Le déjeuner … François BOUCHER

 » A nos yeux de spectateurs avisés, le tableau semble idyllique, anodin et un tantinet conventionnel. Les contemporains de Boucher, eux, ne voient sur la toile que des choses modernes : la porcelaine, les vastes fenêtres, la petite cheminée, la décoration rococo, la collation, la boisson chaude, la sollicitude envers les enfants. Le tableau reflète pour eux un nouvel art de vivre, une nouvelle conception de l’existence.

L’œuvre a été réalisée en 1739 à Paris, en fait foi la date indiquée près de la signature. La France est prospère à cette époque : Louis XV n’est pas parti en campagne jusqu’ici, de bonnes récoltes ont succédé aux années de catastrophes climatiques ; le commerce et l’industrie sont en plein essor. En bas de l’échelle sociale, les petites gens mangent à leur faim et en haut, les nobles et grands bourgeois font des affaires et gagnent beaucoup d’argent. Boucher peint ici les membres de l’une de ces riches familles bourgeoises prenant leur premier repas de la journée.

Peut-être avons-nous sous les yeux la propre famille du peintre : sa femme Marie-Jeanne avait environ 25 ans en 1739 ; renommée pour sa beauté, elle a souvent posé pour lui. Leurs enfants Elisabeth-Victoire et Juste-Nathan avait quatre et trois ans , à peu près l’âge des enfants que nous voyons ici. La pièce, que l’on retrouve dans plusieurs autres tableaux, devait donc faire partie de son logement. Le peintre avant alors 36 ans et gagnait déjà fort bien sa vie.

On a longtemps cru , en voyant le jeune homme en habit vert, qu’il s’agissait du peintre servant lui-même le petit déjeuner à sa famille. Après tout, ces manières sont dans l’air du temps : le roi en personne ne chauffait-il pas et ne se versait-il pas le café quand il se trouvait dans ses petits appartements ? Mais l’homme en vert semble vraiment trop jeune pour l’emploi : le peintre avait 36 ans. En outre, il porte un tablier blanc. Il s’agit donc plutôt d’un serviteur. Il vient de poser sur le manteau de la cheminée, enveloppé dans une serviette blanche, le récipient qu’il est allé chercher dans la cuisine  ou, ce qui est plus vraisemblable encore, qu’il a apporté de l’extérieur.

En effet, dans la première moitié du XVIIe siècle, les nouvelles boissons chaudes à la mode : thé, café et chocolat, sont surtout préparées et offertes dans des lieux publics. Le jeune homme en tablier est probablement un garçon-limonadier qui travaille pour la composition des vendeurs de limonades et liqueurs. A paris, celle-ci avait commencé à la fin du XVIIe siècle à servir du café et du chocolat dans des cafetières et chocolatières en argent.

Le fait qu’on livre des boissons chaudes aux Parisiens chez eux, n’a rien d’extraordinaire. Tout au long de la journée, des marchands ambulants proposent leurs tisanes de santé et les apportent chez ceux qui les appellent. Les porteurs d’eau chaude et d’eau froide montent l’eau à l’étage. Le matin, les boulanger des faubourgs s’égosillent : «  voilà des petits pains de seigle !  » puis vient le tour des fermières avec leurs  » œufs frais !  » ou «  la laitière, allons vite !  » – Boucher a consacré une série de ces gravures aux cris de Paris qu’il entend tous les jours.  » Rose-Marie et Rainer HAGEN ( (Tous deux sont  auteurs d’ouvrages sur l’histoire de l’Art et explications sur les œuvres d’art. Elle est suisse et lui allemand)

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 » Le Déjeuner  » – 1739 – François BOUCHER

Le rapt de Proserpine …

 « Le rapt de Proserpine a été commandé par Scipion Borghèse tout exprès pour être exposé dans sa villa. Le Bernin réussit à raconter, de façon magistrale, l’histoire de la déesse de la fertilité et des récoltes, enlevée par le roi des Enfers pour devenir son épouse. Tous les angles de vue du groupe sculptural sont significatifs et il faut tourner autour pour les observer dans leur diversité. A gauche, c’est la puissante figure de Pluton qui se dessine, les muscle tendus dans l’effort de lutte. De face, c’est au contraire la rétive Prosperine qui ressort, tandis qu’elle tente en vain d’échapper au dieu en repoussant sa tête de la main. En se déplaçant sur la droite, on découvre les mains de Pluton qui s’enfoncent dans la chair tendre de la jeune fille et les larmes de désespoir qui coulent sur l’une des joues de cette dernière.

