Nature morte au Cupidon de plâtre …

 » Si ce moule en plâtre de Cupidon semble disproportionné, c’est parce que Cézanne l’a peint depuis plusieurs angles : d’abord vu d’en haut, de sorte que la tête semble plus grosse que les pieds. Il construit ensuite l’image en tournant légèrement autour, peignant des petites zone depuis chaque angle, d’où l’aspect déformé. Il s’agit d’un moule pour une sculpture de Pierre Puget.

Alors que dans le sud de la France, Cézanne aurait pu représenter des fruits et légumes plus méditerranéens, il se concentre sur des éléments de base car le sujet est ici moins important que la méthode. Trois pommes dans un plat blanc, une autre devant, sur une table, et un oignon derrière le tout répètent les formes arrondies. L’artiste ne cherche en rien à créer l’illusion de vrais fruits. Il recrée des formes en trois dimensions sur une surface plane, soulignant les formes, les couleurs et les espaces qui les séparent.

Sur la gauche du tableau on remarque une peinture dans la peinture, Nature morte à la bouteille de menthe(1890/94) – Deux pommes et un verre sur un tapis bleu. Les couleurs et le sujet mêlent les éléments réels et peints, ajoutant à l’orientation déroutante de l’image, tandis que la prédominance du bleu projette le Cupidon vers l’avant.

Des bleus froids sont ici utilisés pour les zones d’ombre ou en retrait, tandis que les couleurs chaudes : rouges, jaunes et orangés, sont employées pour les formes arrondies. Ce contraste de couleurs crée une organisation spatiale complexe. La palette comprend le noir, l’ocre-jaune, et le rouge d’Italie.

Cézanne travailla sur un papier avec un apprêt crème, puis il dessina les contours au graphite avant de le couvrir d’un mélange dilué de bleu outre-mer. Avant que les contours ne soient secs, il appliqua la peinture dans le frais, sur la toile. Ensuite il posa une fine couche opaque en suivant les contours contrastés.

Cézanne donna des coups de pinceaux discrets, méthodiques, pour souligner les formes. Ses fines couches laissent parfois entrevoir l’apprêt-crème pour définir les reflets. Il entraîna certains contours outremer vers les couleurs voisines pour créer des tons plus profonds.

L’utilisation de sa gamme de gris permit à Cézanne de sculpter l’image, de créer une impression de profondeur sans faire appel à la perspective linéaire traditionnelle. Des touches de couleurs délicatement mêlées rendent la lumière diffuse de l’atelier. Ses coups de pinceau variés réhaussent l’effet de Solidité. « Susie HODGE (Historienne de l’art, journaliste et auteure de plusieurs ouvrages sur la peinture)

« Nature morte au Cupidon de plâtre » Paul CÉZANNE (1895- The Courtauld Institute of Art de Londres)

A la découverte de Frans HALS …

 » Frans Hals était essentiellement un peintre de portraits. Nul n’a senti, comme lui, la nécessité, tout en demeurant vrai, sincère et précis, de faire passer dans l’apparence des choses, ou des gens, le frisson mystérieux de la vie. Nul n’a mieux compris qu’il n’était pas nécessaire, pour animer les figures, d’en transformer la ressemblance. Il a su laisser pressentir, par son exemple, que tous les objets palpables et visibles, animés ou non d’un souffle propre, se magnifient quand on leur donne leur valeur d’expression et que le problème de l’artiste est de la découvrir, de la mettre en lumière. En d’autres termes, l’intérêt d’une peinture réside moins objectivement dans la chose représentée que dans l’œil, le sentiment, le travail du peintre. Frans Hals ne s’inquiétait des souffrances, des joies des personnages dont il peignait les portraits, que dans la mesure où les traces de ces souffrances et de ces joies étaient empreintes dans les traits visibles de leurs physionomies. Il n’a pas mis dans son œuvre l’anxiété et la fièvre d’un Rembrandt, mais son esprit ne fut, néanmoins, pas flegmatique. » André FONTAINAS (Homme de Lettres, poète, écrivain et critique français)

Copie d’un autoportrait de Frans HALS , lequel datait de 1648 et 1650 – Une quinzaine de copie ont été faites –

