Histoire d’un ballet : SPARTACUS …

(Vidéo : Ivan VASSILIEV dans le rôle principal)

Ce personnage légendaire, né près de Silare en Trace, sera à l’origine de grandes inspirations que ce soit dans le monde littéraire historique avec, notamment, le roman de Raffaello Giovagnoli, publié en 1873, qui aura un énorme succès et intéressera le cinéma en 1960 pour un film réalisé par Stanley Kubrick avec Kirk Douglas, mais aussi le monde de la danse.

Spartacus est un ballet qui a une grande importance en Russie. Il représente le symbole du sentiment populaire pour la cause bolchévique . Il reste le ballet dit de référence expliqué de la façon suivante : la horde romaine (comprendre tsariste) est une cruelle machine de guerre menée par le vaniteux Crassus, et Spartacus est le type même du héros, capable de faire se soulever, avec lui, ses camarades esclaves (comprendre les bolchéviques).

C’est un ballet d’action, épique, une grande fresque chorégraphique dans la lignée du grand ballet soviétique lyrique qui peut aller jusqu’au pompeux quand cela est nécessaire, mais qui peut être, en même temps, plein de verve, de passion, transcendant le caractère dramatique de l’œuvre.

La musique fut confiée à Aram Khachaturian (ou Khatchatourian) , inspirée à la fois du genre peplum cinématographique de l’époque, mais empreint aussi de la fantaisie slave avec des thèmes d’une grande beauté lyrique. Cette partition recevra le Prix Lénine.

Elle fut composée entre 1954 et 1957. Elle est franchement passionnante, de bout en bout, parce que le flot est sans cesse renouvelé, les contrastes très inventifs, surprenants, l’orchestration audacieuse, flamboyante, intense, riche émotionnellement parlant. Elle laisse une impression de plénitude. La rythmique est tour à tour endiablée, romantiquement et glorieusement lyrique.

C’est une musique redoutable, pleine d’ampleur, avec des mélodies sublimes, teintée de thèmes populaires arméniens mais dans laquelle il a également intégré des éléments de la tradition russe se référant à Rimsky-Korsakov, Borodine ou Tchaïkovsky. Son adagio est vraiment de toute beauté !

Il y a eu différentes versions chorégraphiques, mais le vrai grand succès de ce ballet viendra de Youri Grigorovitch au Bolchoï en 1968. Ce chorégraphe fut un danseur formé à l’École de danse de Saint Pétersbourg, puis 15 ans soliste au Bolchoï avant d’être nommé maître de ballet en 1962, et directeur de la danse deux ans plus tard. Il y restera jusqu’en 1995 et amènera la compagnie à l’excellence qu’on lui connait aujourd’hui.

Sa production fut assez vaste. Il a beaucoup aimé reprendre les grands classiques et ce en y apportant sa petite touche personnelle, sa marque de fabrique à savoir : beaucoup de cohérence, une pantomime soignée, précise, des pas très stylés  » à la russe  » . Sa grande spécialité fut le ballet narratif dans lequel il a énormément attaché d’importance à la psychologie des personnages. Ses héros furent souvent déchirés entre passion amoureuse et passion politique (Spartacus, Ivan le Terrible, Angara etc…) , et ses chorégraphies servies par des grands interprètes tels que Vassiliev, Lavrorsky, ou Natalia Bessmernova sa muse et épouse.

Il a fondé en 1997 le Prix Noureev en Russie et a très longtemps présidé le célèbre concours de danse  » Le Benois de la danse  » .

Fasciné par l’histoire de l’Antiquité romaine, notamment celle de Spartacus, ayant lu et fortement apprécié le roman de Giovagnoli qui avait eu beaucoup de succès en Russie, il a décidé, un jour, d’en faire un ballet sur la musique de Aram Kachaturian.

Sa version est, sans nul doute possible, celle qui est non seulement appréciée du public russe, mais dont le succès a largement dépassé les frontières de son pays. Un an après sa création au Bolchoï en 1968, il était ovationné à Londres, à la Scala de Milan, à Rome et bien d’autres encore.

C’est une chorégraphie d’une grande efficacité dramatique, bien construite, spectaculaire, avec une dramaturgie efficace. Il a vu son héros comme un idéaliste, un martyre révolté, soutenu dans la lutte par la vertueuse Phrygia. Bien qu’écrasé et humilié par Crassius, un veule, un vaniteux décadent qui a une maîtresse amorale, Spartacus va faire preuve d’une grande force physique pour s’élever et redonner force à ces compagnons.

Grigorovitch a alterné les scènes d’ensembles ( armée, foule, combats) avec des adages magnifiques (amour, sensualité, émotion). C’est un ballet reconnu comme difficile d’interprétation, exigeant, virtuose, qui demande de grandes qualités physiques. Les variations sont expressives, assez acrobatiques. Le tout offre également des grands moments pleins de tendresse et d’émotion.

