Les amours d’Henri IV …

 » La carrière amoureuse du jeune Henri de Bourbon, futur Henri IV commença tôt. Il a une quinzaine d’années lorsqu’il remarque une jolie fille qui sert au château de Nérac. Elle se nomme Fleurette. Elle est fille de jardinier et demeure dans le petit pavillon près du bâtiment des écuries. Le prince entreprend d’en conter à Fleurette ( le dramaturge Étienne de Jouy qui rapporta l’anecdote, prétend que c’est de là que vient l’expression.) Cette amitié va tourner à la liaison. Le précepteur d’Henri, le vertueux La Gaucherie, s’y opposera fermement et va séparer les amants. La rumeur publique affirmera que la pauvre Fleurette se noya, de chagrin, dans la Baise. En réalité, elle survivra seize ans à cette rupture, mais la légende du béarnais commencera ainsi à s’écrire.

fleurette Henri IV
 » Fleurette de Nérac  » une statue qui se trouve dans le parc de la Garenne à Nérac et qui a été réalisée en 1896 par Daniel CAMPAGNE

Devenu adulte, Henri fera preuve d’un appétit sexuel insatiable : nourrices, filles de cuisine, cuiseuses de pain, paysannes ou duchesses : toutes les femmes de Nérac passèrent dans son lit ! Mais le temps était venu pour lui de se marier. Après de longues tractations, la catholique Catherine de Médicis, reine-régente de France, et la protestante Jeanne d’Albret, reine de Navarre, unissent leurs enfants : Marguerite dite Margot, et Henri. La cérémonie se tiendra le 18 août 1572 devant le porche de Notre-Dame à Paris et non dans l’Église puisque les époux étaient de confessions différentes.

HENRI IV et Margot
Henri IV & Marguerite De VALOIS ( Roi et reine de Navarre ) – 1572 – Miniature du Livre d’Heures de Catherine de MÉDICIS

Les tensions entre les deux communautés religieuses sont palpables. Six jours plus tard, c’est l’horreur de la Saint-Barthélémy. Le massacre passé, les nouveaux mariés, qui ne se plaisaient guère, retournèrent à leur vie. Margot s’acoquina avec Guise. Lassée, elle se jettera dans les bras de La Môle, puis dans ceux de Bussy d’Amboise.

De son côté, Henri, très heureux d’être tombé dans une famille où la fidélité n’est pas tenue pour vertu, batifolera avec Madame de Sauve qui avait pour attraits  » le tétin blanc, la cuisse longue et la fesse alerte !  »

Charlotte de Sauve
Charlotte de BEAUNE-SEMBLANÇAY – Baronne DE SAUVE et marquise de NOIRMOUTIER

Mais le roi de Navarre le sait, il est prisonnier de cette Cour de France qui a fait assassiner ses partisans. Le 3 février 1576, après avoir endormi la méfiance de Catherine de Médicis, il obtient le droit d’aller chasser en forêt. Une heure après, il fait route vers Pau, fuyant la capitale qu’il ne reverra que vingt ans plus tard. Quelques temps après sa fuite, il abjure la foi catholique qu’il avait prudemment embrassé au soir de la Saint-Barthélémy. Il demande au nouveau roi de France, Henri III , que Margot, 24 ans, toujours prisonnière au Louvre, lui soit rendue. Le roi a refusé plusieurs fois, puis finira par lui accorder cette permission. En décembre 1578, Margot rejoint son mari. Dès lors, comme le rapporte Sully dans ses Mémoires : «  L’amour est devenu l’affaire la plus sérieuse de tous les courtisans et le mélange des deux Cours qui ne cèdent en rien l’une à l’autre du côté de la galanterie ( depuis la disparition de la prude Jeanne d’Albret) produisit l’effet que l’on devait en attendre. On se livra aux plaisirs, aux festins et aux fêtes galantes « .

C’est ainsi que Margot multiplia les liaisons et qu’Henri renouera avec Mme de Sauve avant de s’enticher de Melle Dayelle un autre fleuron de l’Escadron volant, puis de Melle de Rebours, une suivante de Margot, puis de la belle Fosseuse, fille du baron de Fosseux qui sera vite enceinte de ses œuvres. Les deux amants nient jusqu’à ce qu’un soir elle  perde les eaux. Affolé, Henri IV se précipitera alors chez son épouse pour demander son aide. La Belle Fosseuse accouchera d’un enfant mort-né ! Comme elle n’a que 15 ans, on la renvoie dans sa famille pour étouffer le scandale.

HENRI IV et la belle Fosseuse
Henri IV et Françoise de Montmorency-Fosseux dite la Belle Fosseuse ( d’après un tableau d’Antoine MORLON )

Girouette amoureuse, Henri est déjà sous le charme de Diane d’Andoins, comtesse de Guiche rencontrée par l’intermédiaire de sa sœur Catherine qui est une amie d’enfance. Veuve, donc libre, Diane cède à ses avances et pour un temps le couple coule des jours heureux. Henri, jamais avare de promesses, assurera à Diane que lui roi, elle sera reine. Satisfaite, la jeune femme cherchera un moyen de se débarrasser de Margot . Elle va même décider de la faire assassiner. Mais la reine de Navarre aura vent d’une tentative d’empoisonnement et jugera prudent de vite regagner Usson. Pendant ce temps, une fidèle parmi les fidèles, Agrippa d’Aubigné, dissuadera Henri de contracter mariage avec Diane. Il demande un délai de réflexion de … deux ans, car en deux ans il l’aura vite remplacée !

DIANE D.ANDOINS
Diane d’Andoins ( avec sa fille ) dite La belle Corisande  – Comtesse de Guiche

Et elle le sera en effet par Esther Imbert, la fille du bailli d’Aurus, puis par Antoinette de Guercheville, puis par Catherine de Verdun abbesse de Longchamp, puis par Claude de Beauvillier abbesse de Montmartre. N’en jetez plus …. jusqu’à la grande rencontre.

