Scènes vénitiennes … par Maurice PRENDERGAST

Maurice PRENDERGAST ( né en 1858 à Terre Neuve -mort d’un cancer en 1924 à New York – Une majorité de ses tableaux se trouve dans les collections du Metropolitan Museum of Art de NY, au Smithsonian American Art Museum de Washington, au Courtauld Institute of Art de Londres et à l’Art Institute de Chicago.)

«  La beauté des peintures de Prendergast est indéniable. Il y a de la délicatesse et une sorte de nonchalance que ce soit dans ses aquarelles ou ses huiles. Il a été indifférent aux visages ou autres marques d’individualité, préférant les ensembles, la communauté. Il a été aussi un très bon coloriste plein de tendresse et un excellent dessinateur.

Venise a beaucoup attiré son attention durant ses voyages. Le premier ce fut de 1898 à 1899 et le second en 1911. Il a fort bien su capter la lumière de la Sérénissime. Ce sont, du reste, ses peintures sur Venise qui l’ont amené à une certaine réputation mondiale et l’ont placé en bonne place parmi les artistes avant-gardistes de New York. Il s’est beaucoup concentré sur les ponts de Venise en donnant un nouveau style à l’architecture énigmatique de la ville.

Ce travail montre ses progrès dans la peinture abstraite et forme les prémices du modernisme pictural américain. L’interprétation de sa peinture sur Venise est un mélange assez unique de capture de l’ancien et du nouveau. » Sébastien SMEE (Critique d’art australien)

Les bulles de savon … Jean-Siméon CHARDIN

 » Chardin peignit ce jeune homme alors que Marguerite, son épouse, était souffrante. Mère de deux jeunes enfants, elle n’avait que trente-neuf ans lorsqu’elle mourut, l’année suivant ce tableau. Même sans connaître les circonstances personnelles du peintre, le spectateur contemporain aurait reconnu ses allusions au caractère transitoire de la vie symbolisée par la bulle. Chardin réalisera au moins trois, probablement, quatre versions de ce moment.

Véritable sujet du tableau, la bulle est assez bas dans la composition. Presque transparente, elle est ronde, légère, exposant son volume dans l’appui de fenêtre en pierre qui donne du poids à l’ensemble de la scène, tandis que le souffleur s’appuie de sa main gauche pour garder son équilibre. Le contraste entre la fugacité de la bulle et la chair de sa main est délibéré. La bulle a atteint des proportions énormes.

La bulle éphémère est un symbole de la vanité de la vie et des préoccupations terrestres. Il suffit de quelques secondes pour qu’elle éclate. Le garçon se penche à la fenêtre, concentré sur sa tâche. Ses cheveux sont coiffés à la mode, avec des boucles et un catogan noué par un ruban, mais sa veste est déchirée. Les rehauts et les ombres créent l’illusion que son visage sort du plan du tableau. A côté, les yeux écarquillés d’émerveillement, un petit garçon observe la bulle avec une attention ravie. C’est peut-être le frère du souffleur de bulle. Son petit nez affleure à peine le rebord et il est peint avec des contours moins nets, ce qui indique qu’il se trouve à l’intérieur, plus sombre. La plume de son chapeau équilibre les feuilles de lierre de l’autre côté du tableau.

Génie des natures mortes, Chardin commença par peindre des objets inanimés, des légumes, des fruits, du gibier, des articles de cuisine. Ici sa représentation de l’eau savonneuse dans le verre, avec une paille, renvoie des reflets jusque sur le bord du verre et tranche sur les tons brun-chaud de la toile. Ce style influença le travail d’artistes comme Cézanne. Chardin fut célébré par ses contemporains pour son souci du détail, qu’il construisit en superposant les glacis lumineux. Ici la lumière provient de la gauche et projette des ombres sur la droite. Des tâches vives de lumière tombent sur le verre et sur la tête,  le col et les poignets de la chemise du garçon. Les surfaces sont animées de minuscules touches, presque imperceptibles, de rouge ou de bleu vif, mais dans l’ensemble le tableau décline  une harmonie restreinte, mais subtile, de trois couleurs : gris, brun, vert. Le fond gris-froid contraste avec le brun-chaud de la veste du garçon.

