14 Juillet 2022 … « Rouget de l’Isle chantant pour la première fois la Marseillaise …

 » A chaque pas on rencontre des barricades avec les portraits de ceux qui les font et ceux qui les enlèvent  » Ainsi la Revue des deux mondes rendit-elle compte du Salon de 1849 tenu, pour la première fois de son histoire, hors du Louvre, à l’Orangerie des Tuileries.

Ce commentaire visait des illustrations de scènes de la Révolution de février 1848 qui balaya le règne de Louis Philippe et instaura la IIe République. Présenté au Salon sous le titre Rouget de l’Isle chantant pour la première fois la Marseillaise chez Dietrich Maire de Strasbourg, le tableau de Isidore Pils renvoyait à la Révolution de 1789. Remarqué, il ne suscita pourtant l’attention que de rares critiques tel Auguste Galimard qui loua une scène peinte avec chaleur.

L’œuvre s’inspirait d’un passage du livre à succès (1847) d’Alphonse de Lamartine, L’histoire des Girondins, monument à la gloire d’acteurs politiques victimes de la Révolution. De façon imaginative, l’écrivain-homme politique y retraçait la naissance fiévreuse de l’hymne que composa en 1792, sous le nom Chant de guerre pour l’armée du Rhin, Claude Rouget de l’Isle, militaire alors en poste à Strasbourg. Pils favorisa le moment où l’auteur serait venir lui-même, le 25 avril, interpréter le chant dans le salon de Frédéric de Dietrich.

Isidore PILS (1815/1875)

Lauréat du Prix de Rome, Pils n’était pas encore le peintre à succès spécialité dans la figuration militaire. Le tableau fut néanmoins acquis par l’État avec 45 œuvres. Depuis les fusillades de juin 1848, déclenchées contre le peuple parisien, la IIe République s’avouait plus bourgeoise que révolutionnaire et La Marseillaise, sans statut particulier, n’était qu’un chant patriotique parmi d’autres. Le tableau fut donc relégué, sinon caché, dans un salon du Ministère de l’Intérieur. Déjà l’œuvre phare du Salon La liberté guidant le peuple de Eugène Delacroix, avait été rendue par le gouvernement de Louis Philippe à Delacroix qui la déposa un temps chez son cousin Léon Riesener à Frépillon dans le Val d’Oise.

Le tableau de Isidore Pils donnait l’illusion habile d’une toile contemporaine de l’évènement. Traitée en scène de théâtre, la composition s’articule autour de Rouget de l’Isle, saisi dans un mouvement d’exaltation patriotique face à des auditeurs, tous subjugués derrière Frédéric de Dietrich, pétrifié d’émotion admirative dans son fauteuil. Cette composition n’était pas sans rapport avec les tableaux de piété filiale de Jean-Baptiste Greuze et autres scènes de genre de la fin du XVIIIe siècle. Pils se souvenait de la toile de Nicolas André Monsiau Louis XVI donnant des instructions à la Pérouse envoyée à Versailles en 1837.

Afin de figurer les deux personnages historiques, le peintre dut s’inspirer, pour De Dietrich, d’une gravure, et pour Rouget de l’Isle des médaillons et buste créés par le sculpteur Pierre Jean Davis d’Angers. Ce dernier, qui avait tenu à enrichir sa galerie de célébrités d’une image du père de La Marseillaise, relata dans son Journal sa visite émue chez cet oublié de l’histoire, logeant dans une espèce de galetas avant que Louis Philippe ne le pensionnât. La pose emphatique de Rouget de l’Isle fut néanmoins rapprochée, par certains, de figuration de Bonaparte au temps des campagnes d’Italie. Alors que le glorieux retour des Cendres de l’empereur venait, en 1840, de réactiver la légende napoléonienne, cet air de famille serait-il fortuit ?

Quoi qu’il en soit, le tableau de Pils, assurément un de ses chefs-d’œuvre, allait connaître, à partit de la chute du Second Empire, une ascension irrésistible et inspirer d’autres artistes. Déjà montré en 1876 dans une exposition honorant la mémoire du peintre, il s’imposa lorsque la République, affermie en 1870, prit la partition de La Marseillaise comme hymne national.