Avant de vous parler de cet incroyable peintre, j’aimerai ouvrir une petite parenthèse sur l’époque dans laquelle il a travaillé, à savoir celle du Siècle d’Or de la peinture hollandaise (XVIIe siècle). En Juillet 1581, les sept provinces des Pays-Bas, autrefois placées sous l’autorité du roi Philippe II d’Espagne, obtiennent leur indépendance. Ce pays va acquérir une incroyable prospérité, une forte puissance maritime , un bel essor économique. Tout cela va incontestablement profiter aux artistes, à l’épanouissement de la culture, des arts et des Lettres. La haute bourgeoisie est assez riche pour faire travailler les peintres. Ils ne furent pas les seuls, car les riches paysans eux aussi achetaient, couvraient les murs de leurs confortables fermes de tableaux. On aimait les natures mortes, les paysages, les scènes de genre, et surtout on raffolait des portraits. La production picturale de cette période est très importante.

Hals a été un très talentueux portraitiste de ce siècle d’or hollandais, un merveilleux coloriste, un dessinateur génial, l’inventeur d’une technique picturale d’une grande modernité pour son époque, laquelle va en influencer plus d’un après lui. Il a joué un rôle très important dans l’évolution du portrait de groupe. Son travail a été fortement apprécié et admiré, non seulement par ses confrères, mais également par les impressionnistes et les peintres réalistes, bien des siècles plus tard. Manet, Van Gogh, Courbet, Cézanne (le premier et le dernier ayant énormément apprécié sa façon de peindre par petites touches) et bien d’autres n’ont cessé de lui trouver de nombreuses qualités, comme celle par exemple de peindre d’un coup, de façon très instantanée dirons-nous, sans retouche.

 » J’ai surtout admiré les mains de Hals, des mains qui vivaient, mais n’étaient pas terminées  » (Van Gogh va s’enthousiasmer des talents de coloriste de Hals, notamment dans l’emploi du noir,  »en 27 tons différents » précisait-il. Il dira à propos de son travail : c’est aussi beau que du Zola, en plus sain et plu gai, mais aussi proche de la vie« 

Au travers de ses différents tableaux, on peut réellement sentir qu’il a fait preuve d’une maîtrise incroyable, d’une grand justesse oculaire. Sa touche est sûre, rigoureuse, sa main virtuose et habile dans l’art de la gestuelle et du trait des visages. Il y a beaucoup d’expressivité, de lucidité, de réalisme dans le sérieux, le caustique ou le comique. Il traite les visages avec beaucoup de naturel et l’impression générale attrayante amène à dire que ces personnages semblent « vivants« .

Une atmosphère heureuse, spontanée, gaie, pleine de fraîcheur ressort de ses différents portraits. Le sourire, voire même le rire (sous toutes ses formes) le côté malicieux, insouciant, et désinvolte, furent sa marque de fabrique. Lui-même avait, semble t-il, une solide réputation de bon vivant aux frasques multiples.

 » Portrait d’un pêcheur ( ou Homme avec une cruche de bière ) » 1630 Frans HALS
« Portrait de Catarina Hooft et sa nourrice » 1619/1620 – Frans HALS

S’il a eu du succès auprès de celles et ceux qu’il peignait et qui, du coup, le recommandaient à d’autres, c’est très certainement parce qu’il savait mieux que personne capter leur façon d’être et de penser. Il a gagné beaucoup d’argent, mais il en a énormément dépensé. De ce fait, lorsqu’il fut un peu moins demandé et connu, eh bien il se retrouvait couvert de dettes. Il fut même obligé de vendre une grande partie de ses biens pour pouvoir s’acquitter de tout ce qu’il devait. On l’a même dit sans aucune ressource dès 1662.

« Le joueur de Rommelpot » 1618/1622 – Frans HALS

Frans Hals est né à Anvers en 1582 ou 1583. Il a eu un frère, Dirck, qui lui aussi deviendra peintre. Son père était un marchand de draps. Il est encore un tout petit garçon lorsque la famille quitte Anvers (sous la domination espagnole) pour Haarlem où il restera jusqu’à la fin de sa vie.

Il va très vite montrer un grand intérêt pour la peinture et prendra ses premiers cours auprès de Karel Van Mander un peintre maniériste. Pour autant, on ne peut pas dire que ce soit son maître qui ait influencé son travail. Il a beaucoup plus été inspiré et proche de la peinture de Jacob Jordaens par exemple.

