance, je conserve l’image d’une brune resplendissante, pleine de vigueur, avec une peau claire, colorée. Aujourd’hui, il y a un mot pour dire tout cela, mon souvenir c’est : un Renoir !.

Gabrielle c’était avant tout Ga, la Ga de mon enfance heureuse et libre. La chair de mes souvenirs les plus tendres. Puis-je la situer ? Non. Je ne puis lui assigner dans notre maison une place précise. Était-elle son modèle ? Oui sans doute. Une parente ? oui aussi. Une bonne d’enfant ? à coup sur ! Jalouse du repos et du travail de mon père, boutant dehors les intrus en clamant d’une voix à faire tomber les vitres : «  le patron travaille, fichez lui la paix !« 

Le monde entier connaît Gabrielle à la rose Gabrielle au chapeau .. Gabrielle au collier etc etc … mais nous ne sommes que deux, plus que deux, à porter dans notre cœur les portraits d’une foule d’innombrables autres Gabrielle.

 » Gabrielle au chapeau de paille  » Auguste RENOIR
« Gabrielle au miroir » Auguste RENOIR
« Gabrielle au collier  » – Auguste RENOIR

Ga était une paysanne un peu rustre. Elle ne s’est jamais défait d’une franchise directe et d’un ton instinctif. Elle aimait faire enrager mon père. Lorsque nous prenions le train pour Paris, nous voyagions en première. Ga le faisait parfois en troisième. Elle préférait cela car elle s’y amusait ferme. Son grand plaisir, à l’arrivée, était de dire à mon père : « comment ça se fait-il Monsieur Renoir ? Vous êtes partis en première, moi en troisième et pourtant nous arrivons ensemble. »

Mon père n’était pas commode. Il avait avec elle des attrapades homériques. Je crois bien qu’il la mettait à la porte au moins une fois par mois. Mais sa condamnation était toujours reportée au bout d’une heure. Il n’y avait pas pour elle d’autre peintre au monde que Pierre Auguste Renoir. Je ne suis même pas sûr qu’elle ne considérait pas Degas ou Cézanne, des familiers, comme des pauvres barbouilleurs. En tous les cas, je suis certain qu’elle ne leur accordait la faveur de sa considération que parce qu’elle voyait mon père les admirer lui, sans réserve.

Son caractère était étonnamment fantasque. Elle prenait rarement les repas à notre table car il suffisait que ma père eût prévu une purée de pommes de terre pour qu’elle exprimât l’envie de macaronis et que nous eussions du bœuf au menu pour qu’elle souhaitât avoir du boudin. Nous la prenions telle qu’elle était.

Si elle éprouvait le besoin alors qu’elle tenait la pose, d’aller voir dans la rue ce qu’il se passait, ce n’était certes pas le fait d’être débraillée et à demi-couverte des oripeaux criards dont mon père l’afflublait, qui l’en eût empêchée.

Ga aurait donné sa vie pour Renoir. La dernière image que j’ai gardée d’elle, je ne la livre qu’à contrecœur car elle m’est chère entre toutes. C’est celle de Gabrielle, un peu avant la mort de mon père, attentive à ses moindres gestes, et préparant, ce qu’il ne pouvait plus faire, ses toiles et ses couleurs. Je revois notre Ga tenant la palette dont il ne pouvait plus supporter le poids.  » Claude RENOIR (Céramiste français, fils de Auguste)

 » La femme aux cheveux noirs « (Gabrielle) Auguste RENOIR

KARPOV – KASPARVOV … Duel de stars

 » J’ai compris que pour un joueur il était important de ne pas laisser paraître son état et ses émotions en cours de partie. Il faut se tenir en permanence sous contrôle  » Anatoly KARPOV

 » Je suis très émotionnel, prêt à prendre des risques. C’est mon style. Pour moi la vie est une tentative de toujours découvrir quelque chose de nouveau.  » Garry KASPAROV

 » Leur duel mythique laisse une empreinte indélébile dans l’histoire du roi des jeux. L’impassible Antony Karpov versus le bouillonnant Garry Kasparov. Les deux champions d’échecs se sont âprement disputé le titre mondial au crépuscule de l’URSS. Un ardent combat qui fut aussi politique.

C’est l’un de ses prodiges dont le talent tient du mystère. En ce printemps 1974, l’impétueux Garry Kasparov brûle d’impatience. Alors qu’il vient de remporter, avec la fougue de ses 11 ans, le tournoi d’échecs des jeunes pionniers d’URSS, le surdoué a gagné le droit et l’honneur d’affronter le champion du pays, Anatoly Karpov, dans un empire soviétique qui s’ignore encore sur le déclin.

Grisé par l’aubaine, l’adolescent mesure la hauteur du défi qui l’attend, mais croit en sa bonne étoile et en sa capacité hors norme d’anticipation. Face à lui un adversaire redoutable, de douze ans son aîné, dont l’impassibilité commence à forger la légende. Style, tempérament, origines, tout oppose les deux K, à l’aube d’un duel mythique.

