Un chalet …

 »C’est un rêve d’enfance, un lieu de refuge. Il est fait de bois dont on se réchauffe. Il peut avoir un cœur de pierre. Le chalet est le meilleur ami de l’homme quand il aspire à retrouver son innocence ; la cabane à la montagne où il vient se retirer quand la ville se fait trop étouffante. Il l’aide à prendre de la hauteur, à se ressourcer, à revoir le ciel. Il y vient pour éprouver le sentiment d’être éloigné de tout, près de soi-même, des siens. Il y a quelque chose de fraternel dans cette architecture, une simplicité bon enfant, une rondeur apaisante. On écoute le silence, on observe la neige qui tombe au dehors. L’air est pur, tout est feutré. Il y a du feu dans la cheminée. On se laisse aller. Il n’est pas citadin, il n’est pas de la campagne, il est d’ailleurs, solitaire, même quand il est bien entouré. Il donne une impression d’intimité. On s’y enroule comme dans un châle. C’est le cachemire de la résidence secondaire.  » Bertrand de SAINT-VINCENT (Écrivain, journaliste français)

Les mots …

 » Les mots, j’ai appris à les aimer tous. Les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je ne comprends pas toujours et que j’aime quand même, juste parce qu’ils sonnent bien. La musique qui en sort souvent est capable de m’emmener ailleurs, de me faire voyager en faisant taire ce qu’ils ont dans le ventre, pour faire place à quelque chose de supérieur qui est du rêve.

Je les appelle des mots magiciens : utopie, radieux, jovial, maladrerie, miscellanée, mitre, méridien, pyracantha, mausolée, billevesée, iota, ire, paragon, godelureau, mauresque, jurisprudence, confiteor et tellement d’autres que j’ai retenu sans effort, pourtant sans en connaître le sens. Ils me semblent plus faciles à porter que ce qu’ils disent. Ils sont de la nourriture pour ce qui s’envolera de mon corps quand je serai mort, ma musique à moi. C’est peut-être ce que l’on appelle une âme.  » Franck BOUYSSE (Écrivain français)

Franck BOUYSSE

Le sommeil …

 » N’importe qui se sauve par le sommeil, n’importe qui a du génie en dormant : point de différence entre les rêves d’un boucher et ceux d’un poète. Mais notre clairvoyance ne saurait tolérer qu’une telle merveille dure, ni que l’inspiration soit mise à la portée de tous : le jour nous retire les dons que la nuit nous dispense. » Emil Michel CIORAN (Écrivain, philosophe et poète roumain – Extrait de son livre La tentation d’exister)

Tableau de Ellen MONTALBA

Prédictions …

Tableau de Mikhail Ivanovich SKOTTI

 » Je connais quelqu’un qui a montré les lignes de sa main à un mage afin de connaître sa destinée. Il l’a fait par jeu et à ce qu’il m’a dit, et sans y croire. Je l’en aurais pourtant détourné s’il m’avait demandé conseil, car c’est un jeu dangereux. Il est bien aisé de ne pas croire alors que rien n’est encore dit. A ce moment là, il n’y a rien à croire et aucun homme peut-être ne croit. L’incrédulité est facile pour commencer, mais devient aussitôt difficile ; et les mages le savent bien.  » Si vous ne croyez pas disent-il, que craignez-vous ? Ainsi est fait leur piège. Pour moi, je crains de croire, car sais-je ce qu’il dira?

