Histoire d’un ballet : Le Parc … Angelin PRELJOCAJ

Angelin PRELJOCAJ

Angelin Preljocaj est un danseur, chorégraphe français, directeur de la Compagnie Preljocaj depuis 1985, laquelle deviendra Le Ballet Preljocaj en 1996 lorsqu’il arrivera à Aix-en-Provence et s’installera au Pavillon Noir ( complexe dont l’inauguration a eu lieu en 2006 ) . Désormais il en est le maître – Depuis avril 2019, il est membre de la section chorégraphie à l’Académie des Beaux Arts de Paris.

A chacun de ses ballets, Preljocaj se pose une question. Pour Le Parc, elle fut la suivante : «  Que reste t-il de l’amour aujourd’hui ? De l’amour pris dans la confusion de la crise ? De l’amour en proie au doute ? De l’amour confronté au sida ? Comment se manifeste le dénouement des sentiments« .

C’est un merveilleux ballet créé en 1994 à la demande de Brigitte Lefèvre (alors directrice de la danse à l’Opéra de Paris). Une quête d’amour sur la musique omniprésente de Mozart, un choix qui est incontestablement idéal, efficace, judicieux, notamment dans les Concertos qui offrent vraiment une beauté incroyable à la danse et une forte résonnance émotionnelle. C’est l’art d’aimer ou plus exactement comme le chorégraphe le dit : «  sur ce qu’il reste d’un certain art d’aimer « .

Il est basé et inspiré par la littérature galante française : l’amour courtois, sublimé et platonique comme il peut apparaître dans la Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, ou bien le libertinage des Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos Laclos, ou bien encore au travers de la Carte du Tendre, illustration allégorique inspirée dans le roman ClélieHistoire romaine de Madame de Scudéry.

Carte du Tendre attribuée à François CHAUVEAU. C’est un pays imaginaire qui fut étudié au XVIIe siècle, inspiré par le roman de Madeleine de Scudéry (Femme de Lettres française) à savoir Clélie Histoire romaine publié en dix volumes de 1654 à 1660

Ce ballet traduit la séduction sur ce qu’elle apporte de rituel, de conventionnel, de tendresse, de regards, de ressentis de grâce. C’est un coup de foudre tout en retenue, un parcours amoureux sous forme de marivaudage léger avec des sentiments non avoués mais qui évoluent au cours des trois actes : on se rencontre, on se regarde furtivement, on essaie une approche hésitante, on se plait, on se défie dans la conquête amoureuse, et on finit par s’abandonner à l’amour.

Un jeu de cache-cache amoureux qui se fait dans un jardin à la française. L’amusement est assez puéril avec, notamment, un jeu de chaises musicales, mais tout en ayant, malgré tout, une sorte de côté prédateur. Le désir est présent dans les regards et les gestes.

La chorégraphie de Preljocaj se doit d’être dansée dans un esprit assez libertin. Elle est bien structurée, intensément dramatique, subtile, légère, douce, raffinée, tendre, avec une sorte de rêverie poétique. C’est un voyage amoureux qui a obtenu un Benois de la danse en 1995 à Moscou et le Grand Prix international de l’Idéa Danse en 1999 à Nice.

Les décors sont signés du peintre et scénariste Thierry Leproust, lequel a imaginé ce jardin-labyrinthe. Les costumes en crinolines du Siècle des Lumières ont été réalisés par Hervé Pierre, qui s’est inspiré de ceux portés au XVIIIe siècle, sauf pour les jardiniers qui sont assez futuristes. Ces derniers viennent danser de façon très contemporaine entre chaque acte et portent des pantalons avec une ceinture en cuir.

Les premiers danseurs lors de la création du ballet furent les Étoiles : Isabelle GUÉRIN & Laurent HILAIRE. Ce sont eux qu’il m’a été donné d’applaudir dans ce ballet. Je les ai trouvés magnifiques . Il m’était impossible d’en choisir d’autres.

Acte I : LA RENCONTRE : Après l’Ouverture du ballet qui se fait sur la Symphonie N°36 K.415 Linz de Mozart, vient donc cette Rencontre sur l’Andantino du Concerto N.14 K.449, une œuvre achevée en 1784 à Vienne

Acte II : RÉSISTANCE : sur l’Andante du Concerto N°15 K.450 de Mozart, une œuvre brillante, élégante et délicate qui fut composée en 1784 .

ACTE III : l’ABANDON : un des plus beaux moments de la chorégraphie (voire même LE plus beau), fort émotionnellement, sensuel, avec un baiser incroyable, tournoyant, aérien, qui est l’aboutissement de ce ballet. On laisse éclater son désir, sa passion, on s’abandonne … enfin ! Et cela se fait sur l‘Andantino du Concerto N.23 K.488 de Mozart.

Histoire d’un ballet : COPPÉLIA …

(Vidéo : début Acte I / Charline GIEZANDANNER (Sujet) – Mathieu GANIO ( Étoile ) L’ÉCOLE DE DANSE de l’OPÉRA de PARIS )

 » Coppélia est l’archétype du ballet pantomime ( genre qui a ouvert la voie au ballet classique). Il est à la fois drôle, original, spécial, un peu déroutant ,plein de vivacité et de fraîcheur, inégalé par sa délicatesse, sa poésie et son charme ; une sorte de commedia dell’arte à l’italienne . Il marquera, en France, la fin du ballet romantique.

Une histoire d’amour avec des contrastes flottant entre rêve et réalité,  êtres vivants et automates : Coppélius, marchand de jouets ( et savant un peu fou )  rêve de donner vie et âme à l’une de ses poupées-automates. Franz, fiancée à Swanilda tombe un jour amoureux de l’une d’entre elles, Coppelia, qu’il pense être vivante. Swanilda, jalouse, pénètrera dans l’atelier pour prendre sa place …..

Arthur Saint-Léon (danseur et chorégraphe français) et Léo Délibes (compositeur français) vont créer en 1870 ce que l’on pourrait appeler un ballet symphonique qui va en inspirer plus d’un, notamment Petipa en, 1884 et d’autres après lui au XXe siècle, notamment George Balanchine qui disait  » de même que Giselle est la plus grande tragédie du ballet, Coppélia en est la plus grande comédie. les deux œuvres nous content des histoires d’amour et toutes deux prennent leurs racines dans la réalité aussi bien que dans le fantastique » . Ce ballet aura un bien curieux destin : malgré son grand succès, il sera interrompu au bout de 18 représentations car la guerre entre la France et la Prusse n’était pas loin.

