Jeune fille assise, vue de dos … DALI

 » Ce tableau, tout comme la Jeune fille à sa fenêtre, représente Anna Maria la sœur de Dali. Cette fois, elle est assiste de trois quarts, détendue, contemplant les murs de Cadaquès baignant dans une atmosphère immobile, où le temps semble suspendu, et où l’on peut lire l’influence des expériences cubistes de Picasso.

L’œuvre révèle aussi l’attachement de Dali aux maîtres du passé, comme en témoigne une certaine ressemblance avec la Baigneuse Valpinçon d’Ingres. La netteté et la volumétrie presque tangible de cette peinture sont dues également à sa sympathie pour les thèses de la revue de Mario Broglio Valori Pastici, ainsi qu’à son refus du langage expérimental et révolutionnaire avant-gardiste.

La perspective de la chaise n’est pas tout à fait cohérente avec celle du buste de la jeune fille, ni avec sa position par rapport au paysage, mais l’ensemble s’accorde grâce à l’harmonie chromatique basée sur les tons du blanc, beige et marron, entre le premier et le deuxième plan. » Angela SANNA (Historienne de l’art, italienne)

Portrait. Jeune fille assise | Fundació Gala - Salvador Dalí
 » Jeune fille assise, vue de dos  » – 1925 – Salvador DALI ( Musée Reine Sofia à Madrid )

L’éternel printemps …

 » La position instable des personnages, intimement soudés dans leur baiser, est frappante : l’homme, une jambe devant l’autre et le bras gauche tendu pour trouver un appui, se penche pour embrasser sa bien-aimée qu’il soutient de son bras droit. La femme agenouillée cherche de la main la tête de son compagnon de sorte que son corps décrive un arc.

La surface du marbre, rugueuse sur le socle, devient lisse et polie sur les corps, apportant aux chairs douceur et reflets. Dans la description du baiser, la force de l’attraction se traduit par la continuité de la surface, tant et si bien que les deux visages paraissent ne faire qu’un.

Cette sculpture, en raison de son thème ouvertement érotique et de son interprétation facile, fut particulièrement appréciée par les contemporains de Rodin, si bien que l’artiste la reproduisit dans divers matériaux et formats. » Ilaria PRINCIPE(Historienne de l’art, italienne)

Скулптура на Роден продадена за рекордни 20,4 милиони долари
 » L’Éternel printemps  » 1884 Auguste RODIN ( Version appartenant au Musée des Beaux-Arts de Budapest )

Le Père Tanguy …

 »  » Emmitouflé dans son épaisse veste bleue et coiffé d’un chapeau de paille, Julien-François Tanguy sourit placidement, comme un bouddha. Derrière lui, les crépons japonais forment un jeu de couleurs éclatantes et des lignes dynamiques. Que le chapeau du père Tanguy soutienne à lui tout seul le Fuji-Yama amuse beaucoup Van Gogh et son modèle.

Tanguy, l’ancien broyeur de pigments, établi comme marchand de couleurs depuis 1867 dans une boutique de la rue Clauzel, se demande bien pourquoi Van Gogh se plaît à le faire poser si souvent. Pourtant les modèles ne manquent pas ! Et Madame Tanguy trouve que c’est une pure perte de temps quand on a un commerce à faire tourner.

Quant au peintre, il a de l’affection pour cette ancien Communard qui n’hésite pas à déclarer d’un ton bourru :  » Un homme qui vit avec plus de cinquante centimes par jour, c’est une canaille« . Il est trapu, le cheveu ras, les sourcils épais et la barbe grisonnante.Il ne fait pas de mystère de son amour pour la peinture impressionniste qu’il défend farouchement en l’exposant dans la vitrine de son échoppe et échange parfois avec ses peintres : Pissarro, Guillaumin, Renoir, Sisley, Signac ou Toulouse-Laurec, des tableaux contre la fourniture de toiles et de couleurs.

