Paris sous la neige …

 » Vers le soir, un nuage d’un gris rose monte de l’horizon et lentement emplit le ciel. De petits souffles froids s’élèvent et font frissonner l’air. Puis, un grand silence, une immobilité douce et glaciale descend sur Paris qui s’endort. La ville noire sommeille, la neige se met à tomber avec lenteur dans la sérénité glacée de l’espace. Et le ciel couvre sans bruit l’immense cité en dormie d’un tapis virginal et pur.

… Lorsque Paris s’est éveillé, il a vu que, pendant la nuit, la nouvelle année avait mis une robe blanche à la ville. La ville semblait toute jeune et toute chaste. Il n’y avait plus ni ruisseaux, ni trottoirs, ni pavés noirâtres : les rues étaient de larges rubans de satin blanc ; les places, des pelouses toutes blanches de pâquerettes. Et les pâquerettes de l’hiver avaient aussi fleuri sur les toits sombres. Chaque saillie, les bords des fenêtres, les grilles, les branches des arbres portaient de légères garnitures de dentelle.

On eût dit que la cité était une petite fille, ayant la jeunesse tendre de la nouvelle année. Elle venait de jeter ses haillons, sa boue et sa poussière, et elle avait mis ses belles jupes de gaze. Elle respirait doucement, d’une haleine pure et fraîche ; elle étalait avec une coquetterie enfantine sa parure d’innocence.

C’était une surprise qu’elle ménageait à ses habitants ; pour leur plaire, elle effaçait ses souillures, elle leur souriait, au réveil, dans tout l’éclat de sa beauté de vierge. Et elle semblait leur dire : « Je me suis faite belle, pendant que vous dormiez ; j’ai voulu vous souhaiter la bonne année, vêtue de blancheur et d’espérance.  » Émile ZOLA ( Extrait de l’article La Neige paru dans le Figaro en 1867)

« Paris sous la neige » Eugène GALLIEN-LALOUE
 » Toits de Paris sous la neige » Gustave CAILLEBOTTE
 » Le Louvre sous la neige » Camille PISSARRO
 » Boulevard Clichy sous la neige  » Norbert GOENEUTTE

Fleur de février : Le Perce-Neige …

 « Que j’aime à voir le Perce-neige !
Il nous dit que dans peu d’instants
Des hivers, le triste cortège
Va se fondre aux feux du printemps
Cette fleur à la voix de flore
Est enfin prête à scintiller
Doux rossignols, chantez encore,
Le Perce-neige va briller !   »
Paul-Émile DEBRAUX (Poète français, goguettier, écrivain, chansonnier / Extrait de son recueil Le Momusien / 1828 )

  » Souvent appelé  » clochette d’hiver  » ou  » goutte de lait  » , le perce-neige ( Galanthus Nivalis) croît en France dans les montagnes d’Auvergne. On le rencontre aussi en Suisse. Cette petite bulbeuse a longtemps fait partie de la famille des Liliaceae, avant que la classification phylogénétique ne la déplace chez les Amaryllidaceae. Perce-Neige est un nom invariable que l’on emploie aussi bien au masculin qu’au féminin.

Le genre Galanthus a été créé en 1753 par l’incontournable naturaliste suédois Carl Von Linné. Le mot vient du grec gala ( lait ) et anthos ( fleur ) qui font allusion à la couleur blanc lacté de la fleur. La nomenclature botanique internationale reconnaît aujourd’hui 21 espèces de Galanthus et deux sous-espèces. On l’associe couramment à la fête chrétienne de la Chandeleur ( 2 Février ) ce qui vaut parfois à la plante l’appellation de « violette de la chandeleur ».

Carl VON LINNÉ

La légende veut que la naissance du perce-neige soit due à un ange descendu du ciel pour consoler Éve de la désolation de l’hiver après qu’elle eut été chassée du jardin d’Éden. L’ange aurait attrapé un flocon de neige, soufflé dessus et le transformant en fleur. Cette histoire explique pourquoi le langage des fleurs attribue au perce-neige le symbole de la consolation et de l’espérance. On plantait jadis des perce-neige dans les vergers attenants aux convents ou dans les jardins des monastères, car cette plante est dédiée à la Vierge Magie. Pour les catholiques, déposer un petit bouquet auprès de l’effigie de la Sainte Vierge constitue une marque de pureté et de chasteté. Mais il est vrai aussi que Galanthus Nivalis est l’une des premières fleurs de l’année à s’épanouir, apportant une note de gaieté.  » Patrick MIOULANE ( Journaliste, écrivain spécialiste des jardins )