L’armée prussienne avait envahi la France peu de temps après le soir de la première. Par ailleurs, durant la même année, Arthur Saint-Léon va succomber à une crise cardiaque et, la jeune danseuse qui interprétait le rôle de Swanilda ( Giuseppina Bozzacchi )  va mourir à son tour, victime de la variole.

Giuseppina BOZZACCHI

C’est le directeur de l’Opéra de Paris de l’époque, peintre et critique d’art  : Emile Perrin qui demandera au chorégraphe et au compositeur de collaborer ensemble et avec le librettiste Charles Nuitter. Le livret s’inspire du conte fantastique écrit par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann  » Lhomme au sable «  ( 1817 )

Trois trois vont découvrir, au travers de la nouvelle de ce dernier,  une atmosphère parfaitement adaptable à l’idée du ballet qu’ils avaient l’intention de faire. Le monde des automates et des marionnettes leur offrait énormément de possibilités, et la collaboration fut très étroite entre Saint-Léon et Délibes. Au gré des désirs exprimés par le chorégraphe, le compositeur va considérablement remanier sa partition. Il va savoir merveilleusement exprimer tous les rebondissements dont est pourvue l’intrigue, et dans la continuité de celui qui musicalement fut son maître, à savoir Adolphe Adam, il engagera des thèmes musicaux tout à fait bien définis pour souligner ou accentuer les traits de caractère de chaque personnage. La musique est très belle, nuancée, colorée, contrastée et il reprendra la technique du leitmotiv avec une orchestration claire et limpide.

Les rythmes et les mélodies sont très lyriques. Il a, de plus, introduit des airs populaires et folkloriques entendus lors de ses différents voyages en Europe : thèmes slaves, mazurkas, czardas, valses, boléros, et on peut réellement affirmer que la musique de ce ballet a été vraiment déterminante dans son succès.

(Vidéo : Dorothée GILBERT et le CORPS DE BALLET de l’OPÉRA DE PARIS / Version Patrice BART)

Nuitter va un peu   gommer  le côté sombre de la nouvelle d’Hoffmann pour en faire quelque chose de léger et pimenté d’humour, un peu dans l’esprit du ballet de Dauberval La Fille mal gardée.

Saint-Léon, en ce qui le concernait, apportera un soin tout à fait particulier, attentif, sérieux à chaque détail de sa si belle chorégraphie. Elle est en tous points charmante, étroitement liée à la musique et à la danse. La pantomime y tient une large place. Il a beaucoup exploré toutes les possibilités de la technique féminine pour apporter à ce rôle beauté et originalité.

Au départ, et après longtemps cherché,  il fut décidé  de confier le rôle à Adèle Grantzov. Malheureusement elle tomba malade et il fallut se remettre en quête d’une danseuse assez compétente. C’est Arthur Saint-Léon qui va découvrir  la jeune Giuseppina Bozzacchi. Elle à 16 ans, fait partie du corps de ballet de l’Opéra qui se trouvait alors Rue Le Pelletier. C’est elle qui sera donc Swanilda lors de la création en 1870, le mime François Dauty campera Coppélius, et Frantz fut, à l’époque, tenu par une danseuse travestie en homme : Eugénie Fiocre. Malheureusement, comme indiqué en début de ce post, Bozzacchi va décéder de la variole et lorsque le ballet reprendra bien des années plus tard, ce sera Léontine Beauregard qui fut chargée de lui succéder.

Ce n’est pas un ballet qui fut réalisé avec beaucoup de moyens et pourtant il a connu vraiment un énorme succès. Napoléon III et son épouse ( une passionnée de danse ) seront tous deux  présents le soir de la première.

Il n’a jamais connu de réelle rupture dans sa transmission et il a très souvent été repris notamment en raison de la beauté musicale de Délibes, la qualité du livret de Nuitter et la très inventive chorégraphie de Saint-Léon.

(Vidéo COPPÉLIA version Patrice BART / Opéra de Paris – Dorothée GILBERT ( Swanilda ) Mathias HEYMANN ( Coppélius ) et José MARTINEZ ( Frantz – Opéra de Paris )

Histoire d’un ballet : La Sylphide …

Marie TAGLIONI dans le ballet » La Sylphide » – Illustration de Jean SCHNEITZHOEFFER
(Vidéo : Aurélie DUPONT & Mathieu GANIO/ Étoiles de l’Opéra de Paris)

«  Tout ce que la poésie, la peinture, la musique romantique pouvaient exprimer, Marie Taglioni l’a exprimé dans la Sylphide, dans sa façon de danser. Pour la première fois dans l’histoire de la danse, une ballerine soliste a incarné les idées les plus avancées dans l’art de son temps. Elle devient alors une poétesse, un peintre et un compositeur. » Lubov LUBOK ( Critique russe )

A l’aube du XIXe siècle le romantisme s’empare de l’Europe que ce soit en littérature, musique et danse également. Les sujets mythologiques laissent la place au monde du rêve, de l’imaginaire et des passions.

Neuf ans avant Giselle, le vrai ballet romantique sera La Sylphide de Philippe Taglioni. C’est la plus fidèle et exacte image de ce que pouvait être ce type de ballet. A l’aube de ce courant et de l’idée de rompre avec les influences de l’ancien régime, il sera le pur produit d’un souffle nouveau, féérique, et même, à sa façon, empreint d’une petite  note de sensualité.

Historiquement parlant, ce fut le premier  » ballet blanc  » parce que le premier dans lequel une danseuse va apparaître avec un costume que l’on appellera tutu ( long ) fait de tulle, mousseline et voile blanc, transparent, lequel révolutionnera le monde de la danse de l’époque.

La Sylphide de Taglioni a été un ballet très novateur : 1) en raison du développement de l’action dramatique sur différents plans que ce soit le rêve et la réalité – 2) le travail scénique de Pierre Cicéri qui a procédé à des effets de scène et des arrangements très luxueux et incroyables à l’époque comme réunissant plus de 60 danseuses pour incarner les Sylphides sur une même scène – 3) la tenue au travers de ce tutu transparent, blanc, qui aura une signification symbolique et décuplera l’effet esthétique … Et puis il y aura Marie, fille du chorégraphe, qui va démontrer que danser sur des pointes pouvait se faire, de façon prolongée.

C’est vrai qu’avant elle il eut d’autres danseuses qui ont essayé de danser sur le bout des pieds : Maria Del Caro en 1804 , Avdotia Istomina dans les années 1820 en Russie, Thérèse Herbelé à Vienne, Amalia Brugnoli qui, en 1823, réussira à tenir un instant sur les pointes de ses orteils dans le ballet  la fée et le cavalier.  Philippe Taglioni l’avait vue faire sur scène et la technique lui avait énormément plu, à un point tel qu’il souhaitera que sa fille puisse la perfectionner et l’approfondir davantage.

