Histoire d’un ballet : Les Enfants du paradis …

(Vidéo : Isabelle CIARAVOLA & Mathieu GANIO)

 » Pour moi, « les Enfants du paradis » c’est d’abord une histoire sur le monde des rêves que le théâtre représente. J’ai voulu rester au plus près de l’œuvre de Carné et Prévert, je n’ai fait l’impasse sur rien. » José MARTINEZ (Danseur Étoile français, chorégraphe, directeur artistique de ballet)

Ce ballet est le premier que José Martinez créera pour l’Opéra Garnier en 2008, et, c’est avec lui qu’il fera ses adieux de danseur en 2011. La musique a été confiée à Marc-Olivier Dupin et les costumes à une autre Étoile de l’Opéra : Agnès Letestu.

C’est une histoire d’amour impossible dans le Paris de l’époque romantique. Frédérick et Baptiste se partagent l’amour de la lumineuse Garance. Une histoire qui nous plonge dans le monde du théâtre avec tout ce que cela représente de magie et de rêve. Comme il l’indique ci-dessus, il s’est inspiré du scénario que Jacques Prévert avait rédigé pour le film du même nom réalisé par Marcel Carné en 1945.

Une magnifique chorégraphie mélange de classique et moderne, poétiquement rêveuse, émouvante, sensuelle, élégante, raffinée, empreinte de fluidité, de vivacité, de grâce.

(Vidéo : Isabelle CIARAVOLA & Mathieu GANIO)

Adieux à la scène de l’Opéra … Stéphane BULLION

Stéphane BULLION (Photo : Ann RAY)

Une grande Étoile française de la danse a fait ses adieux à la scène le 4 juin 2022 : Stéphane Bullion. A 42 ans, il avait atteint l’âge officiel de la retraite à l’Opéra de Paris. Un danseur magnifique qui est entré à l’École de danse en 1994 et qui a su, par son talent, gravir tous les échelons : Coryphée en 2001, Sujet en 2003, Premier danseur en 2008 et Étoile en 2010.

C’est un danseur infiniment touchant, dégageant énormément de justesse dans chacune de ses interprétations, qui a fait preuve de beaucoup de courage et de force lorsqu’à l’âge de 23 ans on lui a diagnostiqué un cancer des testicules. Il va lutter physiquement et mentalement et se montrer infiniment combattif pour pouvoir reprendre la danse. Les traitements et ses séances de chimiothérapie furent des moments douloureux. Cela a été très dur parfois, l’obligeant à s’arrêter, mais il est toujours revenu, soutenu par ses proches, notamment sa famille.

 » Certaines personnes me demandent parfois si la danse est une passion pour moi. Mais c’est bien plus qu’une passion, ça fait partie de moi, comme respirer, c’est un besoin. C’est vrai que danser m’a permis de me fixer des objectifs, mais si j’ai continué à suivre des cours pendant ma chimiothérapie, ce n’était pas juste pour les atteindre, mais pour me maintenir en forme. J’avais l’impression de continuer à vivre normalement. Et vivre normalement pour moi c’était danser ! « 

Après une carrière exceptionnelle couronnée de succès et de prix, après avoir dansé les plus beaux rôles du répertoire classique et contemporain, il n’a, désormais, qu’un seul désir, s’occuper plus intensément de son épouse, la danseuse Pauline Verdusen et leurs deux enfants.

(Vidéo : Stéphane BULLION dans  » La dame aux camélias  » de John NEUMEIER ))

Histoire d’un ballet : MULTIPLICITÉ-Formes du silence et du vide …

«  La cohérence de la musique de Bach se suffit à elle-même et impose déjà un tel pari au chorégraphe qui s’aventure sur ce territoire. Mon travail sur cette musique tente d’exprimer la fugacité du temps et des choses, mais aussi son immortalité et sa permanence. J’espère aider, par l’expression des danseurs, à percevoir la profondeur de ces partitions. J’ai voulu créer une chorégraphie musicale, presque aérienne, qui permette au public de vivre la musique par le biais des corps, une sorte de mise en relief. Mais, n’est-ce pas cela la mission du chorégraphe ?  »  » Nacho DUATO ( Danseur et chorégraphe espagnol)

Nacho DUATO

Nacho Duato est un danseur espagnol, chorégraphe et directeur de compagnie. Il est parti de ses propres bases classiques et ses différentes formations assez éclectiques pour s’ouvrir aux courants contemporains et même aussi parfois au folklore. Il est fortement attaché aux flexions, extensions, relâchements du corps, à tout ce qui part de la colonne vertébrale. Tous les mouvements qu’il créé sont en harmonie avec la musique.

C’est un chorégraphe prolifique  que l’on pourrait qualifier de contemporain, mais comme il l’explique souvent lui-même la base est classique. D’ailleurs un danseur qui n’aurait pas cette base  et qui serait résolument  moderne , n’aurait absolument pas sa place au sein de sa compagnie. Il est doté d’une immense musicalité, on peut dire qu’elle est sa force créatrice .