Cette année-là, le tableau entra au Musée du Luxembourg, puis au Louvre en 1883. Rouget de l’Isle ne fut pas oublié et ses cendres rejoignirent solennellement le 14 juillet 1915 le caveau des Invalides. Enfin, pour saluer le rattachement de l’Alsace Lorraine à la mère patrie, en 1918/19, le tableau fut déposé au Musée historique de Strasbourg. Symbole aigu du patriotisme français entre la défaite de 1870 et la victoire de 1018, il avait fait l’objet de multiples copies dont des dizaines furent achetées par l’État français pour être distribuées dans toute la France.

La femme qui accompagne au clavecin Rouget de l’Isle, serait Sybille Ochs, musicienne, épouse de Dietrich. Les livres éparpillés au sol rappellent que, dans ce lieu, on cultive Les Lumières aptes à ouvrir l’esprit aux temps nouveaux. Dietrich, assis dans son fauteuil, sera guillotiné à Paris en décembre 1783. » Hervé GRANDSART (Écrivain français)

« Rouget de l’Isle chantant la Marseillaise » 1849 Isidore PILS (Musée historique de Strasbourg)

Promenade d’été … Au château de Malmaison

 » Le château de Malmaison est un miraculé. Amputé par la guerre de 1870, abandonné par la IIIe République qui n’avait aucune envie de conserver ce lieu emblématique du bonapartisme, l’ex-palais impérial a failli disparaître plusieurs fois. Clin d’œil à l’histoire : c’est grâce à un homme appelé Osiris, comme la divinité égyptienne, que la demeure a pu être sauvée.

Château de Malmaison

Ce généreux Monsieur Osiris, surnom mystérieux qui supplantera son véritable état civil ( Daniel Iffla) fait d’abord fortune dans la finance et l’immobilier; Un pactole que  » ce personnage hors du commun, issu d’une vieille famille juive de Bordeaux, utilisera toute sa vie pour différentes causes comme la restauration des monuments «  éclaire le directeur de Malmaison. Le mécène rachète en 1896 Malmaison alors en bien piteux état, le rénove et l’offre à l’État français en 1903. La demeure devient alors un musée national deux ans plus tard et retrouve bientôt des meubles d’époque.

Daniel IFFLA/OSIRIS

Situé à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) , le modeste château de Malmaison n’avait pas grand chose pour entrer dans l’Histoire de France, ni devenir un musée national aux 70.000 visiteurs annuels.

Une femme en a décidé autrement : Joséphine Bonaparte a 36 ans en 1799. Son général de mari, qui est en train de s’offrir notoriété et richesse en Égypte, est obsédé par l’idée de posséder des terres. Il se verrait bien en Bourgogne, ou à Ris-Orangis (Essonne). Mais Madame rêve du pittoresque paysage de Malmaison. Ses « coteaux pareils à des montagnes  » lui rappellent-ils la Martinique de son enfance ? Toujours est-il qu’elle » s’est entichée de ce château comme on s’accroche à une terre promise  » compare Christophe Pincemaille, historien-documentaliste.

Marie-Josèphe Rose TASCHER de la PAGERIE dite Joséphine de BEAUHARNAIS – (1763/1814) Elle fut Impératrice des français, reine d’Italie, Duchesse de Navare. Avant d’être la première épouse de Napoléon, elle avait épousé Alexandre de Beauharnais dont elle a eu deux enfants Eugène et Florence. Tableau de Henri-François RIESENER
 » Dans le parc de Malmaison » Oscar REX –  » Je n’ai pas passé un jour sans t’aimer, je n’ai pas passé une nuit sans te serrer entre mes bras, je n’ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l’ambition qui me tiennent éloigné de l’âme de ma vie …  » écrivait un jour Napoléon à Joséphine

Joséphine convainc son mari, elle achète, il paie. Oui, mais voilà, Napoléon prend du galon. Six mois après l’achat de Malmaison, il endosse de costume de premier consul, puis d’empereur. Bye Bye la maisonnette où l’on vient juste se reposer à chaque décadi ( équivalent du dimanche dans le calendrier républicain) . Malmaison se transforme en lieu de pouvoir où l’on décide par exemple de la création de la Cour des comptes ou de celle de la Légion d’honneur. Le pape himself y débarque.

Extensions de toutes sortes, aménagements … Le palais est sommé de suivre le mouvement. Aujourd’hui encore on peut admirer l’ingéniosité des architectes (Percier et Fontaine) qui, par des jeux de miroirs et de trompe-l’œil, agrandissent les pièces comme par magie. On peut aussi apprécier la patte de Joséphine dans la décoration reconstituée de nos jours avec un réalisme bluffant, comme si l’on allait tomber nez à nez avec le couple impérial.