Peu de temps avant la trentaine, Hals ouvrira son propre atelier. C’est à cette époque qu’il épouse Anneke Harmendr avec laquelle il aura des enfants mais dont un seul survivra. Elle décède en 1615 en mettant au monde le deuxième. Il se re-mariera en 1617 avec Lsybeth Reyniers qui lui donnera de très nombreux enfants dont certains deviendront peintres comme lui.

Il va très vite faire du portrait sa spécialité et aura une solide réputation en tant que tel. Dans un grand nombre d’entre eux, on ignore l’identité des personnages qui sont peints. Les portraits dits  » de famille «  c’est un souhait des commanditaires. Ils ont vu le jour aux Pays-Bas dans le début du XVIe siècle. On souhaitait immortaliser les différents membres d’une même famille, un peu comme on ne ferait de nos jours avec une photographie. Par ailleurs, c’était aussi une façon de montrer le statut social. Hals a été très apprécié dans ce genre d’exercice, et s’il l’a été ce fut pour son audace, son inventivité, son assurance aussi. Il les peignait dans différents décors : soit dans l’intimité de leur intérieur, soit dans celui d’un extérieur boisé, d’un jardin, ou tout simplement au cours d’une promenade.

 » La famille VAN CAMPEN dans un paysage  » 1623 Frans HALS
 » Enfants de la famille Van Campen avec une voiture tirée par un bouc  » 1623/25 Frans HALS
 » Portrait du mariage de Isaac Massa avec Beatrix Van der Laen  » 1622 env. Frans HALS

Hals a eu de nombreux élèves, des disciples, mais sa technique en a influencé beaucoup après lui. Il est décédé dans le dénuement le plus total en 1666 et fut inhumé en l’église Saint-Bavon qui se trouve sur la place Grote Markt à Haarlem.

Le Mont Saint-Michel …

 »  Le Mont-Saint-Michel est pour la France ce que la grande pyramide est pour l’Egypte. Il faut la préserver de toute mutilation. Il faut que le Mont-Saint-Michel reste une île . Il faut conserver à tout prix cette double œuvre de la nature et de l’art. » (Victor HUGO – Extrait de son discours et prise de position, lors des débats sur le caractère insulaire du Mont-Saint-Michel en 1884)

 » Le plus connu et le plus cité, dès qu’on parle du monument, est sans nul doute Victor Hugo. Le Mont figure dans plusieurs de ses ouvrages, mais également dans sa riche correspondance au fil des années et de ses voyages. Ainsi, dans une lettre datée du 28.6.1836, alors qu’il séjournait à Coutances, dans la Manche, Victor Hugo note :  » à l’extérieur le Mont-Saint-Michel apparaît de huit lieues en terre et quinze en mer, comme une chose sublime, une pyramide merveilleuse dont chaque assise est un rocher énorme façonné par l’océan ou un haut habitacle sculpté par le Moyen-Âge ; et ce bloc monstrueux a pour base, tantôt un désert de sable comme Chéops, tantôt la mer comme le Ténériffe. » Evidemment, tant l’Office du tourisme local que les restaurateurs aiment à rappeler cette comparaison avec les pyramides et quelques-unes des autres belles lignes que Victor Hugo a écrites sur le Mont.

Cependant, Hugo n’a pas été qu’un grand admirateur du site. A l’époque où le Mont servait de prison, il écrivait aussi :  » Si à l’extérieur, il apparaît comme une chose sublime, à l’intérieur le Mont-Saint-Michel est misérable. C’est un village immonde où l’on ne rencontre que des paysans sournois, des soldats ennuyés et un aumônier tel quel. Dans le château, tout est bruit de métiers, des ombres qui gardent des ombres qui travaillent pour gagner vingt-cinq-sous par semaine, des spectres en guenilles qui se meurent dans des pénombres blafardes. Sous les vieux arceaux des moines, l’admirable salle des chevaliers, devenue atelier, où l’on regarde par une lucarne s’agiter des hommes hideux et gris qui ont l’air d’araignées énormes. La nef romane, changée en réfectoire infect, le charmant cloître à ogives transformé en promenoir sordide. Voilà le Mont-Saint-Michel maintenant.  »  Evidemment c’est moins vendeur !.

