Écrire …

 » Écrire ! Pouvoir écrire ! Cela signifie la longue rêverie de la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tourne en rond autour d’une tâche d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse en fléchettes, l’orne d’antennes, de pattes, jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot, mué en insecte fantastique, envolé en papillon-fée.

Écrire, c’est le regard accroché, hypnotisé par le reflet de la fenêtre dans l’encrier d’argent, la fièvre divine qui monte aux joues, au front, tandis qu’une bienheureuse mort glace sur le papier la main qui écrit. Cela veut dire aussi l’oubli de l’heure, la paresse au creux du divan, la débauche d’invention d’où l’on sort courbatu, abêti, mais déjà récompensé et porteur de trésors qu’on décharge lentement sur la feuille vierge dans le petit cirque de lumière qui s’abrite sous la lampe.

Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite que parfois la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide, et retrouver le lendemain, à la place du rameau d’or, miraculeusement éclos en une heure flamboyante, une ronce sèche, une fleur avortée.

Écrire ! Plaisir et souffrance d’oisifs ! Écrire ! J’éprouve bien, de loin en loin, le besoin vif comme la soie en été, de noter, de peindre. Je prends la plume pour commencer le jeu périlleux et décevant, pour saisir et fixer sous la pointe double et ployante, le chatoyant, le fugace, le passionnant adjectif. Ce n’est qu’une courte crise, la démangeaison d’une cicatrice.

Il faut trop de temps pour écrire ! Et puis … Je ne suis pas Balzac moi !  » Sidonie Gabrielle COLETTE dite COLETTE (Femme de Lettres française – Extrait de son livre La Vagabonde)

Colette, escritora camuflada y cabaretera famosa - ACALANDA Magazine
COLETTE ( 1873/1954)

Une lettre …

 » Une lettre est une âme, elle est un si fidèle écho de la voix qui parle que les esprits délicats la comptent parmi les plus riches trésors de l’amour … » Honoré de BALZAC (Écrivain français- Extrait de son livre Le Père Goriot / 1834 )

LETTRE Eugène ACCARD
 » Jeune femme lisant une lettre  » Eugène ACCARD

C’est par l’écriture …

 » C’est par l’écriture toujours qu’on pénètre le mieux les gens. La parole éblouit et trompe, parce qu’elle est mimée par le visage, parce qu’on la voit sortir des lèvres, et que les lèvres plaisent et que les yeux séduisent. Mais les mots noirs sur le papier blanc, c’est l’âme toute nue. » Guy de MAUPASSANT ( Écrivain et journaliste français )

Guy de MAUPASSANT
Guy de MAUPASSANT ( 1850/1893 ) Photo NADAR

Le poète, le vrai poète …

 » En vérité, le poète, le vrai poète, possède l’art du funambule. Écrire, c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté : le fil d’un poème, d’une œuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire c’est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile ce n’est pas de s’élever du sol et tenir en équilibre aidé du balancier de sa plume sur le fil du langage. Ce n’est pas non plus aller tout droit en une ligne continue parfait entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d’une virgule, ou que l’obstacle d’un point … Non, le plus difficile, pour le poète, c’est de rester continuellement sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c’est de devenir un funambule du verbe.  » Maxence FERMINE  (Extrait de son livre Neige)

POETE Evgeny DEMAKOV
Tableau : Evgeny DEMAKOV

Les lettres …

 » Les lettres sont utiles comme moyen d’expression à savoir idéales, et aucune autre méthode de communication  n’est plus efficace à cet effet – Dans les lettres nous pouvons corriger sans problème, supplier sans humilier, tailler et donner aux expériences embarrassantes la forme que nous désirons.  Une lettre n’est pas un dialogue, ni même une exposition omnisciente. La lettre, de par sa forme naturelle, est auto-justifiante : elle est sa propre preuve, sa déposition, un témoignage égoïste. Dans une lettre, l’écrivain a en mains toutes les cartes, contrôle tout sur lui-même et sur les affirmations qu’il souhaite faire concernant les événements ou la valeur des autres. Pour les personnages complètement égocentriques, la forme lettre est une activité complexe et enrichissante  » Elizabeth HARDWICK ( Critique littéraire, auteur de romans, nouvelles et essais)

correspondance
Collage photo de Silvia HOKKE

 