Cerbère, le chien à trois têtes, gardien des Enfers, est assis aux pieds de Proserpine et semble regarder autour de lui pour s’assurer que personne ne s’opposera à la volonté de son maître.  » Shaaron MAGRELLI ( Historienne de l’art )

( Photos face et détails  : « Le rapt de Proserpine   » – 1621/22 – Le BERNIN ) :

Les Monomanes de GÉRICAULT …

GERICAULT 1822 23 Horace VERNET
 » Portrait de Théodore GÉRICAULT  » – 1821/22 – Horace VERNET

Les Monomanes sont des tableaux peints par Théodore Géricault entre 1819 et 1821. Des oeuvres pleines de vérité, de réalisme, très expressives dans le visage, les traits, le regard. Tous les détails sont traités avec soin. Il y a là toute la sensibilité de ce peintre et son génie dans l’art du portrait.

A l’origine c’était une série de dix toiles. Cinq seulement furent retrouvées. Malheureusement nul ne sait ce que sont devenues les cinq autres : soit elles furent détruites, soit elles se trouvent quelque part dans des collections privées et qui sait … réapparaîtront un jour !

Celles que nous connaissons sont les suivantes : Monomane de l’envie dite aussi la Hyène de la Salpétrière ( musée des Beaux Arts de Lyon) – Monomane du vol d’enfants ( Springfield Museum of Fine Arts ) – Monomane du jeu ( musée du Louvre ) – Monomane du vol ( musée des Beaux Arts de Gand ) – Monomane du commandement militaire ( musée Oskar Reinhart à Winterthur ).

La psychiatrie est née en 1820. Le docteur Jean-Etienne Esquirol, aliéniste, réformateur de l’asile en France, a mis à jour le mot monomanie (maladie mentale qui fait perdre la raison à cause d’une psychose, une  manie obsessionnelle). Les aliénés mentaux furent alors considérés comme de vrais malades devant être soignés. Son élève et disciple fut le docteur Georget, un aliéniste comme lui, médecin lui aussi à la Salpétrière de Paris. L’histoire (fut-elle exacte ou non ) raconte qu’il était un ami d’enfance de  Géricault.

Ami ou pas, c’est lui qui lui demandera de réaliser ces toiles parce qu’à son avis elles représentaient  » un excellent sujet de cours  » : en effet, amener des malades dans une salle de cours  aurait été quelque chose d’irréalisable , mais avoir des tableaux-études l’était davantage. Georget partait du principe que les répercussions de l’aliénation mentale pouvaient se lire sur le visage des malades. C’était un peu comme des livres ouverts permettant à ses élèves de mieux apprendre sur les cas présentés.

Géricault était d’accord avec cette façon de voir les choses. C’est un sujet qui l’a passionné. Rencontrer des personnes qui avaient dépassé les limites de la raison va énormément le toucher et peindre leur visage, le rendu de leurs expressions, c’était aussi pour lui une manière de mieux comprendre la profondeur de leur mal. Il faut savoir que lui même avait traversé une grande dépression nerveuse après l’échec du Radeau de la Méduse et qu’il avait dû se faire soigner en univers psychiatrique.

Il a parfaitement réussi dans son travail. Lorsqu’on les regarde, on ne peut qu’être terriblement touché par l’expressivité de ces visages, leur émotion, leur mélancolie parfois bouleversante, leur regard très troublant, perdu parfois, inquiet, méfiant, étonné aussi  . On se demande ce que ces personnes étaient en train de penser à ce moment là.

Les dix tableaux furent la propriété du docteur Georget. A sa mort deux de ses élèves ( Dr Lachèze et Dr Maréchal ) vont en récupérer chacun cinq. La destinée des cinq du Dr Maréchal reste un mystère.

En ce qui concerne le Dr Lachèze, il va les placer  dans un coffre de son grenier , sans cadre, enroulées ensemble.  Jusqu’au jour où Louis Viardot, le mari de la cantatrice et amie de Chopin Pauline Viardot, qui était écrivain et un grand passionné d’art, engagera la conversation avec le fameux docteur et lui fera part de sa vive admiration pour Géricault. Ce à quoi il lui répondra  qu’il en détenait quelques-uns dans son grenier. Viardot les voit et les lui achète sur le champ ! Puis il écrit assez rapidement un article dans la Gazette des Arts de 1864 pour informer qu’il vient de retrouver des oeuvres de Géricault.

Viardot les propose au musée du Louvre, lequel refuse ( malheureusement ) de les acheter d’une part en raison du prix de vente requis et d’autre part le sujet ne les intéressait pas beaucoup. Ce n’est que trois ans plus tard qu’il en rachètera une  à un prix bien plus élevé que ne l’était les cinq ensemble !

Les autres ont trouvé différents propriétaires ( y compris des peintres ) puis elles s’éparpilleront au gré de celles et ceux qui vont les acheter jusqu’au jour où elles rejoindront les musées énoncés ci-dessus.

