RAPHAËL à CHANTILLY – Le maître et ses élèves …

EXPO RAPHAEL

«  Il possédait si bien l’art de plaire, l’art de séduire et de charmer, que sa main n’attendait pas toujours sa pensée et négligeait parfois le travail de la méditation comme inutile au succès de son œuvre, comptant sur la beauté des lignes pour imposer silence aux juges les plus sévères. Mais cette confiance, même si souvent justifiée, ne reposait-elle pas sur un travail persévérant ? Si Raphaël n’est pas le premier dans toutes les parties de la peinture, aucun peintre ne peut disputer le premier rang car aucun n’a réussi au même degré que lui, toutes les qualités que lui donne dans l’étude et le génie. » Gustave PLANCHE (Critique littéraire et critique d’art)

« On vit clairement dans la personne, non moins excellente que gracieuse de Raphaël, à quel point le Ciel peut parfois se montrer généreux et bienveillant, en mettant, ou pour mieux dire, en déposant et accumulant en un seul individu, les richesses infinies ou les trésors de ses innombrables grâces qui sont des rares dons qu’il ne distribue cependant que de temps à autre et à des personnes différentes.  » Giorgio VASARI (Peintre, architecte et écrivain italien)

2020 fête les 500 ans de la mort du peintre et architecte italien : Raffaello Sanzio dit RAPHAËL. Une commémoration que l’on prévoyait de  célébrer , notamment, par deux expositions importantes 1) du 5.2. au 2.6. au Palais du Quirinal à Rome (Italie) où il était prévu que  l’on puisse admirer 200 pièces dont 40 prêtées par la Galerie des Offices de Florence et 5 par le musée du Louvre à Paris –

2) du 7.3. au 5.7. proposée par le Domaine de Chantilly (France) penchée davantage d’une part  sur les dessins du peintre, des premiers jusqu’à ses chefs-d’oeuvre en passant par ceux préparatoires pour les grandes décorations ; et d’autre part, sur son atelier et ses élèves.

Il devait y avoir aussi Raphaël et son entourage à la National Gallery de Londres de février à juin, puis Raphaël toujours à la National Gallery d’octobre 2020 à janvier 2021. Urbino, sa ville natale, lui avait consacré une exposition en 2019 avec pour sujet sa formation et apprentissage.

Autant le dire : le confinement a modifié toutes ces dates et certains musées ont décidé de faire comme ils pouvaient en proposant soit  des visites virtuelles dans un premier temps, ou reporter les expos à l’automne ou les maintenir en rallongeant, notamment,  la durée de l’expo lorsque cela était possible.

La sortie du confinement a permis la ré-ouverture de certains lieux, c’est le cas du château de Chantilly depuis le 21 mai, pour le bonheur de beaucoup, y compris du mien !

L’expo de Chantilly est d’importance compte tenu que, malheureusement, ce sera la seule en France. Certains pourraient être à même de se dire que cela aurait pu se faire au Louvre par exemple, mais il faut savoir que le musée Condé du Domaine de Chantilly est une institution éminente et reconnue d’une part pour sa grande connaissance de l’œuvre de ce peintre, mais elle est également détentrice de tableaux magnifiques de Raphaël, et d’un fonds important de dessins. L’expo s’intitule :

 » RAPHAËL à CHANTILLY – Le maître et ses élèves  » ( en partenariat avec Christie’s) avec des  prêts du Palais des Beaux Arts de Lille.

RAPHAEL auto portrait
 » Autoportrait  » 1506 – RAPHAËL ( Galerie des Offices à Florence)
RAPHAEL La vierge de Lorette Musée Condé
 » La vierge de Lorette  »  1509/1510 – RAPHAËL (tableau faisant partie de la collection du musée Condé / Chantilly)
TROIS GRACES
« Les trois grâces » 1504/1505 RAPHAËL (Tableau faisant partie de la collection du musée Condé/Chantilly)
RAPHAEL La Madone de la maison d'Orléans de Raphaël vers 1506-1507
 » Madone de la Maison d’Orléans  » 1506/1507 – RAPHAËL( Tableau faisant partie de la Collection du musée Condé/Chantilly)

Raphaël fut un peintre adulé de son vivant, un artiste majeur dans l’histoire de l’art, un génie de la composition, un mythe de la Haute Renaissance italienne, un surdoué de la peinture qui a poursuivi un idéal de perfection. Un esprit inventif, un des maîtres du Cinquecento avec Léonard de Vinci et Michel Ange notamment. Il fut aussi excellent dessinateur et un architecte.

Un homme mystérieux, cultivé, lettré, qui a fréquenté les cercles humanistes où il n’a pas manqué de se faire bon nombre d’amis. Il a été profondément aimé et admiré de son vivant mais il fut aussi incompris et trahi.

La Haute Renaissance italienne, dans laquelle il a évolué,  se situe entre 1500 et 1530. Une époque de grand rayonnement artistique avec un niveau élevé. C’est un mouvement culturel et artistique de renouveau dans laquelle on suit les grandes découvertes, on revient à l’Antiquité, on évolue dans le solennel, le spirituel, l’harmonieux, le réalisme, l’humanisme et on place l’homme au centre de tout. Raphaël a su réunir tout cela.

Il est resté dans les esprits comme une vraie référence d’esthétique et de perfection et ce quasiment jusqu’au XXe siècle : on l’a dit divin, irréprochable, admirable, incomparable. Un ange de la peinture mort, malheureusement, en pleine gloire à l’âge de 37 ans, laissant derrière lui une très importante quantité d’œuvres magnifiques.

Beaucoup de peintres qui viendront des siècles après lui, le placeront au-dessus de tout. Il sera le modèle. Delacroix, par exemple, dira qu’il est la manifestation d’une âme qui converge vers les Dieux.

Comme je l’ai dit, Raphaël fut un excellent dessinateur, utilisant souvent le dessin à titre préparatoire pour ses futurs tableaux. Côté peinture il a su avoir une maîtrise importante dans le trait et la lumière. Ses œuvres  sont auréolées de grâce, de douceur, de sérénité et de modernité avec des couleurs belles et généreuses . Il a placé le dessin et la couleur à égalité dans leur utilisation et n’a jamais tenu à ce que l’on prenne l’un prenne le pas sur l’autre et la domine.

En tant que dessinateur, il a utilisé le crayon, la plume, le lavis, la sanguine, le stylet. Tout dépendait de ce qui’l traitait. Chacun ayant ses caractéristiques bien déterminées. Ses dessins ont servi à ses élèves car ils étaient à la base de l’enseignement prodigué par le maître et c’est ce qui leur permettait aussi de comprendre l’art pictural de Raphaël. On peut dire qu’ils ont eu une grande chance.

Raphaël a eu vraiment une maîtrise totale du dessin et comme l’ont fait Michel Ange et Léonard de Vinci, il portera le dessin à sa plus haute expression. Son trait est très expressif et s’il en est arrivé là, c’est parce que le dessin a été une véritable passion dès son plus jeune âge. Sa formation auprès du Pérugin, lui a sans nul doute apporté un trait doté de pureté et de précision. Avec le temps, il a appris la perspective et la composition mais cela n’effacera pas sa délicatesse. Chacun de ses tableaux ou décorations sont passés par le dessin.

Petite chose à savoir : le terme disegno ( dessin ) dans la Renaissance italienne avait deux significations. Il était une technique de création et la conception d’un projet. Il était à la fois manuel et intellectuel.

RAPHAEL homme à demi drapé portant fardeau RAPHAEL
 » Dessin Homme à demi drapé portant fardeau  » RAPHAËL (Collections du musée Condé/Chantilly)
RAPHAEL 2
 »Étude de La Vierge assise avec l’Enfant et le petit Saint Jean dans un paysage  » RAPHAËL (Cette étude illustre l’affiche de l’expo)
RAPHAEL Madone d’humilité couronnée par deux anges volant et entourée par six autres anges
 » Madone d’humilité couronnée par deux anges et entourée par d’autres anges  » -RAPHAËL (fait partie des collections du musée Condé/Chantilly)

Ce fut un artiste prolifique qui a su intégrer les principes du passé en les synthétisant de façon intelligente, harmonieuse, talentueuse. Il s’est souvent tourné vers l’Antiquité que ce soit dans les tableaux ou en architecture. Il s’est montré doué dans les règles de la perspective : tout y est pensé de façon claire et rigoureuse.

Il a été influencé par des grands noms : le Pérugin de qui il tiendra d’ailleurs cette grande douceur et grâce qui le caractérisent et qui ressortent notamment dans ses Madones – Léonard de Vinci ( qu’il a tant admiré ) à qui il a emprunté la technique du sfumato qui atténue les contours, mais conservera aussi la subtilité dans les modulations des jeux de lumière, le naturel des visages, la présentation des personnages souvent positionnés en trois-quarts ( comme la Joconde)  – Michel Ange qui lui inspirera des corps magnifiquement bien proportionnés, sculptés et modelés.

Raffaello Sanzio di Urbino dit Raphaël est né en 1483 à Urbino, une commune située dans la région des Marches en Italie. A la tête de ce duché se trouvait Frédéric III de Montefeltro un grand protecteur et mécène des arts.

Giovanni, le père , est peintre. Il possède son propre atelier et travaille pour le duc. Nul doute que c’est auprès de lui que Raphaël commencera sa formation, et dès le départ, il se montrera infiniment doué pour le dessin.

A 11 ans, il se retrouve orphelin. Ses parents sont tous deux décédés à quelques années d’intervalle. A la mort de son père, il continuera à utiliser un temps son atelier, puis décidera de rejoindre Pérouse pour suivre son apprentissage auprès de Pietro Vanucci dit le Pérugino.

Pietro PERUGINO
 » Autoportrait  » Pietro VANUCCI dit le PERUGINO (Fresque du Collègio del Camgio à Pérouse en Italie)
RAPHAEL Buste d'homme Pietro VANUCCI dit le PERUGINO
 » Dessin buste d’homme  »  -Pietro VANUCCI dit LE PÉRUGINO ( Collections du musée Condé/Chantilly)
RAPHAEL Pietro VANUCCI dit le PERUGINO buste de la justice
 » Dessin buste de la justice  » Pietro VANUCCI dit LE PÉRUGINO (Collections du musée Condé/Chantilly)

L’influence de ce dernier va être considérable. On retrouve, en effet, dans les tableaux de  » l’assistant  » ( car il le fut, bien plus qu’un apprenti ! ) cette lumière et cette clarté, toutes deux auréolées de sérénité, de douceur et de finesse des traits, qui font partie des caractéristiques picturales de son maître. D’ailleurs, on peut confondre certaines de leurs toiles tant il y a de similitudes. Six ans plus tard, il quitte Pérouse, retourne à Urbino pour s’occuper de l’atelier de son père. Les portraits de l’époque sont très réalistes, plaisent et lui apportent le succès. La critique l’encense.

En 1506 c’est le départ pour Florence avec, en poche, une recommandation bien appuyée de Giovanna della Rovere, épouse de Francesco duc d’Urbino, dans laquelle elle requiert une aide au chef de la République florentine pour son jeune protégé. Dans la belle cité florentine, les peintres s’affrontent de façon redoutable. Ils sont rivaux, se critiquent, et éliminent ceux qui se montrent fragile et faibles ou feraient ombrage à leur travail. Ils se suspectent même.

Dans cette atmosphère étrange, Raphaël arrivera malgré tout à se faire une place, être reconnu et apprécié. Entre autres artistes d’importance, il y a Léonard de Vinci et Michel Ange ( avant que ce dernier ne se rende à Rome pour travailler dans la Chapelle Sixtine notamment) – Tout deux se disputaient la première place dans la cité florentine et honoraient beaucoup de commandes. Il va apprendre beaucoup des deux !

En effet, ils favoriseront considérablement son style. Du reste, à Florence, Raphaël va emmagasiner bon nombre de techniques, de formules, de compositions que les autres avaient développé. Il les assimilera , les approfondira pour mieux les comprendre. Comme l’a dit très justement Delacroix «  son originalité ne paraît jamais plus vive que dans les idées qu’il emprunte. Tout ce qu’il touche, il le relève et le fait vivre d’une vie nouvelle. C’est bien lui qui semble alors reprendre ce qui lui appartient et féconder des germes stériles qui n’attendaient que sa main pour donner leurs vrais fruits« .

Malgré le succès obtenu à Florence, son souhait sera de se rendre à Rome. Il faut dire que si la belle Florence fut longtemps le centre de l’art italien, c’est vers Rome que partaient désormais les artistes, tout simplement parce que c’était là-bas que se trouvait l’esprit créatif le plus important de la Haute Renaissance et les plus éminents peintres, sculpteurs et architectes.

1508 : il arrive donc à Rome, appelé par le pape Jules II, exigeant donateur, qui lui demandera de travailler sur une suite de trois salles ( stanze ) dans son appartement au Vatican. Elles occuperont Raphaël jusqu’à son décès. Son travail dans ce lieu saint reste à l’apogée de cette Haute Renaissance, tant la perfection picturale est précieuse et importante, notamment dans la perspective des volumes, la lumière et les couleurs. La mort de Jules II ne changera en rien dans la collaboration avec le Vatican. Elle se poursuivra avec son successeur Léon X de la famille Médicis.

Ces deux papes ont été plus souverains que guides spirituels. Giovanni da Rovere (Jules II) fut nommé pape en 1503, un vrai chef de guerre qui aimait beaucoup les femmes ( il a eu trois enfants) mais n’était absolument pas contre des relations homosexuelles de temps à autres, particulièrement avec un certain Francesco Alidosi qu’il a aimé passionnément.

Léon X va lui succéder en 1513. Un homme cultivé, fils de Laurent de Médicis. Un homme que l’on disait bien, mais pas un ange pour autant. Il a souvent commandité des assassinats lorsque le besoin s’en faisait sentir. Il aimait la fête et se travestir notamment pour le Carnaval.

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Non seulement il honorera les commandes papales, mais également celle de l’aristocratie en place, celle de ses mécènes italiens et français aussi. Portraits, retables, tableaux pour autels dans les églises, cartons pour tapisseries, fresques murales et plafonds. Son travail était fortement apprécié.

A la mort de l’éminent architecte Bramante, Raphaël sera appelé à poursuivre d’une part les travaux de la Cour des Loges au Vatican, et, continuer, en tant qu’architecte, ceux de la Basilique Saint Pierre.

Il a son propre atelier et les commandes sont telles qu’il s’est entouré d’une cinquantaine d’assistants. Une partie des œuvres de cette époque furent bien sur réalisée par lui, et une autre par ses plus proches collaborateurs, à savoir Giulio Romano et Gianfrancesco Penni.

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Dans l’atelier, Raphaël étudiait, inventait les compositions. Un collaborateur les réalisait. Les élèves quant à eux, exécutait les cartons. Raphaël revenait ensuite pour l’application de la couleur et les finitions souvent assisté par Giulio Romano. Cette façon de faire n’avait rien d’exceptionnel à l’époque, c’était même très courant. Le maître est là pour superviser, surveiller, contrôler et le faire de façon rigoureuse et sérieuse. Les portraits officiels sont confiés à ses collaborateurs, ceux des proches ou des amis sont exécutés par le maître.

RAPHAEL Giulio ROMANO
 »  L’Amour réveillant Psyché  » Giulio ROMANO ( Musée Condé – Chantilly )

Il a eu une cinquantaine d’élèves et au-delà d’être des élèves, certains, par leur talent, sont devenus des assistants et collaborateurs. A la mort de Raphaël, ils resteront dans l’atelier , conserveront ses dessins,  termineront les commandes de leur maître et voyageront beaucoup en Italie notamment pour diffuser les enseignements reçus de   leur Maître.

L’atelier ( bottega ) de Raphaël croulait littéralement sous les commandes. Il était reconnu comme étant d’un niveau supérieur. La réputation était qu’il ne cantonnait pas ses élèves à des travaux inintéressants. Tout au contraire, il avait à cœur de leur donner un enseignement pluriel, rigoureux, qui comportait la pratique du dessin d’après un modèle vivant, l’étude de l’art antique. En dehors de cela, il était très paternel et à l’écoute avec chacun d’entre eux..

RAPHAEL Étude pour la Dispute du Saint Sacrement vingt clercs et ecclésiastiques discutant
« Étude pour la dispute du Saint Sacrement -Vingt clercs et ecclésiastiques  » RAPHAËL – (Faisant partie des collections du musée Condé/Chantilly)
RAPHAEL Deux enfants nus montés sur des sangliers et jouant à la lance en présence de six autres enfants nus
 »  Dessin Deux enfants nus montés sur des sangliers en présence d’autres enfants  » RAPHAËL (Faisant partie des collections du musée Condé/Chantilly)
RAPHAEL étude pour le Banquet des dieux aux noces d’Amour et de Psyché
 » Trois jeunes femmes drapées jetant des fleurs dans le banquet des Dieux / Noces d’Amour et Psyché – Étude pour les Heures – RAPHAËL (Collections du musée Condé/Chantilly)

Raphaël a été l’un des artistes le plus riche de son époque. Il a réellement vécu en prince. Il a été fidèle en amitié, a aimé les femmes et fut un grand humaniste. Il  a toujours eu une santé très fragile. Alors qu’il travaillait à son tableau La transfiguration, il va être pris d’une forte fièvre due à la malaria. Elle va durer une bonne quinzaine de jours avant qu’il ne décède. Il n’avait que 37 ans.

Son tombeau se trouve au Panthéon de Rome. Sur sa tombe sont gravés des mots  du poète Pietro Bembo : Ci-gît Raphaël, à sa vue la nature craignit d’être vaincue ; aujourd’hui qu’il est mort, elle craint de mourir.

Tomb of Raphael, Pantheon, Rome
Tombe de RAPHAËL au Panthéon de Rome

 

«  Quand Raphaël mourut, la peinture disparut avec lui. Quand il ferma les yeux elle devint aveugle. » Giorgio VASARI en 1550

 

 

 

Christian LOUBOUTIN : l’Exhibitioniste…

 

LOUBOUTIN EXPO

«  Exhibition(niste) est un titre qui m’est venu assez rapidement. C’est un jeu de mots entre exhibition en anglais qui signifie exposition et le fait de révéler une partie de soi aux autres. S’exhiber c’est se mettre à nu. Une exposition c’est s’exposer. Les deux sont donc assez proches, mais il y a une notion plus subversive dans le fait de s’exhiber qui me plait car en montrant mon travail je m’expose de manière plus intime. J’ai conçu cette exposition comme une célébration de mon travail à travers des artisans et des artistes avec qui je collabore ou que j’admire.Je l’ai imaginée comme un voyage au travers de mes inspirations, mes rencontres, mes passions, ce qui me permet aussi de sortir du propos d’une exposition qui serait alors purement une exposition de mode. Par ailleurs elle s’inscrit dans un lieu qui m’est cher, ce que j’ai pris en compte dès la conception du propos. » Christian LOUBOUTIN

LOUBOUTIN à la Porte dorée

Après avoir célébrer ses 20 ans de carrière au Design Museum de Londres en 2012, Christian Louboutin a choisi de s’exhiber, cette annéeau Palais de la Porte Dorée, près du bois de Vincennes , anciennement musée des Arts d’Afrique et d’Océanie (construit à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale en 1931). On peut se demander pourquoi il a choisi ce lieu plutôt qu’un autre qui aurait été  plus axé sur la mode par exemple.

La raison est simple : ce Palais et l’aquarium tropical sont des endroits où il adorait se rendre lorsqu’il avait une douzaine d’années. Il se rappelle y avoir admiré, avec fascination,  l’architecture même de ce lieu,  mais également des bas-reliefs et fresques splendides, ainsi que des objets venus du monde entier . Sa passion des objets est restée, puisqu’il est un devenu un collectionneur avisé :  » je vis entouré d’objets du monde, ils me nourrissent, ils m’inspirent « .

De plus, il y avait à l’entrée un panneau signalétique  avec une chaussure (je devrai dire soulier parce que c’est le terme qu’il préfère … mais bon)  noire  barrée , signalant,  aux visiteuses,  l’interdiction de marcher avec des talons aiguilles, compte tenu du fait que les sols étaient très précieux et délicats . Ce panneau va considérablement le marquer et l’inspirer pour ses collections futures, notamment pour le premier modèle à semelle rouge : Pigalle .

panneau signalétique Louboutin

» Je me suis mis à dessiner à cause de ce panneau. Il est possible que d’une manière inconsciente l’interdiction a joué un rôle.. » C.L

LOUBOUTIN Modèle Maquereau
Soulier Maquereau – 1987 – Christian LOUBOUTIN ( En cuir métallisé, inspiré par les poissons de l’Aquarium tropical qu’il visitait souvent étant adolescent)

Sa marque  est connue dans le monde entier : 155 boutiques, 2000 personnes employées. On peut dire qu’il a vraiment réussi à s’imposer . Qui plus est réussir dans le luxe ! Ce qui est quand même assez rare. Louboutin est le seul fondateur et propriétaire de sa marque, mais c’est un  créatif avant toute chose. Certes, son travail consiste à imaginer et dessiner des souliers, mais cela ne s’arrête pas là. Il participe de façon très active à l’association des matières, des couleurs, des accessoires etc… et répond aux commandes extravagantes qu’il reçoit parfois de ses clients, hommes ou femmes.

