Le Garçon au gilet rouge … par Paul CÉZANNE

 » Seul Paul Cézanne , au style si distinct et si en avance sur son temps, pouvait peindre ce Garçon au gilet rouge. Il mêlait l’impressionnisme et le classicisme à une réflexion intellectuelle immense. Ce portrait, qui parait simple à première vue, se transforme en un objet très différent lorsqu’on l’examine de plus près.

Cézanne en réalisa plusieurs versions. Celle-ci, avec ses aplats de rouge, marron-bleu et bleu-vert et ses formes blanches simples et démarquées, est l’une de ses tentatives les plus modernistes. Son harmonie naît d’une palette réduite où les couleurs se répondent d’une partie du tableau à l’autre. Les ombres bleu-vert de la peau et la chemise unifient l’œuvre et placent sur le même plan le garçon et le cadre qui l’entoure. Une série de diagonales se recoupent et font écho : le rideau de gauche, le dos penché du garçon, et le bras droit qui repose sur une surface qui bascule par rapport au champ pictural.

Cézanne a déconstruit une scène ordinaire pour la reconstruire entièrement. Le Garçon au gilet rouge nous montre ainsi deux préoccupations essentielles de l’artiste : l’exploration de sa résolution de l’énigme qu’est la représentation d’un univers à trois dimensions sur une surface plane, de façon à nous apprendre quelque chose sur les formes représentées. Cézanne a, ici, atteint son objectif. Son tableau fonctionne comme un ensemble tout en montrant la voie au cubisme de Braque et de Picasso qui baptisa Cézanne le Père de la peinture moderne.  » Ann KAY ( Écrivain, rédactrice anglaise, diplômée en histoire de l’art)

La Peinture des oiseaux … de Franz DVORAK

 » Le symbolisme naquit en France mais il s’étendit au reste de l’Europe dès la fin du XIXe siècle avant de jouer un rôle capital dans le développement de l’expressionisme et du surréalisme. Ce genre artistique représentait une évasion face au matérialisme ambiant et mettait l’accent sur le fantasme et l’imagination. Influencés à la fois par le romantisme et les préraphaélites, les peintres symbolistes s’opposaient au réalisme visuel des impressionnistes et au sérieux de l’ère industrielle, désirant encourager , à l’aide de symboles, l’interprétation d’émotions ambigës.

L’artiste hongrois Franz Dvorak (1862/1927) créa des œuvres propices à l’envol de l’imagination du spectateur. Dans La Peinture aux oiseaux, une belle jeune femme tient une grande palette dans le creux de son bras gauche et un pinceau de la main droite. On voit à ses pieds, deux putti ( enfants joufflus présents dans l’art de la Renaissance, le maniérisme, le baroque et le rococo) dont les ailes d’ange se perdent dans l’agitation qui les entoure. Leur présence symbolise l’amour, qu’il soit divin ou de nature plus terrestre.

Peint de manière onirique, le groupe s’émerveille devant des oiseaux multicolores représentés sur la toile. La facture énergique et les tourbillons colorés de Dvorak suggèrent une créativité vitale de nature ésotérique. Le peintre était plus intéressé par l’expression de la vie intérieure que par la forme ou le style artistique. La Peinture des oiseaux veux susciter, chez l’amateur, un sursaut d’émotion en résonnance avec la joie innocente du groupe.  » Anna AMARI-PARKER (Écrivain et éditrice anglais, spécialiste en art)

 » La peinture des oiseaux  » 1885/95 – Collection particulière

Scènes vénitiennes … Maurice PRENDERGAST

Maurice PRENDERGAST ( né en 1858 à Terre Neuve -mort d’un cancer en 1924 à New York – Une majorité de ses tableaux se trouve dans les collections du Metropolitan Museum of Art de NY, au Smithsonian American Art Museum de Washington, au Courtauld Institute of Art de Londres et à l’Art Institute de Chicago.)