Il y a trois actes et douze tableaux. Le niveau de la danse est élevé, le style puissant, une fusion sublime entre le classique et le contemporain C’est un voyage dans l’histoire-

(Vidéo : Irek Mukhamedov et Ludmilla Semenyaka sur l’Adagio de Khachaturian)

Histoire d’un ballet : Le Spectre de la Rose …

SPECTRE Valentine Gross Hugo
 » Le spectre de la rose  » ( Nijinski/Karsavina) par Valentine GROSS-HUGO

C’est le  poème de Théophile Gautier Le Spectre de la Rose (Recueil La Comédie de la Mort / 1838 ) qui sera à l’origine du livret rédigé par Jean-Louis Vaudoyer pour ce ballet :

 » Soulève ta paupière close
Qu’effleure un songe virginal ;
Je suis le spectre d’une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d’argent de l’arrosoir,
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir.

Ô toi qui de ma mort fus cause,
Sans que tu puisses le chasser
Toute la nuit mon spectre rose
A ton chevet viendra danser.
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe, ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme
Et j’arrive du paradis.

Mon destin fut digne d’envie :
Pour avoir un trépas si beau,
Plus d’un aurait donné sa vie,
Car j’ai ta gorge pour tombeau,
Et sur l’albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Ecrivit : Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser  » ….

La musique  choisie sera celle  de Carl Maria Von Weber «  l’Invitation à la valse Op.65  » (ré-orchestrée par Hector Berlioz) – Les décors et costumes seront signés par Léon Bakst – Les affiches du spectacle par Jean Cocteau.

Les rôles principaux assurés par Vaslav Nijinski qui, comme on peut le lire dans les différents témoignages laissés pour ce ballet, fut brillant, éblouissant, étourdissant ,  et Tamara Karsavina dont la critique dira que sa danse fut un épanchement de l’âme. Quant à la chorégraphie, elle fut confiée à Mikhail Fokine. Le ballet sera créé en 1911 à Monte-Carlo par la compagnie des Ballets Russes qui  (créée par Serge Diaghilev cette année-là), puis au Théâtre du Châtelet.

SPECTRE Karsavina et Nijinski
Tamara KARSAVINA et Vaslav NIJINSKI

 Costume original de Nijinski pour Le Spectre de la Rose

L’histoire est celle d’une jeune fille qui rentre du bal une rose à la main. Elle respire le parfum de la rose puis s’endort, rêvant de l’esprit de cette fleur qui viendrait la faire danser. L’esprit disparaît en s’enfuyant par la fenêtre dans un bond spectaculaire. C’est à ce moment là que la jeune fille se réveille et trouve la rose à ses pieds.

C’est un ballet mythique, plein de charme, incroyablement enchanteur, magnifique, romantique, sentimental,  entre rêve et réalité, porté par une danse poétique, éthérée, aérienne, expressive, théâtrale et émotionnelle. Avec lui, Fokine a, en quelque sorte, réinventé le danse masculine qui, il faut bien le dire, était un peu mise de côté à l’opéra , tout simplement parce que les ballerines étaient au centre de tout.

Depuis sa création, il a fait l’objet d’un grand nombre de re-lectures tout aussi différentes qu’intéressantes comme celles de Maurice Béjart, Angelin Preljocaj, Benjamin Millepied ou Thierry Malandin pour ne citer qu’eux.

( Vidéo : Manuel LEGRIS et Claude de VULPIAN / Opéra de Paris)

Histoire d’un ballet : EXCELSIOR …

«  C’est un ballet pour public intelligent, qui décrit le triomphe de la lumière sur les ténèbres, de l’intelligence sur l’ignorance, à travers les âges. Si l’obscurité prédominait durant l’inquisition, la lumière et sa légèreté triompheront au Siècle des Lumières. Elle sera présente lors des grandes inventions du XIXe siècle et rassemblera l’humanité dans une atmosphère heureuse et paisible. » Luigi MANZOTTI (Mime, danseur et chorégraphe italien)

Luigi MANZOTTI (1835/1905) – Photo de Giovan Battista GANZINI
(Vidéo : Isabel SEABRA & Roberto BOLLE)

Luigi Manzotti est né à Milan en 1835, fils d’un négociant en fruits et légumes. Son coup de cœur à 20 ans pour une danseuse, va le faire entrer dans le monde artistique. Il décide alors de ne pas suivre la tradition familiale pour se tourner vers une carrière de mime (Il deviendra d’ailleurs premier mime à la Scala de Milan) . C’est un personnage très créatif  qui, un jour, finira par se lancer dans la danse et la chorégraphie.

Durant les années qui suivront ,  il travaillera , petit à petit, au projet d’un grand ballet qui célébrerait toutes les découvertes, avancées technologiques, et progrès qui voyaient le jour au XIXe siècle  (appelé le Siècle d’Or ) comme le développement du bateau à vapeur, l’électricité, la construction puis inauguration du Canal de Suez, le tunnel du Mont Cenis entre la France et l’Italie )-  Un sujet très riche d’autant que Milan était en passe de devenir un grand centre industriel et culturel en Italie à cette époque. La guerre entre la France et la Prusse (1870) avait pris fin et avait permis, en Europe, une grande ouverture sur plus de solidarité sociale, de possibilités scientifiques et techniques qui permettraient d’améliorer la vie de tout à chacun.

Ce ballet ce  sera donc :  Excelsior . Il demande à son ami violoniste et  compositeur Romualdo Marenco, avec lequel il avait déjà travaillait pour un spectacle à Turin, de s’occuper de la musique.