Natif de Bakou en Azerbaïdjan, Garry Kasparov est le fils d’un père juif mort prématurément, lequel l’a initié dès ses 5 ans au roi des jeux, et une mère arménienne, tous deux ingénieurs dans le pétrole. Pur produit du régime et symbole de la réussite du socialisme d’État, Anatoly Karpov, lui, est issu d’une famille slave ouvrière de Zlatooust dans l’Oural. Surtout, ce russe aux allures d’apparatchik, porte les espoirs d’une nomenklatura ébranlée pour avoir assisté, deux ans plus tôt, à la fin de la suprématie de l’Union soviétique sur les échecs. La faute à un diable américain, Bobby Fischer, qui lui a arraché le titre mondial, un véritable séisme en pleine guerre froide.

Pour l’heure, l’inébranlable Karpov et le feu follet Kasparov s’observent, se flairent, avant de déployer leur stratégie respective. L’aîné guette sa proie, le plus jeune ose l’audace. Maîtrise patience contre fulgurance de l’attaque. Au-delà de leur bataille, la première d’une longue série entre eux, c’est aussi l’ancien monde et un autre en gestation qui s’affrontent.

Malgré les coups fantastiques du cadet, la flamboyance doit cette fois s’incliner devant l’expérience : Kasparov reste encore délégué aux portes de l’histoire. D’autant que un an plus tard, une rencontre autrement plus attendue se prépare : Karpov versus Fischer. Karpov est sacré roi sans combatre.

L’année suivante, pressé de légitimer son titre, il entreprend des tractations secrètes avec l’ancien champion du monde pour l’affronter sur l’échiquier. Lorsque son entraîneur Alexandre Nikitine l’apprend, il alerte les autorités soviétiques, s’attirant les foudres de Karpov qui le congédie.

Le coach déchu va trouver l’instrument de sa vengeance avec l’ambitieux Garry Kasparov qu’il prend sous son aile.

Nikitine et son protégé se fixent pour objectif de faire chuter le tsar Karpov en quelques années. En 1984, le public retient son souffle, les yeux rivés sur le face-à-face des deux joueurs, dix ans après leur première rencontre. Dans l’imbroglio des règles qui régissent les championnats du monde d’échecs, il est décidé que le vainqueur devra remporter six parties, sans limitation dans le temps. Tels deux athlètes de haut niveau, le détenteur du titre et son challenger pénètrent dans l’arène.

La tension est palpable dans la prestigieuse salle des colonnes à Moscou. La glace et le feu. Karpov, fidèle à lui-même reste de marbre. Fébrile et probablement trop sûr de lui, Kasparov, à l’inverse, s’agite et cherche à surprendre. En début de match, Karpov règne et s’impose quatre victoires à zéro. Kasparov révise sa technique. Pour troubler son adversaire, son équipe fait même appel à un médium. Les parties s’enchaînent comme les semaines. Kasparov inverse la tendance et revient cinq à trois. Karpov, qui a perdu dix kilos en dis mois d’épreuve, vacille quand les autorités soviétiques interrompent le match pour le décréter vainqueur. Kasparov s’insurge «  votre décision est une comédie. C’est une mise en scène !  »

Les deux K s’affronteront à nouveau en septembre. Parfaitement entraîné, Kasparov qui a appris de ses erreurs passées, entend tenir sa revanche. Tendus comme des arcs autour de l’échiquier, les deux hommes se livrent à un bras de fer d’une extraordinaire intensité. Le score serré est à l’avantage de Kasparov. Tout dois se jouer à la vingt-quatrième et dernière partie. Le challenger prend tous les risques et l’emporte. A 22 ans il est sacré plus jeune champion du monde de l’histoire. Son triomphe est de courte durée.

En effet, trois mois plus tard, sa couronne est remise en jeu. Organisé entre Londres et Leningrad, ce troisième clash entre les deux cadors, passionne la planète, bien au-delà des aficionados des échecs. Margaret Thatcher accueille Kasparov en héros. Karpov a les honneurs du public. Le reste relève du film d’espionnage entre taupe dans l’équipe du premier, téléphones coupés et paranoïa partagée. Une diagonale de fous ! Face à un Karpov toujours au sommet, Kasparov conserve son titre.

A plusieurs reprises encore de Séville à New York, en passant par Lyon, les rivaux se livreront à une lutte acharnée : 144 parties disputées dont 104 nulles – 21 victoires pour Kasparov – 19 pour Karpov. Mais le plus célèbre duel de l’histoire des échecs trouve aussi un écho dans les autobiographies des maîtres et leurs trajectoires politiques.

Après avoir créé le parti démocratique de Russie, le libéral Kasparov, qui fait entrer les échecs dans la modernité, s’opposera à la dérive dictatoriale de Poutine. Karpov lui sera député de la Douma sous les couleurs de l’omnipotent président russe.

Avec le temps pourtant, les ennemis d’hier se rendront de touchants hommages : «  j’ai toujours ressenti un profond respect en dépit de nos divergences  » affirmera Karpov. Quant à Kasparov, incarcéré cinq jours en 2007 pour avoir manifesté contre Poutine, il n’oublie pas que Karpov a tout tenté pour lui rendre visite en prison et lui faire parvenir des magazines d’échecs ….  » Sylvie DAUVILLIER ( Journaliste française)

Фото из СССР. 1980-е. ← Hodor