Gabrielle d'Estrées
Gabrielle d’ESTRÉES

Un soir de novembre 1590, Henri et ses amis devisent aimablement en comparant les beautés des dames de la Cour. Le duc de Bellegarde assure à Henri qu’aucune ne serait être comparée à sa fiancée, qui vit à Soissons : Gabrielle d’Estrées. Bellegarde regrettera d’en avoir parlé : lorsque le duc lui demande de se rendre dans la famille de sa future épouse, Henri l’informe qu’il va l’accompagner. La blonde n’a que 18 printemps. Le roi est subjugué et n’a plus qu’une idée en tête : la conquérir. La belle ne l’entend pas de cette oreille. Elle est habituée à être courtisée par des séduisants notables et n’apprécie pas les avances de ce petit homme à l’hygiène douteuse.

Il multiplie les avances et les tractations. Il fait nommer le père de la jeune fille comme notable du Conseil privé. Puis il promet à la belle le mariage, sitôt le sien annulé. Le temps passe. Trois enfants naissent. La position de Gabrielle s’affirme encore. Elle est à présent presque reine et mère du Dauphin puisqu’Henri est devenu roi de France et que l’annulation de son mariage avec Margot a été acté. Mais le pape Clément VIII ne l’a accordée que dans le but que le béarnais soit libre de convoler avec sa nièce Marie de Médicis. Gabrielle est donc unanimement rejetée par le peuple qui s’offusque de ses dépenses somptuaires . Le 10 avril 1599, elle meurt en couches . Henri IV, effondré, lui organisera des obsèques quasi royales.

Un mois plus tard, il fait la connaissance d’Henriette d’Entragues et tombe dans ses filets. Henriette est rusée : ce qu’elle veut c’est le mariage. Henri, coutumier du fait, lui promet de l’épouser. Mais sur les conseils de Sully il met fin à cette liaison, d’autant que Henriette mettra au monde un enfant mort-né, ce qui rendra caduque la promesse d’hymen.

Henriette d'Entragues
Henriette de BALZAC d’ENTRAGUES, marquise de VERNEUIL

Pendant ce temps, Sully négocie le mariage avec Marie de Médicis. Henri épousera la florentine et Henriette restera la favorite en titre. Arrogante et usant sans cesse d’un esprit mordant, elle montre envers la reine une attitude qui la dessert. En 1610, Henri IV a 57 ans, il en a assez d’être ballotté entre une épouse acariâtre et une maîtresse aigrie. Il rumine. La reine a alors la bonne idée de faire répéter un ballet auquel participeront les plus belles demoiselles de la Cour.

MARIE DE MEDICIS
Marie de MÉDICIS

Henri est alors foudroyé par la beauté de Charlotte de Montmorency fille de son vieil ami le Connétable. Il tombe amoureux de celle dont  » les yeux pleins de tendresse en inspiraient aux plus indifférents  » selon l’historien Dreux du Radier. Il va même, lui pour qui l’hygiène n’a jamais été une préoccupation, jusqu’à se laver ! Vite il fait rompre les fiançailles de Charlotte avec Mr de Bassompierre. Puis afin de la protéger d’éventuelles autres  unions possibles, il la marie au prince de Condé que l’on dit homosexuel. Dans cette situation, il se dit que le moment venu l’annulation de ce mariage blanc sera un jeu d’enfants. Il promet à la jeune fille de l’épouser.

CHARLOTTE DE MONTMORENCY
Charlotte Marguerite de MONTMORENCY, princesse De CONDÉ

Mais contre toute attente, Condé s’éprend de la belle, refuse le rôle de cocu officiel. Il emmène son épouse loin de la Cour, en Belgique qui est une possession espagnole. Henri IV enrage  » je ferai la guerre à l’Espagne s’il le faut, mais je ramènerai la princesse de Condé « . Il échafaude d’improbables projets mais le 13 mai 1610 Marie de Médicis obtient ce qu’elle obtenait depuis si longtemps à savoir qu’elle est couronnée en l’abbatiale de Saint-Denis. Le roi espère qu’avec cette concession il l’apaisera. Il continue de négocier le retour de Charlotte. Mais il ignore que son épouse jalouse et sa favorite tombée en disgrâce se sont rapprochées. Le lendemain, fort opportunément le roi meurt assassiné par Ravaillac : Marie devient régente.  » Françoise SURCOUF (Journaliste, historienne, écrivain)

Elsa et Louis …

ARAGON ET ELSA
Ella Yourievna KAGAN dite Elsa TRIOLET (1896/1970) et Louis ARAGON (1897/1982) – Ils se sont mariés en 1939

« Elsa et Louis, c’est le coup de foudre dès leur première rencontre au bar de la Coupole, célèbre brasserie de Montparnasse. Cette rencontre du 6 novembre 1928 n’est cependant pas le fruit du hasard. Comme souvent en amour, c’est la femme qui apprivoise le destin. C’est Elsa Triolet qui provoque la rencontre avec cet homme qu’elle admire dans l’ombre depuis des années. Mariée avec un militaire français dont elle divorce rapidement, mais dont elle conservera le nom, Elsa s’installe à Paris en 1924 et collectionne les amants de passage. A plusieurs reprises, le croise le beau et jeune Aragon, dans le Montparnasse de l’entre-deux-guerres colonisé par les peintres, les écrivains et les poètes accourus du monde entier. Lui a commencé à écrire. Il appartient à la bande iconoclaste des surréalistes.

Elsa le remarque la première fois le 2 juillet 1925 alors qu’elle assiste, par hasard, à une empoignade des forces de l’ordre et les surréalistes à la Closerie des Lilas. Ces derniers, qui accueillaient dans leurs rangs poètes et peintres de toutes nationalités, n’avaient pas apprécié la remarque méprisante d’une poétesse à l’égard des Allemands lors d’un banquet offert en l’honneur du poète Saint-Pol-Roux.