Le mobilier, commandé à des maîtres artisans, est unique. Joséphine a osé les couleurs vives, le jaune qui claque, le rouge qui tranche, les contrastes saisissants. « Ce sont des associations qui étaient à la pointe de la mode à l’époque «  décrypte Isabelle Tamisier-Vétois (Conservatrice), «  Les visites, aujourd’hui, à Malmaison, porte autant sur l’histoire que sur l’art, tant politique et esthétique sont ici intimement liées. »

On a beau être à l’étroit à Malmaison, la fièvre collectionneuse de Joséphine ne freine pas, même après son divorce d’avec Napoléon en 1809. Il lui laisse le château, son titre d’impératrice et tout le tintouin. Passionnée de sciences naturelles, elle fait venir des kangourous, des zèbres, des perroquets et autres cygnes noirs ( réinstallés aujourd’hui dans le parc) . Même démarche sur le plan botanique. A l’avant-garde, elle soutient les femmes artistes de la peinture troubadour qui ne deviendra tendance qu’après sa mort.

Elle est décédée brutalement à 51 ans, dans son lit, que l’on peut voir encore aujourd’hui. L’histoire s’arrête-là ? Elle a continué par un étonnant pied-de-nez : répudiée parce qu’elle ne pouvait assurer la descendance de Bonaparte, Joséphine a donné naissance, via les enfants de son premier mariage, à plusieurs dynasties européennes (les actuelles familles royales de Suède, Norvège, Belgique … )  » Si la reine Victoria est considérée comme la grand-mère de l’Europe, Joséphine en est l’arrière-grand-mère «  soutient Amaury Lefébure, directeur du musée de Malmaison)  » Grégory PLOUVIEZ (Journaliste français-chef-adjoint service de la culture au journal Le Parisien)

La harpe de Joséphine a été réalisée par les luthiers COUSINEAU Père & Fils – Elle se trouve dans le salon de musique
 » L’amour prêt à lancer un trait  » Marbre réalisé par Jean-Pierre-Antoine TASSAERT – 1780 env. Il se trouve dans le vestibule du château
 » Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard  » – Jacques Louis David. Il existe quatre versions de ce tableau. Les experts affirment que le plus abouti est celui qui se trouve au château de Malmaison. Il est exposé au premier étage. Il fut commandé en 1800 par le roi d’Espagne, sera repris par Joseph le frère de Napoléon lorsqu’il a été le roi de ce pays. Il l’emportera avec lui aux Etats-Unis. Ce chef-d’œuvre fera, à nouveau, le voyage vers l’Europe, arrivera à Rome (Italie), sera exposé chez la fille de Joseph, la princesse de Canino. Il sera légué en 1949 au Musée national de Malmaison par la petite-fille de Joseph .

Nature morte à l’Espérance …

 » Gauguin admirait, dans l’œuvre de Vincent Van Gogh, le motif des tournesols. En 1890, il échange même avec un ami un de ses tableaux contre deux toiles de ce motif, des répliques de celles que Vincent avait accrochées dans sa chambre à Arles. Presque dix ans plus tard, alors qu’il vit à Tahiti, probablement par nostalgie de ces sublimes fleurs européennes, Gauguin demande à son ami Daniel de Monfreid de lui envoyer des graines.

Un an après, la récolte est si fructueuse qu’elle lui inspire plusieurs natures mortes dont celle-ci, dite Nature morte à l’Espérance, d’après une copie du tableau de Puvis de Chavannes accroché en haut à gauche de la composition. Il semble que Gauguin ait voulu honorer une demande de son marchand d’art Ambroise Vollard qui lui réclamait des natures mortes de fleurs. Malgré une forte précision pour la figure, il s’exécuta, tout en lui rappelant que Tahiti  » n’est pas vraiment le pays des fleurs  ».

Les tournesols sont disposés dans un vase aux formes primitives. Quelles que soient les origines de ce vase, son rôle dans cette nature morte est de symboliser le monde exotique dans lequel Gauguin, l’Européen, vit et dans lequel il introduit des fleurs venues de France. Les tournesols sont des fleurs dont l’existence est déterminée par l’orientation du soleil. Paradoxalement, la fleur la plus ouverte est celle posée sur la table, non nourrie par l’eau du vase.