Contrairement aux peintres du XVIIIe siècle qui utilisaient de la peinture diluée et des touches invisibles, Chardin posait sa peinture en touches épaisses et animées, créant une texture propre qui donnait au tableau une qualité tactile presque sculpturale, visible dans la dureté de la pierre et la texture des vêtements.  » Susie HODGE ( Historienne de l’Art, journaliste anglaise, auteur de nombreux ouvrages sur l’explication de chefs-d’oeuvres picturaux.)

CHARDIN BULLES DE SAVON
 » Les bulles de savon  » 1733/1734 – Jean-Baptiste Siméon CHARDIN ( National Gallery of Art / Washington – Etats Unis

Les danseuses de DEGAS …

  » Ses danseuses sont, comme il le dit lui-même, non point de simples tableaux ou de simples études, mais des méditations sur la danse. Il en a rendu, avec une netteté, une suite terrible dans l’esprit, une ténacité dans l’observation, une cruauté dans l’exécution, les formes gracieuses, ou voluptueuses, ou douloureuses, et avec une telle intensité d’expression que quelques-unes semblaient de véritables suppliciées. Et l’on voit sous leur ballons de gaze claire, dans les lumières blondes et les clartés violentes qu’il jette, ces pauvres corps torturés par ces durs exercices qui broient les chairs et qui, souvent, ne sont indiqués que par les apophyses brossant le maillot rose. » Octave MIRBEAU (Écrivain, critique d’art et journaliste français – Extrait de son ouvrage Degas en 1884 )

 »  » Pourquoi je peins la danse ? C’est le mouvement des gens et des choses qui nous console. Si les feuilles des arbres ne bougeaient pas, les arbres seraient infiniment tristes et leur tristesse serait la nôtre. » ….  Aucun art n’est aussi peu spontané que le mien. Ce que je fais est le résultat de la réflexion et de l’étude des grand maîtres, de l’inspiration, la spontanéité, le tempérament, je ne sais rien. » Edgar DEGAS ( Peintre français)

Le Petit Trianon & le Pavillon français …

« Le règne de Louis XV n’a rien apporté aux jardins de Versailles, si ce n’est le remodelage du bassin de Neptune et l’achèvement de son décor sculpté dans le style monumental du règne de Louis XIV. En revanche, au domaine de Trianon, où Louis XV peut mener un genre de vie plus conforme à son tempérament et à ses goûts, les adjonctions sont importantes. Le roi, bien secondé par Ange Jacques Gabriel, est ici son propre architecte. Mais le style si cohérent des travaux engagés à Trianon doit beaucoup à Madame de Pompadour que l’on prend parfois pour la muse du rococo alors qu’elle a été, au contraire, l’inspiratrice d’un retour à un meilleur goût.

Le Petit Trianon commencé en 1760 n’est achevé qu’en 1764 à la mort de Madame de Pompadour, à qui il était destiné. Son premier occupant sera Marie-Antoinette : ce sera le cadeau que fera Louis XVI à sa jeune épouse. Le Petit Trianon est probablement inspiré des projets primés par le concours de l’Académie d’architecture en 1758, lesquels comptent parmi les premiers effets de la reprise en mains de l’école française menée par Marigny.

Le Petit Trianon : Louis XVI offre une clé sertie de 531 diamants à sa jeune épouse Marie-Antoinette faisant ainsi d’elle la propriétaire des lieux. Elle va appeler à ses côtés l’architecte Richard Mique, lequel va réaliser pour elle des nouvelles constructions ( des Fabriques ) comme le Temple de l’amour ou le Théâtre de la Reine . Le Petit Trianon a été son refuge, loin de l’étiquette, loin de la Cour et de Versailles. La Révolution en fera une auberge. Napoléon ou plus exactement sa soeur Pauline et son épouse Marie-Louise vont le faire renaître. L’impératrice Eugénie, femme de Napoléon III, avait une admiration sans borne pour Marie-Antoinette. Elle fera du lieu un musée à sa mémoire en 1867.
Le Temple de l’amour est une fabrique construite dans le jardin anglais par Richard Mique à la demande de Marie-Antoinette. Entièrement restauré en 2006.
Au centre de la rotonde il y a une sculpture L’amour se taillant un arc dans la massue d’Hercule. Il s’agit d’une copie réalisée par Louis Philippe Mouchy en 1778/80 d’après le modèle original de Edmé Bouchardon ( plâtre en 1738 – marbre 1754  ce dernier se trouve désormais au musée du Louvre à Paris )