 

 

Écrire …

 » A moins d’être Balzac ou Dostoïevski, celui qui écrit ne peut pas inventer chaque semaine quelque chose d’original et de créatif, ni encore moins étudier à fond un nouveau sujet. Pour écrire vraiment, il faut de longues périodes de temps, du silence, des pauses. Il faut laisser flâner sa pensée, passer des heures devant la feuille blanche. Une certaine dose d’aridité aussi est nécessaire ; ce n’est pas par hasard que tant d’écrivains, parmi les plus grands, ont éprouvé de la difficulté à écrire, parfois même du dégoût sur le papier, et que tant de spécialistes, parmi les plus grands, sont capables d’étudier un sujet pendant des années pour ensuite se taire, insatisfaits des résultats obtenus, ou rédiger tout au plus une brève communication.  » Claudio MAGRIS ( Journaliste italien, écrivain, germaniste, universitaire – Extrait de son ouvrage Utopie et désenchantement)

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Claudio MAGRIS

 

 

Avant les mails …

 » On a oublié qu’il fut un temps, avant l’ordinateur, avant internet, avant les mails, avant le téléphone portable, avant les SMS, où l’on s’écrivait des lettres, des longues lettres, régulièrement comme un bonheur, comme un plaisir. On appelait cela une correspondance. On disait «  entretenir une correspondance  » , et c’est un mot tellement beau, tellement juste : on correspond parce qu’on se correspond. » Alain RÉMOND (Écrivain et chroniqueur français – Extrait de son livre Celui qui n’est pas venu )

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Alain RÉMOND 
ECRIRE LUKE FILDES
Tableau de Samuel Luke FILDES

La passion d’écrire … par Claude ROY

 » La passion d’écrire devrait être une passion morale. Cela peut aller de la gourmandise de vivre de Colette qui écrit pour mieux savourer et pénétrer  le goût des choses de tous les jours, la saveur d’un fruit, le velouté d’une chair, le pelage électrique d’un chat, à la leçon de tenue de Kouznetsov qui écrit  au Goulag pour survivre, pour garder ses distances avec ses bourreaux, pour garder l’échine droite face à ceux qui  veulent le briser … La passion d’écrire, cela devrait être un art d’éclairer  (pour soi et pour les autres) un peu plus la vie, afin de la vivre davantage.  » Claude ROY (Poète, essayiste, romancier, critique, journaliste et traducteur de poésie chinoise)

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Claude ROY ( 1915/1997 )

Écrire … par Oriana FALLACI

 » Écrire c’est l’atroce solitude d’une pièce  qui se transforme, peu à peu, en une prison, une cellule de la torture. C’est la peur de la page blanche qui vous scrute, moqueuse. C’est la torture du mot que vous ne trouvez pas, et lorsque vous le trouvez il faut qu’il rime avec le mot juste à côté. C’est le martyre de la phrase boiteuse, de la métrique qui ne tient pas, de la structure qui ne tient pas non plus, de la page qui ne fonctionne pas, du chapitre que vous devez arrêter … et refaire, refaire, refaire, jusqu’à ce que les mots semblent une nourriture qui s’échappe de la bouche affamée de Tantale. C’est le renoncement au soleil, au ciel bleu, au plaisir de se promener, de voyager, de bouger tout son corps , pas uniquement les mains et la tête. C’est une discipline de moine, un sacrifice de héros.  » Oriana FALLACI ( Écrivain, essayiste et journaliste italienne )

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Oriana FALLACI ( 1929 – 2006 )