Cela ne le dérange pas trop car il a une imagination fantaisiste un peu folle. Tous les témoignages le donnent comme une personne très généreuse, solaire, rêveuse,  juste, humaine, fidèle en amitié, très franc, un travailleur acharné hyper sensible qui ne se prend pas au sérieux tout en étant très rigoureux et méticuleux . Un passionné d’arts décoratifs, de cinéma, de voyages, de spectacle et de cinéma.

LOUBOUTIN Jackson tournée This Is It
Paire de souliers réalisée pour Michael JACKSON en vue de la tournée This is it / Christian LOUBOUTIN

A propos du cinéma, le 7e art, Disney l’a invité à collaborer avec eux pour réaliser le soulier Cendrillon, lors de la réédition du dessin animé en DVD (2012) ) – Ce sublime soulier avait été présenté durant la Fashion Week Haute couture. Il réunit le verre, le cristal  , le tulle et la dentelle et bien sur il a une semelle rouge. les papillons ( talon et sur le dessus)  symbolisent  une Cendrillon qui est une chrysalide mais deviendra papillon, plus une jeune fille mais pas encore totalement une femme. Il faut savoir que ce modèle a été commercialisé pour vingt paires uniquement.

LOUBOUTIN Cendrillon

L’expo s’intitule :  » Christian LOUBOUTIN – L’Exhibitioniste  » jusqu’au 26.7.2020  » – 

Elle vous plonge dans une atmosphère d’un rouge éclatant, référence aux célèbres semelles. C’est clinquant mais raffiné.  Il faut savoir que le rouge pour lui ce n’est pas une simple couleur, c’est l’intensité, la profondeur, la féminité, la sensualité. Cette couleur est devenue une icône !

 

On traverse différents espaces où se déroule sa vie, sa carrière, ses créations. C’est vraiment une ôde au soulier, quel qu’il soit : pour une tenue de ville, du soir, plus décontractée, à clous , à strass, à paillettes, à pointes, à plumes, à  boutons, à  cristaux, avec des gemmes et minéraux multicolores, un laçage en forme de corset, des lettres, des symboles, ou bien encore brodé de fils d’or, d’argent, de soie colorée ( se référant dans ce dernier cas à des techniques venues de l’Inde  )  etc … il y en a de toutes sortes , pour tous les goûts, mais certes pas pour toutes les bourses  ! C’est l’aboutissement, l’accomplissement, d’un long travail . Ce créateur  a complètement bouleversé les codes de la chaussure et en a fait une sorte d’objet-fantasme.

Christian Louboutin n’est pas venu seul dans cette expo. En effet, il a tenu a ce que toutes celles et ceux, artistes, artisans, créateurs qu’il apprécie, qui ont travaillé avec lui à un moment donné de sa carrière, ou d’autres qui l’ont influencé, soient présents au travers de la conception des décors, de la mise en scène et de leurs propres œuvres. Tout cela s’unit à la présentation de ses incroyables souliers.

La Maison du Vitrail  a réalisé les huit vitraux de l’expo :

LOUBOUTIN Vitrail artisanat
Vitrail  «  L’artisanat  »  sur lequel on peut voir la bottine Bottinos au milieu d’une forme, ciseaux, machine à coudre, mètre etc… / MAISON DU VITRAIL  à Paris pour Christian LOUBOUTIN
LOUBOUTIN Vitrail
Vitrail  » La Parisienne  » sur lequel on peut voir la cuissarde Ronfifi Supra / MAISON DU VITRAIL  à Paris pour Christian LOUBOUTIN
LOUBOUTIN vitrail ballerina
Vitrail «  La Sexualité  » sur lequel on peut voir le modèle Ballerina Ultima né de sa création avec David Lynch en 2007 / MAISON DU VITRAIL  à Paris pour Christian LOUBOUTIN

» Chaque panneau a fait l’objet d’une mise au point minutieuse. Christian Louboutin nous a fait confiance et nous a laissé la liberté de traduire son imaginaire grâce à une technique très complexe. Peinture en verre, émaillage, grisaille .. Certains vitraux ont nécessité jusqu’à dix cuissons pour obtenir l’effet voulu. Pour exprimer le détail et la finesse qui caractérisent les souliers Louboutin, nous avons utilisé de minuscules pièces de verre d’à peine 2 millimètres de largeur, dont certaines proviennent de nos collections datant du XIXe siècle. Christian Louboutin est passionnant, extrêmement ouvert et très à l’écoute. C’est un artiste qui nous emmène sur des chemins que l’on aurait pas forcément empruntés. Grâce à lui on innove, on se dépasse, on repense à la technique pour traduire toutes les subtilités. Nous ne sommes pas dans l’exécution pure. On travaille main dans la main.  » Emmanuelle ANDRIEUX ( Maitre-verrier et cheffe de projet à la Maison du Vitrail)  – Il y a huit vitraux dans l’expo, un titre pour chacun : Le spectacle – La parisienne – La sexualité – L’artisanat – L’art – L’innovation – Le voyage – La couture.

La salle des vitraux est le point de départ des autres salles à commencer par celle qui permet de mieux comprendre ce que furent ses premières années, lorsque la semelle rouge n’avait pas encore fait son apparition. On peut y admirer environ une centaine de modèles, de très nombreux croquis. Parmi eux, le modèle Love Shoe : il lui fut inspiré par la princesse Diana. Il trouvait qu’elle avait l’air triste et mélancolique, assise durant des discours et il s’est mis à penser qu’avec cette paire de petits souliers, où il est écrit Love, elle aurait souri …

LOUBOUTIN Love shoes
Modèle Love Shoe ( Collection 1991/92 ) -Christian LOUBOUTIN

Dans la salle dite Des Trésors se trouve un sublime palanquin d’argent réalisé par les artisans de l’Orfèvrerie Villareal de Séville d’une très grande richesse, avec des somptueuses broderies,  qui sont l’œuvre de l’atelier du créateur de mode indien Sabyasachi Mukerjee à Calcutta. Tout autour il y a des créations emblématiques et éclectiques de Louboutin, avec, au  centre du palanquin, l’incroyable chaussure  dite  de cristal, réalisée en fait  dans un bloc de plexiglas. C’est assez beau notamment en raison du fait que les lumières jouent avec cette impression de cristal.

«  J’adore les processions mais j’ai enlevé tout ce qui était religieux. Le dais protège ce soulier de cristal inachevé dont le talon et la pointe commencent à émerger. Années après années, il y a une forme de dévotion, de folie autour du soulier, comme un culte païen  » C.L.

LOUBOUTIN palanquin d'argent Orfebreria Villareal de Séville
Palanquin d’argent réalisé par les artisans de l’ORFÉVRERIE VILLAREAL à SÉVILLE pour Christian LOUBOUTIN – Les broderies sont de l’atelier du créateur indien Sabyasachi MUKERJEE

Dans celle dite des Nudes se trouvent les sculptures en cuir réalisées par les designers londoniens Patrick  Whitaker et Keir Malen, dans les neuf tons de la gamme Les Nudes (souliers couleur chair qui ont  révolutionné la mode de la chaussure ) ….

LOUBOUTIN sculptues Patrick Whitaker et Keir Malem
Sculptures en cuir réalisées par Patrick WITAKER & Keir MALEN pour Christian LOUBOUTIN – Elles épouses les neuf tons de l’actuelle gamme des Nudes.
LOUBOUTIN Degrastrass
 » Les Nudes  » ( Collection 2012 – Elle se déclinait, au départ, en cinq tons. Désormais la gamme compte neuf teintes )

L.Atelier  nous permet de voir les différentes étapes de la fabrication d’une paire de chaussures avec tous les outils et objets qui sont utiles pour ce travail :

LOUBOUTIN Atelier

Il y a aussi la salle du  Théâtre Bhoutanais, complètement revisité par Louboutin  avec des colonnes de bois (  ce pavillon a été construit à Thimphon capitale de cet état)  pour rappeler  sa passion de ce royaume au sud est de l’Asie,  son amitié avec le couple royal, mais également son engagement de créateur pour le monde du spectacle, du cabaret, du cirque, du sport – On peut y voir Dita Von Teese qui s’effeuille  en hologramme et des souliers ayant été commandés par des stars, notamment Michael Jackson )

LOUBOUTIN Colonnes du théâtre Bhoutan
Colonne du Théâtre Bhoutannais

En parlant du Bhoutan, ce  petit  pays, entre l’Inde et la Chine, qu’il a découvert il y a une dizaine d’années et qui l’a complètement fasciné, Louboutin s’est porté acquéreur, lors d’une vente aux enchères en 2019 à Mâcon , du Pavillon du Bhoutan qui avait été construit pour l’Exposition universelle de Hanovre en 2000 . Il l’a acquis pour 188.000 euros. Ce temple avait été acheté, à l’origine, après la manifestation, par le Conseil départemental de la Saône et Loire avec le projet de le placer auprès du temple des Mille Bouddhas dans le village de La Boulaye . Mais c’était un projet fort coûteux qui, par conséquent, ne verra pas le jour. D’où sa mise aux enchères l’an dernier. Nul ne sait, à ce jour, ce qu’il compte en faire.

Dans une autre salle , intitulée Biographie, une grande fresque digitale signée  par l’artiste néozélandaise Lisa Reithana évoque la vie de Louboutin ou tout au moins les moments important de sa vie et de sa carrière …. Le Pop corridor, très rouge ,  quant à lui, est une évocation de l’engouement des stars pour les chaussures Louboutin, la place qu’elles occupent dans la culture populaire….  // Et la salle Fetish,rappelle la  collaboration de Louboutin avec le photographe et cinéaste David Lynch. On peut y voir des clichés de femmes nues avec des chaussures  du créateur qu’il est impossible de porter dans la vie réelle, mais qui sont exposées dans ces photos comme des œuvres d’art.

LOUBOUTIN Pensées Andy WARHOL 2
Souliers de la collection Pensée ( 1992/93 ) – En satin de soie, la collection a été inspirée par le travail de Andy WARHOL et celui de Allen JONES – Christian LOUBOUTIN
LYNCH LOUBOUTIN 2
Collaboration Photos/Souliers David LYNCH & Christian LOUBOUTIN

Sans oublier  le charmant Salon de la grand-mère anglaise. Les souliers sont exposés telles des œuvres d’art fétichistes  sur les meubles , dans l’horloge ou dans des vases, avec une tapisserie aux murs et une moquette au sol qui présentent des motifs auxquels on ne s’attend pas ( érotiques )

LOUBOUTIN Salon grand-mère
Salon grand-mère

Lorsque l’on fait référence à ce créateur à pense tout de suite à cet escarpin très féminin, à semelle rouge, monté sur un talon incroyablement haut ( environ 10 à 12 cms, voire 16 cms  ), qui vous coûtera dans les 500 euros environ ( ou ++++ tout dépend du modèle ) , avec laquelle (à mon humble avis ) il est difficile de marcher parce que le pied est beaucoup sur les pointes ;  ne parlons pas de courir éventuellement  : c’est impossible.

Est-ce  confortable ? Les adeptes vous diront que oui … Louboutin ajoutera qu’il ne recherche pas le confort, mais la liberté !  Quant à la hauteur du talon il en est fan  » parce qu’elles font basculer le centre de gravité et qu’immédiatement la femme se cambre. Je ne trouve rien de plus irrésistible que lorsque le muscle se crispe au niveau du mollet, ça le panache d’un muscle de cheval  » … Irrésistible à voir j’en conviens. Après que cela le soit si on a des crampes ou un mal de dos en les portant … J’en suis pas très convaincue   ! A noter toutefois que certaines de ses créations sont tellement vertigineuses qu’elles ne peuvent se porter que si ces dames sont  assises ou couchées. L’intérêt, dans ce cas, reste que la paire   est alors à considérer comme  un objet de collection, une œuvre d’art vous diront certains..

» Le rapport au talon est déjà un rapport musical, c’est un son. Le talon, ce sont des sons à partir desquels on voit beaucoup de choses : des hésitations, des décisions. Je viens plutôt de l’univers de la danse : le flamenco, sans le bruit du talon, ça n’existerait pas  » C.L.

Pourquoi cette chaussure censée être un symbole de la féminité et du chic glamour, a t-elle une semelle rouge ? L’idée a vu le jour en 1992 de façon assez inattendue : il travaillait su certains modèles et il trouvait qu’il leur manquait quelque chose.  Trop de noir certainement. Dans un coin de la pièce, son assistante est en train de se faire les ongles. Il prend le vernis rouge et peint la semelle d’une chaussure. Le  résultat l’a complètement enthousiasmé, ce fut comme une révélation  . A partir de là, les semelles des chaussures de sa marque, furent colorées en rouge. Cela les rendra iconiques, inimitables.

 » Cela commence pratiquement toujours par un dessin. Ensuite, seulement, je procède à des adaptations. Par exemple, je veux rajouter un ornement sur la Pigalle, je le pose directement sur l’escarpin existant. Je n’utilise que des feuilles A4 et des crayons HB. Lorsque je suis content des traits, je passe au 2B ou au 3B, puis au 6B pour épaissir les lignes : j’ai toute la série Pour les couleurs, j’utilise des feutres Pantone, jamais de crayons, parce qu’on peut mélanger les couleurs. Et puis il y a aussi les feutres Sharpie, que j’utilise pour signer les semelles.  » C.L.

LOUBOUTIN modèle Pigalle
Modèle Pigalle

Christian Louboutin est né en 1964 à Paris. Seul garçon au milieu de trois sœurs aînées. Son papa est ébéniste. Il s’est longtemps demandé pourquoi elles étaient aussi blondes et claires de peau que lui était aussi basané. Il se croyait adopté, mais il finira par apprendre ( très récemment ) qu’il était le fils d’un égyptien, un homme que sa maman avait aimé. Elle a choisi de rester avec son mari, et Louboutin dit souvent que son père  ne lui a jamais fait sentir qu’il n’était pas son fils. Il en parle avec beaucoup d’émotion, en affirmant combien il se rend compte que cet artisan  a eu d’influence et importance dans son travail et son amour des objets.

Enfant solitaire, chouchou de ses sœurs et de sa maman,  plutôt médiocre à l’école, c’est un adolescent rêveur qui aime passer son temps dans les musées, plus particulièrement celui de la Porte Dorée qui a l’avantage d’être situé non loin de chez lui. Il aime les voyages et sera amené à en faire quelques-uns d’où il ramène très souvent des objets.

Assez mature pour son âge, il a la totale confiance de sa mère qui le laisse sortir le soir trois fois par semaine . Il aime fréquenter les salles de spectacle, les cinémas,  les établissements à la mode comme le Palace où il croise des personnalités en vogue à l’époque. Il travaillera un temps aux Folies Bergères, assistant des girls à qui il aime créer des souliers.

LOUBOUTIN à 14 ans
Christian LOUBOUTIN à 14 ans

Il se prend de passion pour le dessin, particulièrement des chaussures . Il décide de contacter des maisons de Haute Couture pour pouvoir créer des souliers de marque. Absolument sur de lui, il contacte la Maison Dior où il réussit à obtenir un rendez-vous avec Hélène de Montemart , directrice de la mode, qui, séduite, l’envoie faire un stage chez Charles Jourdan à Romans dans l’Isère. Une expérience dont il ne garde pas un très bon souvenir car il fut très mal accepté. Il devient, par la suite, designer chez Chanel et Yves Saint Laurent.

Quelques années plus tard, il fait une rencontre très intéressante : celle avec Roger Vivier, un très réputé créateur de chaussures de luxe qui a travaillé avec des grandes Maisons de couture, notamment Dior, surnommé le Fragonnard de la chaussure. Il est l’inventeur du talon aiguille. Vivier va faire de Louboutin son assistant. Il lui apprendra les formes et va parfaire sa connaissance dans le domaine des souliers, et organise avec lui sa grande rétrospective au musée des Arts Décoratifs de Paris.

Roger VIVIER
Roger VIVIER – Christian LOUBOUTIN dira de lui :  » Il est devenu mon mentor. Il représentait l’incarnation du parisien élégant, distingué et courtois. « 

Après un certain temps passé à penser qu’il pourrait être peintre paysagiste, l’opportunité d’ouvrir sa propre Maison se présente à lui. Il s’installe rue Jean-Jacques Rousseau, pas très loin du musée du Louvre. Nous sommes en 1991. Un an plus tard, naissance de la semelle rouge.

A partir de là, il voit venir des clientes très importantes. Une des premières sera la princesse Caroline de Monaco. Dans les années 2000, il signera les chaussures du dernier défilé de Yves Saint Laurent. C’est la première fois qu’un chausseur est associé à un nom de la Haute Couture pour un défilé. Dix ans plus tard, un procès opposera Louboutin à Saint Laurent : le premier poursuit  le second pour «  violation de marque commerciale et concurrence déloyale » . Saint Laurent, en effet, avait produit des chaussures avec une semelle rouge, sans l’accord préalable de Louboutin, ce qui lui était  interdit, compte tenu du fait que la marque (et particulièrement ce détail – semelle rouge) était protégé par un brevet.

A noter qu’en 2018, la Cour de Justice de l’Union européenne a rendu un arrêt afin d’assurer la protection de  l’usage de la semelle rouge comme signature et copyright.

Louboutin ce sont aussi des chaussures pour hommes ( mocassins, Richelieu, espadrilles, sandales etc… ) des sacs, des parfums et des produits de beauté, notamment des vernis à ongles et des rouges à lèvres dans des étuis ou flacons superbes (gammes lancées en 2014)

LOUBOUTIN rouge à lèvres
Rouge Velvet Matte Lip Colour / Christian LOUBOUTIN

 

A la question : «  quelle est la création dont vous êtes le plus fier ? , il répond sans hésitation :  » quand on est père, et c’est mon cas, la création dont on est le plus fier ce sont bien évidemment ses enfants.  » – Peu d’informations circulent au sujet de ses enfants ou de sa vie privée.  On sait juste qu’il a eu une relation de longue date avec le jardinier- paysagiste Louis  Benech dont il est séparé désormais , et qu’il est papa deux petites filles.

Quelques autres modèles  de l’expo ….

pluminette louboutin
Modèle de la collection La Pluminette ( 1995 ) : C’est à la fois la passion du créateur pour les oiseaux et le music-hall :  » J’aime la légèreté des oiseaux, leur panache, leurs couleurs, leur don de transformation. Leurs plumes peuvent changer de couleur, prendre du volume. C’est cette même idée de métamorphose que j’aime chez les girls du music-hall  » / Christian LOUBOUTIN
LOUBOUTIN Let me tell you 2
Modèle Let me tell you ( collection 2010 )  – On peut le trouver en blanc également. Il représente la fascination de Louboutin pour les lettres de l’alphabet , mais aussi les symboles.  » J’aime les messages secrets, le surréalisme, tout ce qui est caché, les motifs à double sens, les jeux de mots, les jeux pour les yeux  » / Christian LOUBOUTIN
LOUBOUTIN Tromploia 1
Modèle «  Tromploia  »  à plateforme compensée, cuir noir et daim rouge. Il est fortement déconseillé de courir avec ce soulier !  –  (Collection 2017 ) – Christian LOUBOUTIN

COUTURIERS DE LA DANSE – De Chanel à Versace …

TUTUS Couturiers de la danse

«  La danse et la mode ont une réelle cause commune : leur matière première est le corps » …  » Trouver un titre à une exposition est toujours une gageure. Il s’agit de dévoiler sans prendre des chemins de traverses. Le titre doit résumer l’esprit de l’exposition. Celui-ci met à égalité la couture et la danse, les présente main das la main.  »  Philippe NOISETTE

Le centre national du costume de scène de Moulins est un musée inauguré en 2006, où sont conservés de merveilleux costumes issus du théâtre, de l’opéra et de la danse. Un espace d’exposition permanente imaginé par Ezio Frigerio et Giuliano Spinelli  est dédié à Rudolf Noureev. On peut entrer dans l’univers de ce merveilleux danseur, au travers de différentes pièces qui lui sont personnelles : tutus, costumes, tableaux, sculptures, meubles objets etc… Si l’occasion se présente à vous, n’hésitez pas à vous rendre dans ce musée !

Actuellement et   jusqu’au 3 mai 2020 , il présente une très originale, riche  et belle exposition qui s’intitule :  « COUTURIERS DE LA DANSE – De Chanel à Versace  »  –  Un parcours thématique au travers de 120 costumes environ ( dans des vitrines-écrins répartis en 13 salles), dont certains n’ont jamais été montrés en France, du XIXe siècle à nos jours,  signés par des grands couturiers et créateurs :  Jean-Paul Gaultier, Gianni Versace, Viktor et Rolf, Adeline André , Maria Grazia Chiuri  (Dior) , Coco Chanel (une des premières à l’avoir fait avec les Ballets Russes) , Karl Lagerfeld, Olivier Rousteing (Balmain), Christian Lacroix, Iris Van Herpen, Yves Saint Laurent, Issey Miyaké, Riccardo Tisci (Givenchy) … J’en oublie certainement !