Il est un peu différent des autres ballets, d’une part en raison du sujet et d’autre part sa présentation en différents tableaux allégoriques. C’est  une histoire d’amour, de haine, de lutte  entre l’Obscurité (sous les traits d’un homme en noir à l’aspect parfois squelettique)   qui est lié au passé et la Lumière pleine de richesse, de générosité et d’espoir ( une ballerine belle et tout de blanc vêtue) . Il  se terminera sur la victoire du bien contre le mal. C’est aussi la gloire du progrès, la foi en la fraternité, l’optimisme de la bourgeoisie de cette époque qui pensait qu’avec autant de progrès on allait vers un avenir libérateur et merveilleux. On assiste, par ailleurs, à toutes les grandes découvertes du siècle.

Pour beaucoup c’est un ballet qui semble un peu kitsch, rétro, mais en 1881 lors de sa création il fut ovationné avec un grand enthousiasme, recevra un véritable triomphe   et fera l’objet d’une centaine de représentations avant d’être repris dans différents pays un peu partout en Europe. Par la suite, il tombera un peu dans l’oubli,  avant d’être redécouvert en 1967 lors du Mai musical florentin dans une version de Ugo Dell’Ara. La musique fut retravaillée par Fiorenzo Carpi et Bruno Nicolaï. A partir de là, on l’a classé comme étant l’un des plus beaux témoignages culturels italiens de la fin du XIXe siècle. Il fait partie désormais du répertoire de la Scala de Milan.

Excelsior est un ballet  optimiste, riche en couleurs, divertissant, touchant et vraiment spectaculaire .

(Vidéo : en scène Roberto BOLLE – Marta ROMAGNA – Isabel SEABRA & Riccardo MASSIMI )

Portrait d’une danseuse : Melle GUIMARD …


Une petite chanson disait d’elle :  » De bas en haut, de haut en bas, Madeleine est charmante. Ses jolis pieds, ses jolis bras, en elle tout m’enchante ...  »

«  Elle ne faisait que des pas simples mais avec des mouvements si gracieux que le public la préférait à n’importe quelle autre danseuse. » Elisabeth VIGÉE-LEBRUN

GUIMARD Marie Madeleine Sculpture
 » Buste de La Guimard  » – 1779 – Gaétan MERCHI ( Bibliothèque-musée Opéra de Paris)

Marie, Madeleine Guimard, fut une danseuse célèbre de l’Opéra de Paris. Il ne reste plus grand chose en portraits d’elle si ce n’est le buste de Gaétan Merchi, quelques lithographies, lavis, et tableaux. Elle a été très célèbre, non pas qu’elle fut excellente dans son domaine, bien que dotée malgré tout d’une danse assez mesurée, élégante, gracieuse, légère, harmonieuse et expressive, mais elle eut une vie privée qui n’a pas manqué d’alimenter copieusement les potins de l’époque, notamment le choix de ses fréquentations, le nombre de ses amants, et son train de vie excessif, ce qui a quasiment éclipsé ce que l’on pouvait avoir à dire sur sa carrière de danseuse.

Mais elle a dominé toutefois la danse française durant 25 ans. Elle a dansé devant  Louis XV et Louis XVI , et la Cour,  à Versailles ou Fontainebleau, et s’est illustrée dans une cinquantaine de ballets dans lesquels étaient mêlés danse et comédie.

GUIMARD Marie Madeleine dans Sylvie 1765
 » Sylvie  » par Madeleine GUIMARD – 1765 – ( Bibliothèque-musée Opéra de Paris ) – Elle reprenait là un rôle qui fut autrefois ( 1749 ) par la Marquise de Pompadour.
GUIMARD Premier navigateur
 » Mademoiselle Guimard dans le ballet Premier Navigateur  » de GARDEL en 1785 – Lithographie (Bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris)

On a souvent fait référence à sa grande générosité de cœur et sa gentillesse qui étaient telles que , bien souvent, les critiques ou les pamphlétaires hésitaient à dire du mal d’elle et lui pardonnaient facilement tous ses excès. Elle se rendait souvent auprès des malades, les aider financièrement.

Elle avait, par ailleurs, le don de la séduction, l’art de plaire, et ce malgré le fait qu’elle était très maigre, complètement à l’opposé des canons de l’époque à savoir des danseuses un peu enrobées que l’on avait l’habitude de rencontrer. Ces dernières  se posaient en rivales et ne manquaient pas, toutes jalouses qu’elles étaient, de lui donner des surnoms comme  » le squelette des grâces  » … Qu’importe ! Mademoiselle plaisait beaucoup à la gent masculine.

Elle est née à Paris en 1743. Sa maman est fille-mère, son papa un inspecteur des toiles qui ne reconnaîtra l’enfant que douze ans après sa naissance. Elle débute sa carrière de danseuse en 1758 sur la scène de la Comédie Française qui, à l’époque, possédait une petite troupe de ballet.

Trois ans plus tard, elle entre à l’Académie Royale de musique, grâce au protectorat de Jean Dauberval (chorégraphe et maître de ballet) qui fut, très tôt, son amant et lui permettra de rester assez longtemps en ce lieu où elle ne manquera pas de se faire remarquer.