Fleur de janvier : l’Œillet …

 » Que cet œillet te dise la loi des odeurs
qu’on n’a pas encore promulguée et qui viendra
un jour régner sur nos cerveaux,
bien plus précise et subtile
que les sons qui nous dirigent
Je préfère ton nez à tous tes organes
ô mon amie.
Il est le trône de la futur sagesse
…  » Guillaume APOLLINAIRE (Écrivain et poète français/Extrait de son recueil Calligrammes)

 » Le nom latin de l’œillet est dianthus, vient du grec dios (dieu) et anthos(fleur) et c’est au plus grand des dieux, Zeus, qu’on rattache cette fleur. L’œillet représente depuis le XVIIIe siècle un symbole de résistance. Blanc, il était l’emblème des partisans de la monarchie après la Révolution française. Rouge, il était porté en signe de reconnaissance par les militants-ouvriers allemands de la fin du XIXe siècle. D’ailleurs, on le retrouve encore parfois à la boutonnière des manifestants du Ier mai. Les militaires opposés au dictateur portugais Salazar s’y ralliaient durant les prémices de la Révolution des Œillets en avril 1974. On peut y voir une survivance des croyances de l’Antiquité où l’œillet symbolisait le courage et la fidélité.

Au Moyen-Âge, cet européen de source passait pour protecteur. A la Renaissance on le priait d’exprimer un amour ardent. Quiconque tenait un œillet à la main signifiait que son cœur était pris. Au XIXe siècle, les élégants s’emparèrent de l’œillet. Oscar Wilde en tête. Sur le chemin du théâtre, ils faisaient l’emplette d’un œillet à une marchande ambulante, puis l’accrochaient à leur revers. Ils se gardaient de l’offrir à une comédienne, car les gens du spectacle font partie de ceux pour qui l’œillet porte malheur. » Dominique PEN DU (Journaliste et auteure française)

 » Avouer à sa bien-aimée que l’on sait son infidélité est une chose. Lui annoncer qu’elle a une rivale en est une autre. Nul besoin de chercher les mots pour le dire : un bouquet d’œillets suffira ! Curieuse épopée sentimentale que celle de l’œillet. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, cette fleur était synonyme d’un amour pur et argent. A cette époque, les comédiennes étaient recrutées à l’années dans les théâtres et les opéras. Un directeur n’osant avouer qu’il ne souhaitait pas reconduire le contrat d’une actrice qui, de surcroît, était sa maîtresse, lui envoya, au lieu du traditionnel bouquet de roses, un bouquet d’œillets. La malheureuse ne lui pardonna jamais.

Depuis, il n’est pas de bon ton d’offrir des œillets. Pire ils portent malheur. Ces fleurs sont maudites et depuis longtemps. Un peu de mythologie: Artémis, la divinité grecque de la nature sauvage et de la chasse était de très mauvaise humeur. Allez savoir pourquoi, alors qu’elle croise un berger, elle lui saute dessus, lui arrache les yeux et les jette à terre ! Le berger meurt sur le coup. A l’endroit où ses yeux sont tombés, apparaissent des œillets. Comment serait-il possible qu’après une histoire aussi horrible, les œillets aient une bonne réputation !  » Alain BARATON ( Jardinier français, écrivain, chroniqueur TV – Extrait de son livre L’amour au jardin)

P.S. : De par sa fragrance assez soutenue, épicée, poudrée, l’œillet est entré dans la composition de nombreux parfums comme par exemple les très célèbres Opium de Yves Saint Laurent ou L’air du temps de Nina Ricci, mais aussi l’Heure bleue de Guerlain, Anaïs Anaïs de Cacharel, Fidji de Guy Laroche, Heure convoitée de Cartier, Infusion d’œillet de Prada etc.. Le premier fut celui de François Coty en 1905 : L’Origan. Il est difficile et coûteux d’obtenir de l’absolue d’œillet par les fleurs. En conséquence de quoi, la reconstitution de la senteur se fait souvent avec un mélange de rose, de vanille et de clou de girofle.

Si cette fleur n’est pas très appréciée par certains, au Moyen-Âge elle était pourtant le symbole des fiançailles, donc représentative d’un moment heureux. C’est une fleur très prisée au Japon, notamment en art pictural pour les kimonos, les éventails etc… Dans ce pays, comme en Chine, elle symbolise l’amour, le bonheur, et la réussite.

Elle a souvent été présente en peinture que ce soit dans des représentations de la vierge, des portraits ou des natures-mortes, mais également dans la littérature, notamment la poésie.