Si elle n’était pas morte très jeune à 27 ans, la française Geneviève Gosselin, elle aussi, aurait pu devenir celle qui aurait récolté tous les lauriers de cette innovation en danse, car elle avait réussi à comprendre la technique et elle arrivait à tenir sur les pointes bien plus longtemps que Bugnoli.

Geneviève GOSSELIN (1791/1818)

Marie apprendra avec le même professeur que Gosselin et à force de travail acharné, elle réussira à tenir sur les pointes tout le temps d’un ballet, portant à ses pieds des petits chaussons de sa composition. Elle réussira même à virevolter sur pointes ! Elle va oser et réaliser tout ce qui semblait improbable.

La famille Taglioni est une dynastie de danseurs. Philippe est né à Milan. Il a pris des leçons de danse avec son père Carlo qui l’enverra à Paris pour parfaire son enseignement. Sa carrière, toutefois, ne se fera pas, au départ, en France mais en Suède où il deviendra premier danseur et Maître de ballet par la suite.

Philippe TAGLIONI

C’est dans ce pays qu’il tombera amoureux d’une danseuse, harpiste à ses heures : Sophie Karsen. De leur union naîtront deux enfants, un garçon et une fille. Marie a la passion de la danse comme tout le reste de  la famille. Lorsque les cosaques envahiront la Suède, elle partira s’installer en France avec sa maman et son frère pendant que son père partira travailler à Munich ( Allemagne ) puis à Vienne ( Autriche ).

En 1824, Philippe appelle Marie à venir le rejoindre à Vienne afin d’y occuper une place de danseuse dans le corps de ballet. En la voyant évoluer, il ne la jugera pas assez prête et durant six mois il va s’employer à la faire travailler de façon dure et intensive, plus de six heures de répétition par jour. Dans ses mémoires, Marie reviendra sur cette période :  » c’était extrêmement difficile pour moi, mais je comprenais aussi que c’était le seul moyen d’arriver à la perfection. »

Six  heures par jour à travailler la danse, faire pivoter son corps avec grâce, obtenir un aplomb parfait, de l’assurance, à apprendre à sauter que du talon, sans mouvement du corps, dans la grâce et la beauté. Grâce à ce travail, il arrivera à faire d’elle ce que tous les écrits décrivent à savoir une danseuse élégante, raffinée, délicate, piquante, technique, virtuose, subtile dans la pantomime, parfaite dans la gestuelle, avec une silhouette élancée.

En 1827, le père et la fille sont engagés à l’opéra de Paris. Philippe envoie aussitôt Marie chez Jean-François Coulon pour travailler la technique des pointes. Il avait un studio de danse à Montmartre.

Jean-François COULON

 » Je consacrai, chaque jour, des heures et des heures à travailler en m’élevant sur les pointes. D’abord sur un pied, puis sur l’autre, prenant des poses, en soulevant au maximum mes talons, sans jamais toucher terre. Même quand la pose était extrêmement difficile, je restais en comptant jusqu’à cent avant d’en changer, et c’est grâce à tant et tant de persévérance que j’y suis parvenue. » Marie TAGLIONI dans ses Mémoires

Ses sandales de danse à petits talons seront remplacés par des chaussons en forme de tube, en satin et cuir, très étroits au bout, auxquels elle va coudre des lanières qu’elle attachera enroulées à ses chevilles. Elle va rembourrer le bout au maximum avec du coton, au niveau de la pointe, et les amidonnera pour bien pouvoir tenir en équilibre avec la force des muscles des pieds : ce sera une révolution, les chaussons de pointes étaient nés !

Chaussons TAGLIONI

C’est le ténor Adolphe Nourrit qui va suggérer à Philippe Taglioni l’idée de faire un ballet sur l’un des livrets qu’il avait écrit, inspiré du conte Tribly ou le lutin d’Argail de l’écrivain français surréaliste Charles Nodier en 1822. Le chorégraphe sera séduit, voire même très touché par le sujet.

Adolphe NOURRIT – Lithographie de Jacques-François-Gaudérique LLANTA

L’histoire est celle d’un amour impossible entre une aérienne et gracieuse sylphide et un humain. L’immatériel à la rencontre du matériel, l’idéal inaccessible et la réalité insatisfaite. Il fut intéressé parce que dans cette histoire il y avait un personnage féminin important, un esprit surnaturel, un rôle dans lequel il n’en voyait qu’une : sa fille .

Pour le costume, il fera appel à Eugène Lami, lequel imaginera, pour ce ballet, un costume nouveau, blanc, fait de voiles et mousseline transparente, long jusqu’aux genoux, avec deux petites ailes dans le dos.

La musique fut confiée au compositeur français Jean Madeleine Schneitzhoeffer, 2e prix de piano au Conservatoire de Paris, chef de chant à l’opéra, chef d’orchestre également de temps à autre.  Sa musique a quelques accents mozartiens pourrait-on dire. Certes elle fut assez intéressante mais d’une manière générale on dira qu’elle était quelque peu médiocre. Bournonville dans sa version ne la reprendra pas et va préférer confier le soin musical à un compositeur norvégien.

Marie entrera dans l’histoire en dansant sur pointes. Le ballet sera un triomphe à l’opéra de Paris en 1832. L’écrivain, poète et critique d’art français Théophile Gautier, qui était présent, écrira :

«  Marie Taglioni réunit une grâce inexprimable, voluptueuse avec décence. Toutes ses attitudes sont du plus noble, mais du plus agréable à regarder aussi. Il y a dans ses mouvements une harmonie qui plait et dans ses hardiesses une aisance qui ne se permet pas de s’en effrayer. Lorsque Marie entre en scène, on voit apparaître ce brouillard blanc ennuagé de mousseline transparente, cette vision chaste et éthérée que nous connaissons et qui nous bouleverse. Elle voltige dans un esprit au milieu des transparentes vapeurs de ces blanches mousselines dont elle aime s’entourer. Elle ressemble un peu à une âme heureuse qui fait plonger du bout de ses pieds roses la pointe des fleurs célestes. Elle rayonne telle une divinité incarnée, idéale, délestée des lois terrestres, évanescentes, surnaturelles ….  »

Après neuf saisons à Paris, Marie ira danser la Sylphide sur toutes les plus grandes scènes européennes avec toujours autant de succés : Londres, Berlin, Milan etc… Elle fut adulée également en Russie où elle vivra durant cinq ans.

Durant les dernières années de sa vie, Marie deviendra professeur de danse et malgré tout ce succès elle va s’éteindre dans le plus grand dénuement, à Marseille, à l’âge de 80 ans. Elle fut un temps mariée avec le Comte Gilbert de Voisin dont elle aura deux enfants.