Depuis le trottoir, Elsa est fascinée par l’exaltation d’un jeune homme d’une trentaine d’années, habillé comme un dandy : Aragon bien sur  » très beau. Trop beau. Un danseur d’établissement  » écrira t-elle. Aragon lui ne la voit pas. Elle passe son chemin. En novembre 1928, elle trouve enfin le courage de déclencher la rencontre avec celui qui vient de publier Le paysan de Paris. Elle demande à son ami, Roland Tual, surréaliste lui-même, de lui arranger un rendez-vous avec Aragon.

LA COUPOLE

Quand elle arrive à la Coupole vers 17 heures, Aragon est au bar, jouant machinalement avec des dés. Il a l’œil sombre, se demande ce que lui veut cette jeune femme qu’il a vaguement croisée dans le quartier. Quarante ans plus tard, il se rappellera cette jeune femme menue, portant une fourrure s’ouvrant sur une robe-chemisier noire. «  j’ai tout de suite regardé ses jambes « … L’auteur tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme. Alors il sort son grand jeu pour la séduire. Elle ne demandait que ça ! Ils se dévorent des yeux, se parlent et n’arrêtent pas de se parler.

Et dire qu’une heure plus tôt, ces deux êtres mâchonnaient tristement leur vie. Aragon se remettant d’une tentative de suicide à Venise après avoir été trompé par la richissime poétesse anglaise Nancy Cunard avec un pianiste noir, un comte italien et un serveur anonyme …Entre autres… Quand à Elsa, déprimée par sa vie d’exilée, notait dans son journal intime  » je pense que je dois acheter du Véronal. Vivre est trop douloureux. C’est comme marcher sur du verre pilé. »

Quand la coupole ferme, Elsa l’invite à poursuivre leur conversation dans sa chambre de l’hôtel Istria, rue Campagne-Première, à deux pas de là. Une nuit d’amour suffit à les guérir tous deux de leur mal de vivre.  » Du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés heureux comme deux chiens dans le même panier. » écrit-elle. Mais cela ne va pas durer. Après quelques semaines d’amour fou et de plaisirs débridés, Aragon commence à se lasser de la jeune femme. Il confie à des amis qu’il adore faire l’amour à Elsa mais que sa conversation l’ennuie. Aussi renoue t-il avec une ex, Léna Amsel, se mettant à éviter la pauvre Elsa. Mais que pèse un poète face à une femme amoureuse, russe de surcroît ? Pas grand-chose. La bagarreuse Elsa n’hésite pas à demander à Léna de lui rendre Aragon.Elle sait se montrer si convaincante qu’elle le récupère et s’impose chez lui, d’abord au 54 rue du château, puis au 5 rue Campagne-Première.

AMSEL Léna photo Man RAY
Léna AMSEL actrice et danseuse / 1928 Photo Man RAY

A partir de 1929 la romancière russe ne lâche plus son poète français, l’accompagnant même aux réunions bi-quotidiennes du groupe surréaliste, si bien qu’André Breton la soupçonne d’espionnage au profit de Moscou. A la date du 8 avril, Elsa note dans son journal : «  Je n’ose même plus penser quand il est près de moi, de crainte qu’il ne devine ce que je pense. Bref, il m’empêche de penser. Et quelle que soit la façon, la force dont il m’aime, ce n’est pas assez, ce n’est pas comme je voudrai. Je suis une ordure, un être solitaire. »  Quant à Aragon il ignore tout de ces affres. Il poursuit ses escapades amoureuses notamment avec l’extravagante Nancy Cunard revenue l’aguicher.

ARAGON et Nancy CUNARD
Louis ARAGON et Nancy CUNARD –  Le côté excentrique et théâtral de la très riche Nancy Cunard a exercé une véritable fascination chez Aragon. Ils ont vécu une passion intense qui amènera Aragon  à une tentative de  suicide lorsqu’ils se sépareront à Venise en 1928.

Mais plus Aragon la fuit, plus Elsa lui court après. Pour se l’attacher définitivement, elle a une idée de génie : lui proposer de découvrir la Russie des Soviets qui le fascine tant. Pour réunir l’argent des billets, elle confectionne des colliers exotiques qu’elle vend aux grands couturiers de l’époque. Enfin, en septembre 1930, ils embarquent tous deux pour Moscou. Ils  y retourneront en 1923. La grande immersion dans le Parti communiste soudera définitivement leur couple, jusqu’à la mort d’Elsa en 1970.  » Frédéric LEWINO (Journaliste et écrivain français) et Gwendoline DOS SANTOS (Journaliste)

 

 

 

Héloïse & Abélard …

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 » Héloïse et Abélard / L’élève et le maître  » – 1882 – Edmund BLAIR LEIGHTON

« Lorsqu’il rencontre Héloïse, le professeur de dialectique Pierre Abélard a une trentaine d’années. Il est la coqueluche du tout Paris. La qualité de ses cours, son esprit brillant et son physique avantageux en font un enseignant recherché. Il n’est guère surprenant alors que le chanoine Fulbert accepte de lui confier l’éducation de sa nièce bien-aimée, Héloïse.   La jeune fille née au début du XIIe siècle, est une célébrité. Enfant illégitime d’un noble, elle a décidé d’étudier les arts libéraux, une première pour une femme de son époque. Des chansons célèbrent son intelligence et sa beauté.