Il est né en Espagne en 1957. La danse a été très vite une évidence pour lui. Les débuts de sa formation se sont effectués en Angleterre au Ballet Rambert, puis à Bruxelles où il étudie à la Mudra School , un centre de recherche et perfectionnement créé par Maurice Béjart, et enfin les États Unis où sera  l’élève de personnalités célèbres de la danse comme, par exemple, Alvin Aley et Louis Falco. Dans les années suivantes, il a intégré le Ballet Cullber, puis  le Nederlands Dance Theater dirigé par Jiri Kylian.

Kylian va être véritablement son maître. Il va hériter de lui de très belles qualités à savoir la musicalité, la rigueur, l’énergie constante et un certain don pour le dessin des mouvements du corps et de la gestuelle. Auprès de lui il va se révéler être un danseur très sensible, avec un grand rayonnement, fortement apprécié par le public. C’est Kylian qui va l’initier à faire ses premiers pas dans la chorégraphie.

Après quoi il est devenu le chorégraphe-résident de nombreuses autres compagnies dans le monde et en a dirigé d’autres.

 Multiplicité-Formes du silence et du vide, est un ballet sur la vie et la musique de Bach. Une commande faite par la ville de Weimar en 1999 pour sa désignation  en tant que Capitale européenne de la culture. Pour Duato un ballet sur la musique du Cantor lui a paru  alors être une évidence, d’autant que 1999 célébrait également le 250e anniversaire de la mort du compositeur.

C’est comme son nom l’indique un ballet en deux parties. Il sera créé pour les Grands Ballets Canadiens de Montréal ( une compagnie où il a été chorégraphe et où il fut le chouchou , fortement apprécié par le public en tant que tel ) par la Compagnie Nationale de Danse qu’il dirigeait alors en Espagne.

La musique est constituée de différents extraits des partitions  de Bach,  maître baroque du contrepoint et de l’harmonie – Dans la première partie Multiplicité il est très présent, dirige un orchestre dont les danseurs sont les instruments. La seconde partie, plus poignante, Formes du silence et du vide a une relation avec la mort et c’est l’Art de la Fugue qui a été choisi.

De l’ensemble  on peut dire que c’est très bien construit, inventif, original, joyeux et léger  au départ,  assez profond malgré tout, inspiré, spirituel, méditatif , voire quelque peu mystique, théâtral, complexe assurément, teinté parfois d’humour , technique et virtuose . C’est assez époustouflant.

(Vidéo : Linda HAAKANA et Michal KRCMAR dans Multiplicity)

Histoire d’un ballet : GISELLE et les Willis …

« Giselle condense tout ce qui était cher aux romantiques et au-dessus du bonheur humain. Sur le plan de la danse, cette œuvre cerne toutes les préoccupations des chorégraphes, de la narration, jusqu’à la magnifique abstraction des ensembles du second acte. C’est pourquoi Giselle peut être considéré comme le ballet des ballets » Thierry MALANDIN (Chorégraphe français)

(Vidéo : Dorothée GILBERT & Mathieu GANIO – Étoiles de l’Opéra de Paris)
(Vidéo : Les Willis / Opéra de Paris)

Neuf ans après La Sylphide de Philippe Taglioni, naitra Giselle, un ballet pastoral magnifique, en deux actes, au croisement de l’évolution d’un art : la danse classique, et d’un mouvement littéraire : le romantisme.

Giselle a beaucoup de points communs avec La Sylphide. Il est basé sur la même formule du réel confronté au surnaturel. Toutefois, dramatiquement parlant, on peut dire qu’il fait preuve de beaucoup plus de profondeur.

C’est le ballet de l’émerveillement, de la poésie, de la magie, du fantomatique, le témoignage de l’amour idéalisé et déçu. Giselle est le ballet de l’Arabesque : position en appui sur une jambe, corps bien droit, pendant que l’autre jambe est levée à hauteur. En l’exécutant, cela donnait l’impression d’une sculpture, d’une reproduction statique de l’envol des Willis, et ce fut surtout utilisé à des fins poétiques.

Giselle conte l’histoire d’une jeune paysanne, passionnée de danse, folle d’amour pour un jeune seigneur qu’elle pensera qu’il ne peut être pour elle en raison de sa position sociale. Il va pourtant lui faire croire que cela est possible et la séduira. Lorsqu’elle va mourir, il sera inconsolable et elle reviendra le hanter à chacune de ses nuits.

Le poète Théophile Gautier avait une grande passion pour la danse, elle le fascinait, le mouvement surtout. Non pas le mouvement vu en tant que tel, reproduction du réel comme il le disait, mais comme une gestuelle dictée par une grande esthétique. Il voyait la danse comme de la littérature en jambes. Giselle sera son rêve.

Théophile GAUTIER

Par ailleurs, il était très amoureux de celle qu’il considérait comme sa muse, la très grande ballerine de l’époque à savoir : Carlotta Grisi dont on disait qu’elle était dotée d’une incroyable technique sur les pointes, qu’elle savait allier force et grâce, qu’elle était très jolie avec ses superbes yeux bleus … Ils rappellent la couleur de la violette la nuit affirmait Théophile.

