Ière exposition surprise pour Brad PITT …

On connaissait Brad Pitt, 58 ans, star hollywodienne, talentueux acteur, on savait qu’il était un passionné d’art contemporain et d’architecture, n’hésitant pas à dépenser beaucoup pour l’obtention d’une table très design, d’un tapis ou de chaises, possédant une collection d’art estimée à plusieurs millions de dollars avec notamment des pièces de street-art de Bansky, et voilà qu’il nous offre une autre facette de lui en cet automne 2022 : sculpteur autodidacte ! On apprend qu’il a débuté par de la poterie après son divorce douloureux avec Angelina Jolie. Il y passait jusqu’à 15 heures par jour !

C’est au Musée Hilden, dans la métropole de Tampere en Finlande, qu’il a présenté (et ce jusqu’au 15.1.2023) neuf de ses œuvres en plâtre, bronze, bois et silicone. De base c’est une exposition consacrée au sculpteur britannique Thomas Houseago. Ce dernier a tenu à y associer le travail de deux de ses amis, l’acteur et le musicien australien (céramiste à ses heures) Nick Cave.

Sur la photo : Nick CAVE – Thomas HOUSEAGO & Brad PITT

Pour réaliser ses œuvres assez impressionnantes il faut bien le dire, Brad Pitt a étudié et travaillé auprès du célèbre architecte canadien Frank Gehry avec lequel, d’ailleurs, il a obtenu en 2016 le National Design Award pour un projet commun d’habitations destinées aux populations qui ont été frappées par l’Ouragan Katrina (Floride 2005)

Les sculptures , assez teintées de violence pour certaine avec des balles de différents calibres , des révolvers prêts à tirer, ou un cercueil de bronze d’où sortent pieds, bras et visages, représentent pour Brad Pitt une sorte d’analyse approfondie de son moi intérieur, une auto-réflexion qu’il explique ainsi :  » Mes œuvres sont nées d’une volonté de m’emparer de ce que j’appelle un inventaire radical de moi-même, Une manière d’être brutalement honnête avec moi-même et prendre en compte ceux que j’ai pu blesser ou des moments où j’ai fait fausse route, savoir où je me suis trompé dans mes relations où j’ai fait des faux pas »

La plus ancienne de ses pièces a été réalisée en 2017. Il s’agit d’une petite maison de bois (House a go go) faite en écorces d’arbres maintenues par du ruban adhésif.

Je vous propose d’en découvrir quelques-unes :

Les chevaux de San Marco …

Photo : Nino BARBIERI (Les chevaux originaux sont entreposés au musée de la basilique Saint-Marc. C’est une copie qui les remplace sur l’édifice)

« S’ils pouvaient parler ces quatre chevaux, dire ce qu’ils ont vu ! De tous les chefs-d’œuvre de la sculpture, le quadrige, qui orne le fronton de la basilique Saint-Marc, est celui dont l’histoire se rapproche le plus de la légende. En bronze autrefois doré, pesant chacun 900 kilos, hauts et longs d’un peu plus de 2 mètres, élégants, puissants, dédaigneux, ces équidés opposent à l’animation de la place leur silence de deux mille ans, et concentrent dans leur masse, la gloire de quatre empires. Ils pourraient même se plaindre (ou se vanter) d’avoir été volés deux fois.

Remontons à leur date de naissance. Malheureusement, elle demeure fort incertaine. Les techniques les plus sophistiquées n’ont pas permis d’en réduire l’incertitude à moins de cinq siècles. Les chevaux ont vu le jour entre le IVe siècle avant J.C. et le Ier siècle de notre ère. Selon une hypothèse plus fine, mais contestées, ils pourraient être l’œuvre du bronzier Lysippe (IVe siècle avant J.C.) un artiste contemporain d’Alexandre le Grand, qui les auraient fabriqués pour l’île de Rhodes. Ils auraient, par la suite, été offerts à Néron qui en aurait orné sa statue colossale à Rome avant qu’ils ne couronnent l’Arc de Trajan.

Une autre version veut que les quatre chevaux, avec l’aurige (le conducteur de char, peut-être le dieu Hélios) et le véhicule auquel ils étaient attelés (éléments aujourd’hui disparus) aient été fondus sur l’île de Chios, dans la mer Egée. Quoi qu’il en soit, ils sont bien d’origine antique, et ce sont les seuls représentants parvenus jusqu’à nous des quadriges qui triomphaient alors aux quatre coins de l’Empire romain sur nombre de ses monuments.

Leur beauté, tôt reconnue, leur valut d’être transportés à Constantinople, soit au IVe siècle par le fondateur de la ville Constantin le Grand, soit un siècle plus tard (date incertaine). Ils furent, ensuite, installés pour plus de huit cents ans sur l’une des tours de l’hippodrome, d’où ils assistèrent aux plus brillants, comme aux plus sombres, épisodes de l’histoire de l’Empire romain d’Orient. Construit sur le modèle du Circus Maximus de Rome, et, comme lui attenant au palais impérial, l’hippodrome était l’un des centres politiques de Constantinople.