Par sa composition mi-ordonnée, mi-désordonnée, et par ses couleurs éclatantes, cette nature morte est très spectaculaire.  » Claire DURAND-RUEL SNOLLAERTS (Historienne de l’art)

 » Nature morte à l’Espérance  » Paul GAUGUIN

Villa dans les orangers … Berthe MORISOT

 » Petite par la taille, cette toile n’en est pas moins importante par la qualité et la place qu’elle tient dans l’œuvre de Berthe Morisot. Située sur les hauteurs de Nice, la villa Arnulfi domine la ville et dispose d’un joli point de vue. Ce n’est pas cet aspect qui a retenu l’attention de l’artiste, mais, au contraire, la villa cachée et protégée derrière ses orangers que précède une haie bien dense.

Pour peindre ce paysage, Berthe Morisot, s’est installée dans le terrain voisin qui semble peu entretenu si l’on en juge par l’état du sol et, à gauche, par la souche dont l’ombre allongée montre qu’il s’agit d’une fin de journée. Trois ou quatre orangers seulement portent des fruits qui brillent au soleil. La silhouette italianisante de la villa se dresse au-dessus des orangers : son crépis légèrement rosé et le toit de tuiles forment un contraste de ton et de luminosité avec le vert des arbres fruitiers, et, au-dessus, le bleu du ciel.

La composition est une nouvelle fois assez audacieuse : la villa n’occupe pas plus du huitième de la toile, et, pourtant, c’est vers elle que le regard se tourne ; le jardin, au premier plan, remplit la moitié de la toile, mais il n’est là que pour orienter le regard vers les orangers, puis vers la villa. Le premier plan du jardin un peu plus profond vers la gauche, et la percée au-dessus de la haie laissant voir des communs avant la villa, orientent la perspective vers le haut de la composition et vers la gauche. Au second plan, la villa se trouve légèrement décalée par rapport à cette première perception de l’espace. Dans un paysage au motif italianisant une telle construction ne pouvait que choquer les tenants du classicisme.

Berthe Morisot avait étudié ce motif dans deux aquarelles, l’une de plus loin, sans doute depuis l’entrée de la propriété, l’autre de près. Dans cette dernière, la villa Arnulfi est vue du parc avec quelques arbustes au premier plan qui laissaient voir les trois étages de cette grande demeure qui est tout le sujet.

Eugène Manet choisit cette toile pour la joindre, hors catalogue, à l’envoi de son épouse à la 7e exposition des impressionnistes. Le 2 mars 1882, il écrit à Berthe  » Votre paysage de la ville Arnulfi est charmant. Vous l’avez enlevé. » Comme une grande partie de son envoi, elle est accrochée après l’ouverture de l’exposition, c’est ainsi que nombre de critiques ne peuvent en rendre compte, notamment ceux qui sont favorables car présents le jour du vernissage. La Villa Arnulfi est dans un cadre gris avec des ornements d’or. Une fois l’accrochage complété, Eugène put enfin lui écrire : Édouard, qui est venu ce matin à l’exposition, a trouvé votre envoi un des meilleurs. Malheureusement, il ne lui rapporta pas les commentaires faits devant chaque œuvre.

Il est amusant de constater que l’année suivante, Eugène Manet, alors qu’il séjournait dans le Midi auprès de son frères Gustave malade et qui décèdera quelques mois plus tard à Menton, s’est intéressé à cette maison et a même songé à l’acheter.

Berthe Morisot devait beaucoup aimer cette toile puisqu’elle choisit de l’exposer deux autres fois. D’abord en 1886, à la 8e exposition impressionniste, sous le titre Paysage à Nice. A cette occasion, Maurice Hermel la remarque  » pour une justesse de valeur, une fraîcheur de coloris, une légèreté de touche incomparable. La lumière y voltige, les tons y prennent la transparence de l’aquarelle  » . En 1892, lors de son unique exposition personnelle, chez Boussod et Valadon, le titre est Vue de Nice. Il figurera ensuite à la rétrospective posthume en 1896. Julie, la fille de Berthe, note dans son Journal :  » Villa dans les orangers fait aux environs de Nice la première fois que nous y sommes allés ; au milieu des orangers d’un vert jauni où brillent les pommes d’or, s’élève une villa rose au toit de tuiles qui se détache sur le ciel si bleu, le ciel du Midi, ce magnifique paysage est aussi accroché dans ma chambre« .  »Hugues WILHELM (Historien de l’art, commissaire scientifique d’expositions)

 » Villa dans les orangers à Nice  » 1882 Berthe MORISOT

A la rencontre de : Adélaïde LABILLE-GUIARD …

Adélaide LABILLE
 » Autoportrait avec deux élèves Mademoiselle Gabrielle Capet et Mademoiselle Carreaux de Rosemond  » – 1785 – Adélaïde LABILLEGUIARD