En 1836, il envoyait aussi la lettre suivante à Louise Bertin :  » en ce moment je suis bloqué par la mer qui entoure le Mont. En hiver, les ouragans, les tempêtes et les naufrages ce doit être horrible. Du reste, c’est admirable. Un lieu étrange que ce Mont-Saint-Michel. Autour de nous, partout, à perte de vue, l’espace infini, l’horizon bleu de la mer, l’horizon vert de la terre, les nuages, l’air, la liberté, les oiseaux envolés à toutes ailes, les vaisseaux à toutes voiles ; et puis, tout à coup, là, dans une crête de vieux murs, au-dessus de nos têtes, à travers les fenêtres grillées, la pâle figure d’un prisonnier. Jamais je n’ai senti plus vivement qu’ici les cruelles antithèses que l’homme fait quelques fois avec la nature. » Pourtant, preuve que ses sentiments pour le lieu étaient ambivalents, comme peuvent l’être les grandes passions, il se rattrapera plus tard, en 1874, dans l’évocation du Mont dans son roman Quatre-vingt-treize :  » derrière lui se dressait, énorme triangle noir, avec sa tiare de cathédrale et sa cuirasse de forteresse, avec ses deux grosses tours du levant, l’une ronde, l’autre carrée, qui aident la montagne à porter le poids de l’église et du village, le Mont-Saint-Michel qui est à l’océan ce que Chéops est au désert. »

 » Le Mont Saint-Michel  » par Flavio BOLA

Hugo n’est pas le seul à avoir écrit sur le Mont. En 1835, l’architecte Viollet Le Duc en parle ainsi dans une lettre adressée à son père :  » Rien n’est plus beau, rien n’est plus sauvage, rien n’est plus grandiose, rien n’est plus triste. Il faut voir ses tours de granit frappées par la mer, il faut entendre le vent pour se faire une idée de l’effet lugubre de cette masse de bâtiments, de son imposante majesté. On ne peut détacher les yeux de ce colosse, il vous fascine, vous poursuit la nuit et ouvre sans cesse devant vos yeux ses longues galeries noires qui semblent les entrées en enfer. »

Autre figure de la littérature à avoir couché le Mont sous sa plume : Gustave Flaubert dans Par les champs et les grèves, un carnet de voyage co-écrit en 1881 avec Maxime Du Camp, l’auteur de Madame Bovary raconte son arrivée au Mont en chaise de poste depuis la ville voisine de Pontorson :  » en face, devant nous, un grand rocher de forme ronde, la base garnie de murailles crénelées, le sommet couronné d’une église, se dresse enfonçant ses tours dans le sable et levant ses clochetons dans l’air. D’énormes contreforts, qui retiennent les flancs de l’édifice, s’appuient sur une pente abrupte d’où déroulent des quartiers de rocs et des bouquets de verdure sauvage. A mi-côte, étagées comme elles le peuvent, quelques maisons , dépassant la ceinture blanche de la muraille et dominée par la masse brune de l’église, clapotent leurs couleurs vives entre ces deux grandes teintes unies. 

 » Le Mont Saint-Michel  » Clarence GAGNON

En voyage dans la région en 1838, Stendhal, lui, est moins impressionné par la merveille. Dans ses Mémoires d’un touriste , il en parle en des termes peu élogieux :  » en faisant à pied la langue montée qui précède les premières maison d’Avranches, j’ai eu une vue complète du Mont-Saint-Michel qui se montrait à gauche dans la mer, fort au-dessous du lieu où j’étais. Il m’a paru si petit, si mesquin que j’ai renoncé à y aller. Ce rocher paraît, sans doute, un pic grandiose aux Normands qui n’ont jamais vu les Alpes ni Gavarnie. » 

En 1850, le nouvelliste Paul Féval publie La Fée des grèves, un roman-feuilleton historique dont l’action se déroule sur le mont, en pleine guerre de cent ans en 1450. Ce premier roman sera suivi, en 1879, d’un second livre consacré, lui, à l’histoire du rocher de 708 au XIXe siècle Les merveilles du Mont-Saint-Michel. En 1861, l’historien Jules Michelet fait allusion au Mont dans La Mer :  » représentez-vous, tout autour, une grande plaine comme des cendres blanches qui est toujours solitaire, sable équivoque dont la fausse douceur est le piège le plus dangereux. C’est et ce n’est pas la terre , c’est et ce n’est pas la mer. Sur un bloc de granit il se dresse, monte et monte encore indéfiniment comme une Babel d’un titanesque entassement, roc après roc, siècle après siècle. » 