Place de l’hippodrome – Jean-Baptiste VAN MOUR

A l’extrémité de cette énorme enceinte de 450 mètres de long sur 117 de large, coiffant la four dite mangonneau (du nom d’un engin militaire proche de la catapulte) , les quatre chevaux surplombaient les carcères, stalles de départ des chars pour les courses. Mais les compétitions n’étaient pas ici seulement sportives. A Constantinople, comme auparavant à Rome, le cirque était, en effet, un espace chargé de valeurs symboliques, rituelles et politiques, liées au culte de l’empereur. Dans sa loge, directement reliée à son palais, ce dernier apparaissait lui-même souvent vêtu en aurige victorieux, guide du char de l’État et vainqueur des ennemis. Trente mille spectateurs acclamaient, en chœur, le régisseur de l’Univers. Ainsi était célébrée la rencontre entre le monarque et un peuple enrôlé et divisé en quatre factions rivales, en partie militarisées, antagonistes jusqu’à la violence : les Verts, les Bleus, les Rouges et les Blancs. Chacun de ces clans avait, sur la piste, un champion galopant, fouettant sa monture avec frénésie. Du haut du manganon nos quatre chevaux ont pu voir, plus d’une fois, ces réjouissances impériales et populaires dégénérer en émeutes.

Ces courses eurent lieu jusqu’au Xe ou XIe siècle. En 1204, lorsque les Français et les Flamands conquirent Constantinople ( la deuxième Rome ) et la dévastèrent, l’hippodrome n’était plus qu’un chantier qui fournissant la ville en matériaux de construction. Mais le quadrige de bronze fut l’un des nombreux trésors que se partagèrent les Croisés, détournés de leur sainte route, en échange de l’annulation de leurs dettes, par la perfide Venise. Ces chevaux incarnèrent même à eux seuls la sanglante revanche de l’Occident européen sur l’Empire d’Orient.

En 1205, Marino Zeno, podestat (représentant) à Constantinople pour le compte du Doge Enrico Dandolo, les fit transporter jusqu’à la Sérénissime. Ils y furent soigneusement restaurés mais restèrent confinés dans l’Arsenal pendant cinquante ans. C’est l’admiration de l’ambassadeur de Florence et l’achèvement définitif de la basilique Saint-Marc, en 1254, qui les sortirent de l’ombre. On les hissa alors sur la loggia, au-dessus du portail central, dominant le décor architectural de la façade, de ses cinq entrées, de ses colonnes et de ses arcs semi-circulaires.

 » Le doge Enrico Dandolo » – Par Domenico TINTORETTO (dit Le Tintoret)

Les chevaux rayonnaient comme sur un arc de triomphe antique. Symbolisant désormais, par un habile glissement de sens, les quatre évangélistes Marc, Mathieu, Luc et Jean, ils affirmaient ainsi l’ambition impériale de Venise. Au XIVe siècle, Pétrarque rapporta que le doge assistait en grande pompe, du haut de la galerie de la basilique, entre les chevaux de bronze, aux tournois qui se déroulaient sur la place. En 1379, l’amiral Pietro Doria, qui dirigeait l’armée de Gênes, la grande rivale de Venise, avait si bien saisi la portée symbolique de ce quadrige, qu’il jura de passer la bride aux quatre chevaux de Saint-Marc.

Ambition qui fit long feu puisqu’on les voit, un siècle plus tard, dans tout l’éclat de leur dorure originale, au centre du grand tableau de Gentille Bellini La Procession des reliques de la Croix sur la place Saint-Marc (1496 )

 » La Procession des reliques de la Croix sur la place Saint-Marc « (1496 ) – Gentille BELLINI

Leur carrière ne s’arrêta pas là. Ayant régné six siècles dans le ciel de Venise, ils furent, une nouvelle fois, capturés au profit d’un empire. Le 13 décembre 1797, une population consternée assista à l’enlèvement de ces symbole de la ville par les ingénieurs et les soldats de Napoléon.

Débarqués trois mois plus tard à Toulon, les quatre chevaux de bronze remontèrent lentement le Rhône , la Saône, le Canal du Centre, la Loire, enfin la Seine jusqu’à Paris. Le 17 juillet 1798, ils participèrent à l’L’Entrée triomphale des objets de science et d’art recueillis en Italie, hommage de la Révolution française aux productions de l’esprit humain ! C’est en ce sens qu’il faut comprendre cette annexion.

Illustration de Pierre-Gabriel BERTHAULT  

Les chefs-d’œuvre prélevés par Bonaparte pendant sa campagne d’Italie et présentés aux Parisiens lors de ce solennel défilé sur le Champ-de-Mars n’étaient pas seulement un butin de guerre. Ils n’étaient pas seulement un butin de guerre ; ils n’étaient pas réservés à l’usage privé, mais bien destinés à l’édification publique. « Têtes de l’univers, capitale de la Grande Nation, des Lumières et du Progrès, Paris trouvait tout naturel de rassembler dans ses murs les modèles de l’Antiquité et les dernières réalisation de l’industrie. Les prestigieux chevaux y firent donc leur apparition tirés par un char précédés de cette inscription :  » La Grèce les céda, Rome les a perdus. Leur sort changea deux fois, il ne changera plus. »

Cette quatrième éternité, après celle que leur avait promise Rome, Byzance puis Venise, les conduisit d’abord aux Invalides. Puis les chevaux furent disposés sur les piliers de la grille qui entourait le château des Tuileries. En 1808, l’Arc de Triomphe du Carrousel, qui venait d’être édifié à la gloire des armées napoléoniennes, leur offrit un support plus digne d’eux. On eut l’idée de leur attacher un char, et ils cautionnèrent dès lors, de leur antique galop, les grandioses revues militaires qui rassemblaient régulièrement une foule enthousiaste entre le Louvre et les Tuileries.

Puis ce fut Waterloo, la chute de l’Empire … Cette éternité napoléonienne aura été la plus courte. En 1815, François Ier, empereur d’Autriche et nouveau maître de Venise, exigea que les chevaux de Saint-Marc lui fussent restitués. Les quatre coursiers reprirent la route de l’Italie, laissant à Paris un vide que le sculpteur Bosio, en 1828, sur ordre de Charles X comblera par une copie que l’on voit toujours sur l’Arc de Triomphe du Carrousel.