«  Faites moi oublier, mais ne l’oubliez jamais … »  dira t-elle un jour à l’une de ses élèves, sa protégée, Emma Livry,  en parlant de ce rôle magnifique qu’elle avait dansé et qu’elle lui faisait répéter. Malheureusement, le ballet sera perdu lorsque la jeune Emma décèdera des suites de graves brûlures lors d’une répétition de danse pour l’opéra La Muette de Portici.

(Vidéo : Ekaterina KRYSANOVA & Vyacheslav LOPATIN – Danseurs principaux du BALLET DU BOLCHOÏ)

Histoire d’un ballet : Winter Dreams (Rêves d’hiver) …

Ce ballet, imaginé par Kenneth MacMillan. fut créé dans son intégralité en 1991 . Le Pas de Deux fut présenté, l’année précédente, au Covent Garden de Londres, lors d’un gala-anniversaire célébrant les 90 ans de la Reine-mère d’Angleterre avec Darcey Bussell et Irek Mukhamedov.

(Vidéo : Pas de Deux Darcey BUSSELL & Irek MUKHAMEDOV )

Pour la musique, le chorégraphe a utilisé certaines partitions de Piotr.I.Tchaïkovsky, ainsi que des musiques traditionnelles russes, le tout a été arrangé par Philip Gammon, pianiste attitré du Royal Ballet de Londres.

MacMillan a puisé son inspiration dans le roman de Anton Tchekhov, Les trois sœurs, à savoir Olga, Masha, et Irina. Ce dernier raconte la vie de ces trois femmes, sur plusieurs années, seules dans une petite ville de garnison à la fin du XIXe siècle. Leur vie est insipide. Elles s’ennuient à mourir, sont frustrées, désespérées, ne savent pas vraiment à quel idéal s’accrocher et rêvent de pouvoir retourner à Moscou, la ville de leur enfance. Au fil de l’histoire, on partage leurs amours, leurs déceptions, leurs désillusions. Olga restera vieille fille et se verra confier un poste à responsabilité. Masha sera mariée à un vieil homme qu’elle n’aimera pas mais vivra une passion intense avec un colonel. Irina, quant à elle, connaitra le grand amour avec un baron qui décèdera lors d’un duel.

(Vidéo : Darcey BUSSELL pour le solo de Masha)

La chorégraphie de MacMillan n’est pas une transcription à la lettre de ce roman, juste une inspiration . Son intention aura été, avant toute chose, d’avoir su très bien capter l’atmosphère et la mélancolie qui se dégagent du roman, et en aucun cas la danse ne développe d’effet narratif. Elle exprime surtout la vie intérieure des personnages, avec une attention un peu plus particulière sur Masha. C’est très beau, chargé émotionnellement parlant, avec beaucoup de grâce et de finesse.

(Vidéo : Darcey BUSSELL & Irek MUKHAMEDOV, accompagné par le ROYAL BALLET de LONDRES. Ils dansent sur la Valse sentimentale Op. 51 de Piotr I.TCHAÏKOVSKY)

CARMEN … Versions Flamenco …

CARMEN FLAMENCO

Le Flamenco est un art en Espagne, un véritable phénomène culturel là-bas, en Andalousie surtout, et comparativement aux autres styles de danses, il est très dynamique, rythmique,  impétueux. C’est quelque chose que l’on va chercher au plus profond de soi et par lequel on se doit d’exprimer des sentiments forts, le bonheur, la mélancolie, l’insouciance et le drame.

Ce n’est pas seulement une danse seule, mais un ensemble composé de chant, de guitare, de battements de mains, de technique des pieds, de danse et une voix meneuse qui entraîne tout. Il est fortement associé à la tradition tzigane. Entre 1860 et 1910, le chant la musique et la danse flamenco sont sortis de l’intimité gitane pour atteindre le public dans les cafés de Cante ( le premier a été créé à Séville en 1842 ) où ils furent mélangés à des chants et airs folkloriques issus des familles fandangos andalouses : c’est ce qui a donné le flamenco que l’on connaît aujourd’hui.

Dans le dansé, on utilise des castagnettes, on tape du pied avec le talon ( Zapateado – piétinement ). Les femmes utilisent un châle, un éventail, une robe à volants très colorée et elles s’expriment beaucoup avec les mains. Que ce soit les hommes ou les femmes ils ont tous l’improvisation innée ancrée en eux. Ce doit être, en tous les cas, toujours très profond, intense, théâtral, expression de la joie, du plaisir à l’état pur ,  et de la douleur.

Le Flamenco est une danse très expressive qui reste élégante malgré tout. Elle nécessite un tempérament de feu où se consume la passion et peut amener à se retrouver aussi parfois complètement en transe.

Il y a eu des grandes danseuses et danseurs de flamenco : Joaquin Cortes, Cristina Hoyos, Antonio Gadel, Belen Maya, Mercedes Ruiz etc.. et bien sur celle qui est restée une véritable légende dans le cœur des espagnols : Carmen Amaya qui a pratiqué cette danse dès l’âge de 6 ans avec son père un guitariste flamenco très réputé que l’on appelait  » El Chino « .

Amaya faisait partie d’une tribu gitane : les Chavori-Baraje. Elle est née en 1913 et morte en 1963. Elle fut le type même de l’anti-académisme avec, toutefois en elle, une certaine perfection rythmique, qui l’a rendue inoubliable dans ce type de danse. Non seulement elle dansé flamenco mais elle chantait aussi. Elle fut très appréciée en France et aux Etats-Unis où elle se produisit beaucoup, notamment à Broadway. Elle a tourné dans de nombreux films à Hollywood.

CARMEN FLAMENCO de Rafael AGUILAR :

 » L’incarnation de la femme diabolique défiant tous les préceptes sociaux pour laquelle seuls ses désirs ont force de loi. » Rafael AGUILAR

L’histoire de ce ballet a commencé en 1960 à Paris. C’est là que Rafael Aguilar et son épouse Manuela ont fondé leur compagnie  » Le Ballet du théâtre espagnol  » avec, au départ, sept danseurs et danseuses parmi lesquelles Carmen Salinas qui occupera la place de directrice de la compagnie après la mort du chorégraphe.

Aguilar fut réputé pour avoir su créer un pont qui faisaient rejoindre les bases de la technique du classique pur avec celles du flamenco et avec son épouse ils ont justement tenu à ce que leurs élèves reçoivent les deux enseignements de façon très poussée.

