La mer attend son large …

 » La mer attend son large, cherche ses eaux, désire le bleu, crache et crie, s’accroche et défaille, quand son écorce et sa coquille se brisent, et la fragile ardoise de ses clochers, et tous les verres qu’elle a vidés puis jetés derrière les taillis. La mer chuinte au soir et peluche, avant de s’endormir, la tête entre les bras, comme une enfant peureuse, quêtant dans la nuit calme des idées d’aurores et d’émoi, encore un peu de vin, de vent et de clarté, un peu d’oubli.

Son gros cœur de machine s’effondre dans son bleu ; sa servitude quémande son salaire de sel : quelques gouttes, un bout de pain, un butin si maigre, pas même de quoi gagner le large après tant de vagues remuées tout ce temps ! Elle brûle de se défaire du ciel qui la manie, la flatte ou la conspue : ô ces ailes qui lui manquent, cet horizon partout à bout portant ! Verra-t-elle jamais se lever son jour, dans la pénombre d’un prénom de femme ?

Elle n’a ni corps ni chair à elle : elle revient de nulle part et parle de travers, elle rêve à autre chose ; elle parle et rêve de choses et d’autres : pourquoi donc ne pas dire que le temps à midi s’arrête au fond d’un lac ? On prétend que le bleu perle sous sa paupière : on la croit folle, elle se désole, rêvant pour rien de branches et de racines, assise sur une espèce de valise en cuir au bout de la plage où personne ne viendra la chercher.

Quelle nuit, quel jour fait-il dans sa tête engourdie de femme assise ? Elle ouvre en grand les bras aux enfants accourus du large. Il lui plaît d’exciter leurs rires et leurs éclaboussures, de baigner les pieds nus, de lécher la peau claire. Mais vivre n’est pas son affaire : elle ne raconte pas son désir, fiévreux d’images et de rivages ; elle n’ira guère plus loin que ce chagrin-ci, d’un impossible bleu lavande, celui d’anciennes lettres d’amour et de mouchoirs trempés.

La voici d’un gris de sépulcre, avec tout ce vide autour d’elle, cueillant la mort d’un baiser brusque, suçant le noyau et crachant le fruit, titubant comme le souvenir, priant parfois très bas, brisant après le rêve la cruche qu’il a vidée. Son cœur est un abîme qui recommence jour après nuit la même journée obscure, qui chante de la même voix brouillée le désordre et le bruit, qui va, lavant sa plaie, toujours poussant pour rien son eau pauvre en amour.  » Jean-Michel MAULPOIX ( Poète et critique littéraire français )

Un jardin …

 » Parmi les mots du dictionnaire, il n’y en a peut-être pas un qui évoque plus de visions agréables que celui du jardin. Des fleurs, des fruits, des eaux jaillissantes, des ombrages, des lits de mousse, des chants d’oiseaux. Ce n’est pas pour rien que le Paradis est appelé le jardin d’Éden ! Et c’est sans doute la nostalgie de ce Paradis perdus qui pousse tant d’hommes, jeunes et vieux, à chercher le bonheur dans la possession d’un jardin. Quand l’ouvrière de Paris suspend à sa fenêtre un pot de réséda ou un de capucines, c’est un petit rayon de Paradis perdu qui vient illuminer son taudis. Quand le militaire ou le vieil employé de bureau rêvent de prendre leur retraite pour planter ou greffer leurs rosiers et voir mûrir leurs pommes, c’est le vieil homme, c’est Adam qui revit en eux, tel qu’il était avant sa chute, n’ayant rien à faire qu’à cultiver et à garder son jardin. » Charles GIDE (Enseignant et économiste français – Extrait de son livre La Cité jardin/1911)

Tableau de Susan RIOS

Voyage à travers la nature …

 » La curiosité, première étape pour découvrir des choses inconnues, aide à rester jeune. Si nous ajoutons à cela l’envie et la capacité d’observation, alors nous sommes prêts à nous lancer dans le fantastique voyage à travers les secrets de la nature, qui nous permettra de découvrir une multitude de phénomènes, de surprises et de miracles, et de percevoir son infinie beauté. Pour ce faire il faut sortir des maisons et des villes, apprendre à regarder, à entendre les sons, à sentir les odeurs, à toucher de ses propres mains, à vivre avec la nature. C’est un voyage qui nous ramène à nous-mêmes et nous permet de mieux nous connaître, puisque nous sommes une partie intégrante de la nature.  » Peter WOHLLEBEN (Garde-forestier, ingénieur, auteur allemand – Extrait de son livre L’horloge de la nature)

