Napoléon & Albine …

 » Napoléon dans son cabinet de travail  » Jacques-Louis DAVID

 » A Sainte-Hélène, où il n’a pas l’embarras du choix (les françaises ne courant pas les rues), Napoléon prend pour maîtresse une de celles qu’il a sous la main : Albine de Montholon. C’est une femme séduisante, aguichante et … mariée ! Qu’importe, elle va devenir une sorte de première dame de la petite Cour étriquée de Longwood. Parmi ceux qui ont suivi l’empereur déchu dans son exil, nul n’ignore l’infidélité d’Albine, à commencer par son mari. Ici tous épient, se haïssent et surtout s’ennuient. Les mauvaises langues murmurent que s’il est un aussi complaisant cocu, c’est parce qu’il est couvert de dettes et s’imaginait sans doute qu’après avoir mis sa femme dans le lit de Napoléon, celui-ci la coucherait dans son testament.

 » Portrait de Albine de Montholon  » par William BOUGUEREAU : il semblerait que le couple ne se cachait pas vraiment en société. Certains témoignages affirment qu’elle fut souvent surprise en déshabillé dans les appartements de l’empereur, ou que ce dernier prenait la liberté de lui pincer les fesses en public. Les fidèles étaient choqués des cadeaux somptueux qu’il lui faisait et certains d’entre eux la surnommaient « la putain » . Le premier aide de camp et général Gourgaud la trouvait bien mal éduquée, ce à quoi Napoléon lui avait un jour rétorqué :  » Ne croyez pas qu’elle me plaise. J’ai été habitué à vivre avec des femmes trop gracieuses pour ne pas voir les ridicules et mauvaises manières de Madame de Montholon ! Mais enfin ici, il faudrait faire sa société d’une perruche si on n’avait pas autre chose. Il n’y a pas le choix. »
« Portrait de Charles Tristan, Marquis de Montholon  » par Edouard PINGRET : Il sera auprès de l’empereur le jour de sa mort en mai 1821 et c’est lui d’ailleurs qui lui fermera les yeux. L’article parle du fait que le marquis a préféré « ignorer » la liaison de son épouse avec Napoléon, en espérant qu’elle en tire un bon profit. Eh bien ce sera le cas puisque dans son testament, l’empereur la gratifiera de 140.000 francs + une pension de 20.000 francs + une rente annuelle de 38.000 francs. Quant à Monsieur le Marquis il sera l’exécuteur testamentaire de Napoléon, et héritera de 2 millions de francs. Beaucoup diront que cela devait récompenser le fait, c’est vrai, qu’il fut son compagnon de captivité, mais d’autres affirmeront que c’était là un moyen d’acheter son silence.

Les deux époux sont restés très complices. Albine n’a jamais été du genre fidèle. Montholon est son troisième mari, et elle va le tromper, non seulement avec Napoléon mais également avec un jeune officier anglais nommé Jackson qui venait la retrouver après son retour en France en juillet 1819.

A côté des témoignages des proches de l’empereur, il y aurait une autre preuve de la liaison entre Napoléon et Albine : celle-ci aurait accouché à Sainte-Hélène, le 18 juillet 1816, d’une petite Napoléone conçue à bord du Northumberland. Cette enfant de l’exil pourra en 1907 à l’âge de 90 ans. Incroyable de penser qu’un bébé, né à bord du bateau qui emmenait Napoléon à Sainte-Hélène, était encore de ce monde sept ans avant la première guerre mondiale de 1914 ! En ce qui la concerne, la paternité de Napoléon est plus que douteuse. En revanche, Albine donnera aussi naissance le 26 juin 1818, à une petite Joséphine Napoléone, filleule de Napoléon, dont certains soulignaient la frappante ressemblance avec l’empereur.

Une paternité que la correspondance de Montholon avec Albine vient d’ailleurs corroborer de manière troublante : dans les lettres quotidiennes qu’il adressait à son épouse, jamais Montholon ne demandait des nouvelles de Joséphine-Napoléone, alors qu’il en sollicitait régulièrement pour ses autres enfants. Cette infortunée nourrisson mourra en bas âge à Bruxelles le 30 septembre 1819.  » Clémentine PORTIER-KALTENBACH (Historienne, chroniqueuse, écrivaine française)

N.B : A la mort de Napoléon, Albine va quitter Sainte-Hélène. Son couple avec le marquis ne tiendra pas et ils finiront par se séparer. Elle finira sa vie à Montpellier et deviendra très pieuse. Elle va mourir en 1848. Elle fut inhumée dans la crypte de la chapelle des Pénitents bleus à Montpellier. La légende raconte qu’Hitler avait un instant songé à faire transférer son corps aux Invalides pour la placer aux côtés de Napoléon. Ce qui ne se fera jamais.

Elisabeth et Philip…

Philip Mountbatten, duc d’Edimbourg, époux de la reine Elisabeth II , est décédé hier à l’âge de 99 ans. Petit hommage rendu à ce passionné d’équitation (joueur de polo réputé), aviation , écriture, peinture (un de ses tableaux avait même été accroché à la Queen’s Gallery en 2016 lors d’une exposition. Il a fallu, parait-il, insister car il voulait que cela reste du domaine privé ) et qui, durant 74 ans, s’est tenu au plus près de celle qu’il surnommait mon chou, la reine Elisabeth II, toujours trois pas derrière elle comme l’exige la tradition royale.

Reine Elisabeth II et Prince Philip

 » Le duc d’Édimbourg constitue le pilier central dans l’existence de la souveraine britannique. Elisabeth II lui a toujours tout pardonné. Pour la reine, les gaffes diplomatiques de son mari, son caractère entier et ses emportements ne pèsent guère en comparaison de l’importance de son écoute et de ses conseils. Il reste le seul confident en qui elle peut avoir totalement confiance lorsqu’il s’agit d’épancher ses peines et la lassitude de sa charge. Aussi la reine préfère t-elle s’appuyer sur ses qualités et oublier ses défauts et les difficultés intimes du couple. Les rumeurs concernant les effets du charme légendaire du prince sont connues.

Ses absences répétées sont mal vécues par la reine. Notamment lors de l’incendie du château de Windsor en novembre 1992. Le prince Philip était en Argentine pour un voyage privé   …. Mais la souveraine estime nécessaire de laisser de l’espace à un homme obligé de vivre dans l’ombre de sa couronne. A l’occasion de ses noces d’or en 1997, Elisabeth II a déclaré à son sujet : «  Il a simplement été ma force durant toutes ces années et le demeure. Moi et sa famille entière, et ce pays, et beaucoup d’autres pays, nous lui devons plus qu’il ne le dira jamais » : une déclaration d’amour royale !

Lorsque Elisabeth et sa sœur Margaret accompagnent leur père, le roi George VI, à la base navale de Dartmouth, le 22 juillet 1939, la fille aînée du roi d’Angleterre ignore encore que cette date restera gravée dans son cœur. Les princesses sont confiées pour l’après-midi à un jeune cadet de l’établissement. Grand, élancé, le prince Philip de Grèce et de Danemark porte admirablement l’uniforme. Assise à côté de sa sœur Lilibeth le dévore des yeux tandis que Margaret s’amuse de la situation.

