Histoire d’un ballet : La Chauve-Souris …

«  C’est l’amour d’un homme. Pour sa femme Bella, il se transforme en chauve-souris afin de devenir son amant. C’est une histoire pas très morale mais après tout, on peut être tenté par le pêché parfois, et la musique de Strauss fait rêver et surtout donne envie de danser.  » Roland PETIT (Danseur, chorégraphe français, et directeur de compagnies de danse)

Merveilleux ballet créé en 1979 au Théâtre de l’Opéra de Monte-Carlo par le Ballet de Marseille dirigé à l’époque par Roland Petit. C’est Zizi Jeanmaire qui dansait avec, à ses côtés, Denis Ganio et Luigi Bonino.

Le livret a été rédigé par le chorégraphe, lequel s’est librement inspiré de l’opérette de Johann Strauss Fils, portant le même nom, datant de 1874, et dont il a tout particulièrement soigné la structure narrative. Roland Petit n’était pas insensible à l’opérette et la musique pétillante du fils Strauss, c’est ce qui lui a donné l’envie de travailler sur un ballet qui, pour lui, ressemblerait en quelque sorte à une comédie dansée.

La danse y est vraiment heureuse, vivante, harmonieuse, poétique aussi, sensuelle, pleine de grâce, virtuose, dans l’émotion, alternance de danse classique académique associée à certains éléments du music-hall. Les jeux de jambe de la danse furent tout particulièrement étudiés à l’époque pour son épouse Zizi . Ceux de l’Étoile italienne Alessandra Ferri (que Roland Petit appréciait énormément) seront, eux aussi, tout aussi appréciés bien des années plus tard.

La musique est signée Johann Strauss. Elles ont été arrangées et ré-orchestrées par le compositeur australien Douglas Gamley.

 » Vidéo : Alessandra FERRI & Massimo MURRU / Acte II « Il perd ses ailes »

Histoire d’un ballet : La Source …

 » Je connaissais depuis longtemps le livret original de Nuitter. C’est un livret assez touffu. Nous avons dû le réadapter. L’histoire de La Source est celle de l’esprit de l’eau qui tombe amoureuse d’un être humain qui, lui-même, aime une belle caucasienne destinée au harem de Khan. Au final, l’esprit se sacrifiera et grâce à son talisman, rendra possible l’amour entre deux mortels. On est dans l’enchantement, dans le merveilleux. Ce ballet résonne à la fois dans le champ invisible, immatériel, et dans des domaines beaucoup plus terrestres. On peu livre comme une métaphore de la société dans laquelle on vit, où l’on a tendance à gaspiller la nature en l’ignorant de plus en plus au profit des êtres et de leurs besoins d’argent grandissants. » Jean-Guillaume BART (Danseur Étoile, pédagogue et chorégraphe français. Un passionné de l’histoire de la danse) – Ce ballet met en scène Naila (esprit de la source) qui se sacrifiera pour l’amour de Djemil et Nourreda.

Jean-Guillaume BART
 » Portrait de Melle Eugénie Fiocre dans le ballet la Source  » – Edgar DEGAS (Melle Fiocre interprété Nourreda en 1866 aux côtés de Louis Mérante)
(Vidéo : Isabelle CIARAVOLA (Variation)

L’origine de ce ballet remonte à 1866. A cette époque, on confia la chorégraphie à Arthur Saint-Léon, d’après le livret qu’il co-signera avec Charles Nuitter. La dernière fois qu’il fut présenté au public, c’était en 1876. Il doit sa reconnaissance àJean-Guillaume Bart qui a soumis l’idée à Brigitte Lefèvre ( à l’époque directrice de la danse à l’Opéra de Paris) laquelle fut tout à fait emballée par ce projet. La création aura lieu en 2011.

Compte tenu qu’un grand nombre d’archives le concernant, avaient été brûlées, il a fallu, qu’en partant du peu de documents dont il a pu disposer, Bart le réinvente, et de mon humble avis, il a parfaitement réussi à le faire, assisté par le dramaturge Clément Hervieu-Léger. Les costumes ont été confiés aux bons soins du couturier Christian Lacroix. La musique est de Ludwig Minkus (actes I et III ) et Léo Délibes (Acte II et scène I de l’acte III). Elle a été arrangée par le pianiste, chef et musicologue australien Richard Bonynge.

C’était une merveilleuse idée que de faire renaître ce petit joyau du répertoire français. C’est plein de fraîcheur et d’émotion, de lyrisme aussi, assez enchanteur, poétique, saupoudré d’orientalisme.La danse se révèle majestueuse et virtuose, sans parler des magnifiques costumes de Lacroix et la musique qui magnifient l’ensemble .

(Vidéo : Isabelle CIARAVOLA & Karl PAQUETTE – Pas de Deux)

Histoire d’un ballet : Blanche-Neige …

BLANCHE NEIGE Carl Offterdinger
Blanche-Neige illustration de Carl OFFTERDINGER
GRIMM Wilhelm à gauche Jacob à droite Elisabeth Jerichau-Baumann,
A gauche Wilhelm – A droite Carl – Les frères GRIMM – Un tableau de Elisabeth JERICHAU-BAUMAN

Blanche-Neige est un conte des frères Grimm, à savoir Wilhelm et Jacob,  issu de leur célèbre recueil Fables pour enfants et parents publié entre 1812 et 1822. Il est inspiré de très vieilles histoires populaires dans les campagnes allemandes, que les deux frères ont arrangées et racontées à leur manière. Blanche-Neige, des sœurs Hassenpflug, par exemple, en fait partie.

Au cours du XIXe siècle, l’idée de la mise en scène de ce conte, a attiré un grand nombre d’artistes et le résultat ne fut pas très concluant , il faut bien le reconnaître, à l’exception du gros succès rencontré par le magnifique dessin animé de Walt Disney en 1937, lequel  est resté, depuis, dans l’imaginatif collectif.