Par ailleurs elle a été au centre d’un fait historique : le complot de l’œillet. Lorsque la reine Marie-Antoinette était emprisonnée à la Conciergerie, un messager, à savoir Alexandre Gonsse de Rougeville, devait lui faire passer un message en vue d’une éventuelle évasion. Celui-ci, en s’inclinant devant elle, devait laisser tomber l’œillet de sa boutonnière, lequel contenait un petit papier sur lequel il avait noté son projet.

Chaque couleur de cette fleur, comme souvent, a une signification : blanc c’est la discrétion et le deuil : déposer des œillets blancs sur une tombe, c’est, en effet, rendre hommage à la personne décédée – le rouge l’amour profond ou l’admiration – le rose a un sens profond, souvent religieux car associé à la vierge Marie.

 » Madone aux œillets  » RAPHAËL
 » Nature morte aux œillets  » Émile VERNON

« Sus, debout ! Allons voir l’herbelette perleuse

Et votre beau rosier de boutons couronné,

Et vos œillets mignons auxquels aviez donné

Hier au soir de l’eau d’une main si songeuse …  » Pierre DE RONSARD (Poète français)

La neige …

  » La neige est un poème. Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers. Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu. Il porte un nom. Un nom d’une blancheur éclatante : Neige. La neige possède cinq caractéristiques principales : elle est blanche, elle fige la nature et la protège, elle se transforme continuellement, elle est une surface glissante, elle se change en eau. » Maxence FERMINE (Écrivain français – Phrases extraites de son livre Neige)

Le mimosa …

 » Tout au fond du jardin c’est une boule d’or
Offerte par l’hiver aux terres provençales.
Car janvier est bien gris, il fait très froid dehors,
Mais des pompons citron narguent le grand mistral.

Il fait très froid dehors et l’on est en janvier,
Et l’on sent le parfum délicat et ténu
Que distille en douceur l’arbuste illuminé
Où le soleil tout rond semble être suspendu.

Sa fragrance est semblable à la poudre de riz
Qu’on posait autrefois sur le bout de son nez,
Distillée par les fleurs, globules canari
Explosant tous ensemble en millions de bouquets.

Car l’âme du soleil descendue sur la Terre
S’est diffractée partout en minuscules sphères.
Saupoudrés de doré et gorgés de lumière,
Ces tout petits bouquets s’en vont vaincre l’hiver. » Vette DE FONCLARE (Poétesse française)

https://pointespalettespartition.wordpress.com/2020/01/09/fleur-de-fevrier-lacacia-dealbata-dit-mimosa/

Janvier 2021 …

 » Janvier premier mois de l’année
qui commence tout enrubanné
par une nuit de liesse
pleine de promesses.
Mois qui s’étire tranquillement
au rythme du train-train qui reprend
après la folie des fêtes passées.
..  » Dominique SAGNE (Poétesse française)

Dictons du mois de Janvier :

 » Neiges et gelées blanches en janvier causent du mal aux montagnes comme aux vallées « 

 » Si les mouches dansent en janvier, le cultivateur de ses fourrages doit s’inquiéter « 

 » Quand le crapaud chante en janvier, serre ta paille métayer « 

 » A l’an neuf, les jours croissent du pas d’un bœuf « 

 » Quand le soleil brille au jour de l’an, c’est signe du gland  »

L’Huitre …

  » L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos.
A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords. Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner
.  » Francis PONGE(Poème en prose extrait de son recueil Le parti des choses/1942)

 » Il semble bien que dès le début de l’humanité, les huîtres constituèrent un aliment précieux pour l’homme. Des amoncellements de débris ostréaires, régulièrement groupés autour d’espaces vides, emplacements probables d’agglomérations humaines, découverts sur les côtes d’Europe, intriguèrent longtemps les savants jusqu’au jour où la trouvaille parmi ces amas de coquilles, de débris de cendres, de charbon, de restes d’animaux et d’objets travaillés, permit de situer au Paléolithique, l’époque où ils ont été constitués et de conclure que, dès cette époque, de vastes mouvements de populations devaient se faire à certaines époque, en cas de disette ou d’épidémies, pour trouver au bord de mer une nourriture abondante et un aliment dont les effets salutaires avaient déjà été constatés.

Ces amoncellements de coquilles appelés Kjokken moddinger, mot signifiant débris de cuisine, sont également connus sur les côtes du Maroc, de Mauritanie et du Sénégal. On les a retrouvés en Amérique où des amas énormes d’écaillés d’huîtres, connus sous le nom de Kitchen middens (débris de cuisine) ont été découverts au bord de la mer dans les État de l’Est.