Le prince Philip n’est pas vraiment un inconnu. Ses parents sont le prince André de Grèce et la princesse Alice de Battenberg. Né le 10 juin 1921, il est baptisé selon le rite orthodoxe sous le nom de Philippos de Schleswig-Hostein-Sonderbourg-Glucksbourg.Quelques jours après sa naissance, la famille fuit la Grèce. Le père de Philip est accusé de haute trahison. Cet exil précipité est fatal à la famille et transforme la vie du nouveau-né en une errance perpétuelle. L’enfant échoue régulièrement chez son oncle maternel Lord Dickie Mountbatten. Ce conseiller très proche de George VI et futur dernier vice-roi des Indes, prend en charge l’éducation de son neveu. Il l’encourage à tenter la même carrière militaire que lui dans la Royal Navy.

Prince Philip et Lord Mountbatten

A la fin de l’année 1942, Elisabeth lui envoie ses vœux accompagnés d’une photo d’elle. Philip lui répond et joint son portrait, barbu, dans sa tenue d’officier du destroyer HMS Wallace. Le cadre ne quittera plus le bureau de la jeune princesse. Après avoir dansé ensemble une première fois au cours d’une soirée privée, Elisabeth et Philip se retrouvent au château de Windsor en 1943 pour passer Noël. Observant le couple, George VI fait part à sa mère, la reine Mary, de son avis sur le prétendant de sa fille aînée :  » il est intelligent, il a du bon sens, de l’humour, et pense bien sur les bonnes choses. Mais Elisabeth est trop jeune pour cela. Elle n’a jamais vraiment rencontré de garçons de son âge. »  Le souverain n’est pas complètement convaincu par Philip. Son statut de citoyen grec, son absence de fortune et les aimables pensions de Lord Mountbatten ne le rassurent pas.

En 1946, démobilisé, Philip part pour Balmoral rejoindre les Windsor pour les vacances d’été. Lors d’une promenade dans les vallons, Elisabeth, âgée de 19 ans, lui confie ses sentiments. Les jeunes tourtereaux annoncent leur décision au souverain. Ils veulent se marier. Le roi les écoute poliment, sans acquiescer. Pour commencer, il ne veut pas laisser sa fille prendre son envol. Ensuite les conseillers n’apprécient pas le choix de la princesse. Mais Elisabeth n’en démord pas. C’est Philip ou personne d’autre ! Et la princesse possède un atout : sa mère. La reine est très favorable à la romance de sa fille. Face aux deux femmes, le roi George VI cède.  » C’est avec le plus vif plaisir que le roi et la reine annoncent les fiançailles de la princesse Elisabeth, leur fille bien-aimée, avec le lieutenant de vaisseau Philip Mountbatten, de la Royal Navy. C’est avec joie que le roi a donné son consentement à cette union » ( déclaration émanant de Buckingham Palace le 8 juin 1947).

Le 20 Novembre 1947, à onze heure et quart, sous les applaudissements, elle franchit les grilles de Buckingham en carrosse , au côté de son père, pour se rendre à l’abbaye de Westminster. Dans le chœur ont pris place la reine Elisabeth, mère de la mariée, la reine douairière Mary, la princesse Alice mère de Philip. Elles sont assises dans l’ordre protocolaire. Philip a plus d’allure que jamais. Sanglé dans son uniforme bleu de la Royal Navy, il arbore fièrement l’ordre de la Jarretière, la plus haute distinction britannique, décernée la veille par le roi. Lorsque l’archevêque de Canterbury l’unit à Elisabeth, ils échangent les anneaux fondus dans l’or des mines de Dolgellau, au Pays de Galles. Elisabeth lève les  yeux et se perd dans le regard océan de celui qu’elle peut maintenant appeler son mari : c’est l’un des plus beaux moment de sa vie. Elle a épousé l’amour. »Jérôme CARON (Écrivain, journaliste au magazine Point de Vue)

Elisabeth et Philip le jour de leur mariage. Elle porte une robe réalisée par le couturier préféré de sa mère : Norman HARTNELL
Avec leurs quatre enfants : Charles, Anne, Andrew et Edward
« La reine-Déjeuner à Windsor » 1965 – Prince Philip MOUNTBATTEN

Rembrandt & Saskia …

 » Rembrandt et Saskia dans la parabole du fils prodige » Vers 1635 – REMBRANDT (Collections de la Gemäldgalerie de Dresde (Allemagne)

 » C’est en 1634 que Rembrandt épouse Saskia Van Uylenburgh, nièce d’un riche marchand d’art d’Amsterdam qui écoulait les toiles du peintre depuis 1632. Huit ans plus tard en 1643, elle décèdera des suites vraisemblables d’une tuberculose, quelques mois à peine après avoir donné naissance à leur fils Titus.

A cette époque Rembrandt est déjà célèbre. Son œuvre, considérable, s’étoffe et se diversifie, prend une densité spirituelle de plus en plus forte. Les commandes sont nombreuses et sa facilité à produire est immense. Il excelle non seulement dans les grandes compositions, dans les portraits commandés par des riches familles, mais aussi dans l’œuvre gravée. Sa dextérité à capter les caractères font de lui l’un des plus grands portraitistes de son temps, peut-être le plus grand de l’Europe du Nord.

Associé à Hendrick Van Uylenburgh, il ouvre un atelier qui, très vite, rayonnera dans toute l’Europe. Assisté de nombreux élèves, il fournit toiles et gravures à toute la riche clientèle de l’époque. Assuré de la fortune de sa femme (elle reçut une dot conséquente) son propre succès l’enivre. Il collectionne les œuvres d’art de toutes sortes, au point d’inquiéter la famille de Saskia. Mais rien n’y fait, tous les deux sont emportés dans un train de vie fastueux.

Années de bonheur et de luxe où tout semble réussir au peintre, assombries cependant par les deuils successifs des enfants que porte Saskia. Elle est à la fois le modèle, l’assistante de sa peinture. Elle l’apaise. Il l’aime tendrement et lui consacre de très nombreux tableaux. Il la représente à sa manière héritée du Titien et de Véronèse par la majesté sensuelle de ses traits mais aussi pénétrée d’une intuition spirituelle, d’une intimité qui filtre l’ostentation.

 » Saskia  » 1633 – REMBRANDT
« Saskia au chapeau rouge  » 1634 REMBRANDT
 » Saskia en Flore  » 1634 REMBRANDT

Saskia atteint ainsi une grâce souveraine, nimbée dans la palette dorée de Rembrandt et, en même temps, perçue de l’intérieur dans sa pudeur et dans sa profondeur. Durant ces huit années d’harmonie conjugale menant grand train, reconnu par toute l’Europe comme un génie, Rembrandt peint un nombre considérable de portraits, mais aussi de scènes mythologiques dont Saskia est le modèle.

En 1639, il achète une nouvelle maison, vaste et luxueuse, située dans le quartier juif, non loin de son atelier et qu’il n’aura jamais fini de payer. Saskia lui donne quatre enfants, dont trois mourront après la naissance. Mais de la famille, seul Rembrandt survivra. Si le maître vivra avec deux femmes après la mort de Saskia, une jeune servante, Geertje Dircx, qui finira ses jours en asile psychiatrique, et Hendrickje Stoffels, sa nouvelle servante qui lui donnera une fille, Cornelia, les dix années passées avec Saskia demeureront pour lui les plus riches et les plus attachantes : le temps d’une splendeur, le temps des grandes œuvres, le temps de la reconnaissance internationale.

