CA’D’ORO – Chefs-d’œuvre de la Renaissance à Venise …

Si vous avez envie de faire un beau voyage dans la Venise du XVe et XVIe siècle, en ce début d’année 2023, je vous invite à vous rendre à l’Hôtel de la Marine, Place de la Concorde à Paris, un très bel ensemble architectural réalisé au XVIIIe siècle par l’architecte Ange-Jacques Gabriel, afin d’admirer l’expo sublime que ce lieu vous propose, à savoir CA’D’ORO -Chefs-d’œuvre de la Renaissance à Venise … Jusqu’au 26.3.2023.

Une évasion intimiste dans l’âge d’or de la Sérénissime au travers d’environ 70 œuvres d’éminents artistes ( Bellini, Carpaccio, Mantegna, Titien, Guardi, Tintoret, Van Eyck, Vittoria, Bergamasco, Riccio, Tati, Le Bernin, Cima, Lombardo, Fantoni … j’en passe et des meilleurs . A noter que pour la première fois le Saint Sébastien de Andrea Mantegna quittera son écrin vénitien. Elles occupent quatre salles de la Fondation Al Thani à l’Hôtel de la Marine;

Palais Ca’d’Oro à Venise –  » C’est une des principales vertus des bâtisseurs gothiques qu’ils ne souffrirent jamais que des idées de symétrie et de concordances extérieures vinssent se mettre en travers de l’usage réel et de la valeur de ce qu’ils faisaient …  » John RUSKIN dans son ouvrage  » Les Pierres de Venises  » en 1853

Bien sur Venise est au centre de l’expo, étoffée par des dates importantes comme sa naissance en 421, l’arrivée du premier doge entre 726/27, la construction d’un premier palais ducal en 814, le corps de San Marco ramené d’Alexandrie 14 ans plus tard , la construction de l’arsenal en 1104 après avoir gagné la bataille contre les Normands, le début du chantier du Palais des Doges en 1384, la bataille de Lépante en 1571, les épidémies de pestes en 1575 et 1630, les premiers travaux importants sur la lagune en 1744 avec la mise en place de digues, la fondation de l’Académie de peinture et de sculpture de la ville en 1756, la chute de la Sérénissime en 1797 par les troupes de Napoléon qui vont piller et saccager pour la faire tomber, la domination autrichienne en 1815 ….. Tant d’évènements qui nous amènent à la ville magnifique que nous connaissons et chérissons aujourd’hui et qui se bat pour sa sauvegarde. Sans oublier, bien sur, le carnaval que l’on commence à entrevoir vers 1094, et qui se concrétise avec l’autorisation des déguisements en 1269.

 » Venise ! Est-il une ville qui ait été plus admirée, plus célébrée, plus chantée par les poètes, plus désirée par les amoureux, plus visitée, et plus illustre ? Venise ! Ce seul mot semble faire éclater dans l’âme une exaltation. Il excite tout ce qu’il y a de poétique en nous, il provoque toutes nos facultés d’admiration …  » Guy DE MAUPASSANT (Poète et écrivain français)

Peut-être que certains d’entre vous ont déjà visité le Palais Ca’ d’Oro. C’est un endroit magnifique, chef-d’œuvre du gothique vénitien, avec une façade qui ressemble à de la dentelle, l’un des plus élégants et raffinés du Grand Canal de la Sérénissime, quartier de Cannaregio. C’est vraiment une œuvre d’art à lui tout seul.

Une petite chose à savoir : Ca (casa) est placée devant de nombreux palais vénitiens pour qualifier leur statut de riches demeures.

Il doit son nom Maison d’or aux merveilleuses, audacieuses et luxueuses décorations, autrefois, recouvertes de feuilles d’or et de lapiz-lazulli, qui embellissaient les murs. Nombreux furent les propriétaires . Il sera même transformé et divisé en appartements !Parmi eux, il y a eu celle qui fut une grande Étoile de la danse, la première à le faire véritablement sur les pointes : Marie Taglioni. Le palais lui avait été offert par l’un de ses plus fervents admirateurs, le prince Alexandre Troubetzkoy.

Portrait de Marie Taglioni (Peintre inconnu) – XIXe siècle – ( Collections de la Bibliothèque de l’Opéra de Paris)

A son emplacement actuel, se trouvait au XIIe siècle, une demeure appartenant à la famille Mastelli, des négociants en épices qui avaient quitté la Grèce pour venir s’installer à Venise en 1112 . Puis elle deviendra le palais d’une noble famille vénitienne, les Zeno. La fille de cette famille l’apportera en dot lors de son mariage avec Marino Contarini, un riche marchand, en 1406. Lorsqu’elle décèdera, son époux, fera édifier un nouveau palais sur l’ancienne construction dont les pieux serviront de fondations. Les travaux vont durer de 1421 à 1434 . De nombreux architectes et sculpteurs vont travailler à cette construction, dont certains étaient réputés pour avoir travailler pour le Palais des Doges . Souhaitant placer son prestige à égal niveau, voire même au-dessus de celui des grands de sa ville, Contarini voudra un palais éblouissant, flamboyant . C’est lui qui souhaitera une façade avec un crénelage semblable à de la dentelle et qui le fera recouvrir de 23.000 feuilles d’or et lapis-lazuli.

Après sa mort, la demeure va se dégrader au fil du temps et elle verra de nombreux propriétaires s’y installer, dont, comme je l’ai dit en début de ce post, la grande ballerine romantique Marie Taglioni. Grâce à l’argent qu’elle obtiendra du prince Troubezkoy, elle fera procéder à des gros travaux de restauration et ce même si, finalement, elle vivra très peu dans le palais . La malchance du lieu viendra de l’architecte peu scrupuleux qu’elle choisira : Giovanni Battista Meduna, et des choix qu’elle fera.

Ce dernier, au lieu de l’embellir, va complètement dénaturer le palais, voire même le saccager. Il fera retirer, bien souvent à la demande de la ballerine, toutes les superbes finitions en or de la façade, vendra tous les éléments gothiques ( dont l’escalier de la cour intérieure) et les revendra à des antiquaires vénitiens. Il enlèvera également les colonnes et chapiteaux en marbre. Devant un tel spectacle, il sera accusé de vandalisme et emprisonné. Après quoi, la décision fut prise de se servir du palais pour le diviser en plusieurs appartements. Ce qui ne va arranger son état.

La demeure devra sa beauté et sa renaissance au baron Giorgio Franchetti, un mécène, musicien et collectionneur italien, qui, on peut le dire, l’a sauvé, avec passion, de ceux qui souhaitaient l’acquérir à des fins peu recommandables. Il rachètera le palais en 1894 et entreprendra de gros travaux pour lui redonner son aspect original et l’éclat de sa beauté passée.

Le Baron Giorgio FRANCHETTI

En 1916, se sachant très malade et dans l’incapacité de poursuivre son œuvre, il en fera don à l’État avec toutes ses collections d’art personnelles, notamment des peintures, sculptures, objets d’art et céramiques signés par de prestigieux artistes. Lorsqu’il meurt en 1922, il ne quittera pas ce lieu qu’il a tant aimé puisque ses cendres seront placées dans une urne en porphyre ayant une forme de colonne (cippe). Elle se trouve au rez-de-chaussée dans la cour du palais.

Le Palais Ca’d’Oro deviendra un musée en 1927 après de très minutieuses et sérieuses réparations pour colmater des détériorations de salpêtre, dues probablement à l’humidité. Il abrite la Galerie Franchetti et toutes ses merveilles. Durant la 59e biennale de Venise qui a eu lieu cette année à Venise, la Fondation Vuitton, mécène du Venetian Heritage a organisé des soirées caritatives afin d’obtenir des fonds pour une nouvelle restauration de la Galleria Franchetti

L’objectif du baron fut donc de non seulement redonner au palais sa beauté d’autrefois, mais également de placer les œuvres issues de ses merveilleuses collections. Dans un premier temps, il a souhaité retrouver certains éléments architecturaux qui avaient été vendus comme par exemple la margelle du puits. Durant les travaux, il n’a pu faire entrer les pièces de ses collections. Du coup, elles furent conservées dans le palais de la famille Cavalli et au Palais Duodo qui se trouvait tout à côté.

C’est en recevant le don de la demeure et des collections, que l’État se rendra véritablement compte de la richesse des pièces qui venaient de leur être confiées. Il faut dire que le baron venait d’une famille très riche et qu’en conséquence il avait les moyens financiers pour pouvoir satisfaire ses passions . De plus, il bénéficiera des conseils d’une part les conseils de sa femme Marion Von Hornstein passionnée par l’art, et des avis très affutés de critiques et historiens de l’art comme les réputés Adolfo Venturi et Giovanni Morelli.

Sa très belle collection sera enrichie au fil des années par d’autres chefs- d’œuvre venus des dépôts précieux faits par des musées de Venise très connus. Je vous invite à en découvrir certaines qui font partie de l’expo :

 » Saint-Sébastien  » 1431/1506 Tempera sur toile – Andrea MANTEGNA (Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro ) – Pour ce joyau de la peinture, le baron fera construire une chapelle de marbre. C’est l’ultime toile peinte par Mantegna, la plus célèbre.  »Nous vacillons encore sur le sol instable. Et voici l’arc de marbre, l’ouverture superbe d’une sorte de tabernacle glorieux, tout de marbres veinés aux grenades d’or  » écrira Gabriele d’Annunzio pour décrire cet écrin. / Il y a trois Saint-Sébastien : celui-ci, un à Vienne et un à Paris, tous signés par Mantegna.
 » Double portrait  » Marbre – Tullio LOMBARDO (Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro) – Cet artiste fut l’un des premiers introducteurs du portrait sculpté, dit aussi rondo-bosse ou bas-relief, à Venise. Un art qui avait déjà beaucoup de succès à Florence.
 » Vierge à l’enfant  » Michele GIAMBONO (Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
 » Flagellation du Christ » Luca SIGNORELLI ((Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
 » Vierge au miroir  » ( ou à la fourrure) Atelier de Tiziano VECELLIO dit TITIEN ((Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
« Allégorie » Marbre Antonio RIZZO (Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
« Apollon du Belvédère » Bronze de Pier JACOPO ALARI BONACOSI dit l’ANTICO ((Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro) – C’est son visage qui illustre l’affiche de l’expo – Ce bronze est une réplique du marbre qui fut trouvé à Rome à la fin du XVe siècle dans le jardin du Cardinal San Pietro qui deviendra pape. ((Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
« Le Christ ressuscité » Marbre de Jacopo FANTONI ((Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
 » Vierge à l’enfant  » marbre de Pietro LOMBARDO – Elle se trouvait autrefois en l’église Santa Maria degli Agneli à Murano. Un édifice qui n’existe plus de nos jours. (Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
« Vénus au miroir  » Atelier de Tiziano VECELLIO dit TITIEN (Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
 » Vénus découverte par l’Amour » Paris BORDON (Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
« Nicolo Priuli » par Jacopo ROBUSTI dit LE TINTORET (Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro) – Cet homme faisait partie de l’une des riches familles vénitiennes de son époque. Il occupa une fonction assez haut placée dans le gouvernement de la République.
 » Le cardinal Pietro Valier » Marbre datant de 1627 – Gian Lorenzo BERNINI dit LE BERNIN ((Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
 » Marino Grimani « Terre cuite vers 1592/93 – Alessandro VITTORIA (Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)
« Saint Martin » Bronze de Andrea RICCIO (Galleria Giorgio Franchetti Ca d’Oro)

KIMONO …

Sur l’affiche : Hiroko TAKAHASHI qui porte un kimono de sa marque (Hirocoledge) – Il fait partie des collections du Victoria et Albert Museum de Londres.

Le Musée du Quai Branly-Jacques Chirac met en lumière le kimono (kiru et mono traduisant  » que l’on porte sur soi  » )à savoir un vêtement raffiné, à la beauté subtile et poétique, intemporel, universel, au travers de pièces magnifiques, éblouissantes, non seulement de par les étoffes utilisées, mais aussi par le travail incroyable et l’inventivité dont on fait preuve les artistes qui les ont réalisés. L’exposition s’intitule KIMONO et elle se tient jusqu’au 28 mai 2023.

Au Japon, le kimono ne représente pas qu’un vêtement traditionnel, ni même une simple parure. Il est un ART à lui tout seul dont l’histoire est vieille de plusieurs siècles et qui a sans cesse évolué. Son ancêtre, au VIIe siècle, sous l’influence chinoise, était le Kosode avec des manches courtes. Ce terme sera remplacé au milieu du XIXe siècle par Kimono.

Kosode -kimono de femme 1730 1770 (The Khalili Collection of Japonese Art)

Il y a en a de toutes sortes, la variété est importante. Ils peuvent être fabriqués en soie, en laine, en lin, ou en coton (dans ce cas précis, il s’agit du Yucata) . Le kimono peut être utilisé pour diverses occasions : formelles comme le mariage, ou les remises de diplômes – festives comme les représentations artistiques : cérémonies du thé, danses, spectacles Kabuki ou Théâtre Nô. Il s’adapte aux saisons et aux évènements de la vie. Les samouraïs l’ont porté, les prêtres bouddhistes, les geishas, certains artisans, les restaurateurs également.

Kimono de jeune femme 1880/1890 (The Khalili collection of Japonese Art)
Kimono Robe d’été période Edo 1615 1868 début du XIXe siècle (John C. Weber Collection)

Après la seconde guerre mondiale, il était tombé un peu dans l’oubli. On le gardera que pour des occasions spéciales et solennelles. De plus, son coût était très élevé et les vêtements occidentaux avait la préférence du peuple japonais. . De nos jours, il est, à nouveau accessible à toutes les bourses et les japonais sont heureux de le revêtir régulièrement sans occasion précise. Par ailleurs, est désormais considéré comme résolument moderne par la jeunesse japonaise qui le porte elle-aussi en se l’appropriant à sa façon, ou tout au moins de façon moins classique, comme une veste portée sur un jean par exemple. Les spécialistes disent que le retour en grâce de ce vêtement (chez eux ou en Occident) est surtout basé sur le côté zen-attitude du Japon, et l’intérêt porté à ses jeux vidéos, ses mangas, ses Pokémons etc ….

« Si le kimono disparait de nos vies quotidiennes, nous allons perdre quelque chose de précieux dans le soin qu’il nécessite pour être mis dans les manières et les mouvements qui conviennent à qui le porte, et dans la sensibilité à la vie et à la nature qu’il suscite. » Propos tenus en 1964 par Yamanaka NORIO (Fondateur de la Södö Kimono Etiquette Academy , première Académie dans le port du kimono)

Pour les femmes japonaises, le kimono doit être porté pour le jour de leur majorité (cérémonie du shichi-go-san) . Il peut avoir plusieurs noms : pour les femmes mariées c’est le Shiromuku (signifiant blanc pur) qui se porte pour la cérémonie. Pour le banquet nuptial, ce sera le Uchikake – pour les mères de famille le Kurotomesode ou le Tomesode (moins formel que le précédent) – pour les jeunes femmes célibataires c’est le Furisode avec des manches pendantes – Le Tsukesage est destiné à la cérémonie du thé, tandis que le Homongi est revêtu lors d’un mariage par les amies de la mariée- Le kimono d’été est le Katabira – La veste souvent portée par des hommes est la Haori –

Kimono Furisode pour jeune femme – 1905/20 (The Khalili Collection of Japonese Art)
Kimono de mariée 1980/2000 (Victoria et Albert Museum/Londres)
Kimono pour femme (Isesaki) 1915/1930 (The Khalili Collection of Japonese Art)
Kimono de femme (Kosode) – 1800/1850 (The Khalili Collection of Japonese Art)
Kimono de femme (Isesaki) 1930/40 (The Khalili Collection of Japonese Art)
Sur-Kimono de mariée (1980/2000) (Victoria & Albert Museum / Londres)
Kimono 1905/1915 (Victoria & Albert Museum / Londres)

Les motifs sont sophistiqués, étudiés et recherchés avec soin. Ils changent selon la classe sociale, et peuvent avoir une signification symbolique, souvent en rapport avec les saisons. La nature, en effet, est très présente. On trouve beaucoup de fleurs (surtout celles du cerisier et du prunier) , mais aussi la mer, l’océan et d’autres paysages, des motifs réalisés très souvent par des peintres connus.

 » Le XVIIIe siècle a semé ses grâce sur le décor des étoffes. Le raffinement des dessins devient extrêmes : les crêpes, les soies légères sont préférées aux soies épaisses. L’intervention des peintres de l’École vulgaire se transforme sur le décor des tissus. Nous avons vu Moronobou, puis Soukénobou et Goshin fournir des modèles aux ateliers de Kyoto. Plus tard, Toyokouni et Hokusai lui-même seront les inspirateurs de la mode. Kano Youssen a également beaucoup travaillé pour le décor des robes. La fantaisie, la richesse et l’élégance (surtout dans les costumes de femmes) sont portées à un point inouï. Il suffit de feuilleter les grands livres d’images de l’École Katsoukawa, qui sont comme le répertoire du costume de cette époque, pour voir jusqu’où en était arrivé, à la fin du XVIIIe siècle, le goût effréné des femmes pour les étoffes de luxe. » Louis GONSE dans son ouvrage L’art japonais en 1886.

Les accessoires, qui accompagnent le kimono, ont leur importance aussi et sont incontournables. Il y a :

  • sous le kimono on porte le Juban
  • la ceinture ou Obi qui date du VIIIe siècle. Elle a remplacé la corde de chanvre. Selon que l’on soit une jeune fille ou une femme mariée, la largeur change. En général, elle est assez longue, se noue de différentes façons, et serre le corps comme un corset.
  • Les éventails et les ombrelles
  • Les peignes et épingles à cheveux (longues et doubles)
  • Les chaussettes appelées tabi, courtes jusqu’aux chevilles
  • Les chaussures, à savoir les zôri, plus hautes derrière que devant – ou bien les geta qui sont des sandales en bois, rectangulaires, avec deux planchettes. Elles sont généralement portées en été avec le Yucata en coton- ou bien encore les Waraji en paille et portées par les moines
  • L’éventail , il fait complètement partie du costume et de la culture japonaise. On le retrouve non seulement dans la danse ( où son maniement est porteur de messages – ce maniement s’apprend d’ailleurs ). Ceux qui sont ronds portent le nom de Uchiwa , et ceux qui se plient sont les Ôgi .
 » Femme devant la boutique de kimonos » 1840/45 Estampe de Utagawa KUNISADA (Victoria & Albert Museum /Londres)
 » Femme devant la boutique de kimonos » 1840/45 Estampe de Utagawa KUNISADA (Victoria & Albert Museum /Londres)

Le Japon avec sa culture, son art de vivre et ses traditions fascinait et, lorsqu’il va s’ouvrir à l’Occident durant l’époque Meiji, une vague de japonisme va déferler sur l’Europe. A Paris, certaines boutiques se spécialiseront dans l’importation de produits japonais (comme par exemple celle, très célèbre de Mme Desoye La laque Japonaise), des cercles prônant l’art japonais vont s’ouvrir et réuniront des écrivains, des peintres, des collectionneurs, des financiers, des marchands d’art. Des photos de ce pays seront publiées dans certaines revues etc…

 »L’enthousiasme pour le Japon gagna tous les ateliers avec la rapidité d’une flamme courant sur une piste de poudre  » Ernest CHESNEAU (Gazette des Beaux Arts en 1878)

Le terme japonisme fut évoqué pour la première fois, en 1872, par un dessinateur, lithographe, collectionneur et critique d’art français : Philippe Burty dans la revue La renaissance artistique et littéraire. Le japonisme représente les différents courants artistiques de la fin du XIXe siècle et dont l’inspiration viendra surtout des estampes. Il est arrivé, de façon assez considérable, en Occident lors des expositions universelles de Paris : en 1867 c’était la première fois qu’une délégation japonaise faisait le voyage et se rendait à cette manifestation. Le succès populaire sera incroyable. Cela a permis de découvrir les estampes, les porcelaines, les laques, le mobilier, les éventails, les paravents, habitations, les jardins, l’art de vivre nippon… Tout plaira ! Sans oublier, bien sur, les kimonos. Les peintres vont en faire un sujet à part entière. De plus, le kimono sera adopté en France en tant que vêtement d’intérieur.

Ce monde pictural de poésie, de raffinement, d’originalité, de rêverie sera même une révélation pour certains peintres, notamment les estampes de Hokusaï et Hiroshige qui s’inspiraient de sujets portant sur la nature, les paysages, la vie quotidienne, la flore, la faune, les geishas, les ponts, le Mont Fuji etc … Non seulement ils vont aimer, mais copier et collectionner. Cet art va confirmer leur façon de comprendre et voir la nature, mais aussi les ressentis qu’ils éprouvent vis-à-vis d’elle, ce qui aura pour conséquence heureuse de leur apporter un supplément de créativité.

En parlant peinture et kimono, une petite note sur Kunihiko Moriguchi, surnommé le Soulages du kimono, qui est un peintre infiniment célèbre au Japon à un point tel qu’ils le considèrent comme un trésor national vivant ! Il a quitté son pays pour s’installer en France lorsqu’il était jeune . Il a étudier à l’École nationale des Arts décoratifs, fut invité par Balthus à la Villa Médicis – Puis il renouera par la suite avec sa culture, ses racines, retournera à Kyoto, reprendra le métier de son père qui était un grand maître des kimonos, redécouvrira alors tous les secrets et techniques de la teinture des tissus. A partir de là, il va devenir un virtuose dans ce domaine où s’expriment des figures géométriques en noir , gris, blanc. Il dira de ses pièces que ce sont des armures destinées à protéger les femmes et à donner à voir leur force.

Kimono « Au-delà » Kunihiko MORIGUCHI 2005 – (The Khalili Collection of Japonese Art)

Certains couturiers japonais se sont inspirés du kimono : Isogawa – Miyake – Kamawakubo – Kenzo – Yamamoto etc …. Mais ils ne sont pas les seuls ! Des créateurs occidentaux, designers et stylistes ont repris ce thème dans leurs collections : Poiret -Paquin – Vionnet dans les années 20 – Dior – Saint Laurent – Mouangue – Gaultier – Sorbier – Rolland – McQueen ou Galliano.

Dans les années 1990, on assiste à un triomphal retour des inspirations japonaises dans la mode. Galliano et McQueen notamment vont porter le kimono au sommet de la couture et de leurs collections respectives. Comme je l’ai signalé dans le paragraphe ci-dessus, des couturiers japonais vont s’installer à Paris et ouvrir des boutiques.

Kimono de 2016/18 – Dessin de Sudo Reiko pour l’Isesaki Contempory Double Ikat Meisen Project ( Victoria & Albert Museum / Londres)

Dans les années 1990, on assiste à un triomphal retour des inspirations japonaises dans la mode. Galliano et McQueen notamment vont porter le kimono au sommet de la couture et de leurs collections respectives. Comme je l’ai signalé dans le paragraphe ci-dessus, des couturiers japonais vont s’installer à Paris et ouvrir des boutiques.