« Elle rase le sol sans le toucher. On dirait une feuille de rose que la brise promène …  » T.G

De Carlotta Grisi il disait qu’elle était le  » seul vrai amour de son cœur  » – Ne pouvant espérant qu’elle soit ce qu’il aurait souhaité pour lui, il épousera Ernesta Grisi, la sœur de Carlotta, une cantatrice qui lui donnera deux enfants . La danseuse sera la marraine de leur fille Judith. Leur mariage ne sera pas heureux, il continuera d’avoir des sentiments pour Carlotta et aura diverses maîtresses. Le couple se séparera en 1866. Dès lors, il reprendra contact avec Carlotta, lui fera part des sentiments profonds qu’il éprouvait pour elle et , à partir de là, ils se verront de temps à autre et échangeront une correspondance amico-amoureuse qui va durer très longtemps.

Carlotta GRISI

C’est donc pour elle qu’il va imaginer ce ballet, un cadeau qu’il lui offrira pour ses 22 printemps, en s’inspirant d’une part de Victor Hugo pour son recueil de poèmes Fantômes, mais aussi et surtout de l’histoire de jeunes filles mortes d’amour, parce qu’abandonnées, que Heinrich Heine racontera dans livre De l’Allemagne.

Il rédigera le livret en 1841 avec la collaboration de l’auteur dramatique Henri Vernoy de Saint-George. Le ballet fut d’abord intitulé Les Willis puis rebaptisé Giselle. Il sera créé à l’Académie Royale de musique de Paris (Opéra) qui était situé, à l’époque, rue Le Pelletier.

Jules VERNOY DE SAINT-GEORGE

La chorégraphie fut confiée à Jean Coralli et Jules Perrot ( ce dernier était, à l’époque, le compagnon de Carlotta Grisi.) Tous deux vont construire une incroyable dramaturgie dans leur chorégraphie, que ce soit pour les lumineuses scènes terrestres ou les visions nocturne spectrales, les envols des Willis ou les danses très aériennes de la ballerine. Avec eux, la danse féminine de l’époque va subir de grandes métamorphoses. Ils sauront conserver un partage équitable entre danse de caractère et danse classique pure. Carlotta Grisi triomphera dans les variations sublimes conçues tout spécialement pour elle.

Le musique fut confiée à Adolphe Charles Adam, compositeur français, critique musical, professeur au Conservatoire. Il avait écrit, auparavant, un bon nombre de partitions pour la danse, mais celle-ci lui apportera, sans conteste, la renommée et la consécration. C’est une musique qui abonde en motifs divers et superbes; Elle a un sens aigu de la concision dramatique, à la fois lumineuse, efficace dramatiquement parlant, assez raffinée orchestralement.

Les scènes de pantomime offrent de belles variations rythmiques et le leitmotiv (thème répété) est souvent utilisé pour faire référence notamment à une émotion ou un évènement précis. A noter que pour le Pas de deux des jeunes paysans (qui sera rajouté au ballet) ce n’est pas la musique de Adam que l’on entend, mais celle d’un autre compositeur, allemand : Frederic Burgmüller.

( Vidéo :  » Pas de deux des paysans  » – Miriam OULD BRAHAN & Emmanuel THIBAULT ( Étoiles de l’Opéra de Paris) – Ce Pas de deux a été rajouté à la demande d’un riche mécène qui souhaitait vivement de le rôle de la jeune paysanne soit confié à une ballerine qu’il affectionnait tout particulièrement.

Après sa création en 1841, ce ballet entrera au répertoire de l’Opéra de Paris où il sera très régulièrement dansé jusqu’en 1868. Puis il tombera dans l’oubli et ressuscitera de ses cendre grâce à Marius Petipa qui le reprendra et y apportera des avancées considérables à l’époque. Tout commencera par l’arrivée à Saint-Pétersbourg de Jules Perrot qui souhaitera remonter Giselle et demandera à Marius d’être son Albrecht.

Ce dernier le dansera très souvent avant de devenir le grand maître de ballet et chorégraphe que l’on connait. Il avait donc une connaissance assez poussée du ballet, des différents rôles, et il avait, par ailleurs, pu bénéficier des conseils de Perrot. Il le montera donc en 1884, puis en 1887, et en 1889, apportant à chaque fois ses propres arrangements et embellissements, des variations diverses, tout le corps de ballet sur les pointes, créera, entre autres, un magnifique Pas de Deux (toujours d’actualité) entre Giselle et Albrecht, réduira la pantomime, s’adaptera aux goûts du public de chaque époque et proposera des danses plus nombreuses entre Myrtha et les Willis. Pour la musique il fit appel à Ludwig Minkus.

(Vidéo :  » Pas de Deux  » -Petipa- : Roberto BOLLE & Sveltana ZACHAROVA )

Giselle peut se vanter d’avoir connu des grandes interprètes. La première, dont on dit qu’elle fut sublime dans le rôle, fut Alicia Alonso. Elle a dansé ce rôle tant et tant de fois dans sa carrière ! – Il y eut la française Yvette Chauviré, celle que l’on nommait la Greta Garbo de la danse , si touchante avec Rudolf Noureev ou Cyril Atanassoff dans ce ballet qui restera à jamais son préféré, celui qu’elle a dansé plus de 300 fois avec toujours une incroyable sensibilité, un grand lyrisme dans le port des bras, et de belles arabesques ! – Puis Carla Fracci, Margot Fonteyn qui seront tout aussi incroyables et laisseront un souvenir impérissable. Parmi les plus jeunes, il y a Svletana Zacharova : Giselle fut un rôle phare dans sa carrière. Elle est pleine de fraicheur, de grâce, romantique, intuitive, avec une espèce de fragilité qui la caractérise et qui convient parfaitement à ce rôle.