 » François Ier d’Autriche  » par Friedrich VON AMERLING

Les chevaux retrouvèrent leur place au-dessus du portail central de la Basilique Saint-Marc. On aurait pu conclure ici cette fantastique chevauchée d’un bout à l’autre de l’espace européen, de sa culture, de ses ruptures, s’ils n’avaient connu un dernier avatar. Dans les années 1980, Venise décida, en effet, de les remplacer par des copies. Non pour cause de guerre ou de politique cette fois, mais pour les protéger de la pollution atmosphérique. Désormais ils sont installés au Musée de Saint-Marc. Ils jouissent d’une retraite bien méritée. » Jean-Baptiste MICHEL (Écrivain et journaliste français)

Chevaux originaux conservés au Musée de la Basilique Saint-Marc à Venise

A la rencontre de August MACKE …

 » Je peins avec une peine colossale et je m’applique toujours en travaillant, ce qui fait que je suis très fatigué après. Je m’arrache les images, trait par trait, de la cervelle. Vraiment. Car, en fait, je suis très indolent. Mais quand je me suis arraché les nerfs, il faut que ces chiffons de toile valent quelque chose, au moins mon énergie s’y déverse. Elles peuvent plaire à qui elles veulent, je peins, peins et peins encore et me réjouis de tout mon coeur quand mon regard plonge avec la lumière dans l’obscurité de la forêt ou tremble au-dessus des prairies et finalement réfléchit des nuages dans le lointain. Chaque jour qui vient, vivre un nouveau bonheur, de nouvelles joies. Je veux maintenant utiliser les journées autant que je peux. J’ai toujours envie de travailler.  » August MACKE (Peintre expressionniste allemand)

AUGUST MACKE Photo
August MACKE 1887/1914

 » La figure la plus rayonnante et la plus terrestre, parmi les peintres du Cavalier bleu fut August Macke, originaire de Westphalie, rhénan d’adoption, né en 1887 à Meschede, vivant et travaillant à Düsseldorf, à Bonn, et tué en 1914 en Champagne. Il n’était pas aussi féru de métaphysique que ses amis. Au fil du temps il s’éloigna de plus en plus de Kandinsky. Le plus important pour lui étaient dans la couleur, la sensualité des couleurs et l’accord harmonieux des formes. Il s’en tenait aux beautés du monde terrestre. Pour lui c’était un bonheur de vivre et c’est ce bonheur qu’il voulait peindre.

Ses inspirations passaient par les yeux, non par l’intellect. Dans l’insouciance la plus totale, essayant et expérimentant sans complexe, adoptant et rejetant, il se confronta avec les courant de la peinture d’avant 1914. L’éclat de sa peinture s’inspire de Franz Marc et du jeune Kandinsky, mais plus encore des disques, cercles et Fenêtres de Delaunay. Sur le plan formel, il fut fasciné par la claire logique de la composition cubiste et pendant un temps par la dynamique du futurisme, puis pour finir par le tubisme de Léger. Le peintre devait même s’essayer à l’abstraction bien qu’elle ne correspondit que très peu à son tempérament naturel.

Chez Macke, l’engouement des tableaux impressionnistes se relie à la cohérence formelle de Seurat. Dans son style éloigné du mythe , tourné vers le monde d’ici-bas, il est le peintre le plus romantique parmi les peintres allemands de ce siècle ; non pas un peintre luttant pour sa forme , mais un peintre très tôt accompli. La transparente beauté , le chromatisme  aux tonalités majeures, et la grâce si mélodieuse de ses tableaux sont restés sans équivalent dans l’art allemand de ce siècle.  » Karl RUHRBERG ( Journaliste allemand, historien de l’art, auteur d’ouvrages sur l’art, organisateur et consultant d’expositions.

AUGUST MACKE BOUTIQUE DE CHAPEAUX
 » La boutique de chapeaux « –August MACKE
AUGUST MACKE LA PROMENADE Lenbachhaus museum munich
 » La promenade  » – August MACKE
« Le ballet russe » August MACKE
 » L’azalée rose » – August MACKE

La Seine à Courbevoie … Georges SEURAT

 » En 1885, Georges Seurat, à vingt-six ans, est déjà un peintre de l’avant-garde. L’année précédente, son premier grand tableau Une baignade à Asnières (1883) a été refusé au Salon et montré au premier Salon des Indépendants. La présente œuvre se situe dans la lente période de maturation d’Un dimanche après-midi sur l’le de la la Grande-Jatte, entre le printemps 1885 et l’automne de la même année, au cours duquel Seurat décide de reprendre sa grande composition qui deviendra l’acte de naissance du chromo-luminarisme bientôt rebaptisé néo-impressionnisme par Félix Fénéon.

Cette toile préfigure La Grande Jatte à bien des égards : le bateau et la dame avancent latéralement, les troncs et les branches sont aussi disposés parallèlement, et tous ces motifs rigoureusement construits ont déjà la raideur qui marquera la grande composition. De même , la promeneuse figée , qui en est directement issue, dégage un sentiment de solitude et d’indifférence au paysage qui l’entoure.

Seurat exposera ensemble La Seine à Courbevoie et Un dimanche après-midi sur l’île de la Grande-Jatte à la dernière exposition impressionniste de 1886. Si le premier tableau recueille l’approbation des critiques (Octave Mirbeau en loue les transparences d’eau, sa magistrale œuvre-manifeste heurtera et déplaira généralement, créant un choc qui repoussera vers le passé les scandales précédents de Manet ou Monet.  » Charlotte HELLMAN-CASSIN ( Petite-fille du peintre Paul Signac – Responsable des Archives Signac)

« La Seine à Courbevoie » 1885 env. Georges SEURAT

A la rencontre de Gian Lorenzo BERNINI …

BERNINI 1623 AUTOPORTRAIT
 » Auto-Portrait  » -1623 – Gian Lorenzo BERNINI

Bernini fut un artiste majeur, un maître dans l’art de la sculpture qui fut également peintre, architecte et s’est occupé de théâtre.