Les Chinois cultivaient l’huître il y a quelques millénaires. Si les Hébreux la considérèrent comme un mets impur puisqu’elle n’avait ni nageoire, ni écaille, les Grecs et les Romains en firent, par contre, une très large consommation. Elles provenaient de l’Hellespont. Les textes latins vantent les qualités de ce mollusque et dans leurs banquets, les Romans célébraient en poèmes chantés les louanges de sa chair délicate considérée comme un mets de luxe.

Néron pouvait distinguer, dès l’abord, l’huître de Circé de celle de Rutupe, et les gourmets discutaient déjà des mérites de celles du lac Lucrin ( les plus fameuses parmi les huîtres romaines) ou de Cyzieus, réputées aussi fines, comparées à celles importées d’Angleterre par les Légions Romaines conquérantes et qui provenaient du Rutupiae (Comté de Kent) actuellement appelé Richborough et situé non loin de Whistable, encore réputé pour la qualité de ses huîtres.

Le Moyen-Âge mentionne moins souvent ce mollusque délectable. Cependant, Rabelais n’oublie guère de les citer dans les plantureux repas de Gargantua et Pantagruel et le fabuliste La Fontaine nous a laissé également quelques fables délicieuses où les mérites de ce coquillage y sont soulignés.

J’ai passé les déserts, mais nous n’y bûmes point.
D’un certain magister le Rat tenait ces choses,
Et les disait à travers champs ;
N’étant pas de ces Rats qui les livres rongeants
Se font savants jusques aux dents.
Parmi tant d’Huîtres toutes closes,
Une s’était ouverte, et bâillant au Soleil,
Par un doux Zéphir réjouie,
Humait l’air, respirait, était épanouie,
Blanche, grasse, et d’un goût, à la voir, nonpareil.
D’aussi loin que le Rat voir cette Huître qui bâille :
Qu’aperçois-je ? dit-il, c’est quelque victuaille ;
Et, si je ne me trompe à la couleur du mets,
Je dois faire aujourd’hui bonne chère, ou jamais.
Là-dessus maître Rat plein de belle espérance,
Approche de l’écaille, allonge un peu le cou,
Se sent pris comme aux lacs ; car l’Huître tout d’un coup
Se referme, et voilà ce que fait l’ignorance.… (Extrait du poème Le Rat et l’Huître / Jean De La FONTAINE)

A l’époque du Roi Soleil, à celle qui suivit de la Régence, ce manger délicat offert sur la table, devint un signe de civilisation, de courtoisie, de finesse, et le bon goût, dont le souvenir se perpétuera par le tableau élégant de Jean-François De Troy, Le Déjeuner aux Huîtres, un des plus beaux intérieurs de la peinture française qui nous est resté, entre joyaux, au Musée Condé de Chantilly.

La consommation des huîtres augmente toujours, s’étend dans tous les milieux. Elles deviennent populaires, se servent partout, à l’hôtel, au restaurant, à la table de Camille. Vers 1860 il était de bon ton en France de consommer des huîtres à tous les repas et actuellement encore, aucun bon dîner n’est digne de ce nom si les huîtres n’y figurent pas en bonne place.  » Docteur Jean-Victor LE GALL (Extrait de son livre Notes et Rapports N.2/ Valeur nutritive et valeur thérapeutique de l’huître, datant de 1948)

 » Le déjeuner d’huîtres  » Jean-François DE TROY 1734

Le soir de Noël …

 » Le soir de Noël, il n’y avait pas de clochette tintant derrière une porte close pour m’appeler auprès du sapin illuminé. J’était là quand ma mère allumait les bougies et les bâtonnets à étincelles. Je voyais comment des objets inertes, du papier, du fil d’argent et des boules de verres donnaient naissance à une fête au milieu des illuminations d’un arbre décoré , une fête de famille, de notre famille, de la sécurité …  » Magda SZABO (Écrivaine hongroise)

Tableau de Viggo JOHANSEN

21.12.2020 : Hiver

 » C’est l’hiver, c’est décembre,
Il faut garder la chambre
Du matin jusqu’au soir.
Les fleurs de la gelée
Sur la vitre étoilée
Courent en rameaux blancs,
Et mon chat qui grelotte,
Se ramasse en pelote
Près des tisons croulants….  » Théophile GAUTIER (Poète français, romancier, critique d’art. Extrait d’un poème issu de son recueil Intérieurs)