Ce sera aussi le temps apaisé auquel Saskia contribuera grandement. Discrète, modeste et admiratrice de son mari, elle va aider le peintre a magnifié sa palette et à affirmer son style. Les grands portraits où elle apparait sont toujours empreints d’une poésie intérieure, d’une forme de retrait qui révèle beaucoup de ce qu’elle a pu être.

Malgré l’opulence dans laquelle Rembrandt vécut les huit années de leur mariage, ses portraits ne trahissent ni arrogance, ni ambition. Saskia est douce et tranquille. Les deuils, la vie trépidante qu’elle est contrainte de mener, le travail acharné de Rembrandt, l’ont conduite à ce détachement visible.

Rembrandt n’a cessé de la représenter : reconnaissable entre toutes, elle est aussi bien la jeune femme posant accoudée au balcon que la future mère exhibant son ventre, Minerve en allégorie du printemps, madone, épouse posant de manière alerte avec son mari. La précision du peintre et la vérité psychologique dont il nourrit son œuvre parviennent à suivre chronologiquement les passages du temps sur le visage de Saskia. Joyeuse, mutine dans les premiers tableaux, elle devient plus grave et consciente peut-être des vanités du monde, ses traits s’apaisent, gagnent en profondeur, mais s’épaississent. Le visage s’alourdit et se fane. Où est passée la rieuse Saskia sur les genoux de Rembrandt

 » Saskia avec une fleur  » 1641 REMBRANDT

L’histoire personnelle du peintre est ainsi scandée de malheurs et de joies. Elle frôle la folie et la déchéance, côtoie la maladie et la mort, la misère et l’opulence. C’est pourquoi l’œuvre est crépusculaire, éclairée d’un soleil noir qui laisse échapper, par intermittences, quelques éclats d’or mat. Saskia est ainsi la métaphore de son existence. Elle est la jeunesse foudroyée par la mort, la rose dont il l’a ceinte, tôt vouée à se faner, l’énigmatique Minerve déesse des sciences et des arts, incarnation de la sagesse, et la mère endeuillée qui aura porté trois de ses enfants en terre.

Métaphore baroque dont Rembrandt aura dépassé les artifices pour rejoindre les profondeurs les plus obscures de l’humain. Après Saskia, l’idée même du bonheur sera anéantie, inexorablement perdue. Son art changera comme son caractère. Plus sombre, plus douloureux, mais plus attentif aux moindres détails de la vie, aux humbles et aux malades, il mettra son talent dans l’œuvre gravée, plus apte dans la nudité du trait où il excelle, à représenter et à tenter de fixer les secrets des êtres et les fugaces passages du temps.

Saskia aura été ainsi, d’une certaine manière, le révélateur de son génie. Elle lui aura permis de le mener là où il ne s’était pas encore aventuré. » Alain VIRCONDELET (Écrivain français, biographe et historien de l’art)

 » Saskia portrait posthume « 1643 REMBRANDT

Paul & Hortense …

Paul CÉZANNE en 1906

 » Le caractère taciturne et sauvage de Paul Cézanne l’empêche longtemps d’avoir des rapports harmonieux, tant avec sa famille qu’avec les femmes en général, et également les artistes de son temps. D’une nature excessive, idéaliste et extrêmement timide, il ne se sent guère fait pour vivre dans un monde qui change. Très attaché à la Provence, sa terre d’enfance, il y reviendra toujours comme pour parer aux dangers de cette modernité agressive qui envahit le siècle et défait la rigueur d’une nature dont il va tenter de révéler la profonde structure.

Réservé dans ses relations, on ne lui connait guère, à l’instar de ses amis de la bohème artistique, de vie dissolue ou amoureuse régulière. Au contraire, Cézanne vit sa passion de la peinture en solitaire, presque en mystique. Son côté farouche et austère ne se plait guère dans le milieu artistique. Ainsi l’étude des nus féminins aux Beaux-Arts le gêne t-il, voire l’intimide. La période dite couillarde comme il le dit abruptement, fait référence surtout à ces années romantiques entre 1862 et 1870 où il étudiait à l’Académie Suisse et échoue aux Beaux-Arts de Paris.

Années baroques où il exprime par la peinture toute sa violence intérieure, trouvant dans Delacroix et Le Greco des accents qui lui ressemblent. C’est pourtant en 1869 qu’il va rencontrer un modèle dont il devient l’amant : Hortense Fiquet, qu’il épousera en 1886.

Hortense FIQUET

Le lien qui va l’unir près de trente-sept ans à Hortense est intéressant pour comprendre sa personnalité et son œuvre. S’il a réalisé de très nombreux portraits d’Hortense, c’est cependant à la montagne d’Aix, à la Montagne Sainte-Victoire, et à des natures-mortes qu’il consacrera la plupart de ses travaux.

Hortense fut toujours la compagne attentive, discrète, effacée, voire presque absente, à laquelle Cézanne attachait une importance relative. Il réclamait d’elle néanmoins la plus grande disponibilité, lui infligeant d’interminables séances de pose qu’elle acceptait sans mot dire. Dès le début de leur liaison, lorsque la guerre de 1870 éclate, il se dérobe à ses devoirs civiques et se cache à l’Estaque, préférant déserter plutôt que de cesser de peindre. Hortense, toute dévouée, l’accompagnait. En 1872, elle accouche d’un fils, Paul. Cézanne l’aimera passionnément et le peindra en imposant son visage à la toile de manière frontale et souveraine.

 » Paul, le fils de l’artiste  » 1886/87 Paul CÉZANNE

Les portraits qu’il fera d’Hortense révèlent, sans ambiguïté, la passivité du modèle, cette sorte d’abnégation et d’impavidité qui la caractérisait. Celle que Zola appelait « la grosse » pour relever, plus que sa corpulence, la lourdeur et l’inertie de son caractère, fila dans la vie de Cézanne dans un silence assourdissant.

 » Madame Cézanne accoudée  » Paul CÉZANNE
« Hortense dans un fauteuil rouge » Paul CÉZANNE
 » Hortense en bleu  » Paul CÉZANNE
« Madame Cézanne cousant » Paul CÉZANNE

L’idéalisme du peintre est si farouche qu’il en oublie les siens. Hortense est l’exemple même de la femme sacrifiée. Elle se tait, vaque sans bruit, élève le petit Paul, pose pour Cézanne presque comme un devoir, s’affaire à l’entretien de la maison. Ce n’est qu’en 1886, alors que Paul à déjà 10 ans, que le peintre acceptera enfin de l’épouser. La même année il va rompre avec Zola son ami d’enfance, lui faisant reproche d’avoir écrit L’Œuvre.

Peu à peu Cézanne avance vers la gloire. Le marchand d’art Ambroise Vollard l’accueille dans on écurie. Ce qui lui importe personnellement, c’est de se retrouver face à face avec la peinture. Hortense n’est toutefois pas une figurante. Elle est une des pièces de son univers intérieur. Une nécessité. Son absence est en fait présence.