Le monde de la danse a, lui aussi, été sensible à cette histoire. Parmi ceux qui l’ont intégré dans l’histoire du ballet, il y aura Marius Petipa avec Le miroir magique en 1903 sur une musique de Arnesy Korenshenko, un livret d’Alexandre Pouchkine , et qui sera un véritable fiasco. A l’époque le chorégraphe était l’objet d’une guerre menée contre lui par le nouveau directeur des théâtres impériaux , Vladimir  Telyakovsky, qui ne l’aimait pas du tout. L’insuccès du ballet va propulser Petipa vers la sortie et ce malgré sa nomination de» chorégraphe à vie  . Il se retirera en Ukraine, à Gurzuf, où il rédigera ses mémoires et mourra en 1910.

Deux versions du XXIe siècle , très différentes, sont à retenir. Elles ont eu, toutes deux, beaucoup de succés et elles ont , en quelque sorte, réveillé Blanche-Neige dans l’univers de la danse : celle de Emilio ARAGON en 2005 et Angelin PRELJOCAJ en 2008.

VERSION : Emilio ARAGON 

Emilio ARAGON
(Video : Tamara Rojo)

Aragon est né à la Havane. En 1972 il s’est installé en Espagne avec toute sa famille. Il a baigné dans un univers artistique : son père, en effet, fut le grand clown-chanteur-accordéoniste Miliki avec lequel, d’ailleurs, Emilio a débuté en 1977 à la télévision espagnole ( T.V.E.) dans une émission intitulée « Le grand cirque« .

Ce musicien-compositeur est, avant toute chose, un passionné de musique. Diplômé (piano) du Conservatoire de musique de Madrid, il  a également fait des études de direction d’orchestre et de composition. Ses Fables Symphoniques est une oeuvre qui a obtenu un gros succès et qu’il a souvent dirigée.

En 2004 il fait un rêve : celui de monter un ballet à partir d’une histoire qui l’a toujours fasciné, à savoir Blanche-Neige .Pour ce faire, il fait appel au chorégraphe et scénariste Ricardo Cué, lequel possédait une très belle connaissance du répertoire classique que ce soit l’histoire de la danse comme celle du ballet en général, mais également tout ce qui pouvait avoir un rapport avec les décors, la scène, l’éclairage. De plus, chose non négligeable, il était connu pour être un grand organisateur de galas dans toutes l’Espagne et le mentor ( ne pas l’oublier ! ) de grandes étoiles de la danse comme Maïa Plissetskaïa, Roberto Bolle, José Martinez, Carlos Acosta, Lucia Camara, Agnès Letestu, Julio Bocca, Nicolas Le Riche, etc …

Aragon et Cué vont se mettre d’accord sur une chose qui leur semblait primordiale : à savoir que l’interprète du rôle principal ne pouvait être que Tamara Rojo, la muse d’Aragon. Ce dernier déclara d’ailleurs :  » Ce ballet n’aurait jamais pu voir le jour sans elle parce qu’elle a su apporter une belle lumière, un grand professionnalisme et une grâce virtuose. »

Tamara ROJO
Tamara ROJO

A partir de là, Aragon, Cué, Tamara Rojo, tous les autres danseurs et danseuses y participant , mais également les costumiers, les décorateurs, les techniciens ont vraiment collaboré ensemble à l’élaboration de ce merveilleux ballet et c’est ce gros travail en commun qui a réellement donné vie à ce spectacle qui est un véritable hommage à la danse classique telle que l’on pouvait la trouver du temps de Petipa et Tchaïkovsky.

Ils sont restés très proches du conte des frères Grimm, très exigeants dans le déroulement de cette chorégraphie romantique et classique à souhait, avec une danse de qualité, des séries de superbes fouettés, des brillants divertissements, des Pas de Deux magnifiques, efficaces, une pantomime réussie, l’utilisation du leitmotiv pour les différents personnages, et un très beau final. Le tout sur une une musique d’Aragon assez inventive et originale.

Tamara Rojo a non seulement inspiré les deux hommes mais elle les a beaucoup aidés  dans la compréhension de la rythmique de la danse, de façon à ce  qu’ils travaillent de façon étroite avec elle sur ses propres compétences et besoins afin de mieux maîtriser encore, si besoin, la chorégraphie.

La création s’est faite en 1005 au Théâtre Arriaga de Bilbao, puis peu de temps après à Madrid. Le prince aux côtés de l’étoile fut Inaki Urlezaga qui est un excellent danseur argentin.

(Video : Tamara ROJO & Inaki URLEZAGA)

Version Angelin PRELJOCAJ 

Angelin PRELJOCAJ
(Vidéo : Nagisa SHIRA & Sergio DIAZ)

 » J’avais envie de raconter une histoire, d’ouvrir une parenthèse féérique et enchantée pour ne pas tomber dans mes propres ornières sans doute, mais aussi parce que, comme un grand nombre d’entre nous, j’adore les histoires et les contes. Je suis resté fidèle à la version des frères Grimm, à quelques variations près fondées sur mon analyse des symboles utilisés dans cette histoire. La marâtre est pou moi le personnage central du conte. C’est elle que j’interroge au travers de sa volonté narcissique à ne pas vouloir renoncer à la séduction, à sa place de femme, quitte pour cela à sacrifier sa belle-fille. Par ailleurs, Blanche-Neige contient des  » objets merveilleux  » pour l’imaginaire d’un chorégraphe, comme par exemple le fameux miroir qui conseille, la pomme empoisonnée, le cercueil de verre. » Angelin PRELJOCAJ

Blanche-Neige est avec Le Parc et Roméo & Juliette, la plus grande référence chorégraphique de Preljocaj. C’est un ballet contemporain, narratif, assez spectaculaire, créatif, original,  avec une touche de classique, issu d’un travail vraiment bien mené, calculé, étudié dans les moindres détails, les moindres mouvements, une gestuelle avec des déhanchements, un langage et une danse propre à chaque interprète principal afin de bien les différencier et les identifier. Il y a, par ailleurs, un gros potentiel théâtral et une belle dramaturgie.