«  La beauté des peintures de Prendergast est indéniable. Il y a de la délicatesse et une sorte de nonchalance que ce soit dans ses aquarelles ou ses huiles. Il a été indifférent aux visages ou autres marques d’individualité, préférant les ensembles, la communauté. Il a été aussi un très bon coloriste plein de tendresse et un excellent dessinateur.

Venise a beaucoup attiré son attention durant ses voyages. Le premier ce fut de 1898 à 1899 et le second en 1911. Il a fort bien su capter la lumière de la Sérénissime. Ce sont, du reste, ses peintures sur Venise qui l’ont amené à une certaine réputation mondiale et l’ont placé en bonne place parmi les artistes avant-gardistes de New York. Il s’est beaucoup concentré sur les ponts de Venise en donnant un nouveau style à l’architecture énigmatique de la ville.

Ce travail montre ses progrès dans la peinture abstraite et forme les prémices du modernisme pictural américain. L’interprétation de sa peinture sur Venise est un mélange assez unique de capture de l’ancien et du nouveau. » Sébastien SMEE (Critique d’art australien)

La Gastronomie …

 » La gastronomie est la joie de toutes les situations et de tous les âges. Elle donne la beauté de l’esprit. Elle saupoudre d’étincelles d’or l’humide azur de nos prunelles ; elle imprime à nos lèvres le ton du corail ardent ; elle chasse nos cheveux en arrière ; elle fait trembler d’intelligence nos narines. Elle donne la mansuétude et la galanterie. » Charles MONSELET (Écrivain, journaliste, romancier, poète et auteur dramatique français)

Espoir et désespoir d’Angel GANIVET … par Eduardo ARROYO

 » Né à Madrid en 1937, Eduardo Arroyo étudia d’abord le journalisme. En 1958, il s’installa à Paris dans le but de devenir écrivain, mais au lieu de cela il se mit à réaliser des caricatures et des tableaux. Ses premières œuvres étaient figuratives, mais l’artiste fut très vite influencé par le pop art et commença à adopter un style plat, graphique et filmique, tandis que le contenu de ses tableaux révélait son opposition au régime du général Franco. En 1963, ses œuvres cessèrent d’être exposées à la galerie Biosca de Madrid sur ordre du gouvernement espagnol.

En 1974, alors qu’il effectuait une visite en Espagne, il fut arrêté et expulsé. Il vécut en France en tant que réfugié politique jusqu’en 1976 , puis rentra dans son pays après la mort de Franco. Son tableau Espoir et désespoir d’Angel Ganivet a pour thème le suicide du romancier espagnol Angel Ganivet y Garcia. Ce dernier, consul espagnol à Riga, en Lettonie, démoralisé après avoir appris qu’il était atteint d’une maladie incurable, se jeta dans la Divina. Comme Aroyo, Ganivet était préoccupé par le destin de son pays, vivait loin de sa terre natale et raillait sa politique et son ambiance.

Arroyo parodie la culture espagnole en coiffant la bouteille de Xéres, placée sur la table, d’un chapeau crâneur. Son Ganivet est dépourvu de tête, il a trois jambes, et il est assis sur une chaise flottante. La fenêtre ouverte révèle un paysage glacé et fracturé. C’est un monde dans lequel aucune chose n’est comme elle devrait être, ni comme elle était au départ. C’est ainsi qu’Arroyo, avec la nostalgie propre à l’exilé, voyait son pays sous la dictature. » Carol KING (Journaliste anglaise , rédactrice free-lance, diplômée des Beaux-Arts à la Central Saint-Martin Art School de Londres)

« Espoir et désespoir d’Angel Ganivet » 1977 – Eduardo ARROYO (Musée d’Art moderne de Paris)

La blanchisseuse … par Henri De TOULOUSE-LAUTREC

 » Le thème de la blanchisseuse est déjà ancien lorsque Henri De Toulouse-Lautrec l’aborde, mais le temps des joyeuses ouvrières travaillant sans effort dans des paysages arcadiens, comme en a livré Hubert Robert, ou dans des intérieurs accueillants, comme en a peint Jean-Baptiste Chardin, n’est plus de mise. A la fin du XIXe siècle, sous les pinceaux de Degas, ou de Toulouse Lautrec (mais aussi de certains artistes naturalistes telle Marie Petiet (Les blanchisseuses/1882) ,le travail semble harassant, le personnage isolé et comme absent à lui-même , dans un intérieur désincarné.

