Roman ou Mémoires … par Simone de BEAUVOIR

« J’aime les deux exercices. Ils offrent des satisfactions et des déceptions différentes. En écrivant mes mémoires, c’est très agréable d’être soutenue par la réalité. D’un autre côté quand on suit la réalité au jour le jour, comme je l’ai fait, il y a certaines profondeurs, certains types de mythes et de significations qu’on néglige. Dans le roman, toutefois, on peut exprimer ces horizons, ces accents de vie quotidienne, mais il y a un élément « fabriqué » qui reste dérangeant. On devrait viser à inventer pas à fabriquer. Je voulais parler de mon enfance et de ma jeunesse depuis longtemps avec lesquels j’ai toujours entretenu un lien profond. J’ai toujours eu ce désir de discussion d’un partage à cœur ouvert. C’était un besoin très personnel et sentimental. » Simone de BEAUVOIR (Philosophe, essayiste, romancière et mémorialiste française )

SIMONE DE BEAUVOIR.jpg
Simone de BEAUVOIR ( 1908-1986 ) 

Écrire, c’est … Fernando PESSOA

 » Pour moi écrire c’est m’abaisser, mais je ne puis m’en empêcher. Écrire c’est comme la drogue qui me répugne et que je prends quand même, le vice que je méprise et dans lequel je vis. Il est des poisons nécessaires, et il en est de forts subtils, composés des ingrédients de l’âme, herbes cueillies dans les ruines cachées de nos rêves, coquelicots noirs trouvés sur les tombeaux de nos projets, longues feuilles d’arbres obscènes agitant leurs branches sur les rives sonores des eaux infernales de l’âme. » Fernando PESSOA (Écrivain, critique, polémiste et poète portugais)

PESSOA Fernando.jpg
Statue de Fernando PESSOA réalisée par Lagoa HENRIQUES – Elle se trouve devant le café Brasiliera, Rue Garrett à Lisbonne -Portugal- ( un café que l’écrivain fréquentait )

ÉCRIRE UN LIVRE … par Patrick MODIANO

 » Curieuse activité solitaire que celle d’écrire. Vous passez par des moments de découragement quand vous rédigez les première pages d’un roman. Vous avez, chaque jour, l’impression de faire fausse route ; et alors, la tentation est grande de revenir en arrière et de vous engager dans un autre chemin. Il ne faut pas succomber à cette tentation, mais suivre la même route. C’est un peu comme d’être au volant d’une voiture la nuit, en hiver, et rouler sur le verglas sans aucune visibilité. Vous n’avez pas le choix, vous ne pouvez pas faire marche arrière, vous devez continuer d’avancer en vous disant que la route finira bien par être plus stable et que le brouillard se dissipera.

Sur le point d’achever un livre, il vous semble que celui-ci commence à se détacher de vous et qu’il respire déjà l’air de la liberté, comme les enfants dans la classe la veille des grandes vacances. Ils sont distraits et bruyants et n’écoutent plus leur professeur. Je dirais même qu’au moment où vous écrivez les derniers paragraphes, le livre vous témoigne une certaine hostilité dans sa hâte de se libérer de vous. Et il vous quitte à peine avez-vous tracé le dernier mot … C’est fini, il n’a plus besoin de vous, il vous a déjà oublié. Ce sont désormais les lecteurs qui le révéleront à lui-même. Vous éprouvez, à ce moment là, un grand vide et le sentiment d’avoir été abandonné, et aussi une sorte d’insatisfaction à cause de ce lien entre le livre et vous qui a été tranché trop vite. Cette insatisfaction et ce sentiment de quelque chose d’inaccompli vous poussent à écrire le livre suivant pour rétablir l’équilibre, sans que vous y parveniez jamais. A mesure que les années passent, les livres se succèdent et les lecteurs parleront d’une œuvre. Mais vous aurez le sentiment qu’il ne s’agissait que d’une longue fuite en avant.  » Patrick MODIANO (Écrivain français, prix Nobel de littérature en 2014 )