(Vidéo : Alicia ALONSO )
(Vidéo : Yvette CHAUVIRÉ avec Rudolf NOUREEV & Cyril ASTANASOFF
(Vidéo : Svletana ZAKHAROVA )

Histoire d’un ballet : Marie-Antoinette … Patrick DE BANA

« Je n’ai jamais aimé classifier les choses parce que cela voudrait dire que l’on se met des barrières, que l’on s’enferme dans une boite. Le thème de ce ballet est classique en effet. Mais qu’est-ce que le classique ? Qui est classique ? C’est quoi le vrai classique ? Personnellement, j’aime mieux, au travers de ce ballet, de parler d’une époque » Patrick De BANA (Danseur et chorégraphe)

Marie-Antoinette est un très beau ballet baroque contemporain créé en 2010 par Patrick De Bana à la demande du danseur Étoile français Manuel Legris qui occupait, à l’époque, le poste de directeur artistique du Ballet d’État de Vienne.

Plus que l’histoire de cette reine de France, le chorégraphe a souhaité revenir sur sa jeunesse, sa fragilité, son insouciance, entre joie et douleur, entre ombre et lumière à la Cour de France, entourée au départ lors de son arrivée à Versailles, puis seule, tragique et digne lors de son emprisonnement et sa fin tragique en 1793.

Un ballet très inventif, original, clair, subtil, expressif, dans l’émotion, l’élégance, la grâce et la finesse.

La palette musicale qui l’accompagne est magnifique puisqu’il s’agit d’un collage de pièces baroques signées Vivaldi, Mozart, Teleman, Rameau, associé à celles plus modernes du compositeur espagnol Luis Miguel Cobo.

Les costumes sont signés de la danseuse Étoile et styliste française : Agnès Letestu.

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Voix du printemps … de STRAUSS à ASHTON

(Vidéo : Merle PARK & Wayne EAGLING )

Ce merveilleux Pas de Deux fut au départ, en 1977, un des deux « divertissements » inclus dans l’acte II des représentations de l’opérette de Johann Strauss II La chauve souris. Le succès sera tel, qu’il sera repris tous seul un an plus tard, et continuera de l’être jusqu’à nos jours.

Un délicieux moment plein d’élégance, de grâce et de virtuosité, qui sera interprété à l’époque par les Étoiles du Royal Ballet de Londres : Merle Park et Wayne Eagling.

Comme je l’ai indiqué, la musique est de Johann Strauss II. Elle est répertoriée sous l’Opus 410. Il s’agit d’une valse-aria pour voix de soprano-colorature qui fut créée, lors d’un concert caritatif, en 1883 par la diva de l’Opéra de la Cour à Vienne : Bertha Schwarz dont le nom de scène était Bianca Bianchi. C’est sa voix magnifique qui a inspiré le compositeur pour écrire cette partition.

(Vidéo : Kathleen BATTLE sous la direction de Herbert V.KARAJAN)

Histoire d’un ballet :  » Le songe d’une nuit d’été  » … De Mendelssohn à Ashton, en passant par Balanchine et Neumeier …

 » Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants et l’imagination si fertile, qu’ils perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. » William SHAKESPEARE (« Le songe d’une nuit d’été » en 1600)

A 17 ans Mendelssohn découvre Shakespeare grâce à son oncle qui fait des traductions du poète anglais. Là, il tombe amoureux du Songe d’une nuit d’été, comédie féérique et fantastique qui conte les aventures amoureuses de couples croisés.

Il décide alors de mettre cette pièce en musique et compose ce qui deviendra, plus tard, l’Ouverture de sa partition. A noter qu’elle sera jouée en concert de son vivant. Il l’appelait mon chef-d’œuvre de jeunesse, un morceau dont Berlioz affirmait qu’il n’existait rien de plus shakespearien !

En 1841, Mendelssohn est un compositeur fort apprécié, nommé musicien à la Cour . Il fondera en 1843 le Conservatoire de musique de Leipzig. En 1843, il reçoit une commande royale qui souhaitait un ballet à partir de la comédie de Shakespeare Le songe d’une nuit d’été. Mendelssohn repense alors à sa jeunesse et à son Ouverture. Il va l’intégrer à sa partition (c’est le numéro 7 – Elle correspond à la marche nuptiale lors du mariage entre Bottom et Titiana dans le ballet. Une marche qui sera propulsée à la reconnaissance internationale le jour où la reine Victoria demandera qu’elle soit jouée au mariage de son fils en 1858) et composera 13 autres morceaux.

La musique de Mendelssohn est réellement jubilatoire, vivace, une pièce phare du romantisme pour son lyrisme, son atmosphère particulière. Il y a des rythmes brillants, une sonorité orchestrale très raffinée, colorée, et d’une grande richesse. La légèreté, la poésie et l’humour sont au rendez-vous aussi.

