Histoire d’un ballet :  » Proust ou les intermittences du cœur  » …

(Vidéo : Tableau  » La prisonnière » Isabelle CIARAVOLA & Hervé MOREAU – Étoiles de l’Opéra de Paris)

 » Car aux troubles de la mémoire sont liées les intermittences du cœur  » … écrivait Marcel Proust dans le tome IV de son livre A la recherche du temps perdu . Cette phrase va non seulement inspirer le chorégraphe Roland Petit, mais elle sera en partie présente dans l’intitulé de son ballet.

Une fois encore et comme il aimait souvent le faire, il va explorer le monde de la littérature. Après avoir aborder Hugo, Mérimée, Goethe, et autres, c’est dans celui de Proust qu’il s’attardera pour un merveilleux ballet en deux actes et treize tableaux, créé en 1974 à l’Opéra de Monte-Carlo avec les danseurs du Ballets de Marseille, une compagnie qu’il avait fondé deux ans plus tôt. Il sera le premier à proposer une chorégraphie revisitant cet ouvrage.. Il disait : dans Proust et les intermittences du cœur, j’ai voulu faire danser les sentiments. Il est vrai que ce roman offrait un grand nombre de sensations aptes à le séduire. Pour autant, il est important de signaler que ce n’est pas une adaptation fidèle, plutôt une inspiration.

La chorégraphie est épurée, évoquant certains chapitres du livre. Il y a le grand talent narratif de Roland Petit, mis à disposition d’extraits musicaux de compositeurs qu’il appréciait tout particulièrement comme Beethoven, Wagner, César Frank, Debussy, Saint-Saens.

On traverse à la fois le paradis et l’enfer, un côté heureux et un autre plutôt pervers, une vision de la société d’une époque passée, la recherche d’un idéal de beauté et d’un amour parfois impossible. Il y a de la grâce, de l’érotisme, de la passion, de la sensualité, de la tendresse et de l’émotion. Les corps sont subliment harmonieux, la gestuelle classique, les portés superbes, les gestes sobres, la danse plutôt éloquente, lumineuse, et même bouleversante. Roland Petit fait également référence, de façon assez délicate je dirai, à l’ambiguïté sexuelle exprimée dans le roman, lorsqu’il met en scène l’homosexualité.

Ce ballet est entré au répertoire de l’Opéra de Paris en 2007.

(Vidéo : Mathieu GANION & Stéphane BULLION-Étoiles de l’Opéra de Paris )

Histoire d’un ballet : DON QUICHOTTE …

C’est le ballet Don Quichotte, version Rudolf Noureev, qui est programmé cette année pour les fêtes de fin d’année (du 9.12. au 2.1.2022) à l’Opéra Bastille de Paris.

« Les aventures de Don Quichotte » , écrit par Miguel De Cervantes, furent publiées en deux volumes en 1605 et 1615. Ce chef-d’œuvre littéraire, riche en évènements et péripéties diverses, sorte de comédia bouffa à l’italienne, teinté d’exotisme tsigane et folie à l’espagnole, va inspirer les peintres, les caricaturistes, les réalisateurs de cinéma, les comédies musicales, les compositeurs de musique et bien entendu le monde de la danse avec, au départ, certains épisodes bien précis comme l’amour entre Kitri et Basile (Livre II) mais aussi la fête au village, le campement gitan, la bataille contre les moulins à vent etc… tout se fera, bien sur, autour du personnage central : Don Quichotte.

Ce ballet est au répertoire de nombreuses compagnies de danse. C’est le fleuron de la danse académique. Nombreux furent les chorégraphes qui ont souhaité donner leur version. Marius Petipa signera celle dite de référence.

Petipa avait été danseur au Théâtre du Roi à Madrid (Espagne). Il restera quatre ans dans ce pays. C’est là qu’il avait appris toutes les danses du folklore espagnol qui vont tant l’inspirer dans ses ballets comme Carmen et le torero, La Perle de Séville, la Fleur de Grenade et bien sur Don Quichotte.

Pour ce ballet, il avait encore en tête tous ses souvenirs, ainsi qu’un imaginatif très constructif et inventif. Il va légèrement s’inspirer de la version (Les noces de Gamache/1801) de Louis-Jacques Millon (Ier danseur à l’Opéra de Paris et chorégraphe). Par rapport au roman de Cervantes, il s’attachera surtout à la relation amoureuse entre Kitri et Basile, alternant, un peu comme dans Giselle, le rêve et la réalité, avec une fin heureuse.

Ce fut, diront les témoignages, un peu comme une pièce de théâtre, avec des quiproquos fort amusants, des moments féériques, de l’émotion, de l’humour. Il orientera son travail vers des danses dites de caractère, des danses folkloriques espagnoles comme la Morena, la Iota, la Lola, la Zingara, des danses avec des toreros maniant l’épée, ou celle des gitans, de la danse académique et de la pantomime. Le ballet sera créé en 1869 au Théâtre du Bolchoï.

(Vidéo :  » La danse des gitans  » Karl PAQUETTE)

Il proposera une autre version deux ans plus tard pour le Théâtre du Mariinsky cette fois, en rajoutant plus d’innovations, un acte supplémentaire et donnant un double rôle à l’héroïne à savoir qu’elle sera Kitri, mais aussi la jeune femme du rêve de Don Quichotte : Dulcinéa. Ce fut majestueux, élégant, raffiné, plus dramatique, moins humoristique, plus axé sur le côté psychologique des personnages.