MONOMANE DE L ENVIE GERICAULT
 » Monomane de l’envie  » ( ou  » la Hyène de la Salpétrière  » ) – Théodore GÉRICAULT ( Musée des Beaux Arts de Lyon )
MONOMANE DU VOL D ENFANT GERICAULT
 » Monomane du vol d’enfants  » – Théodore GÉRICAULT ( Springfield Museum of Fine Arts )
MONOMANE DU JEU GERICAULT
 » Monomane du jeu  » – Théodore GÉRICAULT ( Musée du Louvre )
MONOMANE DU VOL GERICAULT
 » Monomane du vol  » – Théodore GÉRICAULT ( Musée des Beaux Arts de Gand )
MONOMANE DU COMMANDEMENT MILITAIRE GERICAULT
 » Monomane du commandement militaire  » – Théodore GÉRICAULT ( Musée Oskar Reinhart à WInterthur )

La lectrice et la jeune fille qui apprenait à écrire …

«  La lectrice, œuvre de Pietro Magni, et La jeune fille qui apprenait à écrire, œuvre de Giovanni Spertini, sont deux sculptures réalisées à deux ans l’une de l’autre. Deux actions qui ne font qu’atteindre l’objectif final. On pourrait dire deux destins, autour d’un même objectif,  repris et finalement restitués dans le marbre à la fin de ce siècle romantique qui fascine encore toujours de nos jours.  En observant ces deux statues, on reste comme suspendu dans une atmosphère cristallisée en imaginant le moment précis que vivent ces deux jeunes filles, chacune comme absentes du monde qui les entoure, totalement absorbée, l’une par la lecture, l’autre par l’écriture. En réalité les deux activités sont complémentaires étant donné que le sens de chaque œuvre ne se termine jamais de manière irrévocable. Et puis c’est le silence,l’émotion et la mémoire … » Angela GRECO ( Écrivain, italienne )

LISA LA LECTRICE PIETRO MAGNI
 » La lectrice  » –  Pietro MAGNI
JEUNE FILLE QUI APPREND A ECRIRE Giovanni SPERTINI
« La jeune fille qui apprenait à écrire  » Giovanni SPERTINI

Jean-Paul BELMONDO …

Jean-Paul BELMONDO 1933/2021

« Le public se fait souvent une idée de l’acteur qu’il aime, et il y a des rôles dans lesquels il ne veut pas le voir, mais qui pour l’acteur est intéressant à jouer. Si les critiques disaient sans arrêt d’un acteur qu’il est formidable, cela m’inquièterait. Personnellement j’ai toujours travaillé pour le plaisir et si je n’avais pas cette canne, je continuerais à jouer car ça me manque le cinéma. Le cinéma c’est toute ma vie. On y fait des rencontres extraordinaires et le public a toujours été formidable avec moi, au-delà même de ce que je pouvais espérer. J’ai toujours pensé que le jour de ma mort les gens parleraient de moi mais qu’après ils passeraient à autre chose, j’en suis un peu moins sûr désormais. «  Jean-Paul BELMONDO (Acteur français, producteur, directeur de théâtre)

Un monstre sacré du cinéma français a tiré sa révérence : Jean-Paul Belmondo, appelé plus familièrement Bébel ou, pour reprendre certains titres de ses films, L’As des as, le Magnifique, Le Marginal, Le Professionnel, Le Guignolo, L’incorrigible, Le Solitaire, etc…Il fut un acteur très populaire, charismatique, le chouchou des français, probablement pour sa simplicité, sa gentillesse, sa disponibilité d’approche envers le public . Plus de 50 ans de carrière, 80 films, 34 pièces de théâtre, et d’incroyables cascades, une présence, un physique à part mais beaucoup de charme, une gouaille particulière, et comme l’a dit quelqu’un qui lui a rendu hommage :  » une leçon d’optimisme et de courage « .

Elisabeth BACHOFEN-ECHT … Fille spirituelle de KLIMT

 » On ne peut deviner la vie tragique de la baronne Bachofen-Echt sous la silhouette gracieuse peinte par Klimt. Cette destinée est cependant exemplaire de plusieurs autres dans la Vienne fortunée de la première moitié du XXe siècle et dans l’entourage immédiat du maître.

Née en 1804, Elisabeth Franziska est la fille de l’un des industriels les plus riches d’Europe, August Lederer qui, avec son épouse Serena, formait un couple influent dans le domaine du mécénat et de l’aide aux artistes. Elisabeth fut elle-même sensible aux arts, et suivra des cours de sculpture tandis que son jeune frère Erich réservera ses économies d’adolescent à l’achat de dessins d’Egon Schiele.