Fleur de printemps : le Lilas …

 » Dans les jardins de mon père,
Les lilas sont fleuris;
Dans les jardins de mon père,
Les lilas sont fleuris;
Tous les oiseaux du monde
Viennent y faire leurs nids .
.. »  Vers extrait de la chanson populaire Auprès de ma blonde attribuée à André JOUBERT DU COLLET qui était lieutenant dans la marine royale de Louis XIV )

Le lilas fleurit au printemps dès le mois d’avril et de façon plus abondante entre mai et juin . Il fait partie de la famille des Oléacées. Il se décline en 900 espèces environ. Il apporte une note joyeuse et parfumée à nos jardins.

Joseph Pitton de Tournefort lui avait donné le nom de Syringat qui vient du grec Syrinx ( tuyau vide, flûte ou roseau ) probablement parce que les petites fleurettes de ses grappes (thyrses) , qui sentent si bon, ont un peu la forme d’une flûte à champagne. C’est sous cette dénomination qu’un autre botaniste et naturaliste suédois Carl Von Linné le baptisera en 1753. Il se décline en différents tons : blanc, mauve, violet, magenta, voire même bi-colore . Les premières notes à son sujet, ont été écrites au XVIe siècle par l’apothicaire et grand voyageur Pierre Belon.

On le dit natif d’Orient. Mais, à l’origine, il poussait à l’Est de la Roumanie, avant d’arriver à la Cour de Soliman le Magnifique à Constantinople.. Il portait alors le surnom qui lui avait été donné à savoir : queue de renard . Lors de l’un de ses voyages en Turquie, le diplomate autrichien Ogier Ghislain de Busbecq reçoit un plant de lilas de la part du sultan. Ce dernier le ramène en Europe et l’offrira au roi François Ier.

Ogier Ghislain DE BUSBECK

Toutefois, il ne sera véritablement cultivé qu’au XIXe siècle par le grand jardinier, horticulteur, hybrideur et pépiniériste originaire de Nancy : Victor Lemoine, avec lequel le lilas va connaitre un véritable essor non seulement en France, mais dans le monde . C’est lui qui créera le lilas Syringa vulgaris qui pousse désormais dans nos jardins. La Maison Lemoine ( qui n’existe plus) a donné naissance à plus de 200 variétés de lilas.

Victor LEMOINE

Comme beaucoup d’autres fleurs, le lilas a lui aussi sa légende. Il puise sa source dans la mythologie grecque. Pan, dieu des forêts et des champs, fut complètement sous le charme de la nymphe Syringa, à un point tel qu’il la suivait de partout. Cet empressement effrayait la jeune fille, si bien que pour lui échapper, elle décida de se transformer en un arbuste aux fleurs odorantes appelé Lilas.

Dans le langage des fleurs, le lilas blanc est synonyme d’innocence et de pureté. Si il est mauve, il exprime les premières émotions d’un amour naissant . Il peut avoir d’autres significations : aux Etats-Unis, par exemple, si l’on offre du lilas à une jeune fille, cela voudra dire qu’elle restera célibataire toute l’année. Il est recherché pour la confection des bouquets de mariée, associé à du lierre ce qui a pour symbolique un amour fort et qui dure.

En Orient, un bouquet de lilas était un signe de rupture. En Angleterre, il n’est pas bon d’amener du lilas blanc dans une maison car utilisé il y a des siècles pour des cérémonies funéraires.

Bien qu’elles soient décoratives, les fleurs de lilas sont utilisées également sous forme de tisane pour combattre la grippe et le rhume. Quand aux feuilles, elles servent (écrasées) pour soulager les ecchymoses et guérissent les abcès. L’huile essentielle de lilas (au demeurant très chère) est recommandée pour l’acné et les maladies respiratoires.

Les fleurs de lilas sont également très recherchées en parfumerie en raison de leur délicate senteur, légèrement poudrée, reconnaissable entre toutes . Toutefois, c’est une fleur muette. En conséquence de quoi, on ne peut extraire son odeur par distillation ou autre procédé, ni obtenir d’essence ou d’absolue de lilas. Il faut donc reconstituer son parfum. Les méthodes modernes actuelles permettent de le faire d’une façon assez incroyable et le résultat semble très naturel.

