14 mai 1610 : L’assassinat d’Henri IV …

HENRI IV frans POURBUS
 » Portrait d’Henri IV  » par Frans POURBUS

14 mai 1610. Le soleil vient de se lever sur le Louvre et déjà Henri IV ouvre l’œil. Comme à son habitude, il s’habille seul dans le petit cabinet qui jouxte sa chambre. Il est songeur. Un quotidien jalonné de violences et de luttes : voilà son lot depuis cinquante-six ans. Il a conquis le pouvoir à la force du poignet et s’est imposé à la tête d’un royaume qui sort enfin de décennies de conflits religieux.

Pourtant, depuis quelques temps, un sombre pressentiment le trouble. Le 3 mai déjà, des bruits ont couru sur son décès. Le vice-amiral d Hollande a même reçu une lettre l’informant qu’ il avait  » été tué d’un coup de couteau  » . Son astrologue lui a prédit qu’il mourrait dans son carrosse, à la date du 13 ou du 14 sans autre précision. Ses proches conseillers ont voulu le dissuader de sortir aujourd’hui mais il fait peu de cas de leur avis : il a déjà survécu à plus d’une vingtaine d’assassinats.

Le 14 mai donc, Henri IV se lève, se prépare, quitte sa chambre. Il rejoint trois de ses collaborateurs avec lesquels il devis longuement. Il passe un moment aux Tuileries et reçoit la visite du Dauphin. Puis il assiste à la messe au couvent des Feuillants. Le trouve auquel il est en proie depuis qu’il s’est levé, ne le quitte pas et ses amis s’en inquiètent. Visiblement très ému, il se laisse aller à des confidences :  » vous ne me connaissez pas maintenant vous autres, mais je mourrai un de ces jours et quand vous m’aurez perdu, vous connaîtrez ce que je valais et la différence qu’il y a de moi aux autres hommes. »

Après déjeuner il passe saluer son épouse dans sa chambre, et semble être plus détendu. Il lance même quelque plaisanterie avant de regagner son cabinet pour y rédiger du courrier. Il doit ensuite rejoindre Sully à l’Arsenal. Peu avant 16 H, il retourne voir la reine et présente, à nouveau, un visage soucieux. Quelqu’un lui a remis un billet disant :  » Sire ne sortez pas ce soir  » . Marie de Médicis le supplie de ne point quitter le palais. Il hésite, puis, finalement commande son carrosse. Il y prend place avec quelques gentilshommes dont le Duc d’Épernon avec lequel il est souvent en rivalité. Seuls une poignée de cavaliers et de valets de pied l’accompagnent.

Duc d'Epernon
Portrait de Jean Louis de NOGARET, Seigneur de la Valette et de Caumont, duc d’Épernon

Nul ne remarque dans la foule, un étrange personnage tout de vert vêtu. Rue de la Ferronnerie, le passage est obstrué par deux charrettes et le carrosse doit s’immobiliser devant une taverne. L’homme en vert qui l’a suivi, saute sur un rayon de la roue arrière, se penche dans l’habitacle et de la main gauche, frappe par trois fois la royale poitrine avec un couteau. Je suis blessé crie Henri IV , un flot de sang coule de sa bouche.

Assassinat d'Henri IV et arrestation de Ravaillac le 14 mai 1610
 » L’assassinat d’Henri IV et arrestation de Ravaillac  » par Charles-Gustave HOUSEZ

Ramené au Louvre, il y meurt peu après. Et l’assassin ? Il est immédiatement appréhendé, sauvé du lynchage par Épernon, enfermé à la Conciergerie. Il s’agit d’un certain Ravaillac, un angoumois sujet à des crises de mysticisme. Sous les pires tortures, il jure avoir agi tout seul. Il avait entend dire que le roi voulait faire la guerre au pape et n’a vu qu’une seule condition pour l’en empêcher.

François RAVAILLAC
François RAVAILLAC – Estampe de Chirpin DE PASSE –

Mais cette thèse du tueur solitaire ne convaincra pas.  Les rumeurs les plus folles circulent. Mademoiselle d’Escoman, suivante de la marquise de Verneuil, affirme que cette dernière et le duc d’Épernon ont armé le bras du régicide. Certains soulèvent l’hypothèse d’un complot jésuite … ou espagnol.  D’autres encore y voient la patte des Concini. Et que penser du prévôt de Pithiviers annonçant la mort du roi au moment même où Ravaillac accomplissait son geste et que l’on a retrouvé pendu peu de temps après ?  » Françoise SURCOUF ( Écrivain, journaliste passionnée d’Histoire)

L’historien Jean-Christian PETITFILS donne sa version :  » Ravaillac a-t-il agi seul ? On peut en effet se poser la question. Quelques jours avant l’attentat, un groupe de tueurs était arrivé à Bruxelles, avec pour mission d’assassiner le roi Henri IV. Ce dernier, en effet, s’apprêtait à partir en guerre et à traverser les Pays-Bas espagnols ( l’actuelle Belgique) malgré la ferme opposition d’Albert de Habsbourg. L’ambassadeur de Genève en France citait des noms : le comte de Sallenove, et son adjoint La Motte, précisant qu’un des tueurs avait promis au prince qu’il ne faillirait pas le roi quand il l’attaquerait au Louvre. Les dépenses secrètes enregistrées par la Chambre des comptes belge mentionnent également pour l’année 1610, une somme de 15.000 livres versée à des personnes chargées d’une mission en France, dont on ne veut plus ample déclaration être faite.

Certes Ravaillac n’a pas été l’agent conscient de cette conspiration, mais il est possible que les tueurs l’aient encouragé à agir à leur place, quitte à se débarrasser de lui par la suite. Le jour du drame, sitôt après son arrestation, un des gentilshommes escortant la voiture royale s’était heurté à un groupe d’une dizaine d’hommes, tous armés, qui, au lieu de porter secours au souverain agonisant, hurlaient à l’encontre de Ravaillac : «  Tue, tue, il faut qu’il meure !  »  Quant il leur cria que le roi n’était que blessé, ils disparurent dans la foule.  »

 

Antoine de Saint-Exupéry … Voyage sans retour

Antoine de Saint Exupéry aviateur

 » Que s’est-il passé le 31 juillet 1944, lors d’un funeste vol de reconnaissance ? De théorie fumeuse en explication trompeuse, il aura fallu cinq décennies pour lever un peu le voile sur la disparition du pilote-écrivain.