Son grand succès chorégraphique fut sans nul doute possible : Carmen Flamenco un ballet chargé d’érotisme, mélange audacieux du classique et du flamenco, avec un petit soupçon de boléro, sur la musique de Bizet mais pas uniquement celle de son célèbre opéra. Il a également utilisé une pièce pour violon et orchestre de Pablo de Sarasate en 1883, ainsi que des airs du flamenco traditionnel. Sa source d’inspiration fut, bien sur, la nouvelle de Prosper Mérimée.

Aguilar n’a pas fait d’énormes concessions au romantisme de Bizet. Il a nettement préféré mettre l’accent sur les aspects plus obscurs des évènements en employant pour ce faire une symbolique très forte et le langage très ardent du flamenco pour ce qu’il avait envie de faire passer. Il a beaucoup insisté sur le côté obscur de l’existence, le thème de la vie, l’amour et la mort.

Ce ballet qui, c’est vrai, à pu surprendre parfois, est assez bouleversant par certains côtés, torride et puissant. Il fut créé en 1992 à Tokyo la première fois et donné ensuite sur de nombreuses scènes du monde entier.

CARMEN STORY d’Antonio GADES :

Carmen Story est un ballet d’ Antonio Gades qui a été dansé plus de 2000 fois du vivant de son chorégraphe et qui fut adapté à l’écran par Carlos Saura un passionné de flamenco.

C’est un véritable plongeon dans le coeur même de la culture espagnole, de ses racines profondes, de son tempérament fougueux, riche et coloré, et , bien entendu, c’est un plongeon dans le flamenco. La nouvelle de Prosper Mérimée est le fils conducteur de ce ballet qui fut créé en 1983. On peut d’ailleurs affirmer que c’est l’une des versions chorégraphiques qui en est la plus proche.

Sa Carmen ressemble à un petit animal sauvage qu’il faut dompter, dont la danse est sculptée de façon très intense. Ce n’est pas un ballet où il y a du sentimentalisme ou du mélodrame de bas étage : non, c’est vraiment le flamenco a l’état pur, passionné, rageur. Certains ont dit qu’il était même un peu  » vulgaire  » et si c’est vrai, dans ce cas,  il y a quand même une certaine grâce dans la danse. Le tout est associé à la musique de Bizet à laquelle furent rajoutés du chant, de la guitare flamenco et la lecture d’un poème du poète et dramaturge espagnol Federico Garcia Lorca sur une musique de José Manuel Ortega Heredia (nom de scène Manzanita)  

Le soir de la première, ce ballet a été une véritable explosion révolutionnaire avec sa grande liberté, sa passion orgueilleuse, sa grande force théâtrale menée par la danse et ses jeux d’ombres et de lumière. Il y a surtout tout l’amour que ce chorégraphe a pour le flamenco qu’il a toujours considéré comme un don reçu en héritage du peuple andalou et qu’il a voulu associer à l’expression du ballet européen et l’élégance de son geste.

Gades a lui-même était un grand danseur de flamenco dans la compagnie de Pilar Lopez à l’âge de 16 ans. Il a été l’auteur de grandes chorégraphies qui ont toujours été auréolées de succès que se soit : Suite Flamenco en 1968, Noces de Sang en 1974, Carmen en 1983, Fuego en 1999, ou Fuente Vejuna en 1994 etc… des pièces qui sont désormais, et selon ses souhaits, entre les mains de sa fondation et compagnie  » La Fondation Gades  » qui compte environ une trentaine de danseuses et danseurs.

Histoire d’un ballet : CASSE-NOISETTE …

Casse-Noisette est un grand classique, un ballet intemporel, délicieux, plein de magie et de féerie, très souvent programmé durant les fêtes de Noël. Il nous plonge dans le monde de l’enfance et de l’adulte, dans celui du rêve et de la réalité, du conscient et de l’inconscient, et dans une scintillante atmosphère de conte de fée.

C’est l’histoire de la petite Clara (il y a des versions où elle s’appelle Maria) enfant sage et rêveuse, à qui l’on fait cadeau, un soir de Noël, d’un casse-noisette en forme de petit soldat. Dans ses rêves il livrera bataille aux souris de la maison. Pour sauver son ami, elle n’hésitera pas à s’en mêler. Ce dernier sera touché par son geste et, reconnaissant, il se transformera en prince charmant qui l’entrainera dans un fabuleux voyage au royaume des sucreries. Tous les jouets du sapin vont alors s’animer.

C’est réellement un ballet superbe, imaginatif, enchanteur, plein d’insouciance et de fraîcheur.

Après l’immense succès obtenu avec le Lac des cygnes et la Belle au bois dormant, le prince Ivan Vsevolojski, directeur des théâtres impériaux, fera appel à Marius Petipa et Piotr Tchaïkovsky pour un nouveau ballet. A cette époque, le compositeur était à l’apogée de sa carrière, reconnu et apprécié. Il travaillait sur son opéra Iolanta. Petipa, quant à lui, était âgé et fatigué.

Les deux hommes vont accepter. Petita va même collaborer à la rédaction du livret basé à la fois sur l’histoire de Ernst Théodore Hoffmann en 1816 Casse Noisette et le roi des souris (que Tchaïkovsky appréciait tout particulièrement), et la version édulcorée d’Alexandre Dumas, publiée en 1844, à savoir Histoire d’un casse-noisette. C’est cette dernière que retiendra Petipa. Malheureusement, en cours de chorégraphie, il tombe malade et confiera le soin de continuer à son assistant et second maître de ballet : Lev Ivanov.

Lev IVANOV

Petipa s’était arrêté au Royaume de la neige. Tout en suivant le fil conducteur qu’il avait laissé, Ivanov va s’employer à mettre sa petite touche personnelle dans ce qu’il va chorégraphier. C’est ainsi que nous lui devons ces deux petites merveilles que sont la Valse des fleurs, unique, élégante, harmonieuse, et la Valse des flocons, absolument magnifique, poétique, aérienne, et dans laquelle les danseuses se transforment en petits flocons légers et tourbillonnants. Toutes deux sont vraiment empreintes de grâce, lyrisme et beauté.

(Vidéo : La Valse des fleurs par le BALLET DU THÉÂTRE DU MARIINSKY)
(Vidéo : La Valse des flocons par le NEW YORK CITY BALLET )

La superbe musique de Tchaïkovsky a une forte prédominance russe dans le côté émotionnel, et certains passages de la partition ont comme un petit parfum mozartien comme la Valse du grand-père ou le Galop des enfants. Dans l’orchestral il fera entrer un instrument qui, à l’époque, n’avait pas encore été utilisé : la Celesta (famille des percussions) pour la Danse de la Fée Dragée, laquelle s’appelait autrefois la Danse de la Prune sucrée. Toutes les mélodies sont tout à fait charmantes et séduisantes.