On sent bien que ce chorégraphe aime raconter des histoires et ce même si il avoue que c’est toujours délicat de le faire. Cela reste pour lui très passionnant de se plonger dans les sentiments, les ressentis, les émotions des personnages.

Comme souvent il y a sa marque de fabrique à savoir des mouvements en décalé  qui peuvent surprendre mais ils sont sans vulgarité. Sa Blanche-Neige est un ballet qui reste une évasion, le passage où la reine oblige la jeune femme à croquer la pomme est empreint d’un réalisme émouvant, l’évocation de la maternité est violente il faut bien le dire, probablement parce que c’est un sujet qui lui tient à cœur. Le moment où il la ramène à la vie sur l’Adagietto de la 5e Symphonie de Mahler est assez magnifique. Le choix de ce compositeur est  un risque qu’il dit avoir pris pour émouvoir et parce qu’il correspondait à ce qu’il tenait à exprimer dans l’histoire.

Les costumes sont signés Jean-Paul Gaultier, une évidence pour le chorégraphe. Le couturier a été très heureux que l’on fasse appel à lui et une semaine après la demande, il présentait déjà 120 dessins de ce qu’il avait imaginé pour le ballet. Il n’a pas voulu être rémunéré personnellement. Seuls la fabrication des costumes a été à la charge du chorégraphe. Pour lui, la  jeune fille devait rendre une  » image virginale  » dont vêtue d’une robe drapé blanc, échancrée. Le Prince en une sorte de torero-guerrier combattant pour son amour.

BLANCHE NEIGE COSTUME GAULTIER
Costumes du ballet, signé Jean-Paul GAULTIER ( Robe de Blanche-Neige à gauche, robe de la marâtre au centre et costume du prince au bout, à droite – Centre National du Costume de Scène à Moulins (France)

Ce ballet a reçu le prix du meilleur spectacle de danse aux Globes de Cristal en 2009. Il fut créé un an avant à Lyon, puis au théâtre Chaillot à Paris et au bassin de Neptune dans les jardins du château de Versailles.

Histoire d’un ballet : Le Prince des Pagodes …

(Vidéo : En scène : Darcey BUSSELL & Jonathan COPE)

Le Prince des Pagodes est un réel ballet-conte de fées. John Cranko, danseur et chorégraphe de talent, dont le nom reste surtout attaché au ballet de Stuttgart, a puisé son inspiration dans différents ouvrages féériques comme Cendrillon, le Serpentin Vert (écrit au XVe siècle par Mme d’Aulnoy), et le roi Lear. C’est lui qui a rédigé l’intégralité de l’argument.

L’histoire est celle d’un empereur qui a deux filles : Belle Épine et Blanche Rose. La seconde souffre d’être très souvent humiliée par la première. Leur père souhaite les marier et, pour ce faire, leur présente quatre rois. Blanche Rose n’est pas intéressée car elle a n’a en tête que le prince de ses rêves. Jalouse, sa sœur la transforme en salamandre. Malheureuse, Blanche Rose se réfugie alors dans le royaume des Pagodes où elle retrouve son prince. Elle comprendra que c’est Belle Épine qui lui a jeté un sort, retournera auprès de son père avec son bien-aimé. Après avoir retrouvé forme humaine, elle redonnera la sienne au prince en l’embrassant. Elle chassera sa sœur de la Cour ainsi que les quatre fois pour épouser celui qu’elle aime.

La musique fut confiée au compositeur britannique Benjamin Britten. Cranko et lui eurent une idée différente pour l’image donnée à la partition : le chorégraphe tenait à une dimension orchestrale à la fois fastueuse et dramatique. Britten préférait s’exprimer de façon assez moderne, loin de ce qui pouvait ressembler à la musique d’un ballet romantique. Avis divers, mais au final, après maintes discussions, une musique brillante, inventive, contrastée, avec des timbres variés, quelques sonorités folkloriques également pour saupoudrer le tout d’une petite touche exotique et orientaliste.

Le ballet sera créé en 1957 au Covent Garden de Londres. Malheureusement, il ne fut pas à la hauteur des espoirs et des ambitions que Cranko avait mis en lui. Le succès ne sera pas du tout au rendez-vous quelle que soit, d’ailleurs, la ville où il sera donné que ce soit à Munich, Milan ou New York.

Et puis un jour, Kenneth McMillan décidera de donner sa version du ballet. Ce ne fut pas chose facile et son projet fut maintes fois reporté : d’abord parce que le grand chorégraphe anglais rencontrait des gros problèmes de santé à l’époque, mais également parce que les héritiers de Benjamin Britten ne souhaitaient absolument pas que l’on utilise et modifie la partition. Ils finiront par revoir leur position, pensant que, finalement, il était préférable d’accepter plutôt que de la voir tomber dans l’oubli.

Le livret sera alors confié aux bons soins de Colin Thubron qui a un peu transformé les données de l’histoire. La création aura lieu en 1989. Les rôles principaux seront attribués à Darcey Bussell et Jonathan Cope. Les costumes furent réalisés par Nicholas Georgiadis. Le ballet recevra un accueil triomphal et entrera au répertoire du Royal Ballet de Londres.

Dans sa version, McMillan apporte une touche psychologique qui met bien en évidence les contrastes du bien et du mal représentés par les deux sœurs. Elle est différente de celle proposée par Cranko à l’époque, et se révèle plus inventive, enchanteresse, magique, intense, avec beaucoup de sensibilité.

(Vidéo : en scène Darcey BUSSEL & Jonathan COPE)

Histoire d’un ballet : le Pas de Quatre de Jules PERROT …

Jules Perrot est né à Lyon en 1810. Très doué pour la danse et la pantomime, il fut aussi un brillant chorégraphe. Compte tenu de quelques mésententes avec l’Opéra de Paris, il quittera la France pour faire carrière ailleurs : en Angleterre, puis en Russie où il s’est marié et a eu deux enfants. Il reviendra plus tard en France en tant que professeur et maître de ballet  à l’Opéra. Un tableau d’Edgar Degas l’a immortalisé dans cette profession en 1875  :

« La classe de danse » Edgar DEGAS

Ce ballet a réuni en 1845 quatre des plus grandes danseuses de l’époque à savoir Marie Taglioni – Carlotta Grisi – Fanny Cerrito et Lucille Graham – Il aurait pu devenir un Pas de cinq si l’autre étoile de l’époque, à savoir Fanny Elssler avait été disponible. La musique fut confiée à Cesare Pugni.