En juillet 1944, le groupe 2/33, spécialisé dans la reconnaissance photographique aérienne, est basé à Borgo, près de Bastia, en Corse. De là, il enchaîne les missions au-dessus du sud de la France, pour préparer la grande offensive qui suivra le tout proche débarquement allié en Provence. Entré en guerre, l’écrivain Antoine de Saint-Exupéry appartient à cette prestigieuse escadrille. Le 31 juillet, peu après 8 h, il décolle pour une mission de cartographie à haute altitude, au-dessus de Annecy et Grenoble. Mais à 14 H 30, il n’est toujours pas revenu et chacun sait qu’on ne reverra plus l’avion : quoi qu’il soit arrivé, il est désormais à court de carburant, et il y a peu de chance de retrouver son pilote vivant.

Ça devait arriver … pensent beaucoup sans oser le dire. L’avion de la mission fatale est un Lockheed P-38 Lightning, bi-moteur américain, reconnaissable à son double fuselage, un des appareils le plus rapide de sa génération. Il atteint 700 km/h, mais ne tolère aucune erreur. Aussi, passé 30 ans, plus question pour quiconque d’en prendre les commandes. Saint-Exupéry a déjà 44 ans mais il a obtenu une dérogation. Le général Giraud en personne a demandé une dispense au commandement américain. La notoriété de l’auteur de Pilote de guerre ( énorme succès d’édition aux Etats-Unis) l’a emporté sur le règlement. L’État-major lui a donc accordé une autorisation pour dix vols. Celui de Juillet 1944 devait être le dernier.

Le vol de trop ont exprimé certains qui se rappellent qu’un mois plus tôt, Saint-Ex’ s’était égaré au-dessus des Alpes et au retour, il avait négligé la procédure de sécurité, à savoir déclencher son signal d’identification radio pour éviter d’être confondu avec l’ennemi.

SAINT EXUPERY et son P.38

Bien qu’il s’agisse d’une mission de guerre, l’hypothèse du P-38 abattu par l’ennemi, est à peine considérée. La Luftwaffe ne dispose quasiment plus d’appareil dans le sud de la Franc et , en outre, le bi-moteur américain surclasse largement tous les chasseurs allemands. En revanche, une panne d’oxygène semble plausible car cela s’est déjà produit. Et à plus de 10.000 mètres d’altitude, un pilote privé d’assistance respiratoire perd conscience en moins d’une minute.

L’avion a pu s’écraser en haute montagne ou en mer, là où personne n’aurait rien vu. Une faute de pilotage à basse altitude fut également envisagée. Dans ses livres, Saint-Exupéry n’évoquait-il pas ses fréquentes rêveries en vol ? A 700 km/h quelques secondes d’inattention peuvent être fatales et mener au clash.

1950 : nouvelle théorie. Un pasteur allemand d’Aix-La-Chapelle qui avait fait la guerre comme officier de renseignement dans la Luftwaffe, se souvient d’un P-38 abattu par un Focke-Wulf, le 31 juillet 1944, au-dessus de la Méditerranée. Le fait est assez singulier pour n’être pas passé inaperçu dans les services, mais il fut jugé peu crédible. Bien plus d’un témoignage vient pourtant abonder en ce sens.

En 1972, en effet, une revue allemande publie une lettre écrite par un aviateur Robert Heichele, durant la guerre. Il avait touché un P-38 au-dessus de Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Heischele a été tué à son tour durant le conflit : il n’a donc pas pu confirmer ou infirmer. Mais l’article fit tant de bruit que le propriétaire est pris de panique devant l’ampleur médiatique et il se rétracte. C’était un faux.

Dans les années 1990, le mystère refait surface en même temps que se réveille la mémoire des habitant de Carqueiranne dans le Var : en 1944 un corps a été rejeté par la mer après qu’un avion ait été abattu. L’homme repose depuis dans le cimetière du village. Est-ce l’auteur de Terre des hommes ? Pour le vérifier le cadavre est exhumé. Il portait un uniforme, mais c’était celui de la Lutwaffe !

Le 7 septembre 1998 l’histoire connait un rebondissement ayant pour décor le Vieux-Port de Marseille. Dans un filet mouillé devant la côte des Calanques, le patron pêcheur Jean-Claude Bianco remonte la gourmette de Saint-Exupéry. La gravure est si nette que c’en est à peine croyable. L’objet est authentifié.

Bianco Jean-Claude
Jean-Claude BIANCO le pêcheur qui a trouvé la gourmette de Saint-Exupéry
gourmette
Gourmette de Saint-Exupéry ( elle porte l’inscription  :Antoine de Saint-Exupéry-Consuelo
c/o Reynal and Hitchcock
386, 4th Ave, N. Y. C )

Deux ans plus tard, Luc Vanrell repère les reste d’un Locheed P-38 Lightning au nord-est de l’Île de Riou. Chose étrange, au même endroit, entre le Cap Croisette et la Calanque de Sormiou, le plongeur découvre un moteur qui ne provient pas du P-38. En septembre 2003, les experts ont fini par livrer leurs conclusions. Les numéros de série des débris attestent qu’il s’agit bien de l’appareil de Saint-Exupéry. L’analyse des pièces démontre également que l’appareil a percuté l’eau en piqué et, forcément, à grande vitesse. A la suite d’une panne ? D’un malaise ? … L’oxygène donc …La thèse du suicide est également abordée, inspirée par des écrits très noirs de l’auteur.

VANRELL Luc
Luc VANRELL

Quant au moteur, c’est celui d’un Messerschmitt Bf 109F-4. Les deux avions seraient- ils entrés en collision ? En Allemagne une association se mobilise, spécialisée dans la recherche d’avions de guerre portés disparus. Les travaux de ce groupe de passionnés démontrent qu’un chasseur allemand abattu en de toutes autres circonstances, a coulé dans les mêmes fonds sous-marins. Hallucinante coïncidence !