 » Adélaïde Labille est une artiste aujourd’hui peu connue, mais dont la mémoire doit être réhabilitée. Née en 1749 dans la paroisse Saint-Eustache, d’un père marchand en mercerie et  colifichets, elle entre dès 1763 dans l’atelier de François-Elie Vincent, portraitiste, miniaturiste, peintre sur émail, et membre de l’Académie de Saint-Luc. A l’âge de 20 ans, elle épouse Nicolas Guiard, mais l’union ne sera pas heureuse et au bout de dix ans les conjoints se séparent.

Au cours de l’année 1769, Adélaïde commence un second apprentissage dans le domaine de la peinture : elle s’initie au pastel avec le maître du genre, Maurice Quentin de La Tour. Cet artiste, qui passait pour avoir un caractère très difficile, semble avoir apprécié le talent de sa jeune élève puisqu’il va la garder cinq années dans son atelier.

En 1776, elle entame une troisième formation auprès du fils de son premier maître, François-André Vincent qui rentre de Rome. Non seulement cet artiste, prix de Rome et peintre d’histoire, genre alors le mieux considéré, lui apprendra la technique de la peinture à l’huile, mais il sera l’amour de sa vie.

François André VINCENT par Adélaïde LABILLE
 » Portrait de François-André VINCENT  » par Adélaïde LABILLEGUIARD

Adélaïde devient une artiste confirmée, expose dans plusieurs Salons, enseigne à son tour la peinture à des jeunes filles et surtout elle est reçue le 31 mai 1783 à l’Académie Royale de peinture et sculpture.  Ce jour-là, une autre femme faisait son entrée dans la compagnie et sa renommée éclipsera plus tard celle d’Adélaïde : Élisabeth Vigée-Lebrun peintre et épouse de peintre, et surtout portraitiste officielle de la reine Marie-Antoinette, au sort de laquelle elle semble liée pour l’éternité.

Adélaïde obtient pourtant le titre de peintre de Mesdames, à savoir les tantes du roi Louis XVI. Le début de la Révolution ne bouleverse pas trop l’activité de l’artiste qui reçoit encore des commandes. Mais en 1792, elle doit se réfugier à la campagne et surtout l’année suivante, son atelier est victime du règlement sur la destruction des signes extérieurs de la noblesse ;  plusieurs portraits et la Réception faite par le Comte de Provence d’un membre de l’Ordre de Saint-Lazare sont détruits. S’ensuivra alors pour l’artiste une grande phase de dépression.

En 1785, le rétablissement des Académiciens, grâce à la création de l’Institut de France, lui permet de reprendre ses activités. Elle expose à nouveau au Salon, reçoit une pension et un logement de fonction. Ayant pu divorcer de son premier mari en 1793, elle se remariera avec François-André Vincent en 1800. Chacun bénéficiera d’un appartement et d’un atelier dans le palais des Quatre-Nations. Malheureusement les époux ne profiteront guère de leur nouvelle situation car Adélaïde meurt au printemps 1803.

Les tableaux peints par Adélaïde Labille, dont on peut voir plusieurs exemplaires à Versailles, révèlent une portraitiste talentueuse, ayant su capter la psychologie de ses modèles, mais sachant tout aussi habillement rendre la texture, les couleurs, et les ornements des étoffes les plus variées.  » Catherine CARDINAL (Professeur d’Université, spécialiste de l’histoire de la peinture des XVIIe et XVIIIe siècles. Elle a, durant un certain temps, dirigé le Musée International de l’Horlogerie à Chaux-de-Fonds en Suisse, et créé l’Institut l’Homme et le Temps)

AUGUSTIN PAJOU 2
« Portrait d’Augustin Pajou modelant le buste de son professeur Jean-Baptiste Lemoyne  » – 1782 – Adélaïde LABILLEGUIARD
Adélaïde LABILLE portrait de Victoire de France 1788
 » Portrait de Victoire de France  » 1788 – Adélaïde LABILLEGUIARD (Victoire est l’une des filles de Louis XV et Marie LESZCZYNSKA)
« Étude pour Marie-Gabrielle CAPET » Adélaïde LABILLE-GUIARD (Melle Capet fut une peintre française qui a étudié avec Adélaïde Labille)
 » Portrait de Christine Geneviève Bron épouse Mitoire avec ses deux enfants » Adélaïde LABILLE-GUIARD( Christine Geneviève était mariée à Charles Mitoire du Moncel, Commis à la recette générale des finances du Lyonnais)
 » Portrait de Louise Elisabeth de France et son fils  » Adelaïde LABILLE-GUIARD (Louise Elisabeth était l’une des filles de Louis XV et Marie LESZCZYNSKA)