Dans un cadrage rapproché, la diagonale du corps massif appuyé d’une main puissante sur une table et le visage de profil d’une blanchisseuse envahissant l’espace. Le visage dissimulé par une mèche de cheveux roux qui retombe, est tendu vers un chiche rectangle lumineux qui apparaît en haut à gauche. Hormis le tissu blanc, posé sur la table, aucun instrument ne vient cependant conforter le titre de l’œuvre.

Plusieurs des modèles du peintre ont été évoqués comme ayant pu être représentés dans ce tableau. Les plus souvent cités, du fait de leur même coiffure rousse, ont été Suzanne Valadon ( que Toulouse-Lautrec peint à la même période sous le titre de Gueule-de-bois) et Carmen Gaudin que le peintre employa comme blanchisseuse et qu’il fit poser en divers lieux, tel l’atelier du peintre Henri Rachou (Carmen/1884)  » Dominique LOBSTEIN (Historien de l’art, chargé d’études documentaires au Musée d’Orsay, responsable de la bibliothèque du Musée d’Orsay, commissaire d’exposition)

« La blanchisseuse » 1886/1887 Henri De TOULOUSE-LAUTREC

L’Huître …

  » J’adore les huîtres : on a l’impression d’embrasser la mer sur la bouche » Léon-Paul FARGUE (Écrivain français)

  » L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos.
A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords. Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner
.  » Francis PONGE(Poème en prose extrait de son recueil Le parti des choses/1942)

 » Il semble bien que dès le début de l’humanité, les huîtres constituèrent un aliment précieux pour l’homme. Des amoncellements de débris ostréaires, régulièrement groupés autour d’espaces vides, emplacements probables d’agglomérations humaines, découverts sur les côtes d’Europe, intriguèrent longtemps les savants jusqu’au jour où la trouvaille parmi ces amas de coquilles, de débris de cendres, de charbon, de restes d’animaux et d’objets travaillés, permit de situer au Paléolithique, l’époque où ils ont été constitués et de conclure que, dès cette époque, de vastes mouvements de populations devaient se faire à certaines époque, en cas de disette ou d’épidémies, pour trouver au bord de mer une nourriture abondante et un aliment dont les effets salutaires avaient déjà été constatés.

Ces amoncellements de coquilles appelés Kjokken moddinger, mot signifiant débris de cuisine, sont également connus sur les côtes du Maroc, de Mauritanie et du Sénégal. On les a retrouvés en Amérique où des amas énormes d’écaillés d’huîtres, connus sous le nom de Kitchen middens (débris de cuisine) ont été découverts au bord de la mer dans les État de l’Est.

Les Chinois cultivaient l’huître il y a quelques millénaires. Si les Hébreux la considérèrent comme un mets impur puisqu’elle n’avait ni nageoire, ni écaille, les Grecs et les Romains en firent, par contre, une très large consommation. Elles provenaient de l’Hellespont. Les textes latins vantent les qualités de ce mollusque et dans leurs banquets, les Romans célébraient en poèmes chantés les louanges de sa chair délicate considérée comme un mets de luxe.

Néron pouvait distinguer, dès l’abord, l’huître de Circé de celle de Rutupe, et les gourmets discutaient déjà des mérites de celles du lac Lucrin ( les plus fameuses parmi les huîtres romaines) ou de Cyzieus, réputées aussi fines, comparées à celles importées d’Angleterre par les Légions Romaines conquérantes et qui provenaient du Rutupiae (Comté de Kent) actuellement appelé Richborough et situé non loin de Whistable, encore réputé pour la qualité de ses huîtres.