Châteaubriand a dit un jour que «  la sculpture donne une âme au marbre  » … Très franchement cela se justifie lorsque l’on admire les oeuvres du Bernin. Ce dernier voulait rendre le marbre aussi souple et fluide que ne pouvait l’être la cire :  il y est parfaitement parvenu, et ce dans les moindres détails. Ces sculptures ont, en effet, non seulement une âme, mais elles sont très expressives, dégagent de l’émotion. Que ce soit dans l’expression des gestes ou du visage, ou bien encore dans le frisé ou bouclé des cheveux, le plissé des tissus, la marque des mains sur la chair, il s’est évertué à une exécution parfaitement détaillée où le réalisme y est incroyablement surprenant.

Il a été à son époque un immense sculpteur baroque, très imaginatif, doté d’une grande technique, doué pour le rendu des mouvements. Son talent ne s’est pas limité à la sculpture de groupes ou de bustes, mais s’est étendu à sa peinture, et à l’architecture avec notamment les fontaines de Rome ( La fontaine des quatre fleuves  ( achevée en 1652 ) –  – La fontaine du Triton La fontaine du Maure La fontaine des Abeilles – La fontaine de la Place d’Espagne La fontaine Barcaccia etc… )qui, aujourd’hui, sont tant admirées des touristes, la réalisation de palais ( Palais Montecitorio, Palais de St André du Quirinal ou Palais Barberini entre autres), l’édification et décoration de chapelles ( Chapelle Cornaro etc …  ) , la restructuration des routes et des places de la ville et tant d’autres choses encore, la liste est longue ! . Tout son travail demeure  un témoignage important de l’époque baroque.

Il reste le grand architecte de la basilique St Pierre de Rome un lieu où il a travaillé et a été engagé pour de nombreux ouvrages de décorations internes, mais également en extérieur sur la place St Pierre. Cela avait commencé en 1624 quand il était un tout jeune artiste et trente ans plus tard il y était encore alors que depuis,  différents  papes s’étaient succédés.

Et pourtant il fut aussi critiqué, jalousé, il n’a pas toujours plu à certains amateurs d’art  et comme d’autres artistes le furent avant lui,  il tombera même en disgrâce. Il faudra attendre quelques siècles plus tard pour que son travail soit véritablement compris, reconnu et admiré.

Il a, de par son travail, réuni les différentes caractéristiques du type baroque que ce soit dans la dynamique, le mouvement, l’énergie. Ses oeuvres furent le miroir de sa personnalité : il y a tout ce que son père a pu lui enseigner, mais tout le côté novateur et imaginatif que lui a mis en place et qui vont inspirer les générations à venir.

Il a vécu très vieux ( 82 ans) , verra neuf papes se succéder à Rome. Ce que l’on sait de lui en tant qu’homme c’est qu’il était très social, à l’écoute des autres, entretenant d’excellentes relations avec ses commanditaires.  Un homme de principes, de foi, de forte spiritualité, allant à la messe chaque jour pour assister à l’office, et, ayant un sens assez profond de la famille.

Il a été marié à la fille d’un avocat : Caterina Tezio, laquelle lui a donné 9 enfants : Pietro, Paolo, Angelica, Agnese, Cecilia, Dorotea, Maria, Francesco, Francesco-Domenico.

Bernini est né à Naples en 1598. Son père, Pietro, est un sculpteur ( sur marbre ) d’origine toscane. Ce dernier détail va compter dans la vie de son fils qui, curieusement, se sentira plus toscan que napolitain et très proche de la tradition issue de la Renaissance florentine.

Pietro se rendra très vite compte que son fils partage la même passion que lui et qu’il est doué pour le dessin. C’est donc tout naturellement que débutera sa formation dans l’atelier de son père.

En 1606, la famille part pour Rome où règne une grande ferveur artistique qui semblait plus bénéfique à Pietro pour son travail.

Gian Lorenzo va bénéficier durant un certain temps de l’enseignement et des conseils de son père. Ce dernier a reçu une demande de travaux de la part du pape Paul V pour des stèles funéraires ( la sienne et celle de Clément VII qui l’avait précédé) et bien entendu son fils l’accompagne sur le chantier. Cela lui permettra d’apprendre non seulement comment on conçoit ce type de sculpture ( groupe ) mais également ce qui se trame tout autour dans l’architecture pour l’accueillir.

Il sera inscrit, par la suite, à l’Académie du peintre baroque Annibal Carracci qui va se montrer fortement impressionné par ses dons. Là commence les première sculptures. Il avait déjà séduit le Pape Paul V avec un portrait qu’il avait fait de lui, mais ses premières oeuvres sculptées retiendront son attention, tant et si bien qu’il le présentera à des personnalités qui comptaient à Rome, des mécènes, dont Scipione Borghese son neveu.

BERNINI SCIPION BORGHESE 1632
 » Buste de Scipione BORGHESE – 1632 – Gian Lorenzo BERNINI

Ce dernier lui commande différentes pièces : Enée Anchise et Ascagne en 1619, le Rapt de Proserpine en 1620/23, Apollon et Daphné en 1624/25 et un buste de lui en 1632.