A une certaine époque, la danse ( particulièrement avec Les Ballets Russes de Diaghilev) a permis de faire collaborer ensemble  peintres, musiciens, écrivains, plasticiens, décorateurs et couturiers. Très habillée par le passé, elle a été déshabillée. Elle  s’est libérée de certains carcans et a permis aux danseurs et danseuses de découvrir des sensations plus fortes dans leurs mouvements. Les créateurs de costumes et les couturiers se sont très souvent montrés révolutionnaires dans ce domaine surtout à partir du XIXe siècle, inventifs, voire même quelque peu futuristes . Le tutu classique s’est vu complètement mis de côté pour faire place, parfois,  à des tenues  assez incroyablement délirantes et que l’on aurait jamais imaginer en danse.

TUTU Viktor et Rolf
Tutu de VIKTOR & ROLF pour la chorégraphie SHAPE de Jorma ELO / Prêt du Dutch National Ballet d’Amsterdam )  – Cette photo illustre l’affiche de l’expo.
TUTU Hiatus ballets de Monte-Carlo
Costume de Sylvie SKINAZI  pour  Hiatus  de Lionel HOCHE ( prêt des  Ballets de Monte-Carlo)
TUTU Rythme de valse opéra de Paris
Costume de Hervé L.LEROUX pour Rythme de valses de Roland PETIT ( Collection du Centre National du Costume de Scène)

L’univers de la mode est différent celui de la scène. Il n’est pas si facile de réaliser des costumes pour la danse, tout simplement parce qu’il faut avoir en tête que cette pièce va être utilisée par un corps qui bouge beaucoup, donc de nombreux paramètres sont à prendre en compte comme par exemple  le choix du tissu , très important parce qu’ il faut qu’il soit à la fois résistant, pas très lourd, plutôt fluide, afin de permettre une grande liberté de mouvements et que le danseur ou la danseuse qui va le porter ne se blesse pas avec une ornementation mise sur le tissu pour le mettre encore plus en valeur.

Il y a une sorte d’osmose entre le costumier ( qu’il soit grand couturier ou non ) et le chorégraphe compte tenu que  leur collaboration est celle de deux créatifs qui mettent leurs idées en commun. C’est justement ces incroyables et merveilleuses collaborations-partages  qui sont au centre de cette exposition.

Il m’a semblé intéressant de revenir un peu en arrière : d’abord avec le terme : Tutu un merveilleux petit mot qui rentrera en usage vers 1881. On attribue l’origine de son nom  au tulle ( tissu  ). Avant cette date on parlait davantage d’un habit ou costume de danse(cette dernière appellation revient souvent de nos jours d’ailleurs)

Autrefois, la coutume voulait que le corps de ballet porte un tutu en tulle de coton et que celui des étoiles soit en tulle de soie. De nos jours, c’est mousseline pour le corps de ballet et organza pour les étoiles .Lorsque Serge Lifar prit le poste de directeur à l’Opéra de Paris, il va décider que le tutu ne serait plus porté par les élèves de l’école de danse. La réforme est passée en 1930 et depuis, le tutu est uniquement porté sur scène.

La danse classique a commencé sous le règne de Louis XIV qui, comme chacun le sait, avait une réelle passion pour la danse. Non seulement il l’aimait mais lui-même fut un excellent danseur. Lorsque le ballet ne représentait qu’un passe-temps à la Cour de Versailles, une façon de paraître, celles et ceux qui y participaient  (y compris sa Majesté  arboraient des vêtements certes somptueux, mais dans, bien des cas, pesants et encombrants.

Après la création de l’Académie Royale de musique, on verra apparaître les premières danseuses. Elles se présentaient engoncées dans ce que l’on pourrait appeler costumes, mais qui ressemblaient à des robes de bal, pesantes, ornées de broderies, avec un bustier, des manches ballonnées, cintrées à la taille, montées sur un jupon-panier et descendant jusqu’aux pieds. Cela ressemblait beaucoup plus à une robe portée pour un dîner ou un bal qu’un costume pour aller danser sur scène.

Fort heureusement, le temps allégera les choses par l’arrivée de tissus plus légers comme la soie, la mousseline qui vont donner un aspect plus fluide aux costumes … Le temps oui, mais les audaces des danseuses aussi, lesquelles seront d’une telle ampleur parfois que le règlement finira par rendre obligatoire le «  caleçon de la modestie «  en coton ou en soie, tenu par des jarretières et qui était accroché à un petit pantalon. En résumé, c’était, en quelque sorte, l’ancêtre de ce que nous appelons de nous jours le collant académique.

Comment oublier en effet Marie-Anne Cupis  de Camargo, dite la Camargo, brillante, musicale, audacieuse danseuse réputée pour exécuter à la perfection des figures typiquement réservées aux hommes, et qui fera scandale en 1730 en décidant de son propre chef de couper sa robe de danse, dévoilant ainsi ses chevilles et presque ses mollets, afin d’acquérir plus de liberté dans ses mouvements … Ou sa rivale Marie Sallé, dite la Vestale, qui , quatre ans plus tard, abandonnera perruque et jupon-panier réglementaires pour revêtir une robe de mousseline et danser cheveux défaits dans le ballet Pygmalion …  La talentueuse technicienne aérienne, virtuose de la danse : Marie Taglioni, quant à elle,  première à danser sur pointes,  apparaîtra  sur scène vêtue d’un costume blanc, avec corsage ajusté, jupe très légère en mousseline, ornementé de petites ailes dans le dos, pour représenter le côté pur, gracieux et virginal de son rôle dans le ballet de son père la Sylphide … Sans oublier l’incroyable Pierina Legnani qui va déclencher  un scandale au théâtre du Mariinsky, refusant catégoriquement de porter un tutu traditionnel sous prétexte qu’il s’agissait pour elle  d’un costume de grand-mère ! Elle obtiendra gain de cause d’ailleurs.

TUTU Marie Taglioni dans la Sylphide
Marie TAGLIONI dans le ballet La Sylphide ( costume de Eugène LAMI

Au XIXe siècle , une autre danseuse pendra des initiatives. Loïe Fuller. Engagée à New York dans une pièce (Quack Medical Doctor), c’est elle qui créera son costume avec un tissu en soie qui lui avait été offert par des officiers anglais. Elle s’en est expliquée dans son livre Quinze ans de ma vie  » Ma robe, qui allait devenir la robe du triomphe, était trop longue d’un demi-mètre au moins. Je relevai alors la ceinture et me confectionnai ainsi une sorte de robe empire en épinglant la jupe à un corsage décolleté. La robe devenait très originale, un peu ridicule même mais c’était tout à fait ce qui convenait pour la scène d’hypnose que je devait jouer et que nous ne prenions pas au sérieux. » Elle va être comparée à un papillon, puis à une fleur, un esprit qui vole. De là naîtra sa Danse Serpentine avec laquelle elle fera un triomphe avec elle aux Folies Bergères de Paris deux ans plus tard.

Loïe FULLER danse serpentine
Loïe FULLER et sa Danse Serpentine

Le tutu n’a pas été qu’un uniforme strict conçu pour la danse. Certes il est le symbole de la danseuse classique, mais il a su évoluer. Il a eu plusieurs vies. Au fur et à mesure du temps, des danseuses, des chorégraphes ( bien souvent à leur demande d’ailleurs) le tutu a été revu, corrigé, allégé, raccourci et monté haut sur la hanche,  dit à plateau, à cerclette, galette, à houpette. Pas spécialement blanc, coloré, passementé , pailleté, ornementé, stylisé, en formes diverses. Le jupon, par contre, ne doit pas être épais, plutôt léger ( gaze, organdi, voile, tulle, mousseline, tarlatane). Délaissé par les chorégraphes contemporains, il est réapparu chez d’autres, comme jadis, avec des volants cousus sur la culotte ( une trousse ).

Nikolaï KRUSSER
Photo Nikolaï KRUSSER

La danse raconte quasiment l’histoire du costume. Elle suit les époques et évolue. Elle se drape, se plisse, se dénude aussi, épouse le corset, les crinolines, les jupes courtes bouffantes. Le costume masculin, en revanche, n’aura pas autant de reconnaissance.Ils  furent longtemps inspirés par les costumes militaires , puis par ceux des sportifs. Ce n’est pas évident pour les couturiers de créer un costume de danse pour un homme, Dans cet exercice Yves  Saint Laurent va exceller avec Notre- Dame de Paris de Roland Petit. Il créera des sortes de pourpoints très colorés. St Laurent dira qu’il s’est inspiré du peintre Mondrian pour les couleurs.

NOTRE DAME DE PARIS Yves Saint Laurent
Costumes  » LA FOULE  » ( Acte I )  – Création Yves SAINT LAURENT –  » Lorsque nous avons travaillé, Roland Petit et moi, sur Notre-Dame de Paris, nous n’imaginions pas que trente ans plus tard ce ballet serait encore à l’affiche de l’Opéra de Paris. Dès sa création, ce fut un succès, aujourd’hui c’est un classique. Classique de la modernité, de l’invention, de l’imagination. J’ai voulu que les costumes soient colorés comme les vitraux d’une cathédrale et j’ai emprunté à Mondrian le costume de Phœbus. J’ai essayé d’accompagné la jeunesse intemporelle de la chorégraphie. Celle des variations d’Esméralda, des pas de deux, des pas de trois. Les juges du tribunal, les mouvements louches de la cour des Miracles, le trouble de Frollo et la tendresse si émouvante de Quasimodo m’ont inspiré comme une fresque du Moyen-Âge  » expliquera Yves SAINT LAURENT en 1966

 

Dans l’expo de ce jour il y a quelque chose qui revient souvent, une question que l’on peut être amené à se poser. La danse est un art, certes, mais la couture en est-elle un ?  A mes yeux, la haute-couture est un art et toutes celles et ceux qui s’y emploient des couturières, aux brodeuses, en passant par celui qui en est le créateur, sont des artistes. Associer des couturiers et la mode à la danse, eh bien c’est apporter un plus de beauté  à chacune de ces deux disciplines, et parfois une touche d’originalité surprenante.

Avec la danse, les couturiers vont pouvoir expérimenter, innover, imaginer mais aussi aller à  la rencontre de difficultés aussi parce que comme je l’ai dit plus haut, il faut utiliser des tissus et matériaux, bien souvent différents de ceux des vêtements qu’ils destinent aux mannequins pour les défilés. La danse c’est le mouvement. Créer un costume de danse, c’est penser à tout ce qu’il va exprimer de créatif au travers de la chorégraphie et de la musique. Ce peut être poétique et l’être moins aussi. La matière des costumes de danse a son importance parce qu’elle est liée au mouvement. Elle s’est adaptée aux fantaisies et évolutions de la mode

Promenons-nous dans ces espaces et partons à la rencontre de quelques  couturiers, stylistes, et autres artistes  qui ont travaillé pour la danse : Sonia DELAUNAY  : Certaine que l’art ne pouvait se renouveler qu’en abordant différentes autres formes que la peinture, en abolissant la hiérarchie existante entre arts mineurs et majeures, elle va s’intéresser à la décoration, à la mode, et la danse en travaillant dans ce domaine avec son mari Robert qui signera de nombreux décors de ballets. En 1921, leur appartement à Paris servira non seulement d’atelier mais de salon de couture. On retient notamment la participation du couple dans le ballet de Mikhail Fokine pour les Ballets Russes : Cléopâtre.

DELAUNAY Sonia
Sonia DELAUNAY
TUTU Sonia DELAUNAY
Costume de Sonia DELAUNAY pour le ballet Cléopâtre de Mikhail FOKINE

Il faut savoir que les Ballets Russes ont véritablement révolutionné l’esthétique de la danse, en mêlant  peinture, musique, arts plastiques et danse, donnant ainsi naissance à ce que l’on a appelé un art total.

Gabrielle  CHANEL : bien avant qu’elle ne soit la très célèbre Coco, elle travaillait déjà dans le monde de la couture et de la mode avec audace et brio . Elle va collaborer; dès 1922 ,  avec les Ballets Russes pour la réalisation de costumes destinés à la danse, avec à ses côtés des compositeurs et peintres célèbres comme Picasso par exemple. C’est elle qui créera les costumes de  l’audacieux ballet célébrant le sport et les bains de mer  :  Le Train bleu  chorégraphié par   Bronislava Nijinska (sœur du danseur Nijinski) pour lequel elle utilisera une matière qu’elle appréciait pour sa souplesse et sa légèreté : le jersey. Elle innove avec des mini-shorts, des marcels, des maillots de bain, des tenues de sport  (notamment pour le golf )  et des collants, prévoyant avant tout le confort des danseurs.  très souple comme le jersey.

 » La mode n’existe pas seulement dans les robes ; la mode est dans l’air, c’est le vent qui l’apporte, on la pressent, on la respire, elle est au ciel et sur le macadam, elle tient aux idées, aux mœurs, aux événements. » C.C

Cocteau et les danseurs du Train Bleu costumes Coco Chanel
Jean Cocteau entouré par les danseurs du Train Bleu / Costumes Coco CHANEL – Chorégraphie Bronislava NIJINSKA

Jean-Paul GAULTIER : Pas vraiment passionné par la danse au départ, surtout classique, mais qui commencera à s’y intéresser lorsque Régine Chopinot, chorégraphe contemporaine, va l’approcher pour qu’il signe des costumes de danse. Il va y prendre goût, beaucoup même, et signera pour d’autres ballets notamment ceux de Angelin Preljocaj. Alors bien sur, on connaît les extravagances de Gaultier ! Elles ont été de mise dans les costumes insolents  qu’il a créés pour la danse. Il s’est joué du tutu et l’a réinventé, l’a voulu plus fantaisiste, asexué.

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PRELJOCAJ Blanche Neige
Costume Jean-Paul GAULTIER pour le ballet  Blanche Neige de Angelin PRELJOCAJ  ( –

Gaultier  amènera sa marinière à la danse «  les pulls marins vont avec tout, ne se démodent pas et ne se démoderont probablement jamais » J.P.G

marinière GAULTIER pour le ballet Ana
Marinières GAULTIER pour le ballet Ana de Régine CHOPINOT (Collection du Centre National du Costume de Scène )

 

Si il y a eu, en effet, une collaboration forte entre un chorégraphe et un couturier, ce fut celle de Maurice BÉJART  et Gianni VERSACE.  »  Un jour on m’a fait savoir qu’il y avait à la Scala un jeune designer très doué qui dessinait pour la danse et l’opéra et que je devais rencontrer. C’était Gianni Versace  » …. De leur union artistique naîtrons douze ballets,  une grande complicité et une forte amitié. Comme il l expliquera souvent, Béjart a permis à Versace d’aller encore plus loin dans ses inspirations pour les costumes.Le couturier a réellement fait corps avec la danse, allant même jusqu’à avoir un atelier sur scène, coupant, cousant quasiment en direct.

TUTU Versace 1989 pour ELEGIE de Béjart
Costume Gianni VERSACE pour Élégie pour elle, L..., aile de Maurice BÉJART (Prêt du Béjart Ballet Lausanne)
TUTU Versace pour Béjart dans Patrice Chéreau devenu danseur
Costume de Gianni VERSACE pour Patrice Chéreau devenu danseur de Maurice BÉJART (Prêt du Béjart Ballet Lausanne)
TUTU 1993 détail Versace pour Sissi de Béjart
Détail costume Gianni VERSACE pour Sissi de Maurice BÉJART (Prêt du Béjart Ballet Lausanne)

Christian LACROIX : «  J’aime les choses insensées. Le tutu en est une . C’est une invention folle à la fois féérique et surréaliste, mais le tutu appartient à la tradition et c’est là qu’il prend toute sa dimension, tout son intérêt.Aucun designer, aucun couturier ne pourra jamais rivaliser avec un vêtement pareil. Le tutu n’est pas né d’hier. »

Ce couturier a véritablement excellé dans la création de costumes pour la danse. Il a toujours eu un profond respect pour le tutu, son histoire. Ses créations dans ce domaine sont magnifiques, utilisant des belles matières : tulle, satin, dentelle, soie, taffetas, organza. Les couleurs sont  splendides et jouent entre elles. Il y a beaucoup d’élégance et de raffinement. Son travail se base souvent sur l’esprit de ce qui se faisait autrefois.

Il a réalisé de très nombreux costumes, collaboré a plus de 25 productions que ce soit pour l’opéra, la danse ou le théâtre. Ci-dessous les tutus confectionnés pour Les Anges ternis de Mikhail BARYSNIKOV.

 

CHRISTIAN LACROIX les anges ternis 2
Tutu de Christian LACROIX pour le  ballet Les Anges Ternis de Karole ARMITAGE (Collection de l’Opéra de Paris)

 

 

Iris VAN HERPEN : créatrice néerlandaise, la première à utiliser une imprimante 3D et découpe au laser pour la haute couture . Van Herpen a fait de la danse dans sa jeunesse et elle est retournée vers cet art en travaillant pour des costumes demandés par l’Opéra de Paris, le New York City ballet, la Compagnie Sasha Waltz et autres … Dans ce genre de réalisations, elle utilise des textures peu utilisées pour des costumes de danse comme le coton, métal et le cuir. Son travail dans ce domaine comme dans ce qu’elle propose pour la mode est à la fois étrange et fascinant

TUTU Iris Van Herpen
Tutu  Iris VAN HERPEN pour Clear Loud Bright Forward de Benjamin MILLEPIED( Prêt de l’Opéra de Paris )

 

Je vous invite à admirer d’autres costumes présents dans l’expo :

TUTU Lagerfeld Brahms
Costume de Karl LAGERFELD pour Brahms-Schönberg Quartet de George BALANCHINE ( Prêt de l’Opéra de Paris )
TUTU Olivier Rousteing Renaissance
Costume d’Olivier ROUSTEING ( Maison BALMAIN ) pour le ballet Renaissance de Sébastien BERTAUD ( prêt de l’Opéra de Paris)
TUTU Nuit blanche
Costume de Maria Grazia CHIURI ( Maison DIOR ) pour  Nuit Blanche de Sébastien BERTAUD ( Prêt de l’Opéra de Rome )
TUTU Costume Miyaké pour Forsythe
Costume de Issey MIYAKE  pour The Loss of Small de William FORSYTHE (Prêt Forsythe Productions)

 

 

 

 

HOKUSAI-HIROSHIGE-UTAMARO … Les grands maîtres du Japon / Collection Georges LESKOWICZ

AIX CAUMONT AFFICHE

« Les surimonos, les impressions moelleuses où la couleur et le dessin semblent tendrement bus par la soie du papier japonais et qui sont ces images à la tonalité si joliment adoucie, si artistiquement perdue, si délavée de colorations pareilles aux nuages à peine teintés, que fait le barbotage d’un pinceau chargé de couleur dans l’eau d’un verre, ces images, qui par le soyeux du papier, la qualité des couleurs, le soin du tirage et des rehauts d’or et d’argent, et encore par ce complément du gaufrage obtenu, le croirait-on, par l’appuiement du coude de l’ouvrier sur le papier, ces images n’ayant rien de similaire dans la gravure d’aucun peuple de la terre  ….  » Edmond de GONCOURT

Ce qui est aujourd’hui Tokyo était autrefois Edo. A cette époque, comprise entre 1603 et 1868, sous la dynastie Tokugawa, le Japon était complètement fermé à tout contact avec le monde extérieur, mis à part les marchands chinois, coréens, et hollandais. Coupé du monde occidental pendant presque deux siècles ( 1641/1854 ) le Japon ré-ouvrira ses portes aux étrangers. Le Commodore américain Matthew Calbraith-Perry accoste à Uraga ( baie de Tokyo ) . Il est porteur d’une lettre que lui a remis le président de son pays , à savoir Millard Filmore, et insiste auprès du shogun pour qu’il accepte d’ouvrir ses frontières et son commerce au monde extérieur.Cette période de coupure  s’appelait le Sakoku. Premier traité signé avec les Etats-Unis en mai 1854 ( il s’agit de la convention de Kanagawa) qui ouvrira la voie à d’autres puissances occidentales. En 1868 commence l’ère Meiji.

Tokugawa Leyasu  devint shogun en  1603 après la bataille de Sekigahara  . Il vivait dans un petit village de pêcheurs (quasiment un marécage) appelé Edo. Il s’engagera à ramener la paix dans le pays, et voudra faire de Edo la capitale administrative. Pour se faire, il entreprendra  un gros travail de métamorphose totale. Un jour son vœu se réalisera car elle sera à même de rivaliser avec Kyoto qui était la capitale impériale.

Tokugawa_Ieyasu
Représentation de TOKUGAWA LEYASU
AIX La foret.jpg
 » La forêt près du sanctuaire Masaki au bord de la Sumidagawa  » ( 35e vue de la série Cent vues célèbres de Edo  » 1857 – HIROSHIGE
AIX Pont averse soudaine.jpg
 » Averse soudaine sur le pont Shin Ohashi et Atake  » ( 58e vue de la série Cent Vues célèbres d’Edo) – 1857 – Utagawa HIROSHIGE
AIX le type populaire
« Le type populaire  » 1821/1822 ( Série Physionomie de trente-deux types dans le monde moderne ) – Utagawa KUNISADA ( Sert l’affiche de l’expo )

La société fut divisée en différentes classes sociales  : les grands et riches  seigneurs  (daimyô) , les samouraïs ( guerriers issus de la noblesse ou du monde rural) , les paysans qui produisaient le riz et l’alcool qui en était issu (saké ) , les marchands , et  les artisans en accessoires de luxe. Par contre, les acteurs, artistes, poètes, courtisanes ou personnes pauvres et modestes, étaient considérés comme des marginaux. Chaque catégorie ayant son quartier pour éviter les problèmes.

