Écrire …

 » Écrire c’est poser sur la mélancolie du miel. C’est placer la ruche de vivre au cœur de l’abeille des jours. Écrire c’est se placer sous l’ombre latérale de la lune, invoquer sa puissance minérale, partager la ligne inconnue des étoiles avec les fourmis et les passants de l’herbe. Écrire c’est dire un monde qui hésitait à naître. Il y a dans chaque ruelle du sens et des fragrances. Écrire est une femme d’argile, puissante et visionnaire. Écrire est un homme d’ambre qui, dans son silence, détient la clef du passage. Écrire c’est pousser une porte. C’est traduire la brume de l’âme. Écrire c’est entrer dans la fratrie des humains, partager le sel et l’ocre de la terre, partager la souffrance et le miroir d’une joie humble, partager l’intérieur avec la ligne d’horizon du grand imaginaire des hommes. Écrire c’est donner, c’est prendre et restituer la parole dans un frémissement. Écrire c’est oublier des milliers de mots pour choisir le mot juste, celui qui ouvre le ciel dans sa densité et son mystère. Écrire c’est donner une chance à l’ange de demeurer dans l’intégrité du don. Écrire c’est la vie et la mort, le soleil et la pluie rouge. Écrire c’est pour chacun un lien précieux avec l’inventaire du temps qui passe et la mémoire d’une vie, ni grande ni petite, ni sublime, ni insignifiante. Une vie dans la lumière acquise et dans l’ombre redoutée. Écrire est une pierre précieuse dans l’incarnation d’un tout petit caillou qui contient à la fois l’humilité et le point virgule de l’éternité. » Patrick CHEMIN (Écrivain, poète français. Il a également écrit pour le théâtre et le cinéma)

La calligraphie …

« La calligraphie est l’algèbre de l’âme tracée par l’organe le plus spiritualisé du corps : sa main droite. Elle est la célébration de l’invisible par le visible.  » Michel TOURNIER (Écrivain français – Extrait de son livre La goutte d’or)

 » La calligraphie japonaise ressemble à un souffle. le souffle du dragon. Elle consiste à peindre l’instant avec une force inouïe et une délicatesse extrême.  » Maxence FERMINE (Écrivain français – Extrait de son livre Zen)

Écrire & Encre …

 » L’encre, cette noirceur d’où sort la lumière  » Victor HUGO (Écrivain, poète, dramaturge, prosateur romantique français, intellectuel engagé)

 » Il ne faut écrire qu’au moment où à chaque fois que tu trempes ta plume dans l’encre un morceau de ta chair reste dans l’encrier. » Léon TOLSTOÏ (Écrivain russe)

« Écrire ? C’est se battre avec l’encre pour se faire entendre » Jean COCTEAU (Cinéaste, écrivain, poète, dramaturge français)

Écrire …

 » Écrire ! Pouvoir écrire ! Cela signifie la longue rêverie de la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tourne en rond autour d’une tâche d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse en fléchettes, l’orne d’antennes, de pattes, jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot, mué en insecte fantastique, envolé en papillon-fée.

Écrire, c’est le regard accroché, hypnotisé par le reflet de la fenêtre dans l’encrier d’argent, la fièvre divine qui monte aux joues, au front, tandis qu’une bienheureuse mort glace sur le papier la main qui écrit. Cela veut dire aussi l’oubli de l’heure, la paresse au creux du divan, la débauche d’invention d’où l’on sort courbatu, abêti, mais déjà récompensé et porteur de trésors qu’on décharge lentement sur la feuille vierge dans le petit cirque de lumière qui s’abrite sous la lampe.

Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite que parfois la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide, et retrouver le lendemain, à la place du rameau d’or, miraculeusement éclos en une heure flamboyante, une ronce sèche, une fleur avortée.

Écrire ! Plaisir et souffrance d’oisifs ! Écrire ! J’éprouve bien, de loin en loin, le besoin vif comme la soie en été, de noter, de peindre. Je prends la plume pour commencer le jeu périlleux et décevant, pour saisir et fixer sous la pointe double et ployante, le chatoyant, le fugace, le passionnant adjectif. Ce n’est qu’une courte crise, la démangeaison d’une cicatrice.