Mais le Mont est aussi dans des œuvres plus récentes dont de nombreux polars comme La promesse de l’ange de Frédéric Lenoir, Le sang du temps de Maxim Chattam ou encore Saint-Michel priez pour nous de Jean-Pierre Alaux. Enfin, le Mont-Saint-Michel a aussi été à l’honneur dans des bandes dessinées : d’abord dans un épisode de la Famille Fenouillard de Georges Collomb en 1863, ouis dans les aventures de Lefranc ( L’ouragan de feu de Jacques Martin en 1961). En 1994, on retrouve aussi le célèbre monument dans une aventure des 4 As, sorte de concurrents belge au Club des 5 dans Les 4 As et le fantôme du Mont-Saint-Michel . Autant d’ouvrages qui séduisent autant ceux qui rêvent un jour de voir le Mont, que ceux qui, y étant déjà allés, se replongent dans le plaisir de leur visite.  » Lomig GUILLO (Écrivain,  journaliste français, rédacteur en chef du magazine Management et du magazine Capital – Extrait de son livre Les secrets du Mont-Saint-Michel )

 » Le Mont Saint-Michel  » Charles BENTLEY

P.S. : je citerai aussi Henry De MONTERLANT (Romancier, dramaturge, essayiste français – Extrait de son ouvrage Par monts et par lettres ) :  » ici tout se ligue pour nous ravir et pour nous en imposer : c’est grâce et magnificence, force et subtilité, ampleur et sveltesse. L’on ne sait si l’art a choisi ce lieu de la nature pour son apothéose ou si la nature s’est plus, tentée par la magnificence de l’art, à se parer ici de ses plus grands charmes. Chaque pierre a son passé, chaque pierre crie de génie de l’artisan qui l’a sculptée. Que de surprises ! Que de contemplations ! Que de ravissements ! Comme la mer rythme bien la voix des siècles « 

Carnaval de Venise … Marco ORTOLAN

 » L’art est, entre autres, une recherche constante de beauté, et c’est là que je m’arrête et que je cherche. Je recherche la beauté qui peut s’exprimer objectivement ou subjectivement. Être créatif, c’est montrer quelque chose de nouveau dans une idée de composition, mais avec la technique et l’artisanat avant tout. Quant à l’inspiration elle est pour moi quelque chose de phénoménal qui surgit spontanément sans la chercher » Marco ORTOLAN (Peintre argentin)

Marco ORTOLAN

Marco Ortolan est né en 1973 en Argentine. C’ est un peintre contemporain très créatif qui situe son style entre impressionnisme et hyperréalisme. Un passionné de dessin, et d’architecture, un artiste qui porte une attention toute particulière à la lumière, la forme, la ligne, la couleur et la composition. Certain que l’art est une interprétation universelle, ses œuvres sont assez éclectiques et traitent différents sujets.

Personnellement, en ce mois de février qui aborde le thème du Carnaval, j’ai eu envie de vous montrer les tableaux magnifiques qu’il a réalisés sur le Carnaval de Venise.

Ortolan avoue avoir une immense admiration pour Claude Monet et la Renaissance italienne. Le premier l’a amené à la peinture et la deuxième au dessin. Il affirme que les deux ont eu une importance fondamentale et ont forgé son travail.

Il expose dans de nombreux pays et fait partie des artistes très prisés du musée d’art contemporain la Saatchi Gallery de Londres qui propose un grand éventail de ses tableaux.