AIX Juro Sukenari.jpg
 » Jûro Sukenari est tué par Nitta Shirô Tadatsune au cours d’une bataille à l’âge de 22 ans  » ( 25e scène de la Série La revanche des Frères Saga) – 1843/47 – Utagawa HIROSHIGE

Les seigneurs du pays (  Daimyô  ) se verront contraints  de faire construire et vivre avec leur famille,  dans des demeures somptueuses et fort coûteuses à Edo ; un style de vie qui était, à la longue, très difficile à maintenir et entraîner parfois leur ruine. Le shogun leur imposait par ailleurs, de voyager sans cesse  dans tous le pays et revenir souvent auprès de lui pour lui faire des compte-rendus de ce qu’ils voyaient et bien entendu, il  leur donnait de nouvelles instructions pour qu’ils repartent à nouveau en voyage. Pendant ce temps, les marchands, vers qui les Daimyô  se tournaient souvent pour leur emprunter de l’argent, s’enrichissaient. De ce fait leur statut changera et leur permettra, eux aussi, de  faire connaître ce qu’ils appréciaient que ce soit en art, en littérature, en spectacles et d’imposer leurs goûts.

Le terme Ukiyo avait à l’origine un sens assez solennel, bouddhiste, philosophique et plutôt pessimiste. Curieusement, il sera repris au XVIIe siècle par les habitants de Edo, lesquels vont vouloir en changer totalement le sens, le rendre plus optimiste, plus zen, voire même parfois plus humoristique et décalé . Il deviendra alors celui du divertissement.

 » Vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d’érable. Ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière : voilà ce qui s’appelle l’Ukiyo  » ( Asai Ryoi emploie pour la première fois le terme Ukiyo dans ses Contes du monde flottant (1665)

L’Ukiyo-e ( tableau du monde flottant ) reste surtout le terme donné aux  estampes.C’est un art qui est né à Edo. Il représentait  un nouvel art de vivre, un monde plein de poésie, raffinement, rêverie, s’inspirant des traditions, de la nature, des paysages, de la flore, la faune, la vie quotidienne , mais qui traite aussi du monde du théâtre, des acteurs du Tabuki, des  cérémonies du thé, de l’amour, des geishas, des courtisanes, des plaisirs futiles, des images érotiques(shunga) ….

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 » Faucon sur un pin  » 1853 – HIROSHIGE ( Ce type d’estampe appelée kachôga fait partie des adaptations japonaises de fleurs ou oiseaux que l’on pouvait trouver  en Chine sous la dynastie Ming et Qing. Hiroshige et Hokusai furent les deux plus importants maîtres dans ce genre.
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 » Travail d’aiguille  » 1794/95 – Kitagawa UTAMARO
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 » La courtisane Shungetsu dans sa loge  » ( Série des Huit Vues dans le quartier du plaisir ) – Fin 1832 – Utagawa SADAKAGE
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 » Femmes de la Cour admirant des cerisiers  »  1858 (fait partie d’un triptyque )Utagawa UTAMARO

Au départ, quasiment une illustration qui deviendra un art à part entière. – Telles des cartes postales, ou tel que le ferait un média de nos jours , elles permettaient de mieux connaitre, voir d’admirer, ou de conserver en souvenir les images de la vie citadine. Apprécié, au départ, par une classe plutôt populaire, et qui fin du XVIIIe siècle touchera fortement les élites.

Ce n’est pas un art qui restera figé. Tout au contraire, il va  considérablement changer, se développer, ne serait-ce que par les techniques qui se modernisent  : les premières estampes ( sumizuri-e) étaient à l’encre de chine noire, jusqu’au jour où la demande de couleur se fit plus pressante. C’est ainsi que naîtront les tan-e, (utilisation de tan soufré qui donnait une couleur orangée), puis les beni-e (avec du rouge) et les urushi-e(avec du noir), et enfin  les benizuri-e qui furent les première estampes couleur à être imprimées. Le premier artiste à réaliser ce genre d’estampes polychromes dites de brocart (nishiki-e) fut Suzuki harunobu en 1775. Sept ans plus tard, le maître du genre sera Kitagawa Utamaro.

Le dessinateur (eshi) n’est pas tout seul dans la réalisation d’une estampe. C’est un travail d’équipe. Il donne son dessin au graveur ( horishi ) qui la confie à l’imprimeur (surishi) après l’avoir transféré sur bois. C’est une coordination qui doit être en parfaite osmose  pour que la pièce finale soit de très bonne qualité. La qualité étant un critère important pour la vente.

Autre petit point historique à savoir : la gravure sur bois ( à l’origine chinoise ) sera employée au Japon au VIIIe siècle pour y imprimer, au départ, des textes sacrés.

L’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence, nous fait entrer dans le monde enchanteur des estampes, au travers d’une exposition mettant en lumière 200 pièces de la merveilleuse collection de l’entrepreneur franco-polonais Georges Leskowicz, reconnue comme étant l’une des plus importantes au monde, riche en totalité de 1800 pièces signées par les grands maîtres du genre comme Hokusai (le virtuose et ses incroyables paysages )  –Hiroshige (intéressé au départ par les portraits, puis se tournera avec toujours autant de sensibilité vers les paysages, les fleurs etc..) – Utamaro (et ses beaux portraits de geishas et courtisanes) – mais aussi Gakutei ( élève de Hokkei et donc influencé par Hokusai . Il réalisera des estampes, des surimonos, et écrira des poèmes assez drôles) ,- Sharaku (spécialisé dans les portraits d’acteurs de théâtre . Il a été une grande source d’inspiration pour Toulouse Lautrec) –  Kunisada ( a débuté lui aussi avec les acteurs du Kabuki, puis s’est spécialisé avec énormément de raffinement dans les surimonos) , Shinsai ( fut élève de Hokusai. Il débute dans le paysage, puis se spécialise avec grand talent dans l’art des surimonos) , Hokkei ( Un ancien poissonnier, élève de Hokusai. Un  grand observateur de la nature. Il a réalisé un nombre important de surimonos et s’est distingué dans l’art de l’illustration pour des livres érotiques) et bien d’autres … des pièces que certains musées rêveraient d’avoir !

L’expo s’intitule :  »  HOKUSAI – HIROSHIGE – UTAMARO – Les grands maîtres du Japon – La collection Georges Leskowicz  » jusqu’au 22 mars 2020 ( Estampes, Surimino, objets, documents, photos, vidéos)

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Georges LEIKOWICZ
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Kosode décoré de vagues et de fleurs de pivoines, iris, chrysanthèmes et mauves / 1800 – Prêt du Musée national des Arts asiatiques Guimet à Paris

Georges Leskowicz a hérité le goût des collections de son père Alexander. Celui-ci avait une grande passion pour les livres et manuscrits rares, donc précieux. En ce qui concerne son fils, c’est l’art japonais qui va l’intéresser. Pour parfaite sa culture de la collection dans le domaine de l’Ukiyo-e, il va se former auprès de personnalités compétentes,  très connues et réputées à l’échelle internationale. Sa fondation, créée en 2015, a pour but de permettre au tout à chacun de découvrir les pièces magnifiques

Cette promenade colorée dans ce monde flottant ancestral , nous conduit, au travers d’un parcours thématique,  dans le monde des Surimonos ( choses imprimées ) – Ils représentent la quintessence des estampes japonaises , gravures sur bois  précieuses, raffinées,  exceptionnelles, rares, car faites en très peu d’exemplaires, commandées par  une clientèle de la haute société japonaise, souvent des intellectuels, érudits, lettrés, ou personnalités culturelles, pour un usage privé ( on les offrait, par exemple, pour fêter le Nouvel An).

Ces Surimonos sont luxueux et coûteux de par les matériaux qui étaient utilisés, soyeux, avec de très belles couleur, fabriqués avec un papier blanc/opaque de qualité qui se compose de fibres de mûrier et de colle ( le hôsho). Leur éclat vient du fait que l’on ajoutait parfois de la poudre de mica et des pigments ( cuivre, laiton, étain, or ou argent) – L’effet relief structuré quant à lui, était obtenu par une technique de gaufrage.

AIX Acteur Danjuro
 » L’acteur Tchikawa Danjüro VII dans le rôle de Soga no Gorö et Omi no Okane  » – Surimino / 1818/1820 – Utagawa KUNISADA

Les textes imprimés sont soit des courts poèmes (sans rimes), soit des références littéraires issus d’œuvres classiques, ou bien des mots d’humour et d’esprit ( kyôka « poèmes fous »). La peinture et le texte y sont étroitement liés. C’est un art peu connu en Europe. D’ailleurs peu d’expos les mettent à l’honneur, la dernière en date était celle du Musée national d’arts asiatiques Guimet  » Meilleurs vœux du Japon  » en 2016 .

AIX Fuji au printemps
 » Nouveau Fuki au printemps  » – 18101829 – ( Surimino ) Utagawa TOYOHIRO
AIX La rivière Sumida
 » Vue sur le fleuve Sumida  » Surimino – (détail – Série Toutes les sortes de chevaux ) 1822 – HOKUSAI
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 » Deux dames de la Cour admirant les cerisiers  » Surimino / 1820 – Yashima GAKUTEI
AIX Le coquillage
« Le coquillage violet  » – Surimino – 1821 – HOKUSAI

 

 

Héléna RUBINSTEIN – La collection de Madame …

RUBINSTEIN collection de Madame

«  Elle aimait se faire toujours photographier à proximité de ses objets. Elle se présentait ainsi comme une femme d’avant-garde qui mettait sur le même plan l’Occident et l’Afrique. Au-delà de son personnage flamboyant et la façon dont elle avait pu embellir sa vie, elle avait un rapport authentique avec cette collection. Elle utilisait aussi ces œuvres fortes pour tester les gens à qui elle avait affaire. Cela la mettait à part. C’était audacieux pour une femme à l’époque.  » Hélène JOUBERT ( Responsable de l’Unité patrimoniale Afrique au musée du Quai-Branly Jacques Chirac à Paris)

Lorsque l’on entend le nom d’Héléna Rubinstein, on pense avant toute chose à la célèbre marque de cosmétiques dont elle fut la fondatrice . Dans ce domaine, elle a voulu sublimer l’image de la femme et comme le disait si justement Jean Cocteau elle fut l’impératrice de la beauté. Si on a dit qu’elle était une féministe,  c’est pas franchement dans le sens propre de ce terme, mais plutôt par le biais de la beauté qu’il faut le comprendre . En effet, elle a beaucoup œuvré pour la beauté de la femme et  cela a été pour elle un véritable moteur.

Madame, 1m47 (certains disent 1m42)  a été une travailleuse acharnée , une rebelle au caractère bien trempé, un brin autoritaire, moderne, non conformiste,  une rigoureuse et redoutable   femme d’affaires et une collectionneuse compulsive, dans ce dernier domaine comme en beauté, elle fut une pionnière. Sa vie est un véritable roman !

Il est vrai que l’on connait moins ce pan de sa vie : collectionneuse et pas qu’un peu :  une grande, intuitive, curieuse,  avertie, visionnaire, avant-gardiste. Collectionneuse particulièrement en  art africain et océanien. Elle commence cette passion en 1908,  fera l’acquisition de 400 pièces  jusqu’en 1960, lesquelles étaient installées  dans ses appartements de Paris, Londres  et New York.  Après son décès, la collection totale fera l’objet de trois ventes aux enchères à New York et seront alors réparties un peu partout dans le monde . Compte tenu du fait que ce sont vraiment des pièces rares, d’une grande qualité, leur prix a atteint ( et continue d’atteindre encore récemment) des records.Elle a toujours eu un goût très sur pour les choisir.

RUBINSTEIN masque Dan Ngere
Masque féminin Dan- Côte d’Ivoire- Région de Man XIXe siècle ( Ex.Coll.Rubinstein / Désormais Collection particulière) ( Cette pièce illustre l’affiche de l’expo)

Ses ventes aux enchères ce sont faites parce que la famille n’était  absolument pas intéressée par ces collections et que de son côté, elle n’a pas eu envie d’en faire don à un quelconque musée ou créer une Fondation qui s’en serait occupée. Cette collection, elle l’a souvent dit, a représenté  sa vie et elle n’a pas pensé que tout le temps qu’elle y avait  consacré, l’argent dépensé , les efforts fournis,  et les ressentis éprouvés, puissent être quelque chose de transmissible. Son  souhait fut qu’elles soient dispersées et ses exécuteurs testamentaires ont respecté ce choix.

RUBINSTEIN et ses collections appartement de Paris
Héléna RUBINSTEIN dans son appartement de Paris avec certaines de ses œuvres

Pourquoi une pionnière ? Tout simplement parce que le marché de ce type d’art commençait à peine à se développer à Paris et qu’ elle fut l’une des premières à les avoir faits connaître, fascinée par ces masques et autres représentations figuratives, leur expressivité, la façon dont les visages étaient  traités.

RUBINSTEIN masque SENOUFO Côte d'Ivoire collection privée
Masque Senoufo Côte d’Ivoire ( Ex.Coll.Rubinstein / Désormais collection particulière)
RUBINSTEIN Masque féminin Dan
Masque féminin Dan / Côte d’Ivoire, région de Man XIXe siècle ( Ex.Coll Rubinstein / Désormais Collection privée)
RUBINSTEIN Figure féminine du Lefem Bamileke Chefferie Bangwa Cameroun, XIXe siecle
Figure féminine du Lefem Bamileke Chefferie Bangwa/ Cameroun XIXe siècle . Il s’agit là de l’une des pièces maîtresses de l’expo- Rubinstein l’a acquise en 1930 lors de l’exposition d’art africain et océanien qui se tenait à Paris -Elle faisait partie de la collection de Charles Ratton  – ( Ex Coll. Rubinstein / Fait désormais partie des collections du musée Dapper à Paris)

 

Elle s’est même battue non seulement pour leur reconnaissance, mais pour la valorisation de ces arts premiers qu’elle voulait voir devenir des «  beaux arts « . Héléna Rubinstein s’est toujours sentie très proche de ses œuvres, elle voyait en elles beaucoup de profondeur, de spiritualité et au fil du temps,  elle s’est forgée une grande connaissance historique à leur sujet , alors qu’au départ elle affirmait manquer totalement de culture générale. Mais elle a persévéré, appris des autres et des livres, et ce savoir, associé à son intuition, lui ont permis de mieux connaître des œuvres que l’on peut qualifier d’exceptionnelles et qu’elle a réussi à acquérir .

RUBINSTEIN Kota Gabon The Kreeger collection de Washington
Kota/Gabon ( Ex coll. Rubinstein / Désormais The Kreeger Collection à Washington )

Elle a été amenée à la collection et découvert  les arts premiers  par son ami le sculpteur Jacob Epstein. Ce dernier avait une conception de l’art qui dépasser les frontières de l’Europe, pour lui l’art ne s’arrêtait pas là, il était universel. C’est la raison pour laquelle il a été fortement influencé par d’autres cultures et notamment africaines, océaniennes, indiennes, améridiennes etc….  Avec lui, Héléna Rubinstein a fait ses premiers pas dans ce type d’art et elle a fréquenté ceux qui s’ y intéressaient aussi à l’époque comme par exemple André Derain, Maurice de Vlaminck ou Pablo Picasso.

Elle fréquente les cercles intellectuels, de nombreux artistes ( écrivains, sculpteurs, peintres parmi lesquels : Louise de Vilmorin, Van Dongen,  Modigliani, Cécile Sorel, Réjane, la comtesse Greffhule, Pablo Picasso, Colette, Misia Sert, Salvador Dali, Marc Chagall, louis Marcoussis, et divers autres ) , les galeries d’art, les marchands, les ventes publiques,  l’Hôtel Drouot, se tient également au courant des éventuelles mises à la vente de ces objets par des collectionneurs etc…  et commence sa collection avec frénésie et boulimie Elle a un flair étonnant pour dénicher des pièces remarquables et assez d’argent pour les acquérir. Une partie viennent du Nigéria, Cameroun, Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo. On y trouve des objets utilitaires de la vie quotidienne  , des instruments de musique, des masques, des étriers, des poulies … C’est assez éclectique, surprenant et inattendu.

 

RUBINSTEIN collection privée Etrier de poulie de métier à tisser baoulé Côte d’Ivoire, XIXe siecle.
Étrier de poulie métier à tisser – Côte d’Ivoire XIXe siècle ( Ex.Collection Rubinstein/Désormais Collection particulière )

Le musée du Quai Branly-Jacques Chirac a souhaité se tourner sur cet aspect de sa vie  au travers d’une superbe exposition intitulée :

 » Héléna RUBINSTEIN – La collection de Madame  » … Jusqu’au 28 juin 2020 laquelle réunit une soixantaine de pièces issues de sa collection ainsi que de nombreuses photos . Le musée en détient cinq, les autres viennent de collections particulières et de prêts issus d’institutions internationales.

RUBINSTEIN poterie funéraire représentantun démon Amérique du sud 200 avant JC - 600 après JC musée branly
Poterie funéraire représentant un démon / Amérique du Sud 200 avant J.C. – 600 après J.C ( Ex Coll.Rubinstein / Désormais Musée du Quai-Branly Jacques Chirac à Paris )
RUBINSTEIN tête funéraire Krinjabo Anyi Cote Ivoire musée du quai Branly
Tête funéraire Krin Jabo Anyi / Côte d’Ivoire ( Ex.Collection  Rubinstein / Fait désormais partie des collections du Musée du Quai-Branly Jacques Chirac à Paris )
RUBINSTEIN statue d'ancêtre Adu Zatua Ile de Nias XIXe siècle Musée quai Branly
Statuette ancêtre Adu Zatua-Île de Nias XIXe siècle ( Ex.Coll.Rubinstein /Désormais collections du Musée du Quai-Branly Jacques Chirac à Paris)

Alors qui était vraiment Héléna Rubinstein … C’est ce que je vous invite à découvrir :

Chaja Rubinstein est née en 1872 dans un quartier juif orthodoxe de Cracovie (Pologne), aînée de huit enfants ( des filles). Dès son plus jeune âge, elle affirme un caractère très difficile, rebelle, pas très portée sur les travaux ménagers qu’on lui demande de faire pour aider sa mère. Elle s’oppose de toutes ses forces à un mariage arrangé et décide d’échapper à la vie qui l’attend en partant, au départ, pour Vienne où elle sera vendeuse dans le magasin d’une sœur de sa mère, puis en embarquant seule sur un paquebot qui l’emmène à Melbourne (Australie) en 1896. C’est lors de la traversée qu’elle change son prénom en Héléna. L’histoire raconte qu’elle emportera avec elle, les petits pots de crème que sa mère aurait glissé dans ses valises ( 12 au total) et qui auraient été réalisés par deux chimistes hongrois qui étaient ses amis.

Même si ses relations avec sa famille  furent assez compliquées, elle a toujours cherché au fil des années qui suivront, à l’aider.  Pauline, Manka, Stella et Sanska, ses sœurs,  ont travaillé avec elle.

A Vienne, elle s’était mise à concocter dans l’arrière boutique d’un pharmacien qui la perfectionne en cosmétique, des crèmes destinées aux visages des femmes, avec pour base, les petits pots de maman dont elle tentera de reproduire la composition en l’améliorant et en la perfectionnant.. En arrivant à Melbourne, elle continuera encore . Afin de gagner de l’argent, elle sera serveuse. Elle y fait des rencontres, notamment des personnes qui lui parlent de marketing et lui prodiguent des conseils pour se lancer en tant que femme d’affaires . Après avoir fait de nombreux essais avec ses crèmes, des erreurs aussi, elle arrive au résultat qu’elle escomptait. Elle les commercialise,   fait des ventes par correspondance et finit par se faire connaître, être reconnue, et ouvrir un premier institut en 1902 , elle l’appelle La Maison de Beauté Valaze.

En 1906, elle rencontrera un journaliste qui deviendra éditeur :  Edward William Titus. Il est beau, cultivé, elle en tombe amoureuse. Ils se marient en 1908. C’est lui qui la surnomme Madame la première fois. Si au départ, il fut attiré par l’énergie et le charisme de Madame, au fil du temps il ne supportera plus son caractère bien trempé. Il est plutôt du genre à aimer la maison et la famille, elle pas vraiment. Il est coureur, la trompe, elle est jalouse, lui fait des crises terribles. Il se fait pardonner en lui offrant des bijoux hors de prix et vu la collection (évaluée à 1 million de dollars )  qu’elle avait, on peut supposer que Monsieur est allé souvent voir ailleurs … même si elle en a acheté elle-même un certain nombre. Ils vont se séparer en 1917, puis divorceront en 1938. Le décès de Titus va énormément l’attrister.