Cette enquête de longue haleine permet aussi d’identifier quelques pilotes de la Luftwaffe qui ont volé, à l’époque, au-dessus de la Provence. L’un des survivants affirme sans ambages :   » C’est moi qui ai abattu Saint-Exupéry  » – Horst Rippert, devenu journaliste après la guerre raconte : le 31 juillet 1944 il est posté, en alerte, sur le camp des Milles à Aix-en-Provence, lorsqu’il est chargé d’intercepter un avion de reconnaissance allié qui fait route au sud, après avoir survolé la région d’Annecy. Le chasseur décolle, prend de l’altitude et repère un P-38 qui vole plus bas que lui.

C’est la seule situation où un appareil allemand a une chance de victoire. Il plonge sur sa proie. Une rafale dans les ailes et le bimoteur pique du nez dans la mer. Plus tard, Rippert apprendra qu’il a sans doute tué son écrivain préféré. Depuis, il restera pétri de regrets.  » Dans notre jeunesse nous l’avions tous lu. On adorait ses bouquins. Il savait admirablement décrire le ciel, les pensées et les sentiments des pilotes. Son œuvre a suscité la vocation d’un grand nombre d’entre nous. J’aimais le personnage. Si j’avais su, je n’aurai pas tiré. Pas sur lui.« Dominique LE BRUN (Journaliste français, écrivain )

Hors RIPPERT
Horst RIPPERT

Le tombeau de Napoléon … vide ou pas ?

NAPOLEON Tombeau

NAPOLEON sur son lit de mort par Horace VERNET
 » Napoléon sur son lit de mort  » – Horace VERNET

 

 » Après des semaines d’agonie Napoléon Bonaparte rend l’âme à Longwood, sur l’île de Sainte-Hélène le 5 mai 1821. C’est la fin d’une épopée de plus de vingt années qui a changé la donne politique en France et en Europe. Près de vingt autres années s’écouleront avant que le Petit Caporal ne regagne la patrie. Mais le doute subsiste : et si la dépouille qui repose sous le dôme des Invalides n’était pas la sienne ?

Selon les propres volontés de Napoléon Bonaparte, son corps est autopsié au lendemain de sa mort, laquelle survient le 5 mai 1821 à 17 H 49. L’examen est pratiqué dans la salle de billard de Longwood par le médecin français Antommarchi, assisté de sept confrères britanniques et en présence de témoins. L’empereur tenait à ce que soit constatée la cause du décès, un cancer de l’estomac qui avait déjà emporté son père Charles et sa sœur Caroline. Il craint que la maladie ne soit héréditaire et souhaite qu’on la diagnostique rapidement si un jour elle frappait son fils.

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Le cœur de Napoléon sera ensuite placé dans un vase en argent afin d’être envoyé à l’Impératrice Marie-Louise, ce que refusera finalement Hudson Lowe le gouverneur britannique de l’île. Le corps est revêtu de l’uniforme de colonel de la garde. Il est ensuite exposé dans la chapelle ardente. Le 7 mai, en fin d’après midi, le docteur Burton assisté d’Antommarchi, réalise un moulage de la tête. Le masque mortuaire est précieusement rangé. La mise en bière s’effectue dans quatre cercueils, emboîtés l’un dans l’autre : un en fer blanc, un en bois exotique, un en plomb et le dernier en acajou. L’inhumation a lieu de lendemain.

Lowe Hudson
Sir Hudson LOWE
Masque mortuaire de Napoléon exemplaire original du musée de l'Armée à Paris
Masque mortuaire de Napoléon – Exemplaire original qui se trouve au Musée de l’Armée à Paris –  » Le masque mortuaire dit de Malmaison

Lowe a reçu l’ordre de retenir la dépouille sur l’île de Sainte-Hélène. Les français font donc enterrer l’empereur dans la vallée du Géranium où il aimait se promener. Le tombeau est simple, dépouillé : une fosse maçonnée, profonde de trois mètres, fermée par une plaque monolithe scellée par deux couches de ciment et recouverte de trois autres dalles.

NAPOLEON tombeau vallée du géranium
Tombe de Napoléon dans la Vallée du Géranium / Île de Sainte-Hélène

Le codicille du testament de Napoléon commence par ces mots : «  je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé  » …. Ce ne sera possible qu’en 1840. Adolphe Thiers, président du Conseil, convainc Louis-Philippe de faire rapatrier les cendres ( restes) de Napoléon et la reine Victoria donne son accord. Une expédition menée par François d’Orléans, prince de Joinville, prend place à bord de la goëlette Belle Poule pour se charger du transfert.

NAPOLEON transfert des cendres de Napoléon à bord de la Belle PouleEugène ISABEY
Transfert des cendres de Napoléon à bord de la Belle Poule – Un tableau de Eugène ISABEY
NAPOLEON François d'Orléans prince de Joinville
François d’Orléans – Prince de Joinville

Afin qu’aucun doute ne plane sur l’identité de l’auguste dépouille, il est décidé qu’elle sera examinée par les derniers compagnons de l’empereur, avant d’être transférée sur le bateau. Ainsi, au besoin, ils pourront témoigner sans contestation possible. George Middlemore, gouverneur de Sainte-Hélène depuis 1836 y consent à condition qu’aune image, dessin, cliché, daguerréotype n’en sorte. Le 15 octobre 1840 la fosse est ouverte, les dalles tumulaires ôtées, le ciment brisé et la première plaque est levée. Le cercueil en acajou est intact, à peinte marqué par l’humidité. Il est sorti du tombeau, puis découpé. Les autres cercueils : fer,bois, plomb sont ouverts. Le corps, en excellent état de conservation, est parfaitement identifiable.