La danse a été très sensible à un tel sujet et une si belle musique. Marius Petipa va proposer sa version en 1875. Il fera appel à Ludwig Minkus pour apporter quelques arrangements à la partition. Ce petit ballet mignon en un acte comme il disait, sera créé en 1876 à Saint-Pétersbourg. Il fera appel à Ekaterina Vazem, l’Étoile du Ballet Impérial, pour Tatiana. On lui avait imposé la danseuse pour La Bayadère, et il ne l’avait jamais regretté, tout au contraire elle deviendra sa muse. La rumeur disait qu’il en était amoureux.

MIDSUMMER NIGHT’S DREAM – George BALANCHINE :

Balanchine a 8 ans lorsqu’il assiste pour la première fois à une représentation de ce ballet dans la version de Marius Petipa. Lorsqu’il deviendra l’immense chorégraphe que l’on connait, il sera contacté, en 1950 par le American Shakespeare Theatre de Stratford dans le Connecticut (Etats-Unis) en tant que consultant musical d’une pièce sur le Songe d’une nuit d’été.

Balanchine se souviendra du ballet qu’il avait vu enfant, sur ce thème, et cela va lui donner fortement l’envie d’en présenter sa propre version chorégraphique. Finalement, c’est bien plus tard, à 58 ans, qu’il le fera ! Il la révisera en 1862, faisant de ce ballet une véritable féérie musicale pour le New York City Ballet, sa compagnie. Comme souvent, il réussira une véritable grande et riche alchimie entre musique, danse, pantomime, théâtre.

C’est une fort belle chorégraphie, immergée dans le monde de la fable, une sorte de divertissement dansé, à la fois étrange, fantaisiste, flamboyant, avec du rêve et des quiproquos qui amènent un côté drôle.

Balanchine a son style bien caractéristique et particulier, individualisé à chaque personnage et en accord avec un tempo musical bien précis. Pour la musique, il a repris celle de Mendelssohn écrite pour le Songe, mais il a ajouté d’autres pièces de ce compositeur comme L’ouverture de la Belle Mélusine, celle d’Athalie, et certains autres passages de la Symphonie N°9.

Deux de ses grandes muses en furent les Étoiles : Melissa Hayden qui le subjuguait par sa grâce et Suzanne Farell à la beauté candide et pleine de mystère. Le succès du ballet sera époustouflant et fera partie non seulement du répertoire du New York City Ballet, mais d’autres aussi comme l’Opéra de Paris ou la Scala de Milan.

THE DREAM – Frederick ASHTON :

Ashton a été un superbe chorégraphe. Il a toujours eu une grande capacité à savoir mettre en valeur le talent de ses interprètes, particulièrement celui de ses danseuses qui furent ses muses. Il n’a pas uniquement privilégié la technique, bien qu’elle fut importante pour lui. Elle n’a jamais pris le dessus sur l’expression poétique de la danse.  Un détail primordial pour lui.

The Dream est un ballet en un acte créé en 1964 au Royal Opéra House de Londres pour le 400e anniversaire de la naissance de Shakespeare. Le livret est de Ashton, en collaboration avec Henry Bardon. Il fut interprété, à l’époque, par Anthony Dowell et Antoinette Sibley qui, à partir de là, vont former un incroyable partenariat au sein de cette compagnie.

C’est une chorégraphie épurée, qui sous une sorte de simplicité apparente reste, malgré tout, assez complexe. Elle est très inventive, subtile, magique, enchanteresse,  gracieuse , espiègle, exubérante, émouvante, pleine d’humour et très harmonieuse  . Même les ânes dansent sur les pointes ! Il nécessite des interprètes intenses, profonds, crédibles, jamais ennuyeux, sachant s’exprimer merveilleusement au travers de la danse.

Les arrangements musicaux, sur la partition de Mendelssohn, sont ceux de John Lanchbery.

MIDSUMMER NIGHT DREAM – John NEUMEIER :

La version proposée par John Neumeier est un savoureux mélange de romantisme et de modernisme : classique pour les êtres humains, et contemporain pour les êtres féériques. La trame de la comédie de Shakespeare est bien respectée par le chorégraphe, il a gardé les personnages, modifiant légèrement l’histoire.

De plus, il a fait la distinction entre trois monde : celui du rêve, de la réalité et du théâtre. Comme il l’a indiqué, l’intrigue entre les quatre amoureux est ce qu’il lui a semblé le plus important à développer. C’est un ballet varié, intelligent, qui ne manque pas d’humour et de gravité, rigoureux dans la technique et la virtuosité, avec de très nombreux Pas de Deux, des Portés audacieux et éblouissants.

Pour la musique, il a choisi de nombreux morceaux, différents selon les personnages : les êtres royaux de la Cour dansent sur du Mendelsson ; les êtres féériques évoluent sur une musique électronique moderne mais aussi sur des airs de la Traviata de Verdi et l’Ouverture de la Cavalerie de Suppé.