La musique fut confiée à Ludwig Minkus. Elle signera le début d’une fructueuse collaboration entre Petipa et le compositeur puisqu’ils réaliseront ensemble 14 ballets ! Après le grand succès de celui-ci, Minkus sera nommé compositeur officiel à la place de Cesare Pugni qui venait de décéder.

La musique de Minkus est tout à fait charmante, utilisant beaucoup le leitmotiv pour bien appuyer sur la caractéristique de chaque personnage. Il attachera beaucoup d’importance à la substance théâtrale du ballet et ce comme le lui avait vivement recommandé Petipa.

Version Rudolf NOUREEV :

Noureev ne fut pas uniquement l’incroyable excellent danseur que l’on connait, il fut aussi un merveilleux chorégraphe, très imaginatif, créatif, fortement inspiré par celui qu’il admirait plus que tout : Marius Petipa. Don Quichotte fait partie des ballets qu’il appréciait beaucoup et ce sera le premier qu’il proposera en 1981 à l’Opéra de Paris, dans une mise en scène incroyablement riche.

Ce ballet lui plaisait énormément, notamment parce qu’il fut très souvent Basile, l’amoureux de Kitri, dans sa carrière de danseur et c’était un rôle qui le changeait de ceux de princes dramatiques qu’on lui donnait à interpréter. Basile c’était la fougue, la virtuosité, le pittoresque, la vivacité, un esprit enjoué et plein d’humour, avec pour la danse une technique à l’extrême.

(Vidéo : Rudolf NOUREEV & Noëlla PONTOIS )

Dans sa superbe version pour l’Opéra de Paris, il a renforcé le côté pittoresque avec des fêtes gitanes magnifiques, un esprit espagnol enchanteur . Il a revisité le Grand Pas de Deux entre Kitri et Basile, reclarifié la pantomime, conservé les visions de Don Quichotte pour Dulchinéa-Kitri, augmenté le côté comédie. Don Quichotte sera vif, amusant. Quant à Sancho, il ne sera plus son valet mais un moine rondouillard et chapardeur. A tout cela, il ajoutera, comme il aimait le faire très souvent, une petite touche analytique sur le caractère des personnages, une étude sur les tourments de leur âme, celle de leurs rêves. La danse masculine tient vraiment une place importante dans sa chorégraphie.

(Vidéo : Grand Pas de Deux : Dorothée GILBERT & Karl PAQUETTE)
(Vidéo : Acte I  » Variation de Kitri  » – Aurélie DUPONT)

L’ambiance générale est très colorée, enthousiaste, joyeuse. Une consigne de la part de Noureev : danser par plaisir tout en donnant du plaisir au public, s’amuser en restant virtuose et technique.

La version de 1981 pour l’Opéra de Paris sera celle qu’il avait précédemment proposée en 1970 pour l’Australian Ballet et qui avait fait l’objet d’un film réalisé par ses soins en 1972. Elle a été donnée dans de très nombreux pays et continue de l’être à l’Opéra où elle fait partie du répertoire.

Les costumes et les décors sont de Nicholas Georgiadis. A chaque fois qu’ils ont été revus au fil du temps, l’Opéra a toujours expressément demandé de respecter au mieux et le plus possible ce qui avait été pensé par Noureev.

Histoire d’un ballet : Sleeping Beauty (La belle au bois dormant) …

« La Belle au bois dormant de Petipa et Tchaïkovsky représente l’apogée du ballet classique dans lequel la danse s’affirme comme un art majeur. Cela constitue un évènement historique. Après La Belle, le ballet a pu attirer à lui les plus grands compositeurs qui n’ont plus hésité alors à venir travailler avec les chorégraphes. Ce ballet demeure pour moi l’accomplissement parfait de la danse symphonique. Elle exige du chorégraphe d’arriver à trouver l’harmonie avec la partition de Tchaïkovsky. Il ne s’agit pas de trouver un évènement sans lendemain, mais de produire un spectacle qui retienne l’excellence d’une vie.  » Rudolf NOUREEV

(Vidéo :  » entrée d’Aurore  » – Aurélie DUPONT )

La Belle au bois dormant est un conte magnifique qui a bercé notre enfance de petite fille. L’histoire d’un maléfice que vient effacer le baiser d’un prince amoureux. La princesse Aurore est l’une des héroïnes la plus appréciée de tous les temps. C’est un très beau sujet qui n’a pas manqué d’inspirer le monde de la danse, en se basant sur le conte de Charles Perrault en 1697 (extrait du recueil Contes de ma mère l’Oye) et celui des frères Grimm en 1812. Entre les deux l’histoire est quasiment la même, mais la fin, par contre, est différente.

En danse, la version dite de référence est, sans contexte, celle de Marius Petipa et Piotr. I. Tchaïkovsky. C’est le prince Alexander Vsevolojsky, directeur des théâtres impériaux, qui contactera le compositeur en 1888 pour lui demander de travailler sur la musique d’un nouveau ballet, un de ceux que l’on oublierait pas. Il confiera la chorégraphie à Marius Petipa, lequel s’occupera de la rédaction du livret avec lui. Tous deux vont s’inspirer du conte des Frères Grimm (Dornröschen) . Le compositeur, de son côté, aura une nette préférence pour celui de Charles Perrault.

Il se souviendra qu’en 1867 il avait écrit une petite musique à l’intention des enfants de sa sœur pour un spectacle monté à partir du conte de Perrault. Partant de là, il souhaitera insérer cette musique dans la partition du ballet.