NAPOLEON Nicolas Eustache MAURIN Ouverture du cercueil de Napoléon dans la vallée du Tombeau à Sainte-Hélène le 15 octobre 1840
Ouverture du tombeau de l’Empereur à Sainte-Hélène par Nicolas Eustache MAURIN

Après deux ou trois minutes d’observation, les bières sont refermées et l’ensemble introduit dans un sarcophage d’ébène. Il est rapporté à l’Hôtel des Invalides le 15 décembre 1840. Le 2 avril 1861, les restes de Napoléon seront déposés dans leur tombeau définitif, façonné dans du quartzite rouge et placé sous le Dôme. La cause semble entendue.

Pourtant, dès 1840, des doutes planent sur l’identité de la dépouille. Les témoins le notent, faisant état de discordances entre eux. Nul ne peut être catégorique sur la taille du corps, la couleur de l’uniforme, ou les décolorations qu’arbore la mort ; en revanche, tous sont formels : il s’agit bien de l’empereur.

En 1969, Georges Rétif de la Bretonne, dans son livre intitulé Anglais, rendez-nous Napoléon, soulève plusieurs interrogations : le 15 octobre 1840, lors de l’exhumation, il fallait ouvrir quatre cercueils : acajou, plomb, bois exotique et fer blanc avant d’atteindre le corps. Or, le procès-verbal du 7 mai 1821 mentionne  «  ce premier cercueil en fer-blanc ayant été soudé en notre présence, a été placé dans un autre en plomb lequel, après avoir été également soudé, a été enfermé dans un troisième cercueil d’acajou. » Trois bières ? Qu’est devenue la quatrième ? Ce mystère n’en est pas un ! Le fer-blanc n’étant pas très rigide, un tel cercueil est toujours doublé d’un autre en bois, considéré comme partie intégrante de l’objet. Dans la foulée, Rétif de la Bretonne spécule que les Anglais ont secrètement exhumé Napoléon quelques années après et lui ont substitué son valet Cipriani décédé en 1818. Il présentait, paraît-il, une ressemblance avec son maître. Puis, poursuit l’auteur, le gouverneur Lowe a rapatrié en Angleterre le véritable corps de l’empereur. George IV entendait ainsi s’assuré un trophée qu’il a fait enfouir dans une dalle de Westminster Abbey.

George IV d'Angleterre
George IV

Si tel avait été le cas, comment expliquer le silence des proches lors de l’exhumation ? Et quel est l’intérêt d’une telle substitution pour l’Angleterre ? Volonté de supprimer les preuves d’un empoisonnement à l’arsenic ? C’est peu crédible. Même si une nouvelle autopsie venait à en révéler la présence, cela ne serait pas probant. Après un séjour en terre, tous les restes contiennent peu ou prou de l’arsenic. Quant aux médecins d’aujourd’hui, examinant le rapport d’autopsie de 1821, leur avis est clair : l’estomac est   » rempli en partie d’un liquide noirâtre, d’une odeur piquante et désagréable, est le siège d’un ulcère cancéreux fort étendu  » avec une perforation de 6mm de diamètre. Il s’agit donc, sans doute, d’une  » anémie due à des saignements répétés, dont la cause est un ulcère de l’estomac, probablement dû à un syndrome dépressif et à une infection ancienne à Helicobacter pylon  » . Alors une substitution par qui ? et pourquoi ?  » Françoise SURCOUF (Historienne, journaliste, écrivain français)

Réponse de Franck FERRAND ( Écrivain spécialisé en Histoire )  :  » Cette hypothèse mérite notre intérêt. Notamment car elle pointe les différences de position et d’environnement du corps de l’Empereur, qui ont été constatée entre l’inhumation en 1821 et l’exhumation en 1840. Ces différences sont nombreuses et troublantes : le nombre et l’ordre des cercueils, l’uniforme qui n’est pas identique, les vases d’argent contenant le cœur et l’estomac de Napoléon qui ne sont pas à la même place, la position des décorations, les bottes qui ne sont pas du même type, le corps trop grand pour le cercueil et qu’il a fallu plier … Tout pose question ! Cela laisse entendre que la dépouille a été dérangée pendant le laps de temps de dix-neuf années. C’est un fait historique !

Selon Rétif de la Bretonne, George IV était un amateur averti de momie et passionné par Napoléon. Au point qu’il s’habillait comme lui et qu’il copiait ses comportements. Il aurait ordonné à Sir Hudson Lowe de rentrer et lui rapporter la dépouille de Napoléon. Ce corps aurait enrichi sa collection. Encore une fois … Ce n’est qu’une hypothèse. 

De nombreuses demandes de prélèvements A.D.N. sur le corps qui se trouve aux Invalides ont été demandées. Aucune d’elles n’a pour l’heure abouti car, systématiquement, la question est renvoyée à la famille impériale. Or, le prince Louis Napoléon et son épouse s’y sont toujours opposés. Le prince Jean-Christophe ne me paraît pas mieux disposé. Seul le prince Charles est acquis à cette idée. Se pose aussi la question du prestige car à la mystique Coupole se pressent 1,2 millions de visiteurs par an. Pour ma part, ne n’attache de la valeur qu’à la seule recherche de la vérité historique. Quand bien même cela se révélerait désagréable. Cette vérité ne doit jamais être scellée. » 

 

MOLIERE … Le doute

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Jean-Baptiste POQUELIN dit MOLIÉRE ( 1622/167par Jacques CAFFIÉRI

« Il est l’auteur le plus célèbre et le plus joué en France. Au lycée des générations d’élèves ont ânonné ses vers comme sa prose, les étoiles en herbe des cours d’art dramatique jouent consciencieusement ses personnages, des jeunes premiers fringants aux délicieuses coquettes, des valets de comédie aux barbons acariâtres. Son nom sur une affiche est déjà un succès. Ses répliques célébrissimes fusent sans cesse dans notre mémoire collective :  » mais que diable allait-il faire dans cette galère ?  » ou «  Ah pour être dévot, je n’en suis pas moins homme  » ou bien encore pour le plaisir de sa musique :  » je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle et que quatre et quatre sont huit !  » et aussi  « la solitude effraie une âme de vingts ans …  »

L’Avare, Le Tartuffe, Dom Juan, Le Misanthrope etc… autant de chefs-d’œuvre. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, plane sur la république des Lettres, statufié dans le marbre, poète quasi officiel du grand roi du monde : Louis XIV.