Couple sans histoire, mais couple heureux ? L’histoire n’en parle guère. La réalité bourgeoise des mœurs du début du siècle laisse à penser qu’Hortense vécut sa vie dans le silence des femmes de son époque. Quelquefois sa fatigue transparait que Cézanne retranscrit, parce qu’elle lui permet d’apporter par la couleur ou le jeu des lignes, une vérité profonde sans se livrer à la copie du sujet, avançant déjà vers l’abstraction.

Hortense accepte tout, la passion de son mari pour la peinture, des reniements réguliers comme en 1891 quant Cézanne part habiter chez sa mère au Jas de Bouffan, la laissant seule à Aix, des voyages plus ou moins longs, une négligence qu’elle a dû taire. Cézanne ne dissimula guère son retrait de la vie conjugale. Hortense lui paraissait d’une grande fadeur, lui qui n’aimait que les paysages brûlants accablés de lumière. Elle n’aime, disait-il avec une ironie cruelle et brutale, que la Suisse et la limonade ! « 

Hortense, on peut le dire, fut l’ombre de Cézanne. Les portraits qu’il fit d’elle furent finalement les rares moments où il la voyait, mais pour mieux la transcender, contournant son visage pour mieux célébrer les robes et les attitudes qu’il restructurait dans un flot de lumière. » Alain VIRCONDELET ( Écrivain français, biographe et historien de l’art)

« Mme Cézanne au jardin » Paul CÉZANNE
 » Hortense en rouge  » Paul CÉZANNE

Federico & Salvador …

FEDERICO ET SALVADOR
à gauche Federico GARCIA LORCA – à droite Salvador DALI

  » Federico Garcia Lorca et Salvador Dali se sont rencontrés à Madrid en 1922. Le premier était déjà un auteur et un dramaturge reconnu, tandis que le second avait participé à des expositions collectives à Figueras et Barcelone, et il était perçu en Catalogne comme un artiste à suivre.

Leur relation, leur admiration mutuelle et leur intense collaboration, en particulier entre 1925 et 1928, allaient avoir un impact considérable sur leur œuvre. Bien que la plupart des lettres de Lorca soient aujourd’hui perdues, les dessins et les cadeaux qu’ils échangèrent, ainsi que les courriers de Dali au poète, révèlent la profondeur et la complexité de leurs discussions basées sur un langage conceptuel et où abondent les traits d’esprit. De nombreuses références sexuelles ambigües et l’homosexualité revendiquée de Lorca ont nourri sur l’étendue de leur intimité des spéculations renforcées par l’insistance ultérieure de Dali à propos de l’obsession du poète à son endroit, et sa frustration quant à leur relation (  » non consommée  » ) – Dans son Ode à Salvador Dali, publiée en 1926 dans La revista de Occidente, Lorca célèbre l’univers artistique et les récentes réalisations de Dali en détournant ses tropes créatifs les plus idiosyncrasiques : «  Ô Salvador Dali à la voix olivâtre, plus que ton imparfait pinceau adolescent, ou la couleur cernée de celle de ce temps, je veux louer ta soif d’éternel limité« .

Même si ces deux artistes se nourrissaient de la culture espagnole, leurs esthétiques diffèrent : Lorca était intensément inspiré par son Andalousie natale, tandis qu’à l’époque l’œuvre de Dali était marquée par le passé classique gréco-romain de la Catalogne, par la vielle moderne cosmopolite qu’était Barcelone, ainsi que par la lumière et les formations géologiques méditerranéennes de Cadaquès. Dali était en quête d’une compréhension apollinienne de l’art, de celles qui encouragent une «  hygiène des émotions  » rigoureuse, tandis que les écrits de Lorca célébraient les réalités dyonisiennes de la chair, du cœur et d’une spiritualité intérieure.

En 1927, Dali publia Saint Sébastien dans le numéro 16 de l’Ami de les Arts : dans ce premier article critique dédié à Lorca, il fait du martyr une représentation très symbolique de Lorca. L’année suivante marqua à la fois la publication et le succès des Complaintes gitanes de Lorca et la fin de leur intense relation : Dali critiqua durement ce recueil de poèmes, le jugeant trop profondément enraciné dans la tradition. Leur œuvre commune continua d’évoluer dans des directions différentes et leurs chemins ne se croisèrent plus qu’en une seule occasion avant l’assassinat de Lorca par la milice franquiste en 1936. » Coralie MALISSARD (Auteur anglaise )  – Traduit par Guillaume GOUBER ( Auteur français)

Camille & Auguste …

Camille CLAUDEL

Camille Claudel voit le jour en 1864 à Fère-en-Tardenois. Elle est l’aînée de Louise (1866) et de Paul (1868). Après avoir passé son enfance à Villeneuve-sur-Fère, la famille s’installe à Nogent-sur-Seine. Elle y restera trois ans de 1876 à 1879.

C’est là que naîtra son intérêt pour la sculpture avec des premières petites figurines de terre. Un intérêt qui interpellera son père, Louis Prosper, et le poussera à inviter chez lui un jeune artiste de 26 ans Alfred Boucher pour qu’il donne son avis sur le talent précoce de sa fille. Ce dernier la trouvera franchement douée et lui prodiguera de précieux conseils.

Devant les différentes aspirations artistiques de ses enfants, à savoir : Camille la sculpture, Louise la musique et Paul l’écriture, Mr Claudel décidera de partir s’installer à Paris.

Prosper CLAUDEL et ses trois enfants

Camille a voué un amour absolu et viscéral à son art. On peut même dire que la sculpture l’a complètement possédée. Elle est entrée en elle comme d’autres entrent en religion, par vocation. Elle va affronter toutes les difficultés d’un tel métier pour une femme à cette époque, et toutes les incertitudes qui vont avec. Elle a eu une existence tragique, douloureuse, a connu des joies et des peines dans son enfance (mal aimée par sa mère qui lui reprochera toujours d’être née pour consoler la perte d’un premier fils et lui en voudra de ne pas être lui), l’amour, la trahison, la gloire, le succès, la souffrance, le désespoir.

Camille CLAUDEL sculptant

En 1882, elle rencontre Rodin. Elle a 18 ans, lui 42. Elle vient dans son atelier pour recevoir son enseignement, le regarder modeler, sculpter, et travailler avec lui comme cela se faisait traditionnellement.

Rodin est né en 1840 à Paris. Quatorze ans plus tard, et grâce à sa sœur Maria qui a compris très vite le désir artistique de son frère et interviendra auprès de leurs parents, il entre à la Petite École où il aura Jean-Baptiste Carpeaux comme professeur de modelage. En 1863, fortement touché par le décès de Maria, c’est le noviciat durant quelques temps, avant de reprendre son travail un an plus tard et rejoindre la rue de la Tour d’Auvergne à Paris, où se trouvait l’atelier de Ernest Carrier-Belleuse, l’un des sculpteurs le plus célèbre de son époque.

Dix années plus tard, il part pour l’Italie et découvre, avec bonheur, les œuvres de Michel-Ange à Rome. Ce sera une rencontre déterminante pour la suite qu’il donnera à son travail, la forme et la lumière. Durant tous ses voyages, que ce soit en France, en Belgique ou en Italie, Rodin a beaucoup dessiné sur des carnets, a pris de nombreuses notes et accumulé un grand nombre de connaissances nouvelles qui lui seront fort utiles, voire même nécessaires pour son art.