Il faut trop de temps pour écrire ! Et puis … Je ne suis pas Balzac moi !  » Sidonie Gabrielle COLETTE dite COLETTE (Femme de Lettres française – Extrait de son livre La Vagabonde)

Colette, escritora camuflada y cabaretera famosa - ACALANDA Magazine
COLETTE ( 1873/1954)

Une lettre …

 » Une lettre est une âme, elle est un si fidèle écho de la voix qui parle que les esprits délicats la comptent parmi les plus riches trésors de l’amour … » Honoré de BALZAC (Écrivain français- Extrait de son livre Le Père Goriot / 1834 )

LETTRE Eugène ACCARD
 » Jeune femme lisant une lettre  » Eugène ACCARD

C’est par l’écriture …

 » C’est par l’écriture toujours qu’on pénètre le mieux les gens. La parole éblouit et trompe, parce qu’elle est mimée par le visage, parce qu’on la voit sortir des lèvres, et que les lèvres plaisent et que les yeux séduisent. Mais les mots noirs sur le papier blanc, c’est l’âme toute nue. » Guy de MAUPASSANT ( Écrivain et journaliste français )

Guy de MAUPASSANT
Guy de MAUPASSANT ( 1850/1893 ) Photo NADAR

Le poète, le vrai poète …

 » En vérité, le poète, le vrai poète, possède l’art du funambule. Écrire, c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté : le fil d’un poème, d’une œuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire c’est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile ce n’est pas de s’élever du sol et tenir en équilibre aidé du balancier de sa plume sur le fil du langage. Ce n’est pas non plus aller tout droit en une ligne continue parfait entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d’une virgule, ou que l’obstacle d’un point … Non, le plus difficile, pour le poète, c’est de rester continuellement sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c’est de devenir un funambule du verbe.  » Maxence FERMINE  (Extrait de son livre Neige)

POETE Evgeny DEMAKOV
Tableau : Evgeny DEMAKOV

Les lettres …

 » Les lettres sont utiles comme moyen d’expression à savoir idéales, et aucune autre méthode de communication  n’est plus efficace à cet effet – Dans les lettres nous pouvons corriger sans problème, supplier sans humilier, tailler et donner aux expériences embarrassantes la forme que nous désirons.  Une lettre n’est pas un dialogue, ni même une exposition omnisciente. La lettre, de par sa forme naturelle, est auto-justifiante : elle est sa propre preuve, sa déposition, un témoignage égoïste. Dans une lettre, l’écrivain a en mains toutes les cartes, contrôle tout sur lui-même et sur les affirmations qu’il souhaite faire concernant les événements ou la valeur des autres. Pour les personnages complètement égocentriques, la forme lettre est une activité complexe et enrichissante  » Elizabeth HARDWICK ( Critique littéraire, auteur de romans, nouvelles et essais)

correspondance
Collage photo de Silvia HOKKE

 

 

 

Écrire …

 » A moins d’être Balzac ou Dostoïevski, celui qui écrit ne peut pas inventer chaque semaine quelque chose d’original et de créatif, ni encore moins étudier à fond un nouveau sujet. Pour écrire vraiment, il faut de longues périodes de temps, du silence, des pauses. Il faut laisser flâner sa pensée, passer des heures devant la feuille blanche. Une certaine dose d’aridité aussi est nécessaire ; ce n’est pas par hasard que tant d’écrivains, parmi les plus grands, ont éprouvé de la difficulté à écrire, parfois même du dégoût sur le papier, et que tant de spécialistes, parmi les plus grands, sont capables d’étudier un sujet pendant des années pour ensuite se taire, insatisfaits des résultats obtenus, ou rédiger tout au plus une brève communication.  » Claudio MAGRIS ( Journaliste italien, écrivain, germaniste, universitaire – Extrait de son ouvrage Utopie et désenchantement)

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Claudio MAGRIS