Le Pavillon français ( 1749 ) est l’exemple accompli du style Gabriel. C’est un pavillon de repos construit à Trianon au plus près d’une ménagerie créée par Louis XV et principalement vouée à la sélection des plus belles et des plus rares espèces de gallinacés. Ce pavillon s’appelait d’ailleurs primitivement le Pavillon de la ménagerie. Il a emprunté le nom qu’on lui donne aujourd’hui, au jardin français ( Jardin du roi ). En vérité, le jardin est moins français que ne l’est le pavillon lui-même. Les élévations sont empruntées au Trianon de marbre voisin. Elles illustrent l’idéal architectural de Louis XV. » Jean-Marie PÉROUSE DE MONTCLOS (Historien de l’architecture, français)

PAVILLON FRANCAIS
Le Pavillon français fut l’un des premiers bâtiments a être construit à Trianon à la demande du roi Louis XV. Ce dernier venait s’y reposer et avec Mme de Pompadour . Tous deux  y donnaient, le soir, des concerts ou des dîners auxquels étaient conviés quelques privilégiés.

Les trois Grâces …

 » Pourquoi y-a-t-il trois Grâces et pourquoi sont-elles soeurs ? Pourquoi se tiennent-elles par la main ? Pourquoi ont-elles le sourire, la jeunesse, la virginité, une rose sans ceinture et transparente ?  Les uns veulent faire croire qu’il y en a une pour adresser le bienfait, une autre pour le recevoir, une troisième pour le rendre ; selon d’autres il y aurait trois sortes de bienfaisance qui consistent respectivement à obliger, à rendre, à recevoir et à  rendre tout à la fois.

Pourquoi les mains sont-elles entrelacées en cette ronde qui revient sur elle même ? Parce que le bienfait forme chaîne et, tout en passant de main en main, ne laisse pas de revenir à son auteur, et, que l’effet d’ensemble est détruit s’il y a quelque part solution de continuité, tandis que la chaîne est fort belle si elle n’est pas interrompue entre temps et si elle perpétue la succession des rôles. Toutefois, l’aînée a une situation privilégiée comme, en bienfaits, celui qui commence.

Elles ont un air joyeux, comme ordinairement celui qui donne ou celui qui reçoit ; elles sont jeunes parce que le souvenir des bienfaits ne doit pas vieillir ; vierges, parce qu’ils sont sans tache, sans mélange, vénérables pour tout le monde. Ils ne sont, à aucun degré, un lien, une gêne ; aussi les robes qu’elles portent n’ont-elles pas de ceinture, et elles sont transparentes parce que les bienfaits ne craignent pas les regards …  » SENÉQUE ( Philosophe, dramaturge, homme d’état romain ) – Extrait de son ouvrage De beneficiis (Des bienfaits)  –  »

Les Trois Grâces – Sculpture de marbre réalisée par Antonio CANOVA, représentant Euphrosine, Aglaé et Thalie – L’ensemble se trouve au musée de l’Ermitage à Saint Pétersbourg
LES TROIS GRACE SANDRO BOTTICELLI détail du Printemps
  Les trois Grâces   ( détail du tableau Primavera-Printemps) – 1478/82 – Sandro BOTTICELLI

Pygmalion au pied d’une statue qui s’anime …

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 » Pygmalion au pied d’une statue qui s’anime ( dit aussi Pygmalion et Galatée ) – 1761 – Etienne Maurice FALCONET ( Musée du Louvre / Paris – France )

« Ô la chose précieuse que ce petit groupe de Falconet ! Voilà le morceau que j’aurais dans mon cabinet si je me piquais d’avoir un cabinet. Ne vaudrait-il pas mieux sacrifier tout d’un coup ? Mais laissons cela. Nos amateurs sont des gens à breloques ; ils aiment mieux garnir leurs cabinets de vingt morceaux médiocres que d’en avoir un seul et beau. Le groupe précieux dont je veux vous parler, il est assez inutile de vous dire que c’est le Pygmalion au pied de sa statue qui s’anime. Il n’y a que celui là au Salon et de longtemps il n’aura de second.