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 » Molière reçu par Louis XIV  » – Jean Hégésippe VETTER

Molière ! Et c’est déjà tant dire sur l’esprit français, sa grâce, sa légèreté profonde, son humour désabusé, ses saillies, son charme, sa séduction. Le patron, comme l’appelait l’immense acteur que fut Louis Jouvet, continue de fasciner les comédiens du monde entier. Et pourtant, elle court la rumeur, elle file, elle enfle, de salon en salon, de lieux bien informés en estrades publiques, car, enfin, que sait-on de l’homme ? Que retient-on de de sa biographie ? Fils de tapissier du roi, personnage éminent et bien introduit à la Cour, des bribes … Quelques lignes, trois bien modestes sources, Le Registre de la Grange, jeune premier de la troupe, la préface à l’édition des Œuvres complètes de 1682 et La Vie de Monsieur de Molière par Grimarest. C’est un peu court ! Et voilà qui sonne comme une réplique de théâtre.

L’homme qui va bientôt mettre le feu aux poudres le 16 octobre 1919 est aussi un auteur fameux, couronné de lauriers et de succès bien mérités : Pierre Louys, érudit, bibliophile ( sa bibliothèque comptait 20.000 volumes), grand spécialiste de l’histoire littéraire du XVIIe siècle, le romancier des Chansons de Bilitis, écrit sans ambages dans son article paru dans le journal Le Temps :  » il est évident que Corneille domine toute la vie de Molière et qu’il a collaboré à plusieurs de ses pièces et que l’une d’elles, Amphitryon, est toute entière de sa plume, si l’on néglige quelques  » interruptions  » très faciles à détacher et quelques rares fragments de scènes « ?

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Pierre LOUYS

Le scandale est immense ! Oser s’attaquer à un monument. Les moliéristes qui vouent à leur génie une sorte de culte païen, s’étranglent d’émotion. Les insultes pleuvent à la hauteur du sacrilège ! Pourtant, jusqu’à sa mort, Louys n’en démordra pas . Et de donner des signes, mieux que des preuves de ce qu’il avance.

Au grand siècle, règne un homme, un génie des Lettres, celui que des gazettes, les Salons ou la Cour n’appellent plus que le Grand Corneille. A deux reprises, Molière se rendra à Rouen, la ville où demeure l’immortel auteur du Cid. Il s’agit du premier déplacement de la troupe de l’illustre Théâtre. Second voyage alors que Molière a 36 ans. Le voici à Grenoble, et soudain, fouette cocher ! Il s’envole pour la capitale normande et y demeure six mois.

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 » Les auteurs Molière et Pierre Corneille  » – Lithographie d’après la peinture de Jean-Léon GÉRÔME

Là, changement de style. On ose parler de métamorphose. L’auteur de bonne farces sans génie, faites pour distraire des paysans ou des bons bourgeois rustauds, fait place à un être tout de délicatesse et de retenue que l’on sent blessé par la vie.

Quelle ressemblance enfin entre la Jalousie du Barbouillé et Les Précieuses ridicules ! Molière met aussi à l’affiche les pièces de son maître Corneille, Rodogune, Héraclius ou Cinna. Connu, reconnu, fêté, honoré de la faveur du roi, notre Jean-Baptiste doit fournir sans relâche de nouveaux spectacles. Naîtra ce texte comme un zéphyr : Psyché.

Dans l’avertissement le ton est donné. Son co-auteur, Philippe Quinault, poète de Cour, a largement participé à la pièce parce que «  le carnaval approchait et les ordres pressants du roi qui voulait donner ce magnifique divertissements plusieurs fois avant le Carême, l’ont mis dans la nécessité de souffrir un peu de secours ». Si Corneille se veut discret, Quinault l’est nettement moins. Collaboration, preuve écrite à quatre mains, sur une trame, un argument donné par Molière, metteur en spectacle, et des vers ou de la prose écrits par Corneille ou un autre. Le pot aux roses serait-il dévoilé ? Mystère …

Car, selon toujours les anti-moliéristes, reste t-il , écrits de sa main, des manuscrits soigneusement repris et repris encore, raturés jusqu’à l’excès, des notes, des lettres, le plus petit des billets  ? Rien. Il n’y a rien. C’est un écrivain sans écrits. Certains spécialistes aujourd’hui s’en donnent à cœur joie : plusieurs logiciels permettent d’étudier et de comparer soigneusement les différences lexicales et syntaxiques et leurs ressemblances. Leurs conclusions sont, selon eux, sans appel. Les plus belles pièces de Molière : Le Tartuffe, Dom Juan, et le Misanthrope ne sont pas entièrement de sa main.

Dernier clin d’œil, plus de trois siècles plus tôt de notre ami Boileau dans son Art poétique et qui se moque :  dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe, je ne reconnais point-là l’auteur du Misanthrope …. –  Peut-être serait-il temps de rendre à la postérité ce qui appartient autant à Pierre qu’à Jean-Baptiste.  » Philippe SÉGUY ( Historien et journaliste, écrivain français, Docteur en histoire, spécialiste du XVIIIe siècle)

 

P.S. j’aimerai rajouter  une sorte de  » droit de réponse  »  venant de la part de l’une des personnes qui s’est insurgée contre le fait que l’on puisse douter de la paternité des pièces de Molière :