Dans sa lettre à un ami, Abélard décrit comment il a prémédité de séduire Héloïse :  » j’avais une telle réputation, une telle grâce de jeunesse et de beauté, que je croyais n’avoir aucun refus à craindre. Je me persuadai d’ailleurs que la jeune fille se rendrait à mes désirs, d’autant plus aisément qu’elle était instruite et aimait l’instruction. Même séparés nous pourrions nous rendre présent l’un à l’autre par un échange de lettres : la plume est plus hardie que la bouche !  » – Abélard approche donc Fulbert en espérant que sa réputation flattera le chanoine et qu’il l’accueillera sous son toit pour donner des cours à Héloïs. Le plan fonctionne à merveille.

Bientôt Abélard de Héloïse cèdent à la passion :  » sous prétexte d’étudier, nous étions tout entiers à l’amour. Les livres étaient ouverts, mais il se mêlait, dans les leçons, plus de paroles d’amour que de philosophie, plus de baisers que d’explications. Mes mains revenaient plus souvent à son sein qu’à nos livres.  » Tout Paris est au courant sauf Fulbert qui tombe des nues le jour où il les découvre en pleins ébats. Les amants se voient en cachette et Héloïse tombe enceinte. Abélard l’enlève, l’emmène auprès de sa famille. Elle y accouchera d’un petit garçon, Astrobade en 1116.

Furieux, Fulbert exige qu’Abélard épouse sa nièce. Les amants cèdent à condition que l’union reste secrète afin de ne pas entraver la carrière d’Abélard. Suite à des malentendus, Fulbert croit que le professeur revient sur sa parole et envoie des hommes pour l’émasculer en août 1117.

Le scandale est énorme. Héloïse entre au couvent et Abélard poursuit sa carrière, mais les époux séparés poursuivent leur correspondance intellectuelle et passionnée. Héloïse y décrit, des années après, son désir encore vivace :  » Ces voluptés de l’amour que nous avons goûtées ensemble m’ont été si douces que je ne puis m’empêcher d’en aimer le souvenir, ni l’effacer de ma mémoire. Il n’est pas jusqu’à la solennité de la messe, pendant laquelle ces licencieuses images de ces voluptés ne s’emparent de ce misérable cœur. On vante ma chasteté : c’est qu’on ne voit pas mon hypocrisie.  »

Adieux d'Héloise à Abélard
 » Les adieux d’Héloïse à Abélard avant son entrée au couvent  » 1780 – Angelica KAUFFMANN

A la mort d’Abélard en 1142, Héloïse fait rapatrier son corps au Paraclet, l’abbaye féminine qu’ils ont fondée. Elle y meurt en 1164 et se fait ensevelir sous son mari. La légende raconte qu’au moment d’ouvrir le cercueil, les bras du cadavre d’Abélard s’ouvriront pour accueillir sa bien-aimée. En 1817, le reste des deux amants furent transféré au cimetière du Père-Lachaise à Paris. « Coline BOUVART (Journaliste passionnée d’Histoire , rédactrice en chef )

TOMBE ABELARD ET HELOISE
Tombe Héloïse et Abélard au Père-Lachaise (Paris) – Elle a été  réalisée par Alexandre LENOIR en 1817

 

Héloise dans le tombeau d'Abélard
 » Héloïse dans le tombeau d’Abélard  » 1842 – Raymond QUINSAC MONVOISIN

 

 

 

 

 

Egon et Wally … Les sulfureux

 

EGON SCHIELE et WALLY
Egon SCHIELE et Wally NEUZIL – 1913 ( Photo de Arthur ROESLLER )
SCHIELE portrait avec Wally
 » Portrait de Egon et Wally  » 1914 – Egon SCHIELE

 » Quand il rencontre Wally Neuzil pour la première fois, Egon Schiele a 21 ans à peine. Ce serait son fidèle ami et quelquefois protecteur, Gustav Klimt qui aurait mis sur son chemin son propre modèle et maîtresse, cette jeune fille de 17 ans à la réputation sulfureuse. Ne dit-on pas, en effet, que Wally se serait prostituée à Vienne ? Qu’importe, quand Egon Schiele la prend à son tour comme modèle, il sait qu’elle deviendra sa muse et sa compagne.

Il n’est pourtant pas un séducteur de femmes. Plutôt taciturne, il ne se confie guère et on ne lui connait pas d’aventures amoureuses notoires. Tout au plus imagine t-on qu’il dût fréquenter des maisons de prostitution. La femme est néanmoins au cœur de ses préoccupations à la fois existentielles, spirituelles, et artistiques. Qu’attendre d’elle ? Jusqu’où peut-elle l’accompagner pour percer les mystères qu’il veut découvrir ? Si les deux grands peintres Sécession viennoise, Klimt et Kokoschka, considèrent la femme, l’un comme un vaste territoire où s’abîmer  et l’autre comme un danger,  Schiele l’envisage tout autrement.

A la suite des figures féminines qui jusqu’alors l’ont nourri, sa mère et sa sœur par exemple, la femme est, selon lui, celle qui doit l’accompagner dans l’existence dont il mesure très tôt la tragédie et le destin fatal. N’occultant jamais les désastres du temps et du corps, n’idéalisant jamais l’amour, persuadé que la sexualité rejoint la mort, il voit en la femme la douloureuse compagne de ce pèlerinage terrestre dont elle doit assumer, comme lui, les souffrances et les malheurs.

SCHIELE portrait de Wally 1912
 » Portrait de Wally  » 1912 – Egon SCHIELE

Quand Schiele la rencontre, ou plutôt  la reconnaît  pourrait-on dire, tant il la voit comme une sorte de double de lui-même, il l’appelle sa douce petite fille, son alouette gazouillante. Leur liaison allège un temps Schiele, d’autant que le couple s’installe non loin de la comédie viennoise, à Krumau, en Bohême du Sud, ville rurale où naquit la mère du peintre.