MODIANO Patrick 2
Patrick MODIANO

 

L’ÉCRIVAIN … Vu par Robert WALSER

 » L’écrivain, avec ses propres sensations, vit tout : c’est un charretier, un aubergiste, un attaquant, un chanteur, un cordonnier, une dame de salon, un mendiant, un général, un apprenti de banque, un danseur, une mère, un fils, un père, un menteur, un créateur, un amoureux. Et le clair de l’une c’est le murmure de la fontaine, c’est la pluie, la chaleur de la rue, la plage, le voilier. Quand il écrit, il pose son trésor sur la table. L’écrivain est la rougeur sur la joue de la femme qu’il aime, c’est l’adversaire dominé par la haine. Un écrivain c’est tout cela et ce doit être tout cela !  » Robert WALSER ( Poète et écrivain suisse de langue allemande)

robert walser
Robert WALSER

Ecriture et savoir … Amadou HAMPÂTÉ BÂ

 » Je concède que nous sommes des analphabètes, mais je ne vous concède pas que nous soyons des ignorants. Vous confondez, à ce que je vois, l’écriture et le savoir. Pour nous l’écriture est une photographie du savoir. L’écriture que vous apprenez c’est la science d’un autre, elle n’est pas intuitive, c’est un peu comme un puits qui reçoit ses eaux du dehors. Dans mon pays, chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui a brûlé. » Amadou HAMPÂTÉ BÂ (Écrivain et ethnologue malien)

AMADOU HAPATE BA
Amadou HAMPÂTÉ BÂ

Écrire … par Erri DE LUCA

« J’écris toujours avec un stylo sur un cahier. Je suis resté attaché à cette forme de rédaction. Je travaille ainsi : j’écris sur la page de droite et je laisse la page gauche blanche pour les éventuels rajouts. Et puis je me rends compte que, finalement, j’ai jeté un cahier à moitié écrit parce que la page blanche est restée blanche. Je fais peu de corrections et je gaspille la moitié d’un cahier.  Il me faut un cahier avec des lignes et non des petits carreaux parce que les petits carreaux ressemblent à des barreaux et moi je suis d’un siècle qui a été le plus prisonnier dans l’histoire de l’humanité. C’est pour cela que je ne peux plus voir les barreaux. Les lignes me sont utiles parce que sinon je n’écris pas droit. » Erri DE LUCA ( Écrivain, poète et traducteur italien)

ERRI DE LUCA
Erri de LUCA

L’Écriture ….

 » L ‘écriture est un rite religieux, une réforme, une rééducation pour les autres et pour le monde tel qu’il est et tel qu’il pourrait être. Une création qui ne disparaît pas comme une journée à la machine à écrire ou assis sur une chaise. L’écriture reste : elle est seule au monde. Tous la lisent. Elle vous fait réagir comme vous réagiriez à une personne, à une philosophie, à une religion, ou à une fleur. Elle peut vous plaire ou pas. Elle peut vous aider ou pas. L’écriture teste des émotions qui donne de l’intensité à la vie. Elle vous offre un plus. Au début c’est un acte gratuit. Si elle vous fait gagner encore plus, tant mieux. La chose la plus terrible, la plus terrible de toutes, serait une vie sans écriture. Comment faire alors pour vivre avec les maux mineurs et les diminuer encore ….  » Sylvia PLATH ((Écrivaine américaine)

ECRIRE PIETRO ROTARI
Tableau de Pietro ROTARI

Ecrivain … par Karl KRAUS

 » Il y a deux sortes d’écrivains : ceux qui le sont et ceux qui ne le sont pas. Chez les premiers, le fond et la forme sont ensemble comme l’âme et le corps ; chez les seconds, le fond et la forme vont ensemble comme le corps et l’habit. » Karl KRAUS ( Écrivain, dramaturge, poète, essayiste, poète, pamphlétaire autrichien)

karl kraus