Ils auront deux fils : Roy ( 1909 )  et Horace 1912 ). Héléna Rubinstein aime ses enfants mais n’est pas une mère très présente, mais curieusement envahissante . Ils en souffriront beaucoup

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Six ans plus tard, en 1908, elle a véritablement confirmé son savoir-faire, elle décide de partir pour Londres, emportant avec elle une crème dite miraculeuse qu’elle a mis au point. Elle ouvre un nouveau institut dans un quartier huppé. Elle achète des espaces publicitaires, se fait une réputation dans toute l’aristocratie londonienne et le bouche à oreille va merveilleusement fonctionner.  Elle entend parler d’un salon réputé de Paris qui est mis en vente rue du Faubourg Saint-Honoré. Elle l’achète et part pour la capitale. En 1913 elle ouvre son premier laboratoire à Saint-Cloud et collabore avec des chimistes. Un second laboratoire verra le jour, quelques années plus tard,  à Long Island aux Etats-Unis.

RUBINSTEIN dans son labo à Saint Cloud
Héléna Rubinstein dans son laboratoire de Saint-Cloud

A l’aube de la première guerre mondiale, en 1914,  elle part pour New York, seule, laissant derrière elle mari et enfants,  bien décidée à conquérir les Etats-Unis. Premier institut entre la 15e rue et la 49e avenue. Un véritable temple de la beauté décoré avec de splendides sculptures. Une école de beauté verra le jour également, ainsi que d’autres instituts à Boston et Chicago. Elle se bat dans son domaine car elle a face à elle : Estée Lauder et Elisabeth Arden, qui sont déjà très connues sur le marché américain. Des rivales ! La seconde a vu l’arrivée de Rubinstein d’un très mauvais œil. A chaque fois qu’elles se rencontreront, elles ne s’adresseront pas la parole, et lorsque Héléna ouvrira son institut, Elisabeth sera tellement furieuse qu’elle en ouvrira un dans la même rue. Elles se livreront une lutte sans pitié.

En 1938 elle épouse  Artchil Gourielli Tchkonia, vingt-trois ans de moins qu’elle (eh oui Madame était un peu une cougar de l’époque …), bel homme, élégant, avec une certaine classe  . Qu’importe la différence, il est prince et elle devient princesse ( elle aimait qu’on l’appelle ainsi ). Par contre, c’est un prince qui aime se laisser vivre, travailler un minimum  et jouer au bridge   ! Leur mariage va durer 17 ans, jusqu’au décès d’Artchil en 1955. Elle hérite de sa fortune. Ce fut l’une des clauses de leur contrat de mariage.

RUBINSTEIN Artchil son époux et Héléna
Héléna et son second marie Artchil

Sept ans plus tard elle retrouve Paris qui a souffert de la guerre. Son appartement a été saccagé, son laboratoire de Saint-Cloud détruit, son salon de beauté pillé et ses comptes en banque parisiens  vidés. Fonceuse et déterminée, elle veut tout recommencer, fabrique de nouvelles crèmes, retrouve une clientèle aisée et son institut son aura. Idem à Londres où elle ouvrira une nouvelle enseigne compte tenu que la première a complètement été, elle aussi, détruite par un bombardement.

Le décès de son second fils Horace en 1958 dans un accident de voiture, la plonge dans une tristesse immense car des deux enfants il était son préféré. Au départ, elle s’enferme dans un mur de silence, puis décide de reprendre ses affaires en mains..

J’ai parlé de son goût pour les collections d’art africain et océanien, mais Héléna Rubinstein a aimé fréquenter, s’entourer, s’intéresser à bon nombre de peintres et de sculpteurs, de les soutenir, et ce même lorsque leur travail  ne correspondait pas franchement à ses goûts . C’était souvent par amitié qu’elle le faisait . Non seulement elle fut leur mécène, mais elle leur rendait visite régulièrement dans leurs ateliers, les invitait régulièrement à déjeuner ou dîner.

C’est elle qui s’est occupé de la création des produits de maquillage utilisés par Joséphine Baker pour sa Revue Nègre.

Elle a acquis un très grand nombre de tableaux signés Laurencin, Juan Gris, Picasso, Braque, Matisse, Chagall, Ribera, Kahlo et autres … Elle fut aussi la muse de Paul César Helleu, Raoul Dufy, Sarah Lipska, Marie Laurencin qui l’ont représentée. Les sculptures de têtes, bustes ou corps de femmes ont eu une grande importance pour elle. Qu’elles soient en bois africain, en verre opaline ou en marbre, elles ont tenu une place de choix dans ses collections notamment celles de Elie Nadelman ou Chana Orloff.

Héléna Rubinstein a éprouvé une grande passion pour la mode. Elle fut une des premières clientes de Saint Laurent, mais l’amie de Dior, Chanel, Lanvin, Balenciaga et Schiaprelli.

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Héléna Rubinstein devant les différents portraits que l’on a pu faire d’elle

Elle est morte à New York en 1965 à l’âge de 93 ans, en laissant derrière elle un empire immense  – La Maison Rubinstein sera revendue à L’Oréal en 1988.

RUBINSTEIN statue Bamana région Sikasso Ganadougou Collection privée
Statue Bamana- région Sikasso Ganadougou ( Ex.Coll.Rubinstein/Désormais collection particulière)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La marquise ARCONATI VISCONTI – Femme libre et mécène d’exception …

Arconati la marquise en 1870
La marquise en 1870 – Cette photo sert d’affiche à l’exposition

«  J’ai fondé ma vie sur cette croyance que les œuvres utilitaires n’étaient pas toutes les plus utiles et que les choses utiles entre toutes, les choses humaines par excellence étaient les Lettres et les Sciences par lesquelles se créé lentement une humanité supérieure.  » La marquise expliquant le but de son mécénat.

 » La fille de Mr Peyrat est une femme d’esprit millionnaire et de plus marquise. Fortune et couronne, elle les a conquises à la force du poignet et elle entend se servir intelligemment de l’une et prodiguer démocratiquement l’autre. On a conté mille aventures, écrit maintes légendes sur la vie de la marquise. Vérité ou mensonge, tout bien compté la marquise n’est pas une femme vulgaire. C’est une femme douée merveilleusement pour la séduction, qui a pris le cœur humain pour instrument et en joue en grande artiste et virtuose accomplie. Elle va certainement occuper à Paris, en raison même de sa personnalité, par le bruit fait depuis longtemps autour de son nom, par les mystères qui l’enveloppent de cette captivante poésie de l’inconnu, et par ses amitiés, une situation dans le monde parisien. C’est par ce côté, toute de vie extérieure, qu’elle appartient à la chronique. …  » Octave MIRBEAU (Écrivain, critique d’art et journaliste français –  Article dans Le Gaulois en 1880)

Je ne sais si, parmi vous, il y en a qui ont déjà entendu parler de cette femme, ou non. Quelle que soit la réponse, j’espère vivement que mon article vous permettra de la re-découvrir ou de la connaître. C’est une chance que le musée des Arts Décoratifs lui rende hommage au travers d’une exposition. Elle s’intitule :

 » La marquise ARCONATI VISCONTI – Femme libre et mécène d’exception «  jusqu’au 15 mars 2020, en partenariat avec la chancellerie des universités de Paris – Une centaine de pièces, issues de ses collections, y sont présentées, ainsi que des photos, des archives, des documents, des objets etc…, des pièces diverses et variées  qui sont d’autant plus intéressantes qu’elles  couvrent  différentes époques : Moyen-Âge, Renaissance, Révolution française et XIXe siècle.

Marie-Louise Peyrat, qui deviendra par son mariage la marquise Arconati Visconti, fut une femme lettrée, intelligente,  passionnée de littérature ( avec une préférence pour Machiavel, Montaigne, Montesquieu, Voltaire, Villon et Rabelais) , un soupçon excentrique, une originale aimant  rouler elle-même ses cigarettes, une érudite qui s’est vraiment intéressée à la culture, à l’art et aux Lettres dès son plus jeune âge. Éprise de liberté, d’indépendance, elle fut une républicaine engagée très proche des politiciens, des universitaires et des intellectuels de son temps, une philanthrope.

En tant que généreux mécène, cette figure de la Belle-Époque surnommée la bonne fée  (par Émile Molinier)  a 1)  soutenu financièrement  l’École des Chartres, le Collège de France, École pratique des hautes études ;  2 ) protégé les musées : musée du Louvre  (Elle  fut membre fondateur de la Société des amis du Louvre  ) , des Arts Décoratifs, et Carnavalet,  en leur faisant don d’œuvres issues de ses collections ; 3)  fut l’une des premières bienfaitrices de l’Université de Paris ; 4 )  a permis la construction de l’Institut de Géographie. Par ailleurs, elle a créé , outre de très nombreux  prix, bourses pour la recherche en médecine et autres subventions diverses , une fondation pour venir en aide aux familles des policiers victimes dans l’exercice de leur profession

Elle a aimé s’entourer de personnes cultivées et ayant un bel esprit. Parmi ses proches ou les personnes ayant fréquenté régulièrement le Salon qu’elle tenait , le mardi et le jeudi, dans son hôtel particulier de la rue Barbet-de-Jouy, et où l’on débattait sur différents sujets, on trouvait : Alphonse PEYRAT ((son père. Un journaliste, homme politique, historien, polémiste. Un père qu’elle a  adoré ) – Jean JAURÉS  (homme politique qu’elle a admiré assez longtemps jusqu’à ce que leurs relations se détériorent en raison de leurs  différences d’opinions politiques avec le temps)   – Alfred DREYFUS  ( ils ont été très amis, elle l’a soutenu sans relâche et ont échangé une très longue correspondance jusqu’en 1923, notamment lors de sa détention.  )  – Victor HUGO  ( ami de son père, ce dernier demandera à l’écrivain d’être le témoin de mariage de sa fille )  – Léon GAMBETTA  ( lui aussi un ami de son père. Le bruit a couru qu’il fut amant de la marquise et qu’il souhaitait l’épouser. Elle a toujours nié cette rumeur ) – Louis LIARD   (recteur de l’Académie de Paris. C’est à lui qu’elle remettra, à deux reprises, des sommes d’argent conséquentes pour l’Université des Sciences et l’Université des Lettres de Paris ) – Louis METMAN ( Conservateur au musée des Arts Décoratifs, collectionneur, un éminent défenseur de l’art et qui fera partie de son cercle d’amis) – Auguste MOLINIER  (Bibliothécaire et historien  – Un défenseur de Dreyfus,  proche de la marquise. En hommage à cet homme elle fondera en 1904 un prix à l’École des Chartres) – Emile MOLINIER ( Conservateur et historien de l’Art )  –  Raoul DUSEIGNEUR ( antiquaire, expert, son compagnon, l’ami fidèle, celui qui sera de bon conseil pour gérer sa fortune. Lorsqu’il décède elle est inconsolable) – Gabriel MONOD ( l’autre ami fidèle, agrégé d’histoire, fondateur de la Revue Historique, celui qui, très probablement, l’a amené à s’intéresser aux grandes écoles et universités ) –Raymond KOECHLIN  (journaliste en politique étrangère et collectionneur )- Paul VITRY (historien de l’art et conservateur au musée du Louvre) – Raymond POINCARÉ et Aristide BRIAND  ( tous deux avocats et hommes d’État français) – sans oublier Georges CLÉMENCEAU (homme d’État français) et Émile COMBES ( un politique français )

Comme vous aurez pu le constater il n’y a pas de nom de femmes. C’est, semble t-il Léon Gambetta qui lui aurait suggéré de n’en inviter aucune !

Par ailleurs, elle fut  une collectionneuse avertie, réunissant,  dès 1890,  des livres précieux, des meubles, des bijoux, des boiseries du Moyen Âge et de la Renaissance ( ses deux époques de prédilection ) , des pièces d’orfèvrerie, de la vaisselle, dont une grande partie sont réunis au sein même de cette exposition. A la mort de son mari, elle a hérité d’une immense fortune, c’est ce qui lui a permis de l’utiliser pour ses collections, mais surtout pour en faire bénéficier l’enseignement, les bibliothèques et l’art au travers de ses généreux dons.

C’est Émile Molinier; qui était alors le conservateur du musée de Cluny,  qui, au départ, fut l’instigateur de son goût pour les collections. Un goût qui s’est, par la suite, amplifié avec celui qui a partagé sa vie : Raoul Duseigneur .

Marquise service à café
 » Service à petit déjeuner  » attribué à Michel-Victor ACIER – Allemagne Manufacture de Meissen vers 1780/1790  en porcelaine – ( Musée des Arts Décoratifs / Paris )

 

Marie Peyrat est née en 1840 à Paris. Elle est la fille d’Alphonse Peyrat, un journaliste proche de Victor Hugo,  rédacteur en chef dans le quotidien La Presse, qui deviendra député à l’Assemblée nationale, puis sénateur. Désireux de vouloir séparer l’église de l’État, on lui doit la paternité de la célèbre phrase que son ami Léon Gambetta reprendra à son compte, dans ses réunions électorales, quelques mois après que Peyrat l’eut prononcée en 1876  :  » Ce qui est redoutable, c’est le parti clérical. Voilà l’ennemi « .

Alphone PEYRAT
Alphonse PEYRAT

Marie a grandi dans un milieu pas très aisé (lors de son mariage elle avouera n’avoir eu pour dot qu’une robe et une paire de chaussures) . Son père lui a inculqué des principes républicains, anti-cléricaux, et des convictions philosophiques, auxquels elles restera fidèle toute sa vie.. C’était une jeune fille intelligente, bavarde, curieuse, s’intéressant à des tas de sujets et engageant des discussions à leur propos avec beaucoup de passion et d’esprit.

C’est en assistant,  en auditeur libre, aux cours  donnés  à l’École des Chartres qu’elle rencontre celui qui deviendra son prince charmant : un érudit, Gianmartino Arconati Visconti, né en France, mais issu d’une très riche famille de Milan. Lui aussi a un père patriote,  très porté sur la politique, ce qui lui vaudra d’être exilé de son pays. Il a donc vécu en Belgique, en France jusqu’à ce qu’il puisse retrouvé sa terre natale en 1840. Apparemment l’exil ne l’avait pas assagi, puisqu’il a participé à l’insurrection de son pays en 1848 .

Gianmartino ARCONATI VISCONTI 2
Gianmartino ARCONATI VISCONTI

Le mariage de Marie et Giammartino a lieu en 1873. Elle a Victor Hugo pour témoin. Malheureusement, leur union ne va pas durer longtemps compte tenu que son époux meurt trois ans plus tard à Florence, d’une fièvre typhoïde  – Elle hérite d’une énorme fortune et de tous ses biens – On note, entre autres : un château en Belgique, un hôtel particulier à Paris, une magnifique villa sur les bords du lac de Côme, sans oublier des résidences à Rome, Florence, Milan, des œuvres d’art et  des comptes bancaires bien remplis.

Elle aurait pu se laisser vivre confortablement, dépensant son argent de façon futile. Mais il n’en sera pas ainsi. Elle va mettre sa fortune au service de l’art, des Lettres, de l’enseignement et poursuivre sa passion des collections à laquelle l’avait initié son mari.

Sur le plan privé, elle va vivre une très belle histoire d’amour avec Raoul Duseigneur qui la conseillera beaucoup sur les acquisitions de tableaux ou objets d’art . Malgré toutes les demandes qu’il aura pu lui faire, et les sentiments forts  qu’elle lui porte, elle revendiquera son indépendance et ne souhaitera pas se marier. Elle sera dévastée lorsqu’elle le perdra en 1916. Selon son souhait, elle repose, tout près de sa tombe,  à Rives-sur-Fure  ( département de l’Isère) et choisira comme épitaphe des vers du poète français François Villon :  » deux étions et n’avions qu’un cœur  » . Elle ne cessera de lui rendre hommage.

MARQUISE et Raoul Duseigneur
La marquise et Raoul DUSEIGNEUR devant la porte de son château en Belgique
M A D
 » Médaillon en onyx et diamants  » – A l’extérieur les initiales de son défunt mari, et à l’intérieur  une photo de Raoul DUSEIGNEUR (Musée des Arts Décoratifs/Paris )

Comme je l’ai dit en début de cet article, elle a tenu un Salon très réputé, dans son hôtel particulier  de la rue Barbet-de-Jouy où elle recevait deux fois par semaine ( le mardi et le jeudi) des personnalités très en vue que ce soit des politiques, des historiens de l’art, des conservateurs de musées, des écrivains, des  bibliothécaires, des agrégés d’histoire, des universitaires, des archéologues, collectionneurs  etc…

Après s’être entouré de tant de monde, elle passera une fin de vie plutôt en retrait, lisant énormément, écoutant des œuvres lyriques ( particulièrement celle de Wagner) – En parlant de lecture, la marquise avait hérité de son mari, d’une bibliothèque riche de plus de 7000 ouvrages ayant appartenu à la famille Arconati Visconti. L’un de ses exécuteurs testamentaires, Gustave Lanson a eu le droit d’en prélevé environ 700 pour l’ École Normale dont il était le directeur. Le reste a été réparti, selon le souhait de la marquise , dans diverses autres bibliothèques en France.

A sa demande, c’est l’Université de Paris qui fut nommé légataire universel, avec la charge de continuer à subventionner la chaire de littérature française du XVIIIe siècle et veiller à ce que l’achèvement de l’Institut d’art se termine dans de bonnes conditions. Elle a fait don au roi Albert de Belgique de son château médiéval de Gaasbeek où elle aimait passer tous ses automnes. Le musée des Arts Décoratifs recevra, en ce qui le concerne, des boiseries, la quasi totalité de ses bijoux ( dont ses alliances de mariage) , et des porcelaines. De plus, dans son testament elle a souhaité faire don à l’État de toutes les œuvres d’art qu’elle possédait dans son hôtel particulier afin qu’elles soient exposées au musée du Louvre.

Marquise Lalique bague feuille 1900
 » Bague René LALIQUE  » vers 1900 ( Musée des Arts Décoratifs )
Marquise 1
 » Broche tête de femme, serpent et aile  » 1897 env. ( Musée des Arts Décoratifs / Paris )
Marquise agrafe Chine Règne de Qianlong 1736 1796 XVIIIe siècle
 » Boucle de ceinture  » datant de l’époque du règne de l’Empereur Qiantong – Chine XVIIIe siècle – ( Musée des Arts Décoratifs )

 

Marquise Desiderio da Settignano 1428 1464 Le Christ et saint Jean-Baptiste enfants Paris musée du Louvre
 » Jésus et Saint Jean-Baptiste enfants  » – Vers 1460 – Marbre de Desiderio Da SETTIGNANO ( Musée du Louvre / Paris
MARQUISE scènes de la vie de la Vierge
 » Scènes de la vie de la Vierge  » Triptyque  – Vers 1315/1335 ( Musée du Louvre / Paris )
Marquise Vierge adorant l'enfant
 » Vierge adorant l’enfant entourée de saint Jean-Baptiste enfant et deux anges  » 1480 env. Francesco BOTTICINI ( Musée du Louvre )

 

Elle est décédée en mai 1923.

«  Dans le champ illimité du bien à faire, elle avait choisi le bien qu’elle voulait faire. Les beaux-arts, l’érudition, la science, plus particulièrement la France et l’Italie de la Renaissance, la France du XVIIIe siècle, voilà les provinces que sa curiosité aimait à parcourir. Elle avait coutume de se dire une étudiante, une chartriste. Sa fine et large culture a fait d’elle la bienfaitrice en quelque sorte professionnelle des musées et universités …  » Gustave LANSON lors de l’enterrement de la marquise.

 

 

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HUYSMANS de Degas à Grünewald, sous le regard de Francesco Vezzoli …

HUYSMANS AFFICHE 1

 

Francesco VEZZOLI est un artiste italien très connu, particulier, pertinent, qui aime réinterpréter les œuvres du passé. On lui a confié la scénographie  de l’exposition, d’où la phrase   » Sous le regard de Francesco Vezzoli  » dans l’intitulé.

Le musée d’Orsay met en lumière une figure importante du monde intellectuel sous la Troisième République : Karl Joris Huysmans . Un écrivain, un érudit,  un esprit éveillé, mais surtout un chroniqueur et  critique d’art que l’on pourrait qualifier de féroce tant il n’a pas mâcher ses mots, très probablement un des meilleurs de son époque, avec une écriture qui peut surprendre, mais très réaliste.Il fut le premier président de l’Académie Goncourt.

Il a activement participé à la vie littéraire et artistique française du XIXe siècle. Au départ, il s’est affiché comme un grand défenseur du naturalisme, puis s’est tourné vers le symbolisme. En fin de vie il se convertira au catholicisme ce qui le rendra quelque peu mystique. C’est lui qui a contribué à mettre en lumière l’impressionnisme (ce mouvement et certains peintres qui en étaient issus ont souffert de sa plume aiguisée ) et a, par ailleurs, permis de découvrir les primitifs.

Ce grand amoureux de la couleur et de la lumière, fut un solitaire qui n’a franchement pas aimé le monde, la société, la médiocrité, la vulgarité, le simulacre.

Son regard sur l’art fut parfois très sévère ou réservé, mais souvent juste. Écrire fut quelque chose d’important pour lui. Non pas écrire simplement, mais le faire avec un certain art d’écrire, et pour y arriver il n’a pas hésité à corriger ses textes très souvent car n’étant jamais satisfait de ce qu’il voulait obtenir . Il a eu un style très particulier.