Depuis quelques années, sa boutique est le seul endroit à Paris où l’on peut contempler des œuvres de Cézanne, Gauguin ou Van Gogh. N’est-ce-pas là que Renoir a amené le collectionneur Victor Chocquet pour qu’il puisse y voir des Cézanne. C’est là aussi qu’Ambroise Vollard a découvert le tableau du peintre d’Aix dont il voulait devenir le marchand.

Le père Tanguy appréciait grandement la compagnie des artistes qu’il accueillait dans son modeste commerce devenu un lieu de rencontres et de discussions passionnées d’une jeune génération de peintres : les Nabis (Maurice Denis, Édouard Vuillard, Paul Sérusier) mais aussi les réguliers comme Toulouse-Lautrec ou Louis Anquetin.

Van Gogh, quant à lui, a commencé à fréquenter le marchand et à nouer une solide amitié avec lui, quand il logeait chez son frère Théo, rue Laval, non loin de la boutique. Van Gogh disait, comme s’il s’agissait d’une ambition  » Si j’arrive à vivre vieux, je serais comme le Père Tanguy ! «  . Dans son portrait, il voulait montrer la bienveillance et l’altruisme de ce bonhomme . Avec ses  yeux bleus, à la fois sombres et rayonnants qui regardent tendrement les tableaux, le Père Tanguy ne peut avoir été un  » pétroleur enragé « . C’est ce que pensait Van Gogh. En tous les cas, les seules couleurs peuvent désormais l’enflammer,comme elles éclairaient sa misérable condition, comme elles illuminaient sa vitrine.

Portrait du père Tanguy (V van Gogh - F 363/JH 1351) | Flickr
Portrait du Père TANGUY – Vincent VAN GOGH  1887/1888   » Van Gogh a fait un admirable portrait du père Tanguy.  Sa boutique était tout à fait minuscule et sa vitrine si petite qu’on ne pouvait y montrer qu’un tableau à la fois. C’est là que nous avons commencé, chacun de nous, à exposer nos toiles. Le lundi, Sisley, le mardi, Renoir, le mercredi, Pissarro, moi le jeudi, le vendredi, Bazille, et le samedi Jongkind. C’est donc ainsi que chacun à son tour nous passions une journée dans la boutique du père Tanguy. Un jeudi, je bavardais avec lui sur le pas de sa porte, quand il me désigna du doigt un vieux petit monsieur, portant collier de barbe blanche, important, chapeau haut de forme, qui descendait à petits pas la rue. C’était Daumier, que je n’avais jamais vu. Je l’admirais passionnément et mon cœur battait fort à la pensée qu’il allait peut-être s’arrêter devant ma toile. Prudemment, nous rentrâmes dans la boutique, Tanguy et moi, et, au travers des rideaux de lustrine que j’écartai un peu, je guettai le grand homme. Il s’arrêta, considéra ma toile, fit la moue, haussa l’une de ses épaules et s’en alla.  » Claude MONET

Il était devenu une sorte de sage très révolté dans sa sagesse et pondéré dans sa révolte  » disait Émile Bernard.

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Portrait du Père Tanguy – Émile BERNARD 1887 –  »  L’école de Pont-Aven est née dans la boutique du père Tanguy .Pendant des années, on allait chez Tanguy comme au musée pour voir les quelques études de l’artiste inconnu Paul Cézanne. Il était alors une des rares personnes à croire en son talent. Les membres de l’Institut, les critiques influents et les critiques réformateurs visitaient ce modeste magasin, devenu à son insu la fable de Paris et la conversation des ateliers ». Emile BERNARD