 » Marco Ortolan se révèle comme ce qu’il est, un peintre de premier ordre, un héritier , sûr et confiant des biens plastiques de la Renaissance italienne, auxquels il fait allusion à maintes reprises, et pas seulement pour des raisons de composition., mais à la recherche des racines les plus propres de son art, si approfondi et élargi que son œuvre. La sienne, finit par être considérée comme née au milieu du XVIe siècle, et dans ce lieu privilégié : Venise, dont les eaux continuent de couler, perpétuellement, et sans jamais interrompre la vitalité de son reflux créateur. Venise, et en son sein, diverses œuvres d’art nées sous différentes latitudes. L’Italie toujours étonnante quand il s’agit de mesurer la capacité et la grande qualité de ses diverses et importantes tendances esthétiques au cours de tant de siècles, qui réalisent néanmoins le vrai miracle que ce courant est constamment renouvelé et frais, à tel point que le même travail de Marco Ortolan semble en émaner, dans une attitude de respect et de grande compréhension esthétique, deux des plus grandes vertus de ce que ce jeune peintre, dans la mesure où il prend à la toile. Imprégné à chaque instant de ces genèses d’une autre eau, celle qui baigne Venise et ses plus beaux coins. Cet artiste dessine et peint comme les grands maîtres de tous les temps, dans une couronne de lumière éternelle, d’une grandeur soutenue et d’une richesse extrêmement rare, dont il est un très haut représentant. » Cesar MAGRINI (Écrivain et critique d’art argentin )

Amour victorieux .. Amour sacré…

 » Le marquis Vincenzo Giustiniani pour lequel le Caravage a effectué ce tableau, désirait une œuvre représentant la victoire de ses amours, toutes intellectuelles, sur le caractère éphémère de la vie ! Chaque objet présent dans cette toile doit donc être lu en rapport avec la personnalité du marquis : les instruments et les partitions renvoient à son goût pour la musique, l’équerre et le compas font référence à l’importance qu’il donnait à la géométrie, la plume et le livre évoquent ses qualités littéraires, le laurier symbolise sa renommée et la cuirasse son titre de chevalier. Au-dessus de cet ensemble de symboles, triomphe l’amour dont la prose, jambes écartées, signifie allégoriquement la victoire. Armé de flèches et doté de vraies ailes, ce splendide enfant souriant sera l’un des personnages les plus admirés de la collection du marquis, et ce à point tel, dit-on, que le tableau était la plupart du temps recouvert dans le palais Giustiniani afin que sa beauté ne ternisse pas le reste de la collection. » – Federica BUSTREO (Historienne de l’art italienne, guide touristique à Florence)

 » L’amour victorieux  » LE CARAVAGE

» L’Amour sacré, le corps recouvert d’une armure, atterrit brusquement au-dessus de l’Amour profane. Il piétine et casse les flèches de ce dernier et éloigne un satyre vu de dos, reconnaissable à ses oreilles pointues. Ses grands ailes encore déployées, l’Amour sacré s’apprête à tirer une flèche en feu afin d’assujettir définitivement son antagoniste terrestre qui le regarde avec des yeux terrorisés en se plaquant au sol. L’impétuosité de l’action écarte les cheveux blonds du visage du jeune attaquant qui montre ainsi son expression satisfaite : son corps est tendu dans l’effort du coup qu’il est sur le point d’infliger. Dans la mythologie grecque, l’union d’Éros et de son frère Antéros symbolisait l’amour parfait. Mais dans la société religieuse de la Rome du XVIIe siècle, le tableau de Baglione devient une allusion évidente au triomphe de l’amour divin sur l’amour charnel.  » Federica BRUSTREO (Historienne de l’art italienne, guide touristique à Florence)

 » Amour sacré vainqueur de l’amour profane  » Giovanni BAGLIONE

Les Têtes composées de Giuseppe ARCIMBOLDO …

Giuseppe Arcimboldo ( 1526/1593)est un peintre maniériste de la Renaissance tardive qui a eu énormément de succès dans la seconde moitié du XVIe siècle, une brillante carrière à la Cour des Habsbourg où il est devenu le peintre-portraitiste officiel de l’empereur Maximilien II à Vienne, puis celui de son fils Rodolphe II à Prague. Non seulement il réalisait des portraits, mais il organisait des fêtes somptueuses, s’occupait également des collections impériales et de la gestion du cabinet des curiosités appartenant à l’empereur. Au siècle suivant il tombera dans l’oubli et ne renaîtra de ses cendres qu’au XXe siècle, redécouvert et fort apprécié par les surréalistes qui ont vu beaucoup d’originalité et de modernité dans son travail .

 » Les têtes composées sont sans conteste les œuvres les plus caractéristiques de la production de Giuseppe Arcimboldo, bien qu’elles n’en représentent qu’une partie à côté des portraits officiels, des décors et costumes d’apparat qu’il conçoit pour les cérémonies de la Cour. Ces portraits constitués d’éléments naturels, d’objets emblématiques, mais également ses têtes réversibles font aujourd’hui la grande popularité de l’artiste et les interprétations ne cessent de s’enrichir à mesure que leur contexte d’élaboration s’éclaircit.