HUYSMAN Karl Joris
Karl Joris HUYSMANS ( 1848/1907 )

Ses romans portent en eux les choix de son existence, ses ressentis, ses humeurs, son âme de penseur tourmenté. Il a souvent parlé de la misère, de l’absurdité de l’existence, du désespoir accablant, de la décadence, de son dégoût du monde moderne où il affirmait ne voir que des imbéciles. On a l’impression qu’au travers de chaque personnage principal de ses romans  il tentait de trouver des solutions au mal-être qui était le sien.

L’expo s’intitule :  » HUYSMANS – De Degas à Grünewald  » Sous le regard de Francesco Vezzoli / Jusqu’au 1er.3.2020 – Elle est organisée par le musée d’Orsay, le musée de l’Orangerie et les musées de la ville de Strasbourg. Elle sera d’ailleurs présentée au musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg  à partir du 3.4.2020 jusqu’au 19.7.2020.

C’est un écrivain surprenant qui curieusement fascine toujours de nos jours, y compris dans la jeune génération. Il entré dans La Pléiade en octobre 2019. Ses romans ne laissent personne indifférent. Certains auteurs actuels se retrouvent en lui, à l’image de Michel Houellebecq qui a souvent indiqué «  je pense qu’il aurait pu être un ami pour moi « .

Réputé libertin, il aimait fréquenter  souvent les prostituées. Un misogyne qui en est venu à l’être  parce qu’il n’a jamais supporté le remariage de sa mère : il s’est senti alors abandonné, frustré. Cela a changé sa vision des femmes. Il ne s’est jamais marié et n’a jamais éprouvé l’envie d’avoir un enfant. Une femme a compté malgré tout : Anna Meunier, une couturière, qui fut sa maîtresse jusqu’à ce qu’elle décède en 1895. Il la rencontre après être revenu de la guerre.

 » La femme n’a pas à être intelligente au sens que nous donnons à ce mot: elle a à être experte en plaisirs charnels et en bons soins. Là se borne son rôle alors qu’elle cohabite avec l’homme, et c’est pourquoi les idées d’émancipation dont on nous rabat actuellement les oreilles, me semblent absurdes.  » J.K.Huysmans en 1895

«  la femme que j’admire dans les temps passés et dans le présent, est celle qui vit en Dieu dans le fond des cloîtres, puis dans un autre ordre d’idées, l’éternelle abandonnée qui expie la suite de ses tristes gésines en se tuant à la peine pour élever honnêtement, pieusement des mômes : toutes femmes dont on ne parle guère  » J.K.Huysmans en 1898 répondant à une enquête

Zola ne fut pas le seul écrivain à qui il a été lié. D’autres poètes ou romanciers ont croisé sa route : Jean Lorrain , Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine, Edmond de Goncourt, Jean Lorrain, ou Jules Barbey d’Aurevilly. Il en a admiré certains ( et réciproquement ), en a estimé d’autres. Sa conversion au catholicisme a fait qu’il s’en est éloigné.

Charles Marie Georges Huysmans dit Karl Joris Huysmans est né en 1848 à Paris. On peut dire que son attrait pour la peinture et l’art est une affaire de famille compte tenu du fait que son père Gotfried (natif de Hollande ) était peintre lithographe , tout comme d’ailleurs son grand-père, que son arrière-grand père maternel était sculpteur Prix de Rome, et que son oncle était professeur aux Académies d’Art de Bréda et Tilburg, sans oublier que Cornélius Huysmans, dont les tableaux sont accrochés au Louvre, était l’un de ses ancêtres. Certes Joris Karl ne sera pas peintre, mais il prendra la plume pour s’exprimer sur  l’art. Sa maman française, Malvina Badin, est, quant à elle, maîtresse d’école.

Il a commencé des études de droit, qu’il n’a jamais terminé d’ailleurs, préférant, et de loin, vivre une vie plutôt bohème dans le Quartier Latin. A 18 ans il occupera un poste au ministère de l’Intérieur à Paris et il  y restera jusqu’à sa retraite en 1898..

Premier article sur l’Art en 1867, premiers textes sur des peintres en 1875 dans la Revue des Deux Mondes et premier roman en 1876 sur une prostituée  Marthe, histoire d’une fille qui retiendra l’attention d’Émile Zola. Il rencontrera ce dernier grâce à un ami belge. Huysmans apprécie beaucoup les écrits de Zola, fréquentera sa maison et participera aux Soirées de Médan. Il sera, par ailleurs un grand  défenseur de ses idées avec Guy de Maupassant, Léon Hennique, Paul Alexis et Henri Céard. Avec Zola comme figure de référence, ils forment le groupe des Cinq ou Cercle de Médan partageant tous une même croyance à savoir donner à la littérature un rôle de représentation réaliste sur les problèmes de la société à leur époque. Ils se réunissent pour parler de leurs idées et du mouvement naturaliste qui pointe à l’horizon. Ce groupe sera entériné par un recueil de Nouvelles(1880) : Les Soirées de Médan.

HUYSMANS le groupe de Médan
De gauche à droite  Léon Hennique , Karl Joris Huysmans, Paul Alexis, Guy de Maupassant, Henri Céard et Emile Zola

Dès le départ, Huysmans va très vite se démarquer du reste de ce groupe.Il a un style à part, un regard différent sur l’art. Il est précis dans ce qu’il dit, dans ce qu’il écrit. C’est quelque chose qui n’échappera pas à Zola, il le voit supérieur aux autres :  » on trouvera là un écrivain très personnel dans la maturité la plus large de son talent et non l’élève de la légende qui s’efforce de pasticher un maître … Je ne sais vraiment pas pourquoi je défends Huysmans. Il est de force à se défendre tout seul. »

Huysmans continue à écrire et faire publier des romans, tout comme il écrit des compte-rendus sur l’Art. En 1880 , il se fait le défenseur de Manet, Caillebotte et surtout Degas. La peinture de ce dernier le bouleverse, tout comme il se sent en accord avec ses idées. On peut dire que c’est pour lui une rencontre déterminante.

Cette période est aussi la fin du groupe de Médan ( chacun des membres poursuivra son chemin, à l’exception de Alexis qui restera un fidèle de Zola). Huysmans restera très ami avec Léon Hennique. Ce dernier va activement travailler pour la fondation de l’Académie Goncourt (président de 1907 à 1912) – Huysmans en sera le premier président en 1900.

1880 c’est également l’année où il sombre dans une grosse dépression nerveuse qu’il devra soigner dans une maison de santé à Fontenay-aux-roses.

Ce séjour, ses ressentis, ses sentiments vont l’amener à écrire un roman abrasif  sur la névrose et tout ce qu’elle engendre, qui reste, même de nos jours, un chef-d’œuvre dans le genre, dont on peut dire qu’il a quasiment éclipsé ceux qu’il écrira ensuite  : A rebours, avec un personnage central  Jean Floressas des Esseintes, un indépendant, célibataire, ayant vécu une vie décadente dans le passé. Il décide de fuir les mondanités et se retire dans une maison qu’il va décorer avec une magnifique originalité. Mis à part un couple de domestiques, il est seul, névrosé, délirant, cherchant sans cesse des nouvelles sensations, des plaisirs rares,  en proie à des cauchemars hallucinatoires troublants – Il se passionne   pour la spiritualité et l’art pictural notamment celui de Gustave Moreau et Odilon Redon. Curieusement, ce sont deux artistes que Huysmans affectionne. Ses cauchemars s’amplifient. N’en pouvant plus, il appelle un médecin qui arrive à le guérir mais lui conseillera de retourner à Paris. Il se résignera à le faire, affrontera avec résignation ce qu’il déteste : la médiocrité et toutes les perversions de la société.

 » Oui ce livre a éclaté dans la jeunesse artiste comme une grenade. Je pensais écrire pour dix personnes, ouvrir une sorte de livre hermétique, cadenassé aux sots. A ma grande surprise , il s’est trouvé que quelques milliers de gens semés sur tous les points du globe étaient dans un état d’âme analogue au mien, écœurés par l’ignominieuse muflerie du présent siècle, avides aussi d’œuvres plus ou moins bonnes mais honnêtement travaillées du moins, sans cette misérable hâte de copie qui sévit actuellement en France, des grands aux petits, de haut en bas !  » J.K.H répondant à la question  » vous devez être satisfait du succès littéraire de A rebours ?

«  Après un tel livre, il ne reste plus à l’auteur qu’à choisir entre la bouche d’un pistolet ou les pieds de la croix.  » Jules BARBEY d’AUREVILLY ( en juillet 1884 )

BOLDINI Le comte Montesquiou
 » Le Comte Robert de Montesquiou  » – 1897 – Giovanni BOLDINI ( Musée d’Orsay Paris ) – Ce dandy a inspiré de nombreux artistes, servant  de modèle dans des romans ou des peintures comme le personnage du livre de Huysmans A Rebours … ou, entre autres,  Le baron Charlus dans A la recherche du temps perdu de Proust  – Ce tableau sert l’affiche de l’expo –

Dans les années 1890, il commence à s’intéresser à la religion. Il visite les églises, s’intéresse à leur architecture, essaie d’en comprendre les textes etc…  Son roman Là-Bas en 1891 est comme il l’explique :   » mon premier pas vers la religion, c’est par la vision du surnaturel du mal que j’ai eu d’abord la perception du surnaturel du bien. Ceci dérivait de cela. De sa patte crochue, le démon m’a conduit vers Dieu.  » – Ce livre est empreint de sa rencontre avec l’hérétique abbé Joseph Antoine Boullan et ses idées sataniques, mais aussi de sa curiosité pour tout ce qui avait à voir avec les sciences occultes, le surnaturel etc…

Après avoir rédigé ce livre, il rencontre l’abbé Mugnier, un ecclésiastique intellectuel, surnommé le confesseur des duchesses parce qu’il était le guide spirituel de nombreuses personnalités en vue dans le Paris du XIXe siècle. Il lui conseille de partir faire une retraite . Celle-ci se fera sous forme de séjours dans des cloîtres et abbayes de 1894 à 1896. Il finira par se convertir au catholicisme, et sa foi va demeurer ardente jusqu’à sa mort. Son mysticisme fut très particulier. Pierre Cogny a dit un jour «  Huysmans cherche sans doute moins Dieu en ces années perturbées, qu’il ne se cherche lui-même ». C’est certainement exact.

Sa maîtresse meurt en 1895, son meilleur ami François Poitevin un an plus tard. Il se retire et se fait construire une petite maison tout près du monastère de Saint-Martin de  Ligugé.

où il restera jusqu’à ce qu’à l’expulsion des moines. Il rentrera alors à Paris, souffrant terriblement d’un cancer de la mâchoire pour lequel il s’est refusé à toute intervention. Il meurt en mai 1907. Peu de temps avant, il avait renié toute son œuvre.

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L’exposition du musée d’Orsay s’attarde sur sa passion pour l’art, sur ses propos personnels et analyses parues dans différentes revues, sur les peintres aussi. Il n’a pas toujours eu des mots très tendres et s’est montré parfois très cassant et méprisant. Certains mouvements picturaux en ont fait les frais, et les peintres aussi. Il a fait publier en 1883 un ouvrage (l’Art moderne ) dans lequel il a regroupé toutes ses critiques se référant à l’art, ainsi que ses compte-rendus des Salons et des expositions, notamment celles des impressionnistes. Si au départ, il n’a pas eu pour ce mouvement des sentiments très positifs, tout simplement parce que n’étant pas ce réalisme qu’il appréciait tant, cela évoluera au fil du temps et lui permettra de corriger certaines de ses critiques dans son livre.

Elle nous permet à la fois d’admirer de magnifiques tableaux, et parallèlement de savoir quel regard Huysmans a porté sur eux , les critiques qu’il a pu faire vis-à-vis du tableau lui même mais du peintre aussi.

 » Si je ne craignais de blesser la pudibonderie des lecteurs, je dirais que le tableau de Mr Manet sent le lit défait  » J.K.HUYSMANS dans l’Artiste en 1877 :

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 » Nana  » – 1877 – Edouard MANET ( Kunsthalle de Hambourg )

 » Celui-là est un grand peintre , un peintre dont certains tableaux tiendront plus tard leur place à côté des meilleurs  »  » Un monsieur, debout, nous regarde appuyé au rebord d’une table où se dresse un bock d’une médiocre bière. La posture un peu renversée, l’œil un peu plissé, la main un peu tremblante du joueur qui hésite, la tête penchée en avant, le geste haut et brusque de l’homme qui bat atout, tout cela est croqué, saisi, et ce pilier d’estaminet, avec son chapeau écrasé sur la nuque, ses mains plantées dans ses poches, l’avons-nous assez vu dans toutes les brasseries. Les gens entrevus dans la glace, tripotant des dominos ou graissant des cartes ne miment pas ces singeries d’attention si chères au piètre Meissonier. » J.K. HUYSMANS dans l’Art Moderne en 1883, concernant l’Exposition des Indépendants en 1880 :

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 » Au café  »  1880 – Gustave CAILLEBOTTE ( Musée d’Orsay )

 » Degas, le premier de tous sans contredit. Il est très difficile, avec une plume, de donner même une très vague idée de la peinture de Mr Degas ; elle ne peut avoir son équivalent qu’en littérature. Pour moi qui n’avais jamais été attiré que vers les tableaux de l’École hollandaise, ce fut une véritable possession. Le moderne que je cherchais en vain dans les expositions de l’époque, m’apparaissait tout d’un coup, entier .  »  J.K.HUYSMANS ( dans l’Art Moderne en 1883, concernant l’Exposition des Indépendants en 1880 :

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 » L’absinthe (Ellen Andrée et Marcellin Desboutin ) – 1875/76 – Edgar DEGAS ( Musée d’Orsay à Paris)

 » J‘ai soulevé sans vergogne le drap de lit qui cachait les héroïsmes des accouplements humains et les perversités modernes de la chair  » ( J.K. HUYSMANS dans une lettre adressée au peintre en 1889 )  …..  Il a fallu arriver jusqu’à notre temps pour trouver un artiste qui ait songé à explorer réellement ces région antarctiques inconnues à l’art. Avec une âme de primitif à rebours il a résumé le satanisme en d’admirables planches qui sont comme inventions, comme symboles, comme art incisif et nerveux, féroce, navré, vraiment unique.  » J.K. HUYSMANS  :

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 » L’initiation sentimentale  » ( Frontispice pour l’ouvrage de Joséphin Péladan en 1887 ) – Félicien ROPS ( Musée d’Orsay à Paris )

 » Là dans l’ancien couvent des Unterlinden, le polyptique surgit, dès qu’on entre, farouche, et il vous abasourdit aussitôt avec l’effroyable cauchemar d’un calvaire. Le Christ y est livide et vernissé, ponctué de points de sang, hérissé tel qu’une cosse de châtaigne, par les échardes des verges restées dans les trous de ses plaies. Au bout des bras démesurément longs, les mains s’agitent convulsives et griffent l’air, les boulets des genoux rapprochés, cagnent, et les pieds ne sont plus qu’un amas confus de muscles sur lequel les chairs qui tournent et les ongles bleus pourrissent – L’homme-Dieu de Colmar n’est plus qu’un triste larron que l’on patibula …. Il vous transporte, car il est réellement magnifique, et j’ose l’avancer, dans l’art de la peinture, unique. Grünewald s’y révèle , tel quel le peintre le plus audacieux qui ait jamais existé, le premier qui ait tenté d’exprimer, avec la pauvreté des couleurs terrestres, la vision de la divinité mise en suspens sur la croix et revenant visible à l’œil nu, au sortir de la tombe. Nous sommes avec lui en plein hallali mystique devant un art, obligé de s’aventurer dans l’au-delà plus loin qu’aucun théologien n’aurait pu lui enjoindre d’aller…  » C’est comme le typhon d’un art déchaîné qui passe et vous emporte, et il faut quelques minutes pour se reprendre, pour surmonter l’impression de lamentable horreur que suscite ce Christ énorme en croix.  » J.K HUYSMANS en 1905 dans Les Trois Primitifs :

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 » Rétable d’Issenheim avec au centre la Crucifixion et en panneaux latéraux Saint- Sébastien et Saint-Antoine  » – 1512/1516 – Matthias GRÜNEWALD ( Musée d’Unterlinden à Colmar )

 » Le prince des mystérieux rêves, le paysagiste des eaux souterraines et des déserts bouleversés de lave ; le subtil lithographe de la douleur, le  nécroman du crayon  » J.K.HUYSMANS Le nouvel album d’Odilon Redon dans la Revue Indépendante en 1885 :

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 » La fleur de marécage, une tête humaine et triste  » ( Tiré d’Hommage à Goya – Album à six planches ) 1885 – Odilon REDON ( Bibliothèque Nationale de France / Paris )

 » Voyons l’étrange panneau de Mr de Chavannes ( Le Pauvre Pêcheur ) : une figure, taillée à la serpe, pêche dans une barque. Sur le rivage, un enfant se roule dans des fleurs jaunes près d’une femme. Que signifie cet intitulé ? En quoi cet homme est-il pauvre ou un heureux pêcheur ? Où, quand cette scène se passe t-elle ? Je l’ignore. C’est une peinture crépusculaire, une peinture de vieille fresque mangée par des lueurs de lune, noyée par des masses de pluie ; c’est peint avec du lilas tourné au blanc, du vert laitue trempé de lait, du gris pâle ; c’est sec, dur, affectant comme d’habitude une raideur naïve. Devant cette toile, je hausse les épaules, agacé par  cette singerie de grandeur biblique, obtenue par le sacrifice de la couleur au gravé des contours dont les angles s’accusent avec une gaucherie affectée de primitif ; puis, je me sens quand même pris de pitié et d’indulgence car c’est l’œuvre d’un dévoyé, mais c’est l’œuvre aussi d’un artiste convaincu qui méprise les engouements du public et qui, contrairement aux autres peintres, dédaigne de patauger dans le cloaque des modes. En dépit des révoltes que soulève en moi cette peinture quand je suis devant, je ne puis me défendre d’une certaine attirance quand je suis loin d’elle. » J.K.HUYSMANS dans l’article qu’il avait consacré à ce tableau après sa visite au Salon de 1881 :

Puvis de Chavannes.jpg
 » Le pauvre pêcheur  » 1881 – PUVIS DE CHAVANNES ( Musée d’Orsay Paris )

 » Passons à l’œuvre de Mr Gervex. Celui-là s’est échappé de l’officine de ce trop célèbre pâtissier des Beaux Arts Mr Cabanel. Les gâte-sauces que ce monsieur a dressés portent en ville des godiveaux pareils à ceux que leur chef confectionne. Mr Gervex a rendu le plus tôt possible son tablier et s’est mis à brasser la pâte comme il l’entendait. Parmi les jeunes, il était à coup sûr celui qui donnait le plus d’espoir. Ses tableaux révélaient un incontestable talent … «  J.K.HUYSMANS / Salon de 1879 :

Henri_Gervex Rolla musée des Beaux Arts de Bordeaux
 » Rolla  » 1878 – Henri GERVEX ( Musée des Beaux Arts de Bordeaux – Dépôt du Musée d’Orsay)

 » Il me faut, hélas, commencer par l’œuvre de Mr Bouguereau. Mr Gérôme avait rénové déjà le glacial ivoire de Wilhem Miéris, Mr Bouguereau a fait pis ! Il a inventé la peinture gazeuse, la pièce soufflée. Ce n’est même plus de la porcelaine, c’est du léché flasque ; c’est je ne sais quoi, quelque chose comme de la chair de poulpe. Prenez la Vénus de la tête aux pieds, c’est une baudruche mal gonflée. La couleur est vile, et vil est le dessin. C’est exécuté comme pour des chromos de boites à dragées. Étalée comme sur la cimaise d’une salle, la toile est d’une pauvreté qui n’a pas de nom. La composition est celle de tout le monde. Les têtes sont banales, ce sont des sydonies qu’on voit tourner dans la devanture des coiffeurs ; mais ce qui est le plus affligeant encore, ce sont les bustes et les jambes. C’est à hurler de rage quand on songe que ce peintre qui, dans la hiérarchie du médiocre, est maître, chef d’une École, et que cette École, si l’on n’y prend garde, deviendra, tout simplement, la négation la plus absolue de l’art !  » J.K.HUYSMANS (Dans l’Art Moderne / Salon de 1879 ) :

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 » La naissance de Vénus  » 1879 – William BOUGUEREAU ( Musée d’Orsay / Paris )

 

 

 

 

 

 

Luca GIORDANO …

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 » Rapidité de la main mais aussi intelligence de l’Art et une clarté de l’Idée … tombée comme un don du ciel.  » Bernardo De DOMINICI (Peintre et historien de l’art italien)

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 » Auto-portrait  » 1665 – Luca GIORDANO ( Galerie des Offices à Florence / Italie )

Au XVIe siècle Naples était devenue vice royauté espagnole. Un siècle plus tard, on la retrouve en plein essor, favorable aux échanges, avec une activité portuaire florissante , surpeuplée, ayant attiré de nombreux marchands et aristocrates aisés, mais aussi beaucoup d’artistes ce qui, dans ce dernier cas, lui permettait alors de pouvoir rivaliser avec Rome, Venise ou Florence, ce qu’elle n’avait pas pu faire jusque là.