 » Glam Japon  » – 2019 – Akira Times (Collections Akira Times/Londres)
Kimono Furisode – Collection  » Wafrica » de Serge MOUANGUE (Collection Serge Mouangue)
Linda EVANGELISTA dans une robe-manteau-kimono de John GALLIANO / Chapeau de Stephen JONES pour la collection prêt-à-porter 1994
Kimono-manteau 1913 Paul POIRET (Victoria & Albert Museum/Londres)

Le kimono et la mode, mais également le kimono et le cinéma (avec George Lucas Guerre des étoiles) , la variété avec des chanteurs qui vont l’adopter sur scène comme David Bowie dans les années 70 avec son avatar Ziggy Stardust dont le costume avait été imaginé par le styliste Kansaï Yamamoto – Idem pour Freddie Mercury, Björk (kimono réalisé par Alexander McQueen) , Madonna (robe kimono de Gaultier) , Katy Perry, Netta , la chanteuse virtuelle Miku Hatsune. Bref le kimono devient l’icône de la pop

Kimono ayant appartenu à Freddie MERCURY – Datant de 1950.1970 – (Collection particulière)
Kimono de John MOLLO pour le personnage de Obi Wan Kenobi joué par Alec Guinness dans le film « Guerre des Etoiles »

Claude MONET – Joan MITCHELL …

«La couleur est mon obsession de la journée, la joie et le tourment  » Claude MONET

 » Je peins à partir de paysages que je porte en moi et des sensations que j’en retiens, que je transforme évidemment. Je ne pourra certainement jamais refléter la nature à la façon d’un miroir. Je préfère peindre ce qu’elle a laissé en moi. Tout art n’est -il pas subjectif ? » Joan MITCHELL

« En France on dit que mon travail est une gestuelle violente. A New York que c’est de la décoration. Des deux côtés on dit qu’il est féminin  » Joan MITCHELL

Une très belle exposition est proposée par la Fondation Vuitton, en collaboration avec le Musée Marmottan-Monet, jusqu’au 27 février 2023. Elle s’intitule «  Claude MONET – Joan MITCHELL . En fait c’est une double exposition sur la plus française des peintres américaines avec , d’un côté une rétrospective- parcours pour mieux connaître celle qui fut une figure importante de l’expressionnisme abstrait , et de l’autre une sorte de dialogue pictural sensible et poétique avec le Monet des dernières Nymphéas.

Une chose importante à préciser dès le début : ne pas chercher de ressemblance évidente dans leurs tableaux respectifs, tout simplement parce que ils ont deux univers bien distincts. Toutefois, certaines choses les rapprochent et c’est là que tout devient intéressant.

Pourquoi Monet ? Tout simplement parce que, sans le vouloir, sans le savoir, à la fin de sa vie, la liberté de son geste pictural , sa nouvelle façon de peindre, l’expression complexe de son ultime travail, l’a rendu quelque peu visionnaire aux yeux de certains autres peintres, et, leur a donné l’impression de l’abstrait.

Ces œuvres, peintes à Giverny, marqueront, en effet, de façon assez déterminante les expressionnistes abstraits américains. Les explications de ces derniers, tout comme celles des critiques d’art, des historiens de l’art etc. nous ont permis d’attirer notre attention, de façon différente, sur Monet, et lorsque l’on observe ces tableaux, qu’on les examine de plus près, on s’aperçoit en effet et sans que cela ait été voulu par Monet, qu’il y a quelque chose de l’abstraction.

Parmi ces peintres expressionnistes abstraits, américains, il y a donc Joan Mitchell. Au départ, elle a été bien plus fascinée et passionnée par deux peintres dont elle aime les jaunes et les bleus à savoir Cézanne (On ne peut pas rentrer dans un Cézanne, l’œil est repoussé immédiatement à la surface. Voilà pourquoi je l’aime ») et Van Gogh, qu’elle n’a pu l’être de Monet. D’ailleurs, publiquement elle s’est farouchement opposée à penser que sa peinture ait pu avoir une quelconque influence extraite des ultimes œuvres du maître de Giverny. Par contre, dans l’intimité, il lui arrivait d’évoquer l’intérêt qu’elle portait à ce peintre . Elle a été proche de la pensée picturale de Monet.

« J’aime le dernier Monet, pas celui des débuts …Le matin, surtout très tôt, c’est violet. Monet a déjà montré cela. Moi quand je sors le matin, c’est violet, mais je ne copie pas Monet ..  »

Ils ont eu en commun la nature, les paysages, l’eau et ses reflets, les grands formats, une grande liberté de touche, de la technique, les jeux de couleur et de lumière, tout en ayant eu chacun leur propre langage. De Monet on a souvent dit qu’il fut un peintre-jardinier, ou peintre horticulteur tant les fleurs ont compté pour lui. .Un intérêt floral qui se fait sentir aussi chez Mitchell qui a quelque peu associé les couleurs comme on pourrait le faire avec des bouquets de fleurs arrangés selon son humeur et son ressenti.

 » Dans tous mes tableaux il y a des arbres, de l’eau, les herbes, les fleurs, les tournesols etc… mais pas directement. L’eau par exemple c’est la Seine, c’est le lac Michigan aussi , c’est plutôt le sentiment que j’ai pour ces choses. » J.M.

 » Les tournesols sont quelque chose que je sens avec beaucoup d’intensité. Ils sont si beaux quand ils sont jeunes et si émouvants quand ils meurent. Je n’aime pas les champs de tournesols, je les aime seuls et quand ils sont peints par Van Gogh  » J.M.

Lorsqu’elle parlait de ce qu’elle ressentait devant un paysage , elle employait le mot feeling qui lui semblait le mieux convenir. Monet de son côté, face à un motif, employait le mot sensation. Ce fut très émotionnel chez ces deux grands amoureux de la lumière et de la couleur.

 » Quatuor II for Betsy Jolas  » 1976 – Joan MITCHELL ( Centre Pompidou – En dépôt au Musée de Grenoble)
 » Nymphéas-Reflets de saule » 1916/19 – Claude MONET (Musée Marmottan-Monet)
 » Coin de l’étang à Giverny  » 1917 Claude MONET (Musée de peinture et sculpture/ Grenoble)
 » Bracket » 1989 Joan MITCHELL (SFM/MOMA San Francisco)
 » Les Agapanthes » 1914/17 Claude MONET (Musée Marmottan-Monet)
 » Champs  » 1990 Joan MITCHELL (Collection particulière)
« Le jardin à Giverny » 1922/26 Claude MONET (Musée Marmottan-Monet)
 » Beauvais  » 1986 – Joan MITCHELL (Fondation Vuitton/Paris)
 » Mon paysage » 1967 – Joan MITCHELL ( Fondation Maeght/Vence)

Joan Mitchell a vécu en France, d’abord à Paris, puis à Vétheuil dans le Val d’Oise. Elle n’était donc pas très loin du havre de paix de Monet à Giverny.

Une femme indépendante, volontaire, réputée pour avoir un caractère bien trempé, une forte personnalité, énergique, mais à côté de cela une hyper sensible à la limite de la fragilité, probablement à cause de la perte d’êtres chers auxquels elle était attachée, mais aussi sa rupture avec son compagnon le peintre canadien Jean-Paul Riopelle. Des situations douloureuses qui la pousseront à se réfugier encore plus dans son atelier, avec pour seule présence la lecture, la musique (jazz, blues, Debussy) et surtout l’opéra, celui de Mozart de Purcell ou Verdi. Du reste, les couleurs sont appliquées avec une gestuelle très particulière chez elle, très rythmée, saccadée.

Mélancolique dans ces moments-là, triste, et pourtant elle donnera à ses toiles la joie de vivre qu’elle n’avait pas. Elle le fera tout simplement parce que comme elle l’a expliqué souvent :  » la peinture c’est le contraire de la mort. Cela vous permet de survivre. Cela vous permet de vivre « –

La lecture avec surtout la poésie appréciée dès son enfance, avec une maman poète qui l’endormait le soir en lui récitant des vers, les siens, ou d’autres. Elle a eu de nombreux recueils à sa portée, et beaucoup de poètes étaient invités dans la maison familiale. De plus, elle-même s’adonnait à cet exercice. La poésie était ancrée en elle et il en sera ainsi jusqu’à la fin de sa vie. Elle s’est sentie proche de Rilke, probablement parce que lui aussi appréciait la nature, mais elle en a fréquenté d’autres qui deviendront des amis comme Frank O’Hara dont les textes lui ont inspiré des tableaux – Il en fut de même avec Jacques Dupin (elle aimait son langage et sa personnalité). Lui aussi sera une source d’inspiration. N’oublions pas : Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, Wordsworth, Schneider, Larsen, Schuyler et les écrits de Beckett qu’elle avait rencontré.

C’est vrai que, de façon générale, on la classe dans l’abstraction. Personnellement, elle n’a jamais souhaité qu’on le fasse de façon catégorique parce qu’il y a de nombreuses influences (européennes et américaines) dans sa peinture.  » L’abstraction n’est pas un style. Je veux simplement faire qu’une surface fonctionne. C’est juste une utilisation de la forme et de l’espace, une ambivalence des formes et de l’espace. Le style en peinture a à voir avec les étiquettes. Beaucoup de peintres sont obsédés par la volonté d’inventer quelque chose. Quand j’étais jeune, ça ne m’a jamais effleuré d’inventer quelque chose que je voulais. C’était peindre !  » J.M.. Il est plus juste de dire, même si je le répète, elle ne voulait pas être classée dans une catégorie, que sa peinture est de l’expressionisme abstrait, dans le sens où cela traduit surtout une intériorité personnelle de l’artiste.

L’audace de ses colorations, ses coups de pinceau tumultueux, en multicouches, enthousiastes, intenses, vivants tout simplement, mais aussi dotés de réflexion, lui apporteront le succès dans les années 50 . Sa peinture évoluera dans les années 60 : plus de couleurs claires, l’emploi fréquent du blanc pour donner plus d’équilibre, une plus grande liberté du geste pictural.

Joan MITCHELL 1925/1992

Joan Mitchell est née en 1925 à Chicago, dans une famille assez aisée, cultivée et intellectuelle. Son père James est un dermatologue réputé, artiste à ses heures perdues et sa mère Marion une poète très connue, issue d’une riche famille d’industriels Deux univers dans lesquels elle va baigner dès l’enfance et, du reste, elle confiera avoir longremps hésité entre les deux (poésie et art)- Avec son père elle visite de très nombreux musées. C’est vers l’art qu’elle se tournera finalement. Elle va donc entrer à la Francis W.Parler School,suivra des cours à l’Art Institute de Chicago. Dans les deux cas, elle côtoiera des prestigieux professeurs comme Robert Van Neumann ou Louis Ritman. elle ressortira diplomée en 1947 avec une bourse d’études en poche

Grâce à sa bourse d’études, elle part en France, plus particulièrement à Paris où elle vivra un an avant de retourner aux Etats Unis. Elle va faire partie de ce que l’on nomme l’école de New york, à savoir des jeunes artistes avant-gardistes que l’on nmme Action painting. Son travail , en grandes toiles, séduit les critiques et les galeries d’art qui ne vont pas tarder à la soutenir. Elle a 25 ans.

Durant les années qui suivront, elle exposera dans différentes galeries françaises et américaines, ainsi que dans des musées .

Côté privé, on note un premier mariage en 1948 avec Barney Rosset qui deviendra un éminent éditeur américain. Le mariage ne tiendra pas. Il sera de courte durée et se soldera par un divorce quatre ans plus tard.

En 1955, elle décide de repartir pour la capitale française. C’est là qu’elle rencontre Jean-Riopelle à la terrasse d’un café de Saint-Germain .. Une liaison qui va durer jusqu’en 1979. Ils s’installent ensemble en 1959 rue de Frémicourt à Paris.

Mitchell & Riopelle

Liaison mythique, passionnée, tumultueuse, explosive, conflictuelle. On les appelle Les amants terribles de l’abstraction . Entre eux il y a de l’amour, mais aussi beaucoup d’alcool, de la colère, de la jalousie également.

Ils se sont admirés, ont échangé leurs impressions, leurs doutes. La peinture a été au centre de leurs conversations, même s’ils venaient de deux univers différents, et avaient chacun leur propre sensibilité. Ils ont expérimenté ensemble, se sont conseillés, et ont même fini par s’influencer. Dans leur art, Riopelle c’est un instinctif, un peu animal ; elle est plus tourmentée, cérébrale. La touche du premier est forte, puissante même, rustique, celle de la deuxième subtile, gracieuse, ample , solaire, mais aussi spontanée, auréolée de cette intensité émotionnelle qui fut la sienne .

En 1968, ils s’installent à Vétheuil. Elle a acheté cette maison avec l’argent qu’elle a hérité à la mort de sa mère. Dix ans plus tard, en 1979, l’histoire se termine : adultère, disputes incessantes, séparation. Il part au Canada. Elle fera le choix de rester, de se retirer serait plus juste, dans sa maison, un lieu gorgé de lumière, en bordure de Seine, où elle observe la nature, son jardin, les arbres. Elle peint selon les saisons, selon la lumière du jour et selon qu’elle en ait envie ou non. Un isolement entrecoupé, de temps à autre, par la visite d’amis musiciens, écrivains ou peintres.

« La solitude que je trouve dans mon atelier est alors une plénitude. Je m’y suffis à moi-même. J’y vis pleinement. Ailleurs, dehors, je me sens seule. » J.M.

Sa santé va se dégrader dans les années 1980. Elle est atteinte d’un cancer de la mâchoire qui va nécessiter de nombreux traitements douloureux et interventions chirurgicales diverses. De plus en 1989, elle se fait opérer de la hanche. Malgré tout ces problèmes, elle continue de peindre, essaie de nouveaux formats, et elle fait l’objet de différentes expositions notamment aux Etats Unis : Washington, New York, San Francisco, Buffalo, Ithaca. Il y a, dans les derniers moments de sa vie, encore plus d’intensité, de profondeur, de sensibilité dans les couleurs de sa peinture. Elle meurt cette année-là à Paris en 1992. Un an plus tard sera créée la Joan Mitchell Foundation pour soutenir les artistes et continuer de faire rayonner la peinture de l’artiste au travers du monde.

« City Landscape » 1955 Joan MITCHELL(Art Institute/Chicago)
 » Sans titre » Vers 1961 Joan MITCHELL (Modern Art Museum/Fort Worth)
« Red tree » 1976 Joan MITCHELL (Fondation Vuitton/Paris)
 » No birds  » 1987/88 Joan MITCHELL (sorte de réponse au « Champs de blé aux corbeaux » de Van Gogh – (Collection particulière)
 »Sans titre » 1992 Joan MITCHELL (Collection particulière)
 » Ode à la joie to poem by Frank O’Hara » 1970//71 Joan MITCHELL (Université de Buffalo Art Galleries)

LOUIS XV – Passions d’un roi …

« Portrait de Louis XV » 1774- Arnaud Vincent de MONTPETIT (Musée national des châteaux de Versailles et Trianon) C’est lui qui illustre l’affiche de l’expo

« Mignon, vous allez être un grand roi, mais tout votre bonheur dépendra d’être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut pour cela que vous évitiez, autant que vous le pourrez, de faire la guerre : c’est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela. J’ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l’ai soutenue par vanité. Ne m’imitez pas , mais soyez un prince pacifiste, et que votre principale application soit de soulager vos sujets. » Louis XIV à son arrière petit-fils, futur Louis XV, en 1715 sur son lit de mort

Il y a 300 ans, en juin 1722, le gouvernement, ainsi que la Cour se réinstallaient à Versailles, et en octobre de la même année, le jeune Louis XV était sacré roi à Reims. Il lui faudra néanmoins attendre l’âge de 33 ans pour gouverner réellement seul. .Une série d’évènements importants qui ont donné naissance à l’exposition magnifique et somptueuse organisée par le château de Versailles. Elle s’intitule : LOUIS XV – Passions d’un roi – jusqu ‘au19.2.2023. Un évènement très intéressant compte tenu du fait que la dernière lui étant consacrée remonte à 1974 !

C’est une exposition qui traite surtout de l’homme qu’il fut. Elle ne s’attarde pas sur son parcours de roi . Toutefois j’ai fait le choix d’en parler un peu , ceci pour mieux le cerner. Il fut le seul à naitre (1710) et mourir(1774) à Versailles. Fils du dauphin Louis de France et de Marie Adélaïde de Savoie, et arrière petit fils de Louis XIV.

Elle nous est présentée en différentes sections : «  l’homme privé « – «  les passions du roi «  – et «  Louis XV et les arts «  , au travers d’environ 400 œuvres superbes, des chefs d’œuvre. Elle vous permettra également, si le cœur vous en dit, de visiter, dans le château, les appartements du roi, ceux du dauphin, ceux de Mme de Pompadour, et ceux fraichement restaurés, après 18 mois de travaux, de Mme Du Barry.

C’est un monarque un peu méconnu. Il est vrai qu’il venait après un roi imposant qui avait marqué les esprits ! Son règne a été mitigé. Il serait mal venu de dire qu’il a été catastrophique parce que dans les premières années, Louis XV a démontré qu’il pouvait être efficace dans certains domaines. Il a même représenté, à une époque, l’espoir d’un peuple. Ce qui va jouer (entre autre) contre lui c’est probablement son manque de confiance en lui, de cohérence, sa timidité maladive. Il a du mal à s’imposer et préfèrera souvent laisser ses conseillers prendre les décisions à sa place, ce qui, malheureusement lui aura été fatal dans certains cas.

Du coup, son bilan ne sera pas très reluisant surtout lorsque l’on pense au mécontentement du peuple écrasé par les impôts, délaissé par son roi qui ne s’en rendait pas compte, aux querelles religieuses et à la guerre de Sept Ans qui s’est terminée tragiquement avec la perte de presque tout l’empire colonial français de l’époque (Canada, Arcadie, les Indes, la Louisiane, certaines îles des Antilles) en faveur du roi d’Angleterre George III et Charles III d’Espagne .

Il fut l’un des rois de France que l’on peut qualifier de très instruit. Un lecteur assidu qui pouvait lire en plusieurs langues, et quel que soit l’endroit où il résidait, il eut à cœur de faire construire une bibliothèque – Il a reçu une très bonne éducation, laquelle lui a apporté des bases solides. C’était, semble t-il, un enfant studieux qui a aimé des matières plus que d’autres, comme la géographie, la cartographie, la typographie, l’astronomie, l’horlogerie, la botanique.

Il a été un bâtisseur notamment dans Paris où il a ordonné de nombreuses nouvelles constructions, mais s’est également occupé de la rénovation, l’achèvement et les agrandissements d’autres bâtiments qui ne sont pas de son fait, qui existaient déjà mais laissés un peu à l’abandon : l’Hôtel des monnaies, La Place Louis XV aujourd’hui Place de la Concorde, l’École militaire, l’École de médecine, l’Académie de chirurgie, l’Odéon, l’Abbaye Sainte-Geneviève, le Collège de France (commencé sous Louis XIII) , l’École de droit, l’Église de la Madeleine (début de construction), l’Hôtel des Monnaies, le Panthéon (construction décrétée en 1757) , la Chambre des comptes (incendié en 1737 – On décida de le rebâtir par souhait du roi) ,les Invalides , sans oublier Le Louvre qui était quasi abandonné, inachevé et pour lequel on lança des travaux de restauration.

 » Réductions des statues érigées sur les places royales réalisées par Louis XV en France et dont certaines sont encore existantes « 
« Pose de la première pierre de l’Église Sainte-Geneviève  » ( qui deviendra, par la suite, le Panthéon )1764 Pierre Antoine DEMACHY (Musée Carnavalet)

Côté religion, il a été infiniment croyant. Certes, de par sa vie personnelle amoureuse parfois scandaleuse, il s’est souvent « écarté » de la religion et des préceptes de l’église, mais elle a représenté pour lui un ciment fondamental pour garder l’unité du royaume.

Louis XIV a eu un règne très long (1643/1715) . Il eu de nombreux enfants ce qui lui avait permis de rester serein quant a sa succession. Malheureusement, son fils mourra subitement en 1711, puis ce sera le tour de ses petits-fils et 2 de ses arrière petit-fils . Du coup, il ne restait donc plus que le petit duc d’Anjou, 2 ans à l’époque. Tous les espoirs se sont tournés vers lui .

« Louis XV enfant  » 1716 Antoine COYSEVOX (The Frick Collection New York)
« Louis en costume de sacre » 1715 Hyacinthe RIGAUD (Château de Versailles)
Couronne de Louis XV-Augustin DUFLOS 1722 ( Musée du Louvre)
« Louis XV portrait allégorique, représenté par les Vertus  » 1762 –Charles Amédée VAN LOO (Château de Versailles)
 » Louis XV enfant lors de la visite de Pierre le Grand le 10 mai 1717  » – 1838/39 – Louise HERSENT ( Château de Versailles)

Comme il est encore très jeune, c’est le duc d’Orléans, neveu de Louis XIV, fils de Philippe dit Monsieur , qui assurera la régence(pour ce faire il fit casser le testament de Louis XIV par le Parlement, ce qui ne sera pas sans conséquence par la suite) et décidera que désormais l’enfant et la Cour s’installeraient aux Tuileries. Le régent l’accompagnera jusqu’à sa majorité officielle fixée à 13 ans pour les rois. Philippe d’Orléans fut un régent efficace qui a favorisé la paix. La France était très endettée à son arrivée mais il a su redresser économiquement le pays.

 » Portrait de Philippe d’Orléans  » 1717 d’après Jean-Baptiste SANCERRE (Château de Versailles

L’enfance de Louis XV sera marquée par le deuil : sa mère, ses deux frères , puis, comme je l’ai dit, son père, et son arrière grand-père. Ces pertes successives vont faire de lui quelqu’un de profondément mélancolique, triste, dépressif, secret, timide, hanté par la mort, d’autant qu’on ne manquait pas de lui rappeler tous ces décès en le faisant assister à des messes commémoratives, chaque année.. Une personne va veiller sur lui avec une grande tendresse maternelle : sa gouvernante la duchesse de Ventadour, qu’il appelait maman. S’il sera, un jour, un adulte à la santé assez robuste, il fut un enfant plutôt fragile, mais la duchesse fit son maximum pour qu’il ne soit pas continuellement dans les mains des médecins.

 » Portrait de Charlotte de la Mothe Houdancourt, duchesse de Ventadour  » 1717 env. -Auteur inconnu mais tableau attribué à Pierre MIGNARD (Château de Versailles)

Malheureusement, la bienveillance protectrice de cette femme prendra fin lorsqu’il aura 7 ans car il fallait parfaire son éducation de futur roi. Deux personnes vont s’en charger : le maréchal de Villeroy (pas très agréable) pour tout le côté cérémonial de la Cour, et un ancien évêque Monseigneur André Hercule de Fleury ( la présence rassurante ). Le régent, quant à lui, aura pour mission de l’initier à la politique dès ses 10 ans, le mettre face à ce que seront ses responsabilités, à la lourde tâche qui l’attendait. Il mourra en 1723 et ce décès ne fera qu’accroitre la mélancolie du jeune Louis.

 » Portrait du cardinal Fleury  » par François STIÉMART d’après Hyacinthe RIGAUD (Château de Versailles)

1723 sera l’année de sa majorité, 13 ans (officiellement attribuée aux rois à cet âge) et il doit donc diriger le gouvernement, mais vu son âge ce sont surtout ceux qui l’entouraient qui le faisaient, lui y assistait. Il y eut d’abord le cardinal Dubois, puis le duc de Bourbon, remercié car impopulaire. Louis demanda qu’il soit remplacé par Fleury, lequel sera considéré comme un premier ministre. Il avait carte blanche. Il était âgé mais fera le choix de s’entourer d’une équipe de jeunes conseillers.