La complexité, quasi symphonique, de la superbe musique de Tchaïkovsky pour la Belle, va radicalement changer les goûts du public plutôt habitué à entendre, pour la danse, celle d’un Cesare Pugni ou d’un Ludwig Minkus. Mais on savait aussi que les habitués du ballet comptaient parmi eux des personnes jeunes qui se révélaient être beaucoup plus exigeantes que leurs aînés et que, par ailleurs, pour un ballet annoncé comme grandiose, il fallait absolument que la musque le soit aussi !

Grâce au talent, au génie musical du compositeur, et à la grande compétence chorégraphique de Petipa, le ballet va acquérir une grande dignité, et, de par sa qualité, il s’approchera quasiment, comme le diront certains, d’une œuvre lyrique. La chance de La Belle fut, en effet, la collaboration entre ces deux hommes, deux incroyables créateurs. Leur association a été infiniment porteuse et la danse de l’un a fait réellement corps avec la musique de l’autre. Ce ballet amènera une immense notoriété à Tchaïkovsky dans le monde de la danse en Russie et n’ayons pas peur des mots : dans le monde de la danse tout court.

Les deux hommes ont souhaité que leur ballet représente une sorte d’hommage à la danse française des XVIIe et XVIIIe siècles et porte sur les fastes et splendeurs de la Cour sous le règne de Louis XIV à Versailles. L’idée fut adoptée avec enthousiasme. Tout va être entrepris pour que ce soit fastueux. Pour qu’il y ait assez d’aisance financière dans la réalisation , le prince ira même jusqu’à accorder au chorégraphe un quart de la somme annuelle qu’il octroyait aux théâtres impériaux, ce qui représentait, à l’époque, une somme très importante, voire même énorme, pour une seule pièce.

Petipa se montrera très rigoureux, mettant bien en évidence le bien représenté par la Fée Lilas et le mal de la Fée Carabosse. Il y aura de la danse de Cour, des éléments du ballet romantique, la technique de la danse classique, des danses folkloriques et bien sur de la pantomime. C’est une chorégraphie superbe, riche, avec une danse splendide. L’apothéose du ballet est Le Pas de Deux, scintillant, imaginé dans l’acte du mariage, un moment extraordinaire.

(vidéo :  » Pas de Deux acte III  » – Aurélie DUPONT & Manuel LEGRIS

Le ballet, en trois actes, sera créé, avec Prologue en 1890. Le Tsar Alexandre III assistera à la première avec sa famille. La première Aurore sera la danseuse italienne Carlotta Brianza qui, ce soir là, portera des vrais chaussons de pointe.

Carlotta BRIANZA dans le ballet

La Belle au bois dormant est un ballet d’une grande beauté, avec de l’élégance, un style raffiné, de la délicatesse, de la technique, des pas de deux parfaits, de la grâce, de nombreuses variations, avec une construction rigoriste dans les mouvements d’ensemble de corps de ballet, des solistes. Comme l’a dit un jour Noureev : ce ballet est le chef d’œuvre de Petipa, le ballet des ballets !

La musique de Tchaïkovsky est incroyablement magique, de qualité, avec un orchestral sublime. La Valse, par exemple, est un des moments délicieusement beau. Il a su s’adapter à toutes les exigences exprimées par Petipa, notamment ses désirs pour le rythme. Ils vont travailler en osmose.

J’ai choisi des vidéos sur la version de Rudolf Noureev, créée pour l’Opéra de Paris en 1989, tout simplement parce que l’ayant vu à différentes reprises, je la trouve absolument éblouissante, virtuose, créative, scintillante.

L’Adagio de la rose : est un des moments magnifiques de ce ballet. En tous les cas, c’est un passage célèbre et très apprécié. Aurore arrive à la Cour. Ses parents souhaitent lui présenter deux prétendantes et chacun va esquisser avec elle un pas de danse (normalement en lui offrant une rose). Il y a une grande difficulté technique dans l’exécution car cela nécessite de la rigueur, de la concentration, bien savoir garder l’équilibre sur les pointes lorsque chacun la fait tourner sur elle-même pour la confier à un autre, et tout cela, bien sur, ne doit pas manquer de grâce.

(Vidéo :  » Adagio de la rose  » Aurélie DUPONT )

La Variation des Fées : c’est avec beaucoup d’audace et un zeste d’humour que Petipa avait donné à chacune des fées des noms très originaux lors de sa version. Chacune ayant une caractéristique qui lui était propre. Il y avait la fée Fleur de farine (joie) – la fée Canari (musicalité ) – la fée Violente (la pétillance) – la fée miettes qui tombent (générosité) – la fée Lilas (élégance et douceur) – ainsi que les fées Or, Diamant, Argent, Saphyr (éclat et brillance). Une pièce de musique avait été imaginée pour chacune des fées comme par exemple une polka pour la fée Canari, un galop pour la fée Violente ou bien encore une tarentelle pour la fée Fleur de farine etc…

(Vidéo :  » Variation des Fées  » : Opéra de Paris avec Héloïse BOURDONLéonore BAULAC- Laura HECQUET- Charline GIEZENDANNER – Sabrina MALLEM – Eve GRINSZTAJN )

Histoire d’un ballet : Le Rouge & le Noir …

Il y a bien longtemps que Pierre Lacotte rêvait d’amener à la danse le beau roman de Stendhal paru en 1830. A presque 90 ans, et après cinq ans de travail, il a porté son rêve à la réalité parce que, comme il l’a expliqué, le livre captivant, avec sa grande variété dans les caractères des personnages, pouvait être traité dans une œuvre chorégraphique. C’était ambitieux, mais il a réussi, rendant ainsi un vibrant hommage au ballet classique français.