Van Gogh veut faire du père Tanguy une sorte d’icône car il sait qu’il faut rendre hommage à celui qui, dans les fièvres mercantiles agitant le marché de l’art, croit en la peinture moderne avec ingéniosité et désintéressement. Du père Tanguy, Mirbeau dira dans son éloge funèbre de l’Écho de Paris en 1894 :  » l’histoire de son humble et honnête vie est inséparable de l’histoire du groupe impressionniste, lequel a donné ses plus beaux peintres, les plus admirables artistes de l’art contemporain et, lorsque cette histoire se fera, le père Tanguy y aura sa place. » Octave Mirbeau organisera une vente pour permettre à Madame Tanguy de vivre chichement à l’abri du besoin. Vollard y acheta des Cézanne à moins de cent francs …. et les revendra à dix mille !  » Thomas SCHLESSER et Bertrand TILLIER  ( Tous deux Historiens de l’art, français )

Tournesols …Van GOGH

» Je suis en train de peindre avec l’entrain d’un Marseillais mangeant de la bouillabaisse ce qui ne t’étonnera pas lorsqu’il s’agit de peindre des grands tournesols. J’ai trois toiles en train : 1) trois grosses fleurs dans un vase vert, fond clair (toile de 15) ;  2)  trois fleurs, une fleur en semence et effeuillée et un bouton sur fond bleu de roi (toile de 25), 3) douze fleurs & boutons dans un vase jaune (toile de 30). Le dernier est donc clair sur clair et sera le meilleur j’espère. Je ne m’arrêterai probablement pas là. Dans l’espoir de vivre dans un atelier à nous avec Gauguin, je voudrais faire une décoration pour l’atelier. Rien que des grands tournesols.A côté de ton magasin, dans le restaurant, tu sais bien qu’il y a une si belle décoration de fleurs là, je me rappelle toujours le grand tournesol dans la vitrine. Enfin si j’exécute ce plan il y aura une douzaine de panneaux. Le tout sera une symphonie en bleu et jaune donc. J’y travaille tous ces matins à partir du lever du soleil. Car les fleurs se fanent vite et il s’agit de faire l’ensemble d’un trait….  » Vincent VAN GOGH ( Peintre et dessinateur Néerlandais – Extrait d’une lettre à son frère Théo en Août 1888 )

A TOURNESOLS 1888
 » Les tournesols  » 1888 – Vincent VAN GOGH

 

Les fleurs … Pierre Auguste RENOIR

 » Sous Louis XIV je n’aurais pu peindre que des sujets sur commande, tandis que je suis libre de peindre des fleurs et de les appeler simplement  » fleurs  » sans littérature. » Auguste RENOIR (Peintre français)

RENOIR 1866 Bouquet printanier
 » Bouquet printanier  » Pierre Auguste RENOIR
RENOIR Roses 1879
 » Bouquet de roses  » Pierre Auguste RENOIR
RENOIR Fleurs dans un vase
 » Fleurs dans un vase  » Pierre Auguste RENOIR

 

 

Portrait d’André LE NÔTRE … Jardinier du roi

André Le Nôtre
 » Portrait d’André Le Nôtre  » 1679 – Carlo MARATTA (Collections du château de Versailles)

 » Ce portrait est esquissé lors d’un voyage d’André Le Nôtre en Italie au cours de l’été 1679. Le jardinier du roi est désigné par le Contrôleur général des finances Jean-Baptiste Colbert pour une mission d’observation au sein de l’Académie de France à Rome. Il doit s’informer de l’état d’avancement d’œuvres commandées par le roi, comme la statue équestre de Louis XIV, exécutée par Le Bernin. Au début du mois d’août, une lettre de Colbert évoque le peintre Carlo Maratta que le Nôtre rencontre quelques jours plus tard par l’intermédiaire de Charles Errard, directeur de l’Académie de France. C’est probablement à cette occasion que le jardinier commande son portrait au maître italien.