(Vidéo : La danse de la Fée Dragée / Marianela NUNEZ du ROYAL BALLET de LONDRES)

Avant même que l’on ait pu l’entendre dans le ballet, Tchaïkovsky avait dirigé certains passages où se mêlaient vivacité, légèreté, éclat, charme, humour, poésie et féerie et ils plairont beaucoup. Ils seront regroupés dans une Suite comprenant huit numéros : l’Ouverture, la Marche, La Danse de la fée Dragée, la Danse russe Trepak, la Danse arabe, la Danse chinoise, la Danse des mirlitons et la Valse des fleurs.

(Vidéo : la Danse russe / Yanina PARIENKO & Nikiva KAPUSHIN du BALLET du BOLCHOÏ)

Ivanov mettra également au point le sublime Pas de Deux , la Danse espagnole épicée par les castagnettes et trompettes, la Danse chinoise, la langoureuse Danse arabe, la Danse de la grand-mère cigogne, sans oublier la Danse des polichinelles et la Danse des Mirlitons.

(Vidéo : Pas de Deux / Marianela NUNEZ & Vadim MUNTAGIROV tous deux Premiers danseurs au ROYAL BALLET de LONDRES)
(Vidéo :  » La danse des mirlitons  » – ROYAL BALLET de LONDRES)

Le ballet sera créé en 1892 au Théâtre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg. La première Clara fut Stanislava Belinskaya, le prince : Pavel Guerdt. Le succès ne sera malheureusement pas au rendez vous à l’époque. Aujourd’hui c’est l’un des ballets les plus appréciés du public.

Histoire d’un ballet : La fille du pharaon …

» Je me suis rendu au musée égyptien de Berlin où se trouvaient les tombeaux des pharaons sur lesquels étaient peints des tableaux égyptiens. Toutes ces peintures égyptiennes représentaient la figure de profil car, à cette époque, les artistes ne savaient pas la dessiner autrement. J’ai étudié très attentivement toutes ces peintures, mais naturellement, j’ai supposé que les positions de profil résultaient d’un art insuffisamment développé des peintres, et, n’obligeaient pas les danseurs de la Fille du Pharaon à danser uniquement de profil  » Marius PETIPA (Danseur, maître de ballet et chorégraphe français)

Marius PETIPA (1818/1910)
Vidéo : La fille du Pharaon au Bolchoï

En 1861, Marius Petipa était l’assistant de Jules Perrot (chorégraphe et maître de ballet des théâtres impériaux à Saint Pétersbourg) et Arthur Saint-Léon ( danseur, violoniste, compositeur, mais aussi chorégraphe et maître de ballet ). Leur présence, très imposante, le limitait dans ses possibilités de pouvoir véritablement exister en tant que chorégraphe.

L’occasion va toutefois se présenter avec la Fille du pharaon, un ballet qui, par sa grande beauté, va lui valoir une très belle reconnaissance et le titre de  » second assistant Maître de ballet « .

Fin 1861, le directeur des théâtres impériaux souhaita que soit réalisé une très grande production pour les adieux à la scène de Carolina Rosati, une danseuse italienne qui, après avoir brillé à la Scala de Milan, devint une étoile en Russie. Il restait environ 40 jours avant la fin de sa carrière, donc fort peu de temps pour concevoir un ballet dans un délai aussi court. Saint- Léon et Perrot étaient très occupés et ils demandèrent à Petipa (leur assistant) de bien vouloir relever le défi.

Ce dernier accepta. Le livret fut confié à Jules Henri Vernoy De Saint-Georges. Pour le sujet, il pensa au Roman de la momie de Théophile Gautier qui était paru sous forme d’une petite série à épisodes dans le journal Le Moniteur Universel en 1857, puis relié en 1858.

Jules Henri VERNOY DE SAINT-GEORGES (1799/1875)

Ce roman plongeait le lecteur dans l’Egypte ancienne et dans les fouilles archéologiques. L’histoire était celle d’une momie qui fut autrefois une jeune fille prénommée Tahoser ( momie parfaitement conservée par le docteur Rumphiuser, le chercheur grec Agrypopoulos et l’aristocrate anglais Lord Evandale) . Tahoser s’était amourachée d’un hébreu avec qui elle souhaitait ardemment vivre et partager sa vie d’esclave. C’était un roman très populaire, mystérieux, avec une merveilleuse histoire d’amour, mais également évocateur des mythes concernant la civilisation égyptienne qui, à cette époque, commençait à être découverte et déchiffrée.

Ces histoires venues de ce lointain pays, au temps des pharaons, ces voyages que certains faisaient puis racontaient à leur retour, toute cette diffusion extraordinaire, influencera considérablement la littérature, mais aussi la peinture, la musique, le théâtre et la danse bien entendu.

En prenant en considération toutes ces informations et en se basant sur le roman de Gautier, Petipa construira donc l’argument de son ballet. C’est en janvier 1862, sous les yeux d’un public complètement époustouflé et émerveillé, qu’il le présentera en trois actes et neuf tableaux. On y retrouve tout ce qui a fait la marque de fabrique de cet incroyable chorégraphe et son style.

C’est un ballet vraiment magnifique, brillant, qui ne manque pas de piquant, passion, sentiments, lyrisme, musicalité, grâce, exotisme, humour aussi, avec des beaux ensembles, des superbes pas de deux, de nombreuses variations etc … Un réel dépaysement qui a permis, dans le pays des tsars, de s’adonner à l’évasion par le rêve.

Vidéo : Anna TIKHOMINOVA / Acte III La fille du pharaon

Tout ce qu’il fut permis de rendre la chose possible, se retrouva sur la scène : des cortèges de danseuses, des décors somptueux, des costumes qui le furent tout autant, de véritables animaux. En raison de sa durée : 4 heures ! on lui donnera le nom de Grand Ballet.

La musique fut signée par Cesare Pugni, compositeur italien. L’entente avec Petipa fut assez explosive semble t-il : Petipa était quelqu’un d’extrêmement pointilleux avec sa danse pure et sa dramaturgie. Il tenait à ce que la musique épouse chaque pas de sa chorégraphie et ce de façon très précise. Pugni était à bout, s’énervait à un point tel qu’il en venait, paraît il,  à déchirer ses partitions alors que les scènes dansées étaient déjà terminées.

Cesare PUGNI (1802/1870)

Pugni ne fut certes pas un Tchaïkovsky, ni même un Minkus, mais il avait du talent malgré tout . Sa musique pour ce ballet est très belle, agréable, pleine d’une certaine fraîcheur et légèreté. Elle n’est pas, cependant, facile à interpréter et il a fallu, bien des siècles plus tard, la ré-orchestrer, notamment par Alexander Sotnikov lors de la version revue et corrigée par Pierre Lacotte pour le Bolchoi.