Le tournant de la guerre de 1914 amène un premier bouleversement. Mariée en 1921 au Baron Bachofen, un important brasseur, Elisabeth renonce aux traditions juives de sa famille pour adopter la confession protestante de son mari. Il semble qu’elle s’éloigne au même moment du milieu de la création pour mener une existence plus résolument mondaine dans son palais de la Jacquingasse à Vienne.

A partir des années 1930, les évènement se précipitent. La baronne Bachofen perd son unique enfant en juillet 1938, un garçonnet âgé de quatre ans. Le mois suivant, elle se sépare de son mari. Puis elle subit la persécution nazie. Tenue de produire un certificat d’origine démontrant qu’elle n’est pas juive, Elisabeth fait établir une généalogie de fantaisie aux termes de laquelle elle descendrait de Gustav Klimt en personne, un homme de sang allemand.

Elle meurt à Vienne le 19 octobre 1944, quelques semaines avant la retraite de l’armée allemande et la destruction par le feu d’une partie de la collection de peintures de ses parents, laquelle était entreposée ans le château d’Immendorf en Basse-Autriche. » Jérôme PICON (Historien de l’art, français)

 » Portrait de la Baronne Elisabeth Bachofen-Echt  » 1934 – Gustav KLIMT (Collection privée New York)

Le côté architectural de MONET …

 » Les autres peintres peignent un pont, une maison, un bateau et ils ont fini. Je veux peindre l’art dans lequel se trouvent le pont, la maison, le bateau et la beauté de l’art où il sont.  » Claude MONET (Peintre impressionniste français)

Monet fut surtout un peintre des paysages, des ports, des bateaux, des jardins, mais très souvent dans l’une ou l’autre de ces toiles, on note la présence d’une construction : édifices célèbres ou simples petites cabanes sans importance, des escaliers, des clochers, des ponts de pierre, des églises, des cathédrales, des fermes, des toits ; aucun lieu n’a été similaire à un autre ( à moins de n’avoir été reproduit plusieurs fois dans des séries).

 » L’escalier  » Claude MONET

Toute sa vie durant, Monet a inséré quelque chose d’architectural dans ses tableaux. Il leur a donné un rôle, parfois insignifiant, parfois déterminant. Certains de ces édifices furent historiques et ont servi de regard sur le passé. Ils ont été peints là comme un contraste posé dans l’agitation et l’animation d’une ville moderne, comme un rappel du temps, parce qu’en les regardant on se souvient, mais aussi comme une justification de la présence de l’homme.

D’autres logent, abritent, protègent. Monet a été conscient de leur fragilité car exposés aux affres et caprices de la météo et des catastrophes naturelles. Il en a peu parlé finalement mais il a simplement évoqué le plaisir que ce fut pour lui de les peindre et aussi la difficulté que certains d’entre eux lui ont apporté. Il a bravé , en effet, bien souvent des conditions météorologiques assez difficiles, mais peu importe car il aimait ça.

On retrouve de l’architecture dans ses tableaux sur Paris, Argenteuil, Vétheuil, Rouen, le Havre, Antibes,  Londres, Bordighera, Venise mais aussi Amsterdam et Zaandan aux Pays-Bas :

NORMANDIE : Il n’est pas né en Normandie mais il y est arrivé enfant, et il a passé toute sa jeunesse là-bas. Par ailleurs, il finira sa vie à Giverny.

La Normandie va lui offrir de beaux motifs architecturaux diversifiés :  des villes (Le Havre, Rouen, Honfleur, Sainte Adresse, Trouville … j’en passe et des meilleures , qui se sont développées avec l’arrivée du chemin de fer et par voie de conséquence avec lui des touristes) , ports, phares, plages, falaises, côtes, campagne, ponts, villages, maisons, hôtels, cabanes abandonnées à flanc de colline, églises  etc…Comme toujours il se plante là affrontant parfois une météo difficile mais heureux.

« La chapelle de Notre-Dame-de-Grâce  » 1864 Claude MONET
 » Cabane du douanier/Varengeville » 1882 Claude MONET
MONET ET ARCHITECTURE LA PLAGE A TROUVILLE
 » La plage à Touville « – 1870  – Claude MONET
MONET LA GRANDE ALLEE A GIVERNY
 » La grande allée à Giverny  » – 1900 – Claude MONET 

La cathédrale de Rouen a fait partie de l’une des séries incroyablement célèbres et importantes dans l’oeuvre de Monet. Il a porté un grand intérêt à cet édifice qui représentait pour lui une sensibilité de ce passé auquel il est toujours resté attaché. Il arrive là en 1892, puis en 1893, toujours à la même époque, entre février et avril,  de façon à capter une lumière qui soit à peu près la même.