Fleury a gouverné durant 17 ans . La sérénité de vie , dont Louis XV bénéficiait durant toutes ces années, prit fin à sa mort. Le jeune roi avait alors 33 ans et se trouvait face à ses responsabilités, seul à décider, à s’impliquer. Il savait observer, écouter, consulter, approuver etc… était doté un raisonnement souvent juste, n’était pas incompétent, mais lorsqu’il fallait décider eh bien il était bloqué et lorsqu’on le mettait devant une situation bien précise , sa timidité l’emportait souvent et son caractère changeait du tout au tout. Il pouvait, par exemple, se montrer brutal, froid, ou congédier quelqu’un sans explication, sans que cette personne ne puisse réellement comprendre pourquoi, . Le temps des ministères sera réduit et il multipliera les commissions administratives.

Louis XV aura à cœur de continuer sur les traces de son aïeul dans l’exercice royal , mais avec des changements parce qu’il n’aimait pas être en représentation, et au côté publique il va préférer celui plus intimiste, se retirant souvent dans ses cabinets privés seul ou avec des proches . Il optera pour un Versailles plus aristocratique que royal, mais toujours dans le luxe.

Au début de son règne, il sera très populaire. On le surnommera Le bien-aimé, une affection qui va durer longtemps. Un jour, malheureusement, il sera détesté par son peuple et deviendra Le bien haï !. Durant la dernière partie de son règne, en effet, de 1757 à 1774, il devint extrêmement impopulaire parce que le peuple avait faim alors que le roi dépensait des sommes folles pour lui, la Cour, ses maitresses etc … Il ne se rendra pas compte que le nationalisme pointait le bout de son nez. Il apparaissait comme un monarque ne pensant qu’à ses plaisirs et son train de vie. Les mécontentements s’amplifiaient.

Il fera l’objet d’une tentative d’assassinat en 1757. Un homme (Robert François Damien) s’introduira dans le château et le poignardera. Fort heureusement, vu l’épaisseur de tous ses vêtements, Louis ne sera que très légèrement blessé. Un procès pour régicide aura lieu. L’individu sera exécuté en Place de Grève. On aurait pu penser qu’avec cette tentative d’assassinat une certaine bienveillance ou sympathie du peuple serait de mise , mais il n’en fut rien.

Louis XV fut un assez bel homme, tous les témoignages s’accordent à dire qu’il fut un incorrigible séducteur, attachant. . Sa belle prestance a fait l’objet de nombreux portraits, bustes etc…

Il était très jeune lorsque l’on songea à lui trouver une épouse. A 12 ans, le choix se porta alors sur sa cousine, l’infante d’Espagne, Marie-Anne Victoire, fille de Philippe V qui avait à peine 3 ans ! Un projet qui, finalement, tombera à l’eau. La petite-fille, qui avait fait le déplacement, retournera chez elle. Elle deviendra un jour reine du Portugal.

« Portrait de Marie-Anne d’Espagne » 1714 Nicolas DE LARGILLIÉRE (Musée du Prado / Madrid)

En 1725,le duc de Bourbon avec l’approbation de Louis XV se décide pour la princesse Marie Leszczynska, polonaise, pas de dot, pas de trône, 7 ans de plus que lui, un choix qui ne manquera pas d’en étonner beaucoup, carrément une mésalliance diront d’autres. Qu’importe ! Elle est en bonne santé, bien réglée donc certainement féconde. Le mariage aura lieu en 1725. Il donnera naissance à 10 enfants ( Huit filles et deux garçons) en dix ans. « Toujours couchée, toujours grosse, toujours accouchée « dira la reine. A 35 ans, elle était usée par les maternités. Son médecin lui conseillera de ne plus avoir d’enfant. Elle décidera donc de refuser toute relation sexuelle avec son royal époux. Oui mais, Louis est jeune, vigoureux, donc elle  » comprendra » qu’il aille voir ailleurs.

« Marie Leszczynska, reine de France » 1748 Jean-Marc NATTIER (
Château de Versailles)
 » Acte de mariage de Louis XV avec Marie Leszczynska  » (Archives de la ville et de l’Eurométropole à Strasbourg)

Une union plutôt heureuse même si ils avaient peu de goûts en communs. Elle saura se faire discrète, jouera son rôle à la perfection, respectera l’étiquette et le protocole rigide de la Cour . Louis XV tenait beaucoup à sa vie de famille, s’accordant souvent de moments avec ses enfants , établissant notamment la coutume de diners hebdomadaires les réunissant tous etc… Il les chérissait infiniment, et sera profondément meurtri lorsque certains d’entre eux décèderont . Son fils, le dauphin, s’unira en 1745 à la fille du roi d’Espagne, puis en secondes noces à Marie Josèphe de Saxe, avec laquelle il aura huit enfants parmi lesquels figurent les trois derniers rois de France : Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

Comme d’autres monarques avant lui, Louis XV a eu des maitresses. Deux de ses favorites en titre sont devenues célèbres : Jeanne-Antoinette Poisson qui deviendra la marquise de Pompadour, et Madame du Barry, née Jeanne Bécu . Elles ont du braver l’hostilité des membres de la famille et de la Cour.

« Amour essayant une de ses flèches » 1753 Jacques SALY (Musée du Louvre)
 » L’amour assis sur le bord de la mer  » 1755 Louis Claude VASSÉ (Musée du Louvre/Paris)
« L’Odalisque » 1743 François BOUCHER (Musée de Louvre )

La première était mariée et avait une fille. Il la rencontre en 1745. Il tombe follement amoureux, l’installe à Versailles, lui offre le titre de marquise, et elle fera son entrée officiellement à la Cour la même année. La famille royale la surnomme la putain et la noblesse de la Cour la méprise car c’est une roturière. Les ministres sont inquiets . Elle sera l’objet de nombreuses critiques et pamphlets. Qu’importe, e roi en est fou . Elle aura une grande influence sur cet homme qui a toujours manqué de confiance en lui. Elle est belle, cultivée, possède l’art de la conversation, savait organiser des fêtes et divertissements , elle ne manquait pas d’esprit, fréquentait assidument le monde des philosophes et du théâtre. Elle s’imposera aux côtés du roi sur le plan politique, soutenant certaines personnalités plus que d’autres en tant que chef de gouvernement, favorisant des alliances durant la guerre etc.. Elle s’est véritablement prise pour la reine

 » La marquise de Pompadour  » 1755 Maurice QUENTIN DE LA TOUR (Musée du Louvre/Paris)
« Madame de Pompadour en amitié  » 1753 Jean-Baptiste PIGALLE (Musée du Louvre/Paris)

Avec Louis XV il y eu l’amour passion, puis elle deviendra son amie, sa confidente, sa complice et non plus sa maîtresse. Pour ne pas le perdre, elle se chargeait de lui conseiller de nouvelles maitresses, voire même lui en fournir si besoin . En effet, elle choisissait des jeunes filles de familles bourgeoises, que l’on faisait venir dans une demeure située rue Saint-Médric à Versailles. Ce lieu deviendra une sorte de maison close pour le plaisir du roi. Certaines d’entre elles se retrouveront enceintes et mettront au monde des enfants. On leur trouvait alors un époux issu de la Cour qui assumait la paternité.

La marquise est décédée en 1764. Parmi les cadeaux royaux qu’elle posséda, il y eut le Petit Trianon, et le Palais de l’Elysée anciennement Hôtel d’Évreux. Le roi fut vraiment triste à l’annonce de son décès.

Madame du Barry, était une libertine. Elle sera présentée au roi par son valet de chambre du roi, un homme en qui il avait confiance. Louis en tombe amoureux, la marie à un comte pour qu’elle ait un titre, et la présente à la Cour en 1769. Elle devient sa favorite . Sa venue n’a pas arrangé la réputation du roi. cela l’a même discréditer aux yeux de beaucoup. Leur liaison fera l’objet de scandales. A l’inverse de Mme de Pompadour, elle ne se mêlera jamais de politique. Une des filles du roi fut tellement offusquée de cette liaison qu’elle entrera au Couvent et quittera la Cour pour toujours. La comtesse et le roi vont s’étourdir dans des fêtes somptueuses alors que le pays déclinait. Louis n’était plus le Bien Aimé et il mourra Bien Haï . La comtesse fut chassée de Versailles. Elle mourra guillotinée par le tribunal révolutionnaire en 1793

« Madame Du Barry  » 1772 Hubert DROUAIS (Château de Versailles)

En dehors de ses obligations de roi, Louis XV s’est passionné pour de nombreuses choses : les sciences, l’astronomie, la botanique, les expérimentations, la technologie, la médecine, la cartographie, la géographie, la littérature, la chasse, les expéditions maritimes, et l’art (pictural, architectural, sculptural, mobilier. Par contre, pas trop la danse ou la musique comme son arrière grand-père.

Féru de botanique, il demandera , en 1759, à Claude Richard (jardinier) et Bernard de Jussieu (botaniste scientifique) de s’occuper d’un jardin expérimental au Petit Trianon. Il sera créé non loin du potager et du jardin floral. C’est ainsi que plus de 4000 espèces ramenées des expéditions lointaines dans des pays étrangers (vanilliers, cacaoyers, haricots sucrés dits le gros pelé , un grand nombre de fleurs exotiques etc…) vont se retrouver dans des serres construites pour les recevoir. Ce jardin sera réputé dans toute l’Europe pour sa beauté, et fera la fierté du roi . De nombreux chênes, châtaigniers et hêtres seront également plantés. On persévèrera dans la culture de la pomme de terre.

Ce lieu a disparu de nos jours car Marie-Antoinette souhaitera avoir son propre jardin anglais. Lorsque Louis XVI fera cadeau du Petit Trianon à son épouse, elle n’aura aucun scrupule à faire détruire ce merveilleux endroit conçu et tant affectionné par Louis XV. Toutes les différentes espèces exotiques furent alors envoyées au Jardin des Plantes à Paris.

« Louis XV visitant ses jardins à Trianon  » 1750 – Illustration par Jacques André PORTAIL vers 1750 ( Château de Versailles)
 » L’ananas en pot  » 1733 Jean-Baptiste OUDRY (Château de Versailles)

Pour l’anatomie et la chirurgie, et à sa demande, il fut initié en cela par La Peyronie qui était son propre chirurgien. C’est sous son règne que fut créée l’Académie royale de chirurgie, ainsi qu’une école de chirurgie en 1769. Il visita avec intérêt l’Observatoire de Paris et des astronomes assez connus de l’époque lui donnèrent des leçons. A sa demande certains scientifiques organisèrent des démonstrations à la Cour.

Sa grande passion pour l’astronomie va le pousser à faire retirer toutes les peintures et bronzes ayant appartenus à son aïeul pour pouvoir placer de nombreux instruments scientifiques qui le passionnaient et qui seront installés sur trois étages du château. De plus, le cabinet des médailles deviendra un laboratoire d’électricité.

« Pendule astronomique » de Louis Siméon PASSEMANT – Louis DAUTHIAU – Jacques & Louis CAFFIÉRI – (Château de Versailles) – Elle dispose de cinq pendules en une, un planétaire indiquant la position des astres autour du soleil . Elle a été restaurée en 2021 grâce au mécénat de la Maison Rollex France)
« Microscope tripode » Claude-Siméon PASSEMANT 1750 env. (Château de Versailles) – Cette pièce fut réalisée en collaboration avec Jacques & Philippe CAFFIÉRI (sculpteurs)
« Pendule en ivoire tournée par le roi  » Vers 1770 – Jean-François LÉPINE (Château de Versailles)

J’ai parlé de la chasse. Elle a été très prisée par les rois de France. Louis XV n’y échappera pas et on peut affirmer qu’il a été le roi le plus passionné par cet exercice avec François Ier et Charles IX. La chasse a représenté son activité physique principale, plusieurs fois par semaine ! Plus qu’une activité, ce fut une passion. Certainement pas un divertissement. Dès l’âge de six ans, on l’a initié à différentes sortes de chasses. Ce qu’il préférait c’était la chasse à courre et à tir. Compte tenu du fait qu’il avait de très nombreux équipages, il pouvait donc s’adonner à sa passion plusieurs fois par jour et il l’a fait jusqu’à la fin de sa vie.

Il ne se contentait pas de pratiquer : la chasse faisait aussi partie de la décoration de ses appartements. Nombreux sont les tableaux qu’il a commandés avec pour sujets des scènes s’y référant, des portraits des chiens qu’il affectionnait dans la meute qui l’accompagnait, des cartes précisant les endroits les plus prisés pour son activité favorite.

« Louis XV à cheval » 1769 Jean-Baptiste LEMOYNE (Musée des Beaux Arts de Bordeaux)
 » La chasse du lion  » Jean-François De TROY ( Musée des Beaux Arts d’Amiens)
« Ours de Pologne arrêté par les chiens de forte race » 1757 Jean-Jacques BACHELIER (Musée des Beaux Arts d’Amiens)
 » Le cerf qui tient aux chiens sur les rochers de Franchard  » 1737 Jean Baptiste OUDRY (Musée des Arts décoratifs/Paris)

Louis XV a, par ailleurs, beaucoup aimé l’art qu’il soit pictural, architectural, sculptural, le mobilier aussi. Avec ce roi s’épanouira l’art rocaille (né à la fin du règne de Louis XIV) dont le style offre des lignes en spirales, en courbes, en arabesques, des ornements semblables à des coquillages, des éléments floraux, des animaux exotiques. C’est très lumineux, raffiné, rayonnant, élégant et plus qu’un style cela deviendra vraiment un art de vivre. Il prendra fin à sa mort.

« Commode de la chambre de Louis XV » 1739 – Jacques CAFFIÉRI (The Wallace collection/Londres)

L’art c’est quelque chose que Louis XV a aimé faire partager à la Cour, laquelle était souvent invitée à venir admirer les merveilleuses productions de la Manufacture de Sèvres, des Gobelins ou de la Savonnerie. Par ailleurs , il passait ces commandes de pièces exceptionnelles à différents artistes et dont certaines font partie de l’expo. Avec lui les collections royales, déjà somptueuses, se sont encore enrichies non seulement en tableaux , en sculptures intérieures mais groupes sculptés dans les jardins et fontaines de Versailles, en mobilier aussi, en vaisselle de porcelaine. Il fait reconstituer le service d’or que Louis XIV avait fait fondre.

 » Vases symbolisant l’eau et le feu et vase au médaillon de Louis XV  » Johan Joachim KAENDLER (Staat

Louis XV tomba très malade lorsqu’il se trouvait à Trianon en compagnie de Madame du Barry. Son état va s’aggraver et son médecin lui dira Sire, c’est à Versailles qu’il faut être malade  » … Le roi sera donc transféré dans la chambre de son petit appartement au château et non dans sa chambre officielle. Là le diagnostic tomba : il était atteint de la petite vérole( variole) . Pour éviter la contagion, toute sa famille sera éloignée . Il demanda à être confessé, exprima ses regrets d’avoir offensé Dieu et son peuple, et exprima son désir de recevoir la communion (chose qu’il n’avait plus fait depuis de longues années). Il meurt en 1774 – Son corps reposa en la cathédrale Saint-Denis, mais fut profané en 1793.

 » L’exposition présente en final  » Après nous le déluge  » un ensemble de 20 fontaines, en porcelaine, bronze doré, miroirs, réalisé en 2022 par le Collectif LIGNEREUX , spécialement pour l’exposition. « Après nous le déluge » ou plus exactement  » Il ne faut point s’affliger, vous tomberiez malade. Après nous le déluge « , serait une phrase déjà utilisée par le passé, mais prononcée par Madame de Pompadour lorsque le roi vint la voir un jour complètement accablé par la défaite de ses armées en Allemagne. Elle tentait de le consoler en prononçant ses mots. Le roi la reprendra (Après moi le déluge) en parlant de ce qui lui succèdera et particulièrement de l’héritier Louis XVI.

Yves KLEIN, intime …

 » Nous deviendrons tous des hommes aériens ;  nous connaîtrons la force de l’abstraction vers le haut, vers l’espace, vers le vide, et en même temps le TOUT. Lorsque les forces de l’attraction terrestre auront été dominées, nous léviterons vers une liberté physique et spirituelle. »

 » Je veux créer des oeuvres qui soient nature et esprit. Les couleurs, l’époque bleu qui suivra ensuite ont été pour moi le comble de la liberté dans l’art de peindre, et je me rends compte que cette liberté n’est finalement qu’un intervalle, une frontière parce que je rentre, à nouveau, dans un autre monde, un autre pays, un autre royaume qui ne m’est pas totalement inconnu mais qui existe bien !  »   

 » Mes tableaux ne sont que les cendres de mon art . »

Yves KLEIN

 » Rouleau à peindre « 1957 Yves KLEIN ( Sucession Yves Klein c/o ADAGP/Paris) –  » Déjà autrefois, j’avais refusé le pinceau, trop psychologique, pour peindre avec le rouleau, plus anonyme, et ainsi tâcher de créer une « distance », tout au moins intellectuelle, constante, entre la toile et moi, pendant l’exécution… » Yves Klein – Extrait de son ouvrage  « Le vrai devient réalité », en 1960

L’Hôtel de Caumont à Aix-en-Provence, en collaboration avec les Archives Yves Klein, va voir la vie en bleu jusqu’au 26.3.2023 au travers d’une exposition   intitulée Yves KLEIN-INTIME-se référant, comme son nom l’indique, à un grand artiste célèbre du XXe siècle, un autodidacte, pionnier de l’art contemporain, plasticien, inventeur, entre autres,  du Monochrome et du bleu I.B.K. , le précurseur du body art avec ses Corps Pinceaux.

C’est vrai que de nombreuses rétrospectives lui ont déjà été consacrées. Celle-ci s’attache plus particulièrement à sa vie personnelle, sa famille, ses origines, ses amis, ses liens avec les galéristes, avec d’autres artistes, sa vision de l’art, ses réflexions intellectuelles, sa spiritualité etc… Une occasion magnifique de revenir sur cet artiste assez génial mort très jeune à 34 ans ( lui qui disait vouloir passer dans l’au-delà à l’âge de Christ : 33 ans ….) – Une soixantaine de oeuvres sont présentées. Une grande partie de lui, mais également d’autres artistes

Huit ans d’une carrière fulgurante dans laquelle il a réussi, en peu de temps, à s’imposer avec une œuvre riche, prolifique, dense, visionnaire, qui l’a fait entrer dans la légende, mais qui malheureusement, vu sa durée de vie, ne lui aura pas permis de poursuivre et développer tous les projets qu’il avait encore dans sa tête.

Yves Klein a été, avec l’historien et critique d’art français Pierre Restany, le fondateur du Nouveau Réalisme  un mouvement proclamé par un manifeste signé en 1960 par différents artistes aux personnalités diverses mais ayant tous une vision nouvelle de l’art comme ils l’avaient eux-mêmes : Spoeri, Arman, Dufresne, César, Rotella, Deschamps, Niki de Saint Phalle et Tinguely ( ce dernier fut l’ami intime, celui avec lequel il a parfois travailler de concert, avec lequel il a partagé des expos sur leurs oeuvres communes)

Yves KLEIN et Pierre RESTANY
Yves KLEIN et Pierre RESTANY
YVES KLEIN ET JEAN TIGUELY
Yves KLEIN et Jean TINGUELY

Il fut un innovateur qui a tout englobé : la peinture, la sculpture, l’architecture, l’écriture théorique, le théâtre et la performance ; un artiste contemporain de l’extrême, un radical en quête d’absolu, un théoricien qui a cherché à expliquer que l’essentiel dans la peinture c’était ce qu’elle revêtait d’invisible. On pourrait penser que son travail a eu des points communs avec le Pop Art sauf qu’il y a une petite différence dans le sens où son œuvre ne fait pas l’éloge ou la critique de la société de consommation, mais qu’elle est plutôt à la recherche d’un idéal …. d’un absolu. Yves Klein a toujours été à la recherche de l’absolu. Pour lui il sera le ciel, l’espace, le cosmos dans lequel il voulait voler, léviter, et cet absolu va prendre la forme d’une couleur : le bleu, un bleu qui le portera vers l’immatérialité et le vide.

Sa vie a été basée sur le mystique. Elle fut ponctuée de phases entre religion et méditation. Il a fortement cru aux forces de l’au-delà, celles qui dépassent l’homme. Il s’est vu comme le chef d’orchestre de ces forces qui l’ont tant fasciné et qu’il a tenté de dominer. Il a nourri son travail de tous les enseignements importants et les passions qui ont traversé sa vie : – la lecture des traités d’astronomie comme celui particulièrement de Camille Flammarion qui fut son livre de chevet – la lecture de Max Heindel avec notamment son ouvrage La Cosmogénie de la Rose Croix, chef-d’oeuvre de la littérature mystique et qui a été pour lui un élément d’études et de recherches – la lecture du philosophe Gaston Bachelard au travers de son livre Les Songes, offert par sa mère et qui faisait écho à ses pensées.

Yves Klein est né en 1928 à Nice. Son père Fred est un hollandais d’origine indonésienne, peintre figuratif plutôt doué pour la couleur. Sa mère, Marie, est née à la Colle-sur-Loup , une passionnée de  yoga et peintre abstraite très portée pour la lumière. Elle a obtenu le Prix Kandinsky en 1949. En conséquence de quoi, il a baigné très tôt dans la vie de bohème et l’art pictural de ces deux artistes –  » le goût de la peinture m’est venu au biberon   » disait il, tout en affirmant aussi  » que le fait que mon père et ma mère soient peintres m’agaçait » …

Il a grandi à Nice et a fait des études pour devenir officier dans la marine marchande. Compte tenu du fait que ses parents étaient souvent absents, il fut confié de nombreuses fois aux bons soins de sa grand-mère mais souvent à ceux de sa tante Rose (à la Colle-sur-Loup)   qui n’a pas d’enfant et va le considérer comme le sien, le choyer, l’adorer et l’aider financièrement. Il entretiendra toute sa vie une correspondance assidue avec elle.

YVES KLEIN SA GRAND MERE ET SA TANTE
Yves KLEIN sa grand-mère et tante Rose

En tant que peintre la couleur pour lui ce sera le BLEU  » Jamais pour la ligne on a pu créer, dans la peinture, une quatrième dimension. Seule la couleur a réussi cet exploit. Ma monochromie est la seule manière physique de peindre et d’atteindre l’absolu spirituel. » – Le bleu des ciels de Giotto découverts en Italie et auquel il assimile une certaine spiritualité , le bleu du ciel, le bleu révolutionnaire, le bleu de la sensibilité et que jamais il n’a trouvé monotone. Au départ en 1955, il peindra des monochromes de différentes couleurs qu’il signe  » Yves le monochrome « . A partir de 1957, il ne se consacrera qu’à un seul ton  : le bleu-outremer.

Ce bleu  si particulier fut mis au point en 1827/28 par un chimiste français Jean-Baptiste Guimet ( en fait ce dernier a créé un bleu-outremer artificiel qui coûtait moins cher que ce qui se faisait auparavant et que bien des artistes vont utiliser ) .Ce n’est donc pas Yves Klein qui l’a inventé. Par contre, cela lui prendra des années pour arriver à créer un liant composé d’un mélange de pigments, de rhodopas ( une résine) , d’alcool éthylique et d’acétone qui permettra au bleu de ne jamais plus s’assombrir lorsqu’on le mélange et qui gardera donc sa couleur intacte, lumineuse et pure de bleu-outremer, tout en apportant un bel équilibre entre le mât et le brillant.  Il réalisera ce travail avec la collaboration du marchand de couleurs Edouard Adam. Une fois l’idée trouvée, elle fut déposée à l’Institut de la propriété industrielle, sous la forme d’enveloppe Soleau ( moyen simple et rapide de protéger un droit d’auteur) valable cinq ans parce qu’il n’avait pas inventé la couleur mais le liant. C’est la naissance de ce colori mythique qui reste sa propriété : BLEU I.B.K. N°1311 INTERNATIONAL BLEU KLEIN qui va être la clé, le sésame, la formule magique de son travail et lui permettra d’accéder à ce monde parallèle auquel il aspire.