Temps fugace d’un certain bonheur : le premier biographe de Schiele, son beau-frère, Anton Peschka, note qu’elle  » satisfaisait complètement ses désirs érotiques. Son port de reine flattait sa vanité et elle savait comment le mettre de bonne humeur » . Bien accepté au début de son séjour dans la petite ville de province, heureux de la maison qu’il a louée, entourée d’un grand jardin où il compte bien au printemps cultiver des roses et des tulipes, il arbore, dit-on, un caftan pour peindre, reçoit des voisins, vieillards, et, même des malades mentaux.  » Les enfants m’appellent le Seigneur Dieu peintre  » écrit-il dans son journal. La situation va pourtant se dégrader car la présence de Wally dans le village est mal perçue. Les séances de pose auxquelles il soumet sa concubine, souvent dans le jardin, n’échappent ni aux regards curieux, ni aux commérages et il est très vite accusé d’exhibitionnisme.  » Voilà que l’on me rend la vie impossible  » raconte t-il

SCHIELE wally en blouse rouge
 » Wally en blouse rouges les genoux levés  » 1913 – Egon SCHIELE

Le coupe quitte Krumau, rejoint Vienne, puis un faubourg de la ville, Neulengbach où la vie quotidienne est tout aussi difficile. Schiele s’est brouillé avec les rares collectionneurs qui avaient acheté quelques-unes de ses œuvres.  Il dessine avec frénésie des dessins érotiques dont Wally est le modèle central. C’est là qu’il parachève sa technique, approfondit son art, révèle sa vraie personnalité.  La violence des dessins, rehaussés de quelques couleurs, exprime le sens de sa démarche. Le corps féminin et le sien sont explorés avec une cruauté tragique. Disséqués par des lignes brisés, coupantes comme des scalpels, désarticulés comme des pantins, les corps, au-delà d’un expressionnisme virulent, font apparaître l’extrême douleur du peintre et sa prémonition d’un monde à venir effrayant.

SCHIELE amants
 » Amants  » 1913 – Egon SCHIELE

L’Autriche l’étouffe et le détruit, il part avec Wally pour Trieste. Ils sont tous deux des pèlerins en quête d’absolu. Wally suit toujours, mais Schiele est emporté dans le vertige de son travail. De retour à Vienne, il loue un atelier sur la Heitzingerstrasse. D’autres préoccupations l’agitent et le tourmentent. Son art l’occupe au sens absolu du terme. Vienne le méprise et le fascine, l’agonie de l’Empire, l’atmosphère mortifère qui règnent dans la vie exacerbe sa sensibilité, aiguisent son style. Wally n’est plus qu’une figurante dans son histoire.

Délaissement, ennui métaphysique, souffrance intérieure, angoisse, compulsion, la complexité de Schiele et de son art, atteint tous ceux qui l’approchent. Lui semble aveugle, mais son œuvre voit, au sens rimbaldien du terme. Ce Rimbaud dont il se sent si proche.

En 1914, il s’amuse au jeu dangereux du libertinage. Deux jeunes sœurs Adda et Edith Harms habitent juste en face de son atelier. Edith se rapproche de Egon. Délaissée Wally devient amère. Maltraitée, elle décide de rompre. Dernière rencontre au café Eichberger à Hietzig : Schiele joue au billard, sort de sa poche une lettre qu’il tend à Wally, laquelle la lit devant lui. « Comment imagines-tu réaliser cela ?  » crie t-elle dans la salle de jeu. Egon lui annonçait son mariage avec Edith et lui proposait à elle de la rejoindre tous les étés !

Le modèle exquis et désirable qu’elle avait été le quitte définitivement. Elle s’engage en 1915 dans la Croix-Rouge et meurt en 1917 près du Split.

Schiele épousa Edith en 1915. Il y eut d’autres œuvres, son style se fera moins brutal, moins brisé. Parmi ses derniers tableaux, celui de La Famille daté de l’année de sa mort (1918) semble montré qu’il a trouvé une certaine paix, une harmonie. Néanmoins, ses dessins conservèrent toujours cette violence expressionniste qui avait tant marqué ses années avec Wally. A ses nouveaux modèles, il imposait des positions désarticulées, presque démentes, faisant d’elles des messagères d’un monde à venir, dont Wally avait eu la secrète intuition. » Alain VIRCONDELET (Docteur en Histoire de l’Art et des mentalités, universitaire français)

SCHIELE et Edith HARMS
Egon SCHIELE et Edith HARMS

 

Egon Schiele
 » La famille  » – 1918 – Egon SCHIELE

La duchesse de Montpensier & le duc de Lauzun …

Anne marie Louise d'Orléans duchesse de monpensier
Anne Marie Louise d’Orléans – Duchesse de Montpensier

 » A 43 ans Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier a perdu de son éclat et de sa fraîcheur. Pourtant, depuis peu, le visage de celle que l’on appelait la  Grande Mademoiselle ( en référence à son père Gaston de France, frère du roi Louis XIII, dit le Grand Monsieur) semble renaître. En 1670, à Versailles, toute la Cour a remarqué ce changement : elle se tient plus droite, son regard est traversé d’une lumière nouvelle, sa démarche est devenu nonchalante. Elle a presque retrouvé cet  air de grande beauté  que l’on évoquait à son propos vingt ans plus tôt.

Gaston de France
Gaston de France, frère de Louis XIII – dit Le Grand Monsieur – Père de Anne Marie Louise d’Orléans duchesse de Montpensier

L’affaire est étonnante pour cette femme si renfermée, si peu mondaine, à qui on doit pour toute coquetterie d’avoir introduit le musicien Jean-Baptiste Lully, jeune florentin, à la Cour. Mais tout le monde en est persuadé : la Grande Mademoiselle est amoureuse. L’homme est l’incarnation de l’esprit de séduction, un aventurier collectionnant les conquêtes : Antonin Nompar de Caumont, premier duc de Lauzun, marquis de Puyguilhem.