Carlo MARATTA
Carlo MARATTA (Auto-portrait))

Protégé par des grands mécènes, Maratta est l’artiste en vue de Rome. Il esquisse ce portrait avant le départ de Le Nôtre à la fin du mois d’août 1679. Le tableau est achevé et expédié plus tard avec d’autres commandes émanant du roi de France comme la scène Apollon et Daphné qui est exposée dans la salle à manger de sa maison du quartier du Tuileries avec d’autres peintures de famille.

A la mort de Le Nôtre en 1700; son épouse Françoise Langlois en hérite et la lègue à sa filleule Françoise-Andrée Bombes et son époux Armand-Claude Mollet. L’œuvre sera transmise d’héritiers en héritiers. Au cours du XVIIIe siècle, le portrait sera restauré par Robert Picault,  avant son acquisition par le musée du Louvre en 1822 par un certain Lespinasse de Langeac. Il va circuler au sein de la Maison royale de Saint-Denis, du château de Compiègne et intégrera finalement les collections les collections du château de Versailles après 1837.

Robert PICAULT restaurateur de tableaux

La figure du serviteur royal couvre l’essentiel de la toile. Né dans une famille de jardiniers du roi, Le Nôtre est alors âgé de 66 ans. Il est représenté à mi-corps, avec un profil de trois quarts, le regard tourné vers la droite. Il arbore une large perruque et un costume en satin noir. Ce dernier est rehaussé au col et aux manches par une fine dentelle, avec également le cordon de l’ordre royal de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, dont il est fait chevalier en août 1681. Il tient dans sa main droite un rouleau de papier qui rappelle que l’exercice de son art des jardins passe par la conception de multiples projets portés sur des plans. Sa main gauche, ouverte, suggère quant à elle la présentation d’une réalisation.

 

Une colonne apparaît au second plan à droite, tandis qu’à l’opposé, un paysage boisé et verdoyant rappelle le domaine d’intervention privilégié de Le Nôtre : les jardins. Toutefois, le sens de son action qui consiste à « domestiquer » la nature autour de motifs géométriques caractéristiques des jardins à la française cède ici la place à une scène à l’apparence désordonnée. Le peintre italien et ses collaborateurs manquèrent probablement d’informations pour relier davantage le sujet à son objet. Jardinier du roi depuis 1637, sa réputation n’est pourtant plus à faire. Il multiplie les projets ambitieux et novateurs qui font de lui un artiste renommé en France et en Europe, comme les jardins emblématiques de Vaux-le-Vicomte, Fontainebleau ou Versailles  » Stéphane BLOND (Maître de conférences à l’Université de Evry Val d’Essonne)

Angela-Mia De LA VEGA …

 » Ce qui donne aux artistes l’espoir, c’est de savoir que nous pourrons continuer de partager ce qui est créé par notre esprit, nos mains et notre cœurs. Pour chacune de mes sculptures, je fais souvent appel à ma mémoire, à savoir que je travaille toujours avec la vision d’un modèle, un modèle rayonnant de lumière et d’esprit. Je travaille à un rythme effréné pour m’assurer que rien n’échappe à ma compréhension de ce que je vois. Au fur et à mesure que la sculpture se développe, je ralentis et me concentre sur les détails bien caractéristiques du sujet. Après je passe des heures à étudier les autres ajouts tels que les vêtements, les objets. En signant mes œuvres lorsqu’elles sont achevées, j’ai du mal à résister au frisson de la création. J’ai le sentiment très fort que rien n’est finalisé, que tout continue à se développer et grandir dans ma tête. En raison de la passion qui habite mes sculptures, j’espère que mon travail transmette toutes ces émotions à celles et ceux qui contemplent mon travail. » Angela-Mia De LA VEGA (Sculptrice américaine)

ANGELA MIA DE LA VEGA
Angela De LA VEGA

Angela De La Vega est née en Pennsylvanie. Passionnée de dessin et de sculpture depuis sa tendre enfance. C’est une artiste qui vit au Texas, réputée et très recherchée pour son travail .