KLEIN IBK 191 MONOCHROME BLEU
Monochrome bleu 191
« Jonathan Swift  » 1960 env. Sucession Yves Klein c/o ADAGP/Paris)
 » Assiette bleue  » sans titre – 1959 env. Yves KLEIN (Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris )
« Éponge bleue  » sans titre – 1961 – Sucession Yves Klein c/o ADAGP/Paris)
 » Héléna  » 1960 Yves KLEIN Sucession Yves Klein c/o ADAGP/Paris)

Si les premiers Monochromes multicolores n’ont pas vraiment accroché , les bleus par contre vont vivement enthousiasmer, toucher, voire même captiver le public et la critique. Le support de ces toiles est en bois, contreplaqué ou isorel, recouvert d’une toile de coton fin. Son outil : le plus fréquemment le rouleau, mais le pinceau aussi. Lorsque les rouleaux sont vieux ou trop imprégnés, il en change,  et des anciens fait des sculptures ou des assemblages ! De ce bleu naîtront aussi les Éponges en 1957/58 ( et qu’il travaillera jusqu’à sa mort quasiment). Les premières étaient une commande du Théâtre de Gelsenkirchen pour lequel il avait travaillé sur des sortes de fresques murales qui incarnaient  bien l’imprégnation de son bleu IBK . Lorsqu’il était  présent dans certaines de ses expositions, il demandait  au public de  » s’imprégner  » de son bleu un peu  » comme des éponges  » pour mieux comprendre son travail : la matière concrète devient une métaphore !

Il y aura aussi les Moulages en Bleu : cela va du moulage d’oeuvres du passé comme la Vénus de Milo recouverte de bleu ou bien des moulages de personnes vivantes.

 » Portrait de Claude Pascal  » 1962 (Succession Yves Klein c/o ADAGP/Paris)
Avec Claude Pascal pour la réalisation de la sculpture ci-dessus
KLEIN ARMAN EN BLEU
 » ARMAN  en bleu  » – Yves KLEIN – (Il s’agit là d’un portrait en relief créé en 1962 de son ami le sculpteur Arman. Corps moulé en plâtre recouvert de pigments bleus sur un panneau or (Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris )

L.OR et les MONOGOLDS 

La rencontre avec  » l’or  » s’est faite en 1949 chez un encadreur qui va lui apprendre les techniques de la dorure. Et l’or deviendra alors pour lui solaire, lumineux, merveilleux, une fascination qui permettra de donner  » la vie éternelle  » à ses oeuvres. Il lui faudra une bonne dizaine d’années pour réaliser ses fameux Monogolds qui traduisent le passage du  » visible  » à  » l’invisible  » , la transition entre le  » corporel  » et le  » spirituel » qui jusque là avaient été thésorisés par le bleu. Il y a eu aussi les Monogolds relief faits à partir de feuilles d’or à l’état pur, lissées sur bois ou toiles ou les Monogolds lunaires avec des petits cratères.

KLEIN MONOGOLD OR
 » Monogold or  » – 1959 Yves KLEINMonogold. Yves Klein
Feuilles d’or sur panneau 92 x 73 cm –(Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris )

Les ANTHROPOMÉTRIES 

C’est Pierre Restany qui trouve ce terme venant du grec anthropo : homme et métrie : mesure. Cela lui a semblé tout à fait approprié à la technique utilisée par Yves Klein . La première fois qu’il a exécuté ce type de tableau c’était en 1960 à la galerie d’Art contemporain Arquian de Paris. Un public se trouvait là, mais aussi des critiques, des collectionneurs et un orchestre …. Pourquoi un orchestre ? Tout simplement parce qu’il réalisa son travail en étant accompagné par la Symphonie Monoton ( une oeuvre de sa composition et datant de 1947) un peu dans le style de John Cage.  Cette symphonie c’est en gros vingt minutes durant l’orchestre ne tient qu’une seule note : le Ré , puis vient un silence. C’est Philippe Blanchette son ami, chef et musicien, qui la dirigera ce jour-là.

KLEIN PINCEAUX VIVANTS

Klein a toujours eu un rapport un peu spécial avec le corps humain qui pour lui. Il a utilisé des corps masculins, souvent féminins, des couples voire même des groupes. Des modèles qui devenaient des sortes de  » pinceaux vivants  » . Les corps étaient enduits de peinture bleue. Ils se plaquaient sur des plaques à même le sol pour obtenir les oeuvres qu’il souhaitait.  Il dirigeait leurs mouvements, leurs placements, leurs déplacements. Pas de mains, pas de cheveux qui, d’après lui,  » aurait donné un humanisme choquant aux compositions qu’il recherchait  » . Juste le corps : le tronc et les cuisses parce que c’est là que se trouvait «  l’univers réel caché par l’univers de la perception  » .

 » Anthropométrie sans titre  » (Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris )

La toute première  fut or sur fond noir, les autres plus généralement en bleu,  mais elles le seront également en rose et en or. Pour ce qui est des Anthropométries dorées c’est la référence de Klein à Baudelaire dans Les Fleurs du mal : «  la chair spirituelle qui a le parfum des anges «  …

Il a déposé un brevet d’invention cette fois pour ses pinceaux vivants en 1960  sous le titre :  » Procédé de décoration ou intégration architectural et produits obtenus par l’application dudit procédé « .

BLEU – OR – ROSE  » LA TRINITÉ PICTURALE « 

Référence à la religion qui a toujours été pour lui très importante.  » Le peintre, comme le Christ, dit la messe en peignant. Il réalise le mystère de la Cène dans chaque tableau  » disait-il. Comme il y eut le Père, le Fils et le Saint Esprit, chez Klein il y aura  le bleu, l’or et le rose, son triptyque à lui, sa Trinité chromatique. Le bleu représente le créateur céleste, l’or le spirituel, le rose l’incarnateur. Cette oeuvre qui rassemblera ces trois couleurs prendra la forme d’un ex-voto qui sera offert à Sainte Rita de Cascia en Italie. Sainte Rita béatifiée en 1628, canonisée en 1900 par le pape Léon XIII, la mère des causes désespérées. Klein expliquera s’est très souvent rendu en la chapelle Sainte Rita à Nice avec sa tante Rose et sa grand mère enfant, et adulte au monastère de la sainte à Cascia.

Il s’agit d’une boite en plexiglas transparent avec trois compartiments dans laquelle il y a du pigment rose (Monopink), du bleu IBK, et des feuilles d’or Monogold. Dans la partie inférieure de la boite, se trouve un tiroir où il a déposé des petits lingots d’or sur un lit bleu avec un texte écrit de sa main : «  Le bleu, l’or , le rose, l’immatériel, le vide, l’architecture de l’air, l’urbanisme de l’air, la climatisation des grands espaces géographiques pour un retour à la vie humaine dans la nature à l’état de légende. Les trois petits lingots d’or sont le produit de ma première vente des  » Zones de sensibilité . Yves Klein  » – Il arrive que cet ex-voto soit prêté dans le cadre d’expositions importantes concernant le peintre.

EX VOTO YVES KLEIN
EX-VOTO Yves KLEIN

LES PEINTURES DE FEU 

Un procédé qui n’était pas nouveau puisqu’un certain Buri l’avait expérimenté avant lui sur ses oeuvres.  Ces Peintures de feu traduisent l’influence que le philosophe Gaston Bachelard a eu sur son travail. La première sera réalisée en 1957 à la galerie Allendy de Paris : le soir du vernissage, dans le jardin, devant un public complètement ébahi par ceà quoi il allait assister, il a approché une allumette de l’une de ses toiles, lequel s’est enflammé. Il l’a appelé Tableau de feu en une minute.

Dans sa recherche du  » dépassement de soi  » il a voulu aller plus loin, et pour ce faire à remplacer l’allumette avec un bec de gaz ( plus ou moins long, c’est selon) afin d’obtenir des toiles originales et spectaculaires. Une façon de faire somme toute assez dangereuse parce qu’il risquait non seulement de se brûler mais d’anéantir également son travail.

En 1961 il se rend au centre d’essai Gaz de France pour une expérimentation : lui en costume-cravate  avec son bec de gaz à la main. La toile reçoit de l’eau, il dirige le lance-flamme en direction de la toile et l’action combinée eau-feu donne des motifs divers ressemblant à des sortes de fantômes ou silhouettes auréolées.  Il aurait voulu poursuivre avec des femmes nues imprégnées de peinture posées sur la toile. Une fois le tableau imprimé, il devait le transformer avec un contour brûlé. Le centre Gaz de France refuse et le congédie … Qu’importe, il continuera ailleurs ce travail et l’intitulera les Cendres de l’art.

YVES KLEIN PEINTURE DE FEU
YVES KLEIN PEINTURE DE FEU 1961
 » Peinture de feu  » – 1961 – Yves KLEIN
 » Carton brûlé  » 1961 Yves KLEIN ((Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris )
bleu troué par le feu  » 1957 – Yves KLEIN Sucession Yves Klein c/o ADAGP/Paris)

LES COSMOGONIES – ARCHITECTURES DE L.AIR 

C’est la capture des traces venues des éléments de la nature à savoir l’air, le vent, la pluie. C’est le monde qui entoure le corps. Pour ce faire, il faisait se balancer des tiges imprégnées de peintures bleue à l’air du vent et au contact de ce souffle, elles s’inscrivaient sur la toile. Il peint aussi des toiles en bleu, les dépose à l’extérieur au contact de la pluie et lorsque les gouttes tombent, elles forment des petites éclaboussures qui pour lui sont similaires aux étoiles du cosmos.

KLEIN 1969 COSMOGONIE DE L.ORAGE.jpg
 » Cosmogonie de l’orage  » 1969 – Yves KLEIN

Yves Klein a été marié à Rotraut Uecker  rencontrée en 1957 – Elle a 20 ans à peine, lui 29. Elle vient d’Allemagne de l’Est pour être la nounou des enfants du sculpteur Arman. Entre eux c’est le coup de foudre immédiat, l’amour passionné, intense, fusionnel. Elle est sa muse, son assistante, son modèle, celle qui va le soutenir, le comprendre, l’épauler, collaborer. Il l’épouse en 1962 en l’église St Nicolas des Champs à Paris sous une haie d’honneur composée par les chevaliers de l’ordre de St Sébastien auquel il appartient. Ils auront il fils, Yves, qui naîtra 2 mois après le décès de son père.

Rotraut se remariera six ans plus tard avec un comédien et n’aura cesse de veiller sur l’oeuvre de son ex-mari.

Yves KLEIN et Rotraut
Yves KLEIN & Rotraut

Yves Klein est mort d’une crise cardiaque en 1962 – Il est enterré au cimetière de la Colle-sur-Loup dans les Alpes Maritimes.

Il restera un artiste très particulier, une personnalité marquante et controversée. On a souvent dit de lui qu’il fut un  » peintre mégalo  » ce qu’il a été … Il a parfaitement su se mettre en scène,  et à chaque fois qu’il l’a fait, les médias n’étaient pas loin. Il a toujours cherché à s’expliquer, se justifier , revendiquer le fait qu’il était animé par des motivations artistiques authentiques. Il n’a pas toujours été compris, mais la plupart du temps, il  finissait par séduire, y compris les plus septiques. Il y aura des artistes, des historiens de l’art, des collectionneurs qui seront sensibles à sa pensée, à son travail, à ses idées, lui  qui fut tellement en avance sur son temps ! Nombreuses seront les expos et rétrospectives le concernant. Si sa côte a baissé durant un certain temps, elle a nettement remonté depuis les années 2000.

YVES KLEIN ANTHROPOMETRIE 102 ARCHITECTURE DE L.AIR
 » Anthropométrie 102 – La climatisation de l’atmosphère à la surface de notre globe  – Yves KLEIN (  » La conclusion technique et scientifique de notre civilisation est enfouie dans les entrailles de la terre et assure le confort par le contrôle absolu du climat à la surface de tous les continents devenus vastes salles de séjour communes….C’est une sorte de retour à l’Éden de la légende ( 1951) … Avènement d’une société nouvelle destinée à subir les métamorphoses profondes dans sa condition même.Disparition de l’intimité personnelle et familiale. Développement d’une ontologie impersonnelle. La volonté de l’homme peut enfin régler la vie au niveau d’un  » merveilleux  » constant. L’homme libre l’est à tel point qu’il peut même léviter ! Occupation : les loisirs… Les obstacles , autrefois subis dans l’architecture traditionnelle, son éliminés. Soins du corps par des méthodes nouvelles telles  » le lit d’air « .  »

Rosa BONHEUR (1822/1899)

« Je me lève tôt, je me couche tard. Le matin de bonne heure, je fais un tour de jardin avec mon chien, puis une promenade en poney dans la forêt de Fontainebleau. A 9 heures, je suis assise devant mon chevalet, et je travaille jusqu’à onze heures et demi. Puis, je déjeune assez simplement, je fume , je jette un coup d’œil sur les journaux. Je reprends mes pinceaux à une heure. A cinq heures, nouvelle excursion car j’adore voir le soleil se coucher derrière les grands arbres. Mon dîner est aussi modeste que mon déjeuner. Je finis ma journée par une lecture et de préférence je lis des livres de voyages, de chasse et d’histoire. »

 » les animaux ont tout compris des hommes. Les hommes n’ont rien compris aux animaux. »

 » L’art est un tyran. Cela demande du cœur, du cerveau, de l’âme, du corps. J’ai épousé l’art. C’est mon mari, mon monde, mon rêve de vie, l’air que je respire. Je ne sais rien faire d’autre, je ne ressens rien d’autre, je ne pense à rien d’autre.

Rosa BONHEUR : dessinatrice, pastelliste, peintre, sculpteur, photographe aussi (elle avait un laboratoire chez elle).

 » Portrait de Rosa Bonheur  » 1857 – Edouard DUBUFE

Rétrospective d’importance au Musée d’Orsay en cet automne 2022, en collaboration avec le Musée des Beaux Arts de Bordeaux, et en partenariat avec le Musée départemental de Barbizon, et le Musée-Château Rosa Bonheur de Tomery. Tous sont réunis pour fêter l’anniversaire de la naissance d’une peintre talentueuse, originale, assez fascinante, pragmatique, ambitieuse, perfectionniste, exigeante, novatrice, anticonformiste, indépendante, libre, la première femme artiste à avoir reçu la légion d’honneur (de la part de l’impératrice Eugénie qui se dérangera dans son atelier pour la lui remettre ! ) , je veux parler de Rosa BONHEUR (1822-1899) – Jusqu’au 15.1.2023

A notre époque, on voit en elle une icône de l’émancipation des femmes. Certes, elle fut une féministe avec un caractère bien trempé, mais pas attention : pas une militante . Pour elle, être féministe c’était surtout montrer que l’on peut être l’égale d’un homme particulièrement en tant qu’artiste. Elle n’a jamais voulu être une femme soumise, a très tôt exprimé le souhait de gagner beaucoup d’argent , d’être connue et de rester indépendante.

Elle a eu une grande maîtrise technique, et nous a laissé une œuvre abondante, réaliste, expressive, de qualité, profonde, puissante, psychologique, riche. 200 pièces sont présentées dans l’expo entre les peintures, les arts graphiques, les sculptures, les photographies, le tout venu de grandes institutions muséales et de collections particulières.

Elle fut une star à son époque, a connu le succès de son vivant, a vendu un nombre incroyable de tableaux ce qui lui a permis de vivre très confortablement. Pourtant un jour elle sera oubliée et beaucoup la méconnaissent encore aujourd’hui.

Rosa Bonheur n’a eu cesse de s’intéresser à la flore, à la nature, mais surtout au monde animal, de l’observer attentivement, de l’étudier, que ce soit chez elle ou lors de ses voyages en France et à l’étranger . Elle a eu jusqu’à environ 200 animaux, si ce n’est pas plus : dans sa propriété de By, tout près de la forêt de Fontainebleau où elle avait une ménagerie assez conséquente : ânes, moutons, faisans, un aigle, taureaux, perroquets, vaches, chevaux, chiens, chats, lapins etc… les animaux de la forêt qui  » venaient lui rendre visite  » : cerfs, biches, loups, chamois, chevreuils, sangliers etc … et ceux qu’on lui offrait ou qu’elle accueillait à savoir des fauves (son intérêt pour eux a commencé durant la guerre franco-prussienne) – D’ailleurs elle a eu personnellement une lionne, Pierrette. Elle a vraiment cohabiter avec eux.

Le monde animalier fut une véritable passion, une curiosité insatiable et elle a toujours crié haut et fort qu’elle préférait nettement plus la compagnie de tous ces animaux à celles des hommes. C’est durant la guerre franco-prussienne qu’elle va porter un intérêt aux fauves.

« Sultan et Rosette – Les chiens des Czartoryski  » 1852 – Rosa BONHEUR – (Musée national de Varovie)
 » Chat sauvage  » 1850 Rosa BONHEUR (National Museum Stockholm°
 » L’aigle blessé  » 1870 env. (Musée du Comté d’art deLos Angeles )
 » Le bien aimé  » 1885 Rosa BONHEUR (Central Museum /Utrecht )
 » Le cerf  » 1893 Rosa BONHEUR ( National Gallery of Ireland/Dublin)
 » l’âne  » 1880 Rosa BONHEUR ( Musée d’art de Portland )
 » Renard  » – Rosa BONHEUR ( Musée des Beaux Arts de Bordeaux)
« Le Lion chez lui  » 1881 – Rosa BONHEUR ( Ferens Art Gallery)

Homosexuelle ou pas ? . Alors là autant le dire tout de suite, les discussions vont bon train entre celles et ceux qui l’affirment catégoriquement, et les autres qui disent le contraire. Quant aux spécialistes, leurs avis sont très partagés eux-aussi. Donc, résumons ce que nous savons : elle ne s’est pas mariée, n’a jamais parlé de sa sexualité sauf pour dire « qu’elle voulait rester vierge, indépendante, et ne se consacrer qu’à son art … et elle était convaincue, comme cela est écrit sur sa tombe au Cimetière du Père Lachaise que « l’amitié est une affection divine ».

Elle avait un côté assez masculin à savoir qu’elle fumait le cigare, montait à cheval comme un homme, avait les cheveux très courts et (comme George Sand) portait le pantalon. Compte tenu que ce dernier était interdit aux femmes, elle avait demandé une autorisation spéciale pour pouvoir le faire affirmant qu’elle était ainsi plus à l’aise pour se rendre à la foire aux bestiaux et dans les abattoirs pour ses études d’animaux

Sa façon de vivre ne correspondait pas aux normes de l’époque : elle habitait avec son amie d’enfance Nathalie , ce qui a laissé la porte ouverte à bien des suppositions d’autant qu’elle disait si Nathalie avait été un homme, je l’aurais épousée , mais curieusement il n’y a aucune trace de scandale connu face à cette situation. Elle affirmait vouloir vivre comme elle l’entendait, avec Nathalie et la mère de cette dernière, que ces deux femmes lui avaient apporté toute l’affection maternelle dont elle avait manqué et que, compte tenu, qu’elles s’occupaient de tout dans la maison, elles lui auront permis, des années durant, de pouvoir ne penser qu’à son art. Lorsque son amie décèdera, elle en sera profondément affectée, cessera de peindre parce qu’elle avait perdu toute inspiration.

Avec Nathalie

.

Et puis il y aura Anna Klumpke …. Après s’être rencontrées, elles vont beaucoup s’écrire, puis la peintre américaine viendra vivre huit mois chez Rosa pour faire son portrait. Après ce séjour, Rosa lui demandera de rester définitivement auprès d’elle. Si l’on s’en réfère à la biographie Rosa Bonheur, sa vie et son œuvre, rédigée à la première personne par Anna, publiée en 1908 et rééditée depuis, elles auraient eu une liaison professionnelle et amoureuse au grand dam de leurs familles.

Avec ANNA en 1898
 » Portrait de Rosa Bonheur  » 1898 – Anna KLUMPKE (Metropolitan Museum/New York)

Rosalie Bonheur ( dite Rosa en souvenir de sa mère qui l’appelait ainsi) est née à Bordeaux en 1812, fille d’un peintre, professeur de dessin. Il éduquera ses enfants de façon assez stricte, avec des règles de vie très rigides. Aînée d’une fratrie qui comptait deux garçons (Auguste et Isidore ) et une sœur (Juliette). En 1829 la famille part s’installer à Paris. Le père est un utopiste, un idéaliste, qui ne vit absolument pas dans la réalité, distribue le peu d’argent qu’il a aux pauvres, et, abandonne les siens pour aller se réfugier au Couvent des Simoniens. La famille se retrouve alors dans la misère et c’est la mère qui va se tuer au travail pour pouvoir nourrir ses enfants . Épuisée elle mourra jeune en 1833, et compte tenu de leur pauvreté, elle sera enterrée dans une fosse commune. Rosa n’acceptera jamais, par respect pour sa mère, le remariage de son père.

Les quatre enfants vont s’intéresser à l’art et leur père, lui même peintre et dessinateur, ne fera jamais rien pour les en empêcher. Au départ, il aurait voulu que Rosa entre au couvent et apprenne la couture, mais devant le talent précoce de sa fille, il va accepter d’être son professeur . Très jeune elle était capable de faire des portraits et des paysages avec une précision incroyable. En 1839, elle va décider de ne se consacrer qu’aux animaux.

Des petits d’abord, puis des plus gros. Lorsqu’on lui dira, un jour, qu’aucune femme n’avait su peindre des chevaux correctement, elle prendra la remarque au pied de la lettre et réalisera Le marché aux chevaux ( qu’elle considérait comme son grand chef-d’œuvre) prouvant à tous que l’affirmation était fausse et qu’une femme pouvait le faire et qui plus est, le faire en grand format ( cinq mètres de long ) !

 »Le marché aux chevaux  » 1855 – Rosa BONHEUR – ( National Gallery de Londres)

Première exposition à l’âge de 19 ans. Elle sera vivement appréciée, on la trouvera infiniment douée. Il faut dire que c’est une virtuose dans son domaine. A 27 ans, elle expose au Musée du Luxembourg. Elle va réussir à s’imposer dans un monde (la peinture) réputé masculin et machiste.

Sa carrière s’envolera avec son tableau Labourage nivernais commandé par l’État français après qu’elle eut obtenu une médaille d’or au Salon avec Bœufs et taureaux race du Cantal. Très tôt, elle se fera un nom, sera reconnue, recevra de nombreuses récompenses. Les marchands d’art et collectionneurs achèteront ses tableaux et du coup, son œuvre se diffusera à l’international.

« Labourage nivernais  » 1849 Rosa BONHEUR (Musée d’Orsay/Paris)

Elle a vendu vite et cher (ce qui était rare à l’époque) , ce qui lui aura permis d’avoir une situation financière agréable, de vivre confortablement et ne dépendre de personne.

Lorsque son amie Nathalie décèdera, après de nombreuses années de vie commune, elle a 60 ans et vie retranchée, inconsolable, dans sa maison. Jusqu’au jour où elle apprend que William Frederick Cody, alias Buffalo Bill, va venir en France avec son spectacle le Wild west show. Pour elle, c’est une occasion incroyable de le rencontrer et de voir des bisons, des chevaux de rodéo, des indiens, des cow-boys … Elle se rendra à Paris, le rencontrera, et fera un portrait de lui. Ils s’admirent beaucoup l’un et l’autre, échangeront sur la nature et l’art, et de leurs discussions naitra une profonde amitié.