Antonin Nompar de Caumont duc de Lauzun
Antonin Nompar de Caumont – Duc de Lauzun, marquis de Puyguilhem

Le couple est improbable et monopolise  toutes les conversations. La princesse n’est-elle pas la plus riche et la plus titrée d’Europe ? Surtout la visite qu’elle se prépare à donner à son cousin germain Louis XIV présage une évolution officielle de cette idylle. Dès son arrivée chez le roi, après les références d’usage, ce dernier lance avec un étonnement mêlé d’ironie :  » Ma chère cousine, j’ai lu votre lettre. Vous voulez épouser Lauzun ? Ce gentilhomme, cadet de Gascogne, a beau être mon favori, c’est un bellâtre volage  » la prévient Louis XIV …  » Oui, répond-elle abasourdie par ce qu’elle vient d’entendre. N’avez-vous pas vu la cour assidue qu’il me fait ?  » … «  Si, c’est un expert en la matière !  » renchérit le roi en souriant …  » Je vous en conjure sire, mon cher cousin, en acceptant de lui donner ma main, vous ferez le bonheur de ma vie. Un refus de votre part causerait ma mort  » lui murmure t-elle.

Derrière la porte le Duc de Lauzun fait les cent pas, inquiet. Son destin se trouve entre les mains du roi. Voilà des mois qu’il se prête au jeu de la séduction avec la Grande Mademoiselle. Poussé par ses amis, il s’est laissé charmer par l’idée de devenir le mari de la duchesse, malgré le faible attrait qu’il a pour elle. Il pourra ainsi moquer les courtisans qui critiquaient sa légèreté. Mais il craint son passé, sa naissance modeste et que cela incite le roi à lui refuser cette main.

 » Alors ?  » demande t-il à la princesse … «  Il m’a donné son accord  » lui lance t-elle «  Nous allons pouvoir être l’un à l’autre pour toujours. » Dans un élan soudain, le duc de Lauzun dépose un baiser sur les lèvres fanées de la princesse.  » Comment s’y est-il engagé ?  »  demande t-il suspicieux. «  Il fait préparer un contrat dès demain !  »

Dès lors la Cour du Roi Soleil ne bruisse que de cette nouvelle. Chacun y va de son compliment ou de son mot d’esprit. Les jours suivants, la duchesse s’inquiète : elle n’a toujours pas reçu de contrat. La reine, Gaston de France et autres princes ont demandé une audience au roi pour critiquer ce projet et faire valoir qu’il ferait du tort à sa réputation. Louis XIV convoque les amants :  » Je vous défends absolument de songer à ce mariage. Ma décision est irrévocable. » Leur réaction fut décrite par Madame de Sévigné dans l’une de ses lettres : «  Monsieur de Lauzun reçut cet ordre avec tout le respect, toute la soumission, toute la fermeté et tout le désespoir que méritait une si grande chute . La Grande Mademoiselle, suivant son humeur, éclata en pleurs, en cris, en douleurs violentes, en plaintes excessives et tout le jour elle a gardé le lit. »

Furieux contre Madame de Montespan, favorite en titre du roi, qu’il juge responsable de la volte face de Louis XIV, le duc de Lauzun lui susurre quelques jours plus tard : «  pute à chien  » – Cette insulte va le conduire au fort de Pignerol où il sera emprisonné dix ans. La Grande Mademoiselle mettra tout en œuvre pour le faire libérer. Elle sacrifiera une grande part de sa fortune pour cela .

Lorsqu’ils se retrouvèrent dix ans plus tard, les sentiments de Anne Marie Louise étaient identiques. Elle couvrit le duc de présents : duché de Saint Fargeau, baronnie de Thiers. En échange il lui en fera voir de toutes les couleurs : la détention l’avait aigri et même rendu violent. Elle accepta tout jusqu’à ce jour où son amant, revenu de la chasse lui ordonna :  » Petite-fille de Henri IV, venez ôter mes bottes  !  »  … Ce fut un débordement de trop. Congédié, Lauzun tentera de la revoir. Elle refusera toujours et préféra finir sa vie dans la dévotion.  » Amélie de BOURBON PARME ( HIstorienne et romancière )

Alexandra, Alice et Édouard : ménage à trois …

 » Une union dynastique n’a jamais été le gage d’un mariage heureux. La belle et douce Alexandra le sait, elle qui, comme ses frères et sa sœur, le futur roi du Danemark, le futur roi de Grèce et la future tsarine de Russie, et même leur neveu futur roi de Norvège, était  destinée, avant tout, à coiffer une couronne. La plus prestigieuse du monde dans son cas, celle du Royaume-Uni et de cet Empire britannique sur lequel, de l’Inde au Canada, le soleil ne se couche jamais.

Alexandra du Danemark et Edouard VII
Alexandra du Danemark et Edouard VII

A 18 ans, elle a été sélectionnée par la reine Victoria, sur une liste exhaustive des princesses à marier, pour canaliser les ardeurs de son héritier de 22 ans : Albert Edward, surnommé Bertie. Dans ce domaine, elle échouera, excellant, en revanche, dans la fonction de reine pour laquelle elle avait été éduquée.  De son côté, le prince de Galles a enchaîné les aventures galantes durant près de cinquante ans avant de rencontrer Alice Keppel, la bisaïeule de la duchesse de Cornouailles. Comme Camilla pour le prince Charles, Alice sera pour Bertie, devenu Edouard VII, bien plus qu’une maîtresse : elle fut la femme de sa vie !

KEPPEL Alice
Alice KEPPEL

Résolus à leur sort, Bertie et Alexandra convolent le 10 mars 1863 en la chapelle St George du château de Windsor. A leur retour de lune de miel à Osbone House, sur l’île de Wight, les jeunes mariés s’installent à Marlborough House dans le quartier de Westminster.  Ils s’entourent d’un petit cercle d’amis, composé d’aristocrates à leur image à savoir : désœuvrés. La reine trouve que le couple s’amuse beaucoup trop et les prévient.