Luca Giordano fut un grand spécialiste de la peinture napolitaine du XVIIe siècle (le dernier représentant, donné désormais comme le chef de file de son École)  un peintre très prolifique,  intelligent, infiniment doué , tout aussi fougueux que tourmenté,  avec un style très libre, une grande maîtrise de la couleur et du clair obscur. Il a parfaitement su  s’imprégner de tout ce qui représentait le passé , mais aussi tout ce qui était novateur, pour mieux restituer les deux influences dans sa propre peinture.

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 » Auto-portrait  » 1680 – Luca GIORDANO  ( Staatsgalerie de Stuttgart )

Des nombreux témoignages que l’on peut lire sur lui, il apparaît comme ayant été une personnalité audacieuse, curieuse, conservatrice, ayant usé d’une grande diplomatie, talentueux non seulement dans son art, mais également pour le sens des affaires, ce qui lui vaudra d’être un trentenaire assez riche grâce à sa peinture.

Sa célébrité ne sera pas  uniquement le fait de de l’Italie et de Naples . Il en sera ainsi également durant les neuf années qu’il passera en Espagne.

En France, c’est autre chose : il fut connu grâce à des artistes français qui se sont rendus à Naples fin du XVIIIe et ont pu non seulement admirer son travail mais le copier aussi. Pour autant on ne peut pas dire que la France l’a beaucoup aimé à son époque. Il n’est jamais venu dans notre pays  et ce même si il a reçu des commandes de tableaux par des intermédiaires mandatés par le roi Louis XIV. Il ne les exécutera jamais, donc elles n’aboutiront pas.

On trouve certaines de ses tableaux dans des musées régionaux français ainsi que des églises ou galeries .  Malheureusement, et on peut le regretter, il n’a pas la place ( en  nombre  )  qu’il mériterait d’avoir dans les grands musées de la capitale comme le Louvre par exemple.

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 » L’histoire écrivant ses récits sur les épaules du temps  » 1682 – Luca GIORDANO ( Musée des Beaux Arts à Brest )

Peu de gens le savent peut-être, mais outre sa réputation de peintre, il a eu celle d’être un pasticheur reconnu à savoir qu’il était capable d’imiter à la perfection les grands Maîtres de la peinture comme Dürer, Raphaël, Titien ou Véronèse entre autres. Son père a vu en ce don un rapport très intéressant financièrement parlant car le marché des faux à Naples, à cette époque, était très florissant. Par ailleurs, certaines de ses estampes et gravures démontrent qu’il savait être un excellent dessinateur, ainsi qu’un brillant fresquiste.

Naples possède énormément de chefs d’œuvres de Luca Giordano, que ce soit en fresques murales, en tableaux, ou en rétables. On peut notamment les admirer au musée Capodimonte bien sur, mais également  dans de nombreuses églises ( et des palais aussi )  de la ville ou de ses environs. Pour celles et ceux qui un jour se rendront à Naples et souhaiteront les voir, il y a : l’église des Girolami, l’église San Gregorio Armeno, l’église Santa Teresa, l’église de la Pieta dei Turchini, l’église Santa Maria dei Miracoli. Si vos voyages vous conduisent en Espagne, vous pourrez voir également ses superbes fresques notamment à l’Escurial, au Prado  de Madrid, et à Tolède – Et si vous vous rendez à Florence ou à Venise, les deux ne sont pas en reste d’œuvres spectaculaires, emblématiques  et merveilleuses ( chapelle Vendramin à Venise notamment ou chapelle Corsini/Église des Carmes à Florence)

 » Naples, Rome, Forence, Gênes, Madrid, l’Escurial sont remplis des ouvrages de Giordano. Il n’orne pas moins les églises que les palais, et les galeries particulières que les musées.  » Grigori ORLOV (Littérateur russe)

Trois villes ont été déterminantes dans sa culture artistique, chacune lui ayant apporté diverses choses d’importance pour la forger  : Rome, Florence et Venise. Quels que soient les endroits où il a pu se rendre, Giordano a été tel un objet de curiosité parce que sa réputation, sa façon de travailler et son génie, le précédaient. Donc à chaque fois, il recevait un nombre incroyable de commandes, qu’il était, d’ailleurs, capable d’honorer de par sa vitesse d’exécution.

Il faut savoir qu’il a excellé en peinture religieuse. Il n’y a qu’à voir et savoir le nombre incroyables d’œuvres qu’il a produites en fresques et tableaux destinés à des églises, des chapelles, autels et autres couvents. Cela a commencé très tôt, au départ dans une multiplication de styles divers et variés de ceux qui l’ont inspirés, mêlés au sien, jusqu’au jour où il affirmera définitivement sa propre expression picturale ( vers 1680 ) – Et si il a excellé, c’est parce qu’il a eu cette capacité de savoir retranscrire sur la toile, dans ce genre, à la fois le macabre, le fastueux, le céleste, la désolation,  mais l’émotion, l’éblouissement  et l’épanouissement aussi.

GIORDANO Saint François baptisant les indiens
 » Saint François Xavier baptisant les Indiens  » 1680 – Luca GIORDANO ( Musée de Capodimonte à Naples )
GIORDANO Saint Nicolas en gloire
 » Saint Nicolas en gloire  » – 1658 – Luca GIORDANO ( Muséo Civico di Castelnuovo à Naples )
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 » La Madone au rosaire ou au baldaquin  » -1686  Luca GIORDANO ( Musée de Capodimonte à Naples )

A l’aise dans bien des domaines, la peinture profane, en mythes et allégories apparaît également dans son œuvre . Elle a fait l’objet d’un grand nombre de tableaux et décors. Les princes, ducs, et autres personnalités aiment cela et commandent . Giordano s’est largement illustré en cycles allégoriques et fables. Le thème du nu n’a pas été un problème pour lui et il s’est montré très adroit pour restituer les corps, sans que l’on crie au scandale. Il a donné de la sensualité et beauté à ses formes généreuses et rayonnantes.

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 » Minerve et Arachné  » 1695 env. Luca GIORDANO ( Fait partie des collections royales/ Palais Escurial en Espagne ) –
GIORDANO Ariane abandonnée
 » Ariane abandonnée  » 1675/80 – Luca GIORDANO ( Musée de Capodimonte à Naples )
GIORDANO Lucrèce et Tarquin
 » Lucrèce et Tarquin  » 1663 – Luca GIORDANO ( Musée de Capodimonte à Naples)

 

Le Petit Palais, en partenariat avec le musée Capodimonte de Naples,  a décidé de le mettre à l’honneur, ce dont nous le remercions car ce n’est pas chose courante, au travers d’une première  rétrospective française  qui se tiendra jusqu’au 23 février 2020, intitulée :

 » Luca GIORDANO – Le triomphe de la peinture napolitaine  »   : 90 pièces magnifiques  vous plongeront dans un océan de sublimes couleurs  : tableaux et dessins, prêts de grandes institutions européennes comme par exemple  le musée Capodimonte de Naples ,le musée du Louvre,  le musée du Prado ( détenteur très important compte tenu du fait qu’il possède 57 de ses œuvres) , mais aussi de nombreuses églises napolitaines et des collections particulières.

L’exposition se fait de façon chronologique. D’autres peintres majeurs sont présents afin de comprendre certains rapprochements avec lui.

GIORDANO Le Christ à la colonne par Battistello Caracciolo
 » Le Christ à la colonne  » – 1620 – Battistello CARACCIOLO ( Musée de Capodimonte à Naples )

Luca Giordano est né en 1634. Il va se révéler, très tôt, comme étant un surdoué de la peinture, un art dont on pourrait dire qu’il est tombé dans la marmite tout petit, puisque son père Antonio était peintre et marchand de tableaux. Il va donc très vite le former dans son atelier. Entre 6 ans et 9 ans il réalise déjà des portraits de personnalités importantes, si bien que la renommée de cet enfant va se propager très vite un peu partout.

Son aisance et sa rapidité d’exécution  dans l’exercice de la peinture  lui valut le surnom de  Luca fa Presto ( Luca fait vite ) – Une autre version atteste que, vu le nombre de commandes qui affluaient dans l’atelier de son père, il fallait  travailler vite, et que ce serait ce dernier qui lui disait souvent Luca fa presto ! Quelle qu’en soit la source, ce surnom  n’a pas été très valorisant parce que pouvant porter préjudice à son talent.

A l’âge de 8 ans, il travaille non seulement dans l’atelier de son père, mais entre également dans celui d’un maître espagnol qui s’était installé à Naples : Jusepe de Ribera. Ce dernier était un ami de la famille.  Les œuvres de Luca à cette époque, mais également celles qui viendront après 1652 à savoir lorsque Ribera ne sera plus de ce monde, sont incroyablement inspirées par son Maître, à un point tel que, bien des siècles plus tard, certains peintres ( comme Manet par exemple ) vont copier des tableaux de Giordano en pensant qu’ils étaient ceux de Ribera.

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 » Apolon et Marsyas  » – 1660 – Luca GIORDANO ( Musée de Capodimonte à Naples )
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 » Apolon et Marsyas  » – 1637 – Jusepe de RIBERA ( Musée di Capodimonte à Naples )

Alors bien sur, à Naples il n’est pas le seul peintre et donc la concurrence est rude. C’est quelque chose qui ne l’a nullement perturbé mais  qui, tout au contraire, semble l’avoir motivé. Il se révèle être un artiste capable de faire la synthèse de toutes les expressions picturales qui plaisent, de les absorber  et de se perfectionner au contact de toutes les influences qu’elles soient napolitaines, romaines, ou vénitiennes. En effet, un grand nombre de jugements portés à son égard, affirment qu’il était très ouvert aux capacités picturales des autres, admiratifs du travail de certains, curieux de découvrir leurs techniques etc…

Pour ne pas être en reste et s’abreuver encore davantage, il part à Rome : une première fois en 1650, puis une seconde fois quatre ans plus tard. Là il va se trouver confronté non seulement avec le baroque, mais aussi le côté très novateur du sublime Pietro di Cortona qui va vraiment le subjuguer. A Venise il s’enrichira d’amplitude et de la lumière d’un Véronèse.

Grâce au valet de chambre de la mère du grand duc  Cosme III ( Vittoria del Rovere) il aura ses entrées dans une des plus grandes Maisons de Florence et deviendra le peintre favori de ce dernier en 1667. Ses prix sont attractifs et il travaille vite, ce qui n’est pas pour déplaire. Durant huit ans, Cosme III lui confiera des commandes très importantes que ce soit dans les appartements de ses palais, églises, chapelles etc… Il aura également la chance d’avoir des mécènes dans d’autres  grandes familles florentines.

En 1692, précédé par sa réputation dans toute l’Europe et par son travail ( de nombreux tableaux de Giordano étaient arrivés dans ce pays grâce à l’un de ses mécènes) ,  il est appelé en Espagne au service de Charles II . On lui déroule le tapis rouge à son arrivée en 1694, on met un bureau à sa disposition au Palais Royal. Il y restera dix ans. Le défi est d’importance, notamment en raison des gros travaux de restauration et rénovation de l’Escurial. Il reçoit, par ailleurs, des commandes pour des fresques murales et plafonds dans des palais de personnalités de la Cour, mais aussi des églises.  Comme il travaille vite et bien, tout le monde est ravi.

Il quittera l’Espagne lorsque s’achèvera le règne de Charles II – Giordano était alors  lui même âgé et il est temps pour lui de rentrer dans sa ville natale. Cela ne signifiera pas pour autant qu’il se met à la retraite ! Il exécutera encore d’importantes commandes pour des particuliers et des églises.

Il meurt à Naples en 1705 et fut inhumé en l’église Sainte-Brigitte. Il laisse derrière lui de nombreux élèves et disciples. Parmi eux notamment le dernier, à savoir Nicola Milinconico avec lequel il a travaillé pour certaines églises. C’est celui qui, après lui, portera le style de son Maître.

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 » La charité à la pauvre femme honteuse  » – Luca GIORDANO ( Galerie Canesso / Paris )
GIORDANO Philosophe avec une Mappemonde
 » Philosophe avec une mappemonde  » 1665 – Luca GIORDANO ( Musée des Beaux Arts de Chambéry )

 

 

 

L’INDE au miroir des photographes …

INDE MIROIR DES PHOTOGRAPHES

«  De l’humain au monumental, du sublime à l’anecdotique, du paysage au portrait, tout s’est épanché de l’Inde au miroir des photographes. L’Inde a, depuis des siècles, suscité les débordements de l’imaginaire européen. Comment elle rencontrera l’objectif du photographe est ce qui nous intéresse dans cette exposition.  » Sophie MAKARIOU ( Présidente du Musée national des arts asiatiques-Guimet )

1839 fut considérée comme étant l’année de la naissance de la photographie  et ce grâce aux travaux et aux inventions passées, revues et améliorées  de Nicéphore Niepce, Henry Fox Talbot, Louis Jacques Daguerre et Hippolyte Bayard, reconnues comme incroyables à l’époque. Le dernier des quatre mettra au point un procédé permettant d’obtenir et fixer des images directement sur papier. Une nouvelle invention technologique  qui ne va pas de contenter de rester en  Europe, mais traversera les frontières.

Elle a eu de nombreux adeptes mais chez certains peintres l’engouement ne fut pas le même. Ils voyaient la photographie comme une menace pour la peinture et n’hésitaient pas d’émettre leurs critiques.

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En 1858, l’Inde était une colonie britannique (Raj) . C’était un pays quelque peu méconnu de l’Occident qui verra se multiplier les opérations militaires et va attirer aussi  de nombreux artistes, dont certains d’entre eux se feront photographes et ramèneront de leurs expéditions des clichés magnifiques : portraits, scènes du quotidien, diversité ethnographique. Les lumières de l’Inde,  ses mystères, son exotisme, sa vie quotidienne, sa culture, ses paysages pittoresques, ses palais, mais également ses mausolées qui jusque-là étaient très préservés.

Qu’ils soient officiers (déchargés ou non de leurs obligations militaires) , photographes amateurs ou professionnels nommés par le gouvernement :  ils feront un véritable travail de journalisme.Leurs photos seront à la une de nombreuses revues en Occident et permettront de mieux connaître ce pays si lointain.

De véritables trésors photographiques ( environ 90 )  datant de cette période font partie de l’exposition que nous propose le Musée national des arts asiatiques Guimet jusqu’au 17 février 2020. Elle s’intitule :

 » L’ INDE – Au miroir des photographes  » – Un voyage contemplatif et méditatif, mais surtout un hommage rendu aux photographes et à la photographie d’une certaine époque.

Parmi eux on note notamment les noms du sergent Linneaus Tripe , William Baker et John Burke vont fonder ensemble un studio-photos.

INDE John Burke Cashmire
 » Ville et  3e pont – Jammu et Cachemire –  » 1860/70 – John BURKE ( épreuve sur papier aluminé )
INDE Le temple d'or à Bénares William Baker et John Burke
 » Le temple d’or à Bénarès  » – 1867/72 ( épreuve sur papier albuminé ) William BAKER & Charles BURKE ( Musée des arts asiatiques-Guimet )
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 » Trichinopoly The Rock Fort  » (épreuve sur papier salé ) 1858 – Linnaeus TRIPE
INDE William Baker  & John Burke  Bénarès Le Temple d’or ou Temple de Vishvanath..jpg
 » Temple d’or ou Temple de Vishvanah à Bénarès  » – 1867/72 ( épreuve sur papier albuminé) – William BAKER et John BURKE ( Musée des arts asiatiques-Guimet)

J’ai choisi de m’arrêter sur Samuel Bourne qui est considéré comme l’un des plus grands représentants de la photographie britannique en Inde. Il est resté sept ans sur place et ses photos traduisent son émerveillement et son admiration pour tout ce qui s’est présenté à lui.

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Samuel BOURNE ( 1834/1912 )
INDE Bourne Agra le Fort rouge
 » Le fort rouge – La Musamman Burj 1863/70 – Samuel BOURNE ( Cette photo illustre l’affiche de l’expo)

 » Avant de commencer la photographie, je ne voyais pas la moitié des beautés de la nature que je vois maintenant, et la gloire et la puissance d’un paysage précieux ont souvent passé devant moi et n’ont laissé qu’une faible impression sur mon esprit non instruit « . SAMUEL BOURNE  – Extrait paru dans le Journal de la photographie en 1864 )

Il est parti vivre là-bas en 1863, et dès son arrivée, il organisera de très importantes expéditions dans différentes régions de l’Inde, notamment dans l’Himalaya, le Cachemire et les abords du Gange . Un travail qui ne sera pas des plus faciles , ne serait-ce qu’en raison du matériel-photo qui était, à l’époque, très volumineux, pesant. De tels voyages demandaient  un certain courage physique, une obstination pour continuer !  Il ne va pas se contenter de simplement photographier mais il observera beaucoup, fera preuve d’un grand souci des détails, mettra au point des angles très intéressants pour les prises de vue. C’est en fait, pourrait-on dire,  un travail artistique qu’il proposera

Lorsqu’il retournera dans son pays natal en 1870, il totalisait 2500 clichés, des images soigneusement numérotées par ses soins, avec de nombreuses annotations personnelles,  qui ont fait le bonheur du tout à chacun ( à savoir les touristes qui ne manquaient pas d’en acheter)  mais qui se sont révélées  très utiles pour des  botanistes, des scientifiques, et archéologues. On peut dire qu’il a ouvert la voie à ceux qui suivront et feront le voyage comme Baker et Burke notamment. Ces photos se révéleront être aussi  le témoignage historique  d’une certaine époque.

Samuel Bourne est né à Napley Heath ( Angleterre ) en 1834.  Vingt ans plus tard, il travaille comme employé  dans une banque de Nottingham. Depuis son adolescence il a une passion  : la photographie. Il a fait des portraits dans sa famille, mais s’est souvent rendu en Écosse pour y faire des clichés de paysages montagneux.

En 1863 il décide de tout quitter et part s’installer dans le nord-ouest de l’ Inde, très exactement à Shimla. Il a trouvé là-bas une association avec un éditeur qui accepte de diffuser ses travaux photographiques. Il ne va pas se contenter de rester sur place, mais souhaitera très vite monter des expéditions pour se rendre dans d’autres régions.

C’est ainsi  qu’il partira  en 1864 pour le Cachemire, accompagné par un botaniste-archéologue. Un trek très difficile qui a nécessité 42 porteurs pour pouvoir acheminer tout le matériel, la nourriture, les tentes etc…. et ce dans des conditions difficiles, extrêmes,  que ce soit en raison du climat, de l’approvisionnement en eau, mais de  l’état des routes, surtout des sentiers montagneux escarpés, des cols, des ponts en cordes au dessus des torrents etc etc…. On peut imaginer qu’il lui aura vraiment fallu faire preuve de courage, volonté, persévérance et avoir une certaine résistance physique. Lui même dira plus tard que la fatigue a souvent surpassé le plaisir de photographier mais que finalement il y arrivait parce que c’était gratifiant de se trouver face à des paysages majestueux.

«  aussi loin que porte le regard, l’œil est constamment émerveillé par la splendeur des frondaison en surplomb et leur reflet dans l’eau calme. Des chunars ( platanes ) d’une taille immense étendent leurs branchages et leurs troncs géants au-dessus d’un torrent, comme s’ils cherchaient à embrasser leurs compagnons sur la rive opposée ; à l’arrière s’élèvent des rangées de peupliers, et, des gracieux saules mêlent leur ramures vaporeuses à des masses de feuillages plus denses. Pareil spectacle ne peut manquer de ravir le cœur d’un artiste ; et lorsque j’aurai ajouté que chaque feuille était immobile et que pas un souffle d’air ni de brise ne venait troubler l’image réfléchie dans les profondeurs vitreuses du torrent, mes lecteurs comprendront avec quelle exaltation le photographe que je suis repaissait ses yeux de cette scène d’une beauté souveraine. La photographie devient ici un passe-temps délicieux, les tableaux se composent d’eux-mêmes , où que l’on place l’appareil ….  » S.B.

Les expéditions en Inde vont se multiplier dans différentes régions, avec chacune son originalité, sa particularité, sa diversité et toujours, en ce qui le concernait,  le même émerveillement et les mêmes difficultés qu’au départ. Malgré tout, il réussit à obtenir des tirages que l’on peut qualifier de qualité et qui lui vaudront l’obtention de prix, distinctions, et surtout  une solide réputation qui deviendra une véritable référence pour ceux (photographes-paysagistes) qui suivront ses périples et auront envie de faire le voyage. Ce sont des photos magnifiques, poétiques, évocatrices, nostalgiques, intemporelles.

Il avait ouvert à Shimla en 1863 un premier  studio-photos avec Charles Shepherd  et un autre à Calcuta.

INDEStudio Bourne & Shepherd Udaipur. Le palais de Jag Mandir sur le lac Pichhola
 » Le palais de Jag Mandir sur le lac Pichhola  » – BOURNE & SHEPHERD 1873 -( épreuve sur papier albuminé )
INDE Bourne & Shepherd Tukoji Rao II Holkar maharajah d’Indore Épreuve sur papier albuminé 1877
 » Tukoji Rao II Holkar, maharadjah d’Indore  » 1868/70  BOURNE & SHEPHERD ( épreuve sur papier albuminé) ( Musée national des arts asiatiques – Guimet )
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 » Danseuses et musiciens  » 1863/69 – (épreuve sur papier albuminé) – BOURNE & SHEPHERD ( Musée des arts asiatiques-Guimet )

En 1870 il retourne en Angleterre, à Nottingham. La photographie deviendra pour lui un loisir comme le sera l’aquarelle. Il publiera des récits de ses voyages , sous forme de correspondances dans le Brithish Journal of Photography. Il est décédé à Nottingham en 1912.