Nu debout, de profil … Pierre BONNARD

 » A l’Académie Julian où il étudie à partir de 1887, en parallèle à ses études de droit, Bonnard se lie d’amitié avec Paul Sérusier, Maurice Denis et Paul Ranson , qui formeront plus tard le groupe des Nabis. Associée à un certain attrait pour le Japonisme, avec ses mises en page audacieuses et son aspect décoratif, l’influence du groupe sur son œuvre se traduit par une expérimentation continuelle et un refus de l’esthétique imitative. Au tournant du XXe siècle, il applique ces principes au nu, genre auquel il accorde désormais une place essentielle, évoquant avec une puissante sensualité le quotidien domestique ou l’intimité amoureuse.

Le modèle qui pose ici est Marthe de Méligny, née Maria Boursin, que Bonnard rencontre à Paris en 18934 et qu’il épouse tardivement en 1925. Principal sujet de sa peinture, il la représentera toute sa vie, saisie dans son environnement quotidien, à sa toilette, préparant le thé, rêvassant devant une nappe à carreaux, ou comme ici s’habillant.

Il y a dans l’œuvre de Bonnard comme une sorte de mécanique du bonheur (mais aussi de la mélancolie) qui se construit autour de sujets simples incarnés ici par la figure de Marthe, plongée dans ses pensées dans un moment d’intimité. Comme souvent dans les nus du peintre, son visage de profil, esquissé, est plongé dans l’obscurité, en opposition à son corps, éclairé par une lumière blanchâtre. Modelant les volumes par un jeu d’ombres et de lumières, et réduisant l’emploi de tonalités à des touches de gris, de blanc et de bronze, Bonnard nous livre une vision intérieure, féérique et vaporeuse où l’ordinaire, saisi à la manière d’un instantané, se pare de couleurs singulières.  » Claire GOODEN (Attachée de conservation au Musée Marmottan-Monet)

« Nu debout, de profil » 1905 env. Pierre BONNARD (Collection Perez SIMON/Mexico City)

Tête de vieillard … Jean-Honoré FRAGONARD

 » Le portrait de cet homme coiffé d’un bonnet fait partie de la série Têtes d’expression à laquelle Fragonard s’est consacré à partir des années soixante du XVIIIe siècle. Sur fond neutre aux tonalités grises, le peintre nous montre un vieillard qui tourne brusquement la tête pour observer quelque chose sur sa gauche, comme s’il l’avait saisi par surprise, à un moment où il ne prenait pas la pose.  L’homme est âgé, mais la peinture nous renvoie l’image d’une personne fière et énergique. Les traits du visage sont tendus dans une allure altière : les yeux vifs et extrêmement réalistes fixent avec détermination un point dans le lointain ; la bouche est courroucée et figée par la concentration. Grâce à un savant usage du clair-obscur et à l’emploi audacieux de touches économes et rapides, le peintre fait ressortir avec efficacité les traits physiques de son personnage : sa barbe blanche, ses vêtements de couleur moirée et son visage marqué par le temps … » Margherita PINI ( Historienne de l’art )

FRAGONARD Tête de vieillard
 » Tête de vieillard  » – 1760/80 – Jean-Honoré FRAGONARD ( Musée Jacquemart-André/Paris)

L’ANGÉLUS …

« L’Angelus » – 1857/59 – Jean-François MILLET –

  » C’est un tableau que j’ai fait en pensant comment, en travaillant autrefois dans les champs, ma grand-mère ne manquait pas en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêter notre besogne, pour dire l’Angelus pour ces pauvres morts, bien pieusement et le chapeau à la main  » disait Jean-François Millet à propos de son tableau L’Angelus. Cette toile minuscule, peinte entre 1857 et 1959, longtemps méconnue, s’inscrit parmi les tableaux les plus chers et les plus célèbres au monde.

La scène se situe dans la plaine de Bière, et, le clocher au loin est celui de Chailly-en-Bière, tout près de Barbizon. Un couple de paysans en prière occupe le premier plan d’une plaine à perte de vue. Au son des cloches de l’angelus, ils ont interrompu leur travail pour se recueillir.