Il loue deux appartements qui se trouve juste en face de la cathédrale et dont les fenêtres lui donnent des points de vue différents à différentes heures du jour.  Une trentaine de tableaux immortaliseront la cathédrale Notre-Dame de Rouen. Il n’entrera dans l’édifice que deux ans plus tard, dix jours après avoir terminé son travail .

MONET CATHEDRALE DE ROUEN 1892 FACADE OUEST
 » La cathédrale de Rouen – 1892 – Claude MONET

PARIS : il a abordé le thème de la capitale , vers 1866/67, avec Le quai du Louvre et le Jardin de l’Infante . Une ville qu’il va aimer  » regarder d’en haut  » pour une perspective meilleure. Bien souvent, en effet,  il s’est placé sur une terrasse ou sur un balcon .Ayant obtenu une une autorisation du comte de Nieuwerkerke ( alors surintendant des Beaux Arts   ), il s’installait  sur l’un des balcons du Louvre ( avec dos tourné au musée ) afin d’avoir des vues magnifiques. Idem pour le boulevard des Capucines par exemple où il s’était positionné sur le balcon du photographe Nadar. Il attend le moment opportun qui permettra de donner vie et animation à ses toiles. Lorsque l’on en regarde certains, on a même l’impression que ce sont des photographies.

MONET ET ARCHITECTURE Quai_du_Louvre_1867
 » Le quai du Louvre  » – 1867 – Claude MONET
MONET LE PONT NEUF 1871
 » Le Pont-Neuf  » 1871 – Claude MONET

On ne peut pas dire qu’il ait beaucoup apprécié la ville elle-même , parce qu’il n’ y a finalement passé que de brefs séjours . Il a nettement préféré la banlieue en bords de Seine, mais il n’a pas détesté se promener le longs des quais, flâner dans certains quartiers comme celui du   boulevard des Capucines , les Tuileries, le Parc Monceau, le Pont Neuf, le Pont de l’Europe, le Panthéon, la coupole du Val de Grâce, la rue Montorgueuil , la rue Saint Denis et bien sur la gare St Lazare toute de verre et d’acier. Il a passé son enfance et son adolescence au Havre et lorsqu’il est revenu pour la première fois à Paris, il avait 19 ans, peu d’argent en poches : la ville qui l’avait vu naître était alors en pleine effervescence : on démolissait, on reconstruisait, ce n’était plus le Paris  d’autrefois, ni encore le nouveau car le projet Haussmann battait son plein.

Le quartier de l’Europe avec son célèbre pont métallique et la gare Saint-Lazare toute de verre et d’acier vont le fasciner ( surtout la gare ) – Il fait une demande à la direction ferroviaire ( qu’il obtiendra ) pour pouvoir s’installer à l’intérieur même de la gare. De même qu’il loue un atelier non loin de là pour pouvoir la peindre en extérieur. Il le fera à différentes heures de la journée afin d’obtenir une grande diversité d’effets de lumière. Il peindra les machines, les quais, les réverbères, les entrepôts de marchandises, les panneaux de signalisation, et les nuages de vapeur sortant des locomotives aussi.  Chaque tableau fait sur la gare Saint Lazare est différent de l’autre, une oeuvre d’art à part entière comme il l’a souhaité d’ailleurs. Un jour c’est dans l’un de ces trains qu’il partira pour toujours loin de Paris pour s’installer définitivement à Giverny.

MONET 1877 LE PONT DE L EUROPE ET LA GARE ST LAZARE
 » Le pont de l’Europe – Gare Saint Lazare  » – 1877 Claude MONET
MONET LA GARE ST LAZARE 1877 ARRIVEE D UN TRAIN EXTERIEUR
 » Arrivée d’un train – Gare Saint Lazare extérieur  – 1877 – Claude MONET

ARGENTEUIL  : Monet  aimé la banlieue qui  lui a offert une grande variété de motifs. On peut dire qu’il y a eu une évolution importante et évidente entre Argenteuil et Vétheuil. C’est en 1871 que Monet s’installe à Argenteuil ( 15 kms environ de Paris ) avec sa famille. L’endroit est  en pleine évolution, d’un côté on trouve la  campagne, de l’autre  la ville  qui souhaite regarder vers le futur, vers la modernité. La population a doublé car beaucoup de parisiens ont fait le choix de venir s’y  » réfugier  »  durant le bouleversement des travaux d’Haussmann. Monet va rester sept ans à Argenteuil .