Après avoir obtenu un diplôme à l’Université Clarion de sa région natale, elle est partie poursuivre son cursus universitaire  à Madrid. En 1999, de retour dans son pays,  elle a monté son entreprise (Angela Mia De La Vega studios, Inc) et a commencé à développer son travail de sculpteur  auprès de très nombreuses galeries américaines, ce qui a eu pour avantage de lui apporter un grand nombre de commandes, notamment  de collectionneurs particuliers.

Elle a reçu de nombreuses récompenses et ses œuvres sont installées non seulement en intérieur dans des galeries, musées, universités, mais aussi en extérieur (bronze) dans des parcs ou places de différentes villes des Etats-Unis, en Inde, à Dubaï, au Japon,en Europe.

Ce sont des pièces très expressives, figuratives, qui semblent vivantes,  inspirées en grande partie par le monde des enfants, et en particulier les siens. C’est une artiste qui n’a pas craint de rester fidèle à elle-même, honnête avec son art, mais surtout à ce qu’elle avait envie d’exprimer dans son travail, et même si cela a pu (ou peut encore) paraître un peu puéril aux yeux de certains. Il y a beaucoup de douceur, de tendresse, de fraîcheur.

Tiny Dancer - By Angela De la Vega - JCM ArtCAN | JCM ArtCAN ...

ANGELA Lift her with butterflies 2

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ANGELA Joyfull au Museum on main

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La liberté guidant le peuple …

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 » La liberté guidant le peuple  » – Eugène DELACROIX – 1830 / Musée du Louvre à Paris
Eugène Delacroix par Nadar
Eugène DELACROIX ( photo NADAR )

 » Cette femme levant le bras, le visage de profil, est une icône connue dans le monde entier. Qui ne l’a jamais vue quelque part ? Sur un billet de cent francs, un timbre, une couverture de magazine, une boîte de chocolats, un livre d’histoire, sous forme de caricature, de publicité, d’affiche. Elle représente, de toute évidence, et pour tous, Marianne, l’incarnation de la République française.

Il y a là un des plus grands malentendus de l’histoire de l’art ! Car cette femme provient d’un tableau à une époque où la France n’était pas une république mais un royaume, par un homme résolument antirépublicain, sceptique face à la démocratie. Tel était, en effet, Eugène Delacroix. Un vrai dandy parisien, horrifié par tout ce qui pouvait être vulgaire ou populaire. Comment a-t-on pu en arriver à un tel contresens ? Sans doute parce qu’à force de trop avoir vu ce tableau, le public ne prend plus la peine de le regarder tente d’expliquer Côme Fabre qui fut l’un des commissaires de l’exposition Delacroix au musée du Louvre.

Au premier coup d’œil tout à l’air simple : c’est une image de la République triomphante, drapeau tricolore, bonne phrygien. Pourtant, ce tableau fait référence à un événement précis, datable au jour près. Tout le monde en le voyant pense à la Révolution française, celle de 1789, avec en haut le peuple vainqueur, en bas les soldats du roi, un Suisse et un cuirassier terrassé ….

Mais si l’on y regarde de plus près, on constate que cette foule est celle d’une autre époque : l’ouvrier manufacturier au béret, pantalon à bretelles et tablier, et le travailleur à la journée en blouse bleue appartiennent tous deux à l’ère industrielle. L’homme en redingote, cravate et chapeau haut de forme, peut-être journaliste ou chef d’atelier, est vêtu à la mode des années 1820/1839. Derrière lui on aperçoit un élève de Polytechnique, une école qui a été créée en 1794. Juste aux côtés de la femme au centre, un gamin de Paris, en gilet et béret inspirera à Victor Hugo le personnage de Gavroche dans les Misérables, dont l’action se déroule au début des années 1830. A l’arrière, au-delà du panache de fumée, on distingue un bataillon d’infanterie attaqué par les coups de feu qui partent des fenêtres. Et enfin, ce drapeau au sommet des tours de Notre-Dame est le signe d’une journée bien particulière : nous sommes le 28 juillet 1830 sur une barricade. Un jour historique, mais que l’on a bel et bien oublié dans les soubresauts du XIXe siècle.