C’est à cette occasion qu’elle rencontrera Anna Klumpke car la peintre américaine était du voyage et elle lui servait d’interprète pour converser avec Cody.

« William Frederick Cody, alias Buffalo Bill  » 1889 Rosa BONHEUR (Withney Gallery of Western Art Collection)

Elle est morte d’une congestion pulmonaire en 1899. Elle fut enterrée au Père Lachaise dans la concession de la famille Micas (son amie d’enfance) . Compte tenu qu’elle n’avait plus tellement de rapport avec ce qui lui restait de famille, elle laissera un testament affirmant qu’elle léguait tout ce qu’elle possédait à sa collègue-peintre, « sa sœur de pinceau » et amie Anna Klumpke et faisait d’elle sa légataire universelle.

Sa famille en sera complètement bouleversée par la nouvelle et intentera un procès. Les deux parties finiront par s’arranger : Anna garda la maison, et la famille récupèrera toutes les œuvres de Rosa. Dès lors, et peu de jours après, 2000 pièces furent vendues aux enchères. Anna va en racheter un grand nombre, mais beaucoup, malheureusement, quitteront la France. C’est la raison pour laquelle notre pays a si peu de tableaux de cette peintre dans nos musées, et, pourquoi les Etats-Unis, par exemple, en ont beaucoup.

Lorsque Anna Klumpke va mourir en 1942, ses cendres seront placées, à sa demande, dans le caveau de la famille Micas, aux côtés de Rosa, Nathalie et sa maman.

Sa maison , acquise en 1860 grâce la vente particulièrement intéressante de son tableau La foire aux chevaux, est désormais un musée (Château-musée Rosa Bonheur) – On peut y voir non certains de ses tableaux, mais également son atelier.

Cette exposition est vraiment intéressante car elle nous permet non seulement de comprendre l’évolution créative de Rosa Bonheur, mais également la place de la femme dans l’art ( ne pas oublier qu’elles ne seront admises à l’École des Beaux Arts qu’en 1897) et dans la société. Elle aborde aussi la question de la cause animale et la nature.

Rosa Bonheur a placé la peinture animalière au même niveau que la peinture d’histoire et elle a donné à tous ces animaux qui pour elle avaient une âme, l’attention, l’amour, l’ importance et la noblesse qu’ils méritent.

 » Moutons près de la mer  » – 1865 – Rosa BONHEUR ( Musée national des Beaux Arts / Washington)
 » Les lapins  » 1840 Rosa BONHEUR ( Musée des Beaux Arts de Bordeaux)
 » Les sangliers dans la neige  » 1870 – Rosa BONHEUR ( Cleveland Museum)
 » Veaux  » 1879 Rosa BONHEUR ( Metropolitan Museum/New York)
 » Sept études de têtes de chiens courant et un chien courant vu de dos  » Entre 1822 et 1899  » Rosa BONHEUR (Musée du château de Fontainebleau)

Frida KHALO – Au delà des apparences …

La photo, utilisée pour l’illustration de l’affiche, est un cliché de Toni FRISELL pour le magazine Vogue américain en 1937
Magdalena Frida Carmen KAHLO CALDERÓN dite Frida KAHLO 1907/1054 -Peintre mexicaine

Le Palais Galliera, à Paris, nous propose d’aller, du 15.9.2022 au 5.3.2023 /  » AU-DELA DES APPARENCES  » d’une artiste mexicaine très talentueuse, combattive, originale, excentrique, inventive : Frida KAHLO., d’entrer dans son intimité, dans sa façon de se vêtir, et d’essayer de comprendre comment elle a réussi à se construire une identité, car son style vestimentaire est porteur de beaucoup de sens, comme l’a été son art. Il exprime sa dualité, ses croyances, ses opinions politiques, ses racines, ses valeurs. Elle a vu la mode comme un moyen capable de lui donner la force mentale et émotionnelle dont elle a eu besoin pour surmonter ses problèmes physiques.

L’expo a été réalisée en collaboration avec le Musée Frida Kahlo de Mexico : 200 objets provenant de ce lieu qui fut le domicile de l’artiste à savoir La Casa azul . Un lieu où elle est née, où elle a grandi et où elle est morte , et qui désormais a été transformé en musée (inauguré en 1958). La plupart d’entre eux, vêtements ( (notamment ses robes traditionnelles Tehuana) , cosmétiques, parfums, boite à couture et médicaments, fioles d’onguents, médicaments, corsets et prothèses (décorés par elle), correspondances, et accessoires divers avaient été mis sous scellés par son époux Diego Rivera lorsqu’elle est décédée .

La Casa Azul – Désormais Musée Frida Kahlo

C’est son père qui avait fait construire la maison dans le village de Coyoacàn, près de Mexico en 1904 . Un lieu ravissant entouré de bougainvilliers et d’orangers, un lieu cher à son cœur qui sera racheté en 1929 par Diego Rivera . Il deviendra leur demeure, le refuge de Frida, le lieu de leur amour, celui de leurs séparations, de leurs retrouvailles. Après son divorce, elle va le redécorer à son goût. Elle aime y peindre, alitée ou attachée à un fauteuil roulant, et elle y mourra. C’est aussi l’endroit où sont venus se réfugier des artistes en exil, comme Trotsky qui restera deux ans là-bas avec son épouse. Frida et lui auront une liaison.

Frida Kahlo fut une existentialiste qui a transformé sa vie brisée par un accident et sa douleur, en art pictural. Un art dont elle fera une philosophie de vie. On a essayé de la classer parmi les artistes surréalistes, mais elle ne sera pas d’accord , préférant affirmer que son travail est le résultat de ce qu’elle vivait personnellement, de ses états d’âme, ses ressentis. Pour elle, la peinture sera un peu comme un journal intime, à la fois réaliste, drôle aussi parfois.

 » Certains critiques ont tenté de me classer parmi les surréalistes, mais je ne me considère pas comme telle. En fait, j’ignore si mes tableaux sont surréalistes ou pas, mais je sais qu’ils sont l’expression la plus franche de moi-même. Je déteste le surréalisme. Il m’apparait comme une manifestation décadente de l’art bourgeois. Une déviation de l’art véritable que les gens espèrent recevoir de l’artiste. J’aimerais que ma peinture et moi-même nous soyons dignes des gens auxquels j’appartiens et des idées qui me donnent de la force. J’aimerais que mon œuvre contribue à la lutte pour la paix et la liberté. «  Frida KAHLO (Peintre mexicaine – Extrait de son livre Lettres )

C’est en 1939 qu’elle se rend à Paris et rencontre les membres du mouvement surréaliste, invitée par la peintre, décoratrice , plasticienne Jacqueline Lamba et son premier mari André Breton. Elle fut l’amie de Frida et vivra, également, une courte liaison avec elle. Selon des accords préalables, André Breton devait préparer une expo pour elle, mais il ne le fera pas, ce qui va non seulement la vexer, mais attisera une vive colère vis-à-vis du mouvement surréaliste en général. Une colère très forte si l’on se réfère à ses paroles :  » Ces gens sont des putes, ils me font vomir, j’aimerai mieux rester assise par terre à vendre des tortillas sur le marché de Toluca plutôt que d’avoir à faire à ces salopes artistiques ! Ils s’assoient des heures dans des cafés à réchauffer leurs précieux derrières, et parlent sans arrêt de culture, d’art, de révolution. Ils se prennent pour les dieux du monde. Ils rêvent les idioties les plus fantastiques et empoisonnent l’air de théories qu’ils ne réalisent jamais. Le lendemain ils n’ont rien à manger à la maison vu que pas un seul ne travaille. Ils vivent comme des parasites, des merdes, rien que des merdes, c’est tout ce qu’ils sont » …

Et sa colère ne s’apaisera pas , même lorsque Marcel Duchamp organisera, enfin, pour elle, l’exposition qu’elle attendait. Cela se fera chez le galériste Pierre Colle. Malheureusement, Duchamp aura la maladresse de placer des objets mexicains que André Breton avait rapporté de ce pays. Ce qui va la vexer et la contrarier. Elle rentrera dans son pays où malheureusement elle apprendra une nouvelle infidélité de Diego. Divorce, suivi d’un remariage un an plus tard !

Une femme libre, rebelle, forte, effrontée, entière, avant-gardiste, visionnaire, qui va non seulement être peintre, mais qui a beaucoup aimé écrire aussi, lire également ( Proust, Bergson et de la poésie chinoise notamment) et portera une grande attention à des peintures comme Cranach, Botticelli ou Bruegel. Elle fut aussi une militante acharnée et une enseignante surnommée La Esmeralda par ses élèves . Elle donnait des cours à l’École de peinture et de sculpture du Ministère de l’Éducation nationale.  » Elle nous faisait percevoir et comprendre une certaine beauté du Mexique dont nous n’aurions pas pris conscience nous-mêmes » dira l’une d’entre elles. Trop fatiguée pour se rendre régulièrement dans cette école, elle continuera à donner des cours particuliers chez elle.

Elle est née officiellement en juillet 1907, mais elle affirmera toujours l’avoir été en juillet 1910. Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement parce que la seconde date correspondait à la révolution mexicaine. Frida fut infiniment patriote tout au long de sa vie ! Son père est germano-hongrois, et sa mère une indigène mexicaine. Elle a fait de ce métissage une force.

Elle a passé son enfance auprès de ses trois sœurs Matilde, Adriana et Cristina, élevée par une mère tyrannique et sujette à la dépression nerveuse. Dès qu’elle le peut, elle retrouve son père qui a un atelier de photographie en centre ville.

Frida et ses sœurs ( elle se trouve à l’extrême droite, debout)
 » Mes parents, mes grands-parents et moi  » 1936 – Frida KAHLO (Collections du Museum of Modern Art de New York)

Les souffrances de sa vie ont commencé très tôt. En effet, à l’âge de 6 ans, elle est touchée par la poliomyélite et perd partiellement non seulement l’usage de sa main droite, mais son pied cessera de grandir. Malgré ce handicap et les moqueries de ses petits camarades de classe, elle continuera d’être une brillante élève et intègrera des écoles réputées.

A 18 ans, sa vie va basculer dans un drame : lors d’une promenade avec son petit ami de l’époque, Alejandro, elle est victime d’un grave accident : le bus, dans lequel ils se trouvent, percute un tramway. Elle est grièvement blessée : colonne et jambes brisées, épaule démise, pied écrasé et , de plus, elle est empalée sur une barre de fer. S’ensuivront des mois d’hospitalisation, une trentaine d’interventions chirurgicales. Tout cela verra s’écrouler son rêve de devenir un jour médecin.

Elle va se retrouver enfermée dans un corset durant quasiment toute son existence. Fort heureusement, la peinture la sauvera. En effet, pour l’aider à surmonter tout ce qui lui arrivait, ses parents feront fabriquer un chevalet sur mesure qui lui permettra de pouvoir peindre en restant allongée. C’est dans l’art pictural qu’elle va pouvoir exprimer tous ses états d’âme , toutes ses souffrances, avec , notamment ses nombreux autoportraits, qui deviendront célèbres, permettant que l’on se souvienne d’elle, que l’on apprécie son travail et qui marqueront les mémoires de l’histoire de l’Art. On compte environ 50 d’autoportraits sur la totalité de ses 150 œuvres.

Dans ces tableaux elle s’est mise en scène, seule parfois, avec son double souvent, avec ses parents, ses grands-parents, lors d’évènements douloureux comme ses fausses-couches, en femme nourricière d’une plante sortant de son corps, en femme libérée après son divorce avec Rivera, avec un corset et un corps où sont plantés des clous référence à des saints martyrs, en cerf blessé par des flèches etc…

 » Autoportrait au collier d’épines  » 1940 Frida KAHLO (Humanities Research Center University à Austin )
« Les deux Fridas  » 1939 – (Museo nacional de Arte moderno à Mexico)
 » L’hôpital Henry Ford  » 1932 – Frida KAHLO (Collections du Museo Dolores Olmedo à Mexico)
 » Racines  » 1943 – Frida KAHLO (Collection particulière)
 » La colonne brisée  » 1944 – Frida KHALO ( Collections du Museo Dolores Olmedo à Mexico)

Son état s’améliorera un peu vers 1928. C’est aussi à cette époque qu’elle s’engagera dans le parti communiste mexicain. Elle n’a alors qu’un désir : c’est défendre le droit des femmes, leur émancipation, et la condition de vie des opprimés. Elle n’hésitera jamais à défendre sa bisexualité;

Côté vie privée, son grand amour sera le peintre Diego Rivera. Une relation qui ne sera pas un long fleuve tranquille, mais plutôt un va-et-vient incessant d’amour et de haine, car les infidélités réciproques seront légion. Elle fera deux fausses couches et comprendra qu’elle doit abandonner définitivement son désir d’être maman. Rivera restera son ami, son frère, ses parents, son amant, mais aussi, quelque part, ce fils qu’elle n’a jamais eu. Ils se marieront en 1940.

On les surnommera La colombe et l’éléphant . Elle dira les concernant :  »J’ai eu deux accidents dans ma vie, l’un c’est quand un tramway m’a écrasée et l’autre c’est Diego  » – Il s’étaient rencontrés lors d’une soirée organisée par une amie commune, communiste, qui recevait chez elle tout l’intellectuel engagé de Mexico. Connaissant la réputation picturale de Diego, Frida souhaitera avoir son avis sur son propre travail. Non seulement il va l’encourager, mais elle lui plait. Il a 22 ans de plus qu’elle et une sacrée réputation de coureur, de menteur, un homme sacrément intelligent et travailler acharné. Qu’importe les défauts, la passion les emporte.

Les premières années seront malgré tout assez heureuses. Ils ont en commun leur art, leur idéal politique dans le communisme et leur culture mexicaine. Mais les disputes, les déchirements et les infidélités de Diego vont aller crescendo. Ils divorceront mais sont incapables de vivre l’un sans l’autre, donc se remarieront.

Frida et Diego

C’est en voyageant beaucoup dans son pays qu’elle va développer son identité, ses racines, son origine métis, sa culture. Elle va s’inspirer du folklore du Mexique. C’est pour rendre hommage à tout cela qu’elle portera toute sa vie le fameux ensemble Tehuana (une blouse brodée-huipil- , jupe longue-enagua- , un châle à franges-le rebozo- et coiffe) dont on la voit parée dans ses tableaux. En s’habillant de la sorte, elle a voulu montrer que ses vêtements étaient porteurs des valeurs culturelles de son pays et quelque part c’était aussi pour elle une forme d’art.

Ce type de vêtements très « couleur locale » , et son œuvre , vont faire d’elle une emblématique, charismatique, peintre révolutionnaire mexicaine. C’est quelque chose qu’elle revendique pleinement  » J’espère être digne du peuple auquel j’appartiens. Je veux que mon œuvre soit une contribution à la lutte du peuple pour la paix et la liberté. S’habiller de la sorte lui plait, ce n’est en rien une frivolité, mais elle l’a fait aussi parce que Diego aimait les belles femmes Tehuana qui revendiquaient leurs origines mexicaines , leur émancipation, leur intelligence, leur fort caractère au travers de leurs vêtements.

Autant elle n’a jamais craint de faire des autoportraits où elle ne cachait rien de ses cicatrices corporelles, autant , avec ses larges tenues, elle a voulu aussi cacher son corps meurtri (dès l’enfance à cause de sa poliomyélite) et ce, tout en gardant une certaine part de féminité et coquetterie. Elle était coquette dans sa façon de se vêtir, avec des tissus très colorés qui rendaient ses ensembles assez heureux, cheveux tirés en arrière avec beaucoup de fleurs en couronne aussi, des bijoux imposants, des sourcils épais, une audacieuse moustache pour bien montrer qu’elle était tout autant à l’aise avec sa part féminine que masculine . Finalement, il fallait qu’on la reconnaisse ! De plus, la mode a été une façon de pouvoir s’exprimer (comme sa peinture) et elle a su parfaitement l’utiliser. . Elle aurait pu en choisir d’autres, mais vouloir des vêtements traditionnels mexicains, c’était aussi affirmer son identité, sa personnalité.

 » Ma robe est suspendue là-bas  » 1932/38 Frida KAHLO (Collection particulière)
 » Autoportrait ou Diego en pensée  » 1943 – Frida KAHLO (Collections de Jacques et Natasha Gelman à Mexico) – Elle a revêtu un  » resplandor  » qui est exclusivement porté par les femmes Tehuana du peuple Zapothèque
Frida portant le « Resplanor » et costume Tehuana 1940 env. Photo de Bernard SILBENSTEIN
« Tomicoton » en laine – broderies au point de croix – Frida KAHLO
 » Huipil « coton brodé & jupe imprimée – Frida KAHLO
 » Rebozo et Huipil  » de coton avec jupe en soie – Frida KAHLO
 » Manteau guatémalthèque sur Huipil mazatèque et jupe longue – Frida KHALO

Lorsqu’elle a été amputée en 1953, certes elle a beaucoup moins souffert physiquement parlant, mais c’est un acte chirurgical qui l’a profondément marqué, et elle en a fait une dépression nerveuse. C’est à partir de là qu’elle a dû porter une prothèse en forme de botte rouge, ainsi qu’un corset, les deux décorés par ses soins. Pour les rendre les plus agréables possible et quelque part moins contraignant à sa propre vue, elle peignait dessus pendant qu’elle les portait.

Corset en plâtre peint par Frida KHALO
 » Prothèse de jambe avec botte en cuir et soie brodée  » Frida KHALO (Musée Frida Khalo / Mexico)
Collier en perles de jade précolombien avec pendentif central sculpté en forme de poing – Frida KHALO (Musée Frida Khalo à Mexico)
Son surnom était « Xochiti » qui voulait dire fleur. Il est vrai qu’elle a beaucoup aimé se parer de fleurs, celles qui poussaient dans son jardin, notamment pour faire des tresses avec ses cheveux ou des coiffes comme on le voit sur la photo.

De nos jours, de nombreux créateurs de mode s’inspirent de sa façon de s’habiller, notamment la Maison Dolce & Gabbana (collection de bottes) – Alexander McQueen – Jean-Paul Gaultier – Carolina Herrera – Alberta Ferretti – Etro – Maya Hansen entre autres exemples.

Collection  » Frida  » 1988 par Jean-Paul GAULTIER
Collection Frida Khalo – Maya HANSEN 2013

Elle est morte jeune, à 47 ans. Il y a deux versions : une attestant qu’elle est décédée des suites d’une broncho-pneumonie, et l’autre qu’elle se serait suicidée en avalant de nombreux cachets. Quelle que soit la bonne , c’est Diego Rivera qui lui coupera les veines afin de confirmer sa mort. Sur son cercueil sera placé le drapeau du parti communiste . A sa demande elle sera incinérée car elle ne souhaitait pas se retrouver couchée comme elle l’avait été si souvent. Ses cendres reposent dans sa maison natale.

L’histoire raconte que Diego aurait avalé une poignée desdites cendres et décidera que jamais plus il ne reviendrait dans cette maison. Il rangera toutes les affaires de son épouse dans une pièce de leur maison et demandera qu’elles restent enfermées jusqu’à 15 ans après sa propre mort. Elles le resteront davantage car ce n’est qu’en 2004 que le Musée Kahlo décidera de les cataloguer et en 2007 qu’elles seront rendue publiques.

Il se remariera quelques temps plus tard. Il meurt en 1957. Il avait émis le souhait que ses cendres rejoignent celles de Frida, mais ce vœu ne sera pas exaucé . Il sera enterré au Panteon Civil de Dolores à Mexico.

De par sa vie, son œuvre emblématique très particulière, et son style vestimentaire richement coloré, elle est devenue une artiste à part.

« Tellement absurde et éphémère est notre passage dans ce monde, que la seule chose qui me rassure c’est la conscience d’avoir été authentique. D’être la personne la plus ressemblante à moi-même que j’aurais pu imaginer.  » F.K.

Chaise et toile / Casa Azul Mexico

FACE AU SOLEIL – Un astre dans les arts …

« Impression Soleil levant » est un tableau que Claude Monet a peint en 1872 au Havre depuis sa chambre à l’hôtel de l’Amirauté. Le thème choisi est l’un de ses préférés : une marine avec un port, la mer, le soleil . La date a fait beaucoup parler. En effet, certains ont affirmé qu’il aurait été peint en 1873 soleil couchant , mais que Monet aurait signé son nom et une date (1872)lors de sa vente … Après une analyse sérieuse organisée par le Musée Marmottan-Monet en 2014, des historiens de l’art : Dominique Lobstein et Géraldine Durand-Ruel, en collaboration avec l’astrophysicien Donal Olson affirmeront que se référant au calcul des trajectoires du ciel et des bulletins météorologiques de l’époque, le soleil était levant et que 1872 était l’année la plus probable.

 » Impression soleil levant  » 1872 Claude MONET (Musée Marmottan-Monet)

1872-2022 Impression Soleil levant a donc 150 ans ! Et le lieu qui lui sert d’écrin, à savoir le Musée Marmottan-Monet, a décidé de fêter cet anniversaire au travers d’une merveilleuse et lumineuse exposition intitulée  » FACE AU SOLEIL – Un astre dans les arts  » jusqu’au 29 janvier 2023 –soit environ une centaine d’œuvres, peintures, photographies, dessins, instruments de mesure (prêtés par l’Observatoire de Paris )signées par de célèbres artistes qui ont répondu présents pour exposer à ses côtés : Félix Vallotton – Eugène Boudin – Gustave Courbet – Otto dix – Edvard Munch – Maurice Denis – Claude Gellée dit Le Lorrain – William Turner – Camille Pissarro – Joseph Vernet – Luca Giordano – Albrecht Durer – luca Giordano -Vladimir Baranov- Rossiné – Paul Signac -Christian Valdemer – Laurits Tauxen – Pierre Paul Rubens – Sonia Delaunay – Joan Miro – Alexandre Calder – Otto Piene – Gerard Fromanger – Vicky Colombet – Otto Freundlich – André Derain – Richard Pousette-Dart – … J’en oublie certainement … Bref, que du beau monde et plein de lumière solaire pour doper notre vitamine D !

Chacun donne son approche, sa version, son Soleil levant ou couchant , par rapport au tableau de Claude Monet. C’est incroyablement intéressant car différent mais enrichissant. Beaucoup de choses diffèrent : le traitement des couleurs, la position, la technique, le point de vue, le regard, les sensations, la poésie, la lumière.

 »Coucher du soleil à Fontainebleau » 1900 – Christian VALDEMER (Statens Museum for Kunst à Copenhague)
 » Golden center  » Richard POUSETTE-DART 1964 (Collection particulière)
 » Contrastes simultanés  » 1913 Sonia DELAUNAY (Museul nacional Thyssen-Bornemisza à Madrid)

Lors de la première expo de la Société anonyme coopérative d’artistes en 1874, dans le Salon du photographe Nadar, boulevard des Capucines à Paris, étaient installés les tableaux de peintres qui avaient été refusés par le Salon officiel des Beaux-Arts de Paris. Ils s’appelaient, entre autres : Monet, Renoir, Morisot, Pissarro, Degas. Sur les conseils du frère de Renoir, Edmond, qui s’occupait du catalogue de l’expo, Monet va changer le nom de son tableau. Il l’avait intitulé au départ Vue du Havre, mais devant la demande qui venait de lui être faite, il dira de mettre Impression. Edmond Renoir complètera par Soleil levant.