Petipa remontera la Fille du Pharaon en 1864, 1885 et 1888- Alexandre Gorsky en donnera une version très proche de lui en 1905 avec Anna Pavlova dans le rôle principal.  

Pierre Lacotte, danseur et chorégraphe français, deviendra un grand spécialiste pour la reconstitution des ballets romantiques oubliés ou perdus. Il décide, un jour,  de se pencher sur La fille du pharaon, propose le projet à Noureev qui finira par y renoncer. Vladimir Vasiliev, qui était devenu le directeur du Bolchoï, décide de le suivre. Malheureusement, il restait peu d’éléments pour le monter si ce n’était la partition musicale et le canevas de la mise en scène. Rien en ce qui concernait la chorégraphie.

Lacotte va alors entreprendre de grandes recherches et enquêtes. Il finira par mettre la main, aux Etats Unis ( précisément à Boston ) sur des documents rédigés par Petipa concernant ce ballet. Vu la difficulté à déchiffrer  son écriture chorégraphique, laquelle ressemblait à une série de hiérogliphes,  il va devoir confier cette tâche à un spécialiste. Malheureusement,bien peu d’éléments seront utilisables à part des mouvements de pieds, de bras et une valse ..

Il lui restait les souvenirs des danseurs ayant interprété ce ballet : d’une part Jean Babilée, qui même âgé, se souvenait encore d’un solo qui en était extrait et que l’un de ses professeurs lui faisait travailler . Par ailleurs, Marina Semionova qui était la seule interprète à être encore en vie (94 ans lors de ses recherches). Elle l’avait dansé à deux reprises, mais à 17 ans, et ne se souvenait de quasiment rien vu son âge avancé.  Elle lui donnera un seul conseil  :   » vous maîtrisez le style romantique, alors lancez-vous ! Faites comme si vous étiez Petipa  » Cela semblait peu mais eut une grande importance – Par ailleurs, il découvrira à Saint Pétersbourg, certaines maquettes des décors et un dossier avec différentes indications qui vont se révéler être de  précieuses informations.

Partant de ces éléments , il se lance dans la reconstitution intégrale de la Fille du pharaon, comme un archéologue pourrait le faire avec des fouilles .

Le ballet sera un véritable succès au Bolchoï de Moscou en 2003 – Son assistante sera Anne Salmon. Les rôles principaux confiés à Svletana Zakharova et Sergei Filin .

( Vidéo Pas de Deux – Svletana ZAKHAROVA et Sergeï FILIN )

Histoire d’un ballet : La Dame aux camélias de John NEUMEIER …

 » La Dame aux Camélias  » est certainement devenue mon oeuvre la plus célèbre. Elle représente beaucoup de choses. Pour moi les ballets qui sont importants on ne peut les lire comme une sorte de soap-opéra. Je crois que l’idée dans cette histoire c’est l’idée du sacrifice de l’amour. Un amour tellement fort qu’il aboutit à la mort en quelque sorte pour la Dame.  » John NEUMEIER

(Vidéo : Agnès LETESTU – Beatrice MARTEL – Laurent NOVIS – Michaël DENARD – Dorothée GILBERT – Eve GRINSZTAJN – Simon VALASTRO – José MARTINEZ – Delphine MOUSSIN – et le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris – Version NEUMEIER )

L’histoire de La Dame aux camélias a inspiré le théâtre, l’opéra, le cinéma, mais elle a touché également le monde de la danse. 

John Neumeier est un merveilleux chorégraphe. Il a une formation de danseur classique dont il resté très proche malgré son côté contemporain. Il a été soliste dans le Ballet de Stuttgart dirigé à l’époque par son ami John Cranko. C’est avec lui qu’il signera ses premières chorégraphies.

John NEUMEIER

Après avoir dirigé le Ballet de Francfort, où il va grandement rénover le répertoire, il prendra en 1973 ce qui restera la grande aventure de sa vie à savoir la direction du Ballet de Hambourg, lequel, grâce à lui, va devenir l’une des plus importantes compagnies d’Allemagne.

Les oeuvres de Neumeier sont un peu à l’image de ses passions : littéraires, musicales, philosophiques, poétiques, s’exprimant dans un travail plutôt complexe mais très subtil, avec de la finesse, de la grâce  et empreint d’affinités classiques.

En 1976 John Cranko décède. Celle qui fut sa muse, l’étoile Marcia Haydée devient directrice de la compagnie. Elle fait appel à Neumeier pour la création d’un ballet dont elle tiendrait le premier rôle.

Il lui propose un sujet qu’il apprécie : La Dame aux camélias d’après Alexandre Dumas. Elle accepte. C’est donc elle qui sera la première Marguerite de Neumeier en 1978 au Théâtre Wüttenberg de Stuttgart avec, à ses côtés, dans le rôle d’Armand : Yvan Liska.

Vidéo : Marcia HAYDÉE  et Yvan LISKA – LA DAME AUX CAMÉLIAS de John NEUMEIER )

Ledit ballet sera repris en 1981 par le Ballet de Hambourg mais également par d’autres compagnies dans le monde, dont l’Opéra de Paris qui l’a porté à son répertoire en 2006.

Pour la musique Neumeier a choisi un compositeur qu’il affectionne tout particulièrement : Frédéric Chopin – Il y a différents morceaux dans le ballet : le Largo de la Sonate OP 58, le 2e mouvement du Concerto N.1 , la Valse N.1, la Valse N.3, divers passages du Concerto N.2, de l’Impromptu Fantaisie ou de la Ballade Op. 23, Préludes N.2- 17 – 15 – 24 , et enfin l’Andante de la Grande Polonaise. Les arrangements musicaux ont été effectués avec le chef Gherard Markson.

Si Chopin n’a jamais souhaité écrire pour la danse, ni même un jour penser que ses musiques puissent être utilisées pour le ballet, elles le furent pourtant par certains chorégraphes . On peut dire que dans bien des cas elle accompagne à merveille la danse. Autour de cette histoire d’amour romanesque présentée ce jour, elle apporte à l’ensemble intensité, émotion, pureté, et poésie.

Dans sa chorégraphie John Neumeier évoque l’amour dramatique de Marguerite, mais il parle aussi des désirs d’une société qui avait, à l’époque, assez d’habileté pour sacrifier la passion sur l’autel de la respectabilité. Pour ce faire, il a confronté deux héroïnes qui pour lui se ressemblaient dans leur force, leur liberté, leur imprévisibilité et parfois même dans leur cruauté : Manon Lescaut et Marie Duplessis ( La Dame aux Camélias ).