C’est ainsi qu’on le retrouve dans : Amour-Amour de Jean Patou, Fleur d’Interdit de Givenchy, Lilas mauve d’Yves Rocher , Guilty de Gucci, Lilas Exquis de Jacques Fath, Love de Chloé, White Linen de Esthée Lauder …

Le lilas a inspiré la poésie et la peinture et son nom revient dans certaines chansons connues. Sans oublier qu’il a donné son nom à l’ancienne Porte de Romainville à Paris, devenue Porte des Lilas.

 » Venez sous la tonnelle assombrie de lilas
afin que je suspende, ainsi qu’une médaille,
à votre cou pareil à la rousseur du blé
et au lisse raisin qui dort sur la muraille,
avec un fil de Vierge une rose bengale
…  » Francis JAMMES (Poète, romancier, dramaturge, critique littéraire français / Extrait de son recueil Clairière dans le ciel en 1902/06)

« Lilas blanc dans un vase  » Edouard MANET

 » Je rêve et je me réveille
Dans une odeur de lilas
De quel côté du sommeil
T’ai-je ici laissé ou là
…  » Louis ARAGON (Poète, romancier et journaliste français / Poème Les Lilas Extrait de son recueil Fou d’Elsa paru en 1964)

 »Le bouquet de Lilas » James TISSOT

 » Je vois fleurir, assis à ma fenêtre,
L’humble lilas de mon petit jardin,
Et son subtil arome qui pénètre
Vient jusqu’à moi dans le vent du matin..
. » François COPPÉE (Poète français / Poème A un lilas – Extrait de son recueil Le cahier rouge (1892)

 » Le lilas  » Max SLEVOGT

« Quand les lilas fleurirent pour la dernière fois dans le jardin
Et que, dans la nuit, la grande étoile, de bonne heure, échoua dans le ciel de l’ouest,
Je pleurais… et pleurerai encore avec l’éternel retour du printemps.

Ô printemps et ton éternel retour ! Tu m’offres la trinité à chaque fois ;
Les lilas qui, fidèles, fleurissent, et l’étoile qui vient s’échouer à l’ouest,
Et mes pensées vers celui que j’aime.

Dans le jardin qui se tient devant une ancienne ferme, près d’une palissade blanchie à la chaux,
Se trouve un buisson de lilas, haut en taille, ses feuilles en forme de cœur d’un vert profond,
Avec d’innombrables fleurs dressées, fières, délicates, au parfum tenace que j’adore,
Chaque feuille est un miracle…… née de l’arbuste dans le jardin,
Avec ses fleurs aux couleurs subtiles, ses feuilles en forme de cœur d’un vert profond
Le bout de la branche, garni d’une fleur, je le casse.
… …  » Strophes et vers extraits d’un poème écrit par Walt WITMAN (Poète, romancier, journaliste, éditeur américain) 

« Femme à la branche de lilas » Giovanni BOLDINI

Ier mai 2021 …

Dictons du mois de mai :

 » Chaude et douce pluie de mai fait fleur belle et riche épi « 

 » Rosée de mai gâte tout ou ranime tout  »

 » Mai clair et venteux fait l’an plantureux  »

 » Pluie de mai grandit l’herbette, mais c’est signe de disette « 

 » Quand le raisin naît en mai, il faut s’attendre à du mauvais  »

Photos-collage par The Skylark’s dream collage

Plus nous pourrons …

 » Plus nous pourrons concentrer clairement notre attention sur les merveilles et les réalités de l’univers qui nous entoure, moins nous aurons le goût de la destruction. La race humaine est mise, plus que jamais, au défi de démontrer notre maîtrise, non pas de la nature, mais de nous-mêmes. C’est une façon d’ouvrir les yeux et de se demander :  » Et si je n’avais jamais vu cela auparavant ? Et si je savais que je ne le reverrais jamais ?  » Rachel CALRSON (Biologiste et écologiste américaine)

Les Fleurs …

 » Les fleurs ont une influence mystérieuse et subtile sur les sentiments, analogiquement à certaines mélodies musicales. Elles relaxent la tension de l’esprit et dissolvent, en un instant, sa rigidité. » Henry W.BEECHER (Pasteur américain)

Tableau : John William GODWARD

Fleur du printemps : le Myosotis …

«  J’aime les étangs et j’habite
Partout où l’eau se creuse un lit.
Ma fleur d’un bleu pâle s’agite
Au moindre vent, au moindre bruit.
Ma coupe d’or est si petite
Qu’une larme d’oiseau l’emplit. »
Alphonse De LAMARTINE (Poète français / Myosotis est un poème Extrait de son recueil Poésies)

Le myosotis fait partie de la famille des boriginacées. Il comprend environ une cinquantaine, voire même une centaine, d’espèces, à travers le monde. Les petits poils, que l’on trouve au niveau des feuilles, lui ont valu le surnom de oreille-de-souris. Ce qui n’est pas totalement faux lorsque l’on sait que son nom vient du grec myos(souris) et otos(oreille). Ce n’est pas le seul surnom qu’on lui attribue : il y a également herbe d’amour ou bien encore scorpione.