» Pas de quatre  » : Lithographie de Alfred Edouard CHALON avec Marie TAGLIONI – Carlotta GRISI – Fanny CERRITO – Lucille GRAHN

A l’origine c’était  un hommage rendu à Marie Taglioni et plus particulièrement à l’image de la ballerine romantique qu’elle renvoyait depuis son grand succès dans la Sylphide.

Toutefois, et compte tenu de la rivalité qui existait entre les quatre danseuses, Perrot fit en sorte qu’il n’y ait aucun favoritisme et que chacune d’entre elles puisse faire valoir ses compétences, ses particularités, son style et son talent en dansant.

Ce ballet fut une totale réussite. On peut même dire qu’il obtiendra un triomphe, à Londres, en 1845, avec une scène couverte de fleurs à la fin,  et ce même s’il ne fit l’objet que de quatre représentations dont une à laquelle assistait la reine Victoria et son époux Albert.

L’ensemble est gracieux, harmonieux, éclatant, et il y a une belle unicité entre les quatre danseuses.

(Vidéo : Alicia ALONSO – Carla FRACCI – Ghislaine THESMAR – Eva EVDOKIMOVA – Reconstitution chorégraphique de Sir Anton DOLIN )

Histoire de ballet : LAURENTIA …

Vaktang CHABUKIANI

Vidéo : Acte I ( le rideau se lève à 1.32) – Natalia OSIPOVA et Ivan VASILIEV – Avec le CORPS DE BALLET du  Théâtre Impérial Mikhailovsky de Saint Pétersbourg.)

Laurentia est un ballet qui fut créé en 1939 par le chorégraphe georgien Vakhtang Chabukiani d’après la pièce de Lope de Vega : Fuente Ovejuna. La version donnée de nos jours a totalement écarté la partie soviétique  qui était de mise à l’époque dans la chorégraphie originale . Désormais, elle se penche davantage dans l’atmosphère et l’intrigue de la pièce, tout en respectant bien sur le travail de Chabukiani, les costumes, les danses espagnoles et notamment la Jota. La musique est de Alexander Crain.

L’histoire raconte la révolte de Fuente Ovejuna. Laurentia, une jeune paysanne, aime Fondoso. Ils sont fiancés. Tous deux sont très amis avec le jeune commandeur Mengo Fernando Gomez. Un jour, ce dernier fait des avances à Laurentia et essaie même d’abuser d’elle. Elle est sauvée par Fondoso qui menace Gomez avec une arbalète. Le commandeur s’échappe, mais revient quelques temps plus tard pour condamner le jeune homme. Le village, poussé par Laurentia, va se révolter contre cette décision. Tous s’uniront pour se rendre au château y mettre le feu , libérer Fondoso et tuer le commandeur.

C’est une chorégraphie fort bien menée, énergique,  imaginative, enthousiaste, brillante. La danse se mêle à l’histoire sans interruption, les pas de deux sont romantiques et pleins de tendresse, les pas d’ensemble superbes eux aussi tout comme les solos , les danses folkloriques espagnoles spectaculaires et fougueuses. On assiste également à des jetés, portés  et des sauts assez incroyables.

( Vidéo : Acte II (le rideau se lève à O.14 – Natalia OSIPOVA et Ivan VASILIEV – Avec le CORPS DE BALLET du  Théâtre Impérial Mikhailovsky de Saint Pétersbourg.)

Histoire d’un ballet : L’Oiseau de feu …

(Vidéo : Ekaterina KONDAUROVA (Oiseau) – Ilya KUZNELSOV(Ivan) – Marianna PAVLOVA (Princesse) – Vladimir PONOMAREV (Koscheï)

L’Oiseau de feu est un ballet chorégraphié par Mikhail Fokine, sur une musique de Igor Stravinsky. Les décors et une partie des costumes furent réalisés par Alexandre Golovine, sauf celui du Prince Ivan, de l’Oiseau et de la princesse qui l’ont été par Léon Bakst. La création a eu lieu à l’Opéra de Paris en 1910. C’est Anna Pavlova qui devait être l’Oiseau au départ, mais elle refusera car elle n’appréciait absolument pas la musique de Igor Stravinsky. On fit donc appel à Tamara Karsavina.

Tamara KARSAVINA dans l’Oiseau

Toutes les personnalités les plus en vue de la capitale française se déplacèrent le soir de la première. Le ballet obtiendra un immense succès et une longue standing ovation.

Il s’agit d’un ballet dans lequel l’oiseau est une créature légendaire du folklore russe, un oiseau magique doté d’un plumage lumineux avec des couleurs qui font penser à des flammes. C’est le poète Piotr Potiomkine qui soumettra le sujet à Serge Diaghilev, directeur des Ballets Russes, s’inspirant d’une part d’une fable de Piotr Jershov, et d’autre part d’un conte d’Alexandre Afanassiev (dit le Grimm russe) à savoir Le prince Ivan, l’oiseau de feu et le loup en 1864.

Diaghilev fut séduit par cette idée et demanda à Mikhail Fokine d’en être le chorégraphe et le librettiste. En ce qui concerne la musique, sa première idée fut de la confier à Maurice Ravel, mais ce dernier déclina l’offre. Diaghilev choisira alors Igor Stravinsky qu’il avait entendu durant un concert et qu’il avait beaucoup apprécié. Il lui dira : « faites moi de l’imprévisible pour ce ballet ! « 

Le compositeur va travailler d’arrache-pied et dans l’urgence, fragment par fragment. Il rendra sa partition deux mois plus tard. On peut dire qu’elle obéit aux contraintes du ballet avec une rythmique bien installée dans la danse. On sent les influences de celui qui fut son maître : Rimsky-Korsakov.