Il y a beaucoup à voir et à peindre. Il s’attardera sur les fameux ponts , qui avaient été démolis durant la guerre de 1870 et qui étaient en reconstruction. Le premier est ferroviaire en fer et béton plutôt moderne, et le second routier est plus traditionnel. Mais la sérénité de la campagne environnante, baignée parfois de soleil, va l’attirer également, tout comme les rues ou les boulevards avec des bâtiments très anciens qui apparaissent dans certaines de ses toiles

MONET ARGENTEUIL LE PONT DE BOIS 1872.jpg
 » Le Pont de bois/ Argenteuil « – 1872 –  – Claude MONET

VETHEUIL : Il s’installe là en 1878 alors que sa vie est traversée par de gros soucis financiers et que la santé de sa femme Camille donne bien des inquiétudes . Il a deux enfants.  Il  loge dans une maison, route de Mantes,  où se trouve la famille Hoschedé. Ce qui va beaucoup attirer Monet dans ce petit village, c’est l’église Notre-Dame, classée monument historique en 1845. Sa construction date du moyen-âge et le clocher est magnifique .

Le village, lui aussi, a retenu son attention. Pour ce faire il s’est souvent positionné sur l’autre rive de la Seine afin d’avoir un point de vue plus dominant pouvant lui offrir  une vue du village dans sa globalité ainsi que son reflet sur l’eau.

village scene with church oil on canvas
 » Église de Vétheuil  » – 1878 – Claude MONET

VENISE : la Sérénissime lui a offert beaucoup d’opportunités d’un point de vue architectural  parce qu’elle offre énormément de constructions . Il s’est rendu là-bas en 1908 avec Alice sa seconde épouse sur une invitation de leur amie Mary Hunter. Si Monet n’aimait pas trop quitter son Giverny, Alice fut très heureuse de ce voyage . Un grand nombre de ses amis s’étaient déjà rendus à Venise  et lui en avait parlé. Ils arrivent en train et logeront d’abord chez leur amie puis à l’hôtel Britannia.

Ce n’est pas tant le quantitatif de tableaux ( 37 au total  dont une grande partie du palais des Doges)  qui a compté pour ce voyage, mais le qualitatif car chacun d’entre représenteront des images qui resteront de merveilleux souvenirs. Un grand nombre  de ces toiles furent commencées sur place et terminées en atelier plus tard   »  Bien que je sois enthousiasmé par Venise et que j’ai commencé quelques toiles, je crains bien de ne pouvoir rapporter que des commencements qui seront uniquement des souvenirs pour moi. » – 29  feront l’objet d’une exposition à Paris.

Il se levait assez tôt, vers 6 h du matin semble t-il, pour travailler au gré des heures et de la lumière, par tranche de 2 h,  soit en peignant sur place ou depuis la fenêtre de son hôtel : San Giorgio Maggiore, San Marco, le palais des Doges, les palais de la lagune.

Lorsqu’ils quitteront Venise, ils feront le voeu d’y revenir … Malheureusement Alice va mourir en 1911.

MONET LE GRAND CANAL 1908
 » Le Grand Canal  » – 1908 – Claude MONET

LONDRES : Il s’est rendu à Londres en 1870 fuyant la guerre franco-prussienne en France. La ville  a eu alors un gros impact sur lui et, comme il l’avait souhaité, il est revenu  des années plus tard en 1887/ 1899 / 1900 et 1901. Les maisons de briques rouges rencontrées lors de ses promenades, le Pont de Waterloo, celui de Charing Cross, Westminster et le Parlement ont été des sujets fascinants pour lui surtout avec les effets de lumière et des variations atmosphériques (brouillard, brume, pluie) dans lesquels baignaient ces édifices lors des changements de météo, saison et heure, sans oublier les différents reflets sur l’eau.

Lorsqu’il revient en 1899 il est installé avec son épouse à l’hôtel Savoy. La fenêtre de sa chambre lui déroule un spectacle incroyable sur la Tamise, différents célèbres édifices de la ville, ainsi que sur  des usines fumantes  se trouvant sur une autre rive. Comme il a eu souvent l’habitude de faire, il commence ses tableaux sur place et les finit en atelier une fois retourné en France.

MONET LA TAMISE ET LE PARLEMENT
 » La Tamise et le Parlement  » – 1871 env. – Claude MONET

BORDIGHERA ( Italie ) : C’était à l’époque un petit village sur une colline, non loin de la frontière. Il arrive là en 1884 et va y rester trois mois. Il dira que c’est vraiment un endroit féérique : il y a le village, les villas environnantes ( Bischoffsheim, Garnier etc..) , la ligne de chemin de fer. Il part explorer toute la région, faire des randonnées en montagne, dans la vallée de la Nervia où il rencontrera un beau château médiéval, un vieux pont, des villages anciens haut perchés, des églises de pierre etc…

MONET VUE DE BORDIGHERA 1884
 » Vue de Bordighera  »- 1884 – Claude MONET
MONET ET ARCHITECTURE 1884 DOLCEAQUA LE VIEUX PONT SUR LA NERVA
 » Dolceacqua, le vieux pont sur la Nervia  » – 1884 – Claude MONET