A l’exception du galériste Durand-Ruel qui, par la suite leur achètera des tableaux, ou du mécène Ernest Hoschedé qui les trouvaient très novateurs, leurs tableaux furent vivement critiqués. Pourquoi tant d’hostilité ? Simplement parce que les sujets proposés n’étaient ceux que l’art officiel préférait à savoir des thèmes religieux ou antiques. Les scènes de paysages en extérieur, marines et autres n’étaient absolument pas appréciées à l’époque.

Journaliste au Charivari, Louis Leroy écrira à propos du tableau de Monet :  » Que représente cette toile ? Impression ! Impression j’en étais sur. Je me disais aussi que puisque j’étais impressionné, il devait y avoir de l’impression. La décoration d’un papier peint est plus travaillée que cette marine  » – Après lui un autre critique d’art et journaliste lui aussi, un ami de Courbet, Jules-Antoine Castagnary, va lui répondre :  » Si l’on tient à les caractériser d’un mot qui les explique, il faudra forger le terme nouveau d’impressionnistes. Ils sont impressionnistes en ce sens qu’ils rendent non le paysage, mais la sensation produite par le paysage. » A l’exception de Degas, le terme Impressionniste est retenu, par les autres peintres, pour donner un nom à leur mouvement.

Ernest Hoschedé a acheté le tableau de Monet pour 800 frs à l’époque. Quatre ans plus tard, il sera revendu 250 frs au docteur homéopathe Georges de Bellio qui ne s’y intéressera pas vraiment. Du coup, il sombrera dans l’oubli. En 1879, on le ressortira pour la quatrième exposition impressionniste. On lui donnera alors le nom de Effet de brouillard, impression. Après le décès du docteur, ses héritiers place la toile avec d’autres œuvres de leur riche collection. C’est sa fille, Victorine Donop de Monchy, qui en fera généreusement don au Musée Marmottan-Monet. Durant la guerre, on le mit à l’abri au château de Chambord. Pour beaucoup, il était un petit trésor car il représentait la modernité.

Il faut savoir qu’en 1985, un vol aura lieu au Musée Marmottan-Monet. Le tableau fera partie des différentes œuvres dérobées. Fort heureusement, il sera retrouvé en 1990 ( un miracle !) en Corse, à Porto-Vecchio.

Voilà pour la petite histoire de la vedette de l’expo dont le sujet est LE SOLEIL, une étoile née il y a des milliards d’années. Son nom provient du latin sol, solis (astre et divinité). On le qualifie de maître des astres, de seigneur des étoiles, de fils de la nature … Il a énormément d’importance dans toutes les cultures. Il est la vie, la puissance, la beauté, la joie, l’invincibilité, le pouvoir, la source de la lumière, de la chaleur . On l’a défié, on lui a donné visage humain, il a été étudié par des savants et des philosophes, il a été l’objet de croyances diverses et variées.

 » Allégorie du jour  » Joachim Von SANDRART (détail) 1643 – (Schleissheim Bayerische Staatsgemalde-sammlungen-Staatsgalerie im Neuen Schloss)

Soleil = pouvoir si l’on s’en réfère à Louis XIV dit Le roi Soleil qui se voulait au-dessus du reste des hommes, faisant ainsi allusion à l’astre suprême qu’il choisira comme symbole de son pouvoir et de son triomphe. Il n’hésitera pas d’ailleurs à se déguiser en soleil pour apparaitre devant la Cour dans un ballet en 1662.

Louis XIV en soleil dans le « Ballet de la nuit » en 1653
Médaille de Louis XIV Nec Pluribus Impar -Soleil / 1674 – Jean VARIN ( Bibliothèque nationale de France )
 » Le lever du Soleil  » ou  » Le char d’Apollon  » – 1672 – Charles De LA FOSSE (Musée des Beaux Arts de Rouen)

Il ne fut pas le seul pour se prendre pour le soleil, Alexandre le Grand l’a fait lui aussi au IVe siècle avant J.C. ; Néron lui portait une couronne avec des pointes qui représentaient les rayons du soleil ; Hadrien fera frapper sa monnaie d’un soleil ; l’empereur allemand Maximilien fera graver sur son arc de triomphe  » Ce qu’est le soleil dans le ciel, l’empereur l’est sur la terre  » . etc etc… et n’oublions pas le pauvre Icare qui va brûler ses ailes à son contact.

 » La chute d’Icare  » 1606/07 – Carlo SARACENI (Museo e Real Bosco di Capodimonte à Naples)

On l’appelait dans l’Égypte antique. Pour le pharaon Akhénaton il sera son dieu unique, celui à qui il donnera le nom de Aton. En Grèce, il y eut d’abord Hélios, puis ce sera Apollon, le fils de Zeus et de Léto. Pour les Aztèques, il représentera non seulement le dieu du soleil, mais le maître de la guerre, voire du monde et s’appellera Huitzilopochtli.

 » Amulette en forme d’enfant – Image du soleil renaissant  » Artiste anonyme – 3e quart du IIe millénaire avant notre ère – (Fondation Gandur pour l’Art à Genève)

Les peintres vont lui donner de l’éclat et des couleurs magnifiques pour ce qu’il représente de lumière et de pureté. Chaque mouvement pictural le traite différemment. L’impressionnisme est face au soleil, en extérieur, les néo-impressionnistes, par exemple, ne le feront pas d’après ce qu’ils voient, mais plutôt d’après ce qu’ils savent. Ce n’est pas tant qu’ils aient plus de connaissances que les autres en la matière, mais ils se sont beaucoup intéressés au soleil face à la science, les découvertes le concernant, tout autant d’informations qu’ils étudient et analysent assez scrupuleusement.

La science va, en effet, s’intéresser au soleil. Dès le VIe siècle avant notre ère, les philosophes grecs ont cherché à comprendre le phénomène solaire. Chacun de ceux qui l’ont fait, a eu sa théorie et son explication . L’un d’entre eux, affirmera que la terre est au centre de l’Univers, un autre essaiera de la mettre en mouvement. Héraclide Du Pont sera le premier a affirmer que la terre tourne sur elle-même, que Vénus tourne autour du soleil et non plus autour de la terre . Une théorie qui sera reprise et développée par un grand astronome, Aristarque de Samos. Il en déduit que la terre est une orbite circulaire autour du soleil. Sa proposition audacieuse est mise de côté par le savant Paul Ptolémée qui reprendra toutes les diverses recherches effectuées avant lui, et en déduira que la terre est immobile, qu’elle se trouve au centre de l’univers, et qu’autour d’elle tournent la lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne.

A la Renaissance sera publié le traité de Nicolas Copernic (De revolutionibus orbium coelestium à savoir Des révolutions des orbes célestes) dans lequel il affirme que la terre tourne autour du soleil en un an et sur elle-même en vingt-quatre heures, et que la lune tourne autour de la terre. Avec les années qui passent, et les instruments d’observation de plus en plus développés , les affirmations de Copernic évolueront avec d’autres comme Kepler qui vouait un véritable culte au soleil, et Galilée.

A la même époque paraîtra un manuel allemand ( Splendor Sollis ) dans lequel cet astre sera largement abordé, affirmant que selon sa couleur, il pouvait avoir une signification différente. Vaste sujet pour retracer, au travers des œuvres présentées, la représentation du soleil dans les arts depuis l’Antiquité jusqu’au XXIe siècle.

 » Scenographia systematis Copernicani  » Planche de l’Atlas Universalis et novus datant de 1708 – Andres CELLARIUS ( Bibliothèque nationale de France)
 » Planisphaerium Ptolemaicum  » Planche de Harmonia macrocosmica parue dans l’Atlas Universalis et novus datant de 1708 ( Bibliothèque nationale de France)
 » L’astronome  » 1655 Luca GIORDANO (Musée des Beaux Arts de Chambéry)
 » Ornement du harnais de Auguste le Fort, en forme de soleil  » 1709 – Johan Melchior DINGLINGER (Rüstkammer Staatliche Kunstsammlngen de Dresde)
« Le Soleil – carte du tarot Visconti-Sforza » vers 1480/1500 – Antonio CICOGNARA ( Morgan Library & Museum de New York) – Il faut savoir que le jeu du Tarot était très prisé par l’aristocratie milanaise du XVe siècle. Il n’avait pas, à cette époque, une connotation occulte, mais reflétait surtout la puissance. Le peintre Cicognara a conçu un jeu spécial pour la famille Visconti-Sforza.
 » Soleil sur la ville  » illustration parue dans le Traité d’alchimie  » Splendor Solis »au XVIe siècle – peintre anonyme – (Bibliothèque nationale de France)

Louis XIV fondera en 1667 l’Observatoire de Paris, un lieu qui sera complémentaire à l’Académie des Sciences créée un an plus tôt. Des siècles plus tard, des nombreux télescopes seront dirigés vers le soleil, des sondes seront envoyées dans sa direction, des photographies seront prises pour continuer à comprendre le fonctionnement de cet astre mystérieux. On nous dit que dans six milliards d’années, il y a de fortes probabilités qu’il se dilate, qu’il atteindra 200 fois sa taille actuelle, qu’il absorbera toutes les planètes qu’il a autour de lui y compris la terre qui sera devenue inhabitable….

L’influence des sciences va, petit à petit, impacter les artistes qui vont s’intéresser à la matérialité des choses, aux émotions de la nature, sa beauté, des mystères aussi. Paysagistes, ils porteront un intérêt à la terre, à l’air, mais aussi à la lumière du soleil levant ou couchant avec ses reflets sur l’eau. Alors, bien sur, dans les tableaux des maîtres anciens, comme Rubens ou Constable par exemple, il y a beaucoup « décors » que ce soit la densité du paysage par lui-même, l’architecture, les ports d’autrefois, mais le tout est auréolé de la lumière du soleil, souvent voilé mais tellement présent.

 » Paysage à l’oiseleur  » Pierre Paul RUBENS 1635/1640 env. (Musée du Louvre à Paris)

Picturalement parlement, le soleil ne sera uniquement un point sur un tableau dans un paysage. Il variera selon celui ou celle qui le représente, pouvant même couvrir toute la surface de la toile. On assiste à un véritable face à face entre l’artiste et l’astre.

Durant le Romantisme, cette peinture paysagiste sera encore plus portée vers les mystères de l’univers, le divin, l’intériorité. Tout cela sera cristallisé, transcendé par la lumière, voire même sublimé comme c’est le cas chez Turner qui n’a eu cesse de faire des recherches dans ce sens au travers des couleurs. Cette époque est également marquée par des publications : celles anciennes de Isaac Newton – celles de la peintre Mary Gartside, la première à avoir donner ses théories sur les couleurs dans son ouvrage  » Essai sur l’ombre et la lumière, sur les couleurs et la composition générale «  – et les écrits de Goethe dans Le traité des couleurs en 1812 qui s’opposaient à Newton .

« Soleil couchant à travers la vapeur » 1809 env. William TURNER ( The Barber Institute of fine Arts de l’Université de Birmingham)
 » Croix dans les bois  » Caspar David FRIEDRICH vers 1812 ( Staatsgalerie de Stuttgart)
« Matin de Pâques » 1828 env. Caspar David FRIEDRICH (Museo nacional Thyssen-Bornemisza à Madrid)

Si la peinture en plein air existait depuis pas mal de temps déjà, l’impressionnisme va considérablement la développer. Les peintres, qui en faisaient partie, étaient ( pas tous mais une grande partie) fascinés par la lumière extérieure , les changements du ciel au gré des heures et des saisons. Monet sera un grand adepte d’un sujet repris plusieurs fois parce que différent selon les heures d’une journée ou que la lumière soit estivale, automnale ou hivernale.

La présence du soleil, avec eux, est importante, elle complémentarise un paysage, elle lui apporte, comme l’eau (élément lui aussi primordial) des nuances de tons différentes, une lumière subtile, parce que l’astre lui-même n’a pas toujours la même couleur dans le ciel .

 » Vue de Bazincourt effet neige au soleil couchant » 1892 – Camille PISSARRO ( Hasso Platner Collection)

Les mouvements picturaux qui viendront après l’impressionnisme, auront une vision différente, parce que les artistes se basent beaucoup sur les écrits des chimistes, des physiciens sur les couleurs primaires et leur complémentaire, les combinaisons possibles, les contrastes, la façon dont elles sont posées etc… La perception se fera beaucoup plus dans la tête que sur la toile. Avec des peintres comme Derain, Matisse, Vallotton par exemple, le soleil, ,puisqu’il est question de lui dans cette expo, sera complètement différent, quasi décoratif, mais toujours aussi splendide parce que rayonnant .

 » Big Ben  » André DERAIN en 1906 ( Musée d’Art moderne collections nationales de Pierre et Denise Lévy / Troyes)
 » Coucher de soleil marée haute gris-bleu » 1911 Félix VALLOTTON (Collection particulière)

Avec les expressionnistes, les astres, dont le soleil, mais la mer et la nature, vont exercer un certain magnétisme sur les humains car leur vie et leurs drames rejaillissent sur ce qui est exprimé dans leurs tableaux. L’astre solaire peut alors, en effet, apparaitre noir comme nous le laisse comprendre Otto Dix dans sa toile Lever de soleil en 1913.

 » Le soleil  » Edvard MUNCH 1910/1913 ( Musée Munch à Oslo)
 » Lever de Soleil  » 1913 Otto DIX (Stadtische Galerie, Kunstsammlung Museen der Stadt à Dresde)

Pour les surréalistes de l’après première guerre mondiale, le soleil deviendra «  vivant « , dansant, parlant. Il occupera une place importante dans un univers où l’homme n’occupe plus la première place. Miro le verra rouge avec des rayons qui ressemblent à des cheveux ou des cils ; Alexander Calder, quant à lui, l’imaginera sous la forme d’un mobile  » un mobile est un morceau de poésie qui danse avec la joie de vivre et surprend …  »

 » Mobile sur pied  » Alexander CALDER 1953 (Collection particulière)
 » Le soleil  » Joan MIRÓ 1927 (Collection particulière)

Je terminerai avec le XIXe siècle illustré par des œuvres contemporaines du peintre et plasticien Gérard Fromanger qui, en 2019, a donné sa version moderne, réponse à Monet , de Impression Soleil levant. Un tableau en peinture acrylique, de grand format (2 m sur 3 m) , exprimant la force de la lumière et de la couleur. Pour lui  » Le soleil levant c’est Youri Gagarine, Neil Armstrong, là-haut dans une station spatiale ou sur la lune. » – Il a vu un soleil rouge avec des planètes en couleurs pures qui tournent autour de lui, et des hommes (de mêmes couleurs) qui eux aussi tournent autour de lui. Dans l’autre tableau, peint en 1966, comme son nom l’indique Le soleil inonde ma toile « , l’astre est source de vie et d’énergie.

« Impression soleil levant » 2019 – Gérard FROMANGER (Collection particulière)
 » Le soleil inonde ma toile » 1966 – Gérard FROMANGER (Collection particulière)

Celles également de la peintre abstraite franco-américaine Vicky Colombet qui a dit :  » Quand j’observe Impression soleil levant, toute la force du tableau me semble venir de la réflexion de ce petit rond orange dans l’eau du port du Havre, de sa verticalité, des vibrations qu’il fait naître. » Elle n’imagine pas Claude Monet comme une majeure partie d’entre nous peut le voir, mais comme quelqu’un qui s’interroge sur les forces de la nature. C’est en ce basant sur cette idée, qu’elle a signé une série de tableaux (Rising Sunset/Monet Séries) , des œuvres qui n’ont pas été peintes en extérieur sur le motif, mais en atelier. Pour elle le paysage se modèle dans la toile, elle matérialise le temps, tout comme la lumière. Il faut savoir que cette artiste est très portée sur la philosophie bouddhiste, la méditation orientale, la physique contemporaine , les écrits d’Einstein par rapport à l’Univers … bref, toutes sortes de choses qui l’ont poussé à des questionnements entraînant de nombreuses recherches picturales.

« Rising Sun Monet Series 1479  » – Vicky COLOMBET (Collection particulière) b

MUNCH – Un poème de vie, d’amour et de mort …

Edvard MUNCH en 1943 dans son atelier à Ekely

«  J’ai peint les lignes et les couleurs qui émeuvent mon œil intérieur. Je peignais de mémoire sans ajouter quoi que ce soit, sans les détails que je n’avais plus sous les yeux. Ceci explique la simplicité des tableaux, le vide évident. J’ai peint les impressions de mon enfance, les couleurs troubles de mon passé. « 

« En vérité, mon art est une confession que je fais de mon plein gré, une tentative de tirer au clair, pour moi-même, mon rapport avec la vieQu’est-ce que l’art en vérité ? L’expression d’une insatisfaction dans la vie, l’empreinte d’un désir vital de création, l’éternel mouvement de la vie, la cristallisation  »

« L’art est le contraire de la nature. Une œuvre d’art ne vient que du plus profond de l’être humain. L’art est la forme que prend une image à travers les nerfs, le cœur, le cerveau, l’œil de l’être humain  »

Edvard MUNCH (1863/1944)

 » Vers la lumière  » 1914 (Lithographie) -Edvard MUNCH ( Musée d’Oslo )

Merveilleuse et émouvante exposition que celle qui nous est proposée par le Musée d’Orsay en cet automne 2022. Ce n’est pas la première fois que Paris pose un regard sur cet artiste puisque le Centre Pompidou et le Musée d’Orsay l’avaient déjà fait dans le passé . Celle-ci a pour but de nous faire comprendre combien il a été très moderne, populaire aussi si l’on s’en réfère aux thèmes qu’il aborde et qui nous parlent beaucoup comme l’amour, la vie, l’inquiétude, la souffrance, la douleur, la mort aussi.

Elle s’intitule  » MUNCH – Un poème de vie, d’amour et de mort  » (jusqu’au 22 janvier 2023). Cela ressemble fortement à une rétrospective accompagnée d’ une centaine d’œuvres, peintures, dessins, estampes, blocs etc … d’un peintre dont l’art se mêle de symbolisme, primitivisme et expressionnisme : Edvard MUNCH.

Il fut également un éminent graveur, lithographe( c’est à Paris qu’il s’y est initié) , et n’a pas manqué de s’adonner à de très nombreuses expérimentations picturales, des techniques, a étudié différents supports, divers procédés d’impression, de transfert. La gravure est une technique qui a attiré de nombreux artistes du XIXe siècle qui se sont passionnés par le travail des maîtres du passé dans ce domaine.

Il s’est également tourné vers la photographie, comme l’ont fait d’ailleurs d’autres peintres. Certes, pour lui  » l’appareil ne peut concurrencer le pinceau et la palette «  mais cet art pourra apporter des nouvelles possibilités dans sa peinture, comme par exemple, entre 1902 et 1908, pouvoir faire des autoportraits et mieux s’autoanalyser . Il reconnaitra que cela lui a beaucoup appris :  » La photographie m’a beaucoup appris . J’ai une vieille boite dans laquelle j’ai pris d’innombrables photos de moi-même, et cela me donne souvent d’étonnants résultats  »

Un électron libre, un visionnaire, un avant-gardiste qui a excellé en tant que symboliste, mettant toujours en valeur la subjectivité plus que le réalisme, et ce dans le but d’obtenir plus d’émotions encore. Un visionnaire viscéralement moderne, complexe, créatif. Sur ce dernier point, Munch a suivi un processus bien précis à savoir prendre un sujet et le décliner de nombreuses fois et en faire diverses versions (dès que l’un de ses tableaux est vendu, il le remplace par une nouvelle version, pour les avoir toujours auprès de moi dit-il ) . C’est le principe du cycle qu’il a fortement apprécié. C’est à la fois cohérent, inventif, étrange, obsessionnel.

Par exemple, on note six versions de son célèbre tableau L’enfant malade , sept pour Les jeunes filles sur le pont. Il revient sans cesse sur le même motif, pas obligatoirement au même moment, mais des années plus tard parfois avec un autre style présentant souvent des couleurs plus intenses, des expressions plus développées.

« Je n’ai jamais fait de copies de mes tableaux. Quand j’ai utilisé le même motif, c’était uniquement pour des raisons artistiques et pour approfondir ce motif  » (Propos tenus en 1935

Son œuvre est profonde, à la fois fascinante, hallucinante, angoissante, mais tellement prenante. Au départ, il s’est tourné vers la peinture en extérieur, mais les fréquentations qu’il aura par la suite, philosophes, théoriciens etc… vont changer sa vision picturale. Humanité, émotions et nature se retrouvent dans ce cycle de la vie, de l’amour et de la mort chez lui, avec pour inspiration profonde les écrits philosophiques de Nietzsche ou Henri Bergson.

Toutes les émotions qu’il a pu ressentir durant les drames qu’il a traversés dans sa vie, tous ses états d’âme, sont passés au travers de son art. Il a voulu peindre l’intériorité humaine. Du reste, il a toujours cherché à laisser une explication analytique personnelle de ses tableaux afin que l’on puisse mieux comprendre son cheminement et ses ressentis. Tout comme il a été important pour lui de rester maître de son art.

«  Je ne peindrai jamais plus de scènes d’intérieur où l’on voit l’homme lisant et la femme tricotant. Je peindrai des êtres vivants qui respirent, qui ont des émotions, qui souffrent et qui aiment. » E.M.

 » Rouge et blanc  » Edvard MUNCH 1899/1900 – (Musée d’Oslo)
 » Mélancolie  » 1894/95 – Edvard MUNCH (Art Museum and Composers homes à Bergen)

Il a été très malheureux, sa vie fut difficile, tourmentée, mais très certainement que les dernières années en Norvège, lui ont apporté des satisfactions, et probablement plus de sérénité qu’il n’en a eu auparavant.

Il est reconnu de nos jours comme un des pionniers du mouvement expressionniste. Il a eu du succès de son vivant, mais cela n’empêche pas qu’il a très souvent été incompris et condamné. Ses tableaux amèneront souvent le scandale. On le traitera d’anarchiste, la critique sera très virulente, on protestera durant les expositions qui lui seront consacrées, on dira de ses tableaux (particulièrement L’enfant malade) qu’ils ne sont des barbouillages, mais finalement toute cette agitation autour de lui confortera son succès.

On l’a très souvent pris pour un fou, surtout lorsqu’il parlait de lui à la 3e personne ou qu’il écrivait des journaux intimes remplis de mots, de couleurs et de symboles étranges qui ne pouvaient être compris que de lui.

En dehors de la peinture, il a accordé une large place au dessin, à la gravure, la lithographie et il s’est également intéressé à l’art pictural japonais qui a influencé son travail de gravure sur bois. Il a eu beaucoup d’affinités avec la poésie, la littérature et le théâtre.