La collaboration entre Fokine et Stravinsky se révèlera plutôt sereine, enthousiaste et fructueuse. Ils s’entendront assez bien, dans un respect réciproque, chacun ayant grand soin de prendre en considération les désirs et suggestions de l’autre, se concertant souvent …. Et pourtant, à la fin de leur collaboration, Stravinsky trouvera que le travail de Fokine était un vrai désordre, trop chargée en danses diverses et qu’elle ne rendait pas justice à sa musique !

Fokine travaillera sa chorégraphie avec une certaine dévotion car il était réellement « amoureux » de l’histoire. Elle est d’une grande liberté, mélange de classique et folklorique, caractérisant chaque personnage, expressive, enchanteresse, ardente, voluptueuse, exotique, moderne avec des mouvements riches, inventifs. La danse est réellement belle, originale, théâtrale, dramatique. La pantomime sert bien l’action.

Histoire d’un ballet : La Bayadère …

La Bayadère est un ballet magnifique et grandiose qui fut créé en 1877 à Saint-Pétersbourg. On peut vraiment dire qu’il fait partie des grandes fresques chorégraphiques de Marius Petipa. Le livret résulte de la collaboration entre le chorégraphe et le critique Sergei Khouderov qui était très amoureux de la culture indienne. Tous deux vont s’inspirer du drame La Sakountala écrit par le poète Kalidasa.

L’histoire a pour fond l’Inde mystérieuse, les amours tourmentées de la danseuse Nikiya et le guerrier Solor. La première à entrer dans le rôle fut Yekaterina Vazem. Elle le dansera plus de 70 fois ! Gamzatti fut Maria Gorchenkova, et Solor Lev Ivanov (qui deviendra, par la suite, l’assistant de Petipa) et Pavel Gverdt.

C’est une chorégraphie qui ne manque pas d’originalité, entre danse classique, de caractère, académique, et danses traditionnelles de l’Inde. On l’a dit audacieuse, exotique, imaginative, riche, séductrice, passionnée, intense, crédible. La danse, poétique, gracieuse, virtuose, accorde une grande partie à la pantomime.

A l’époque, Petipa s’appuiera sur une scénographie majestueuse. Il fera même appel à des effets spéciaux incroyables pour l’époque comme, par exemple, faire surgir par enchantement un temple, ou de très nombreuses danseuses sur scène pour la partie dite des Ombres (fantômes) en tutus et voiles, évoluant sur scène en de sublimes arabesques. Lors de la création elles étaient 32. En 1900, lorsqu’il présentera, à nouveau, son ballet, on en comptera 40.

La musique fut confiée à Ludwig Minkus. Elle est pleine de lyrisme et sert admirablement bien la danse. Elle l’anime, lui donne vie, soutient le drame, l’accompagne de façon cohérente et harmonieuse.

Version Rudolf NOUREEV :

( Vidéo : La Bayadère / 1992 – Version NOUREEV)

La Bayadère est le testament chorégraphique de Noureev. Il était, en effet, à cette époque, très malade, atteint du sida. Il aurait pu se retirer, ne pas se montrer car très affaibli, mais il a tenu, avec courage, conduit par cet amour de la danse qui ne l’a jamais quitté tout au long de sa carrière, à offrir cet ultime cadeau au public. Tout comme il a voulu venir le saluer une dernière fois à la fin du ballet, soutenu par ses danseurs. C’était en octobre 1992 à l’Opéra Garnier. Un an plus tard, il décédait.

Rudolf NOUREEV à la fin du ballet en 1992, très élégant dans son costume, ému, mais très fatigué. Il est entouré des danseurs du ballet à l’époque : Elisabeth PLATEL (gauche) – Laurent HILAIRE (centre) – Isabelle GUÉRIN (à droite)

Ce ballet lui tenait particulièrement à cœur. Ce sera l’ultime chorégraphie qu’il montera pour l’Opéra de Paris, offrant l’intégral du ballet de Petipa.

Il a souvent affirmé que c’était son préféré. C’est du reste avec lui qu’il avait fait ses débuts en 1959 au Kirov, à la demande de la danseuse et épouse du directeur de la compagnie, Natalia Doudinskaïa. Elle souhaitait l’avoir dans le rôle de Solor. En conséquence de quoi, il avait parfaitement mémorisé le ballet, s’était imprégné du style, de la construction, du contenu.

Noureev a remonté souvent, uniquement le passage poétique et tellement beau Des Ombres, notamment à la demande de Frederick Ashton pour le Royal Ballet de Londres. Mais il gardait toujours l’espoir de pouvoir le créer un jour dans son intégralité. Ce sera à l’Opéra de Paris, et pour ce faire, il est retourné à la source à savoir dans la lecture des notes de Marius Petipa qui sont conservées au Théâtre Bakrouchine de Moscou, et il a même pu (personne n’a jamais su comment ! ) obtenir une copie de la partition partielle qu’il restait de Ludwig Minkus et dont les arrangements seront réalisés pour lui par John Lanchbery.

(Vidéo :  » Les Ombres  » – La Bayadère / Rudolf NOUREEV – Corps de ballet de l’Opéra de Paris) Ce passage arrive dans l’acte III du ballet. Il y a, en général, 32 ou 35 danseuses pour le réaliser.

 » La scène des ombre est un moment du ballet qui reste l’un des plus frappants, probablement à cause de son absolue simplicité et son audace. Les ombres sortent l’une après l’autre, dans une arabesque classique, sans ornement, mesure après mesure et vous souhaitez que cela dure encore et encore. C’est un peu comme les cariatides du Panthéon où la répétition de la même figure, loin de vous fatiguer, provoque le désir de les revoir sans cesse. » Marie RAMBERT (Danseuse polonaise et professeur de danse)

Mis à part Petipa, Noureev s’est également inspiré de la version de Vaktang Tchaboukiani et Vladimir Ponomariov qui figure au répertoire du Kirov depuis 1941.