Si les portraits officiels et les sujets religieux peints par l’artiste laissent deviner sa maîtrise des formules de l’art classique, ce sont encore ses représentations composites qui révèlent le mieux tout son talent de peintre de la nature. En effet, la signification, tantôt drolatique, tantôt élégiaque, de ses portraits fantaisistes ne doit pas faire oublier son indéniable qualité naturaliste. Ces toiles frappent par la précision de leurs détails et le réalisme quasi scientifique des espèces représentées.

Ce qui vaut pour les naturalia, végétaux ou animaux, vaut également pour les artificalia, armes ou outils professionnels que l’on retrouve notamment dans Le bibliothécaire ou Le sommelier. Quant aux têtes réversibles, elles appartiennent en propre au genre de la nature morte, qui n’en est alors qu’à ses premiers balbutiements. A cet égard, la vogue des cabinets de curiosités et de merveilles, mais aussi l’essor des sciences naturelles au XVIe siècle, fournit des ressources iconographiques inépuisables à la peinture d’objets, considérée comme un inventaire de la nature.

 » Le bibliothécaire  » 1562 env. Giuseppe ARCIMBOLDO
 » Le sommelier  » 1574 Giuseppe ARCIMBOLDO

Le réalisme des représentations d’Arcimboldo s’explique notamment par son accès par son accès constant au cabinet impérial et à ses riches collections d’animaux exotiques naturalisés, de métaux, ou bien encore de minéraux en tous genres. Les jardins de la Cour et leurs spécimens rares et exotiques offraient également un fantastique terrain d’étude pour l’artiste. Enfin, notons que la Bibliothèque nationale autrichienne de Vienne conserve les études d’animaux et de plantes commandées par Maximilien II à Arcimboldo, autant d’illustrations scientifiques qui devaient certainement nourrir son imagination. Portraitiste de nature, Arcimboldo doit toutefois sa renommée à l’extrême inventivité de ses compositions et à la richesse de leur symbolique.

Les portraits composés et les têtes réversibles d’Arcimboldo ne peuvent être tenus pour de simples caprices n’ayant d’autres finalité que l’amusement. Leur dimension satirique, si elle est bien présente, notamment dans le Bibliothécaire et le Sommelier, n’exclut pas une interprétation politique et philosophique.

(Caprices : Aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans le domaine des arts, de la musique et de la littérature, le terme de caprice désignait un type bien particulier de création pouvant également prendre le nom de fantaisie ou bizarrerie. Emprunt à l’italien capriccio , désignant aussi bien le frisson d’horreur que l’idée fantasque, il renvoie à des œuvres dont l’inspiration et la réalisation s’écarte des règles et des conventions.)

Arcimboldo est, en effet, un peintre de Cour au service de l’empereur, et sa production dite fantaisiste se développe en complément de son travail de portraitiste officiel. Ses portraits composites, dont l’incongruité nous fait aujourd’hui sourire, doivent probablement être considérés comme des allégories politiques, des panégyriques du pouvoir impérial, au même titre que les masques et costumes qu’il concevait pour les fêtes déguisées de la Cour. Les tableaux des Saisons et des Éléments , qui donnèrent lieu à un ensemble de costumes, symbolisent ainsi la puissance universelle de l’empereur et l’harmonie du monde sous son règne.

Les Saisons/ Printemps – Giuseppe ARCIMBOLDO
Les Saisons / Été – Giuseppe ARCIMBOLDO
Les Saisons / Automne – Giuseppe ARCIMBOLDO
Les Saisons / Hiver – Giuseppe ARCIMBOLDO

La plupart de ses œuvres sont accompagnées de poèmes panégyriques et de commentaires rédigés notamment par l’humaniste Giovanni Battista Fonteo. D’abord destinés à louer la grandeur de l’empereur et de la Maison des Habsbourg, ils permettent également d’exclure tout malentendu sur le sens caché de ces images allégoriques. Les différents éléments constituant les portraits d’Arcimboldo sont, par ailleurs, choisis avec une grande précision en fonction de leur valeur symbolique, qu’ils fassent directement référence au commanditaires ( armoiries ou symboles héraldiques, outils professionnels etc…) , qu’ils soient empruntés à ma mythologie ou à la tradition littéraires (divinités gréco-romaines, symbolique des fleurs etc..), ou bien qu’ils s’apparentent à de véritables rébus, sortes de devinettes graphiques évoquant leur sujet.