BERNINI ENEE ANCHISE ET ASCAGNE
 » Enée Anchise et Ascagne  » – 1619 – Gian Lorenzo BERNINI
BERNINI L ENLEVEMENT DE PROSERPINE
 » L’enlèvement de Proserpine  » – 1620/23 – Gian Lorenzo BERNINI
BERNINI GIAN LORENZO APOLLON ET DAPHNÉ
 » Apollon et Daphné  » – 1624/25 – Gian Lorenzo BERNINI

 » Je vis le groupe d’Apollon et Daphné du Bernin, travaillé avec une délicatesse qui semble impossible, le travail des feuilles de laurien qui est merveilleux. Je ne pensais pas qu’un nu puisse être aussi beau  » – Antonio CANOVA ( Sculpteur italien)

Parmi les autres mécènes se trouvait Maffeo Barberini qui deviendra le pape Urbain VIII après le pontificat de Grégoire XV. Il est sous le charme du travail de Bernini. Il le voit comme un digne successeur de Michel-Ange, capable non seulement d’exceller en tant que sculpteur, mais également comme peintre et architecte. Entre eux va naître un rapport de travail certes, mais affectif également.

 » Votre chance est grande d’avoir le cardinal Maffeo Barberini comme pape, mais la nôtre est beaucoup plus grande d’avoir le chevalier Bernini vivant dans notre pontificat  » Urbain VIII

BERNINI PEINTRE BERNINI PAPE URBAIN 1632
 » Portrait d’URBAIN VIII  » –  1632 – Gian Lorenzo BERNINI
BERNINI PAPE URBAIN 1637 38
 » Buste de URBAIN VIII  » – 1637/38  – Gian Lorenzo BERNINI

Le premier travail qu’il lui confiera en 1624 fut l’édification d’un monument pour le maître-autel de la croix. Bernini va voir les choses en grand ( monumental même ) et en bronze pour réaliser un baldaquin avec des colonnes torsadées, dont la hauteur atteint presque les 30 mètres ! Une oeuvre qui sera vivement critiquée, non pas pour elle-même mais pour tout le bronze qui fut utilisé et prélevé des poutres du Panthéon pour la réaliser. Elle sera achevée en 1633.

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Le célèbre BALDAQUIN pour le maître-autel de la croix – 1624/1633

Entre temps, en 1627, on lui commandera le tombeau du pape qu’il terminera quelques années plus tard.

Critiqué certes, mais nommé architecte en chef en 1629 par le Pape. Nombreuses furent les oeuvres tant sculptées qu’architecturales qui suivront et avec elles la guerre de rivalité entretenue avec d’autres artistes, notamment celui qui était l’assistant de Carlo Moderno ( chef-architecte de Saint Pierre à Rome)  à savoir Francesco Borromini. Ils se disputeront, de façon assez mémorable, le poste de Moderno lorsque celui-ci décèdera et c’est Bernini que le pape Urbain VIII affectionnait, qui va l’obtenir.

En 1644 le pape Urbain VIII décède. C’est Gianbattista Pamphili qui devient pape sous le nom de Innocent X. L’entente et la collaboration ne sera pas la même car ce nouveau pape est une personnalité très froide, austère. Il ordonnera même la démolition du campanile de St Pierre réalisé par Bernini ce qui entraînera l’arrivée d’autres artistes avides et souhaitant profiter de cette opportunité pour le faire tomber en disgrâce.

BERNINI GIAN LORENZO BERNINI PAPE INNOCENT X
 » Buste du pape INNOCENT X  » – 1650 – Gian Lorenzo BERNINI

Il réussira malgré tout à obtenir quelques chantiers importants pour des fontaines mais cette époque sera celle de ce merveilleux chef-d’œuvre dans la chapelle Cornaro, en l’église Santa Maria de la Vittoria à Rome, à savoir  » L’extase de Sainte Thérèse  » une commande du cardinal Cornaro pour rendre hommage à la sainte qui fut canonisée en 1622. La réalisation de ce groupe se fera entre 1647 et 1652.

BERNINI EXTASE DE STE THERESE
 » L’extase de Ste Thérèse  » – Groupe réalisé entre 1647 et 1652 – Gian Lorenzo BERNINI » L’extase de Sainte Thérèse est un groupe placé en hauteur, dans un édicule de la chapelle Cornaro de l’église Santa Maria della Vittoria à Rome. Elle représente Sainte Thérèse d’Avila dans une extase mythique ,  à côté d’un ange qui brandit dans sa main droite la lance de l’amour divin, et inspiré d’un épisode que la sainte espagnole du XVIe siècle décrit dans son autobiographie ( publiée en 1611) : «  Je voyais entre les mains de l’ange un long dard qui était d’or et dont la pointe de fer portait à son extrémité un peu de feu. Parfois il me semblait qu’il me passait ce dard au travers du cœur et l’enfonçait jusqu’aux entrailles. Quand il le retirait, on eût dit que le fer les emportait après lui et je restait tout embrasée du plus ardent amour de Dieu. Si intense était la douleur, elle me faisait pousser ces faibles plaintes dont j’ai parlé. Mais en même temps, la suavité causée par cette indicible douleur est si excessive qu’on aurait garde d’en appeler la fin …  »

Bernini continuera sa collaboration avec les papes qui suivront, notamment Alexandre VII Chigi après Innocent X. C’est à sa demande qu’il réalisera la colonnade de la place Saint Pierre.

En 1665, c’est le départ pour la France. Colbert, ministre du Roi Soleil, le convie à la Cour, ce qui ne fut pas chose facile car le pape ne souhaitait pas trop le laisser partir. Il fut fut bien reçu, visita Versailles, pu rencontrer le roi et avoir avec lui des entretiens, notamment au château de St Germain en Laye. Il semblerait qu’ils se soient bien entendus.