Sa chorégraphie est réellement pleine d’intelligence, émotionnelle, fantastique, sauvage, quasi cruelle, mais elle fait triompher les beaux sentiments d’amour. Le rêve est présent, l’enchantement aussi.

Les décors grandioses (toujours conservés à l’Opéra) sont ceux de Ezio Frigerio, les costumes de Franca Squaciapino. Noureev fit, d’ailleurs, venir des saris et tissus des Indes pour réaliser les tutus dont les broderies ont été réalisées à la main.

Costume pour Gamzatti réalisé par Franca Squaciapino / Photo Isabelle AUBERT

Histoire d’un ballet : Le Sacre du Printemps …

Au centre Vaslav NIJINSKI – A gauche Serge DIAGHILEV – A droite Igor STRAVINSKY (Photo prise en 1911/12)

Voilà plus d’un siècle que les rythmes telluriques, saccadés, rapides, de l’obsédante et révolutionnaire musique d’Igor Stravinsky, hantent la créativité de très nombreux chorégraphes soucieux de remonter le Sacre du Printemps.

La chorégraphie radicalement moderne, violente, tribale, voire même animale, de Vaslav Nijinsky, pour les Ballets Russes de Serge Diaghilev, suscitera, à l’époque, un énorme scandale le soir de la première en 1913 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris. Une grande partie de celles et ceux qui avaient fait spécialement le déplacement pour y assister, n’ont pas vraiment compris ce que le danseur, audacieux chorégraphe, avait créé ! Ils en furent complètement déstabilisés, déconcertés, scandalisés : voir des danseurs avec des en-dedans (pieds rentrés en-dedans) au lieu des traditionnels en-dehors de la danse classique, qui rampaient au sol, se tortillaient, se roulaient par terre, faisaient des piétinements abusifs, ou criaient, tels des animaux, en faisant des gestes curieux avec les mains … Et pour couronner le tout, ce soir-là précisément, la musique donnait l’impression que l’orchestre faisait des fausses notes !

Pieds en-dedans / Sacre du Printemps

Pendant que le public injuriait, sifflait, et criait, que certaines personnes en venaient même aux mains, Nijinsky était monté, en coulisses, sur un tabouret et tentait de donner des instructions à ses danseurs qui n’entendaient absolument rien dans ce vacarme généralisé. Diaghilev, de son côté, faisait éteindre puis rallumer la salle pour essayer, désespérément, de calmer le public.

Cinq représentations plus tard, le ballet sera complètement retiré du programme et ne fera l’objet que de trois lors de la tournée à Londres.

Les journaux écriront que ce n’était pas le Sacre du Printemps, mais le Massacre du printemps !  » et que Nijinsky avait manqué de maturité chorégraphique. Alors c’est vrai qu’il n’avait pas beaucoup d’expérience dans ce domaine. De plus, il avait rencontré de gros problèmes avec la musique (un art qui ne le branchait pas trop). En conséquence de quoi, il lui était bien difficile de résoudre les ennuis de rythme et des mesures indispensables pour la danse, d’autant que dans ce ballet précisément, la musique est étroitement liée à la danse. Diaghilev dût faire appel à la danseuse et professeur britannique : Marie Rambert, pour l’aider dans ce domaine.

Nijinsky avait des idées chorégraphiques bien trop modernes et novatrices dans une époque qui ne l’était pas vraiment. Le problème, vu sa très grande fragilité mentale et sa sensibilité exacerbée, c’est qu’il ne comprenait pas pourquoi on l’encensait en tant que danseur présentant pourtant les mêmes caractéristiques, et que l’on n’apportait pas plus de compréhension au chorégraphe qu’il voulait être ! Dans sa tête, les deux ne faisaient qu’un, l’un n’étant pas dissociable de l’autre. Comme il le répétait souvent : il était un danseur de formation classique qui avait désiré s’ouvrir à autre chose. De ce fait, il se voyait comme un chorégraphe avant-gardiste, résolument tourné vers l’avenir, ne souhaitant pas regarder en arrière, à savoir vers la danse académique.

Si l’on arrive à comprendre ce ressenti, alors on comprend mieux le Sacre du Printemps. C’est une œuvre mythique qui a bouleversé le monde de la danse. Elle apparait aux yeux de certains comme une chorégraphie ayant des dimensions sacrées, philosophiques, ancestrales et humaines.

Dans ses Mémoires, la sœur de Nijinsky, Bronislava a écrit :  » Vaslav avait vu ses danseurs comme des créatures primitives à l’apparence bestiale : jambes et pieds en-dedans, poings serrés, tête baissée, épaules voutées, marchant ployés , et cela lui a demandé bien plus de précision qu’on a pu le penser alors. »

L’histoire est celle de jeunes gens qui fêtent l’arrivée du printemps par une suite de danses et de jeux. Parmi eux, se trouvent une vieille voyante, des anciens, le grand Sage et son cortège qui viennent bénir la nouvelle saison et présider la danse sacrée. Des jeunes filles vierges dansent des rondes pour désigner celle qui finira par être l’élue, celle qui va se sacrifier pour la nouvelle saison.

Les décors et les costumes furent confiés à un peintre russe profondément inspiré par ses différentes missions et expéditions en Inde, un passionné de fouilles archéologiques, de littérature, de psychologie, quelqu’un dont on disait qu’il était très mystérieux, quelque peu gourou : Nicolas Roerich.

Nicolas ROERICH

Pour ce ballet, il a conçu des costumes originaux, très colorés, qui sont repris, de nos jours, dans certains versions du ballet ou que l’on peut admirer lors d’expositions sur les Ballets Russes. Outre ce travail, il a co-écrit l’argument avec Stravinsky. Ce dernier et lui ont revendiqué la paternité du livret et chacun y a été de son explication :

-Stravinsky a toujours affirmé qu’il avait fait un rêve en 1909, celui de l’histoire même de ce ballet, le rêve d’un rite sacral païen avec des grands sages, lesquels assistaient au sacrifice d’une jeune fille pour l’arrivée du printemps. Il disait en avoir parler avec Roerich et Diaghilev qui furent complètement enthousiasmés par cette idée.