Entre scandales, coups d’éclat, amours passionnés, contrariés, succès, il va considérablement accroître sa popularité et acquérir une très grande reconnaissance. Ses ateliers seront des immenses laboratoires où il sculpte, explore toutes les facettes de son art, invente, assemble, défait, refait, élabore de nouvelles formes techniques et cherche sans cesse.

Auguste RODIN

Le maître va très vite se rendre compte de l’incroyable talent de son élève. Il dira plus tard  » je lui ai montré où se trouvait l’or, mais l’or qu’elle trouve est à elle « . A une certaine période de sa vie, il va devenir son pygmalion, son père, son frère, l’amant mais jamais le mari. Pour lui elle sera son élève, sa collaboratrice, sa muse, sa maîtresse. Leur passion amoureuse, souvent douloureuse, et leur fusion artistique s’imprègneront jusque dans leurs œuvres. Leur relation sera faite d’amour passionnel, de déchirements, de séparations fréquentes et réconciliations.

«  je n’en puis plus. Je ne peux plus passer un jour sans te voir. Sinon l’atroce folie. C’est fini, je ne travaille plus divinité malfaisante, et pourtant je t’aime avec fureur. Ma Camille, sois assurée que je n’aime aucune femme en amitié et toute mon âme t’appartient.  » Rodin, dans une lettre à Camille en 1886

A partir de 1893, leur relation va se dégrader : il a une double vie en la personne de Rose Beuret (une couturière rencontrée en 1864 et qui lui sert de modèle) qu’il ne parvient pas à quitter. Camille est lasse de cette vie amoureuse compliquée, faite de mensonges et infidélités. Par ailleurs, on attaque sa réputation en faisant croire que certaines de ses œuvres sont de Rodin ou qu’elles ne sont qu’un vulgaire plagiat des pièces du Maître. Au sommet de sa gloire, elle se révoltera car elle veut être mieux comprise et reconnue pour son travail personnel.

Rodin et Rose

A 53 ans, Rodin décide d’épouser Rose, de se consacrer à son art et mettre un terme à la passion dévastatrice éprouvée pour Camille. Ils auront un fils. Délaissée non seulement par Rodin mais également par sa famille, décriée, Camille va s’enfermer dans son atelier, traversera une solitude accompagnée d’une névrose obsessionnelle qui ne va faire que s’accroître au fil des années. Elle vivra au milieu de ses sculptures (dont elle détruira d’ailleurs une partie) et de ses chats, dans la saleté, misérable jusque dans sa tenue et sombrera dans une forme de démence.

En 1913, elle est placée d’abord à l’asile de Ville-Evrard entièrement réservé aux femmes, puis elle sera transférée à Montdevergues qui se trouvait dans le département du Vaucluse. Un établissement dont on disait purement et simplement qu’il était un mouroir. Elle ne sculptera plus. Sa vie ne deviendra alors qu’une très longue agonie. Elle meurt en ce lieu trente ans plus tard. Aucun membre de sa famille ne sera présent pour suivre sa dépouille. Elle sera enterrée dans une tombe anonyme du carré des indigents.

Rodin décèdera en 1917 à son domicile-atelier de Meudon des suites d’une pneumonie. Il avait été promu officier de la légion d’honneur en 1892, Commandeur en 1903, élevé à la dignité de Grand Officier en 1910. Toutefois, pour raison de guerre, le gouvernement excluera des funérailles nationales.

Catherine & Grégoire …

Sophie Frédérique Augusta d’ANHALT-ZERBST dite la GRANDE CATHERINE ( 1729/1796 )

 » Princesse allemande devenue la mère tsarine de toutes les Russies, Catherine La Grande a gouverné d’une main de fer un pays qui nétait pas le sien. Cette conquérante était, côté coeur, autant amazone que midinette. Sa liaison avec Grégoire Orlov révèle une femme fidèle qui avait besoin d’être aimée.

Une stature de colosse, des yeux de velours, un sourire d’ange. C’est ainsi que Grégoire Orlov, fringuant lieutenant de l’armée russe, apparaît pour la première fois aux yeux de la grande duchesse Catherine. Nous sommes en 1760. Il a 25 ans, elle 5 de plus. Elle vient de se quereller ( une fois de plus ! ) avec son mari, le grand-duc Pierre et sèche ses larmes à la fenêtre de sa chambre. En contrebas, un gérant au sourire si doux la regarde avec adoration. Elle veut cet homme dans son lit. Ce qu’elle ignore encore c’est qu’il va lui permettre de gravir les dernières marches pour accéder au trône tant convoité de la Grande Russie.

Gregori (Grégoire) ORLOV 1734/1783

Catherine, de son vrai prénom Sophie, a été mariée quinze ans auparavant à son cousin, Pierre de Holstein-Gottorp. Physique ingrat, caractère perturbé, personnage falot, mari impuissant : sept ans après leur mariage, elle est toujours vierge. Il faudra l’intervention d’un comte et officier susse, Serge Saltykov pour qu’elle perde son pucelage. …. Toutefois, Pierre a pour lui d’être l’héritier de sa tante, l’impératrice de Russie Elisabeth Ière, fllle de Pierre le Grand. Il est donc promis à un grand destin. L’impératrice,  qui a brûlé la vie par les deux bouts, est certes tjrs de ce monde mais en sursis.

Karl Peter Ulrich De HOLSTEIN-GOTTORP deviendra PIERRE III (1728/1762)

Le couple princier, quant à lui, est en très mauvais termes. Pierre a, depuis des années, une maîtresse : Elisabeth Vorontzova, excellente compagne de beuveries qu’il affectionne. Stupide et marquée par la vérole. Il lui est si attaché qu’il veut en faire sa femme une fois qu’il se sera débarassé de son épouse. Catherine le sait, et craint pour sa vie. Son salut passe obligatoirement par l’accession au trône.

L’impératrice meurt en 1762. Son fils monte sur le trône et prend le nom de Pierre III. Catherine attend son heure. Les dieux ne sont pas avec elle, mais elle se console dans les bras de Grégoire. Elle est amoureuse et bientôt voilà qu’elle tombe enceinte. Catastrophe si son époux venait à l’apprendre ! Elle risque d’être répudiée. Elle cache donc sa grossesse et accepte donc le confinement dans lequel Pierre la tient loin de la Cour, des indiscrets et des ragots.

Le nouvel empereur accumule les erreurs. Il se comporte de manière infantile. Il s’attaque à l’église , mais le plus grave reste son attitude face à la Prusse, un pays avec lequel l’impératrice Elisabeth Ière était en guerre. Lui admire le roi de Prusse Frédéric II et alors même que la victoire de son pays était assurée, il arrête les hostilités et non seulement signe la paix mais rend tous les territoires conquis à son ennemi. C’est un camouflet pour l’armée russe toute entière.

C’est là que Grégoire Orlov et ses frères militaires entrent en scène. Profitant du départ de Pierre en Juin 1762 pour la résidence d’été, Ils enrôlent deux régiments aux côtés de Catherine et l’accompagnent à St Pétersbourg où elle est accueillie en souveraine par le Sénat et le clergé. Le coup d’état est acté. Pierre est arrêté et contraint de signer son abdication. Catherine succède à l’impératrice Elisabeth Ière.