Bertie aime les jolies femmes et les hommes divertissants. Hélas, la princesse de Galles est timide,  de froide beauté et à l’antithèse des femmes qui plaisent à son mari. Sur le plan officiel, en revanche, son implication est unanimement louée y compris par sa belle-mère : «  non seulement elle ne se plaint jamais, mais elle s’efforce de montrer qu’elle apprécie ce qui, pour n’importe quel autre, serait un devoir fastidieux. » – Elle va supporter vaillamment ses grossesses, six en huit ans, et s’épanouira dans la maternité. Loin des préoccupations domestiques, Bertie poursuit sa vie dissipée : vorace, joueur et galant. A Londres ou à Paris, sa réputation n’est plus à faire, il enchaîne les maîtresses anonymes ou célèbres.

Alexandra's Family
La reine Alexandra et ses enfants :  Albert Victor, George (futur  George V), Louise, Victoria, Maud et Alexander – Le 6e : John est décédé lorsqu’il était enfant.

Comme sa mère le tient éloigné des affaires et de toute responsabilité, il se divertit, s’éparpille, jusqu’à sa rencontre en 1898 avec la jolie Alice Keppel dont il fréquente le Salon. En dépit de leur différence d’âge , Alice a 29 ans, et Bertie 56 ans, les amants s’aiment sincèrement. La jeune lady procure au prince la considération et le profond sentiment maternel dont il a été privé.

Fille d’un amiral de la Royal Navy, Alice a grandi en Écosse au château de Duntreath. Une jeunesse classique d’une enfant d’aristocrates. A 23 ans elle épouse George Keppel. Ils auront deux filles Violet et Sonia ( la grand-mère de Camilla, duchesse de Cornouailles). George a des aventures et se montre complaisant sur celles de sa femme !

Alice va entrer dans la vie de Bertie à l’heure où il va assumer les responsabilités auxquelles il aspire depuis longtemps. Elle est  belle et elle est la première à l’aimer. Elle va être une nouvelle figure de maîtresse royale : compagne, mère, amie, amante et confidente. Il dépend de cette femme tout aussi discrète que brillante. Elle va partager les douze dernières années de sa vie. Épouse de cœur dans l’ombre de l’épouse royale. Pour le souverain, sa première et seule véritable histoire d’amour.

Si Alexandra préfère Alice à la trop indiscrète Alice Greville, comtesse de Warwick, qui fut la précédente maîtresse de son époux, elle finit par se froisser de la soudaine fidélité de son mari. En 1901, Bertie devient Edouard VII. La reine assure scrupuleusement ses devoirs lors des cérémonies officielles ou familiales.  Mais, de plus en plus handicapée par une surdité héréditaire, elle s’isole avec ses animaux au château de Sandringham. Pour les dîners privés et quelques événements officiels, le roi insiste pour avoir Alice à ses côtés.

En 1910, après une pneumonie contractée durant l’hiver, la santé d’Édouard VII décline. Le 6 mai, il subit plusieurs attaques. La reine Alexandra, magnanime, fait appeler Alice au Palais de Buckingham où elle veille son époux. D’après un témoin de la scène, elles auraient étaient contraintes d’échanger  un baiser de paix exigé par le mourant. Peu après, Edouard VII sombre dans le coma.

Alice quitte Londres, cette ville où elle fut  reine  et où elle redeviendra la belle et charmante Madame Keppel. Quelques mois plus tard, avec son époux et ses filles, elle partira s’installer à la villa dell’Ombrellino, à Bellosguardo, près de Florence, en Italie. Alice s’éteindra sous le ciel de Toscane en 1947.

Alexandra, devenue reine-mère, avait quitté ce monde vingt ans plus tôt en novembre 1925 dans les brumes du domaine de Sandringham.  » Gabriel De PENCHENADE (Journaliste français à Point de Vue)

 

Lauren & Humphrey …

Lauren et Humphrey 2
Lauren et Humphrey

( Vidéo : extrait du film le Port de l’angoisse ( To have and have not )

 » Le port de l’angoisse ( Howard Hawks ) conduit Humphrey Bogart et sa partenaire Lauren Baccall sur le quai du bonheur. Durant douze ans, jusqu’à ce que la mort les sépare. Ensemble, ils tourneront quatre chefs-d’œuvre et donneront naissance à deux enfants. Leur amour nous a ébloui pour l’éternité.

Lauren Baccall a 18 ans lorsqu’elle découvre le fameux film Casablanca. Elle écrira quelques années plus tard :  » Humphrey Bogart ne me paraissait pas du tout sexy. Plutôt cinglé  » – Elle était loin de penser que, l’année suivante,  le train New-York / Los Angeles, qui l’emmenait vers Howard Hawks, allait façonner son destin.

Le cinéaste recherche une inconnue pour en faire une superstar. Sa femme, attirée par le regard de Lauren Baccall, un jeune mannequin en couverture de Harper’s Bazaar ) lui conseille de la rencontrer. Lauren croit rêver lorsqu’en septembre 1943, Hawks lui demande de venir à New-York pour les essais du film. Elle vient tout juste de fêter ses 19 ans lorsqu’elle voit Bogart en chair et en os  :  » pas d’éclairs fulgurants, juste une poignée de mains  » racontera t-elle,  » il était plus petit que je l’avais imaginé » . Lui ne manque pas de dire :  » on va bien s’amuser toi et moi « .

Lauren et Howard Hawks
Lauren BACCALL et Howard HAWKS

Ils se revoient quelques semaines plus tard pour les premiers tours de manivelle. Trois semaines après le début du tournage, elle écrit à sa mère :  » tout marche à merveille pour moi. Bogie a été un amour. Nous nous amusons formidablement ensemble. Il passe son temps à inventer des gags. Je suis folle de lui et je crois qu’il m’aime bien. » – De son côté, Humphrey Bogart, marié à une femme alcoolique et violente, savoure la présence de cette jeune fille spirituelle au regard envoûtant.