Je suppose que le mage croyait en lui-même, car si le mage veut seulement rire, il annoncera des évènements ordinaires et prévisibles en formules ambiguës :  » vous aurez des ennuis et quelques petits échecs, mais vous réussirez à la fin ; vous avez des ennemis, mais ils vous rendront justice quelque jour et en attendant, la constance de vos amis vous consolera. Vous allez bientôt recevoir une lettre se rapportant à des soucis que vous avez présentement etc… »

Tableau de Michelangelo MEMRISI DA CARAVAGGIO dit LE CARAVAGE

On peut continuer longtemps ainsi et cela ne fait de mal à personne. Mai si le mage est, à ses propres yeux, un vrai mage, alors il est bien capable de vous annoncer de terribles malheurs, et vous, l’esprit fort, vous en rirez. Il n’en est pas moins vrai que ses paroles resteront dans votre mémoire, qu’elles reviendront à l’improviste dans vos rêveries et dans vos rêves en vous troublant juste un peu, jusqu’au jour où les évènements auront l’air de vouloir s’y ajuster.

J’ai connu une jeune fille à qui un mage dit un jour après avoir analysé les lignes de sa main :  » vous vous marierez, vous aurez un enfant, vous le perdrez « . Une telle prédiction est un léger bagage à porter pendant que l’on parcourt les premières étapes. Mais le temps a passé : la jeune fille s’est mariée, elle a eu récemment un enfant et là, la prédiction est déjà plus lourde à porter. Si le petit vient à être malade, les paroles funestes sonneront comme les cloches aux oreilles de la mère … Peut-être s’est elle moquée autrefois du mage.

Tableau de Georges DE LA TOUR

Il arrive toutes sortes d’évènements dans ce monde. De là des rencontres qui ébranleront le plus ferme jugement. Vous rirez d’une prédiction sinistre et invraisemblable ; vous rirez moins si cette prédiction s’accomplit en partie.

Le plus courageux des hommes attendra alors la suite, et nos craintes, comme on sait, ne nous font pas moins souffrir que les catastrophes elles-mêmes. Il peut arriver aussi que deux prophètes, sans se connaître, vous annoncent la même chose. Si cet accord ne vous trouble pas plus que votre intelligence vous le permettra, je vous admire. Pour mon compte, j’aime bien mieux ne pas penser à l’avenir et ne prévoir que devant mes pieds.

Non seulement je n’irai pas montrer au mage le dedans de ma main, mais bien plus, je n’essaierai pas de lire l’avenir dans la nature des choses, car je ne crois pas que notre regard porte bien loin, si savants que nous puissions être. J’ai remarqué que tout ce qui arrive d’important à n’importe qui, était imprévu et imprévisible. Lorsqu’on s’est guéri de la curiosité, il reste sans doute à se guérir aussi de la prudence.  » Émile Auguste CHARTIER dit ALAIN (Philosophe français, journaliste, professeur de philosophie, essayiste – Extrait de son livre Propos sur le bonheur)

Tableau de Nicolas RÉGNIER

Partir …

 » N’avez-vous jamais pensé à tout laisser, délaisser, lâcher ? Vous libérer de toutes ces relations humaines lourdes d’un passé commun, chargées d’histoires remâchées, accommodées, rafistolées ? Couper les liens sociaux trop serrés, abandonner leurs nœuds, fuir un présent pesant ? Partir pour vivre seul, autre part, en inconnu ? Choisir votre rythme, seul maître de votre temps, seule conteuse de vos histoires ? Avouez-le, vous en rêvez aussi, de temps en temps, dans vos moments de lassitude en profondeur de puits, de grande fatigue, de bruits. Juste partir, claquer les portes ou les fermer en douceur. Respirer, revivre, libre et autonome. » Verena HANF (Écrivaine allemande- Extrait de son livre Tango tranquille)

reminds me of the train station in venice in 05. walked out onto the grand  canal at sunset. i nearly wept. | Photo, Street photography, White  photography

Il faut vivre là où les mots …

 » Il faut vivre là où les mots deviennent des feuilles et peuvent ainsi voler leurs couleurs aux nuages et dodeliner au vent. Nos discours doivent porter sur les épaules les humeurs des saisons et la réverbération des paysages où ils sont nés. Il n’est pas vrai que les mots ne ressentent pas l’influence des bruits et du silence qui les ont vus éclore et vivre. Nous parlons différemment si il pleut ou si le soleil frappe sur nos langues  » Tonino GUERRA (Poète, romancier, dramaturge et scénariste italien – Extrait de son ouvrage Il pleut sur le déluge )