ANTIBES : le voyage en Italie sera une occasion de se rendre sur la Côte d’Azur et plus particulièrement à Antibes, ville ancienne fondée par les phéniciens vers 600 avant J.C. – Depuis son hôtel au Cap d’Antibes, il peint des nouveaux paysages pleins de lumière avec la mer bien sur, mais aussi les remparts, le Fort Carré, la Garoupe, et toutes les fortifications d’une autre époque qui seront d’excellents sujets pour sa peinture. Il les réalise en ce rendant sur place, depuis certains jardins, de la plage ou de son hôtel.

MONT LE FORT ANTIBES EFFET APRES MIDI 1888
 » Antibes – Effet après-midi  » 1888 – Claude MONET

LES PAYS-BAS : il se rend dans ce pays avec Camille et leur enfant et se pose à Zaandam un centre industriel ( il visitera également Amsterdam ).  Il va y peindre plus d’une vingtaine de toiles dans lesquelles on peut y voir notamment des moulins à vent et des maisons dotées de belles couleurs, des ruelles, des ponts.

MONET MOULINS A WESTZIJDERVELD PRES DE ZAANDAM 1871
 » Moulins à Westzijderveld près de Zaandam – 1871 – Claude MONET

La boule de cristal & Le Missel …

 » La boule de cristal  » – 1902 John William WATERHOUSE

La boule de cristal rassemble tous les éléments qui ont fait la renommée de Waterhouse dans la dernière décennie du XIXe siècle. Une de ses typologies les plus prisées était celle de la femme seule, magicienne, ou enchanteresse le plus souvent, au type idéalisé instantanément reconnaissable, placée dans un espace intérieur structuré par l’architecture, quelques meubles et objets, ouvrant sur une baie en plein cintre ou un miroir sur un paysage (La dame d’Escalot/1894) ou Circé/1911-14).

Son dessin puissant et net, les contrastes de couleur font toujours ressortir la magnifique silhouette. La composition joue sur l’opposition nette entre les lignes circulaires et les verticales qui s’unissent dans la longue figure souple.

Waterhouse donne ici un léger contexte de fin du Moyen-Âge à la scène, avec la coupe caractéristique de la lourde robe de velours grenat aux légers motifs de serpents enroulés, le fauteuil droit, la lampe à huile. La jolie magicienne est en pleine action rituelle : devant elle le crâne et le livre ouvert à la page décrivant le rite à accomplir, retenue par une longue aiguille. Elle est tout occupée à déchiffrer ce que lui montre la boule qu’elle tient avec précaution, semblable à celles que l’on plaçait parfois dans les tombes des femmes au Moyen-Âge.

Dans l’esprit du mouvement esthétique et, par-delà, de la tradition classique occidentale, Waterhouse a créé un type de beauté idéale à partir des modèles qui posaient pour lui ; au risque de devenir monotone, car ce ne sont pas des figures multiples ou secondaires, mais, à chaque fois, l’héroïne unique. Il reprend très souvent le même canon du corps et le même visage créant un « type Waterhouse » : la femme est élancée, a des formes légèrement rondes, le visage ovale avec menton allongé, des yeux en amande et une petite bouche, mis en valeur par les épais bandeaux de cheveux.

A peine terminé ce tableau fut accroché à l’exposition d’été de 1902 de la Royal Academy avec un pendant de même dimensions, Le Missel aujourd’hui non localisé, mais connu par la photographie en couleur du supplément de Noël que l’Art Journal consacra en 1909 à Waterhouse et confia à sa première spécialiste, Rose Sketchley. Sans être rigoureusement parallèles, les deus compositions se répondent. Les deux jeunes femmes concentrées, l’une sur un missel, l’autre sur la boule, le vase de fleurs remplace la tête de mort, le cloître ensoleillé, le rideau d’arbres.

Tenant compte du fait qu’on les retrouve tous les deux en 1909 dans la collection de l’armateur Frederick Pyman, il a été suggéré qu’il pouvait s’agir d’une commande précise, ce que Waterhouse faisait en général que pour les portrait. La demeure de Pyman, où ses tableaux furent accrochés, Densley House, dans le port de Whitby (North Yorkshire) nous incite à se souvenir de cette hypothèse.