Le Moyen-Âge mentionne moins souvent ce mollusque délectable. Cependant, Rabelais n’oublie guère de les citer dans les plantureux repas de Gargantua et Pantagruel et le fabuliste La Fontaine nous a laissé également quelques fables délicieuses où les mérites de ce coquillage y sont soulignés.

J’ai passé les déserts, mais nous n’y bûmes point.
D’un certain magister le Rat tenait ces choses,
Et les disait à travers champs ;
N’étant pas de ces Rats qui les livres rongeants
Se font savants jusques aux dents.
Parmi tant d’Huîtres toutes closes,
Une s’était ouverte, et bâillant au Soleil,
Par un doux Zéphir réjouie,
Humait l’air, respirait, était épanouie,
Blanche, grasse, et d’un goût, à la voir, nonpareil.
D’aussi loin que le Rat voir cette Huître qui bâille :
Qu’aperçois-je ? dit-il, c’est quelque victuaille ;
Et, si je ne me trompe à la couleur du mets,
Je dois faire aujourd’hui bonne chère, ou jamais.
Là-dessus maître Rat plein de belle espérance,
Approche de l’écaille, allonge un peu le cou,
Se sent pris comme aux lacs ; car l’Huître tout d’un coup
Se referme, et voilà ce que fait l’ignorance.… (Extrait du poème Le Rat et l’Huître / Jean De La FONTAINE)

A l’époque du Roi Soleil, à celle qui suivit de la Régence, ce manger délicat offert sur la table, devint un signe de civilisation, de courtoisie, de finesse, et le bon goût, dont le souvenir se perpétuera par le tableau élégant de Jean-François De Troy, Le Déjeuner aux Huîtres, un des plus beaux intérieurs de la peinture française qui nous est resté, entre joyaux, au Musée Condé de Chantilly.

La consommation des huîtres augmente toujours, s’étend dans tous les milieux. Elles deviennent populaires, se servent partout, à l’hôtel, au restaurant, à la table de Camille. Vers 1860 il était de bon ton en France de consommer des huîtres à tous les repas et actuellement encore, aucun bon dîner n’est digne de ce nom si les huîtres n’y figurent pas en bonne place.  » Docteur Jean-Victor LE GALL (Extrait de son livre Notes et Rapports N.2/ Valeur nutritive et valeur thérapeutique de l’huître, datant de 1948)

« Le déjeuner d’huîtres » 1735 Jean-François DE TROY (Musée Condé-Domaine de Chantilly)

 » Commandée en 1735 par le jeune roi Louis XV pour la salle à manger dite des retours de chasse à Versailles, ce tableau révèle les pratiques culinaires au début du XVIIIe siècle. Tranchant sur l’étiquette austère en usage à la Cour de Louis XIV où le roi mangeait seul à table, chapeau sur la tête, alors que les courtisans le regardaient debout, l’œuvre met en scène une collation qui se déroule de façon plus détendue. Les jeunes gens , qui sont uniquement de sexe masculin, car on est au retour de la chasse, dégustent en grand nombre des huîtres qu’un serviteur ouvre pour eux à genoux. Au premier plan, un rafraîchissoir à glace contient des bouteilles caractéristiques : il s’agit de champagne. Le bouchon vient de sauter ! Les domestiques ont tous la tête levée vers la colonne de gauche où l’on distingue le bouchon à mi-hauteur. Sur la table, des rafraîchissoirs individuels en porcelaine du Japon, de Messein, ou de Chantilly, permettent de rincer les verres.  » Nicole GARNIER (Commissaire du patrimoine général, directrice honoraire du Musée Condé)