Tonino GUERRA (1920/2012)

Pensée positive du matin …

 » Chaque jour qui commence est une page vierge. Une étendue de temps qui n’a pas encore été vécue. On peut y écrire ce que l’on veut. Il n’appartient qu’à soi de décider de réussir cette journée, malgré ses contraintes et ses obligations. « Catherine RAMBERT (Journaliste française, rédactrice en chef, auteur de divers ouvrages sur la philosophie – Extrait de son livre Petite philosophie du matin)

Je dis souvent des arbres …

 » Je dis souvent des arbres qu’ils sont des torches de temps pur. Leur taille est liée à leur âge, et au-delà de leur beauté plastique, le fait qu’ils incarnent (imboisent) le temps fait à mes yeux leur prix et leur sacralité. Nul ne devrait pouvoir les couper à sa guise, car nul ne peut être propriétaire du temps…  » Belinda CANNONE (Romancière française, essayiste, Maître de conférences – Extrait de son livre S’émerveiller)

 » Arbres  » – Martin PODT Photograpy

Les larmes …

 »Les larmes expriment aussi bien la joie que la tristesse. Elles sont le symbole de l’impuissance de l’âme à contenir son émotion et à rester maîtresse d’elle-même. La parole est une analyse. Quand nous sommes bouleversés par la sensation ou par le sentiment, l’analyse cesse et avec elle la parole.  » Henri Frédéric AMIEL (Écrivain et philosophe suisse / Extrait de son ouvrage Journal intime)

 » Tearful child  » de Marianne STOKES

Prémonition …

Voici ce qu’écrivait, en 2003, Marc MOULIN (Pianiste belge, compositeur, animateur, jazzman, producteur, chroniqueur radio) – Un texte incroyablement étonnant et prémonitoire quand on voit ce qui nous arrive depuis quelques mois :

 » Je nous vois déjà dans 20 ans. Tous enfermés chez nous. Claquemurés (j’adore ce verbe, et ce n’est pas tous les jours qu’on peut le sortir pour lui faire faire un petit tour). Les épidémies se seront multipliées : pneumopathie atypique, peste aviaire, et toutes les nouvelles maladies. Et l’unique manière d’y échapper sera de rester chez soi. Et puis il y aura toujours plus de menaces extérieures: insécurité, vols, attaques, rapts et agressions, puisqu’on aura continué de s’acharner sur les (justes) punitions en négligeant les (vraies) causes. Et le terrorisme, avec les erreurs à répétition des Américains, sera potentiellement à tous les coins de rues.

La vie de nouveaux prisonniers que nous mènerons alors sera non seulement préconisée, mais parfaitement possible, et même en grande partie très agréable. Grâce au télé-travail qui nous permettra de bosser à la maison tout en gardant les enfants (qui eux-mêmes suivront l’école en vidéo-conférence). Grâce à Internet qui nous épargnera bien des déplacements: on n’aura plus besoin ni de poster les lettres, ni d’acheter un journal « physique », ni d’aller faire la file dans les administrations.

Dans les rues, il ne restera plus que des chiens masqués qui font seuls leur petite promenade (pas de problème, sans voitures), et du personnel immigré sous-payé en combinaison étanche, qui s’occupera de l’entretien des sols et des arbres. D’autres s’occuperont de la livraison de notre caddy de commandes à domicile. Alors nous aurons enfin accompli le dessein de Big Brother. Nous serons des citoyens disciplinés, inoffensifs, confinés, désocialisés Nous serons chacun dans notre boîte. Un immense contingent de «je», consommateurs inertes. Finie l’agitation. Finie la rue « 

Marc MOULIN 1942/2008