Les programmations de ce ballet (annoncé comme l’évènement de cet automne 2021 à l’Opéra Garnier) ont commencé le 16.10 et se sont terminées le 4.11. Il y a eu, également, une projection au cinéma le 23.10 (avec Dorothée Gilbert et Hugo Marchand). Si vous avez un jour l’occasion de le voir, et je l’espère de tout cœur, il faut bien s’accrocher car il dure trois heures, réparties en trois actes et seize tableaux. Une véritable fresque qui restera, je pense, l’œuvre testamentaire de Lacotte.

(Vidéo : Dorothée GILBERT & Hugo MARCHAND )

Pour la musique, Pierre Lacotte a fait appel au compositeur français Benoît Menut. Ensemble, ils ont choisi, de façon très judicieuse, des extraits opératiques et des mélodies de Jules Massenet. Pas obligatoirement les plus connus mais ceux qui pouvaient le mieux servir la danse. Les costumes et décors ont été pensés par le chorégraphe,, assisté par Xavier Ronze (costumes) et Jean-Luc Simonini (décor). C’est l’Étoile française (à la retraite désormais) Karl Paquette qui a été chargé de faire répéter les danseurs. Lacotte a également signé le livret.

La chorégraphique est fort bien pensée. Bien sur il y a le mélodrame de l’histoire avec amour, désir, passion, religion, politique, pouvoir comme toile de fond à l’époque de la Restauration , de la profondeur, de l’émotion, de la tendresse, de la fraicheur, de la spontanéité, diversité, beauté, quelques petits moments contemporains dans un ensemble techniquement romantique, des danseurs absolument magnifiques car le ballet est un véritable morceau de bravoure qui a valu quelques blessures.

Comme toujours, il y a celles et ceux qui sont émerveillés, et d’autres qui lui ont reproché d’en faire trop. La deuxième me semble injustifiée car c’est un ballet magnifique dans lequel Pierre Lacotte a su mettre en lumière les qualités de chaque danseur et il les a parfaitement utilisées pour rendre crédible chaque rôle. Pas facile d’entrer dans la peau de Julien Sorel, Madame de Rénal, Mathilde de la Molle etc etc.., mais chacun d’entre eux a sa façon pour vivre le rôle qui lui a été attribué. Pour encore mieux les aborder, le chorégraphe leur a demandé de lire ou relire le roman.

(Vidéo : Hugo MARCHAND)

Histoire d’un ballet : PAQUITA …

 » Ce ballet dans lequel l’action est , certes, un peu trop mélodramatique, est un véritable succès. La richesse et l’originalité des costumes, la beauté des décors, mais surtout la perfection de la danse de Carlotta en sont les raisons ! Ses pas sont d’une inimaginable difficulté. Elle saute à coche pied sur les pointes avec des tours d’une vivacité éblouissante, immédiatement suivis et exécutés dans une rapidité surprenante et qui inspirent mélange de crainte et de plaisir parce que ses exécutions sont faite à la limite du possible et ce même si elle a souvent répété …  » Théophile GAUTIER (Poète, romancier français, critique d’art. Propos tenus après la première du ballet)

(Vidéo : Agnès LETESTU pour l’Opéra de Paris )

Paquita est un ballet en trois actes et plusieurs tableaux, créé en 1846 tout spécialement pour celle qui régnait sur l’Opéra de Paris depuis près de dix ans à savoir la célèbre danseuse Carlotta Grisi dont on ne cessait de vanter le style aérien, l’habileté technique et la grâce . Le public et la critique lui réserveront un accueil très enthousiaste. Le chorégraphe fut Joseph Mazillier. Le livret sera rédigé par l’écrivain, journaliste et librettiste Paul Foucher qui s’inspira d’une Nouvelle extraite du recueil de Miguel Cervantes Nouvelles exemplaires :  La petite Gitane ,  ainsi que de l’Homme qui rit de Victor Hugo.

Carlotta GRISI dans Paquita

Pour la musique, il fera appel au violoniste, chef et compositeur Edouard Deldevez. Elle se révèlera très imaginative, expressive et brillante.

C’est l’histoire d’une jeune fille issue d’une noble famille, enlevée à sa naissance par des gitans. Elle tombe amoureuse (et réciproquement) de Lucien d’Hervilly un officier. Amour impossible en raison de leur différence sociale. Mais Paquita sauvera Lucien d’un complot et après bien des rebondissements on apprendra qu’elle est, en réalité, la fille de Charles d’Hervilly, l’oncle de Lucien. Les coupables seront arrêtés, le bal du gouverneur prendra place et les deux gens pourront se marier.

Ce ballet disparaîtra , par la suite, des scènes françaises, voyagera jusqu’en Angleterre, puis s’en ira vers la Russie où il aura énormément de succès car il représentait le merveilleux style français du XIXe siècle. Après l’avoir lui-même interprété lorsqu’il était un jeune danseur, Marius Petipa donnera sa première lecture personnelle en 1847, puis une seconde en 1881 lorsqu’il était devenu maître de ballet à Saint Pétersbourg. Il enrichira sa chorégraphie du Grand Pas de Deux ( sur une musique de Ludwig Minkus ) , de la Mazurkas des enfants et procédera également à d’autres remaniements.