La nature et les Grâces ont disposé de l’attitude de la statue. Ses bras tombent mollement à ses côtés ; ses yeux viennent de s’entrouvrir  ; sa tête est un peu inclinée vers la terre ou plutôt vers Pygmalion qui est à ses pieds  ; la vie se décèle en elle par un sourire léger qui effleure sa lèvre supérieure. Quelle innocence elle a  ! Elle est à sa première pensée  : son cœur commence à s’émouvoir, mais il ne tardera pas à lui palpiter. Quelles mains  ! quelle mollesse de chair  ! Non, ce n’est pas du marbre  ; appuyez-y votre doigt, et la matière qui a perdu sa dureté cédera à votre impression. Combien de vérité sur ces côtes  ! quels pieds  ! qu’ils sont doux et délicats  !Un petit Amour a saisi une des mains de la statue qu’il ne baise pas, qu’il dévore. Quelle vivacité  ! quelle ardeur  ! Combien de malices dans la tête de cet Amour  ! Petit perfide, je te reconnais  ; puissé-je pour mon bonheur ne te plus rencontrer.

Un genou en terre, l’autre levé, les mains serrées fortement l’une dans l’autre, Pygmalion est devant son ouvrage et le regarde ; il cherche dans les yeux de sa statue la confirmation du prodige que les deux lui ont promis. Ô le beau visage que le sien ! Ô Falconet ! Comment as-tu fait pour mettre dans un morceau de pierre blanche la surprise, la joie et l’amour fondu ensemble ? Émule des dieux, s’ils ont animé la statue, tu en as renouvelé le miracle en animant le statuaire. Viens que je t’embrasse ; mais crains que, coupable du crime de Prométhée, un vautour ne t’attende aussi.  »

Denis DIDEROT (Écrivain, philosophe, encyclopédiste français –  Extrait de son compte-rendu dans Salon datant de 1763 –  Diderot exprimait son avis sur différentes œuvres, dans ces ouvrages lors des expositions organisées par l’Académie Royale de peinture et sculpture qui avaient lieu dans le Salon Carré du Louvre tous les deux ans depuis 1750 jusqu’en 1783.

Femme jouant de la guitare … VERMEER

 » Avec ses couleurs lumineuses, ses contours nets et ses effets de lumière, Femme jouant de la guitare est un exemple du style plus tardif et plus connu de Vermeer. Moins soucieux de représenter des détails précis, il travailla en touches libres pour insister davantage sur les couleurs que sur les détails, en modelés subtils de tons plutôt qu’en contrastes marqués, et avec une expression plus optimiste, moins sombre que ses tableaux antérieurs.

 » Femme jouant de la guitare  » 167072 env. Jan VERMEER (Kenwood House à Londres)

Si l’on a suggéré que le modèle pouvait être Maria, la fille aînée de Vermeer, il ne s’agit pas pour autant d’un portrait ou d’une représentation de l’environnement domestique du peintre. L’expression de la jeune femme est franche et détendue. Elle paraît sourire à quelqu’un qui se trouve hors tableau. Rien ne trahit sa personnalité ; elle forme davantage un motif qu’une personne : les perles qui brillent autour de son cou, les boucles de ses cheveux qui se découpent contre le mur.

Le tableau que l’on voit sur le mur reprend le style du paysagiste du Siècle d’or hollandais Jan Hackaert. Derrière la jeune femme, le feuillage fait écho à ses boucles, suggérant qu’elle est la femme idéale décrite dans de nombreux poèmes du XVIIe siècle comme chef d’œuvre ou le miracle de la nature.

Vers la fin du XVIIe siècle, il était courant d’accompagner le chant par la guitare, plus sonore que le luth qui produisait un son plus vif. La présente d’une guitare baroque dans le tableau donne à celui-ci une modernité facilement compréhensible pour le spectateur contemporain.