-De son côté, Roerich disait n’avoir jamais rien su de ce rêve. Par contre, il se souvenait fort bien d’une visite de Stravinsky chez lui, durant laquelle le compositeur lui aurait demandé de collaborer à un nouveau ballet. Il aurait accepté et soumis à Stravinsky deux sujets : un sur un jeu d’échec, l’autre sur le sujet du Sacre.

Les historiens ont davantage penché sur la deuxième explication, parce que tout le monde savait que le peintre était assez féru en la matière et donc capable de fournir des informations éthnographiques précises, détaillées et exactes.

Nombreux ont été les chorégraphes qui, un jour, on souhaité monter Le Sacre du Printemps dans des versions plus ou moins bonnes. Il y en a une qui est vraiment une véritable reconstruction de l’originale et qui mérite vraiment que l’on s’y attarde c’est celle du Joffrey Ballet.

En 1956, le directeur de cette compagnie, Robert Jeffrey ( lui-même ex-danseur, pédagogue et chorégraphe) rencontre Marie Rambert qui, comme je l’ai expliqué plus haut, avait été l’assistante de Nijinsky sur le Sacre. Elle avait pris beaucoup de notes à l’époque. Jeffrey lui parla alors d’un projet qu’il avait, à savoir une version qui serait en tous points fidèles à celle de Vaslav. Elle n’y croyait pas trop et l’affaire n’eut pas de suite. En 1971, Jeffrey fait la connaissance de Millicent Hodson, une ex-danseuse, diplômée en littérature et qui était justement en train de préparer une thèse portant sur les Ballets Russes, sur Diaghilev et toutes leurs créations. Ensemble, ils décideront de monter à bien ce projet qui tenait tant à cœur du directeur, et que l’on donnait pour impossible, irréalisable.

Millicent HODSON & Kenneth ARCHER

Millicent Hodson va travailler avec l’historien anglais Kenneth Archer dont le travail personnel sera de se pencher sur les costumes et les décors de Roerich. Ensemble et durant sept longues années, ils fourniront un travail impressionnant et intense de recherches approfondies en tous genres : retrouver des personnes ayant pu se trouver dans le public, des journalistes, des journaux intimes laissés par des danseurs ou autres personnes, des photos, des croquis, des documents originaux etc…. bref tout ce qui pouvait concerner Le Sacre de 1913.

Après avoir récupérer, au fil des années, tous ces éléments, Hodson a travaillé avec des petites figurines pour bien comprendre les mouvements, poses, gestes, déplacements de chacun. Archer va se faire aider par Sally Ann Parsons, et ensembles ils étudieront, avec précision et sérieux, tous les documents laisser à ce sujet par Roerich afin de confectionner près de 80 costumes avec des matières très nobles : soie sauvage brodée et peinte à la main, des velours, de la fourrure, des passementeries de toutes sortes. Un luxe incroyable qui s’élèvera à plus de 400.000 dollars.

Ils ont fait le maximum pour donner au public une version vraiment aboutie, très proche de l’originale et ce, plus qu’aucune autre n’avait pu le faire auparavant. Le ballet sera créé à Los Angeles en 1987 par le Joffrey Ballet. Elle a obtenu un énorme succès. Un succès qui ne se démentira pas, et qui sera au rendez-vous à chaque fois qu’il est donné dans le monde. Cette version est notamment inscrite au répertoire de l’Opéra de Paris depuis 1991.

(Vidéo : Le Sacre du Printemps (Version Millicent Hodson-Kenneth Archer) par le BALLET DU MARIINSKY de Saint-Pétersbourg / Au Théâtre des Champs-Elysées)

Patrick DUPOND …

Patrick DUPOND 1959/2021
Le Corsaire avec Sylvie GUILLEM

«  Je m’appelle DUPOND comme beaucoup en France. Moi c’est Dupond avec un D comme danseur …. Étoile je fus, Étoile je suis, Étoile je resterai jusqu’à la fin de mes jours. Cela devait être écrit avant je sois né. Je suis né pour vivre de la danse et je ne peux m’en passer. Dès que le rideau se levait, je ne touchais plus terre, j’étais au-dessus, au-delà de tout ce qu’un être humain normalement constitué accomplit d’ordinaire.  » Patrick DUPOND (Danseur Étoile français, chorégraphe, directeur du Ballet de Nancy, directeur de la danse à l’Opéra de Paris)

Ce merveilleux danseur, passionné par son art, solaire, rayonnant, déterminé, musical, très endurant, doté d’une force aérienne, nommé étoile à l’âge de 21 ans, est décédé hier à l’âge de 61 ans. Outre ses qualités de danseur, il été très également très apprécié pour ce côté sympathique qui l’a rendu si populaire auprès du public.

Enfant hyperactif, très dissipé, parfois colérique, difficile à canaliser, sa maman l’inscrira au départ dans un club de foot, puis il apprendra le judo. Deux disciplines qui ne lui plaisent absolument pas. Entre deux prises sur le tatami, il s’éloigne pour se rendre de l’autre côté de la salle pour regarder, admiratif, le cours de danse classique d’une classe de filles. En les voyant, il eut une certitude : c’est la danse qui le passionne. Qu’à cela ne tienne, sa mère l’inscrit, seul garçon au milieu des filles : premiers exercices à la barre, premiers pas tout à fait encourageants et spectaculaires. Sa professeur conseille à ses parents de lui trouver quelqu’un qui le fera progresser car il est doué.

C’est ainsi qu’il rencontre Max Bozzoni (ex-danseur Étoile de l’Opéra). Cet homme ne cessera d’être pour lui, jusqu’à son décès en 2003 : son grand ami, son père spirituel, un conseiller précieux. Il le trouve tellement doué qu’il le prépare pour le concours d’entrée à l’École de danse de l’Opéra. Il est accepté trois mois à l’essai en stage. La danse classique ce n’est pas un secret, reste, dans les premières années d’apprentissage, quelque chose de très difficile pour un enfant à qui l’on demande, tout jeune et de façon journalière, de fournir de gros efforts. Certains n’y arrivent pas, d’autres se découragent et s’en détournent, d’autres résistent et persévèrent parce que la danse est véritablement une passion. Dupond fera partie de ces derniers.