(Vidéo : Grand pas de Deux Agnès LETESTU & José MARTINEZ- Opéra de Paris )

Après lui, Paquita tombera dans l’oubli durant des décénnies. En 2001, Brigitte Lefèvre, qui était alors directrice de la danse à l’Opéra de Paris, demandera à Pierre Lacotte, grand spécialiste des ballets perdus ou oubliés, de le remonter. Cela occasionnera un  important et difficile travail de recherches sur des documents existants  qu’il put réussir à trouver, ainsi que sur tous les différents témoignages recueillis notamment celle avec laquelle il avait étudié la danse à savoir Lyubov Egorova qui avait dansé Paquita en Russie, et Carlotta Zambelli qui, elle aussi, tint , un jour, le rôle principal de ce ballet.

Pierre LACOTTE

On peut réellement dire que Pierre Lacotte a ré-inventé Paquita. Il l’a fait avec subtilité, finesse, beauté, intensité. C’est une chorégraphie d’excellente qualité, le style est soigné. C’est l’un des plus beaux fleurons de la danse française. L’argument est rocambolesque, pittoresque, fantaisiste, et la danse incroyablement belle. Les arrangements musicaux et ré-orchestration de la partition de Minkus, sont de David Coleman.

Véritable poésie chorégraphique, expressif, riche en couleurs, élégant, raffiné, très gracieux, il a la réputation d’être difficile d’interprétation que ce soit pour les solistes comme pour le corps de ballet ( ce dernier est très souvent mis en valeur) . Il demande, en effet, un grand professionnalisme, de la technique. Il faut, par ailleurs, être doté d’une excellente pantomime. On peut même rajouté qu’il est heureux et joyeux car la fête, pétillante et réjouissante, est présente à chaque tableau.

(Vidéo : Pas de Trois : Nolwenn DANIEL – Mélanie HUREL & Emmanuel THIBAUT -Opéra de Paris )
Tutu PAQUITA pour les danseuses du corps de ballet de l’Opéra de Paris – Ils ont été réalisés par Luisa SPINATELLI

Manon … Kenneth MAC MILLAN

Kenneth MACMILLAN 1929/1992 (Danseur, chorégraphe, directeur de ballet)
(Vidéo : Sylvie GUILLEM)

Manon est un roman publié en 1731 par l’abbé français Antoine François Prévost. Il raconte l’histoire d’une jeune femme, Manon, qui séduit un jeune séminariste : Des Grieux. Elle va le détourner de sa carrière d’ecclésiastique, l’initiera à ses proches penchants pour le luxe et la débauche et parallèlement à la liaison qu’elle entretenait avec lui, elle en vivra une autre avec un homme riche et puissant. Elle arrivera à faire accepter cette situation à son jeune amant, soutirera de l’argent à son protecteur, lequel finira par s’en rendre compte et la fera arrêter. Accusée de vol et de prostitution, elle sera déportée en Louisiane avec Des Grieux. Sur place, elle suscitera la convoitise de son géôlier. Une situation qui rendra fou de jalousie son amant qui finira par le tuer. Ils s’évaderont, s’enfuiront dans les marais. Malheureusement, elle tombera malade et va mourir dans ses bras.

L’histoire touchante de Manon va fortement inspiré le monde du ballet au XVIIIe et XIXe siècles. Le premier qui proposera sa chorégraphie sera Jean-Pierre Aumer en 1830. Le livret sera étudié et rédigé par Eugène Scribe. On peut dire qu’il a véritablement fait « entrer la danse » dans l’histoire car au Ier acte, on assistait à un ballet de l’Opéra de Paris avec des danseuses célèbres du passé comme La Camargo et Marie Sallé ; dans l’acte II Manon apprenait le Menuet afin de pouvoir faire son entrer dans le monde et les Salons les plus en vue.

La musique très raffinée et expressive de cette romantique version sera celle de Fromental Halévy.

De nos jours, la version dite de référence est celle de Kenneth MacMillan, dont la création eut lieu au Covent Garden de Londres en 1974. Il a signé la chorégraphie et le livret. C’est un ballet en trois actes pour lequel il choisira des musiques empruntées au compositeur français Jules Massenet . Pour l’aider dans ces arrangements musicaux, il fera appel à Leighton Lucas, ancien danseur des ballets russes, devenu chef et compositeur.

Tous deux feront un choix mosaïque fort judicieux avec différentes extraits empruntés à ce compositeur, curieusement non de son opéra Manon (1884), mais d’autres de ses œuvres lyriques comme Cendrillon – Thaïs – Chérubin – Don Quichotte, ainsi que d’autres puisés dans deux de ses Oratorios, des pièces pour piano et des Suites pour orchestre. Ce collage musical est vraiment un superbe travail car il a apporté une grande richesse à la danse.

MacMillan a repris l’essentiel du roman de l’Abbé Prévost : sa Manon est une jeune femme amorale qui perd sa dignité par peur de devoir retomber dans la misère de son enfance. Dans sa chorégraphie, il a bien cherché à montrer la différence des classes, entre la richesse bourgeoise et la grande pauvreté dans la France de l’époque où se situe l’histoire. Il a voulu donner différents aspects psychologiques à ses personnages afin de pouvoir contribuer activement aux exigences spécifiques du ballet narratif.

C’est un ballet inventif, divertissant, dramatique, avec un lyrisme tragique. Il y a un délicieux mélange de grâce et d’émotion. On a l’impression que MacMillan nous conte une histoire et il le fait de façon que l’on s’y attache facilement. Il a su merveilleusement évoqué la chute des amants depuis les étreintes passionnées du début de leur liaison, jusqu’à leur fin tragique.