Fiction et réalité mêlées, producteurs, acteurs et techniciens assistent aux prémices d’un doux sentiment entre Bogart et sa partenaire. «  Je suis tombée amoureuse, c’était drôle, très fort et merveilleux » raconte t-elle. Bogie n’est pas pressé. Après quelques mois de tournage, il lui donne son premier baiser. Comment est-ce arrivé ?  Elle se coiffe dans sa loge, il entre pour la saluer, s’approche, se penche vers elle, glisse sa main sous son menton , le relève et l’embrasse longuement. Comme pour lui dire  » je t’aime  » . Puis, intimidé, il se met à bafouiller, lui tend une boite d’allumettes, lui demande de noter son numéro de téléphone et s’enfuit avec la boite. Le soir même, à 23 heures, il lui téléphone :  » comment vas-tu Slim ? « . Ils échangent quelques mots en utilisant les noms des personnages du film. Pendant des années ce sera un jeu entre eux.

Chaque soir Bogie et Lauren se suivent discrètement en voiture. Ils s’éloignent des studios et il la rejoint.  » C’était un homme d’une grande douceur, à l’opposé des rôles qu’on lui faisait jouer « écrit-elle.  » J’avais 19 ans, lui 44. J’étais sexuellement innocente mais il évoquait en moi un trouble inconnu … Un seul regard et je frémissais. Le seul contact de sa main me donnait chaud au cœur « . Dès qu’ils le peuvent ils courent l’un vers l’autre. Pour éviter les commérages les amants restent discrets. Bogie doit divorcer avant d’afficher son amour.

Pressentant le succès remporté par le tandem Bogart/Baccall, Hawks les réunit dans un nouveau film : Le Grand sommeil. Lauren et Humphrey ne cachent pas leur bonheur de pouvoir se retrouver chaque jour sur le plateau. Il ne supporte plus de la laisser tous les soirs. Il finit par abandonner le domicile conjugal malgré les larmoiements et les cris de son épouse. Cette dernière le harcèle, lui promet de se sevrer. Il cède, mais les promesses de sa femme ne sont pas tenues. Il obtient le divorce de sa troisième épouse contre un dédommagement financier et deux boutiques à Los Angeles, en 1945.

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Onze jours plus tard, Lauren et Humphrey se retrouvent  dans la maison de campagne d’un ami et se marient. La lune de miel va durer trois ans pendant lesquels ils visiteront l’Europe et tourneront deux autres films ensemble Les Passagers de la nuit en 1947 et Key Largo en 1948.

Lauren et Humphrey mariage

Le port de l’angoisse sorti en octobre 1945, cinq mois après leur mariage, suscite l’admiration de la critique. Dans leur maison située sur les collines de Hollywood, le bonheur est au rendez-vous. Moments bénis, moments trop rares car souvent pris pour des cocktails, des spectacles, ou autres festivités indispensables à des acteurs célèbres. Bogie passe aussi beaucoup de temps sur son bateau.

La seconde passion de Bogie : le whisky. Il boit. Il boit beaucoup trop.  » Après huit verres, je suis en pleine possession de mes facultés. J’ai l’impression que tout le monde est toujours en retard de trois verre. » …. Elle s’accommode de ses débordements. Elle est amoureuse, donc heureuse. Malgré trois précédents mariages, Bogie n’a pas eu d’enfants. Aussi lorsque Lauren lui annonce qu’elle est enceinte, il se pose des questions. A 48 ans n’est-ce pas trop tard ? Sera t-il un bon père ? Ses craintes sont dissipées avec la naissance de Stephen en 1949 . Heureux, riches et célèbres les Bogart vivent un conte de fées. Un autre enfant naîtra en 1952 : Leslie.

Lauren Humphrey et leus enfants
Leslie, Lauren, Stephen et Humphrey

A Hollywood tout le monde aime et apprécie les Bogart. Amoureux et drôles, ils fascinent. Lui la cinquantaine passée, burinée, l’air désabusé. Elle la trentaine effleurée, lumineuse, élégante. C’est un couple qui semble soudé pour la vie.

En janvier 1956, Humphrey souffre de brûlures dans la gorge et d’une toux tenace propre aux fumeurs. Le médecin détecte une inflammation de l’œsophage et prescrit un repos total. Frank Sinatra accueille le ménage dans sa résidence au bord de la mer. Rien n’y fait. Bogart se sent de plus en plus faible. Les examens sont sans appel : tumeur maligne qu’il faut opérer d’urgence. On lui retire l’œsophage et une côte. S’ensuit un coma de 24 heures provoqué par l’anesthésie. A force de soins et d’une lutte hors du commun contre la maladie, il se réveille.

Mais très vite il s’affaiblit encore et ne peut plus rien avaler. Seconde hospitalisation. Il en revient en fauteuil roulant. Il se bat avec énergie et rentre chez lui. Lauren est auprès de lui, le rassure et console ses enfants. Le 13 janvier 1957 il entre dans un état comateux. Le lendemain c’est fini.  Humphrey Bogart avait souhaité que ses cendres soient dispersées en mer. La loi américaine l’interdit. Lauren fait construire une maquette de son bateau et la pose durant la cérémonie religieuse. Ses cendres seront enterrées au Forest Memoral Park à Glendale ( à l’est de la vallée de San Francisco ) -.

Après une brève liaison avec Sinatra, Lauren quitte la Californie et s’installe dans sa ville natale New York. Elle se remariera avec l’acteur Jason Robards Junior en 1961 et entamera une nouvelle carrière, triomphera au théâtre et reviendra au cinéma. Elle est décédée en 2014.  » Claire CHAMPENOIS (Journaliste, écrivain)