Or Whitby a deux caractéristiques : la ville est dominée depuis la Réforme par les impressionnantes ruines d’un monastère féminin, fondé au VIIe siècle par Sainte Hilda, et a, par ailleurs, une longue tradition de magie blanche. On sait qu’au début du XIXe siècle, huit magiciennes y travaillaient à leur compte . Les deux toiles représentent clairement cette double spécificité, suffisamment rare pour ne pas avoir été une invention spontanée d’un artiste qui, par ailleurs, n’a guère fait d’autres peintures de femme en prière.  » Véronique GÉRARD-POWELL (Agrégée d’histoire et titulaire d’un doctorat de 3ème cycle en histoire de l’art. Spécialiste de l’art européen des XVe-XVIIIe siècles et de l’Histoire des collections des XVIe- XXe siècles)

 » Le Missel  » 1902 John WILLIAM WATERHOUSE

Jardins … Les impressionnistes américains

 » L’impressionnisme américain, qui est la prolongation du mouvement lancé par Monet, Renoir, Degas et Manet, tient tout à un galériste parisien. En 1883 et 1886, Paul Durand-Ruel organise aux Etats-Unis des expositions qui révèlent aux Américains cette tendance picturale, mais aussi leurs propres peintres impressionnistes formés en Europe. Ces artistes d’avant-garde n’imitent pas ce qui se fait en Europe, mais créent une dynamique particulière et partagent avec les Européens l’amour des jardins et de la nature.

Les expositions de Durand-Ruel coïncident avec le regain d’intérêt pour l’art des jardins à la fin du XIXe siècle. Les Américains ne les voient plus juste comme des terrains où poussent des fruits et des légumes, avec en prime quelques espèces médicinales, mais comme des espaces voués à la beauté, au repos et au plaisir. L’engouement pour le jardinage, à l’époque, s’inscrit à de nombreux égards dans une réaction comme l’industrialisation, inspirée par les Arts and Crafts anglais et nourrie en particulier par les dessins de William Morris, les livres du botaniste William Robinson et les plantations pittoresques de Gertrude Jekyll qui a créé le jardin de Glebe House Museum à Woodbury dans le Connecticut. Aux Etats-Unis, les classes moyennes émergentes font fort bon accueil à cette vogue et le jardinage fait désormais partie des loisirs. « Jackie BENNETT ((Auteure anglaise ayant fait des jardins sa spécialité )

« Sur la terrasse » William CHADWICK
« Le jardin de Celia Thaxter  » Childe HASSAM
« Le jardin de pivoines » Matilda BROWNE
« Le rambler cramoisi » Leslie HALE
 » Au jardin  » John Leslie BRECK
« Au jardin » Frederick Carl FRIESEKE

La Parisienne …

» La Parisienne peinte par Manet, c’est un monument, comme une sculpture. Le personnage est hiératique et ne correspond pas exactement à l’idée que l’on se fait de la parisienne. L’idée qu’on se fait de la parisienne serait plutôt comme celle qu’on voit dans les tableaux de Renoir : un personnage très coquet, une femme  très piquante, maquillée et qui vous regarde un peu du coin de l’oeil. La parisienne c’est un personnage qui fait rêver le monde entier, et le monde entier vient à Paris pour la voir, l’admirer, et copier son élégance. Les parisiennes sont des femmes qui ont un savoir-faire, une façon particulière d’agencer leur tenue pour créer cette élégance  » à la parisienne  » même si elles n’ont pas les moyens de s’habiller. » Florence MÜLLER ( Professeur à l’Institut français de la mode)

MANET LA PARISIENNE
 » La parisienne  » – Edouard MANET (Celle qui a posé est l’actrice (modèle de différents peintres) Ellen ANDRÉE
PARISIENNE PIERRE AUGUSTE RENOIR
 » La parisienne  » – Pierre Auguste RENOIR – Celle qui a posé est l’actrice Henriette HERIOT, un des modèles préférés de Renoir. Les critiques furent mitigées pour ce tableau.
« Le bout de sa bottine est presque invisible, et sort comme une petite souris noire. Son chapeau est penché sur une oreille et est d’une coquetterie audacieuse. Sa robe ne dévoile pas assez son corps. Il n’y a rien de plus agaçant que des portes verrouillées . Le tableau est-il un portrait ? C’est à craindre. Le sourire est faux, et le visage est un fort mélange d’ancien et d’enfantin. Mais il y a quand même quelque chose de naïf chez elle. On a l’impression que cette petite dame s’efforce d’avoir l’air chaste. La robe qui est extrêmement bien peinte est d’un bleu céleste. » Jean PROUVAIRE (Critique d’art) // « Un grand tableau d’une femme en bleu peint par Renoir en 1874. La robe est bleue, d’un bleu intense pur. Le contraste fait paraître la peau de la femme jaunâtre et le reflet la fait paraître verte. L’interaction entre les couleurs est admirablement capturée. Elle est simple, frais et beau. Il a été peint il y a vingt ans, mais on pourrait penser qu’il sort tout droit de l’atelier « Paul SIGNAC (Peintre français)