Ce tableau, comme indiqué ci-dessus, est un modèle du style tardif de Vermeer avec des contours fluides, une touche calligraphique et de la peinture diluée. Les accents de couleurs et les touches presque abstraites décrivent les formes et les motifs tout en traduisant vitalité et réalisme. Au départ, Vermeer appliquait un apprêt sur la toile, puis plusieurs couches de fond gris-brun (craie, blanc de plomb, terre d’ombre et fusain dans une émulsion d’huile et de colle). Il posait ensuite une sous-couche de brun et peignait la scène en glacis successifs.

Les couleurs lumineuses utilisées par Vermeer créent une lueur chaude. Il définissait avec précision les contours des plages de couleurs, mais sa palette était plutôt réduite. Il posait avec parcimonie du vermillon sur les joues de la jeune fille et sur la tranche du libre posé derrière elle.

Vermeer soignait les motifs en les associant à des contours et des modelés subtils. Il variait la consistance de ses huiles et posait des couches épaisses qui lui permettaient de jouer sur les textures, comme à l’extrémité du pouce de la jeune fille ou les couleurs diluées pour les modelés plus fins.

Dans sa globalité, ce tableau affiche une collection de motifs finement ouvragés. Ainsi le collier de perles a d’abord été défini par une bande de blanc-vert très pâle, puis des touches blanc rosé et enfin, des points plus épais de même couleur pour les reflets des perles.  » Susie HODGE (Historienne de l’art, journaliste et auteur de différents ouvrages sur la peinture)

L’invitation au voyage de Roger SURAUD …

Roger SURAUD (1938-2016)

Roger Suraud est un peintre très talentueux, un maître dans la peinture dite philosophale. Un merveilleux metteur en scène qui offre des œuvres fortes, mystérieuses, insolites, surréalistes, spirituelles, symboliques, résultat de son questionnement méditatif sur la vie, l’homme, la création.

C’est à la fois démesuré mais très harmonieux . On sent qu’il a fait des études d’architecture (premier prix des Beaux Arts à deux reprises dans les années 50) tant ses toiles sont très bien construites niveau de la perspective.

Il est né en 1938 à Saint-Etienne. On peut dire qu’il est tombé dans la marmite de l’art à sa naissance compte tenu du fait que son père et son grand-père étaient tous deux sculpteurs. Lui va choisir, au départ, l’architecture avant de laisser la règle, le compas, le rapporteur et crayon pour se tourner vers le pinceau, la toile, et les tubes de peinture.

Il est décédé en 2016. Ses toiles ont eu (et continuent d’avoir) énormément de succès faisant de lui le chef de file de l’École philosophale de peinture. Ses tableaux aux décors (souvent baroques ) somptueux sont très prisés par les collectionneurs que ce soit en France ou à l’étranger.

Божественный лик Искусства / Роже Сюро. Обсуждение на LiveInternet -  Российский Сервис Онлайн-Дневников

La terre …

 » Quand j’ai tourné pour la première fois autour de la terre dans un vaisseau spécial, j’ai vu combien notre planète était belle. Préservons et augmentons cette beauté sans la détruire !  » Youri GAGARINE (Aviateur, cosmonaute russe – Le premier qui a effectué un vol dans l’espace en 1961 (Mission Vostok)

 » Gaïa «  Une sculpture gonflable, œuvre symbolique, assez monumentale, représentant la terre, réalisée par Luke JERRAM, artiste anglais : sept mètres de diamètre, avec une surface imprimée de photos provenant de la Nasa. Elle fait le tour du monde. Actuellement et jusqu’au 8 novembre 2020 vous pouvez la voir au Centre commercial de Beaugrenelle dans le 15e arr. de Paris (Photo ci-dessus) . Crée comme une interrogation sur l’avenir de notre planète, elle est censée nous montrer toute sa fragilité. » J’espère que les visiteurs de Gaïa pourront voir la terre comme de l’espace, un endroit incroyablement beau et précieux. Un écosystème dont nous devons nous occuper de toute urgence, notre seule maison » Luke JERRAM