CATHERINE en robe de couronnement

Arrivée au sommet, elle montre rapidement qu’elle a tout à fait l’ envergure d’un chef d’État. Championne du nationalisme russe, elle entreprend de grandes réformes pour son pays. Grégoire peine à trouver sa place en dehors du lit de l’impératrice et vit très mal la situation. Pourtant, ils s’aiment.

Elle va devoir faire face à de lourdes tâches : remplir les caisses de l’État, réformer en profondeur l’Administration. C’est une tête bien faite, un esprit formé à la lecture de Voltaire, Montesquieu, un bourreau de travail qui oeuvrent 15 heures par jour avec une efficacité redoutable. Par delà les frontières elle réaffirme l’intérêt de la Russie pour la Pologne, et, souhaite étendre son pouvoir au Moyen Orient. En trente quatre années de règne, elle va apporter un demi-million de kilomètres carrés supplementaires à l’Empire. Une seule chose l’anime : son amour pour la russie

Son amant est devenu l’un des personnages le plus puissant de la Cour. Elle lui est reconnaissante pour le coup d’état tout comme sa fougue au lit. Elle l’aime mais tout le monde s’étonne de cette union entre la carpe et le lapin. Orlov n’est pas noble, ni intelligent, ni cultivé. Mais elle le couvre de cadeaux, lui apporte une dote de 120.000 roubles par an et lui offre un palais à Gatchina.

Pourtant il ne va plus se satisfaire de ce traitement de faveur. Il devient arrogant et se conduit comme un petit chef. Des témoignages affirment qu’il se vautre dans un sofa de la chambre de l’impératrice en son absence, ouvre des plis officiels. Il est une maitresse entretenue et rêve d’officiliasation. Après tout elle est libre puise débarrassée de son mari sans doute assassinée par le frère de son amant Alexis Orlov. Tout le clan Orlov pousse au mariage. Elle pense à un mariage secret. Mais l’hostilité de la noblesse est telle qu’elle va renoncer et offrira à son amant, comme lot de consolation, un titre de comte et un portrait d’elle dans un médaillon de diamants en forme de coeur.

De plus, un complot contre Orlov et son frère, formenté par de jeunes officier est arrêté au dernier moment. Colérique, exigeant, jaloux, Orlov commence à se lasser de son impériale maitresse. Elle ne consent à le quitter. Pourquoi ? Par peur de sa réaction ? Par fidélité ? Par tendresse ? Les années passent et ne défont pas leur lien.

Il s’ennuie, cherche à briller aux yeux de l’impératrice, peine à trouver sa place auprès d’une femme conquérante. Elle lui refuse le droit de partir en guerre contre les Turcs. Il va sauter sur la première occasion venue : une épidémie de peste à Moscou a provoqué la panique du peuple. Il propose de s’y rendre. Elle y consent malgré le danger. Trois mois plus tard, l’épidémie est jugulée et la paix revenue. Orlov rentre en héros, l’impératrice le couvre d’honneur et fait dresser un arc de triomphe pour lui, mais lui ouvre de moins en moins la porte de sa chambre.

Les dix années de leur liaison vont avoir raison de leur passion. Elle souffre de ne pas avoir quelqu’un doté d’un esprit supérieur à ses cotés, lui de ne pas être à la hauteur. Tout les sépare : caractère, naissance, éducation, tout sauf l’amour ou du moins la tendresse.

Il ne saura plus que faire pour garder les faveurs de sa souveraine, cherchera à s’intéresser à différentes choses plutôt culturelles, mais l’intellectuel ne lui sied pas. Il s’ennuie, ronge son frein, et catherine ne sait plus que faire. Elle tentera de faire de lui un diplomate mais il est un soldat et ne réussira pas.

Il va se mettre à fanfaronner, devient de plus en plus arrogant et multiplie les conquêtes féminines. Elle l’apprend, ronge son frein et jette son dévolu sur le jeune Alexandre Vassiltchikov qui lui plait bien. Il a 28 ans, elle 43. Il devient le nouvel homme entretenu. Elle le couvre de cadeaux. Quand Orlov l’apprend, il entre dans une colère noire. Il était absent mais rentre très vite à Saint Pétersbourg. Elle fait changer toutes les serrures de ses appartements, l’assigne à résidence sous prétexte d’une quarantaine. Elui écrit tous les jours mais sort avec le jeune Vassiltchikov.

Aleksandr Semionovitch VASSILTCHIKOV (1746/1813)

Lorsque l’assignation a résidence est levée, Orlov retourne à la Cour. Elle ne le rencontrera pas, gardera ses distances, trop occupée à son nouvel amour. Orlov comprend que son temps est fini, il s’étourdit de plaisir, mène une vie de débauche et se jette sur tout ce qui passe. Avec le temps, les relations avec Catherine se sont calmées. Elle lui fait construire un palais de marbre à Saint Pétersbourg, tandis qu’il lui offre un diamant à 190 carats. Mais on achète pas une impératrice ! Il deviendra même ami avec son rival.

Un jour, la route d’Orlov croisera celle de sa jeune cousine de 15 ans alors qu’il en a le triple, il tombe amoureux. Catherine autorise le mariage. Hélas elle meurt assez vite. Orlov revient à la Cour en 1782. Il est désespéré. Catherine a du mal à le reconnaître. Il manifeste des signes de démence. La nuit il hurle. Elle viendra souvent le réconforter. Il meurt à 48 ans en avril 1783.

Elle écrira :  » Des bouffées de sanglots sont ma réponse et je souffre terriblement. Il était fort, courageux, plein de décision, doux comme un mouton. Il avait le cœur d’une poule.« 

L’insatiable Catherine a besoin d’un autre homme et un amant vigoureux, un esprit supérieur à la mesure du sien : elle vient de le trouve, il s’agit de Potemkine.  » Sophie DENIS (( Journaliste française, chroniqueuse en Histoire )

CATHERINE & Grigori Aleksandrovitch POTEMKINE (1739/1791)

Chopin & Delacroix …

« J’ai vraiment eu avec Chopin des tête-à-tête à perte de vue parce que je l’ai vraiment beaucoup apprécié que ce soit le musicien, le pianiste, un homme d’une grande distinction, d’une distinction rare et c’est l’artiste le plus vrai qu’il m’a été donné de rencontrer. Il est vraiment de ceux, en petit nombre, que l’on peut admirer. » Eugène DELACROIX ( Peintre français )

Frédéric Chopin et Eugène Delacroix furent très amis. Ils se trouvaient énormément de points communs : même sorte d’élégance, même côté très réservé avec une apparence qui pouvait sembler froide et derrière laquelle en réalité il y avait, chez les deux, beaucoup de sensibilité exacerbée, d’émotivité, de subtilité.

Amicalement parlant, on peut vraiment dire que ces deux-là ce sont beaucoup aimés. Ils discutaient durant des heures sur leur art respectif, sur les moyens dont ils disposaient chacun que ce soit dans la peinture ou dans la musique. Ils ont réellement été à l’écoute l’un de l’autre, ce qui, parait-il, avait le don d’agacer considérablement George Sand et ce même s’il elle appréciait beaucoup Delacroix.