Un choix d’autant plus important lorsque l’on sait que Manon Lescaut était le livre de chevet de Marie et que cet ouvrage fut racheté par Alexandre Dumas lors de la vente aux enchères de la célèbre courtisane….. Tout se tient et se rejoint !

Une version dans laquelle il spiritualise et sublime sa Dame aux Camélias. Il fait des allers-retours entre rêve et réalité en se basent sur les deux histoires  avec un mélange de force, de grâce, et de sensibilité . C’est tout simplement un pur ravissement, d’une grande esthétique, en portés difficiles et redoutables d’autant que les robes sont longues, les mouvements rigoureux, rapides mais sans répétition inutile, les Pas de Deux expressifs et chargés émotionnellement.

(Vidéo : Agnès LETESTU – Beatrice MARTEL – Laurent NOVIS – Michaël DENARD – Dorothée GILBERT – Eve GRINSZTAJN – Simon VALASTRO – José MARTINEZ – Delphine MOUSSIN – et le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris – Version NEUMEIER )

Histoire d’un ballet : JEWELS …

George BALANCHINE entouré par ses muses Suzanne FARELL (blanc) – Patricia MCBRIDE (rouge) – Violette VERDY(vert) – Mimi PAUL(vert) -Costumes originaux de Barbara KARINSKA
NEW YORK CITY BALLET  » JEWELS  »

Tout Mister B., à savoir George Balanchine, est réuni dans ce merveilleux ballet : ses splendides pas de deux , ses arabesques élégantes et raffinées, l’image de sa danseuse idéale, très féminine, et son hommage à trois villes et Écoles de danse chères à son cœur … Tout est dans ce ballet !

Pourquoi un ballet sur les pierres précieuses ? L’idée lui est venue lorsque son ami le célèbre violoniste Nathan Milstein lui a présenté un jour Claude Arpels, de la prestigieuse joaillerie située sur la 5e Avenue à New York. Van Cleef & Arpels, une enseigne connue dans le monde entier, représentante du luxe, de la classe et du raffinement en matière de bijoux.

Balanchine les appréciait beaucoup et lorsqu’il découvrit la superbe collection de Mr Arpels, elle fut pour lui une grande source d’inspiration. Trois pierres vont le fasciner plus particulièrement : l’émeraude, le rubis, et le diamant. Toutes trois vont devenir un ballet qui sera créé en 1967 pour le New York City Ballet avec ses muses : Suzanne Farell, Violette Verdy, Patricia Mc Bride et Mimi Paul (photo ci-dessus) .

Ce ballet a été pour ce chorégraphe une sorte d’écrin, avec des costumes qui se devaient de briller comme les pierres qu’il représentait. Ils furent créés par la costumière américaine Barbara Karinska à laquelle il fut expressément demandé de bien respecter l’éclat et la couleur des pierres.

C’est vraiment une chorégraphie magnifique, bien pensée, qui est un florilège d’arabesques, variations, ensembles, pas de deux. Tout y est brillant, virtuose, élégant, étincelant. A sa mort, Balanchine a laissé des instructions très strictes qui se devaient ( et se doivent toujours) d’être respectées par les compagnies qui, un jour, souhaitaient produire ce ballet, voire même une partie. La Fondation Balanchine, qui en détient les droits, est très vigilante à ce sujet. Elle demande que la qualité artistique ne trahisse jamais le ballet original. Il ne peut y avoir aucune relecture du ballet, ni même une seule modification.

Jewels fut pour Balanchine une symphonie en trois mouvements :

Emeraudes : c’est Paris la poétique, la romantique, l’École de danse française avec toute sa grâce, ses poses, son élégance. La danseuse doit être très féminine, délicate, rêveuse, bercée par la mélodie, et des lignes corporelles d’une grande pureté. Le tout sur la musique de Gabriel Fauré ( Pelleas et Mélisande/1888 et Shylok/1889)

Vidéo : Émeraudes – Ballet du Bolchoi à Moscou

Rubis : c’est New-York, la pétillante, la bouillante. C’est Broadway avec une danse pleine de vitalité, jazzy, rappelant les comédies musicales de Fred Astaire et Ginger Rogers. Il y a du déhanchement, de l’audace, des poses ondulantes sur la musique de Igor Stravinsky (grand ami du chorégraphe). Il choisira Capriccio pour piano et orchestre aux accents martelés et syncopés. Une musique piquante et vigoureuse.

Vidéo : Rubis (Pas de Deux) par Maia MAKHATELI et Remi WORTMEYER du Het Nationale Ballet d’Amsterdam

Diamants : c’est la danse éclatante de Marius Petipa à Saint-Pétersbourg. Le souvenir du ballet blanc en tutus endiamantés, éblouissants, façon le Lac des Cygnes ou Casse Noisette lors de la Danse des Flocons. C’est le grand romantisme de l’École de danse russe, le faste du style impérial, sur la musique de Piotr.I. Tchaïkovsky ( Extrait de trois symphonies écrites en 1865 et 1875 : Rêve d’hiver – Petite Russie et Polocca )

Vidéo : Diamants – Opéra de Paris – Costumes Christian LACROIX

AIRS … de HAËNDEL à Paul TAYLOR

Vidéo : Paul CONNELY à la direction d’orchestre. A la danse : Lisa RINEHART – Kristine SOLERI – Anna SPELMAN – Christine SPIZZO – Peter FONSECA – Johan RENVALL – Thomas TITONE ( Danseurs et danseuses de l’AMERICAN BALLET THEATRE)
Paul TAYLOR (1930-2018)

Paul Taylor est un éminent chorégraphe américain qui a toujours énormément apprécié la musique baroque et il l’a souvent associée à ses créations. Airs n’y a pas échappé. Ce ballet fut créé en 1978 pour l’American Ballet Theatre. Il fait partie du répertoire de cette compagnie depuis 1981.

Il s’agit de différents tableaux dans lesquels s’alternent danses d’ensembles, superbes portés, pas de deux et solos magnifiques dansés sur diverses musiques de Georg Friedrich Haendel notamment son Concerto Grosso Op. 32, l’Oratorio Solomon, et d’autres pièces opératiques provenant entre autres de Alcina, Ariodante et Bérénice.

Niveau chorégraphique on note une très grande liberté, avec une danse empreinte de lyrisme, sensibilité, fluidité, grâce, virtuosité, technique, musicalité, de l’ampleur, une beauté particulière et une belle clarté dans l’épanouissement des mouvements. L’union de la musique baroque et de la danse est réellement magnifique.