Artemisia …

 » Ma qualité de femme laisse le doute tant que l’on a pas vu mes œuvres, mais votre Seigneurie illustrissime découvrira un cœur de César dans une âme de femme …  » Artemisia GENTILESCHI ( Extrait d’une lettre écrite à son mécène Don Antonio RUFFO)

ARTEMISIA Autoportrait
 » Autoportrait en allégorie de la peinture «  1639 env. Artemisia GENTILESCHI

Du 3 octobre 2020 au 24 janvier 2021 , la National Gallery de Londres met à l’honneur une peintre magnifique : Artemisia Gentileschi. Une occasion pour moi de vous parler d’elle. Bien qu’elle n’ait pas été  la seule femme à exercer le dur métier de peintre à son époque, on dit qu‘  » elle fut l’unique en Italie qui ait  su ce qu’était la peinture, la couleur et la texture ‘‘ (propos tenus par l’historien de l’art Roberto LONGHI lors de la découverte de son œuvre en 1916), la première a être acceptée à l’Académie de dessin de Florence.

Au génie artistique de cette ambitieuse, féministe avant l’heure, s’est ajouté un destin tragique, tourmenté, et des amours passionnés. Elle sera reconnue et réputée de son vivant, complètement oubliée après sa mort.

Artemisia est née à Rome en 1593.  Elle est la fille aînée d’un peintre originaire de Toscane, Orazio Gentileschi. Sa mère meurt alors qu’elle n’a que douze ans. Élevée sans instruction, on lui laisse la lourde tâche de s’occuper de ses frères et de la maison. Parallèlement à cela, elle adore traîner dans l’atelier de son père, non seulement pour y dessiner, mais faire comme les autres apprentis : apprendre à moudre les pigments, préparer les pinceaux, voire même en fabriquer, et manier les couleurs.

ARTEMISIA Orazio par VAN DYCK
Orazio GENTILESCHI par VAN DYCK

La possibilité qu’une femme puisse faire carrière dans la peinture à son époque, était quasi inexistante. Ajoutons à cela que même si son père s’aperçoit très vite qu’elle est douée et qu’il ne la dissuadera pas dans cette passion picturale qui l’habite,  il ne lui permettra pas, au départ, de pratiquer son art en dehors des murs de son atelier. Mais la jeune fille n’en a que faire, elle persiste, affine sa technique, profite des nombreux contacts qui viennent chez son père, copie des grands artistes de son temps avec une préférence claire et nette pour l’un d’entre eux :  Le Caravage. De lui, elle aura les contrastes lumineux, les corps auréolés d’ombre, les gestes violents, la vibration des couleurs etc…

Elle a un don pour le dessin et la peinture, notamment dans les nus et les portraits. Compte tenu qu’elle ne peut avoir de modèle (elle est celui de son père à l’occasion) elle se sert de son propre corps pour travailler . Sa touche est très réaliste, elle excelle dans le clair-obscur et signe à 17 ans, son premier chef-d’œuvre : Suzanne et les Vieillards.

ARTEMISIA Suzanne et les vieillards 1610
 » Suzanne et les vieillards  » 1610 – Artemisia GENTILESCHI

Brillante, elle ne peut malheureusement prétendre , en sa qualité de femme, à  entrer à l’École des Beaux-Arts de Rome. Complètement illettrée, son père décide de lui trouver un précepteur et professeur personnel. Il choisit un peintre,  Agostino Tassi. Un choix qui va se révéler désastreux et dramatique : ce dernier la viole de façon extrêmement brutale en 1611 et la soumet, durant des mois, à des relations tout aussi violentes accompagnées de sévices ( brûlures notamment). Elle le menace avec un couteau, par peur du scandale il lui promet le mariage. Une promesse qu’il ne tiendra pas compte tenu du fait qu’il est déjà marié !

Elle dévoile toute la vérité à son père qui, un an plus tard, porte plainte contre Tassi pour laver l’honneur de sa fille. Ce n’est toutefois pas un procès pour viol qui s’en suivra , mais un procès pour défloration par la force avec promesse de mariage non tenue.