On le fait venir pour des travaux ayant référence à la restructuration du Louvre, mais son projet ne sera pas retenu. Il réalisera néanmoins un buste du roi ainsi qu’une statue équestre ( laquelle sera terminée à Rome et livrée à la France plus tard)..

BERNINI BUSTE LOUIS XIV 1665
 » Buste de Louis XIV  » 1665 – Gian Lorenzo BERNINI-  C’est Colbert qui lui demanda ce buste. L’artiste a beaucoup dessiné le roi avant, que ce soit de face ou de profil car il souhaitait être le plus réaliste et ressemblant possible.  Il lui disait  » Je suis en train de dérober  »( compte tenu du fait qu’il faisait ses croquis  » à la dérobée  » ) … Ce à quoi le roi lui répondait : «  Oui, mais c’est pour mieux restituer !  » –

De retour en Italie il travaillera sur le tombeau du pape Alexandre VII en la basilique St Pierre . C’est une de ses merveilleuses oeuvres. Le Bernin a réalisé une sculpture au-dessus d’une porte ( symbole de l’enfer ) et tout autour de son encadrement. Le pape est à genoux en signe d’humilité avec à ses pieds un sablier référence au temps qui s’écoule.

BERNINI 1671 TOMBEAU DU PAPE ALEXANDRE
 » Tombeau du pape Alexandre VII – 1671 – Gian Lorenzo BERNINI

En 1674 il terminera  » La bienheureuse Ludovica Albertoni  » un de ses derniers groupes,  une sculpture  absolument magnifique , forte émotionnellement puisqu’elle la représente dans son dernier soupir. Elle se trouve à l’église San Francesco à Ripa.

BERNINI BIENHEUREUSE ALBERTONI
 » La bienheureuse Ludovica ALBERTONI  » –  Groupe terminé en 1674 – Gian Lorenzo BERNINI

Il est mort à Rome en 1680 après avoir voué sa vie à l’art qu’il soit sculptural, architectural ou pictural, une vie faite de joies mais aussi de moments difficilement dramatiques où il a dû notamment affronter la critique. Sa popularité de l’époque et sa spiritualité intense furent liées. Il s’est voulu libre, a imposé son style à toute une époque, il a étonné, émerveillé et magnifié dans cette ville qui a forgé toute son inspiration : Rome.

PLACE ST PIERRE BERNIN
La place St Pierre avec sa colonnade en travertin selon l’ordre architectural du Toscan –  Les colonnes sont surmontées de 140 statues – Elle fut demandée à Gian Lorenzo BERNINI par le pape Alexandre VII

La cuisine et bien manger …

« La cuisine c’est l’envers du décor, là où s’activent les hommes et les femmes pour le plaisir des autres. La table c’est l’endroit de détente et de convivialité par excellence. C’est pourquoi il faut également utiliser son imagination pour venir compléter les efforts de la cuisine. » Bernard LOISEAU (Chef-cuisinier et restaurateur français)

 » Bien manger c’est aussi manger des choses très simples, bien cuisinées. La haute gastronomie demande d’être capable de simplicité. » Anne-Sophie PIC (Cheffe-cuisinière et maître restauratrice française)

« En cuisine comme dans tous les arts, la simplicité est le signe de la perfection. » Serge BRUYÉRE (Chef-cuisinier franco-québécois)

« Je pense que nous somme des marchands de bonheur, des marchands de plaisir. Je pense qu’une sorte de générosité est indispensable quand on est cuisinier. Il faut être généreux. Il faut donner, partager, aimer donner et faire plaisir. » Joël ROBUCHON (Chef-cuisinier français)

ELIZABETH II …

« Nous savons que la récompense est la paix sur terre, la bonne volonté envers les hommes, mais nous ne pouvons pas la gagner sans détermination et effort concerté … Il existe de nombreux problèmes graves et menaçants dans le monde, mais il ne seront jamais résolus tant qu’il n’y aura pas la paix dans nos foyers et dans nos cœurs … Nous pouvons avoir des points de vue différents, mais c’est en période de stress et de difficulté que nous devons le plus nous rappeler que nous avons beaucoup plus en commun que ce qui nous divise … «  Elizabeth II, reine d’Angleterre – 

Elizabeth II (1926/2022)

La reine Elizabeth II est décédée hier à l’âge de 96 ans à Balmoral, cette résidence privée familiale, située en Écosse, où elle aimait venir passer l’été , une propriété acquise autrefois par le prince Albert, époux de la reine Victoria. Elizabeth II laisse derrière elle 70 ans de règne (6.2.1952/8.9.2022) , portée, durant toutes ces années, par l’amour inconditionnel des britanniques.

J’ai choisi de lui rendre hommage sur ce blog au travers d’un article que le journaliste Marc FOURNY a écrit, en avril 2022, sur elle et ses fameux chapeaux. Sa majesté fut toujours très élégante, et ses célèbres couvre-chefs audacieux, iconiques, accessoires importants du soft-power britannique , toujours assortis à sa tenue et à un évènement précis , restent dans toutes les mémoires. 

 » Les fameux bibis d’Elizabeth II méritaient un coup de chapeau : des plus discrets, comme celui qu’elle porta dès l’âge de sept ans au côté de son grand-père George V, au plus audacieux, à l’image de ce chapeau spaghetti composé d’une multitude de petits rubans jaunes découpés dans une pièce d’organza, que la reine arbora lors de sa visite officielle à Berlin en 1965. Une belle touche d’optimisme au cœur du rideau de fer.