Manon est un rôle brillant et superbe pour une danseuse. MacMillan a toujours voulu choisir des interprètes qui soient fraîches, spontanées, instinctives, qu’elles apportent leur propre personnalité pour que l’on puisse voir le personnages sous différents aspects. De grandes ballerines l’ont interprété : Darcey Bussel, Alessandra Ferri, Sarah Lamb, Sylvie Guillem, Jennifer Penney, Natalia Makarova … pour ne citer qu’elles.

(Vidéo : Jennifer PENNEY & Anthony DOWELL)

C’est un ballet qui est inscrit de façon permanente au Royal Ballet de Londres. Il est entré au répertoire de l’Opéra de Paris en 1990. Toutefois, en France, on a dû le rebaptiser L’histoire de Manon Lescaut car les héritiers du compositeur Auber avaient vivement protesté compte tenu que l’opéra de leur aïeul(1836) portait le même nom que le ballet de MacMillan.

(Vidéo : Sarah LAMB & Vadim MUNTAGIROV)

Orphée & Eurydice / Tableau  » la Paix  » … Pina BAUSCH

(Vidéo : Danseurs et danseuses de l’Opéra de Paris)

Ballet que l’on pourrait presque qualifier d’opéra dansé, compte tenu du fait que Pina Bausch a fait le choix d’associer la danse au chant et à l’opéra. Orphée et Eurydice est un de ses plus ballets. Il porte en lui tout le côté blessé, profond, tourmenté, la douceur aussi, de celle qui l’a conçu, mais également toute son intelligence en matière chorégraphique.

La superbe musique de Gluck porte la danse puisque c’est l’opéra de ce dernier qui a fortement inspiré Pina Bausch. Du reste, et comme elle l’a souhaité, les voix opératiques que l’on entend durant le ballet, deviennent les corps des danseurs.

Dans son esprit, ce ballet est une sorte de continuité de l’œuvre de Gluck, mais de façon plus sombre. Pour elle, ce sont les désirs inassouvis de l’homme, toute la souffrance qu’il doit affronter par rapport à cela. Elle évoque le mythe de Orphée en quatre tableaux : la mort, le deuil, la violence et la paix.

C’est une danse contemporaine, intense, expressive, fascinante, efficace, fluide, expressive, vulnérable, quasi fragile parfois, avec une certaine forte de grâce dans les tableaux, et beaucoup de justesse dans l’exécution des mouvements. Elle se révèle émouvante aussi, voire même bouleversante comme dans le tableau ci-dessous , mais également dans les moments les plus difficiles et violents.

(Vidéo : danseurs et danseuses de l’Opéra de Paris)

Histoire d’un ballet : La Chauve-Souris …

«  C’est l’amour d’un homme. Pour sa femme Bella, il se transforme en chauve-souris afin de devenir son amant. C’est une histoire pas très morale mais après tout, on peut être tenté par le pêché parfois, et la musique de Strauss fait rêver et surtout donne envie de danser.  » Roland PETIT (Danseur, chorégraphe français, et directeur de compagnies de danse)

Merveilleux ballet créé en 1979 au Théâtre de l’Opéra de Monte-Carlo par le Ballet de Marseille dirigé à l’époque par Roland Petit. C’est Zizi Jeanmaire qui dansait avec, à ses côtés, Denis Ganio et Luigi Bonino.

Le livret a été rédigé par le chorégraphe, lequel s’est librement inspiré de l’opérette de Johann Strauss Fils, portant le même nom, datant de 1874, et dont il a tout particulièrement soigné la structure narrative. Roland Petit n’était pas insensible à l’opérette et la musique pétillante du fils Strauss, c’est ce qui lui a donné l’envie de travailler sur un ballet qui, pour lui, ressemblerait en quelque sorte à une comédie dansée.

La danse y est vraiment heureuse, vivante, harmonieuse, poétique aussi, sensuelle, pleine de grâce, virtuose, dans l’émotion, alternance de danse classique académique associée à certains éléments du music-hall. Les jeux de jambe de la danse furent tout particulièrement étudiés à l’époque pour son épouse Zizi . Ceux de l’Étoile italienne Alessandra Ferri (que Roland Petit appréciait énormément) seront, eux aussi, tout aussi appréciés bien des années plus tard.

La musique est signée Johann Strauss. Elles ont été arrangées et ré-orchestrées par le compositeur australien Douglas Gamley.

 » Vidéo : Alessandra FERRI & Massimo MURRU / Acte II « Il perd ses ailes »

Histoire d’un ballet : La Source …

 » Je connaissais depuis longtemps le livret original de Nuitter. C’est un livret assez touffu. Nous avons dû le réadapter. L’histoire de La Source est celle de l’esprit de l’eau qui tombe amoureuse d’un être humain qui, lui-même, aime une belle caucasienne destinée au harem de Khan. Au final, l’esprit se sacrifiera et grâce à son talisman, rendra possible l’amour entre deux mortels. On est dans l’enchantement, dans le merveilleux. Ce ballet résonne à la fois dans le champ invisible, immatériel, et dans des domaines beaucoup plus terrestres. On peu livre comme une métaphore de la société dans laquelle on vit, où l’on a tendance à gaspiller la nature en l’ignorant de plus en plus au profit des êtres et de leurs besoins d’argent grandissants. » Jean-Guillaume BART (Danseur Étoile, pédagogue et chorégraphe français. Un passionné de l’histoire de la danse) – Ce ballet met en scène Naila (esprit de la source) qui se sacrifiera pour l’amour de Djemil et Nourreda.