La demoiselle fait dans  » l’utile et l’honoraire  » en amour : elle couche, en même temps, d’une part avec  le valet de Chambre de Louis XV à savoir Jean-Benjamin de la Borde (l’utile ) qui lui permettra de la faire entrer à la Cour et y rencontrer des personnes influentes ; d’autre part avec Charles de Rohan, Prince de Soubise ( l’honoraire ) qui  ne manquera pas de la couvrir de cadeaux, d’argent, lui fera construire différentes demeures et même une petite salle de spectacle (des lieux qui n’existent plus de nos jours car ils furent détruits sous Napoléon III).  Parallèlement à ces deux personnages, on trouve également beaucoup de danseurs de sa connaissance, et Monseigneur  Louis Sextius Jarente de la Bruyère , l’évêque d’Orléans qui partagera son lit et lui fera mener grand train lui aussi..

Charles de ROHAN-SOUBISE
Charles de ROHAN-SOUBISE
Jean-Benjamin de LA BORDE
Jean-Benjamin DE LA BORDE
Monseigneur Louis Sextius JARENTE de LA BRUYÉRE
Monseigneur Louis-Sextius JARENTE DE LA BRUYÉRE

Un beau jour, son généreux amant le Prince de Rohan-Soubise en eut plus qu’assez de devoir la partager avec d’autres et décida de ne plus lui allouer la pension qu’il lui versait régulièrement. Mademoiselle se laissa alors courtiser par un prince allemand qui, tout éblouit qu’il était par elle, se proposa d’éponger toutes ses dettes en échange d’un mariage. Elle s’enfuira avec lui. Soubise, complètement dépité, partira à sa recherche, et réussira à la récupérer.

C’est à ce moment là que commenceront les travaux de construction d’un magnifique hôtel particulier qu’elle appelera Le temple de Terpischore, rue de la Chaussée d’Antin à Paris. L’architecte fut Claude Nicolas Leroux et les décorations intérieures confiées à Honoré Fragonard. En ce lieu somptueux elle organisera des grands dîners où seront conviés des gens de la Cour et autres personnes de l’aristocratie ;  elle donnera des spectacles dans sa salle de théâtre qui contenait environ 500 personnes ;  rivalisera d’élégance et de bon goût dans le choix de ses toilettes, avec les dames qui se trouvaient là .

HOTEL DE MELLE GUIMARD
Hôtel particulier de Mademoiselle GUIMARD – Rue de la Chaussée d’Antin à Paris

En 1785 elle devra se séparer de ce lieu car l’argent finira par lui manquer en raison du train de vie coûteux qu’elle menait. Elle organisera une loterie privée pour le vendre.  C’est une marquise qui en fera l’acquisition puis le revendra à un banquier.  En 1789 elle abandonnera sa carrière de danseuse à l’opéra et épousera Jean-Etienne Despréaux, autrefois danseur, chorégraphe, poète, professeur de danse de Madame du Barry. Curieusement il n’est pas fortuné, ni influent, mais elle lui trouvait beaucoup d’esprit et elle aimait ça. Elle appréciera de pouvoir  partager avec lui les plaisirs de la vie et sa passion de la danse.

Il a écrit sur elle :  » Telle, Guimard, pour plaire, imitant la nature, semble avoir de Vénus dérobé la ceinture. Son air simple et naïf n’a rien de fastueux. Elle enivre à la fois et le coeur et les  yeux. Par elle, tout reçoit une nouvelle grâce. Sans cesse elle nous charme et jamais ne nous lasse. Et ses bras délicats, par leurs contours charmants, nous peignent du mouvement….  »

JEAN ETIENNE DESPREAUX
« Portrait de Jean-Etienne DESPREAUX » par Jean-Baptiste ISABEY ( Peintre miniaturiste)

Tous deux ont vécu  de façon assez simple dans un petit appartement de Montmartre ( la Révolution ayant supprimé les pensions de l’Ancien Régime) , avant de revenir, en 1797,  à Paris ,toujours très heureux. Grâce à l’appui de Joséphine de Beauharnais, il reprendra ses cours de professeur de danse et comptera parmi ses élèves Désirée Clary ( ex de Bonaparte) , Caroline Bonaparte ainsi que les enfants de Joséphine . Il deviendra, par la suite, organisateur de spectacles, maître à danser de la nouvelle impératrice Marie-Louise, tout en continuant d’écrire des poèmes et chansons. Grâce à l’empereur, il obtiendra le poste de professeur de danse et de grâce au Conservatoire de musique ainsi que répétiteur des cérémonies de Cour.

Avec Marie-Madeleine ils furent très souvent invités à des soirées. Elle fut malheureusement atteinte de syphilis dès l’âge de 43 ans . Elle décèdera en 1816, et son époux en 1820.


 » Marie-Madeleine Guimard en Terpsichore  » – Jacques Louis DAVID

Histoire d’un ballet : LA FILLE MAL GARDÉE …

Un ballet signé Jean BERCHÉ dit DAUBERVAL, danseur et pédagogue français , un grand chorégraphe de la fin du XVIIe siècle.

La fille mal gardée est un petit joyau de la danse française, le plus ancien qui soit resté au répertoire et qui ait été transmis jusqu’à ce jour. Il date de 1789. On l’a successivement appelé le ballet de la paille – Il n’y a aucun mal à se faire du bien – Lise et Colas ( ou Colin) Les rivaux – La fille de ferme . Son nom actuel date de 1791. C’est une chorégraphie vraiment délicieuse, charmante, exquise. Certains peuvent le trouver un peu kitsch mais il n’en est rien, c’est poétiquement drôle, réjouissant, flamboyant. Il a subi, depuis lors, des modifications, il a été revisité et réadapté plusieurs fois.