Vingt-cinq ans après la Révolution française, la Restauration a vu la monarchie rétablie en la personne de Louis XVIII puis de Charles X, les deux frères de Louis XVI.

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Défenseur acharné de l’Église et de la tradition monarchique, Charles X règne depuis six ans lorsque le 26 juillet 1830, il fait l’erreur de suspendre la liberté de la presse. Les réactions ne se font pas attendre. Mené par les polytechniciens, le peuple de Paris construit des barricades et se révolte durant les trois journées surnommées les Trois Glorieuses. Il s’agit bien d’une révolution. Devant l’émeute, Charles X doit quitter la France. Louis Philippe d’Orléans prend le pouvoir et instaure la monarchie de Juillet.

COMBAT DEVANT LE LOUVRE
Combat devant le Louvre
combat et barricade rue St Antoine en Juillet 1830
Combat et barricade rue Saint Antoine en Juillet 1830
Louis Philippe Ier d'Orléans
Louis Philippe d’Orléans

Ce n’est finalement que dix-huit ans plus tard qu’adviendra le changement de régime et que s’installera brièvement la IIe République. Voilà sans doute pourquoi 1830, cette révolution ratée, a si vite été oubliée. Comment le tableau de Delacroix a t-il dès lors fini par devenir plus célèbre encore que l’événement qu’il représente ? 

S’il n’a pas lui-même participé à cette révolution, Delacroix a accepté de la glorifier. Un virage dans son art, puisqu’il se concentre désormais sur la peinture historique. J’ai entrepris un sujet moderne, une barricade, et si je n’ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrai-je pour elle, écrivait-il en octobre 1830 à son frère.

Il est loin d’être le seul à peindre cet événement. Au Salon des artistes en 1831, les peintres se précipitent sur ce sujet d’actualité. De manière générale ce qui  les intéresse c’est de montrer le spectacle pittoresque d’une bataille en plein Paris. Ils utilisent des procédés classiques de la peinture de batailles : multipliant donc les vues panoramiques avec des personnages très petits.

Delacroix détonne en faisant exactement l’inverse et en révolutionnant ces procédés : on ne sait pas dans quel quartier de Paris nous sommes, ni à quel moment de l’action. Impossible de le deviner car l’essentiel du spectacle est concentré sur ces figures aussi grandes que le spectateur. La logique du combat n’est pas claire. C’est vers nous que sont tournés les insurgés alors que l’on distingue les troupes royales à l’arrière-plan. Enfin, à la place réservée au chef, Delacroix peint une femme.

LA LIBERTE FEMME

Tout indique qu’elle joue un rôle clé- Placée au sommet d’une pyramide de corps, au point d’une rencontre de lignes obliges, elle attire notre regard et celui des hommes qu’elle domine. Pourquoi est-elle à moitié nue au milieu des coups de feu ? En réalité Delacroix signifie qu’elle n’est pas un être comme les autres et qu’elle relève d’un autre monde. Son buste, ses pieds nus, le drapé aérien de sa tunique simple, sont directement empruntés aux déesses grecques antiques comme la Vénus de Milo.

VENUS DE MILO
Vénus de MILO

Bien qu’elle marche droit vers nous, son visage tourné vers la droite, se découpe en profil grec comme une médaille. Derrière sa tête, le nuage de fumée fait l’effet d’un auréole divine. Son bras passe devant la bande blanche du drapeau pour mieux s’y dessiner. Elle porte un bonnet phrygien, l’un des symboles de la République française et l’un des attributs de Marianne, mais aussi le symbole de l’émancipation du peuple.