Histoire d’un ballet : SUITE EN BLANC de Serge LIFAR …

 » En composant Suite en Blanc je ne me suis préoccupé que de danse pure, indépendamment de toute autre considération : j’ai voulu créer de belles visions, des visions qui n’aient rien d’artificiel, de cérébral. Il en est résulté une succession de véritables petites études techniques, de raccourcis chorégraphiques indépendant les uns des autres, apparentés entre eux par un même style néo-classique.  C’est un ballet où l’on danse naturellement selon mon style néo-classique, où l’arabesque est déviée dans tous les sens, et n’est pas seulement une arabesque académique » Serge LIFAR  (Danseur français ( né à Kiev-naturalisé français), chorégraphe, maître de ballet, pédagogue, conférencier)

( Vidéo : Aurélie DUPONT & Hervé MOREAU  » Adage  » )

Serge Lifar a appris la danse  auprès du grand professeur italien  Enrico Cecchetti , puis a intégré l’école de  Bronislava Nijinska ( sœur de Vaslav Nijinski) . Par la suite, il fut à la fois premier danseur dans la compagnie de Serge Diaghilev, Les Ballets Russes, où il a tenu, dès 1923,  les rôles principaux des ballets proposés à l’époque par Léonide Massine et George Balanchine, tout en étant chorégraphe lui-même. Puis, premier danseur à l’Opéra de Paris, chorégraphe, maître de ballet tout en travaillant parallèlement à l’Opéra de Monte-Carlo.

Il eut la réputation d’être  un excellent technicien, un danseur félin, expressif, avec beaucoup de charme et de charisme sur scène. Sa beauté assez sculpturale l’a souvent  conduit à des rôles issus de la mythologie grecque, mais il fut excellent aussi dans  ceux du répertoire classique. En tant que chorégraphe il laisse derrière lui un nombre très important de ballets .

Il a voué toute sa vie à la danse, a écrit de nombreux ouvrages sur cet art , s’est souvent exprimé à son propos durant des conférences.  Il a éprouvé une réelle, sincère et intense passion pour la danse. On lui doit d’avoir ajouter deux nouvelles positions de pieds aux cinq qui existaient déjà depuis des siècles : la 6e (pieds parallèles et bien serrés) et la 7e ( à savoir 4e parallèle en pieds plats ou sur pointes avec le genou plié ) Il fut, par ailleurs, un éminent pédagogue.

Traité de collabo parce qu’il avait rencontré Hitler qu’il invitait à l’Opéra, et entretenait une amitié avec Joseph  Goebbels ( des faits qu’il ne contestera jamais ) , il est renvoyé de l’institution française. Il y reviendra en 1949 à la demande insistante des danseurs qui vont faire pression sur la direction pour obtenir son retour. Il y restera jusqu’en 1956. A partir de là, il définira le style de son travail comme définitivement néo-classique, mettra en place de très grandes réformes à l’Opéra , créera une classe d’adage, et revalorisera l’image des danseuses et danseurs.

Suite en blanc est un ballet sans intrigue qui se présente en huit différentes parties, totalement indépendantes les unes des autres : La Sieste – Thème varié – Sérénade – Pas de Cinq – Cigarette – Mazurka – Adage – La flûte – La musique est celle que le compositeur Édouard Lalo avait écrit en 1881 pour un ballet de Lucien Petipa : Namouna, (complètement oublié d’ailleurs). Lifar va avoir la bonne idée de la ressortir de l’abîme dans lequel elle était tombée et se servira de l’Ouverture + huit autres extraits.

(Vidéo : « Pas de Cinq » Mathilde FROUSTEY )

Ce ballet est un des chefs-d’œuvre de ce chorégraphe. Assez épuré, bien structuré, empreint de beauté, d’absolu, d’un certain lyrisme, d’une réelle élégance, de grâce, très technique, exigeant, harmonieux, romantique, brillant, avec des variations qui furent si novatrices et importantes ( pour ne pas dire essentielles ) dans la danse, qu’elles sont reprises chaque année au concours de l’Opéra.  La création se fera en 1943 avec Serge Lifar et Yvette Chauviré. Il a connu un immense succès et a fait l’objet de 400 représentations.  Il est repris depuis par toutes les grandes compagnies dans le monde et fait partie du répertoire de l’Opéra.

La petite anecdote à son propos :  En 1946 le chorégraphe le  remontera sous un autre titre, Noir et Blanc, à Monte-Carlo. A l’époque cette compagnie ( Les Nouveaux Ballets de Monte-Carlo) était dirigée par le mécène Jorge Cuevas-Bartholis dit le  marquis de Cuevas. Lorsque ce dernier voulut donner Noir et Blanc avec sa troupe, au théâtre des Champs-Elysées en 1949, Lifar était revenu à l’Opéra de Paris après en avoir été banni et contraint à l’ » exil  » . Il s’opposera  fermement aux représentations. Mais le marquis n’eut que faire de son interdiction. Il le maintiendra au programme. Lifar, présent ce soir-là, va très mal le prendre, tout comme il n’appréciera pas les mimiques du marquis qui faisait mine de lui donner une petite gifle du bout des doigts. Se sentant humilié il demandera réparation en le provoquant en duel . Cette confrontation à l’épée aura lieu  au Bois de Boulogne !  Lifar en ressortira avec quelques petites égratignures au bras. Le duel prit fin dans les larmes et les embrassades des deux hommes réconciliés !