Un ballet simple, témoignage de l’école française classique,  qui captive et séduit toujours. A l’époque de sa création on l’a trouvé révolutionnaire ! Cela est vrai de par la date : 1789 , mais également parce que le thème original était en rupture totale avec ceux qui avaient été précédemment abordés .

Pour la première fois, en effet, on entrait non plus dans un monde mythologique ou peuplé d’elfes, de fantômes ou de fées,  mais on racontait une vraie histoire populaire, dans le monde paysan, avec une ferme, des animaux , des moissonneurs, une fermière et sa fille qui barattent le beurre, nourrissent les poules ou travaillent dans les vignes pour les vendanges. Et au milieu de tout cela il y a une tendre histoire d’amour.

Tout a commencé lors d’une promenade de Dauberval dans un petit village sur les bords de la Garonne, dans le sud-ouest de la France.  Il voit, dans une vitrine, une estampe d’un dénommé Choffard, d’après une gouache de Beaudoin «  La Réprimande  » sur laquelle une fermière courrouce une jeune fille ( probablement la sienne) en larmes, alors qu’au loin se dessine la silhouette d’un jeune homme qui s’enfuit en retenant son pantalon.

la fille mal gardée gravure
Estampe CHOFFARD d’après BAUDOUIN

Cette délicieuse  pastorale champêtre va lui donner envie d’en faire un ballet et il se révélera être tel qu’il l’aura souhaité : plein de tendresse, de douceur,  d’humour,de fraîcheur, de gaiété. Il y a évoqué subtilement le thème du mariage forcé et des différents stratagèmes utilisés pour le contrer. Un ballet d’action, sommet de la pantomime, riche en couleurs, désaltérant, quasiment un vaudeville saupoudré de sauce champêtre.

La première aura lieu au Grand Théâtre de Bordeaux en 1789, quelques jours seulement avant la prise de la Bastille . C’est son épouse Mademoiselle Théodore qui tiendra le rôle de Lise, Eugène Hus celui de Colas et François le Riche campera la mère. ( Depuis lors, cette dernière est campée par un danseur masculin) – Pour la petite histoire, on a même servi une soupe aux choux sur scène !

On ne sait pas vraiment de qui est la partition musicale originale  parce qu’elle n’était pas signée. On y retrouve un mélange d’airs populaires français (55 au total). Cette musique ne fut pas du tout du goût de l’opéra lorsque le ballet fut repris en 1828 par Jean-Pierre Aumer ( un élève de Dauberval ) . On fera donc appel au compositeur français et premier prix de Rome : Ferdinand Hérold. Il va réutiliser des airs du départ, y ajoutera des romances que l’on peut trouver dans des opéras de Rossini et Donizetti (notamment dans la Cénérentola ou le Barbier de Séville). Certains chorégraphes ont même repris  des extraits de musiques signées Ludwig Minkus, Léon Délibes, Ricardo Drigo ou Cesare Pugni.

De nos jours, c’est incontestablement la version de Frederick Ashton pour le Royal Ballet de Londres, qui est la plus appréciée, et reprise par de très nombreuses compagnies dans le monde.

( Vidéo : La danse des sabots / Acte I – Version Frederick ASHTON ( ROYAL BALLET DE LONDRES avec Will TUCKET dans le rôle de la mère Simone )

(Vidéo : La danse des rubans / Acte I – Version Frederick ASHTON ( ROYAL BALLET DE LONDRES avec Marianela NUNEZ et Carlos ACOSTA )

Histoire d’un ballet : Les Enfants du paradis …

(Vidéo : Isabelle CIARAVOLA & Mathieu GANIO)

 » Pour moi, « les Enfants du paradis » c’est d’abord une histoire sur le monde des rêves que le théâtre représente. J’ai voulu rester au plus près de l’œuvre de Carné et Prévert, je n’ai fait l’impasse sur rien. » José MARTINEZ (Danseur Étoile français, chorégraphe, directeur artistique de ballet)

Ce ballet est le premier que José Martinez créera pour l’Opéra Garnier en 2008, et, c’est avec lui qu’il fera ses adieux de danseur en 2011. La musique a été confiée à Marc-Olivier Dupin et les costumes à une autre Étoile de l’Opéra : Agnès Letestu.

C’est une histoire d’amour impossible dans le Paris de l’époque romantique. Frédérick et Baptiste se partagent l’amour de la lumineuse Garance. Une histoire qui nous plonge dans le monde du théâtre avec tout ce que cela représente de magie et de rêve. Comme il l’indique ci-dessus, il s’est inspiré du scénario que Jacques Prévert avait rédigé pour le film du même nom réalisé par Marcel Carné en 1945.

Une magnifique chorégraphie mélange de classique et moderne, poétiquement rêveuse, émouvante, sensuelle, élégante, raffinée, empreinte de fluidité, de vivacité, de grâce.

(Vidéo : Isabelle CIARAVOLA & Mathieu GANIO)

Adieux à la scène de l’Opéra … Stéphane BULLION

Stéphane BULLION (Photo : Ann RAY)

Une grande Étoile française de la danse a fait ses adieux à la scène le 4 juin 2022 : Stéphane Bullion. A 42 ans, il avait atteint l’âge officiel de la retraite à l’Opéra de Paris. Un danseur magnifique qui est entré à l’École de danse en 1994 et qui a su, par son talent, gravir tous les échelons : Coryphée en 2001, Sujet en 2003, Premier danseur en 2008 et Étoile en 2010.