S’inspirant de son enfance paysanne, Millet peint, avec réalisme et délicatesse, la vie quotidienne des campagnes. A l’aube de la révolution industrielle, c’est encore la cloche qui rythme la vie des paysans. Il a exécuté ce tableau en pensant à sa grand-mère. Cette prière se récite trois fois par jour, en général à 6 h, à midi et à 18 H. Ici, les sacs dans la brouette sont remplis de pommes de terre, et la couleur du ciel indique la tombée du jour.

La scène met en exergue la dureté du travail de la terre et de la vie des paysans. L’ensemble se répartit selon une structure simple et équilibrée. On note la dimension monumentale des deux personnages par rapport au paysage. Leur présence est renforcée par leur emplacement précis, chacun dans l’alignement vertical des deux lignes de force du tableau, séparant la scène en trois parties égales.

Le tableau, lumineux, met en relief les attitudes, tandis que la tête penchée des paysans laisse les visages dans l’ombre. C’est une vision idéalisée du monde rural, qui même sentiment de recueillement et dimension universelle.

De sa création jusqu’en 1881, le tableau changera maintes fois de propriétaire. Jusque-là méconnue, l’œuvre est mise en vente aux enchères en 1889, convoitée par un acquéreur américain. L’État français enchérit alors pour 553.000 francs. L’Angélus devient alors une œuvre nationale et l’opinion s’enflamme. Les députés proposent une souscription nationale mais la droite royaliste s’y oppose, y voyant un écho à la lutte des classes. Les Américains l’emportent. Finalement, Ce tableau sera légué à l’État français , en 1909, par son dernier propriétaire, à savoir l’homme d’affaires français Alfred CHAUCHARD. Il sera placé, dans un premier temps, au musée du Louvre, puis en 1986 au musée d’Orsay.

A partir de 1889, l’Angélus entre dans l’imagerie populaire. Il est reproduit à l’infini (vaisselle, paquets de sucre, boites de chocolat, cahiers d’écolier etc etc …). Salvador Dali, fasciné par l’œuvre, écrit Le mythe tragique de l’Angelus de Millet, convaincu que le panier au sol est à l’origine un cercueil d’enfant. Il en découlera deux toiles de l’artiste catalan : L’Angélus architectonique de Millet et Réminiscence archéologique de l’Angélus de Millet.

 » L’Angélus architectonique de Millet  » 1933 -Salvador DALI (Musée Reine Sofia/Madrid)
 » Réminiscence archéologique de l’Angélus de Millet  » 1935 Salvador DALI (Salvador Dali Museum de St-Petersburg /Floride)

L’Angélus a aussi influencé le cinéma américain notamment Les moissons du ciel de Terence Malick, lents travellings, tons ocre et effets de contre-jour, ou encore Interstellar de Christopher Nolan. Par ailleurs, la bande dessinée Secrets, l’Angelus de Giroud et Homs base son scénario sur la découverte du tableau au Musée d’Orsay. Quant au manga Les gouttes de Dieu , d’Agi et Okimoto, on y compare un cru Mouton-Rotschild à L’Angelus, et de jeunes œnologues plongent au cœur du tableau.  » Sophie MARTINEAUD(Journaliste et auteure française)

Les tricheurs …

« Les Tricheurs  » 1614 env. Valentin DE BOULOGNE

 » Éxécuté précocement vers le milieu des années 1610, le tableau de la Gemäldegalerie de Dresde, qui fut rend au peintre français en 1906, après avoir été longtemps donné au Caravage lui-même, est l’une des plus anciennes œuvres de Valentin à nous être parvenue. La filiale directe avec Les Tricheurs » du maître italien , dont l’exemple de Manfredi à Dirck Van Baburen, nourrit maintes scènes de tripots resserrées sur un petit nombre de personnages cadrés de près, apparaît évidente.

Dans les deux cas, un trio d’hommes : le tricheur tirant les bonnes cartes de l’arrière de son habit , le complice qui révèle à ce dernier le jeu de son adversaire, et, enfin, la dupe. Dans les deux cas, l’ingénuité confinant à l’inconscience du pigeon face à la duplicité de la crapule à l’affût et aux mimiques théâtrales, bouffonnes du comparse, personnage presque entièrement burlesque chez l’Italien, déjà plus inquiétant chez le Français qui dépeint, la main sur la garde d’une épée considérable, un spadassin, l’un de ces bravi, qui, dans les villes d’Italies, faisaient alors passer de vie à trépas pour une somme d’argent modique.