 » Georges FORESTIER ( Titulaire de la chaire des études théâtrales du XVIIe siècle, professeur de littérature à la Sorbonne, historien, écrivain ayant rédigé une biographie sur Molière )  » Il suffit d’une poignée de farfelus pour semer le trouble. Quand Dominique Labbé prétend confirmer leur délire en utilisant mal un bon outil scientifique, moi j’appelle cela de l’abus de confiance. Du vivant de Molière, ses ennemis, très nombreux, qui connaissaient tout de sa vie, lui ont tout reproché : de plagier des auteurs italiens et espagnols, de puiser dans les Mémoires fournis par les contemporains, d’être un dangereux libertin, d’être cocu, sans oublier d’avoir épousé sa propre fille ! Pourtant, l’idée même d’une supercherie littéraire n’a effleuré la pensée d’aucun de ses ennemis, même ceux qui voulaient l’envoyer au bûcher avec ses livres – Les comédies de Corneille reposent sur une esthétique totalement étrangère à celle de Molière. Types de personnages, formes de dialogue, construction des pièces, thèmes, rapport au monde, conception du comique, tout est différent. Seulement, la versification implique une forte uniformité lexicale à cause du nombre de rimes relativement réduit et des constructions syntaxiques quasi obligatoires. En comparant seulement les pièces de Corneille et de Molière, Labbé à donc dévoyé son outil scientifique et faussé la démonstration. Car ce sont des dizaines d’autres pièces de l’époque qui ressemblent à celles des deux auteurs.  »

Dominique LABBÉ,  cité ci-dessus,   est Docteur d’État en Science politique, professeur, Maître de conférence à l’université de Grenoble, chercheur à l’Institut d’Études politiques à Grenoble, diplômé de la Faculté de Droit et Sciences Économiques de Paris. Il a écrit un livre où il parle de ce sujet  Corneille dans l’ombre de Molière , et dans lequel, après des années de recherches,  en se basant sur une méthode d’analyse informatique scientifique qui a fait ses preuves à l’échelle internationale, il démontre pourquoi Molière ne serait pas l’auteur de treize de ses pièces et que la paternité en reviendrait à Corneille.

 

 

 

 

 

L’affaire du collier de la reine Marie-Antoinette…

COLLIER dit de la REINE MARIE-ANTOINETTE
Reproduction en zircone du collier de la reine de Boehmer et Bassenge – Cette réplique est entrée dans les collections du château de Versailles en 1963 à la demande de Alain Decaux. Il a été réalisé en 1960 par le joaillier Albert Guerrin. A l’époque de la reine, il était évalué à 1.600.000 Livres – Il se composait alors de 647 diamants et pesait 2800 carats. La copie de Versailles n’est pas la seule, il y en a deux autres : une au château de Breteuil et une autre assez ancienne qui vient de la collection Baszanger ( descendant de Bassenge). Cette  dernier et celle de Versailles ont souvent été prêtées pour des expositions dans le monde.

 » L’affaire du collier de la reine est, avec celle de la Tour de Nesle et celle des poisons, le plus grand scandale qui ait jamais éclaboussé le trône de France. Pour comprendre les dessous de cette escroquerie et le mystère qui l’entoure encore, remontons quinze ans avant les faits, en 1770.

La dauphine Marie-Antoinette n’est pas prude, mais les récits que lui font Mesdames, filles de Louis XV, de la jeunesse houleuse et les débordements de Madame du Barry, suffisent à la prévenir de celle-ci. Dans les salons, dans les couloirs, la petite Autrichienne n’a pas un regard pour l’ancienne prostituée. Lorsqu’elle la croise, elle ne la salue même pas. La favorite s’en plaint alors au roi et exige que la dauphine lui adresse une fois la parole. L’ambassadeur d’Autriche, Mercy-Argenteau, appelé à la rescousse, finit par écrire à l’impératrice Marie-Thérèse. Celle-ci qui a besoin de la non-intervention de la France dans l’affaire du partage de la Pologne, tance vertement sa fille.

Et le 1er janvier 1772, la dauphine, la mort dans l’âme s’approche de Madame du Barry et lui dit, en la regardant bien droit dans les yeux : il y a bien du monde aujourd’hui à Versailles ! … La favorite a gagné. Si Madame du Barry triomphe, elle n’en voue pas moins une rancune tenace à Marie-Antoinette. Elle fait donc courir des bruits que les pamphlétaires s’empressent de colporter : Marie-Antoinette trompe son chaste mari avec son frère cadet le comte d’Artois (futur Charles XI), avec le jeune Fersen, avec des gentilshommes, et même avec ses dames d’honneur …

Pendant ce temps, Louis XV, toujours amoureux de sa favorite, décide de lui offrir un cadeau inégalable. Il demande aux joailliers Boehmer et Bassenge (ou Bassange)  de lui créer un collier d’exception. Les deux artistes se mettent au travail, mais le roi meurt avant qu’ils ne l’aient achevé. La comtesse du Barry tombe en disgrâce et le collier reste sur les bras de ses créateurs.

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En 1778, Louis XVI, très épris de la reine, souhaite lui offrir le collier, mais elle refuse. Les deux artisans désespèrent de vendre leur œuvre. C’est alors que surgissent en coulisses quelques personnages plus que douteux : Jeanne de Valois-Saint Rémy, née en 1756, issue d’une lignée bâtarde du roi de France Henri II. Elle grandit dans la misère, mendiant avec son frère et sa sœur pour survivre. A la mort de leurs parents, les trois enfants sont pris en charge par la marquise de Bougainvilliers qui vient en aide aux nobles désargentés. En 1780, Jeanne épouse Nicolas de la Motte. Le couple s’installe à Paris.Quatre années passent. Jeanne est volage, accorde ses faveurs à beaucoup d’autres hommes, fréquente Versailles où n’importe qui peut pénétrer à condition d’être habillé décemment, et tente, sans succès, de se faire présenter à la reine. Bientôt, Jeanne fait la connaissance du cardinal Louis de Rohan, un curieux ecclésiastique aux mœurs dissolues.

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Ce richissime libertin devient l’amant de Jeanne qui se lie avec plusieurs individus interlopes de son entourage, dont le fameux Cagliostro, faussement mage, mais véritable escroc qui, depuis plusieurs années, extorque à l’ecclésiastique des sommes considérables. Jeanne voit l’immense parti qu’elle peut tirer d’une alliance avec ce personnage bizarre et redouté. Aidée de son mari et de son nouvel amant, Rétaux de Villette, faussaire notoire, et de l’occultiste, elle va mettre sur pied une escroquerie qui entrera dans l’Histoire sous le nom de l’affaire du collier de la reine. Une incroyable machination dont Rohan sera la dupe. Il s’agissait de faire main basse sur le fabuleux collier, d’en dessertir les pierres et de disparaître.