Chapeau or manteau canari, Elizabeth II avait réussi son coup de com habituel. A défaut de pouvoir exprimer ses opinions, imposer son pouvoir par une image frappante qui fera le tour des médias.  » Il nous faut être vue pour exister  » a t-elle l’habitude de répéter. Lors de l’investiture de son fils Charles en prince de Galles, en 1969, elle marque les esprits en osant une coiffe d’inspiration Tudor, lointain écho à l’histoire de la couronne. Quand elle évoque son annus horribilis , en 1992, elle porte, cette fois, un chapeau breton en velours vert qui parait si sombre que la souveraine semble en deuil. Et pour sa première visite en République d’Irlande, en 2011, elle s’affiche en vert jade de la tête aux pieds, en hommage au pays et à la paix retrouvée.

Ces bibis sont tellement scrutés de près qu’on frôle parfois l’incident politique. Ainsi, en juin 2017, en pleine crise du Brexit, la reine provoque une véritable polémique en ouvrant la session parlementaire avec un couvre-chef bleu constellé de fleurs jaunes qui rappellent curieusement les étoiles européennes. Elisabeth II vient-elle de révéler, de façon subliminale, le fond de sa pensée ? Angela Kelly, l’habilleuse de la souveraine, a nié tout message politique révélant un pur hasard créatif. Mais le chapeau a été modifié par la suite avec un gros nœud rassurant à la place des perles jaunes.

Depuis la fin des années 1940, une véritable armada de modistes s’est occupée des couvre-chefs royaux. Impossible pour la reine de sortir tête nue, question de rang et d’habitude, héritée de l’avant-guerre où les femmes sortaient chapeautées. Les bibis de la reine doivent répondre à plusieurs impératifs très stricts : permettre à sa majesté d’être repérée de loin, d’où les couleurs vives associées à sa tenues. Être ni trop hauts, ni trop larges, pour ne pas la gêner dans sa voiture, et surtout ne pas cacher son visage, tout en évitant, autant que possible, de frôler le ridicule, cela va sans dire.

Dernière consigne : limiter le gaspillage en recyclant autant que possible ses vêtements, qui ont une espérance de vie, d’environ vingt-cinq ans. Chez les Windsor on ne badine pas avec les petites économies. « Après deux ou trois sorties, une pièce sera devenue familière aux médias et au public » explique son habilleuse Angela Kelly,  » alors nous cherchons soit des moyens de la modifier, soit elle deviendra quelque chose qui se porte en privé à Balmoral ou à Sandringham « .

Les habillages se font toujours sous l’autorité de l’habilleuse de la souveraine, chargée de sa garde-robe, qui juge de l’effet souhaité et de l’harmonie d’ensemble avec la tenue principale. Dans ses moments privés, la reine se montre peu difficile.  » Elle est la cliente la plus agréable que j’ai jamais connue  » reconnait la modiste Marie O’Regan, une Française venue s’installer à Londres, « et j’ai vu beaucoup de femmes venir commander des chapeaux et être très difficiles. C’est une personne avec qui j’aurais pu être amie. Pendant les essayages, elle adorait imiter son accent français. « . Il est vrai qu’Elisabeth II est une adepte des imitations de toute sorte.

Le reine d’Angleterre n’a rien d’une fashion victim : elle impose son style en évitant les impairs majeurs, mais préfère les tenues intemporelles. Pas question pour elle de devenir un porte-manteau commercial, au service des grandes marques. Mais ses chapeaux n’ont pu éviter les diktats des podiums ou de nouvelles consciences citoyennes. Exit l’utilisation de la fourrure depuis trois ans, ainsi que les plumes de certaines espèces d’oiseaux menacées.

Et si Elizabeth II se montrait autrefois audacieuse avec ses bérets, ses turbans, ses chapeaux à pétales ou ses pillbox en velours, elle a pris l’habitude, l’âge aidant, de porter un type de chapeau hybride entre la cloche et le canotier, qui vient parfaitement s’ajuster sur son impeccable mise en plis. Une image désormais éternelle, aussi célèbre que celle de Napoléon avec son bicorne noir. Tant il est vrai comme l’affirme l’historien Robert Lacey, que le chapeau royal reste un substitut à la couronne. » – Marc FOURNY (Journaliste français)

La Promenade … Claude MONET

 » La Promenade  » 1875 Claude MONET (National Gallery of Art/Washington)

 » Déclinant pour la énième fois un thème cher à la peinture d’avant-garde française, à savoir les figure dans le paysage, La Promenade est l’un des tableaux les plus remarqués à la deuxième exposition impressionniste. Il représente l’épouse et le fils du peinture, dans un pré, aux environs d’Argenteuil. Camille et Jean sont vu en contre-plongée, une perspective aussi inhabituelle pour l’artiste que les proportions insolites des personnages, particulièrement grands par rapport au contexte.

Le vent qui soulève la robe de Camille, les nuances colorées de l’ombre portée par l’ombrelle verte sur le corps de la jeune femme, et les ombres du pré qui apparaissent au premier plan, soulignent le motif de l’instantanéité de la lumière. Techniquement, La Promenade se distingue, dans le ciel et le pré en particulier, par une touche large appliquée à la hâte, comme pour transmettre la spontanéité du geste dans la transcription de la lumière.

Il semble que l’artiste lutte contre le temps pour saisir l’un des aspects les plus fugitifs de la nature : le cours des nuages par un jour de grand vent. Monet ne s’attarde pas sur les traits du visage, et pourtant, le choix de peupler le paysage par des membres de sa famille, fréquent chez Monet, confère à la nature une dimension intime absente des tableaux où il représente des inconnus qui vont se distraire dans les environs de Paris.

Le thème de La Promenade sera repris deux ans plus tard, en 1886, dans une paire célèbre : Essai de figure en plein air (vers la droite) et Essai de figure en plein air (vers la gauche). Camille, qui est morte sept ans plus tôt, y est remplacée par Suzanne Hoschedé, sa préférée parmi toutes les filles d’Alice, sa compagne puis sa seconde épouse.