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 » Le Taj-Mahal  » ( épreuve sur papier albuminé ) –   » Le monde ne connait pas d’autre monument qui puisse se comparer au Taj. Il s’élève en sa souveraine beauté sur les berges de la Jumna et l’œil quui s’est une fois attardé sur sa blancheur de neige et son son éblouissante splendeur, ne peut plus jamais l’oublier.  » Samuel BOURNE

 

 

 

 

 

 

 

Marche et Démarche … Une histoire de la chaussure

MARCHE ET DEMARCHE

 » Porter des rêves à ses pieds, c’est déjà une façon de faire de ses rêves une réalité. » Roger VIVIER (Styliste français, spécialiste de la chaussure)

 » Vous ne serez jamais assez soigneux quant au choix de vos chaussures. Beaucoup de femmes pensent qu’elles ne sont pas importantes, mais la vraie preuve qu’une femme est élégante, est sur ses pieds.  » Christian DIOR (Grand couturier français)

 

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Bottes 1935 env. ( France ) – Fait partie de la collection Falbalas / Sert l’illustration de l’affiche

Je ne sais si , pour reprendre des expressions populaires , vous avez trouvé chaussure à votre pied  ou si vous êtes dans vos petits souliers  ou bien dans vos pompes  ou qu’il vous arrive de  marcher à côté de vos pompes , mais quel que soit votre état,  je vous conseille vivement la très originale exposition que nous propose le musée des Arts Décoratifs jusqu’au 23 février 2020 à savoir :

 » Marche et Démarche  – Une histoire de la chaussure  » – Autant le dire, il est davantage question de chaussures et autres souliers que de marche réellement dans l’exposition . Certes ce thème est présent, surtout pour l’usage des chaussures face à la marche sur des sols pas très engageants, ou celle des militaires ou celle dite artificielle  des mannequins .

Marcher dans les rues à une certaine époque, c’ était vraiment difficile : ne serait-ce que par leur état : pas de trottoirs, de la boue, des crottes d’animaux ( chevaux et autres )  et divers détritus etc…   Alors bien sur, les pauvres ne se posaient pas de question. Par contre, les plus aisés ne marchaient pas beaucoup : ils utilisaient la chaise à porteur ou les carrosses. Toutefois, si cela devait s’avérer obligatoire eh bien on mettait son pied et sa chaussure dans un patin ( ou socque ) en bois, lequel était posé sur une base en fer, donc le pied, ainsi surélevé, n’était pas en contact avec la rue et ses inconvénients. Il en sera longtemps ainsi !

Dans le courant du XVIIIe les médecins verront la marche comme quelque chose de très hygiénique et  sain, bon pour la santé. Il fallait tronchiner  ( se promener au grand air ) comme le disait un docteur suisse répondant au nom de Théodore Tronchin.  Et comme l’état des sols, sur lequel ces dames pouvaient s’engager, n’était pas très sûr ( qui plus est avec leurs étroites chaussures qui rendaient la marche difficile)  , eh bien il leur  conseillait de prendre une canne, voire s’appuyer sur une ombrelle pour leurs éventuelles ballades dans les jardins .

Cette expo n’en reste pas moins très intéressante et ingénieuse, avec pour l’illustrer 450 pièces ( diverses et variées, à plumes, à poils, à boucles, à nœuds, en tissu, en cuir,  décorées etc etc , il y en a pour tous les goûts ! )… plus des sculptures, des peintures, des extraits de films etc… et un petit plus : la possibilité, si vous le souhaitez, d’essayer des copies de chaussures extravagantes !

Par ailleurs, elle  n’aborde pas que les chaussures ou souliers portés en Europe à différentes époques de son histoire , elle se déplace aussi dans d’autres pays et nous permet de voir ce qui était utilisé ailleurs  pour marcher.

MARCHE Paire de patins PADUKA en Inde XX e
Paire de patins dits Paduka – Inde du Nord XXe siècle en os de chameau( Collection particulièire)

Il faut déjà savoir que l’on fera réellement  la distinction d’une chaussure faite pour le pied droit et une pour le gauche entre 1870/80, et que cet accessoire est vu comme faisant partie d’un ensemble vestimentaire,apportant un petit plus esthétique à un vêtement , et que fut un temps, il affirmait une position sociale.

Un jour l’industrialisation et la production dite en série permettra de fabriquer le même modèle en différentes tailles.

En matière de chaussures on a le choix des noms, des styles, des époques, des modes : chopines, poulaines, escafignons, bobelins, socques, sabots, escarpins, ballerines, mocassins, pantoufles,  bottes, baskets, tongs, espadrilles,  charentaises, après-ski, claquettes, pointes, pataugas, mules, sandales,talons aiguilles,  sabots, creepers, , et autres godasses, godillots, galoches,  pompes, grolles, tatanes etc…etc… j’en oublie certainement !

Commençons déjà par faire la différence entre soulier et chaussure : pas évident ! Chausser vient de calceare, un dérivé de calceus qui veut dire soulier. Donc, le premier serait  le soulier.  D’un point de vue historique, les deux sont assez proches puisque tous deux, de par leur signification étymologique, représentent deux éléments importants d’un même objet  à savoir la chaussure. En effet, soulier vient d’un terme latin qui exprime ce qui soutient, supporte et équilibre, et chaussure traduit un enveloppement du pied. Les deux ont évolué au fil du temps. Sauf que petit à petit eh bien la chaussure s’est imposée et le mot lui-même résume tout : de la fabrication au commerce. Bon … Mais il ne faut pas oublier non plus que selon certains livres le soulier est  » une chaussure qui couvre le pied et dont la forme a varié au cours des siècles «  – Donc finalement, le soulier est une chaussure et les deux termes seront employés dans mon article !

L’idée de cette expo est partie d’un soulier appartenant à  Marie-Antoinette. Ses petites dimensions 21 cm de long et 5 cm de large font penser qu’il s’agissait d’un 33. Or, elle le portait étant adulte ( 37 ans ) , ce qui méritait réflexion. Des études faites sur la façon de se chausser à cette époque  (XVIIIe) ont permis de constater que la plupart des gens de l’aristocratie portaient des souliers étroits et serrés qui ne devaient certes pas leur faciliter la marche ! En même temps, pourquoi s’étonner lorsque l’on sait qu’ il y a des civilisations qui préconisaient les pieds bandés.

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Chaussure de Marie-Antoinette 1792 – (Musée des Arts Décoratifs /Dépôt du musée du Louvre en 1890 )

Avoir les pieds protégés, tout comme on a eu souci de protéger le corps , remonte assez loin : lorsque l’on a découvert les premières momies égyptiennes on a constaté que les pieds étaient munis de sandales ( unisexes – en fibres de papyrus) . De même, les peintures rupestres des grottes de la préhistoire montrent que les hommes de cette époque  portaient des sortes de  bottes, probablement en peaux de bêtes. Dans l’Empire romain ou la Grèce antique, ce sera la sandale en cuir tressé. .

Les premières chaussures véritablement cousues datent du Moyen-Âge. De forme plutôt allongée et pointue elle porte le nom de poulaine- Les paysans, quant à eux, se chaussaient avec des escafignons ( pantoufles larges ) ou des bobelins ( souliers assez gros à semelle épaisse) puis plus tard des socques patins ou sabots  ( semelles en bois) –

En effet, Si les privilégiés se chaussaient avec de jolies petites chaussures, les vagabonds et autres pauvres allaient souvent nu-pieds (va-nu-pieds) et les paysans  utilisaient (comme l’avait mentionné un dictionnaire)  » le sabot, chaussure des villageois et des pauvres gens «   – Sabots en bois, lourds, bruyants, mais très protecteurs pour le travail extérieur dans la terre des champs.

A la Renaissance on va un en modifier l’apparence :  les pieds des hommes étaient protégés par des souliers très fermés avec un bout large ( appelés bec de canard ou patte d’ours ) . Par ailleurs,  la chaussure que l’on porte à la Cour de France (mais pas que, car d’autres Cour en Europe l’utilisent) , d’inspiration vénitienne, s’appelle la chopine. C’est pourrait-on dire l’aïeule de la chaussure à semelle compensée. Dans la Sérénissime, les femmes la portaient notamment pour éviter que leurs robes se mouillent  lorsque les rues subissaient l’acqua alta.

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 » Chopines  » ( dites Calcagnini ) – Venise XVIe siècle ( Musei Civici Fiorentini – Museo Stefano Bardini / Florence (Italie)
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 » Femme espagnole marchant avec des chopines  » Ferdinando BERTELLI ( extrait de sa planche Omnium fere gentium nostrae aetatis habitus / Venise 1563 ( Collection particulière)

Tout commence enfant. Après avoir passé le stade du bébé ( parfois complètement emmailloté, voir même saucissonné selon l’époque) il apprend à marcher et veut faire ses premiers pas. Certains tableaux anciens nous montrent des enfants pieds nus, mais en règle générale, l’analyse de petites chaussures ou chaussons d’enfant,  permettent de constater qu’elles étaient bien enveloppantes ( genre bottines enserrant la cheville) – Les matières utilisées varient avec l’âge : tissu pour très petits, puis cuir (ensemble de la chaussure) et bois (semelle) pour les plus grands.

Les enfants pauvres marchaient pieds nus et ceux de l’aristocratie étaient chaussés non seulement pour marcher, mais pour danser également. Et dans cette discipline (danse) il n’est pas exclu que l’on ait recours au pied bandé pour pouvoir insérer les pieds dans des petits chaussons étroits.

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Chaussures pour enfant à tête de chat ( Moatouxie) Chine XXe siècle ( Musée national des arts asiatiques Guimet / Paris )
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Mocassins hiver pour bébé / Canada ( Musée des Confluences à Lyon / France )
DEBAT PONSAN Simone au bois de Boulogne
Bottines enfants –  » Simone au bois de Boulogne  » – 1888 – Edouard Bernard DEBAT-PONSAN ( Musée des Beaux Arts à Tours / France )

Les pieds bandés se retrouvent, de façon différente, en Europe, mais surtout en Chine (pieds de Lotus)  et dans ce pays, cette coutume a duré jusqu’aux années 1950 environ. Le but était , dès l’enfance,  la modification du pied par la réduction. Cette pratique fut imposée par l’empereur Li Yu à sa concubine pour qu’elle puisse mieux interpréter la danse du Lotus ( d’où le nom des pieds )

Il y a eu un véritable culte des petits pieds que ce soit dans les pays asiatiques comme en Occident aussi.  C’était mignon disait-on.  Un grand pied n’était pas signe d’un certain rang social, donc tout était fait pour avoir le pied menu et petit, quitte à souffrir dans des souliers très étroits. Un petit pied faisait la jambe élégante et attisait le désir …

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Chaussures pieds bandés seconde moitié du XIXe siècle en Chine ( Musée des Arts asiatiques Guimet / Paris )
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 » La comparaison des petits pieds  » 1791 – Louis Léopold BOILY ( Galerie Perrin / Paris

Fin du XVIe  le talon ( venu d’Iran-anciennement Perse ) était uniquement réservé aux chaussures d’hommes, notamment ceux qui étaient à cheval car le talon avait la particularité de bien accrocher l’étrier par exemple. Au XVIIe siècle il apparaît sur des chaussures aussi bien masculines que féminines.  Et on ne lésinait pas en boucles, dentelles, nœuds  et autres fioritures  pour décorer la chaussure. Elle  était  considérée comme un accessoire de rang social assez élevé.

Si aujourd’hui certaines femmes ont quasi besoin d’un dressing uniquement  pour leurs chaussures, eh bien sachez que Marie-Antoinette( tout comme Joséphine de Beauharnais d’ailleurs ) en était dingue elle aussi. Il semblerait que toutes les deux aient eu environ 500 paires de chaussures !

MARCHE Paire de chaussures pour homme en IRAN au début du XVIIe siècle
Chaussure pour homme ( Iran début XVIe siècle) ( Musée des Arts Décoratifs / Paris )

Porter une chaussure à talon à cette époque, était vu comme quelque chose de supérieur, comme  être au-dessus des autresles regarder de haut . Louis XIV, par exemple, aimait à porter une perruque haute et des talons pour se donner encore plus de supériorité. Il ira même jusqu’à codifier le talon – Et bien sur la Cour suivait  cette mode. C’est à son époque que l’on a vu les talons se teinter de rouge, une couleur qui était un signe  d’élégance et de noblesse. Le roi Soleil avait son cordonnier personnel et chacun des modèles qu’il présentait, influençait obligatoirement toutes les personnes de sa Cour.

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Détail talons rouges / Portrait en pied de Louis XIV roi de France – 1701 – Hyacinthe RIGAUD ( Musée du Louvre / Paris )

Pour autant, marcher avec n’était pas chose facile, mais tant pis si on n’arrivait pas à marcher correctement  ou si on se blessait le pied, pourvu que l’on est une supériorité qui passe par là aussi : le talon c’était un signe aristocratique !  Petit à petit les femmes ont eu, elles aussi, envie d’avoir un talon et ce dernier est apparu pour elles au XVIIe siècle. Avec le temps, elles aussi en ont fait l’apprentissage, ont raccourci leurs robes  et leur démarche s’est faite du coup plus sensuelle et chaloupée

Le talon n’aura plus cours à la Révolution, tout simplement parce qu’ils étaient aussitôt assimilés à la royauté, à l’aristocratie etc… Ils ne reviendront au milieu du XIXe siècle et avec eux les lacets qui remplaceront les boutons.

On note une remontée assez importante des talons sur les chaussures depuis les années 80. Ces dernières années, le maître en la matière est le bottier Christian Louboutin, spécialiste du talon vertigineux et de la chaussure qui n’est pas à la portée de toutes les bourses d’ailleurs. Vernis, en cuir, en daim, clouté, à talons aiguilles ou semelles compensées etc etc… bref les femmes en sont fan : encore faut-il qu’elles puissent les acquérir, qu’elles sachent et puissent  marcher avec !  –

Pourquoi cette chaussure censée être un symbole de la féminité et du chic glamour, a t-elle une semelle rouge ? Il semblerait que l’idée soit partie  d’un flacon de vernis rouge appartenant à l’une de ses assistantes qui était en train de se faire les ongles. Il aurait alors teinté la semelle en rouge avec ledit vernis  et le résultat l’a complètement enthousiasmé. On était en 1993. A partir de là, les chaussures à talons de sa marque, furent colorées en rouge.

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Chaussure  » Pigalle  » ( vernis noir ) – Christian LOUBOUTIN ( Maison Louboutin/Paris)

 

La danse est également présente dans cette expo avec les pointes ; de même que  les souliers magiques de Cendrillon ou du Petit Poucet ,  ou ceux des clowns, sans oublier tous les modèles hors-nomes  de certains créateurs, tout comme, bien entendu, les diverses techniques qui ont été mises au point au fil du temps pour en améliorer le confort.

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Prototype de la paire de chaussures de clowns de Warren ZAVATTA – 2009/2010 – par la Maison CLAIRVOY (Maison Clairvoy à Paris )

Faire les pointes c’est danser sur le bout des orteils mais pointes c’est aussi le nom donné aux chaussons adaptés pour la danse classique. Le soulier à talon qui était employé à l’époque de Louis XIV ou Louis XV, a été remplacé par une sorte de sandale tenue à la cheville avec un ruban, puis par un chausson de satin ( ou de soie ) en forme de tube qui permettait de mieux bouger les doigts de pieds à l’intérieur.

Ce changement va entraîner une modification du travail du pied et développer la danse dite sur pointes. On va transposer les demi-pointes ( à savoir sur le bout des pieds ) en pointes (sur le bout des orteils). Avant d’être l’apanage des ballerines, il semblerait que cette façon de danser ait été pratiquée au départ par des hommes dans les théâtres de foire en Italie. Un peu plus tard, des danseuses ont essayé d’expérimenter cette technique comme Geneviève Gosselin ou Amalia Bugnoli, mais c’est véritablement Marie Taglioni qui va tout changer dans ce domaine. Elle va monter que la danse sur pointes pouvait apporter une note esthétique au ballet.

SYLPHIDE MARIE TAGLIONI illustration par Jean Schneitzhoeffer
Marie TAGLIONI dans le ballet  » La Sylphide  » – Illustration de Jean SCHNEITZHOEFFER
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Paire de chaussons de danse de Marie TAGLIONI. Elle les portait lors de la soirée d’adieu chez l’impératrice de Russie au Palais d’Anichkoff à Saint-Pétersbourg ( Musée des Arts Décoratifs/Paris)

Pour s’améliorer, elle va faire appel à un professeur très réputé en Europe, et qui a contribué au développement de la danse sur pointes à savoir : Jean-François Coulon. Elle utilisera des chaussons de satin, rembourrés avec du coton à la pointe et amidonnés pour bien pouvoir tenir sur le bout. Elle va coudre des rubans qu’elle nouera à ses chevilles pour un meilleur maintien du pied. La première fois qu’elle dansera réellement sur pointes, ce  sera lors du ballet de son père en 1832 : La Sylphide. Elle semblait flotter dira t-on.

 » Chaque jour je consacrais plus de deux heures à l’aplomb, à l’adage, m’élevant sur un pied, prenant des poses exécutées sur les pointes, soulevant les talons de façon à ne jamais toucher terre. Je devais les développer avec lenteur, c’était difficile. J’essayais de maintenir en comptant jusqu’à cent avant d’en changer et c’est grâce à cette persévérance que je suis venue à bout des  difficultés.  » M.T.

Ces chaussons de danse, qui en ont fasciné plus d’un, semble délicats, mais ils ne sont pas signe que de beauté. Ils représentent également la douleur que peut endurer une danseuse lorsqu’elle les a aux pieds. Cela demande aux pieds énormément de travail, d’efforts et de souffrance, pour être capable de rester droite tout en paraissant légère et gracieuse, aérienne .

Marie Taglioni a ouvert la voie de cette technique. D’autres après elle la reprendront. Tout simplement parce que cela apporté à la danse une certaine immatérialité. Au fil du temps la technique va nettement s’améliorer et le chausson se perfectionnera. La coque du bout sera renforcée dès 1890.

POINTES 4

L’expo accorde une large place à toutes sortes de chaussures  » futuristes  » , étranges, improbables qui amènent des interrogations : sont-elles censées protéger le pied comme leur fonction première le dit ? Peut-on marcher avec ces chaussures ? La réponse est non.  En fait, il vaut mieux les considérer comme des sortes d’œuvres d’art.

MARCHE Ballerina ultima 2007
 » Ballerina ultima  » 2007 – Christian LOUBOUTIN (Maison Louboutin/Paris)
Chaussures NORITAKA TATEHANA et IRIS VAN HERPEN
 » Hell-less Shoe  » – Création de Noritaka TATEHANA & Iris VAN HERPEN / 2015-2016 ( Prêt de Kosaku Kanechika )
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 » Bird -Witched  » de Masaya KUSHINO – 2014 – ( Fait partie d’une série de trois / Maison Masaya Kushino à Kyoto /Japon )
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 » Meteorite-Shoes  » – Studio SWINE / 2014 – ( Centre National d’art et de culture Georges Pompidou / Paris )
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 » Horse-Shoes  » de Iris SCHIEFERSTEIN – 2006 ( Maison Schieferstein à Berlin )

Les chaussures de sport ne sont pas en reste. Dans l’Antiquité les athlètes étaient souvent pieds nus. Bien plus tard, on mettra des sortes de bottines. Seconde moitié du XIXe siècle apparaîtra le caoutchouc que l’on va employer ( entre autres ) pour les semelles. Ce sont les chaussures de tennis qui en bénéficieront dès 1894. Le succès sera tel que les grandes entreprises  vont  chercher à les développer, les améliorer etc…Tous les nouveaux moyens techniques seront utilisés pour une meilleure performance.

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 » Course des midinettes  » – Dans le Petit Journal  du 8.11.1903 ( Bibliothèque Nationale de France / Paris )
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 » Chaussures de course modèle Waitzer  » 1936 ADIDAS ( Archives Adidas )

Les grands athlètes connus seront alors appelés à en faire la publicité, à un point tel que la chaussure de sport va s’en trouver popularisée et que certains modèles pourront être portés par le tout à chacun dans la vie de tous les jours et pas uniquement pour faire du sport. La chaussure de sport est même reprise par les grands couturiers. Elle devient fashion et il n’est pas rare d’en voir sur les podiums lors des défilés.

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 » LV Trainer  » Modèle sneaker créé par Virgil ABLOH pour la Maison Louis VUITTON  en 2019 (collection printemps-été ) ( Collections de la Maison Vuitton/Paris )
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Chaussures présentées lors du défilé printemps/été 2019  des frères CATEN ( Dean et Dan – canadiens ) créateurs de la marque DSQUARED