 Même s’il a dit un jour » Je suis bon pour peindre et dessiner. Je le crois moi-même et les autres me le disent aussi, bien que je ne sois pas tout à fait sûr que ce soit vrai. Je suis sûr de deux choses : 1 ) il n’existe aucun autoportrait de moi. Ma personne ne m’intéresse pas comme objet de peinture. Ce sont les autres qui m’intéressent plutôt. Je suis convaincu que ma propre personne n’a rien de particulier. Je suis un peintre qui peint tous les jours, du matin au soir, figures-paysages-des portraits un peu moins. 2 ) Je ne vaux rien lorsqu’il s’agit de parler ou d’écrire et encore moins s’il faut parler de moi-même, de mon travail. L’idée de devoir écrire une simple lettre m’angoisse, me tenaille comme le mal de mer. Je crains fort que nous devions nous passer de mes talents d’autoportraitiste ou littéraire, mais ce n’est pas une grande perte. Pour qui a envie d’en savoir plus sur moi, à savoir sur l’artiste, l’unique chose qui vaut la peine de connaître est d’observer attentivement mes tableaux pour savoir qui je suis et ce que je veux. » , il a peint de nombreux tableaux de lui : 70 en peintures, 20 en gravures et une centaine entre le dessin et l’aquarelle. Au travers de ces tableaux, ce n ‘est pas l’artiste qu’il a voulu étudier, mais bien plus son moi intérieur

« Autoportrait à la cigarette » 1895 Edvard MUNCH (Musée d’Oslo)
« Autoportrait à Bergen » 1916 Edvard MUNCH (Musée Oslo)
 » Autoportrait entre l’horloge et le lit » 1940/43 – Edvard MUNCH (Musée d’Oslo)
 » Autoportrait avec des bouteilles » 1930 env. Edvard MUNCH (Musée d’Oslo)

Edvard Munch est né en Norvège, en 1863 dans une famille bourgeoise, pas particulièrement riche, mais vivant de façon assez confortable. Il fait partie d’une fratrie de cinq enfants. Son père, Christian était médecin à Kristiana.

Il perd sa mère à l’âge de 5 ans. Son père sombre alors dans une dépression profonde et se tourne vers la religion. Pour autant, cela ne rendra pas son fils religieux, mais lui laissera un intérêt pour le sacré et le mystique. Vu la situation, les enfants furent confiés à leur tante maternelle Karen. C’est elle, peintre à ses heures perdues, qui, très tôt, va se rendre compte que son neveu est particulièrement doué et encouragera ce talent. A noter aussi que sa maman peignait elle aussi et qu’elle a toujours intéressé ses enfants à l’art.

Son père à droite – Sa mère avec lui, ses frères et sœurs
« Inger en noir et violet » 1892 – Edvard MUNCH (Musée d’Oslo) – Inger est l’une de ses sœurs, un de ses modèles.
«  L’enfant malade  » 1896 Edvard MUNCH (Göteborgs Konstmuseum à Göteborg) –  » Dans cette toile se trouve déjà tout ce que j’ai développé plus tard, ainsi que les différentes directions que prendra l’art. Dans cette peinture, si l’on veut bien l’étudier de près, se trouvent quelques traces de pointillisme, la ligne du symbolisme de l’art nouveau, de l’expressionisme, et la forme «  Propos tenus aux environs de 1928
 » Près du lit de mort  » 1895 – Edvard MUNCH (Art Museum and Composers homes à Bergen)

« Je vois tous les êtres humains derrière leurs masques. Les visages calmes de pâles cadavres qui, affairés, se hâtent sur une route tortueuse dont la fin est la tombe. » Propos tenus entre 1915 et 1930

La malédiction s’abattra sur la famille. Après la mort de sa mère, il perdra deux de ses sœurs de la même maladie, la tuberculose. Son autre sœur, Laura, a de gros problèmes mentaux. Elle sera internée durant 20 ans. Quant à son frère Andréas, qui deviendra un brillant médecin, il va mourir d’une pneumonie à l’âge de 30 ans. Il restera donc seul, lui qui était si souvent malade enfant, si chétif et dont on pensait qu’il ne vivrait pas vieux. Il se retrouvera seul, ressassant un maximum d’émotions. Tout ce qu’il va ressentir en traversant ses drames, rejaillira sur ses toiles : que ce soit la maladie, la mort, l’anxiété, la solitude, la mélancolie et autres troubles divers.

 » J’étais déjà un être malade en venant au monde. La neige froide recouvrait mes racines. Le vent glacial a empêché mon arbre généalogique de croître. Ainsi l’arbre de ma vie était maudit dès le départ. .. J’ai reçu en héritage deux des plus terribles ennemis de l’humanité : la tuberculose et la maladie mentale. La maladie, la folie et la mort étaient les anges noirs qui se sont penchés sur mon berceau ….  » E.M.

Un désir profond d’être peintre va se déclarer adolescent. Son père n’était pas vraiment d’accord avec cette idée, souhaitant que son fils termine ses études et devienne architecte . Mais, malgré le fait qu’il était un élève brillant, il abandonnera très vite, pour ne se consacrer qu’à la peinture.

Il entrera à l’École royale d’art et de design où l’un de ses professeurs, un sculpteur, va vivement l’encourager. Cela lui donnera la force de quitter le foyer familial, louer un atelier avec d’autres élèves et poursuivre sa formation jusqu’en 1883.

Il s’éloignera très vite de la peinture paysagiste en extérieur de ses débuts, pour placer l’homme au centre de ses tableaux, en se basant sur des ressentis autobiographiques éprouvés dans sa vie : son éveil à la sexualité, la maladie, la mort etc…Grâce à l’obtention d’une bourse, il part à Paris en 1885, se rend à l’Exposition universelle, au Louvre également , découvre Manet à la Galerie Durand Ruel. La modernité de ce peintre va complètement le bouleverser.

A la mort de son père quatre ans plus tard, il traversera, à nouveau, une période d’instabilité et voyagera beaucoup, à la rencontre de nouveaux grands courants artistiques européens, avec entre deux, des séjours dans la capitale française où en 1892 il découvrira Van Gogh, Toulouse Lautrec, Pissarro, Renoir, mais aussi les nabis, les peintres de Pont Aven, Gauguin (dont la technique moderne et la couleur vont l’influencer) ,le néo impressionnisme, les nabis, l’impressionnisme . Entre deux voyages, il expose au Salon des Indépendants, travaille comme illustrateur de programmes pour des théâtres parisiens, et petit à petit quitte le naturalisme pour introduire de nombreux éléments symbolistes dans sa peinture.

On peut dire que c’est en Allemagne, à Berlin, en 1892 que sa carrière va s’envoler – Durant cette époque se définit son langage pictural largement inspiré par l’expressionnisme. C’est là qu’il va se lancer dans la lithographie, les pointes sèches, les eaux-fortes et la gravure sur bois. On peut dire qu’il va exceller dans ces différents domaines, et recevra de nombreuses commandes.

 » Le cri  » 1893 – Edvard MUNCH (Musée d’Oslo) – » Je me promenais sur un sentier avec deux amis. Le soleil se couchait. Tout d’un coup, le ciel devient rouge sang. Je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture. Il y avait du sang et des langes de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville. Mes amis continuèrent et j’y restai, tremblant d’anxiété. Je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers et déchirait la nature. » Edvard MUNCH sur son journal en 1892  

La grande modernité de ses toiles présentées dans une exposition organisée par l’Association des artistes berlinois, va à la fois plaire et créer la polémique de façon intense dans les deux cas. Cela va lui amener le succès, la reconnaissance, la célébrité. Il va décider de s’installer à Berlin, fréquentera les cercles intellectuels-philosophiques les plus en vue, rencontrera des personnalités éminentes comme des critiques d’art, des marchands d’art, des mécènes aussi ! Tout ce petit monde, va lui faire gagner de l’argent et vivre confortablement de son art.

En 1893, son tableau le Cri, qui faire de lui un grand peintre européen. Mais à côté du succès, il y aura des années traversées par l’alcoolisme, la violence, la dépression. Par ses mauvaises rencontres, il se retrouvera très souvent mêlé dans des bagarres violentes. Toute cette situation va l’amener à devoir se faire interné en 1906/07. Un an plus tard, lors d’un voyage à Copenhague pour une exposition, une crise paralysera la moitié de son corps. Il est à bout. Nouvel internement en institution psychiatrique durant plus de huit mois. Beaucoup diront qu’il retrouvera la force grâce au traitement d’électrochocs qu’il a dû subir, mais ce qui lui a fait du bien également, c’est d’être au repos, loin de toutes tentations néfastes à son équilibre mental .

« Jeunes filles arrosant des fleurs » 1904 – Edvard MUNCH (Musée d’Oslo)
« Les baigneurs » 1907/08 Edvard MUNCH (Atheneum Art Museum de Helsinki)
« Jeunes filles sur le pont » 1927 Edvard MUNCH (Musée d’Oslo)

Du côté vie privée sentimentale, il a eu un premier amour en 1885 : Milly Thaulow, une femme mariée à un officier de marine. C’est du reste avec elle qu’il perd sa virginité. On peut dire qu’elle va lui laisser une empreinte indélébile et même après leur rupture, des années plus tard, même après qu’elle divorcera et se tournera vers un autre que lui et l’épousera, Munch continuera de penser à elle de façon assez obsessionnelle, allant même jusqu’à imaginer qu’elle lui reviendrait . On peut dire qu’elle l’a marqué et que cette forte déception aura un impact sur les autres relations amoureuses qu’il aura dans sa vie.

Milly THAULOW née Andrea Emilie ILHEN (Thaulow est le nom de son premier époux qui était le frère du peintre).

Il a vécu ensuite une liaison passionnelle avec Mathilde Larsen dite Tulla. Une femme très étrange, pas faite pour lui, qu’il retrouve parfois allongée dans un cercueil entourée de bougies. Une atmosphère assez glauque et morbide qui n’étais pas saine pour lui déjà si souvent confronté à la mort. Ils se disputaient beaucoup et un jour de l’été 1902, elle va tirer un coup de feu sur lui. Un geste que ni lui, ni elle ne pourront véritablement expliquer. Il sera blessé à la main, perdra une phalange et finira par la quitter.

Edvard & Tulla

En 1908 il vivra une autre histoire avec une violoniste anglaise, Eva Mudocci qui deviendra sa maîtresse. Comme les autres, elle apparaitra sur ses tableaux. Ils vont très vite se séparer. Il y aura d’autres brèves et nombreuses liaisons Des aventures passionnelles, douloureuses, marquées par la jalousie, la déception. Il dira :  » Je n’ai jamais aimé. J’ai connu la passion qui déplace les montagnes et métamorphose l’individu. La passion qui arrache le cœur et s’abreuve de votre sang, mais il n’y a jamais eu de femme à qui j’ai pu dire  » c’est toi que j’aime, tu es tout pour moi ».

Eva MUDOCCI
 » Femme en pleurs » 1907/08 Edvard MUNCH (Musée d’Oslo) – » Ses cheveux couleur de sang m’avaient enveloppé. Ils s’étaient enroulés autour de moi comme des serpents rouge sang. Leurs fils, les plus fins, s’étaient emmêlés dans mon cœur  »
Dans la même idée que le tableau précédent, on trouve  » Vampire dans la forêt  » avec un autre décor environnant – 1924/25 Edvard MUNCH (Musée d’Oslo)
 » Jalousie  » 1907 – Edvard MUNCH (Musée d’Oslo)
 » Le baiser  » 1897 Edvard MUNCH (Musée d’Oslo)

Constatant que sa vie sentimentale est vraiment un véritable fiasco, il fera le choix de rester seul et retournera vivre en Norvège en 1916.Il va alors rompre tous les liens de sa vie passée et ne retiendra auprès de lui qu’un cercle restreint constitué de quelques amis intimes. Il ne boira plus, s’enfermera dans son atelier et peindra. Il fera l’acquisition d’une grande maison entourée d’une forêt, à Ekely, un endroit qu’il ne quittera quasiment jamais sauf lorsqu’on l’appelle pour des expositions le concernant. Il y aura un beau jardin et des studios en plein air. C’est là, dans cet environnement propice à la sérénité, qu’il restera jusqu’à sa mort.

 » La bagarre  » 1932/35 Edvard MUNCH (Musée d’Oslo) – Cette toile le représente avec son ami le peindre Ludvig Karsten. Tous deux avaient des idées complètement à l’opposé en ce qui concernait la séparation de la Suède et de la Norvège et leurs échanges étaient tels qu’ils en sont à se bagarrer.

Munch souffrira d’une maladie oculaire en 1930 à la suite d’une hémorragie. Il perdra la vision de son œil droit. Il est décédé d’une pneumonie en janvier 1944 dans sa maison. Il finira sa vie célibataire, sans descendance, lèguera toute son œuvre et ses collections à la ville d’Oslo en 1940 soit 1100 tableaux, 4500 dessins, des aquarelles, 18.000 estampes, plus sa correspondance, ses carnets, des photographies et autres objets personnels.

Durant la seconde guerre mondiale, les allemands qualifieront son art de dégénéré. Tout ce qui était exposé de lui dans des musées, soit environ plus de 80 œuvres, sera retiré. Il en sera profondément affecté car il considérait l’Allemagne comme sa seconde patrie.

On peut dire que, quelque part, cette injustice historique faite à son art, sera réparée lorsque la Norvège donnera à son peintre, à l’occasion du centenaire de sa naissance, l’écrin qui convient à son œuvre .

Mais le lieu se révèlera vite bien trop petit, la sécurité n’était pas franchement au top : le tableau Le Cri version 1910 et La Madone feront l’objet d’un vol en 2004. Fort heureusement ils seront retrouvés en 2006. Après quoi, la ville décidera la construction d’un autre musée. L’architecture assez audacieuse ne va pas plaire à tout le monde. On la trouve froide, impersonnelle. Qu’importe, la décision est largement assumée par ceux qui en ont eu l’idée, architectes et direction ! Ce nouveau bâtiment en verre, aluminium et béton va offrir non seulement un espace de 4.500 M/2 à Munch, mais également des salles de cinéma, concert, et des ateliers. Il a été inauguré en octobre 2021 : Musée national de l’Art, de l’Architecture et du Design (Nasjonalmuseet ) d’Oslo.

«  Munch voulait avoir un musée. Il désignait ses tableaux comme ses enfants et il voulait qu’ils soient tous rassemblés au sein d’une collection. Je pense qu’il serait heureux de voir ce que l’on a fait.  » Trine OTTE BAK NIELSEN (Conservatrice du musée)
Tombe d’Edvard MUNCH au Cimetière de Var Frelsers à Oslo ( Norvège )

 » Le bonheur est l’ami du chagrin. Le printemps est l’annonciateur de l’automne. La mort est la naissance de la vie. » Edvard MUNCH

Expo d’été :  » FEMMES PHOTOGRAPHES DE GUERRE  » …

Daguerre, l’inventeur de la photographie, ne s’était pas trompé lorsqu’il a déclaré en 1838  » quoique le résultat s’obtienne à l’aide de moyens chimiques, ce petit travail pourrait beaucoup plaire aux dames « . L’art de la photographie a plu aux femmes, mais si beaucoup s’y sont intéressées, elles ne se sont pas exprimées seules par ce moyen car leur travail est resté, au départ (comme ce fut le cas pour la peinture ou la sculpture) dans le domaine de la sphère privée, bien souvent dans l’ombre de celui qui leur apprenait le métier. Mais elles produisaient des « images photographiques » avec une préférence pour des scènes domestiques, scènes de genre, reproduction de tableaux, portraits d’enfants ou de femmes.

N’ayons pas peur des mots, elles étaient complètement exclues et encore moins considérées comme des photographes, et certains ateliers, voire même les écoles, leur fermaient même leur porte. Et si elles franchissaient le seuil, eh bien elles pouvaient suivre les cours théoriques mais par la formation technique.

Les choses ont changé petit à petit. Elles ont pu s’intégrer dans la sphère publique et montrer leur capacité et leur talent dans ce domaine. Peu à peu, elles ont même pu conquérir des territoires photographiques réservés aux hommes, comme les photos de nus, les destinations lointaines, la politique, et les photos de guerre. Pour ces dernières, au départ, elles ne pouvaient aller au front mais devaient se contenter de couvrir les hôpitaux, les victimes . C’était reconnu comme  » moins dangereux  » pour elles. La tendance va s’inverser surtout au moment de la guerre du Vietnam.

C’est ce dernier domaine qui fait l’objet d’une très intéressante , et je rajouterai bouleversante exposition intitulée : FEMMES PHOTOGRAPHES DE GUERRE …. jusqu’au 31.12.2022 – Elle est présentée au Musée de la Libération de Paris/Musé du Général Leclerc/Musée Jean Moulin et ce après le Kunstpalast de Düsseldorf, en Allemagne, en 2018, puis le Fotomuseum de Winterthur, en Suisse, deux ans plus tard.

Ce musée a été inauguré en 2019 à l’occasion du 75e anniversaire de la Libération de Paris. Pour ce faire, les lieux (Pavillons Ledoux), situés place Denfert Rochereau, ont été entièrement restaurés. C’est un endroit historique, un lieu de mémoire. Le nom du Musée a associé deux hommes importants de la seconde guerre mondiale à savoir le général Philippe Leclerc et le grand résistant Jean Moulin. Il est riche en collections sur ce sujet.

On pense que la photographie de guerre est une affaire masculine. Et pourtant, nombreuses seront les femmes qui sont parties couvrir des conflits pour des grands magazines et elles ont été très actives sur le terrain, et certaines y ont même laissé leur vie. Ce qui aurait tendance à les différencier des hommes photographes de guerre, c’est qu’elles savent faire passer plus d’émotion que leur collègues masculins. Alice SCHALEK sera la première à partir sur le front durant la première guerre mondiale (14/18).

La photographie de guerre remonte à des temps assez anciens. Cela se situe au milieu du XIXe siècle. Au fil du temps, elle a beaucoup évolué, mais sa fonction est toujours la même à savoir témoigner, montrer des images, des informations, de ce qui se passe réellement sur le front, et en dehors de cela, montrer les paysages durant ou après l’assaut, les soldats durant la trêve.

Bien souvent ce sont des photojournalistes mandatées par des agences et donc soumises à des demandes bien particulières. Mais cela ne les a nullement empêché d’agir à leur guise et prendre des images très personnelles, jugées parfois, après coup, compromettantes et censurées. Nombreuses furent leurs interrogations quant à savoir ce qu’il était bon de montrer car dans les conflits il y a beaucoup de violence, de mort, de souffrance, de brutalité, et du coup elles se sont posées des questions. Leurs clichés ne sont pas que de simples photos, ce sont des documents historiques.

Cette expo a choisi de rendre hommage à huit femmes photographes de guerre , célèbres. Huit femmes qui ne sont pas de la même génération, ont une origine, un parcours et un style différents, mais qui ont eu en commun cette passion de la photo. Elles ont toutes publié dans des magazines, ont reçu des récompenses à plusieurs reprises : Catherine Leroy – Lee Miller – Catherine Leroy – Christine Spingler -Françoise Demulder – Susan Meiselas – Carolyn Cole – Anja Niedringhaus – Gerda Taro.

En ce qui concerne Gerda Taro, je n’en parlerai pas dans cette présentation car elle avait fait l’objet de l’un de mes articles. Je vous mets le lien : https://pointespalettespartition.wordpress.com/2022/01/10/gerda-taro/

Elles n’ont pas craint de s’exposer au danger, d’être blessées, malades (Catherine Leroy attrapera la malaria et a reçu des éclats d’obus) ou de mourir (deux d’entre elles perdront la vie sur le front (Anja Niedringhaus/ 2014 en Afghanistan et Gerda Taro/1937 durant la guerre civile espagnole ) . Bien que normalement elles soient, comme l’on dit  »protégées par des conventions internationales » la réalité est tout autre lorsque l’on se retrouve en plein milieu d’un conflit. La peur a fait partie de leur vie sur le terrain , mais il était nécessaire qu’il en soit ainsi. Elles ont, pour la plupart, souffert de traumatismes dus à toutes les horreurs qu’elles ont pu voir. Certaines furent amies dans la vie de tous les jours, et fortement rivales une fois sur le terrain.

Catherine LEROY :

Catherine LEROY (1944/2006)- Vietnam 1966 : « Je fais ce métier par amour. Je crois que j’adore ce métier. Ma vie au Vietnam est assez fantastique. Il y a dans la guerre quelque chose qui ne se trouve nulle part ailleurs, une sorte de fraternité, de camaraderie, d’amitié pure, d’amitié de soldat. Quand on fait une photo de guerre, je crois qu’il se passe tellement de choses extraordinaires autour de nous que c’est uniquement une question de vitesse et de sensibilité. Il faut être choqué, il faut qu’il y ait un choc qui se produise et que cela se passe dans l’espace d’une seconde, que l’on ressente quelque chose, que l’on soit dérangée, remuée. C’est quelque chose qui se fait avec de la sensibilité.« 

Elle est née à Paris en 1944, la seconde guerre mondiale est encore d’actualité. Petite bonne femme d’1m50 et 40 kgs, plutôt frêle, d’apparence fragile, mais courageuse, qui découvrira le parachutisme à l’âge de 15 ans. Passionnée de photographie, très curieuse, aimant l’aventure, elle décide à 21 ans de partir dans une zone de guerre, au Vietnam. Elle prendra un aller simple, n’a pas beaucoup d’argent en poche, et ne sait pas vraiment bien manier la langue anglaise. Mais elle a de l’assurance et entrera en contact, une fois sur place, avec le service de presse de l’US Marine qui se trouve à Saïgon, n’hésitant pas à mentir en affirmant qu’elle avait des qualifications. Elle finit par obtenir un premier reportage pour le magazine Paris Match. Elle est parachutée près de la frontière cambodgienne ( la première femme à le faire lors de l’intervention aéroportée Junction City) et l’histoire commence …

Elle sera capturée par des soldats nord-vietnamiens durant la bataille de Hué en 1968. Elle réussira à faire comprendre qu’elle est photographe de guerre et ses ravisseurs vont accepter de la relâcher avec son matériel. Elle ne se démonte pas et leur propose de faire des photos de leur armée et ce pendant que les bombardements américains continuaient. Son reportage photos va connaitre une grande notoriété d’autant qu’elle fera, à ce sujet, la couverture de Life.

Grâce à Horst Faas, qui était un très célèbre photographe et correspondant de guerre allemand, et à son talent, elle va pouvoir réaliser d’autres reportages pour Paris Match, mais également pour Elle, Time, Look, Life. Elle a un style bien à elle qui plait beaucoup. Ses photos font surtout état de la souffrance humaine, celle des combattants fatigués, exténués, apeurés, voire même torturés. Une de ses photos montrant un prisonnier de guerre frappé un homme du Ier régiment de cavalerie américain fera la une du magazine Elle.

Elle est réputée pour délivrer des reportages-photos percutants. Elle n’a pas peur du danger, tout au contraire, elle aime la proximité, et quand il le faut à franchir les zones dangereuses . Après des années de couverture du conflit au Vietnam, elle rentrera en France épuisée, et s’éloignera durant quelques temps du photojournalisme. Elle va réaliser des documentaires pour la télévision. Cela ne va durer qu’un temps, car une fois  » reposée  » elle ressent, à nouveau, l’envie d’être sur le terrain.

Elle part en 1975 pour le Liban, en tant que reportrice. Une fois sur place, à Beyrouth, et dans différentes zones du pays, elle assiste à des scènes assez terrifiantes. Elle va s’attarder sur les civils, victimes de tous ces bombardements militaires. Tout ce qu’elle va vivre dans ce pays , les massacres de Sabra et Chatila en 1982, vont lui laisser des traces indélébiles. Elle sera fortement éprouvée et prendra la décision, cette fois définitive, d’abandonner la photo de guerre.

Elle a reçu de très nombreuses récompenses pour ses reportages notamment la médaille d’or Robert Capa (première femme à l’obtenir), le Prix de l’Image de l’année qui fut décerné par la National Press Photographers Association, ou le Honor Award for Distinguished Service in Journalism par l’Université du Missouri. Elle a énormément voyagé et elle est connue pour détenir un palmarès assez incomparable pour son travail photographique. Pour les femmes-photographes, elle est un exemple, un modèle. Elle est morte d’un cancer à Santa Monica, en Californie, en 2006.