C’est un danseur infiniment touchant, dégageant énormément de justesse dans chacune de ses interprétations, qui a fait preuve de beaucoup de courage et de force lorsqu’à l’âge de 23 ans on lui a diagnostiqué un cancer des testicules. Il va lutter physiquement et mentalement et se montrer infiniment combattif pour pouvoir reprendre la danse. Les traitements et ses séances de chimiothérapie furent des moments douloureux. Cela a été très dur parfois, l’obligeant à s’arrêter, mais il est toujours revenu, soutenu par ses proches, notamment sa famille.

 » Certaines personnes me demandent parfois si la danse est une passion pour moi. Mais c’est bien plus qu’une passion, ça fait partie de moi, comme respirer, c’est un besoin. C’est vrai que danser m’a permis de me fixer des objectifs, mais si j’ai continué à suivre des cours pendant ma chimiothérapie, ce n’était pas juste pour les atteindre, mais pour me maintenir en forme. J’avais l’impression de continuer à vivre normalement. Et vivre normalement pour moi c’était danser ! « 

Après une carrière exceptionnelle couronnée de succès et de prix, après avoir dansé les plus beaux rôles du répertoire classique et contemporain, il n’a, désormais, qu’un seul désir, s’occuper plus intensément de son épouse, la danseuse Pauline Verdusen et leurs deux enfants.

(Vidéo : Stéphane BULLION dans  » La dame aux camélias  » de John NEUMEIER ))

Histoire d’un ballet : MULTIPLICITÉ-Formes du silence et du vide …

«  La cohérence de la musique de Bach se suffit à elle-même et impose déjà un tel pari au chorégraphe qui s’aventure sur ce territoire. Mon travail sur cette musique tente d’exprimer la fugacité du temps et des choses, mais aussi son immortalité et sa permanence. J’espère aider, par l’expression des danseurs, à percevoir la profondeur de ces partitions. J’ai voulu créer une chorégraphie musicale, presque aérienne, qui permette au public de vivre la musique par le biais des corps, une sorte de mise en relief. Mais, n’est-ce pas cela la mission du chorégraphe ?  »  » Nacho DUATO ( Danseur et chorégraphe espagnol)

Nacho DUATO

Nacho Duato est un danseur espagnol, chorégraphe et directeur de compagnie. Il est parti de ses propres bases classiques et ses différentes formations assez éclectiques pour s’ouvrir aux courants contemporains et même aussi parfois au folklore. Il est fortement attaché aux flexions, extensions, relâchements du corps, à tout ce qui part de la colonne vertébrale. Tous les mouvements qu’il créé sont en harmonie avec la musique.

C’est un chorégraphe prolifique  que l’on pourrait qualifier de contemporain, mais comme il l’explique souvent lui-même la base est classique. D’ailleurs un danseur qui n’aurait pas cette base  et qui serait résolument  moderne , n’aurait absolument pas sa place au sein de sa compagnie. Il est doté d’une immense musicalité, on peut dire qu’elle est sa force créatrice .

Il est né en Espagne en 1957. La danse a été très vite une évidence pour lui. Les débuts de sa formation se sont effectués en Angleterre au Ballet Rambert, puis à Bruxelles où il étudie à la Mudra School , un centre de recherche et perfectionnement créé par Maurice Béjart, et enfin les États Unis où sera  l’élève de personnalités célèbres de la danse comme, par exemple, Alvin Aley et Louis Falco. Dans les années suivantes, il a intégré le Ballet Cullber, puis  le Nederlands Dance Theater dirigé par Jiri Kylian.

Kylian va être véritablement son maître. Il va hériter de lui de très belles qualités à savoir la musicalité, la rigueur, l’énergie constante et un certain don pour le dessin des mouvements du corps et de la gestuelle. Auprès de lui il va se révéler être un danseur très sensible, avec un grand rayonnement, fortement apprécié par le public. C’est Kylian qui va l’initier à faire ses premiers pas dans la chorégraphie.

Après quoi il est devenu le chorégraphe-résident de nombreuses autres compagnies dans le monde et en a dirigé d’autres.

 Multiplicité-Formes du silence et du vide, est un ballet sur la vie et la musique de Bach. Une commande faite par la ville de Weimar en 1999 pour sa désignation  en tant que Capitale européenne de la culture. Pour Duato un ballet sur la musique du Cantor lui a paru  alors être une évidence, d’autant que 1999 célébrait également le 250e anniversaire de la mort du compositeur.

C’est comme son nom l’indique un ballet en deux parties. Il sera créé pour les Grands Ballets Canadiens de Montréal ( une compagnie où il a été chorégraphe et où il fut le chouchou , fortement apprécié par le public en tant que tel ) par la Compagnie Nationale de Danse qu’il dirigeait alors en Espagne.

La musique est constituée de différents extraits des partitions  de Bach,  maître baroque du contrepoint et de l’harmonie – Dans la première partie Multiplicité il est très présent, dirige un orchestre dont les danseurs sont les instruments. La seconde partie, plus poignante, Formes du silence et du vide a une relation avec la mort et c’est l’Art de la Fugue qui a été choisi.