Dans son journal, Delacroix parle de son amitié pour Chopin. Il explique que ce dernier ne l’aimait pas particulièrement en tant que peintre car il préférait Ingres, mais qu’il estimait énormément l’homme Delacroix envers lequel il avait du respect et qui savait lui parler comme personne de ses profonds ressentis vis-à-vis de l’art.

Delacroix, quant à lui, il avouait que ses préférences se portaient sur Mozart, mais que lui aussi avait une grande affection pour Chopin en tant qu’homme, et que surtout, il ne se lassait pas d’écouter le merveilleux pianiste qu’il était, ce pianiste et sa célèbre note bleue , laquelle n’était pas une note particulière mais devenait la plus brillante et sortait, puissante et poétique, à un moment précis de son interprétation. Finalement, il pensait  que Chopin avait bien plus de points communs avec Mozart que l’on ne pourrait se l’imaginer.

Lorsque Delacroix ne comprenait pas la logique de la musique, il confiait que Chopin se mettait alors au piano et tentait de la lui expliquer en jouant …. «  Cela valait bien toute l’esthétique picturale  » disait-il.

Leur amitié va durer jusqu’à la mort du compositeur polonais. On pourrait même dire au-delà de la mort compte tenu du fait que Delacroix – et les autres membres d’un comité à savoir : Auguste Franchomme (violoncelliste), Teofil Antoni Kwiakowski (peintre), Camille Pleyel (musicien et fondateur de la célèbre salle) et Jane Stirling (son élève) – va se démener afin de réunir les fonds nécessaires  qui permettront d’offrir à son ami la sépulture qu’il méritait d’avoir et qui se trouve au Père Lachaise à Paris.

Le monument a été réalisé par le gendre de George SAND : Auguste CLESINGER. La statue du haut représente Euterpe, muse de la musique. Sur le médaillon ovale, on peut y voir le visage de CHOPIN (d’après un moulage après sa mort). Il porte l’inscription : Frédéric CHOPIN 17 octobre 1849. Le monument a été inauguré un an plus tard.

Delacroix également immortalisé Chopin en peinture avec sa compagne George Sand. Il les invitera, tous deux, en 1838, dans son atelier, Rue des Marais sur la rive gauche à Paris. Chopin était assis devant son piano Pleyel , Sand l’écoutait, une cigarette à la main. Ce tableau est resté dans l’atelier de Delacroix jusqu’en 1874. Puis, un jour, une main inconnue  ( on suppose que cela s’est fait entre 1865 et 1874 ) va le couper en deux . Depuis lors le fragment  Chopin est au musée du Louvre et celui de Sand au musée Ordrupgaard à Copenhague.

Tableau représentant Frédéric CHOPIN et George SAND, tel que DELACROIX l’a peint en 1838.
Fragment du tableau qui se trouve au musée du Louvre et représentant Frédéric CHOPIN par Eugène DELACROIX
Fragment du tableau qui se trouve au musée Ordrupgaard de Copenhague et représentant George SAND par Eugène DELACROIX

Marie-Caroline et Ferdinand IV de Naples …

FERDINAND IV et son épouse MARIE-CAROLINE / Peintre inconnu-École napolitaine

 » On imagine pas couple plus mal assorti. Ferdinand est indolent, sans culture, oublieux de ses devoirs, prisonnier de ses plaisirs, insouciant. Triviaux, ses goûts lui dictent souvent des comportements indignes d’un monarque. La réflexion ne l’encombre pas. Son métier de roi l’ennuie. Il semble être un éternel adolescent. A l’aise dans les milieux des petites gens, il partage leurs distractions et gaspille volontiers son temps. Marie-Caroline, elle, est une femme décidée, volontaire, impétueuse qui a de l’énergie à revendre et la conviction d’être née pour gouverner.

Tout les oppose, mais physiquement ils vont bien ensemble. Grand, svelte, blond aux yeux bleus, Ferdinand a des traits réguliers. Son long nez lui valut le surnom de Re Nazone. Marie-Caroline a une allure à la fois majestueuse et gracieuse, un teint transparent, des cheveux châtain-clair, assez potelée pour ne pas sembler maigre, un visage plutôt doux, une bouche quelque peu dédaigneuse, mais montrant de superbes dents blanches régulièrement plantées.

Ferdinand de Bourbon, descendant de Louis XIV était le fils de Don Carlos qui régna sur Naples sous le nom de Charles VII, puis sur l’Espagne sous celui de Charles III. Né en 1751, Ferdinand avait 8 ans lorsque son père fut appelé au trône de Madrid. Aussi, en lui succédant sur le trône napolitain, fût-il , à sa suite, le plus jeune souverain de Naples. Le jeune roi, qui tirait peu de profit des leçons reçues, passait son temps à monter à cheval, à chasser, à pêcher, courait les spectacles et les mauvais lieux. Tout conspirait à faire de lui un roi fainéant soumis à tel ministre ambitieux ou à la forte personnalité qui saurait s’imposer.

Tout à l’opposé, rien ne laissait oublier que Marie-Caroline était la fille de l’impératrice Marie-Thérèse. Fière d’appartenir à l’illustre Maison des Habsbourg-Lorraine, elle s’enorgueillissait d’avoir la plus impératrice pour mère , l’empereur Joseph II pour frère et Marie Antoinette, reine de France, pour sœur. Elle avait reçu une solide instruction, était une femme raffinée, intelligente, cultivée. Il était indifférent aux affaires, elle en avait le goût. Il était dépourvu d’initiative, elle était ambitieuse pour deux.

Leur mariage eut lieu le 12 mai 1768. Ferdinand était amoureux de sa femme. S’il eut quelques amours ancillaires, on ne lui connut pas de maîtresses en titre, ou du moins sut-il les cacher. A Marie-Caroline il fit, en vingt-et-un ans, dix-sept enfants ( dix filles et sept garçons ) dépassant d’une unité la nombreuse progéniture de sa belle-mère l’impératrice Marie-Thérèse.

FERDINAND Ier des Deux-Siciles, roi de Naples et son épouse MARIE-CAROLINE avec six de leurs nombreux enfants

A la reine il fallut peu de temps pour constater le peu de capacités intellectuelles de son mari. Dès son arrivée à Naples, il fut entendu que Marie-Caroline ne se contenterait pas d’un rôle de représentation. Consciente de son rang, elle entendait se mêler des affaires de son nouveau royaume. La naissance d’un fils en 1776 l’autorisa à entrer, enfin, au Conseil. Ferdinand avait bien tenté de retarder cette échéance, mais l’opiniâtreté de sa femme l’emporta. Elle avait 24 ans. Le roi était populaire auprès du peuple, mais elle avait la confiance des élites éclairées. Ferdinand dissipait son temps dans les plaisirs, elle se préoccupait des affaires de l’État. Au plaisir, elle préférait le pouvoir. Rien ne devait, rien ne pouvait mettre en péril l’emprise qu’elle exerçait sur son mari. Elle était épouse, mère attentive inquiète de leur santé, soucieuse de leur éducation, pleurant ceux qui moururent jeunes, mais surtout elle était reine !

