Prendre le temps …

 » Prendre le temps est important. Oui, je pense que tout va trop vite. On parle trop vite, on réfléchit trop vite (quand on réfléchit ! ). On envoie des mails et des textos sans se relire, on perd l’élégance de l’orthographe, la politesse, le sens des choses. Non, non je ne suis pas contre le progrès, j’ai juste peur qu’il isole davantage les gens. » Grégoire DELACOURT (Écrivain français – Extrait de son livre La liste de mes envies)

Grégoire DELACOURT

J’avais toujours pensé …

« J’avais toujours pensé que les vieilles gares de chemin de fer étaient l’un des rares lieux magiques qui restaient encore dans le monde. Là, les fantômes de souvenirs et d’adieux se mêlaient aux départs de centaines de voyageurs pour des destinations lointaines et sans retour…  » Carloz RUIZ ZAFON (Écrivain et scénariste espagnol – Extrait de son roman Marina)

Le désert …

Photo de Paul ZIZKA

 » Le désert est le lieu du silence et de la solitude. On y prend de la distance par rapport aux événements quotidiens. On y fuit le bruit et la superficialité. Le désert est le lieu de l’absolu, le lieu de la liberté, où l’homme se trouve affronté à ses ultimes requêtes. Ce n’est pas par hasard que le désert est le lieu de la naissance du monothéisme. En ce sens, c’est le domaine de la grâce. Vidé de ses préoccupations, l’homme y rencontre son Créateur.  » Joseph Aloisius RATZINGER (Prélat et théologien catholique allemand – Élu pape sous le nom de BENOÎT XVI en 2005- Extrait de son livre Le Ressuscité : Retraite au Vatican en présence de S.S. Jean-Paul II)

BENOIT XVI 1927/Décembre 2022

Un arbre généalogique …

« Pourquoi les arbres généalogiques ne comportent-ils pas une case pour les amis de toujours, les amours défuntes et les amants, les personnes qu’on aurait adoré avoir dans sa lignée, les maîtres à penser, les sauveurs ? Les rencontres providentielles. Les complices choisis, peu importe qu’ils soient du premier ou du quinzième degré. Aucune place sur un tronc familial pour les choix du cœur, les cadeaux de l’existence, les oubliés de l’arbre …  » Valérie COHEN (Extrait de son livre Qu’importe la couleur du ciel)

Illustration Chantal GEYER

La tristesse … par Anne DUFOURMANTELLE

« La tristesse nous laisse entre deux mondes, ni désespoir ni indifférence, elle est une promenade au bord de la catastrophe, mais avec élégance, comme un enfant qui court le long d’une falaise sans percevoir le danger, les yeux dans la fracture du ciel, le dessin des nuages, la douceur du vent. Elle n’a pas d’épaisseur propre, pas d’écho. Elle délimite un espace intérieur flou, déraisonnable, où l’on reste au bord des larmes avec en même temps un apaisement étrange. La tristesse peut submerger, mais elle apaise aussi ; elle a un pouvoir d’adhérence qui enveloppe le corps dans une sensation cotonneuse d’étrangeté à soi-même, comme un chagrin d’amour dont on aurait subitement perdu le sens, mais pas la nostalgie. « ‘ Anne DUFOURMANTELLE ( Philosophe, psychanalyste française, écrivain – Extrait de son livre L’éloge du risque  )

DUFOURMENTELLE Anne
Anne DUFOURMANTELLE ( 1964-2017) – Elle s’est noyée en portant secours à un enfant sur la plage de Ramatuelle ( Var-France) en 2017

Gondoles à Venise …

  » La gondole est une production naturelle de Venise, un être animé ayant sa vie spéciale et locale, une espèce de poisson qui ne peut subsister que dans l’eau du canal. La lagune et la gondole sont inséparables et se complètent l’une par l’autre. Sans gondole, Venise n’est pas possible. la ville est un madrépore dont la gondole est le mollusque. Elle seule peut serpenter à travers les réseaux inextricables et l’infinie capillarité des rues aquatiques.  » Théophile GAUTIER (Extrait de son livre Italia/1852)

Nous sommes tous gens du voyage …

 » Nous sommes tous gens du voyage. Et ce voyage est la vie. Nous traversons l’un après l’autre des pays où les perspectives et les aventures ne se comparent pas entre elles, où change jusqu’à la perception que nous avons des êtres, des choses, du temps et de l’espace. Ces pays ont leurs villes, leurs campagnes, leurs monts, leurs mers, et les cols vertigineux qui les séparent en font des territoires autonomes dont l’exploration successive constitue l’existence humaine. Cette traversée, nous ne l’effectuons pas seuls, mais, bon gré mal gré, avec la caravane de la génération avec laquelle nous nous sommes mis en marche et dont les rangs iront s’éclaircissant jusqu’au terme. Tantôt pleine d’ardeur, elle nous porte de son élan ; tantôt rétive et incertaine, elle nous grève de son anxiété. » Christiane SINGER (Écrivaine, essayiste et romancière française – Extrait de son livre Les âges de la vie)
 

Un visage …

 » Il y a une quantité de gens, mais il y a encore plus de visages, car chacun en a plusieurs. Il y a des gens qui gardent un visage pendant des années ; naturellement, il s’use, se salit, se casse à l’endroit des rides, il se détend comme des gants qu’on a portés en voyage. Ce sont des gens simples et économes ; ils n’en changent pas, ils ne les font même pas nettoyer. Ce visage est encore assez bon, prétendent-ils, et qui leur démontrerait le contraire. On se demande évidemment, puisqu’ils ont plusieurs visages, ce qu’ils font des autres. Ils les mettent de côté. En réserve pour leurs enfants. Mais il arrive aussi que leurs chiens sortent avec. Et pourquoi pas, d’ailleurs ? Un visage en vaut un autre.
Il y a d’autres gens qui changent terriblement vite de visages. Ils les essaient les uns après les autres et les usent. Ils ont d’abord l’impression qu’ils en ont pour toujours ; mais ils ont à peine quarante ans qu’ils n’en ont plus. Cela comporte naturellement sa part de tragédie. Ils ne sont pas habitués à ménager leurs visages ; leur dernier est percé en huit jours ; en plusieurs endroits, il est mince comme du papier et on voit peu à peu le dessous, le non-visage, et ils sortent avec cela.  » Rainer Maria RILKE (Écrivain autrichien)

visage craig paul NOVACK
 » Visages  » – Graig Paul NOVACK