Lors des retentissantes audiences qui passionneront toute la ville de Rome, non seulement elle devra raconter la scène de son viol en détails, le fait qu’elle ait voulu le poignarder, entendre Tassi nier qu’elle était vierge et qu’il l’avait déflorée de façon violente, dire qu’elle n’était qu’une aguicheuse, une putain qui couchait avec son propre père, mais également se soumettre à des examens intimes douloureux et subir le supplice dit des sibili à savoir les doigts serrés à l’extrême dans des lacets pour savoir si ce qu’elle affirmait était bien la vérité. Elle maintiendra courageusement sa version jusqu’au bout.

Tassi est reconnu coupable, mais l’homme a des relations haut-placées, lesquelles vont lui permettre d’être dispensé de toute peine. Elle ressortira de ce procès complètement épuisée, avec en elle violence et une forte envie de vengeance. De ces ressentis, naîtra Judith décapitant Holopherne qui traduit très certainement tout cela.

ARTEMISIA Judith décapitant Holoferne 2
 » Judith décapitant Holoferne  » 1612  Artemisia GENTILESCHI

La thématique de la femme abusée, soumise, objet sexuel etc… sera un de ses sujets favoris puisque sur la soixantaine de toiles retrouvées, une quarantaine sont des femmes (même ses saintes sont des martyrs) . Un sujet qui, très probablement, l’a elle-même sauvé  car ce fut comme une sorte de thérapie. En peignant cela, elle a réglé ses comptes aux hommes qui ne connaissent que la violence, et elle a, en quelque sorte, donné la parole aux femmes, rendant leur honneur à ses  victimes en mettant leur beauté et leur  sensualité au service de son art.

ARTEMISIA Yael 1620
 » Yaël et Sisra  » 1620 – Artemisia GENTILESCHI

Après le procès, son père la contraint à se marier très vite. C’est ainsi qu’elle épouse, sans amour, un peintre : Pietro Antonio Stiattesi. Elle quitte Rome et sa famille en 1614 pour s’installer à Florence, avec en mains une recommandation d’Orazio à la grande duchesse Christine de Lorraine, mère de Cosme II Médicis  :  » Artemisia est devenue si habile que je n’ai aucun mal à affirmer qu’elle est aujourd’hui sans égal. Elle produit, en effet, des œuvres qui démontrent un degré de compréhension que même les grands maîtres de la profession n’ont peut être pas atteint  » lui écrit-il.

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Une fois sur place, et à force de volonté et de travail, elle apprend à lire, écrire, étudie la poésie, fréquente les cercles d’érudits, de peintres, de musiciens, de savants, de scientifiques, lesquels vont lui apporter une certaine culture. De plus, elle est belle, a du charme, est brillante dans son art et en fascine plus d’un. Elle finira par être acceptée à l’Académie de dessin de Florence et recevra, par la suite, des commandes importantes notamment de la part du grand duc de Toscane Cosme II Médicis.

Elle aura quatre enfants : deux filles et deux garçons. L’une d’entre elles serait le fruit de ses amours adultérines. Elle tombera, en effet, éperdument amoureuse d’un jeune noble intellectuel : Francesco Maria Maringhi qui deviendra son protecteur dans le monde de la peinture florentine. Ils vont vivre une passion enflammée. Non seulement il l’aime, mais paie souvent ses dettes. C’est grâce à lui qu’elle pourra avoir ses entrées dans la noblesse de la ville.

ARTEMISIA Simon Vouet portrait d'un jeune homme
Il semblerait que ce «  Portrait d’un jeune homme  » soit celui de Francesco Maria Maringhi. Il a été peint par Simon VOUET

Malgré les nombreuses et prestigieuses commandes qu’elle a du mal à honorer, elle est l’objet de rumeurs pas toujours bienveillantes et n’arrive pas à faire face à ses  nombreuses dettes. Il faut dire qu’elle est assez dépensière. Elle décide de quitter Florence, se sépare de son mari, de son amant, et retourne chez son père. Ses frères et lui ne la reçoivent pas très bien. Elle est souvent insultée, voire même battue et mise à la porte peu de temps après.