En 1975 il passe le concours d’entrée dans le corps de ballet. Premier à y être accepté à l’âge de 15 ans 1/2 alors que l’obligatoire est 16 ans. C’est là qu’il rencontre Roland Petit qui lui confiera un premier rôle dans Nana. Un an plus tard, il se présente au Concours international de la danse à Varna. Il obtiendra un triomphe lors de sa prestation. Il passe sans problème tous les échelons et se voit consacré Étoile. On lui confie alors des premiers grands rôles. De nombreux chorégraphes font appel à lui : Béjart, Neumeier, Petit, Baryshnikov pour qui il dansera la Bayadère à l’American Ballet, Noureev qui créera pour lui Roméo et Juliette etc…

En 1978 il est appelé à diriger le Ballet de Nancy. Il y restera trois ans, des années qu’il qualifiera « d’époustouflantes, exténuantes, difficiles, mais tellement enrichissantes !  » En 1990, la direction de l’Opéra de Paris, lui demande de remplacer Rudolf Noureev . Il est jeune, il pensera dans un premier temps à refuser l’offre parce que c’était important, lourd à porter, mais finalement il accepte. Il relèvera le défi et le public acclamera sa venue avec enthousiasme. Toutefois, beaucoup de bonnes âmes bien intentionnées le mettront en garde, lui feront des recommandations, surtout par rapport à la rigidité, l’obéissance, et la discipline de l’Opéra …. il n’en tiendra pas compte.

Il va assumer sa tâche avec beaucoup de joie et de détermination, faisant monter des grands classiques. On peut affirmer qu’il a vraiment été au service de la danse, et ce malgré son caractère assez rebelle face aux codes régis par l’Opéra. En 1994, un nouveau directeur général de l’Opéra est nommé : Hugues Gall, lequel va décider de donner son congé à Dupond et nommer à sa place Brigitte Lefèvre. Il demande une indemnité de départ et signe un nouveau contrat en tant que danseur Étoile au service de l’Opéra.

En 1996/97 il est consigné pour danser le Sacre du Printemps de Pina Baush. Or il se trouve que l’actrice Isabelle Adjani l’appelle pour être membre du jury qu’elle va présider au Festival de Cannes. Il doit, pour ce faire, s’absenter trois jours et donc manquer les répétitions du Sacre. Pina Bausch l’autorise à le faire même si elle n’est pas ravie. Elle le prévient que des changements pourraient arriver à son retour. Dupond avertit la direction. Brigitte Lefèvre et Hugues Gall s’y opposent catégoriquement, mais il part quand même.

A son arrivée à Cannes à l’Hôtel Martinez, il trouve sa lettre de licenciement. On crie au scandale. Même le président de la République s’en même pour trouver un accord à l’amiable. Dupont est complètement anéanti par la nouvelle. Il se retrouve sans travail, sans ressource, ne peut (de par son contrat) danser ailleurs et les dettes s’accumulent car l’affaire va durer des mois. Les accords avec l’Opéra ne viennent pas.

Le sort s’acharne car il fait face à de gros problèmes de santé : hospitalisation, opération, rééducation etc… Il retrouve un peu la forme, s’entraîne avec Max Bozzoni et finalement Maurice Béjart lui propose un rôle dans Salomé à l’Opéra d’Helsinski. Entre temps, il est assigné devant le tribunal. Le jugement lui donne tort et déboute toutes ses demandes. On le dit capricieux et n’en faisant qu’à sa tête.

S’ouvre devant lui une grande période de doutes et une solitude immense. Il est terriblement déçu d’être rejeté par ce monde de la danse qu’il aime tant et à qui il a tant donné. C’est alors que la chorégraphe Carolyn Carlson lui demande, en 1999, de venir danser un ballet-hommage à Jorge Donn au Théâtre des Champs Elysées avec une tournée au Japon à la clé. De nombreuses Étoiles française vont venir l’applaudir et le complimenter. La presse nippone quant à elle ne manquera pas de l’encenser dès le lendemain de la première.

Malheureusement en janvier 2000 il s’endort au volant de sa voiture et c’est l’accident, violent. Il a failli y laisser la vie, mais ressort complètement brisé corporellement, fractures graves nécessitant plusieurs opérations chirurgicales, des mois d’hôpital et de rééducation. Il a pensé ne pas pouvoir s’en remettre, surtout moralement, mais il fera preuve de volonté, d’assiduité et de courage et soutenu par les siens et réussira à remonter sur scène pour une comédie musicale en 2001.

« J’ai été polytraumatisé, j’ai eu plusieurs fractures du crâne, des vertèbres et cervicales explosées, une paralysie partielle et le premier pronostic qui a été donné, c’était une paraplégie et une paralysie partielle. »

Mais sa vraie carrière, sa vie de danseur-Étoile va s’arrêter là. C’est un homme complètement changé que l’on retrouve, très amaigri, faisant des apparitions dans diverses émissions de télévision.

Depuis 2004, il vivait une belle histoire d’amour avec la danseuse orientale Leila Da Rocha qui va lui redonner l’envie de remonter sur scène et de danser à nouveau. A l’époque où il la rencontre, il tente de se débarrasser de son addiction pour l’alcool. Il prévoyait même d’aller vivre ailleurs qu’en France. Elle était directrice d’une école de danse à Soissons et l’invite à la rencontrer. Il accepte et sa vie change complètement. Coup de foudre réciproque. Elle quitte son mari pour lui, et lui constate qu’il aime une femme pour la première fois. :  » :« Ça m’arrangeait de me mentir à moi-même. En ce qui me concerne, l’homosexualité a été une erreur..  » des propos qui feront polémique et auxquels il répondait qu’ils ne parlaient pas à la généralité, mais à son cas en particulier.

Patrick DUPOND et Leila DA ROCHA