Christine SPENGLER :

Christine SPENGLER :  » Je me suis toujours considérée comme une femme engagée, une photographe engagée. C’est plus qu’une fascination. Je voulais témoigner des causes justes. Quand on me demande : » qu’entends-tu par causes justes ?  » je dis toujours :  » Je défends les opprimés « .

Christine Spengler est née à Vichy (France) en 1945. Elle passe son enfance à Madrid (Espagne). Souhaitant devenir écrivain, elle fera des études de littérature. La passion de la photographie lui viendra lors d’un voyage qu’elle effectuera au Tchad, avec son frère, en 1970. C’est là-bas, avec un Nikon 28 millimètres, offert par ce frère tant aimé et qui se suicidera un jour , qu’elle fera ses premiers clichés. Une expérience marquante qui la pousse non seulement à continuer dans la photo, mais également de partir sur le terrain pour couvrir d’autres conflits.

Une chose est à retenir chez elle : elle n’a pas voulu se rendre dans des pays en guerre pour la guerre elle-même ou les actions militaires, mais pour les conséquences, les souffrances subies par la population bien souvent négligée, par la souffrance. Tout ce qui concerne les femmes et les enfants la touche et elle a eu envie que ces reportages-photos soient les témoins de cela, une transmission, que l’on puisse se rendre compte de l’autre facette d’une guerre.

La première fois qu’elle part en tant que photographe de guerre ce sera en Irlande du Nord, en 1972, durant la guerre civile. Pas question pour elle de rester à la maison. Dès qu’un conflit démarrait, elle était prise d’un besoin vital de partir.

Durant 40 ans, elle va couvrir les conflits au Nicaragua, Kosovo, Irlande du Nord, Salvador, Vietnam, Irak, Iran, Cambodge, Sahara occidental, Kurdistan, Liban (elle sera arrêtée à Beyrouth et a dû passer devant le tribunal révolutionnaire car prise, au départ, pour une espionne) et fut engagée par de nombreuses agences comme par exemple Sipa Press , Associated Press, ou Corbis Sygma. Ses photos ont fait la une de magazines et journaux internationaux : New York Times – Paris Match – Life – Le Monde – Newsweek – El Pais.

Elle a été très appréciée parce qu’elle a toujours su capter avec justesse, subtilité, émotion. Elle a su faire preuve d’empathie, de douceur, d’espoir et même d’humour, ce qui est incroyable par rapport à ce qu’elle traversait.

Elle s’est beaucoup tourné vers les femmes, qu’elles soient les mères, les sœurs, les épouses de ceux qui combattaient, des veuves aussi . Des femmes combattantes qui n’ont pas hésité à prendre les armes. Pour pouvoir les approcher et entrer dans leur intimité, elle n’hésitera pas à revêtir le tchador ou la burqua qui lui furent bien utiles pour cacher son appareil photo. Une grande partie de ses clichés ont pour sujet les enfants, victimes eux aussi, mais qui grandissaient avec une certaine insouciance parfois, au milieu des armes et du sang.

Elle abandonnera son métier en 2003 pour se consacrer à des travaux de collage et coloriage de ses propres clichés de guerre et autres clichés historiques.

Françoise DEMULDER :

Françoise DEMULDER (1947/2008) :  » La seule chose que je puisse faire est de montrer au reste du monde , à travers mes photos, ce qu’il se passe réellement. Avec des photos tu peux réveiller, secouer  »

Françoise Demulder, surnommée Fifi par le dirigeant palestinien Yasser Arafat dont elle était l’amie, est née à Paris en 1947 -Elle a fait du mannequinat et des études de philosophie avant de se lancer dans le journalisme. Elle rejoint en 1970 au Vietnam,en simple touriste, son compagnon d’alors . Il est photographe. A ses côtés, sur le terrain, elle apprendra le métier, directement plongée dans la guerre qui sévit dans ce pays.

Compte tenu de la forte demande de photos, elle va collaborer avec l‘agence Gamma. Contrairement à d’autres, elle va davantage porter son regard sur la souffrance des civils. Les photos qu’elle réalisera, au moment de la fin de la guerre au Vietnam, vont lui apporter une reconnaissance internationale.

Elle partira après pour le Cambodge où une guerre civile vient de se déclarer : Khmers rouges contre l’armée du président Lon Nol qui a reçu l’appui des Etats-Unis. Son regard va particulièrement s’attarder sur les enfants-soldats qui se lanceront, eux aussi, dans la guerre. Elle photographiera leurs entrainements, leur départ sur le front.

Elle poursuivra son travail, par la suite, de 1973 à 1991 , dans d’autres zones de combat : Pakistan -Angola – Liban – Palestine – Cuba – Ethiopie – Irak, en donnant une préférence au sort des civils. Elle sera la première femme à recevoir en 1977 le prestigieux World Press Award pour une photo qu’elle avait réalisé lors des combats dans le quartier de la Quarantaine à Beyrouth (Liban).

Ses célèbres photos paraitront dans de nombreuses revues et magazines comme, par exemple : Paris Match – Stern ou Newsweek

En dehors du fait de sa beauté et de son élégance, elle était réputée ou reconnue par ses pairs comme se démarquant des autres dans son travail, quelqu’un de très courageux, drôle, passionnée par son métier et son grand sens de l’esthétique photographique. Sa particularité était de s’installer dans le pays où elle partait pour couvrir ses photos de guerre. Parfois durant des mois, tout simplement parce qu’elle souhaitait s’imprégner et comprendre ce pays, sa culture, etc…

A partir de 1980, elle délaissera le noir et blanc pour la couleur. Dix ans plus tard, elle couvrira la seconde guerre du Golfe en Irak et sera sur place lors de l’opération Tempête du désert.

Son travail photographique a toujours été salué que ce soit par les agences ou ses confrères journalistes. En témoignage du profond respect que ces derniers ont toujours eu pour elle, la sachant gravement malade entre 2000/2001, et n’ayant pas de couverture sociale malgré son travail auprès de grandes agences, ils ont organisé une vente de photos afin de pouvoir récolter de l’argent afin qu’elle puisse recevoir un traitement pour couvrir les frais médicaux occasionnés par le cancer de la moelle épinière dont elle souffrait . Elle va se retrouver complètement paralysée en 2003 suite à une erreur chirurgicale. Elle meurt d’une crise cardiaque en 2008. Le Ministère de la culture française lui rendra alors un vibrant hommage.

Lee MILLER :

Lee MILLER 1907/1977  » Les femmes photographes de guerre doivent se battre sur deux fronts : les bombes et les hommes  »

Elisabeth Miller dite Lee a eu une vie très riche, tumultueuse, passionnée , faite de différentes facettes : elle a été mannequin, égérie de mode, portraitiste, puis correspondante-photographe de guerre. Elle a baigné dans différents mondes, dont le surréalisme.

Elle est née en 1907 Poughkeepsie (Etats-Unis) au sein d’une famille aisée. Enfance tourmentée car victime d’un viol à l’âge de 7 ans par un proche de la famille. Adolescence marquée par la mort de son petit ami, sous ses yeux, lorsqu’elle n’a que 18 ans. Après quoi, elle fera des études d’art plastique et de théâtre.

C’est son père qui l’intéressera à l’art de la photographie, et à New York que débutera sa carrière de mannequin, en posant notamment pour Vogue. Il faut dire qu’on la remarque car c’est une très belle femme. Au sein de la rédaction du magazine, elle rencontre Edmond Steichen, un photographe qui va lui transmettre sa passion . C’est lui qui lui conseille de se rendre à Paris et lui remet une lettre de recommandation pour Man Ray.

Direction la capitale française à Paris pour compléter et parfaire sa formation de photographe auprès de lui, tout en continuant à travailler dans le mannequinat. Elle deviendra son élève, son assistante et sa compagne . Ils s’aiment. Il lui apprend tout de son métier. Ensemble, ils découvriront (accidentellement) le principe de la Solarisation. C’est lui qui la fera entrer dans le monde des surréalistes. Elle rencontrera Picasso, Eluard, Cocteau etc…

On vante sa grande beauté mais cela ne l’intéresse pas. Elle veut être indépendante, s’émanciper de son célèbre amant, avoir une carrière de photographe reconnue, ne pas être réduite à n’être qu’une femme belle ou la muse de quelqu’un (Je préfère prendre une photo qu’en être une ) . Elle quitte donc Man Ray en 1932, retourne à New York où elle ouvre son propre studio avec son frère. Sa carrière de photographe telle qu’elle la souhaitait vraiment commence réellement. Elle va travailler pour des magazines célèbres, des agences de publicité, la presse, la mode, le cinéma, des marques de parfums, le théâtre.

En 1934, elle épouse un riche homme d’affaires Aziz Eloui Bey et part vivre en Egypte avec lui. Leur mariage ne sera qu’une parenthèse dans sa vie, car elle se tournera très vite vers l’amour libre, les rencontres, les expériences diverses dans ce domaine et les fêtes (celles données avec son autre mari, le peintre surréaliste Roland Penrose, dans le village de Chiddingly (Angleterre) restent mémorables)

La seconde guerre mondiale va changer sa vie et sa carrière. Beaucoup affirment que c’est David Scherman, journaliste à Life et son ami, qui lui a insufflé cette envie de s’impliquer en tant que correspondante et photographe de guerre. Elle est accréditée en 1942 par l’US Army, engagée par le magazine Vogue anglais. C’est quelque chose de terriblement important pour elle tant sur le plan professionnel que personnel.

Elle va donc très vite se retrouver au cœur du conflit, et des horreurs qui vont avec. On va apprécier sa façon particulière de photographier avec toujours des jeux d’ombre et de lumière, un style un peu cynique, surréaliste, qui plaisent beaucoup , et l’on n’hésitera pas à lui confier divers reportages . En 1944, elle se retrouvera dans un hôpital de campagne en Normandie pour un documentaire, puis ce seront des clichés sur des femmes tondues pour avoir entretenu une relation avec des soldats allemands, les femmes face à la pauvreté, le rationnement, leur travail en usine, mais aussi des femmes soldats, pilotes … Après quoi, chose assez rare pour une photographe de guerre, elle se rendra en Allemagne où elle s’attardera sur les ruines, le quotidien du peuple allemand, les camps de Dachau, Buchenwald, et se fera même photographier dans la baignoire d’Hitler !

Ses divers reportages seront publiés par les éditions anglaise et américaine de Vogue. Son travail va lui laisser des images qui la hanteront souvent. Elle repartira, par la suite, pour d’autres photos, au Danemark, en Autriche, en Hongrie. Puis les commandes cesseront d’arriver .

Par la suite, elle va connaitre ce dont beaucoup souffriront au retour de guerre : un stress-traumatique qui la fera plonger dans l’alcool et la dépression.:  » Avec la fin de la guerre, j’ai l’impression d’avoir perdu mon équilibre et mon enthousiasme ou quelque chose. Il semble qu’il n’y ait plus d’urgence. » Son métier de photographe prendra fin, et ne souhaitera plus se retourner sur ce passé. Il ne ressurgira qu’à sa mort, en 1977, lorsque son fils Anthony (qu’elle avait eu avec Roland Penrose) retrouvera tout son travail en tant que photographe de guerre. Il faut savoir qu’un grand nombre de ses photos de guerre furent détruites car compromettantes, et que, par exemple, la censure a bloqué certains de ses reportages ( notamment celui sur les infirmières de guerre américaines en 1943).

Devenue grand-mère, elle a écrit un livre de cuisine, des recettes, mais aussi une analyse sur l’influence de l’art culinaire.

Susan MEISELIAS :

Susan MEISELAS en 1978 au Nicaragua –  «  La caméra est une excuse pour être dans un endroit auquel vous n’appartenez pas autrement. Cela me donne à la fois un point de connexion et un point de séparation. On travaille toujours avec ses propres pensées et émotions ainsi que son ressenti des instants. L’essentiel étant de se dévoiler et de révéler son implication auprès de sn sujet. Il ne s’agit pas uniquement de ce que l’on a en tête, mais également du message que notre corps transmet. « 

Elle est née en 1948 à Baltimore (Etats-Unis). Parallèlement à ses études en art visuel à l’Université d’Harvard, elle suit des cours de photographie. Dès le départ dans ce domaine, elle met au point une méthode de travail qui ne la quittera pas, à savoir qu’elle s’implique totalement avec les personnes qui sont l’objet de ses clichés, souvent des séries qu’elle accompagne d’informations précieuses. Elle a souvent expliqué ne pas se rendre sur un lieu en ayant une idée précise du déroulement de son travail. Elle a toujours préféré que ses idées évoluent au fur et à mesure de son avancée sur le terrain, en rencontrant les personnes et respecter surtout les convenances.

C’est une photo-journaliste très talentueuse qui a reçu de très nombreux prix réputés dont le célèbre Prix MacArthur- le prix d’excellence Leica – le Prix de la Fondation Hasselblad – le Prix Women in Motion (pour la photographie) – le prix de la Fondation Kering pour la place des femmes dans la photographie – le prix de la Fondation Deutsche Börse – le prix Kraszna Krausz Fellowship pour son engagement, son investissement, dans les divers thèmes qu’elle a traités etc etc … il y en a eu tant et tant !!

Elle a travaillé en noir et blanc, mais en couleur aussi. Elle fut vivement critiquée à ce sujet lorsqu’elle a utilisé la couleur durant la guerre au Nicaragua, notamment par la plasticienne Martha Rosler qui faisait remarquer que la couleur n’allait pas de pair avec des photos de guerre et qu’elle voyait plutôt ces clichés comme de l’art.

« Au cours de mon travail sur la guerre au Nicaragua, j’ai compris que pour comprendre une violence politique, il fallait comprendre ce qui la motive, saisir chaque étape violente qui l’a précédée. Les gens répondent à des conditions de vie intolérables. « 

Certains de ces clichés furent même écartés, plus tard, lors d’expositions, parce que l’on pensait que le public ne pourrait supporter ces images en couleur. Pour elle c’était une évidence et elle l’a expliqué :  » J’ai travaillé en noir et blanc, mais au Nicaragua ce qui captait mon regard, c’était la couleur des vêtements, des maisons, du sang … Il m’était impossible de passer à côté. On m’a dit que ma couleur « embellissait le sujet ». Je crois surtout qu’elle le rendait moins « romantique » que le noir et blanc. J’ai senti, dans le cas du Nicaragua, que la couleur était juste « .

En 1976, elle va consacrer un reportage photographique sur des strip-teaseuses (Carnival Strippers) qui va beaucoup plaire à l’Agence Magnum qui, dans la foulée, l’engage. C’est à cette époque qu’elle part au Nicaragua. Aucun sujet précis ne lui avait été demandé. Elle se retrouver face à une population qui se bat contre la dictature gouvernementale. Le courage et le combat menés par cette population la toucheront beaucoup et elle va photographier leur quotidien. Son reportage va se révéler très important car c’est à partir de lui, que le monde prendra réellement conscience du conflit qui sévit dans ce pays. Elle va également souhaiter se rendre au cœur des combats s’introduire auprès de la guérilla et dans leur vie de tous les jours.

Dix ans après la fin de la guerre au Nicaragua, elle partira travailler dans d’autres pays comme la Colombie, l’Argentine, le Mexique, le Chili, puis au Salvador où sévit une autre guerre civile terrible. En regardant son travail dans ce pays, à ce moment précis de son histoire, on comprend combien cela a du être dangereux et difficile pour elle. Afin d’être un peu plus protégée, elle fera le choix de se déplacer avec une équipe de reporters. Elle s’est également rendue au Kurdistan.

Après toutes ces années de guerre et de cruauté, elle va se tourner dans une autre forme de violence en suivant une équipe de police dans les rues de New York, quartier de Little Italy,

Une grande rétrospective a été organisé en France en 2018 au Musée du Jeu de Paume à Paris. Elle a écrit des livres sur son travail photographique tout au long de sa carrière, dont un qui fut destiné aux jeunes afin de les sensibilité à la photographie, de leur donner des explications techniques et surtout les inciter à expliquer leurs ressentis au travers de leurs photos.

Carolyn COLE :

Carolyn COLE –  » Le photojournalisme est plus qu’un métier, c’est une passion qui demande un effort constant. Peu importe depuis combien de temps vous prenez des photos, il est toujours difficile d’obtenir de bonnes images qui, non seulement rapportent l’actualité, mais sont composées d’une bonne lumière et d’une bonne sensation. J’aime être témoin de l’histoire, mais cela implique la responsabilité de créer des images qui résisteront à l’épreuve du temps. « 

Carolyn Cole est une brillante photojournaliste née aux Etats-Unis en 1961. Fascinée dès son plus jeune âge par la photographie, elle reçoit son premier appareil à l’époque du lycée. Elle fera des études à l’Université du Texas, section photo-journalisme, et en ressort avec un baccalauréat es arts en poche. Puis ce sera une maitrise de communication visuelle à l’Université de l’Ohio.

Elle a à son actif une carrière de 35 ans passés en tant que photographe de presse. Une carrière qui a débuté en 1986 au El Paso Herald Post , et qui se poursuivra au San Francisco Examiner et au The Sacramento Bee. Elle rejoindra le Los Angeles Time en 1994 et elle y est toujours.

Avec tous ces journaux, magazines, et quotidiens, elle va se trouver exposer à des reportages photos , en noir/blanc et couleurs, assez dramatiques. Pour son reportage d’une fusillade de rue, elle recevra le Prix Pulitzer. Après quoi elle ira couvrir la guerre au Kosovo, puis l’Irak, l’Afghanistan, Israël, et le Libéria.

Elle va être le témoin des bombardements, de la souffrance des civils, des opérations militaires. Ses photos, malgré la violence, la souffrance, la peur, sont émotionnellement magnifiques. Elle a une originalité, une douceur, et un langage personnel qui la rendent exceptionnelle et qui justifie le nombre de prix prestigieux dont elle a été couronnée (quatre prix mondiaux Press Awards et une nomination à trois reprises en tant que photographe américaine de l’année)

Son but aura d’avoir toujours voulu témoigner mais sans pour autant rebuter. Lorsqu’elle s’est retrouvée dans l’église de la Nativité à Bethléem pour son reportage , elle a réussi à capter le côté sacré du lieu alors qu’à l’extérieur sévissaient des représailles après un attentat. C’était un moment très difficile puisque s’étaient réfugiés dans cet endroit des soldats palestiniens, des militaires, des policiers. Elle va rester enfermée avec eux, prise au piège. Avant l’évacuation, elle confie sa carte mémoire où se trouvent toutes ses photos. Elle est fouillée, on ne trouve rien. On la laisse partir. Elle retournera plus tard dans l’église pour reprendre ce qu’elle avait caché.

 » C’est mon travail d’être les yeux de ceux qui ne peuvent pas être là pour témoigner de ce qu’il se passe et essayer d’atteindre ceux qui ont la force et la volonté d’aider …  »

Anja NIEDRINGHAUS :

Anja NIEDRINGHAUS (1965/2014)  » Je crois que le don d’un bon photographe est de réagir vite et de saisir très vite les liens. Rien ne peut être planifié à l’avance. Parfois je ne peux même pas vous dire ce que je vais faire dans la prochaine heure. C’est aussi ce qui est intéressant. Mais je me fraye un chemin plus loin dans l’histoire, plus loin, et je la laisse venir à moi et rapporte ce que je voyais. Ce que je trouve triste, très triste, c’est que même si vous n’avez vu les personnes que vous photographiez que durant une courte période, que ce soit quelques minutes ou quelques secondes, vous avez déjà établi une relation quelque part. Le plus triste est que vous ne les reverrez jamais. »

Anja Niedringhaus a été une brillante et très professionnelle photographe de l’Agence A.P.(Associated Press), la première photographe allemande à recevoir le Prix Pulitzer pour son reportage en Irak. Malheureusement, elle sera tuée par balle à bout portant, alors qu’elle se trouvait dans sa voiture avec sa collègue Kathy Gannon (qui sera grièvement blessée) à Banda Khel , en Afghanistan, par un policier alors qu’elle couvrait les élections présidentielles de 2014. Elle meurt sur le coup à l’âge de 48 ans.

Nombreux furent celles et ceux qui rendront hommage à son travail ,à son courage, sa gentillesse, à ce rire communicatif qu’ils appréciaient tant. Elle n’a jamais hésité à affronter les situations les plus dangereuses qui se présentaient à elle, et s’est toujours investie à fond. « Je pense que la peur est importante. Une certaine peur que je peux évaluer. Je ne veux pas être un Rambo et dire  » je n’ai pas peur « . Bien sur que j’ai peur, mais j’ai appris à bien me connaitre ces vingt dernières années. Donc je sais comment réagir dans des situations dangereuses. Je ne deviens pas hystérique, je devient juste très, très calme. Et je pense que la peur, une certaine peur fondamentale, est vitale. »

La passion de la photo lui est venue très tôt lorsqu’elle n’avait que 12 ans. Elle est douée, tellement douée qu’on lui confie un premier reportage à l’âge de 17 ans ! Après quoi, elle poursuivra des études de langue et littérature allemande, ainsi que de philosophie et journalisme à Göttingen. Parallèlement, elle continue la photographie. C’est pour elle qu’elle abandonnera ses études six ans plus tard.

Elle décidera de ne se consacrer qu’à sa passion et entrera à l’European Pressphoto Agency faisant d’elle la première femme engagée dans l’agence à 24 ans. Son envie la plus forte : être envoyée en mission sur un conflit. En 1992, la guerre du Kosovo va lui permettre de réaliser son rêve. Elle va devoir beaucoup insister pour qu’on accepte de la laisser partir, mais elle finira par le faire. Même si elle n’a aucune expérience, elle va pourtant s’avérer tout à fait à l’aise au sein de son équipe.

Elle va vite se trouver projeter au milieu de la violence de la guerre, de la mort. Au travers de ce chaos, elle arrivera à saisir des brides d’espoir, le sourire d’un enfant ou un autre signe d’humanité et d’optimisme. Elle sera grièvement blessée par une voiture de police. Un accident qui ne mettra nullement fin à son envie de retourner en mission : ce sera chose faite quelques mois plus tard en Albanie.

En 2002, sa collaboration avec l’European Pressphoto Agency prendra fin. Elle rejoindra alors l’Associated Press, une des plus grandes agences mondiales. Elle se rendra dans les zones les plus dangereuses : Irak, Afghanistan, Palestine, Lybie, Irak. Elle va très souvent travailler aux côtés des soldats, ce qui non seulement n’est pas facile, mais l’expose à de grands dangers. Ses clichés mettent aussi en évidence leur vie sur le front, leur stress permanent, leur fatigue. Elle se tient auprès d’eux sans les déranger mais en les respectant.

Elle n’hésite pas, également, à se lier avec les habitants des villages qu’elle traverse, partager un repas ou un simple thé avec eux, et photographier ces humains, leur quotidien, et leur souffrance face à la guerre. Pour elle son travail a pour but de montrer au monde un autre visage de la guerre, avec des enfants qui jouent malgré tout face à toutes ces horreurs.

Elle sera à nouveau blessée par des éclats d’obus en Afghanistan, sera rapatriée en Allemagne, mais retournera sur le terrain dès qu’elle le pourra. Elle n’a eu cesse de vouloir toujours retourner dans ce pays où malheureusement elle perdra la vie en 2014.

La photographie de guerre a couvert une grande partie de son travail, mais pas que. Elle s’est intéressée à d’autres sujets comme les Jeux Olympiques par exemple. Elle a reçu de nombreux prix tout au long de sa carrière.