De façon générale et courante, on le connait bleu avec un cœur jaune et une fleur à cinq pétales (myosotis sylvatica , et myosotis alpestris qui, comme son nom l’indique, pousse dans les Alpes). Toutefois, certaines variétés sont roses (myosotis silvatica rosyla), ou blanche (myosotis ice pearl).

Il pousse, prolifique et sauvage dans les bois, les clairières, non loin d’un point d’eau. Mais il décore, aussi, merveilleusement bien, les jardinières et les massifs des jardins, offrant une palette de belles couleurs multicolores en compagnie des tulipes, primevères, jonquilles, et pâquerettes. Il est originaire d’Europe, mais on le trouve également en Asie, Australie et Afrique.

Comme beaucoup de fleurs, le myosotis a sa légende. Celle très romantique nous vient d’Allemagne : elle raconte l’histoire d’une promenade faite par deux amoureux à l’époque médiévale au bord du Danube. Pour faire plaisir à sa belle, le jeune se pencha près du fleuve pour cueillir un bouquet de myosotis. Malheureusement, il glissa, tomba dans l’eau et fut emporté par le courant. Avant de disparaitre, il envoya son bouquet à la jeune fille en lui criant « ne m’oubliez pas » . C’est cette phrase qui en fera la fleur du souvenir, de la fidélité, celle que l’on glisse dans une lettre adressée à l’être aimé , ou dans un livre en souvenir.

Tableau de Gabriel SCHACHINGER

D’autres affirment que la légende viendrait du dieu de la mythologie grecque, Zeus – Il avait attribué un nom à chaque fleur mais pas à elle. Elle lui aurait alors lancé un « ne m’oubliez pas » qui lui aurait permis de rectifier son erreur.

Le myosotis est une petite fleur délicate et engagée puisqu’en 1948 elle est devenue l’emblème maçonnique de la Grande Loge en Allemagne, afin de perpétuer le souvenir des francs-maçons qui furent torturés par les nazis durant la seconde guerre mondiale.

Par ailleurs, il est également l’emblème de la Société Alzheimer au Canada, et fut choisi pour la Journée mondiale des enfants disparus aux Etats-Unis, qui se tient en mai. Une initiative reprise par la Belgique. Des paquets de graines de myosotis sont alors distribués.

Dans le langage des fleurs, si l’on offre en bouquet de myosotis à quelqu’un, on exprime un amour éternel, fidèle, profond, loyal et sincère. Il fut souvent représenté dans des tableaux et évoqué par les poètes.

«Plus je vous vois, plus je soupire»
Dit une fleur qui sait parler…
Et je t’offre, avec mon sourire,
Des yeux qui t’ont toujours aimé.

«N’oubliez jamais votre amour»
Dit encore la fleur qui s’alarme…
Et je te donne, avec mes larmes,
Des yeux qui t’aimeront toujours
. » Rosemonde GÉRARD (Poétesse française – Myosotis Extrait de son recueil Recueil L’Arc-en-ciel)

 » Les myosotis aux fleurs bleues
Me disent : Ne m’oubliez pas !
Les libellules de leurs queues
M’égratignent dans leurs ébats .
.. » Théophile GAUTIER (Poète, romancier et critique d’art français./ Vers extraits de son poème La Source / Recueil Émaux et Camées)

Henri MATISSE
Vincent VAN GOGH
Louis VALTAT

Un jardin …

 » Un jardin est généreux : il nous donne le frisson de pouvoir créer quelque chose de beau même lorsque l’on ne sait pas peindre. Les mains, la bonne volonté et l’humilité suffisent pour nous permettre de nous mettre, avec joie, au service de quelque chose de plus grand que nous.  » Pia PERA (Romancière, journaliste, essayiste et traductrice italienne)

Photo Carolyn AIKEN (Aiken House & Gardens)