Je voulais aussi rajouter qu’en 1926 et 1927, Léo Staats ( danseur, chorégraphe et pédagogue français) mis au point et présenta  le premier Grand Défilé du Ballet de l’Opéra de Paris, sur la Marche de l’opéra Tannhauser de Richard Wagner. En 1945 Serge Lifar décide de le remettre à l’honneur, change la musique et opte pour celle des Troyens de Hector Berlioz :  » J’ai voulu faire la plus grande parade artistique de l’Opéra de Paris qui ressemblera aux grandes parades militaires sur la Place Rouge à Moscou ….  » disait-il . La danse est confiée à Albert Aveline.  A partir de là, ce Grand Défilé aura lieu assez souvent et c’est avec lui qu’il fera d’ailleurs ses adieux à la scène en 1958, vivement acclamé par le public.

Depuis lors, cet événement  ne se produit que pour de grandes occasions officielles et exceptionnelles. A noter que les tutus et costumes portés par les danseuses et danseurs ont été influencés par le ballet Suite en Blanc de Serge Lifar.

(Vidéo : « Mazurka » Jean-Guillaume BART)

Histoire d’un ballet : ROMÉO et JULIETTE : De LAVROVSKY à NOUREEV en passant par BÉJART …

Roméo et Juliette est une magnifique, tragique et bouleversante histoire d’amour, née, entre 1594 et 1596, de la plume sensible et poétique de William Shakespeare. Deux jeunes amants issus de deux familles qui se détestaient : Montaigu et Capulet, vont laisser cours à leurs sentiments , malgré cette haine, malgré les interdits, et pour n’avoir jamais à se séparer ils se retrouveront dans la mort.

C’est un sujet qui a fortement inspiré l’univers de la danse et ce dès 1785 avec Eusébio Luzzi sur une musique de Marescali.

Et puis un jour de 1935, la direction du Kirov (de nos jours le théâtre du Mariinsky) demanda à Sergei Prokofiev une musique pour un ballet qui pourrait, si possible, entrer dans l’esprit de ceux donnés autrefois. Le compositeur choisira comme sujet Roméo et Juliette. Malheureusement, il verra son projet refusé. Il décida alors de se tourner vers le Bolchoï, lequel se désistera à son tour, jugeant la musique bien trop puissante, rythmiquement complexe et donc inadaptée à la danse.

Prokofiev va travailler et re-travailler sa partition, en faire deux Suites Op.64 pour orchestre, et une transcription pour piano. Une musique jouée très souvent en concert et fort appréciée. Elle est puissante, trépidante, lyrique, toute en relief et il est vrai qu’elle peut se révéler problématique pour les chorégraphes qui décident de l’employer pour la danse.

Finalement, en 1938, le projet sera repris par le Ballet de Brno (Tchécoslovaquie) et obtiendra un beau et gros succès, ce qui amènera le Bolchoï à revenir sur sa décision en 1940 et se porter acquéreur du ballet et de la musique remaniée par Prokofiev. La chorégraphie fut alors confiée à Léonide Lavrovsky. Il fait partie de la compagnie depuis 1946.

Lavrovsky va offrir un grand spectacle de danse, un sublime ballet chargé de passion, avec de beaux sentiments d’émotion pure. Il saura parfaitement recréer les mœurs et l’atmosphère d’une ville de la Renaissance italienne. es adages sont pleins de lyrisme, les pas de deux empreints de grâce et de poésie.

(Vidéo :  » La danse des chevaliers  » – Version LAVROVSKY avec Diana Vishneva et Vladimir Shklyarov)

Version Rudolf NOUREEV

« Roméo et Juliette, c’est l’histoire d’un jeune garçon qui devient un homme. Adolescent, il court après tous les jupons, mais très vite il ne veut plus se contenter des beautés froides qu’il rencontre, ni des amours platoniques qu’elles lui font vivre. Il souhaite connaître des sensations fortes. C’est Juliette qui va tout décider pour lui. Elle est passionnée, volontaire, plus mûre que lui. Je suis convaincu que la Vérone de la Renaissance et de Londres elisabéthaine, dans une société partagée entre vieilles superstitions et appétit d’un monde nouveau, avaient en commun le sexe et la violence. Ce qui, singulièrement, les rapproche de notre époque ». Rudolf NOUREEV (Danseur russe et chorégraphe) µ

(Vidéo : Monique LOUDIÉRES & Manuel LEGRIS)

On a souvent affirmé que, dans sa version, Noureev avait fortement puisé dans les inspirations du passé et qu’il avait fait un retour aux sources du classique. Ce rôle de Roméo il le connaissait fort bien pour l’avoir lui-même dansé avec Margot Fonteyn, l’Étoile anglaise. Il va se révéler être un magnifique chorégraphe lorsqu’il proposera sa version complète, précise et approfondie de ce ballet.

Il l’a vu telle une fresque de la Renaissance, narrant les amours juvéniles contrariées d’un jeune couple et la haine farouche des adultes de deux familles opposées. On peut dire qu’il s’est tenu au plus près de l’œuvre de Shakespeare, œuvre qu’il avait pris soin, comme il l’a souvent expliqué, de lire et relire attentivement.