Jean-Guillaume BART
 » Portrait de Melle Eugénie Fiocre dans le ballet la Source  » – Edgar DEGAS (Melle Fiocre interprété Nourreda en 1866 aux côtés de Louis Mérante)
(Vidéo : Isabelle CIARAVOLA (Variation)

L’origine de ce ballet remonte à 1866. A cette époque, on confia la chorégraphie à Arthur Saint-Léon, d’après le livret qu’il co-signera avec Charles Nuitter. La dernière fois qu’il fut présenté au public, c’était en 1876. Il doit sa reconnaissance àJean-Guillaume Bart qui a soumis l’idée à Brigitte Lefèvre ( à l’époque directrice de la danse à l’Opéra de Paris) laquelle fut tout à fait emballée par ce projet. La création aura lieu en 2011.

Compte tenu qu’un grand nombre d’archives le concernant, avaient été brûlées, il a fallu, qu’en partant du peu de documents dont il a pu disposer, Bart le réinvente, et de mon humble avis, il a parfaitement réussi à le faire, assisté par le dramaturge Clément Hervieu-Léger. Les costumes ont été confiés aux bons soins du couturier Christian Lacroix. La musique est de Ludwig Minkus (actes I et III ) et Léo Délibes (Acte II et scène I de l’acte III). Elle a été arrangée par le pianiste, chef et musicologue australien Richard Bonynge.

C’était une merveilleuse idée que de faire renaître ce petit joyau du répertoire français. C’est plein de fraîcheur et d’émotion, de lyrisme aussi, assez enchanteur, poétique, saupoudré d’orientalisme.La danse se révèle majestueuse et virtuose, sans parler des magnifiques costumes de Lacroix et la musique qui magnifient l’ensemble .

(Vidéo : Isabelle CIARAVOLA & Karl PAQUETTE – Pas de Deux)

Histoire d’un ballet : Blanche-Neige …

BLANCHE NEIGE Carl Offterdinger
Blanche-Neige illustration de Carl OFFTERDINGER
GRIMM Wilhelm à gauche Jacob à droite Elisabeth Jerichau-Baumann,
A gauche Wilhelm – A droite Carl – Les frères GRIMM – Un tableau de Elisabeth JERICHAU-BAUMAN

Blanche-Neige est un conte des frères Grimm, à savoir Wilhelm et Jacob,  issu de leur célèbre recueil Fables pour enfants et parents publié entre 1812 et 1822. Il est inspiré de très vieilles histoires populaires dans les campagnes allemandes, que les deux frères ont arrangées et racontées à leur manière. Blanche-Neige, des sœurs Hassenpflug, par exemple, en fait partie.

Au cours du XIXe siècle, l’idée de la mise en scène de ce conte, a attiré un grand nombre d’artistes et le résultat ne fut pas très concluant , il faut bien le reconnaître, à l’exception du gros succès rencontré par le magnifique dessin animé de Walt Disney en 1937, lequel  est resté, depuis, dans l’imaginatif collectif.

Le monde de la danse a, lui aussi, été sensible à cette histoire. Parmi ceux qui l’ont intégré dans l’histoire du ballet, il y aura Marius Petipa avec Le miroir magique en 1903 sur une musique de Arnesy Korenshenko, un livret d’Alexandre Pouchkine , et qui sera un véritable fiasco. A l’époque le chorégraphe était l’objet d’une guerre menée contre lui par le nouveau directeur des théâtres impériaux , Vladimir  Telyakovsky, qui ne l’aimait pas du tout. L’insuccès du ballet va propulser Petipa vers la sortie et ce malgré sa nomination de» chorégraphe à vie  . Il se retirera en Ukraine, à Gurzuf, où il rédigera ses mémoires et mourra en 1910.

Deux versions du XXIe siècle , très différentes, sont à retenir. Elles ont eu, toutes deux, beaucoup de succés et elles ont , en quelque sorte, réveillé Blanche-Neige dans l’univers de la danse : celle de Emilio ARAGON en 2005 et Angelin PRELJOCAJ en 2008.

VERSION : Emilio ARAGON 

Emilio ARAGON
(Video : Tamara Rojo)

Aragon est né à la Havane. En 1972 il s’est installé en Espagne avec toute sa famille. Il a baigné dans un univers artistique : son père, en effet, fut le grand clown-chanteur-accordéoniste Miliki avec lequel, d’ailleurs, Emilio a débuté en 1977 à la télévision espagnole ( T.V.E.) dans une émission intitulée « Le grand cirque« .

Ce musicien-compositeur est, avant toute chose, un passionné de musique. Diplômé (piano) du Conservatoire de musique de Madrid, il  a également fait des études de direction d’orchestre et de composition. Ses Fables Symphoniques est une oeuvre qui a obtenu un gros succès et qu’il a souvent dirigée.