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Brouillé avec Marie-Antoinette, le cardinal nourrit l’espoir de regagner ses bonnes grâce et caresse même l’ambition de devenir Premier ministre. Les La Motte réussissent à le convaincre que la comtesse peut intercepter en sa faveur. En janvier 1785, via de fausses correspondances signées Marie-Antoinette de France, Jeanne parvient à lui faire croire que la reine le charge d’acquérir secrètement le collier, s’engageant à le rembourser par traites. Rohan exige d’obtenir confirmation de cette requête par la bouche même de la reine. Les complices dégotent un sosie de Marie-Antoinette parmi les quelques 600 prostituées qui hantent le Palais-Royal. Nicole d’Oliva tient ainsi son rôle lors d’un rendez-vous nocturne à Versailles.

Nicole d'Oliva
Nicole d’OLIVA

Mais le cardinal doute encore. Cagliostro appelle à la rescousse ses dons prophétiques et promet au cardinal l’amour de la Reine. Rohan, ravi, se précipite chez les joailliers qui lui remettent le collier. Le prélat le confie aux escrocs, à charge pour ces derniers de remettre le bijou de sa part à Marie-Antoinette. Rétaux fille à Londres pour y négocier les fameux diamants … et Rohan commence à se poser des questions.

Du côté des joailliers, l’inquiétude naît également. L’argent des traites n’arrive pas. Boehmer se rend à Versailles où il est reçu par la reine qui tombe des nues. L’affaire vient aux oreilles du roi. Louis XVI prend le risque d’un scandale public en faisant arrêter le cardinal en pleine messe le jour de l’Assomption. Le Parlement l’innocente, le considérant comme une victime et désavouant, du coup, la reine soupçonnée d’avoir trempé dans l’escroquerie. Arrêtée, Jeanne, comme toutes les voleuses est marquée d’un V au fer rouge.

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Jeanne marquée au fer rouge

Le doute plane. A t-elle agi seule ? Le comportement du baron de Breteuil, ennemi du cardinal, est des plus étranges. Il va jusqu’à promettre aux bijoutiers le paiement entier du collier s’ils jurent que Rohan a bien vu la reine et qu’il tient d’elle sa mission d’acheter le bijou. Il veut certes perdre le prélat, mais pourquoi aussi Marie-Antoinette  ? Madame de la Motte, elle, semble jouir d’aides financières et de hautes personnalités viennent la voir dans sa prison. Elle s’en évade et part pour l’Angleterre où elle meurt en 1791.

Quant au collier, nul n’a jamais retrouvé sa trace …  » Françoise SURCOUF ( Écrivain en Histoire, rédactrice en chef du Magazine des arts, critique d’art, chroniqueuse judiciaire)

 

 

 

 

Les Salons littéraires de certaines dames célèbres du XVIIIe siècle …

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« Première lecture de l’Orphelin de Chine chez Madame Geoffrin  » – 1755 – Gabriel LEMONNIER

 » L’affaiblissement de l’institution monarchique tout au long du XVIIIe siècle s’exprime dans le domaine des Lettres. La Cour, qui était naguère à l’initiative de toutes les modes et des idées, subit la concurrence de cercles et de sociétés particulières. Les Salons gagnent en importance où les femmes jouent un rôle qui dépasse le simple badinage et la préciosité.

Un rituel s’établit, d’abord exprimé de celui de Versailles, en plus petit. Dans son château de Sceaux, la duchesse du Maine protège une sorte de Cour secondaire. On y discute des arts et des affaires de l’État, on y rencontre Montesquieu et Voltaire, acteurs et poètes, savants et musiciens, diplomates et chefs de partis. La duchesse du Maine, friande de fêtes et de spectacles, entend sauvegarder les intérêts de son mari, fils bâtard de Louis XIV avec Madame de Montespan.

Salons Anne Louise du Maine par Pierre Gobert
 » Portrait de la Duchesse du Maine  » par Pierre GOBERT

Chez Madame de Lambert, dont le salon parisien connait une pleine activité à l’époque de la Régence, l’usage est différent. Les réceptions se suivent tout au long de la semaine, dominées suivant les jours par les artistes ou par les gens du monde. Cette spécialisation donne le sentiment d’une segmentation de la société, mais elle traduit en fait l’ambition de la maîtresse de maison, qui est d’atteindre à l’expertise dans toutes les questions abordées. Madame de Lambert désapprouve le relâchement des mœurs caractéristique des années qui suivent la mort de Louis XIV, et réagit par le travail et la rigueur : à ceux qui moquent sa maison, véritable bureau de l’esprit, le philosophe Fontenelle répond  » qu’elle est la seule qui fut préservée de la maladie épidémique du jeu, la seule où l’on se trouvât pour parler raisonnablement les uns et les autres  » ( cité par Sainte-Beuve-Causeries du lundi/1851)

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 » Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert  » – Gravure par DESROCHERS

Madame de Tencin qui reçoit certains des fidèles de Madame Lambert, est elle-même écrivain et auteur de romans. Elle est aussi une femme avisée, habile à placer dans la banque et à s’enrichir. Mais surtout elle excelle à organiser des rencontres, à rapprocher les intérêts, à confronter les points de vue, à accompagner les ambitions et les projets. Son Salon de la rue Saint-Dominique, dans le quartier du Faubourg Saint-Germain qui devient le plus aristocratique de la capitale, sert de lieu d’échange. Toutes sortes de personnages s’y croisent, les uns mêlés à la politique, les autres à la philosophie ou à la science, entre lesquels elle entretien une conversation.