Son Roméo est insouciant. Face à lui Juliette est une jeune fille révoltée, passionnée, qui va lui faire éprouver des sensations fortes jamais ressenties jusque-là. Ils évolueront dans une Vérone sensuelle et querelleuse.

Le ballet de Noureev est d’un grand réalisme, avec une très intéressante logique historique. C’est raffiné, élégant, sensuel, théâtral, mettant en valeur le côté poétique de la danse et les suggestions du rêve. Les pas de deux sont réellement magnifiques. Il est construit sur de nombreux numéros de la partition de Prokofiev.

La première aura lieu au Coliseum en 1977, interprété par le London Festival Ballet. Lui-même sera Roméo. Face à lui différentes danseuses se relaieront pour interpréter Juliette : Patricia Ruanne, Elisabetta Terabust, Lynn Seymour ou Eva Evdokimova.

Cette version sera reprise au Palais des Sports de Paris en 1978, puis à la Scala en 1980 avec Carla Fracci. En 1984, elle fera son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris. Cette année-là, Noureev sera Mercutio, avec face à lui Sylvie Guillem et Jonathan Cope.

Il remontera, à nouveau, son ballet en 1994 à l’Opéra lorsqu’il sera directeur de la danse.

Version Maurice BÉJART

«  J’ai voulu construire un ballet dont l’histoire marierait le romantisme fougueux et généreux de Berlioz avec la magie, cruelle parfois, de Shakespeare. » Maurice BÉJART (Danseur et chorégraphe français)

(Vidéo : Jorge DONN & Suzanne FARRELL)

Berlioz découvre Shakespeare en 1827et se passionne pour son œuvre. En 1839, il compose une Symphonie dramatique avec chœur : Roméo et Juliette Opus 17.

Cette musique a séduit Béjart pour le ballet qu’il créé , sur ce sujet, en 1966. Elle lui semblait capter parfaitement l’intensité et la profondeur des amants de Vérone.

C’est une chorégraphie dans laquelle il dénonce la stupidité de la guerre et les querelles humaines, met un scène un prologue qui lui sert de présentation pour les solistes, et un épilogue très modeste qui fut contesté et sera lancé au son des crépitements de mitraillettes avec un leitmotiv inscrit sur scène : faites l’amour pas la guerre.

Dans tout ce chaos, on retient, toutefois, le très beau et harmonieux moment de danse classique (inhabituel chez Béjart), un Pas de Deux plein de grâce et de pureté, d’émotion aussi, avec une Juliette émerveillée, tendre, et un Roméo rêveur et amoureux.

Les deux interprètes le soir de la première au Cirque Royal de Bruxelles, furent, en 1966 , Laura Provenca et Paolo Bortoluzzi. Par la suite le rôle sera confié à Jorge Donn.

Histoire d’un solo de danse : La mort du cygne …

Anna Pavlova fut l’une des premières grandes Étoiles internationales de la danse. Pour beaucoup elle reste une des meilleures dans l’histoire du ballet classique. Elle est entrée dans la légende avec sa si touchante interprétation de la Mort du cygne.

Selon les divers témoignages que l’on peut lire sur elle, elle ne fut pas, au départ, une danseuse dotée d’une grande technique. En revanche, elle avait une danse empreinte d’un grand lyrisme , de musicalité, de sensibilité ; une légèreté aérienne que d’autres ne possédaient pas, une grâce pleine de délicatesse et finesse. A force d’un travail acharné, d’endurance poussée à l’extrême, elle réussira, au fil du temps, à exécuter tous ces fameux fouettés, pirouettes etc… que d’autres ballerines réussissaient parce qu’il était, malgré tout, de bon aloi de savoir le faire.

La mort du cygne n’a rien à voir avec Le Lac des cygnes et ce même si certains chorégraphes l’ont inséré dans leur version de ce ballet

C’est un solo de 3 minutes qui fut créé par Mikhail Fokine en 1907, tout spécialement pour Anna Pavlova et qui faisait partie du ballet Le Carnaval des animaux sur la magnifique musique de Camille Saint-Saëns. On y voit un cygne mourant, battant des ailes jusqu’à son dernier souffle.

Fokine a merveilleusement su jouer sur l’expressivité de la gestuelle de sa danseuse, tellement émouvante dans ce solo. Un tutu sublime fut conçu pour elle par Léon Bakst. Il était fait de tulle, de soie, de paillettes, et de vraies plumes, ce qui, d’ailleurs, le rendait très lourd à porter.

Ce tutu l’a accompagné sur toutes les scènes du monde entier. Il a souvent fait l’objet d’expositions, mais vu sa grande fragilité, il apparait désormais de moins en moins. C’est son époux, Victor Dandré, qui en avait fait cadeau à l’Institution des archives de la danse dirigée et fondée Rolf de Maré. Lorsque que cette institution cessera d’exister, le tutu fut confié à l’Opéra de Paris, restauré grâce à un très généreux mécène. On peut désormais l’admirer à la Bibliothèque-musée de l’Opéra.