Mais qui est donc cette femme ? Le titre du tableau nous renseigne. Cette femme n’a jamais existé. Elle n’a ni nom, ni histoire personnelle. C’est la Liberté. Elle incarne donc une idée abstraite, une allégorie ( procédé utilisé quatre ans plus tôt par Delacroix dans La Grèce sur les ruines de Missolonghi).

DELACROIX La Grèce sur les ruines de Missolonghi
 » La Grèce sur les ruines de Missolonghi  » – Eugène DELACROIX

Plutôt que de décrire les différents détails de la bataille, le peintre a ainsi illustré l’idée abstraite et positive qui a guidé le mouvement. L’emploi de cette allégorie aurait dû satisfaire pleinement le public du XIXe siècle. Or c’est l’inverse qui se produisit. La Liberté guidant le peuple est accablée d’injures :  » Dieu qu’elle est sale !  » «  dévergondée  »  » c’est la plus ignoble courtisane des plus sales rues de Paris  »  » de la canaille  » … Le procès est lancé.  Il est vrai que cette femme est un  » bizarre mélange de Phryné, de poissarde et de déesse de la liberté  » : les seins à l’air, rouge de sueur, bronzée par le soleil de Juillet, pas très gracieuse, avec une musculature masculine . Tout l’opposé des allégories de la liberté qui trônent en majesté depuis la Révolution française : belles, sereines ou célestes.

Exactement l’inverse de celle de Delacroix : chauvine, crasseuse, débraillée, dangereuse, placée au cœur d’une scène où la violence est omniprésente avec des détails macabres : on y voit la populace, masse dangereuse, guidée par une furie armée. Quelle que soit son interprétation, la toile a toujours suscité l’embarras des gouvernements et n’aura cssé d’apparaître ou disparaître des cimaises.

Achetée trois milles francs par le nouveau roi et exposée plusieurs mois au musée du Luxembourg, elle sera finalement retirée par la censure royale pour être placée dans les réserves. En 1839, elle sera même rendue à Delacroix. A la chute du régime en 1848, le tableau réapparaît. Après le coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte en 1851, le tableau est à nouveau replacé dans les réserves. Il resurgit en 1855 à l’occasion de l’Exposition universelle. Dans les années 1860, la toile est à nouveau visible au musée du Luxembourg, puis en 1874, un peu plus de dix ans après la mort de Delacroix, elle est transférée au Louvre où elle trône désormais parmi quelques autres chefs-d’œuvre de l’artiste comme le symbole grandiose ( 2,60mX3,25m) de l’élan romantique et révolutionnaire.  » Marie-Laure CASTELNAU ( Journaliste française – Ex-rédactrice en chef adjointe au Figaro histoire, Figaro Hors-série, la Gazette Drouot, spécialiste en art, patrimoine, architecture.)

 

Tim Noble & Sue Webster … L’art des déchets

« Il peut y avoir quelque chose d’incrédule dans ce travail. Comment quelque chose de beau peut-il provenir de quelque chose d’aussi laid ? A partir de déchets, nous faisons de l’art. Chaque partie est une sculpture à part entière. Il y a beaucoup d’implication émotionnelle dans les travaux d’ombre et aussi un stress intense. Nous travaillons avec nos mains, ce qui à l’époque où nous avons commencé, allait complètement à l’encontre du travail des artistes londoniens et du monde de l’art britannique du YBA, un groupe d’artistes centrés à Londres. Nous n’avions pas beaucoup d’argent, et c’est ainsi que nous avons commencé à faire des assemblages de détritus dans notre studio »  Sue WEBSTER et Tim NOBLE

Le philosophe grec Héraclite d’Éphèse a dit un jour « le plus bel arrangement est semblable à un tas d’ordures rassemblées au hasard « . C’est une citation qui pourrait convenir à ce couple d’artistes très originaux  que j’ai eu envie de vous présenter.