Marie-Caroline régna et gouverna. Elle participa à toutes les séances du Conseil, les présidait en l’absence du roi, lisait les dépêches, correspondait directement avec les ambassadeurs à l’étranger, s’informait de tout, ne négligeait rien, plus absorbée, il est vrai, par les affaires européennes que préoccupée par la politique intérieure. Si la réalité du pouvoir lui importait, elle savait toutefois sauvegarder les apparences et reconnaître la primauté de son époux. Elle maîtrisait les arcanes du pouvoir, réussissait à grignoter chaque jour un pouvoir supplémentaire. Elles savait nouer les intrigues et se jouer d’un mari indifférent au métier de roi.

La vie de la reine de Naples ne fut, selon un contemporain, qu’une longue crise de vapeurs. On ajoutera que celle du roi fut un long sommeil politique.  » Jean-François SOLNON (Historien de l’Art, spécialiste de l’Ancien Régime)

P.S. : Marie-Caroline est décédée en 1814. Ferdinand épousera morganatiquement une duchesse de vingt ans sa cadette, veuve avec sept enfants : Lucia Migliaccio. Une union qui fit scandale. Il mourra en 1825.

palermo – Pagina 43 – Le Vie dei Tesori News
La duchesse Lucia MIGLIACCIO

Amedeo & Jeanne …

Amedeo MODIGLIANI (1884/1920)

 » Le 31 décembre 1916, pendant qu’un banquet réunit le tout Montparnasse au rez-de-chaussée de la Rotonde en l’honneur d’Apollinaire, Amedeo croque le portrait d’une jeune fille qu’il a déjà croisée ces derniers temps à l’Académie Colarossi où il va dessiner le nu : Jeanne, passionnée d’art, s’y est inscrite suivant les pas de son frère André. 

Jeanne HÉBUTERNE (1898/1920)

Elle a dix-huit ans, il a en a trente-deux au compteur. Ses amies de l’Académie Colarossi l’ont surnommée  » noix de coco  » en référence au teint laiteux de sa peau. Elle a de grands yeux en amande, des lèvres pleines presque violettes ; ses cheveux châtains tressés en deux longues nattes encadrent son visage. Elle apparaît dans ce milieu bohème exubérant comme une vierge sage, toujours silencieuse, timide, sérieuse, n’ayant apparemment pas le moindre sens de l’humour. Ça tombe bien Amedeo est lassé de la dérision permanente, de ces faux rires complices ou graveleux. Il lui caresse les cheveux et la contemple : son âme tourmente est envahie d’une paix soudaine, lumineuse.

1917 les parents de Jeanne, des petits bourgeois catholiques, ne supporte plus que leur fille s’affiche avec un soûlographe patenté : «  tu quittes cet homme ou tu quittes la maison  » lui demande son père. C’est tout vu,  Jeanne ramasse ses affaires et rejoint Dedo dans un hôtel misérable. Les amants ne se quittent plus, de l’atelier au zinc.

Modigliani peindra le portrait de son amante d’innombrables fois. Il enveloppe sa chère et tendre dans ses volutes danses amoureuses, son pinceau caresse avec tendresse sa compagne sous un jour à chaque fois différent et ce jusqu’à la fin. Il peint Jeanne comme on effeuille la vie, cherchant à capter l’insaisissable mystère de l’amour. Il est là dans ses yeux langoureux, dans ses cheveux libres en tresses auréolées d’un chapeau, il est là dans son ventre qui gonfle, dans son air las et mélancolique, il est là partout où son pinceau va. Les nuits deviennent romantiques, ils s’enlacent sur les bancs publics et déambulent main dans la main. L’amour apaise Modigliani qui cesse parallèlement de séduire les modèles qui viennent poser pour des nus.

En Mars 1918, Jeanne lui annonce qu’elle est enceinte. Bonheur et malheur. Il se plie à la fatalité lui qui ne voulait pas d’enfant. La santé d’Amedeo se détériore. Le couple embarque pour Nice afin de retaper Modi et faire ensuite que Jeanne ait des conditions de grossesse saines.

Très vite Amedeo ne la supporte plus et s’isole. Il s’installe dans un petit hôtel de passe. Le 29 Novembre, Jeanne accouche d’une petite Giovanna. Amedeo et fier et heureux. Il essaie de prendre ses responsabilités, boit moins et travaille. Mais les premières effusions passées, Jeanne se révèle une piètre maman. En mai 1919, il rentre à Paris, laissant Jeanne à Cagnes avec une nourrice pour s’occuper de leur fille.

Jeanne (Giovanna) MODIGLIANI, leur fille – 1918/1984 ( Artiste peintre et historienne d’art)

Le 24 Juin, Jeanne envoie de Nice un télégramme : elle rentre à paris. Elle annonce qu’elle est de nouveau enceinte. Modigliani s’engage , par écrit, à l’épouser dès que possible ( il n’a pas de papiers ). Jeanne n’arrive pas à s’occuper de Giovanna qui est mise en  pension chez une nourrice . Fatiguée par sa grossesse, elle reste la plupart du temps cloîtrée rue de la Grande Chaumière. Jeanne est jalouse des modèles et veille à ne pas laisser le peintre seul avec elles. Elle n’accompagne plus Modi le soir.

Il a repris sa vie dissolue. Il n’est plus lui-même. La méningite tuberculeuse gagne du terrain et transforme son caractère colérique. De cuite en cuite sa santé s’aggrave. Il perd ses dents, attrape froid. Il se dispute de plus en plus avec Jeanne, la maltraite. Il sent qu’il est condamné à court terme et en veut à tout le monde, et en particulier à Jeanne. Jeanne pleure, prend des coups, subit et reste. Elle l’aime au-delà de tout. Elle se sacrifiera pour le rejoindre au-delà de la mort.  » Patrick DE BAYSER (Écrivain sur l’art, expert en dessins anciens)

 » Modigliani l’a peint sans cesse. Elle est son modèle préféré. Retrouvant pour elle la grâce de Botticelli, il la représente sous toutes les coutures. Ses portraits la montrent toujours dans cette linéarité longiforme, le regard est magnifié, presque iconique, comme dans la grande tradition slave. Une sensualité plutôt discrète fait que Jeanne apparaît plutôt en Madone moderne, dont la silhouette verticale révèle son aspiration à l’idéal. Le laconisme du trait stylise son visage et sa silhouette. Elle n’est plus qu’épure, ses yeux si beaux, si grands, deviennent deux fentes de chat qui percent l’invisible… La violence de leur passion, météorite et mortifère, tranche avec les peintures qu’à laissées Modigliani. Jeanne y est représentée dans des poses dont l’alanguissement et la fixité révèlent une sorte d’éternité impavide. Finalement Jeanne rejoint un silence dans lequel les toiles de Modigliani l’enferment. Ce silence, elle l’a consacré au sens quasi religieux du terme, préférant se réduire à elle-même, s’oublier, s’adonner à des tâches domestiques ou des créations secondaires. L’immense production de Modigliani dédiée à sa femme, fait d’elle un spécimen mille fois épinglé, donnant ainsi le vertige… «  Alain VIRCONDELET (Écrivain, biographe, et historien de l’art)

P.S. Modigliani est mort très jeune à 36 ans en 1920 – Jeanne l’a suivi de près : enceinte de leur deuxième enfant, elle s’est suicidée en se jetant de la fenêtre de l’appartement de ses parent, au 5e étage. Elle fut d’abord enterrée au cimetière de Bayeux, puis rejoindra le peintre au cimetière du Père-Lachaise à Paris dix ans plus tard.