En 2004 il fait un rêve : celui de monter un ballet à partir d’une histoire qui l’a toujours fasciné, à savoir Blanche-Neige .Pour ce faire, il fait appel au chorégraphe et scénariste Ricardo Cué, lequel possédait une très belle connaissance du répertoire classique que ce soit l’histoire de la danse comme celle du ballet en général, mais également tout ce qui pouvait avoir un rapport avec les décors, la scène, l’éclairage. De plus, chose non négligeable, il était connu pour être un grand organisateur de galas dans toutes l’Espagne et le mentor ( ne pas l’oublier ! ) de grandes étoiles de la danse comme Maïa Plissetskaïa, Roberto Bolle, José Martinez, Carlos Acosta, Lucia Camara, Agnès Letestu, Julio Bocca, Nicolas Le Riche, etc …

Aragon et Cué vont se mettre d’accord sur une chose qui leur semblait primordiale : à savoir que l’interprète du rôle principal ne pouvait être que Tamara Rojo, la muse d’Aragon. Ce dernier déclara d’ailleurs :  » Ce ballet n’aurait jamais pu voir le jour sans elle parce qu’elle a su apporter une belle lumière, un grand professionnalisme et une grâce virtuose. »

Tamara ROJO
Tamara ROJO

A partir de là, Aragon, Cué, Tamara Rojo, tous les autres danseurs et danseuses y participant , mais également les costumiers, les décorateurs, les techniciens ont vraiment collaboré ensemble à l’élaboration de ce merveilleux ballet et c’est ce gros travail en commun qui a réellement donné vie à ce spectacle qui est un véritable hommage à la danse classique telle que l’on pouvait la trouver du temps de Petipa et Tchaïkovsky.

Ils sont restés très proches du conte des frères Grimm, très exigeants dans le déroulement de cette chorégraphie romantique et classique à souhait, avec une danse de qualité, des séries de superbes fouettés, des brillants divertissements, des Pas de Deux magnifiques, efficaces, une pantomime réussie, l’utilisation du leitmotiv pour les différents personnages, et un très beau final. Le tout sur une une musique d’Aragon assez inventive et originale.

Tamara Rojo a non seulement inspiré les deux hommes mais elle les a beaucoup aidés  dans la compréhension de la rythmique de la danse, de façon à ce  qu’ils travaillent de façon étroite avec elle sur ses propres compétences et besoins afin de mieux maîtriser encore, si besoin, la chorégraphie.

La création s’est faite en 1005 au Théâtre Arriaga de Bilbao, puis peu de temps après à Madrid. Le prince aux côtés de l’étoile fut Inaki Urlezaga qui est un excellent danseur argentin.

(Video : Tamara ROJO & Inaki URLEZAGA)

Version Angelin PRELJOCAJ 

Angelin PRELJOCAJ
(Vidéo : Nagisa SHIRA & Sergio DIAZ)

 » J’avais envie de raconter une histoire, d’ouvrir une parenthèse féérique et enchantée pour ne pas tomber dans mes propres ornières sans doute, mais aussi parce que, comme un grand nombre d’entre nous, j’adore les histoires et les contes. Je suis resté fidèle à la version des frères Grimm, à quelques variations près fondées sur mon analyse des symboles utilisés dans cette histoire. La marâtre est pou moi le personnage central du conte. C’est elle que j’interroge au travers de sa volonté narcissique à ne pas vouloir renoncer à la séduction, à sa place de femme, quitte pour cela à sacrifier sa belle-fille. Par ailleurs, Blanche-Neige contient des  » objets merveilleux  » pour l’imaginaire d’un chorégraphe, comme par exemple le fameux miroir qui conseille, la pomme empoisonnée, le cercueil de verre. » Angelin PRELJOCAJ

Blanche-Neige est avec Le Parc et Roméo & Juliette, la plus grande référence chorégraphique de Preljocaj. C’est un ballet contemporain, narratif, assez spectaculaire, créatif, original,  avec une touche de classique, issu d’un travail vraiment bien mené, calculé, étudié dans les moindres détails, les moindres mouvements, une gestuelle avec des déhanchements, un langage et une danse propre à chaque interprète principal afin de bien les différencier et les identifier. Il y a, par ailleurs, un gros potentiel théâtral et une belle dramaturgie.

On sent bien que ce chorégraphe aime raconter des histoires et ce même si il avoue que c’est toujours délicat de le faire. Cela reste pour lui très passionnant de se plonger dans les sentiments, les ressentis, les émotions des personnages.

Comme souvent il y a sa marque de fabrique à savoir des mouvements en décalé  qui peuvent surprendre mais ils sont sans vulgarité. Sa Blanche-Neige est un ballet qui reste une évasion, le passage où la reine oblige la jeune femme à croquer la pomme est empreint d’un réalisme émouvant, l’évocation de la maternité est violente il faut bien le dire, probablement parce que c’est un sujet qui lui tient à cœur. Le moment où il la ramène à la vie sur l’Adagietto de la 5e Symphonie de Mahler est assez magnifique. Le choix de ce compositeur est  un risque qu’il dit avoir pris pour émouvoir et parce qu’il correspondait à ce qu’il tenait à exprimer dans l’histoire.

Les costumes sont signés Jean-Paul Gaultier, une évidence pour le chorégraphe. Le couturier a été très heureux que l’on fasse appel à lui et une semaine après la demande, il présentait déjà 120 dessins de ce qu’il avait imaginé pour le ballet. Il n’a pas voulu être rémunéré personnellement. Seuls la fabrication des costumes a été à la charge du chorégraphe. Pour lui, la  jeune fille devait rendre une  » image virginale  » dont vêtue d’une robe drapé blanc, échancrée. Le Prince en une sorte de torero-guerrier combattant pour son amour.

BLANCHE NEIGE COSTUME GAULTIER
Costumes du ballet, signé Jean-Paul GAULTIER ( Robe de Blanche-Neige à gauche, robe de la marâtre au centre et costume du prince au bout, à droite – Centre National du Costume de Scène à Moulins (France)

Ce ballet a reçu le prix du meilleur spectacle de danse aux Globes de Cristal en 2009. Il fut créé un an avant à Lyon, puis au théâtre Chaillot à Paris et au bassin de Neptune dans les jardins du château de Versailles.