 » Essai de figure en plein air (vers la droite)  » 1886 Claude MONET (Musée d’Orsay/Paris)
 » Essai de figure en plein air (vers la gauche) – 1886 Claude MONET (Musée d’Orsay/Paris)

Dans sa biographie de Monet, Jean-Pierre, un frère de Suzanne, raconte comment l’artiste, en promenade dans la campagne de Giverny avec les enfants d’Alice, avait vu Suzanne et s’était soudain rappelé la pose de Camille dans La Promenade. Quoi qu’il en soit, le tableau se concentrait alors sur la transcription de l’effet instantané dans la lumière, tandis que la duplication de l’image dans la paire de 1886 indique une intention bien différente : la transmission du sentiment de la durée. Cette durée n’est pas suggérée par l’effet de suspension et d’immobilité qui caractérise le tableau de Georges Seurat Un dimanche à la Grande Jatte, exposé la même année à la huitième et dernière exposition impressionniste.

Dans le cas de Monet, c’est la relation entre les deux tableaux qui indique les variations entre deux moments. L’attention portée au rapport entre deux scènes identiques constituant une séquence temporelle, est un précédent fondamental dans la réflexion sur les séries, une réflexion que renforcent certains aspects de la peinture dans les années 1880, et qui trouvera son apogée dans les pratiques picturales du Monet des années 1890.  » Claudio ZIAMBIANCHI (Professeur en histoire de l’art, écrivain italien)

La partie de bridge … Édouard VUILLARD

 » En 1920, Joseph, dit Jon Hessel, cousin de Josse et Gaston Bernheim et marchand d’art comme eux, procède à un échange inattendu contre un tableau de Cézanne : il obtient une propriété à Vaucresson, entre Saint-Cloud et Versailles. Cette affirmation risque cependant de n’être qu’une légende car aucun historique des cinquante-trois tableaux qui passèrent par les mains de Hessel ne permet de le confirmer.

Quoi qu’il en soit, cela n’empêcha pas le nouveau propriétaire de donner à sa résidence de nom de Clos Cézanne . A la belle saison, les Hessel y accueillaient leurs amis et les parties de cartes en fin de journée, bridge ou poker, ne sont pas rares. Vuillard y assiste en 1923 et conserve le souvenir de ces soirées tranquilles dans plusieurs peintures et pastels.

Cette version, la plus ambitieuse, réunit le propriétaire du lieu et ses amis : Alfred Natanson, Marcelle Aron, cousine de Vuillard et épouse du dernier convive Tristan Bernard dont le visage est presque entièrement dissimulé.

Habilement décentrée, la composition se focalise sous la source de lumière, en haut à gauche, qui créé une atmosphère silencieuse et tranquille que ne trouble pas la concentration des joueurs. Ainsi cette œuvre, devient comparable au Poker (1902 / Musée d’Orsay) de Félix Vallotton, peinture dans laquelle apparait aussi les Hessel et autres de ses amis, relations et modèles habituels de Vuillard. » Dominique LOBSTEIN (Historien de l’art, chargé d’études documentaires au Musée d’Orsay, responsable de la bibliothèque du Musée d’Orsay, commissaire d’exposition)

 »La partie de bridge au Clos Cézanne » 1923 env. Édouard VUILLARD

Malgorzata CHODAKOWSKA …

Portrait von Malgorzata Chodakowska im Garten

 » Mes fontaines répandent la joie pure de la vie. Elles sont une combinaison d’un élément (eau) avec la matière première ( le bronze ). De façon générale, je dirai que mes œuvres sont des représentations figuratives. Je travaille ainsi, au figuré, en me sentant très proche de la forme, ce qui me permet de les formuler au mieux.  » Malgorzata CHODAKOWSKA

Cette artiste polonaise travaille le bois et le bronze. Elle a étudié la sculpture à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne et vit à Dresde en Allemagne. Son travail a été récompensé par de très nombreux prix internationaux et on fait souvent appel à elle pour des expositions un peu partout dans le monde.

Elle a une réelle passion pour le bois : tilleul, frêne,  cerisier, poirier, chêne ( son préféré) et utilise, pour ce faire,   des arbres déracinés qu’elle obtient, pour son travail, grâce à l’administration forestière. Une sculpture en bois lui prend généralement trois mois.

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Sculpture en bois // Elle apporte parfois une touche de couleur à ses statues en bois. Il s’agit de peinture acrylique légère. Pour les éclaircir, certaines sont recouvertes d’huile à base de cire d’abeille + de l’essence de térébenthine. Pour d’autres, elle travaille (influencée par un voyage en Égypte) l’or qu’elle fait entrer dans ses œuvres.
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Sculpture en bronze

Pour le bronze, il lui faut six mois. La sculpture  débute préalablement avec de l’argile.

Quelle qu’en soit la matière, elle avoue avoir beaucoup de difficultés à se séparer de ses œuvres. Elle affectionne de les avoir auprès d’elles et en vend très peu  : J’ai  des demandes mais je ne veux pas créer comme si j’étais une chaîne de production. Ce sont des pièces uniques que je décide ou non de vendre  –  Elles représentent très souvent des fontaines  où l’eau s’unit à la matière, ce qui les rend poétiquement  » vivantes  » .

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Sculpture en bronze
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Sculpture en bronze
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Sculpture en bronze

En 2010  elle a gagné le concours de la sculpture-mémorial  qui devait représenter l’hommage rendu aux victimes du 13 février 1945 à Dresde. L’œuvre s’intitule Une pluie de larmes. Elle se trouve au cimetière de la ville.

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