De l’ensemble  on peut dire que c’est très bien construit, inventif, original, joyeux et léger  au départ,  assez profond malgré tout, inspiré, spirituel, méditatif , voire quelque peu mystique, théâtral, complexe assurément, teinté parfois d’humour , technique et virtuose . C’est assez époustouflant.

(Vidéo : Linda HAAKANA et Michal KRCMAR dans Multiplicity)

Histoire d’un ballet : GISELLE et les Willis …

« Giselle condense tout ce qui était cher aux romantiques et au-dessus du bonheur humain. Sur le plan de la danse, cette œuvre cerne toutes les préoccupations des chorégraphes, de la narration, jusqu’à la magnifique abstraction des ensembles du second acte. C’est pourquoi Giselle peut être considéré comme le ballet des ballets » Thierry MALANDIN (Chorégraphe français)

(Vidéo : Dorothée GILBERT & Mathieu GANIO – Étoiles de l’Opéra de Paris)
(Vidéo : Les Willis / Opéra de Paris)

Neuf ans après La Sylphide de Philippe Taglioni, naitra Giselle, un ballet pastoral magnifique, en deux actes, au croisement de l’évolution d’un art : la danse classique, et d’un mouvement littéraire : le romantisme.

Giselle a beaucoup de points communs avec La Sylphide. Il est basé sur la même formule du réel confronté au surnaturel. Toutefois, dramatiquement parlant, on peut dire qu’il fait preuve de beaucoup plus de profondeur.

C’est le ballet de l’émerveillement, de la poésie, de la magie, du fantomatique, le témoignage de l’amour idéalisé et déçu. Giselle est le ballet de l’Arabesque : position en appui sur une jambe, corps bien droit, pendant que l’autre jambe est levée à hauteur. En l’exécutant, cela donnait l’impression d’une sculpture, d’une reproduction statique de l’envol des Willis, et ce fut surtout utilisé à des fins poétiques.

Giselle conte l’histoire d’une jeune paysanne, passionnée de danse, folle d’amour pour un jeune seigneur qu’elle pensera qu’il ne peut être pour elle en raison de sa position sociale. Il va pourtant lui faire croire que cela est possible et la séduira. Lorsqu’elle va mourir, il sera inconsolable et elle reviendra le hanter à chacune de ses nuits.

Le poète Théophile Gautier avait une grande passion pour la danse, elle le fascinait, le mouvement surtout. Non pas le mouvement vu en tant que tel, reproduction du réel comme il le disait, mais comme une gestuelle dictée par une grande esthétique. Il voyait la danse comme de la littérature en jambes. Giselle sera son rêve.

Théophile GAUTIER

Par ailleurs, il était très amoureux de celle qu’il considérait comme sa muse, la très grande ballerine de l’époque à savoir : Carlotta Grisi dont on disait qu’elle était dotée d’une incroyable technique sur les pointes, qu’elle savait allier force et grâce, qu’elle était très jolie avec ses superbes yeux bleus … Ils rappellent la couleur de la violette la nuit affirmait Théophile.

« Elle rase le sol sans le toucher. On dirait une feuille de rose que la brise promène …  » T.G

De Carlotta Grisi il disait qu’elle était le  » seul vrai amour de son cœur  » – Ne pouvant espérant qu’elle soit ce qu’il aurait souhaité pour lui, il épousera Ernesta Grisi, la sœur de Carlotta, une cantatrice qui lui donnera deux enfants . La danseuse sera la marraine de leur fille Judith. Leur mariage ne sera pas heureux, il continuera d’avoir des sentiments pour Carlotta et aura diverses maîtresses. Le couple se séparera en 1866. Dès lors, il reprendra contact avec Carlotta, lui fera part des sentiments profonds qu’il éprouvait pour elle et , à partir de là, ils se verront de temps à autre et échangeront une correspondance amico-amoureuse qui va durer très longtemps.

Carlotta GRISI

C’est donc pour elle qu’il va imaginer ce ballet, un cadeau qu’il lui offrira pour ses 22 printemps, en s’inspirant d’une part de Victor Hugo pour son recueil de poèmes Fantômes, mais aussi et surtout de l’histoire de jeunes filles mortes d’amour, parce qu’abandonnées, que Heinrich Heine racontera dans livre De l’Allemagne.

Il rédigera le livret en 1841 avec la collaboration de l’auteur dramatique Henri Vernoy de Saint-George. Le ballet fut d’abord intitulé Les Willis puis rebaptisé Giselle. Il sera créé à l’Académie Royale de musique de Paris (Opéra) qui était situé, à l’époque, rue Le Pelletier.

Jules VERNOY DE SAINT-GEORGE

La chorégraphie fut confiée à Jean Coralli et Jules Perrot ( ce dernier était, à l’époque, le compagnon de Carlotta Grisi.) Tous deux vont construire une incroyable dramaturgie dans leur chorégraphie, que ce soit pour les lumineuses scènes terrestres ou les visions nocturne spectrales, les envols des Willis ou les danses très aériennes de la ballerine. Avec eux, la danse féminine de l’époque va subir de grandes métamorphoses. Ils sauront conserver un partage équitable entre danse de caractère et danse classique pure. Carlotta Grisi triomphera dans les variations sublimes conçues tout spécialement pour elle.