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 » Portrait de la baronne Claudine Guerin de Tencin – dite Madame de Tencin  » – par Joseph AVED

Car le trait commun à ces différentes maisons est sans doute dans cette conversation qu’on y pratique. Plus qu’un simple et frivole bavardage, moins qu’une succession laborieuse de conférences, l’équilibre est délicat et repose sur la capacité de l’hôtesse à doser et à rythmer l’attention et le temps donnés à chacun. L’écrivain et critique littéraire Sainte-Beuve a caractérisé le talent de Madame Geoffrin, autorité incontestée dans ce domaine, à travers sa présence muette :  » elle a pour principe de ne causer elle même que quand il le faut , et de  n’intervenir qu’à certains moments  » (Causeries du lundi/1850).

De Madame Geoffrin, souligne Sainte-Beuve on ne connaît d’autres écrits que quelques lettres, et cependant l’Europe entière regarde son Salon de la rue Saint-Honoré comme l’un des premiers foyers de la vie intellectuelle.

Salon Mme Geoffrin par Jean Marc Nattier
« Portrait de Marie-Thérèse Rodet Geoffrin dite Madame Geoffrin  » – par Jean-Marc NATTIER

Après 1750 l’essor de la littérature de la passion amoureuse apporte un ton neuf. Madame du Deffand , jusque là réputée une hôtesse austère, se découvre sentimentale. Julie de Lespinasse, son ancienne dame de compagnie qui a ouvert un Salon rival, se retrouve elle aussi sujette à des mouvements ardents. Autour de Madame d’Epinay naissent des passions amoureuses dont celle de Rousseau pour Madame d’Houdetot.

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Parallèlement se pose la question de la publicité. Tant de propos tenus par ici et là sont-ils faits pour être diffusés et surtout lorsqu’ils visent des personnes ? La Société du bout de banc, dont l’âge d’or se situe vers 1745, est l’exemple d’un rassemblement d’intelligences qui tire sa justification dans la littérature. Réunis autour de Jeanne-Françoise Quineau, dite Madame Quinault cadette, ancienne actrice de la Comédie -Française, ses membres sont invités à rédiger des textes sur des sujets divers qui sont ensuite édités et publiés.

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 » Jeanne-Françoise Quinault  » – Gravure de Eugène PIRODON d’après QUENTIN DE LA TOUR 

Mais la critique de l’autorité royale, telle qu’elle se manifeste ici ou là, appelle à la discrétion. L’ancienne discipline des gazettes manuscrites, appelées aussi nouvelles à la main, et dans lesquelles on consigne des débats et des avis, apparaît comme un complément précieux de l’activité de Salon.  » Jérôme PICON (Historien d’art et écrivain français )

Jean de LA FONTAINE …Poète ?Fabuliste ? Conteur ? Moralisateur ?

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 » Statue de Jean de La Fontaine  » -1731 – Pierre JULIEN ( Musée du Louvre – Paris / France )

 » Avant d’être fabuliste, La Fontaine est un conteur. Ce n’est qu’après avoir publié deux volumes de Contes et Nouvelles qu’il a fait paraître en 1668 son premier recueil de Fables choisies et mises en vers. Valéry, qui aimait les Fables, rejetait les Contes dont il disait ne pas souffrir le ton rustique et faux. C’est étonnant parce qu’aucun des recueils de fables n’est pur : le poète y a introduit des contes, des discours, des églogues, et même des allégories mythologiques. Les Fables ne sont pas un chef-d’œuvre isolé. Au risque de commettre un anachronisme, je dirait qu’il y a quelque chose de balzacien dans cet ensemble. Deux siècles avant la Comédie Humaine, le poète entend faire de son œuvre une ample comédie à cent actes divers et dont la scène est l’univers. 

De ce fait, le tout forme une épopée de mille saynètes gaies, moqueuses, gauloises, mais aussi dramatiques et cruelles dans lesquelles La Fontaine fait vivre des hommes, des dieux, des animaux ainsi que la société du temps avec ses rois, ses riches, ses misérables. Il les dépeints avec leur orgueil, leur avarice, leurs envies et leurs colères, leurs hypocrisies, leurs sottises, mais aussi, pour d’autres, leur tendresse, leur solidarité, leur amour. C’est un long film composé de sketchs divers mais rattachés entre eux. Vu sous cet angle, La Fontaine n’apparaît pas comme un fabuliste plus ou moins moralisant qui se serait égaré à commettre des contes grivois. Il s’impose au contraire, comme le conteur par excellence qui, poussé par une exigence esthétique sévère, élève le conte à son degré le plus haut jusqu’à le convertir en apologue, ce qui, à cette époque, était considéré comme un genre noble venu des Antiques.

Je ne pense absolument pas que La Fontaine soit moralisant ou moralisateur. D’ailleurs, très souvent, la moralité ne semble être là que par habitude, sinon par réflexe, histoire de se sacrifier à la loi du genre. Comme je vous l’ai dit, La Fontaine est essentiellement un conteur. Je pense qu’il a trouvé dans les Fables, des sujets qu’il avait envie de raconter à sa manière : selon moi les Fables dont des contes travestis. D’ailleurs, bon vivant, notre poète est dépourvu de toutes sévérité et même austérité :  » il rit et ne hait point  » disait Chamfort ; et il ajoute  » le mal qu’il a peint, il le rencontre. Les autres, La Bruyère et Pascal, ils l’ont cherché. »

En réalité, La Fontaine a cette heureuse disposition qui lui permet de supporter les défauts des autres et les siens. Il sera toujours indulgent pour les faiblesses et les travers humains.  Inimaginable pour lui d’exiger une vertu parfaite, ni de prêcher des maximes démesurées. Rien ne lui est plus sympathique que la vertu fanatique. Nous pouvons le rapprocher du Philinte du Misanthrope :  » il n’éprouve ni n’inspire ces haines vigoureuses que doit donner le vice aux âmes vertueuses » . Si vertu il doit y avoir, celle-ci doit être traitable. Le regard narquois qu’il pose sur tout ce qui l’entoure, le préserve des envolées bruyantes. Il n’a rien d’un sermoneur. Les actes de générosité qu’il raconte, ne sont pas héroïques. Ce sont des gestes spontanés, désintéressés, qui ne répondent à aucun principe de vertu. La Fontaine n’a jamais été dans le superbe. Nous sommes loin de Corneille.  » André VERSAILLE ( Écrivain et éditeur belge )