En gondole … Johan Julius EXNER

 » Johan Julius Exner (1825/1910) fut l’un des meilleurs peintres romantiques danois. Dans les guerres napoléoniennes, ses sentiments patriotiques le poussèrent à se consacrer aux thèmes folkloriques, mythiques et ruraux de son pays. Il aspirait à devenir un peintre d’histoire, mais sa formation traditionnelle l’orienta, très tôt, vers le portrait et la peinture de genre. Durant des années, il peignit des scènes locales situées dans l’Île d’Arnager, au sud de Copenhague : des fermiers hollandais s’y étaient installés dès 1521, mais ils étaient largement ignorés de leur homologues danois. Les quelques grands tableaux qu’il composa représentaient des scènes tirées des mythes et du folklore classique danois.

Situé en Italie le sujet de En gondole est une anomalie dans la prolifique et illustre carrière du peintre de Copenhague. Exner a doté cette scène étrangère de son sens raffiné de l’intimité. Peint au cours d’un voyage en Europe, qui dura deux ans, ce tableau est le reflet de ce que peut penser un peintre abandonnant pour un temps ses préoccupations nationalistes.

Une jeune femme, assise à l’intérieur d’une luxueuse gondole couverte, regarde à l’extérieur. On aperçoit en face d’elle un éventail auquel est attachée une petite rose. Un gondolier baigné de lumière se penche vers le centre du tableau en un geste qui créé le mouvement et détourne subtilement l’attention du point central de l’œuvre. On entrevoit, dans le lointain, d’autres bateaux. L’effet est sensuel, onirique, comme si Exner se remémorait une scène restée dans ses souvenirs.  » Sara WHITE WILSON (Écrivain et journaliste américaine, spécialiste en art)

« En gondole » 1859 Johan Julius EXNER (Statens Musuem for Kunst / Copenhague)

Le Tailleur … Giovanni Battista MORONI

 » Giovanni Battista Moroni (1520/1578) était l’un des portraitistes les plus doués de son siècle, et ce tableau est le plus célèbre de son œuvre. Même s’il peignit une série de personnages importants, Moroni les représentait toujours avec la même humanité profonde et honnête, si frappante dans ce portrait d’un tailleur au travail.

L’artiste s’évertuait à montrer l’essence de la personnel, quel que fût son statut. Comme dans la plupart de ses portraits, le tailleur attire immédiatement notre attention en nous regardant droit dans les yeux. Ici le regard est presque hypnotique, et le visage, beau et plein de personnalité, constitue le centre de l’attention. Subtilement éclairé par en haut, il est modelé par des reflets que l’on retrouve dans les yeux.

L’expression possède une sagacité étrangement réservée. Dans ses habits, crème et rouge, le tailleur se détache sur un fond d’un gris doux et subtilement sourd que l’artiste utilisait souvent. Les vêtements, caractéristique typique de Moroni, sont peints de façons convaincante mais sans trop de détails, et l’on retrouve dans la tunique la facture économe de ses œuvres plus tardives. Même si la tête domine le tableau, Moroni équilibre le tout en peignant des rehauts scintillants sur la ceinture, les manchettes et les lames des ciseaux.

C’est le portrait d’un homme au travail, et pourtant la grâce simple et naturelle de sa pose et son visage captivant, lui donnent une présence considérable. Cette même sérénité retenue et ce détachement par rapport à l’ordinaire devaient, au siècle suivant, caractériser l’œuvre des grands peintres flamants tels que Vermeer ou De Hooch. » Ann KAY (Écrivain, rédactrice anglaise, diplômée en histoire de l’art et de littérature à l’université de Kent, graphiste à l’Université de Londres)

« Le tailleur » – 1565/70 Giovanni Battista MORONI (National Gallery de Londres) –  » Levons-nous du matin et passons la journée dans l’honnête exercice où l’âme est destinée, et consacrant à Dieu l’ouvrage de nos mains, sur ses divines lois réglons tous nos desseins. » Maître BOULAY tailleur au XVIIe siècle