Le musique fut confiée à Adolphe Charles Adam, compositeur français, critique musical, professeur au Conservatoire. Il avait écrit, auparavant, un bon nombre de partitions pour la danse, mais celle-ci lui apportera, sans conteste, la renommée et la consécration. C’est une musique qui abonde en motifs divers et superbes; Elle a un sens aigu de la concision dramatique, à la fois lumineuse, efficace dramatiquement parlant, assez raffinée orchestralement.

Les scènes de pantomime offrent de belles variations rythmiques et le leitmotiv (thème répété) est souvent utilisé pour faire référence notamment à une émotion ou un évènement précis. A noter que pour le Pas de deux des jeunes paysans (qui sera rajouté au ballet) ce n’est pas la musique de Adam que l’on entend, mais celle d’un autre compositeur, allemand : Frederic Burgmüller.

( Vidéo :  » Pas de deux des paysans  » – Miriam OULD BRAHAN & Emmanuel THIBAULT ( Étoiles de l’Opéra de Paris) – Ce Pas de deux a été rajouté à la demande d’un riche mécène qui souhaitait vivement de le rôle de la jeune paysanne soit confié à une ballerine qu’il affectionnait tout particulièrement.

Après sa création en 1841, ce ballet entrera au répertoire de l’Opéra de Paris où il sera très régulièrement dansé jusqu’en 1868. Puis il tombera dans l’oubli et ressuscitera de ses cendre grâce à Marius Petipa qui le reprendra et y apportera des avancées considérables à l’époque. Tout commencera par l’arrivée à Saint-Pétersbourg de Jules Perrot qui souhaitera remonter Giselle et demandera à Marius d’être son Albrecht.

Ce dernier le dansera très souvent avant de devenir le grand maître de ballet et chorégraphe que l’on connait. Il avait donc une connaissance assez poussée du ballet, des différents rôles, et il avait, par ailleurs, pu bénéficier des conseils de Perrot. Il le montera donc en 1884, puis en 1887, et en 1889, apportant à chaque fois ses propres arrangements et embellissements, des variations diverses, tout le corps de ballet sur les pointes, créera, entre autres, un magnifique Pas de Deux (toujours d’actualité) entre Giselle et Albrecht, réduira la pantomime, s’adaptera aux goûts du public de chaque époque et proposera des danses plus nombreuses entre Myrtha et les Willis. Pour la musique il fit appel à Ludwig Minkus.

(Vidéo :  » Pas de Deux  » -Petipa- : Roberto BOLLE & Sveltana ZACHAROVA )

Giselle peut se vanter d’avoir connu des grandes interprètes. La première, dont on dit qu’elle fut sublime dans le rôle, fut Alicia Alonso. Elle a dansé ce rôle tant et tant de fois dans sa carrière ! – Il y eut la française Yvette Chauviré, celle que l’on nommait la Greta Garbo de la danse , si touchante avec Rudolf Noureev ou Cyril Atanassoff dans ce ballet qui restera à jamais son préféré, celui qu’elle a dansé plus de 300 fois avec toujours une incroyable sensibilité, un grand lyrisme dans le port des bras, et de belles arabesques ! – Puis Carla Fracci, Margot Fonteyn qui seront tout aussi incroyables et laisseront un souvenir impérissable. Parmi les plus jeunes, il y a Svletana Zacharova : Giselle fut un rôle phare dans sa carrière. Elle est pleine de fraicheur, de grâce, romantique, intuitive, avec une espèce de fragilité qui la caractérise et qui convient parfaitement à ce rôle.

(Vidéo : Alicia ALONSO )
(Vidéo : Yvette CHAUVIRÉ avec Rudolf NOUREEV & Cyril ASTANASOFF
(Vidéo : Svletana ZAKHAROVA )

Histoire d’un ballet : Marie-Antoinette … Patrick DE BANA

« Je n’ai jamais aimé classifier les choses parce que cela voudrait dire que l’on se met des barrières, que l’on s’enferme dans une boite. Le thème de ce ballet est classique en effet. Mais qu’est-ce que le classique ? Qui est classique ? C’est quoi le vrai classique ? Personnellement, j’aime mieux, au travers de ce ballet, de parler d’une époque » Patrick De BANA (Danseur et chorégraphe)

Marie-Antoinette est un très beau ballet baroque contemporain créé en 2010 par Patrick De Bana à la demande du danseur Étoile français Manuel Legris qui occupait, à l’époque, le poste de directeur artistique du Ballet d’État de Vienne.

Plus que l’histoire de cette reine de France, le chorégraphe a souhaité revenir sur sa jeunesse, sa fragilité, son insouciance, entre joie et douleur, entre ombre et lumière à la Cour de France, entourée au départ lors de son arrivée à Versailles, puis seule, tragique et digne lors de son emprisonnement et sa fin tragique en 1793.

Un ballet très inventif, original, clair, subtil, expressif, dans l’émotion, l’élégance, la grâce et la finesse.

La palette musicale qui l’accompagne est magnifique puisqu’il s’agit d’un collage de pièces baroques signées Vivaldi, Mozart, Teleman, Rameau, associé à celles plus modernes du compositeur espagnol Luis Miguel Cobo.

Les costumes sont signés de la danseuse Étoile et styliste française : Agnès Letestu.

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