On devine que ce dernier passera, en cas de besoin, sans s’émouvoir, de la triche à l’assassinat. Les deux œuvres se distinguent, en revanche, par leur ambiance lumineuse. La scène diurne du Caravage laisse place au ténébrisme expressif qu’affectionnèrent ses émules Italiens ou Forestieri . D’emblée, Valentin affirme sa personnalité : mélancolie sourde et fiévreuse des visages, amertume et obscure tristesse ainsi que le révélèrent Brejon de Lavergnée et Cuzin lors de leur exposition fondatrice sur les caravagesques français. » Alexis MERLE DU BOURG (Écrivain français, Historien de l’art)

 » Les tricheurs  » – 1595 LE CARAVAGE

SAYPE & le Land-art …

 » Mes œuvres s’offrent telles des allégories. Lorsqu’une idée se précise, j’organise des shootings, puis je réalise des croquis au fusain directement sur les clichés pour fondre ma création dans le décor. Je vise la meilleure interaction entre la peinture et le paysage.  » Guillaume LEGROS dit SAYPE

Guillaume LEGROS dit SAYPE

Guillaume Legros dit Saype est un artiste graffeur urbain qui a acquis une grande notoriété, un pionnier d’un art nouveau : le Land-art, un homme préoccupé par l’environnement et l’humain, un passionné qui voyage beaucoup, qui trouve sa source d’inspiration dans la nature, notamment dans les montagnes du pays où il vit depuis 2011, la Suisse.

Une vingtaine de pays ont déjà répondu favorablement et sont devenus une sorte de musée extérieur pour recevoir une de ses fresques. Il a de nombreuses commandes pour au moins les trois prochaines années, et il a été désigné, en 2019, par le Magazine Forbes comme l’une des personnalités la plus influente dans le domaine de la culture et de l’art.

Son originalité : des œuvres réalisées avec une peinture entièrement biodégradable qu’il a mis au point en 2013 à partir de la caséine (protéine de lait). Il utilise aussi la craie et le charbon. Sa toile : l’herbe, la terre, le sable, voire même la neige aussi. Ce sont des tableaux à ciel ouvert, qui évoluent selon le bon vouloir de la météo et de la nature, comme par exemple la repousse de l’herbe. La majeure partie de son travail est financé par la vente des photos de ses fresques picturales monumentales, éphémères.

 » J’ai inventé ma propre peinture. Totalement biodégradable, elle a nécessité une année de recherche, car l’herbe est un support très particulier. Par souci écologique, je n’utilise que du noir et du blanc. Pour faire simple, c’est de l’eau, de la craie et du charbon. Il y a d’ailleurs un petit côté chimiste dans ma démarche. Je fais contrôler ces produits et analyser le sol, avant et après mon intervention. Au final, mon impact sur le paysage équivaut au passage d’un troupeau de moutons  » SAYNE

Il est né en 1989 à Belfort, non loin de la frontière avec la Suisse. Enfance modeste, scolarité brillante, et un intérêt pour le Street-art , ce que ses parents ne cautionnent pas vraiment car n’y voyant aucun intérêt. Pour leur faire plaisir, il entreprend des études d’infirmier, obtient son diplôme et travaillera dans cette branche durant six ans.

Infirmier le jour, peintre la nuit. Le premier lui permet d’acheter des toiles. Il va apprendre le second en autodidacte. A partir de là, il vivra de façon assez effrénée. Ne souhaitant surtout pas négliger son engagement envers les malades, il préfèrera abandonner pour ne se consacrer qu’à sa passion de cet art qu’il met au point, pour lequel il a fait de nombreuses recherches et qu’il cherche sans cesse à approfondir.

En 2019 nait Beyond the Walls : se rendre dans le monde entier avec une œuvre représentant des mains qui se tiennent de façon solidaire et forte et qui traduisent le vivre ensemble. Un projet de grande ampleur. Pas facile d’obtenir toutes les autorisations, mais il a pu commencer et le premier maillon de la chaine a été Paris et la Tour Eiffel. Viendront : New York, Berlin, Miami, Venise, Le Bénin, Dubaï, Genève, Istanbul et tant d’autres.  » Je ne me suis pas rendu compte du chantier que cela allait être, mais c’est cool ! Si tu réfléchis trop, tu ne le fais pas  »

Beyond the Walls / Paris
Beyond the Walls / Venise
Beyond the Walls / Le Bénin
Berlin/Allemagne
Genève/Suisse