Se retrouvant seule,  elle se met à peindre de façon frénétique jour et nuit. Ses tableaux sont remarqués par le pape Grégoire XV Ludovisi qui va l’employer. Cardinaux, princes, sénateurs et personnalités en vue dans l’aristocratie romaine lui commandent des portraits mais aussi des nus dont ils sont friands. De cette époque naissent un grand nombre de tableaux de femmes à qui elle transmet, bien souvent,  la force, l’indépendance, la rage  qui sont en elle.

ARTEMISIA pape Grégoire par LE GUERCIN
 » Portrait du pape Grégoire XV  » par Giovanni Francesco BARBIERI dit LE GUERCHIN (Guercino)

ARTEMISIA Lucrèce 1620
«  Lucrèce » 1623/1625 Artemisia GENTILESCHI

ARTEMISIA La mort de Cléopâtre
 » Cléopâtre  » 1635 env. Artemisia GENTILESCHI

ARTEMISIA Marie Madeleine 1621
 » Marie-Madeleine  » 1621 – Artemisia GENTILESCHI

ARTEMISIA Judith et sa servante 1618 2
 » Judith et sa servante  » 1618 env. Artemisia GENTILESCHI

A Rome, elle devient l’amie du peintre français Simon Vouet, lequel dira avoir été fortement impressionné par toute la liberté d’expression et le talent de cette jeune femme. Ils bénéficieront tous deux de la protection du Cavalier Cassiano Del Pozzo qui deviendra conseiller du cardinal Francesco Barberini , une distinction dont bénéficieront Vouet et Artemisia et qui les projettera sur le devant de la scène artistique à Rome.

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ARTEMISIA Portrait d'Artemisia 1625 par Simon VOUET
 » Artemisia Gentileschi  » 1623/1625  par Simon VOUET

Avec le temps elle comprend qu’il faut qu’elle fasse évoluer sa peinture vers quelque chose de plus religieux, plus spirituel, comme des fresques, des retables etc… Ne pouvant y accéder, comme son ambition le projette, que ce soit à Rome, voire même à Venise, elle se rend à Naples en 1630. Elle y restera jusqu’à son décès en 1653.

ARTEMISIA Adoration des mages 1636 37
 » Adoration des mages  » 1636/37 Artemisia GENTILESCHI 

Sur place, elle entretiendra une liaison avec le Duc d’Alcala, vice-roi de Naples, ouvrira un atelier où viendront l’assister ses deux filles. La production de cette époque est remarquable, brillante, non seulement dans ce qu’elle peint à Naples, mais également pour les résidence et palais de Philippe IV d’Espagne qui l’appellera auprès de lui.

Elle va acquérir au fil des mois, une renommée internationale : Charles Ier d’Angleterre fait appel à elle pour terminer les travaux picturaux dans la Queen’House de Greenwich, travaux qui avaient été commencés par son père. Ils travailleront donc un temps ensemble, mais il décédera peu de temps après. Elle ne restera le temps de finir son travail puis retournera à Naples en 1640.

Artemisia Gentileschi a formé des élèves talentueux, notamment celui qui deviendra très célèbre à Naples : Bernardo Cavallino.

En proie à de continuels soucis financiers et une santé fragile en raison de nombreuses infirmités, elle meurt en 1656 à Naples et sera enterrée en l’église San Giovanni dei Fiorentini. Sa tombe a malheureusement disparu lors de la reconstruction de ladite église.

Comme, malheureusement, un grand nombre de peintres et artistes, elle fut oubliée durant des siècles, puis re-découverte réellement au XXe siècle grâce à l’historien Roberto Longhi qui a permis que l’on s’intéresse à elle de façon assez intense, ce qui permettra d’aboutir à des nombreuses expositions. Il faudra , malgré tout, beaucoup de temps, pour que le marché de l’art revoit à la hausse et revalorise ses magnifiques tableaux.

ARTEMISIA Pierre DUMONSTIER LE NEVU 1620 MAIN DROITE ARTEMISIA
 » Main droite d’Artemisia tenant un pinceau  » – Pierre DUMONSTIER 1625

ARTEMISIA Allégorie de l'inclinaison à l'art
 » Allégorie de l’inclinaison à l’art  » – Artemisia GENTILESCHI 

 » La joueuse de luth  » Artemisia GENTILESCHI