NOBLE ET WEBSTER Photo

On dit d’eux qu’ils sont les enfants terribles de l’art : Timothy Noble et Susan Webster. Nés en Angleterre, lui en 1962 et elle en 1967, artistes  dans la provocation, dont le travail entre contemporain et sculpture punk, dans lequel l’abstrait rejoint le figuratif,  est fort apprécié   : à savoir recycler et transformer  des déchets et autres objets de récupération en œuvres d’art, mais en même temps, tenter de faire passer un message : arriver à une société zéro-déchet en donnant un sens à des choses abstraites .

Ils sont, tous deux, tellement obnubilés par la consommation de masse, qu’ils ont décidé d’utiliser toutes sortes de détritus de la vie courante , issus de nos poubelles ou trouvés sur le bord des routes , pour justement la dénoncer, voire même la  critiquer , et arriver à la création d’œuvres d’art nouvelles , des sculptures complexes en jeux d’ombres chinoises  . Premier succès en 1997 avec :

NOBLE ET WEBSTER Miss Understood et Mr Meanor 1997
 » Miss Undestood et Mr Meanor « 

C’est vrai qu’en regardant leurs œuvres on peut éprouver une sorte d’incompréhension, voire, diront certains, de répulsion. On aime ou on n’aime pas , mais aussi étrange que ce soit, c’est assez  surprenant d’arriver à ce résultat avec un tas d’immondices rassemblées sous formes de sculptures, lesquelles sont exposées à une lumière vive dans une pièce sombre et projettent sur les murs des silhouettes étonnantes auxquelles on ne s’attend pas . Il fallait quand même avoir de l’imagination .

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Tim NOBLE & Sue WEBSTER

Ils se sont rencontrés à la Nottingham Polytechnic Fine Arts School en 1986 d’où ils ressortiront diplômés. Ils travaillent et vivent à Londres. Leur première exposition solo a eu lieu là-bas en 1996 . Elle a eu un énorme succès, ce qui leur a amené une reconnaissance internationale. D’autres manifestations ont suivi par la suite un peu partout dans le monde.

Certaines de leurs œuvres font même partie de collections permanentes dans des galeries, collections, et musées réputées, comme par exemple  Musée Solomon R.Guggenheim à New York,  Musée d’Art contemporain à Los Angeles, Musée d’Art Contemporain à Denver, la Collection Saatchi à Londres, la Collection François Pinault/France, Musée d’Art moderne à Copenhague, la Collection Michael Goss à Dallas, British Museum de Londres,  et bien d’autres …

Ils ont reçu le prix Arken de Copenhague en 2007 pour l’ensemble de leur art et l’impact que celui-ci peut avoir sur les jeunes générations d’artistes.

NOBLE ET WEBSTER 1
Tim NOBLE & Sue WEBSTER
NOBLE ET WEBSTER 3
Tim NOBLE & Sue WEBSTER
NOBLE ET WEBSTER 4
Tim NOBLE & Sue WEBSTER
NOBLE ET WESTER 5
Tim NOBLE et Sue WEBSTER

 

Le linge …

» Sur fond de verdure et d’atmosphère bleuissante qui borne un jardin parisien, une dame en bleu lave, par jeu, ce qui de son linge ne sèche pas encore dans l’air transparent et tiède. Une enfant émerge des fleurs et regarde la lessive maternelle. Le corps de la jeune femme est entièrement baigné et comme absorbé par la lumière qui ne laisse d’elle qu’un aspect à la fois solide et vaporeux, ainsi que le veut le plein air à qui tout le monde vise aujourd’hui en France. Cette œuvre, étonnante en elle-même, et douée du plus haut charme, offre à l’avenir l’une des dates les plus décisives de l’art contemporain. » Stéphane MALLARMÉ ( Poète et écrivain français – A propos du tableau Le Linge de Edouard MANET datant de 1875  – Extrait de son livre Écrits sur l’art )

LINGE Edouard MANET
Le linge – 1875 – Edouard MANET