Les Éléments : en haut gauche La Terre – en haut droit L’Eau / en bas gauche l’Air – en bas droit Le Feu – Giuseppe ARCIMBOLDO -« L’Été est chaud et sec comme le Feu. L’Hiver est froid et humide comme l’Eau. L’Air et le Printemps sont tous deux chauds et humides et l’Automne et la Terre sont tous deux froids et sec  » Giovanni Battista FONTEO ( à propos des Éléments)

Ce principe de composition relève d’une véritable démarche rhétorique que le sémiologue Roland Barthes décrit ainsi :  » Tout signifie et cependant tout est surprenant. Arcimboldo fait du fantastique avec du très connu. La somme est d’un autre effet que l’addition des parties : on dirait qu’elle en est le reste.  » A l’évidence, seul un public de lettrés pouvait apprécier les citations, code et emprunts dissimulés dans ses représentations illusionnistes et ambigües. Et c’est précisément le caractère très intellectualisé des œuvres d’Arcimboldo, allié à la fantaisie de ses composition et à la soif du savoir qui s’en dégage, qui inscrit l’artiste dans le style maniériste de la fin de la Renaissance. » Anne-Sophie LESAGE-MÜNCH (Diplômée en muséologie, spécialiste des collections patrimoniales, journaliste française)

Robes architecturales … Roberto CAPUCCI

Roberto CAPUCCI et l’une de ses créations

 » La mode n’est pas un ornement, c’est de l’architecture. Il ne suffit pas qu’un vêtement soit beau, il faut qu’il soit construit comme un édifice, car, comme un édifice, il est la matérialisation d’une idée. La beauté est pour moi quelque chose de difficile, de mystérieux. Quelque chose à découvrir  » Roberto CAPUCCI (Créateur de mode italien)

Roberto Capucci est un très célèbre créateur de mode italien, un amoureux de l’art, un précurseur du plissage extrême, reconnu, loué par la presse internationale, félicité par d’autres grands couturiers notamment Christian Dior qui le qualifiera de prodige et qui , malheureusement n’aura pas le plaisir de le rencontrer comme il le souhaitait car décédé avant que cela ne se fasse.

Robe l’Ange d’Or/1987 Roberto CAPUCCI

Son travail est très créatif, inventif, basé sur une grande liberté d’idées qui  » ignorent  » ce que la mode propose ou plutôt impose. Du reste, comme il l’a souvent affirmé «  si je le pouvais, je supprimerais le mot mode du dictionnaire. Être à la mode, c’est déjà ne plus l’être « .

Ses somptueuses créations ne tombent pas dans l’oubli une fois qu’elles ont été présentées. Elles continuent de vivre parce qu’elles sont considérées comme des œuvres d’art, quasiment des sculptures. C’est la raison pour laquelle elles font souvent l’objet d’expositions. Chaque modèle est unique. Il nait de l’inspiration du créateur souvent en phase avec la nature, les fleurs, les insectes etc… Il nécessite de très longues heures de travail et une quantité astronomique de tissu.

Par exemple, la robe Nove gonne (neuf jupes) en taffetas rouge, créée en 1956, doit son originalité aux ronds que fait une pierre jetée en ricochets dans l’eau. C’est la star hollywoodienne Ester Williams qui la rendra célèbre en la portant. Idem pour la robe Océan en taffetas plissé, celle dite Papillon ou bien encore Feuilles.

Robe Nove gonne – Roberto CAPUCCI
Robe Océan – Roberto CAPUCCI
Robe Papillon – Roberto CAPUCCI
Robe Leaves(Feuilles) – Roberto CAPUCCI

Comme vous pourrez en juger sur les photos , les couleurs sont superbes, flamboyantes, toutes partant d’un ton d’origine pour finir en se déclinant dans un important nombre de nuances (des centaines parfois ) . Capucci est un créateur qui accorde beaucoup de temps à la recherche dans la couleur.

Il est né en 1930 à Rome(Italie) – Après avoir fait des études au Lycée artistique et à l’Académie des Beaux Arts, il fait ses débuts chez le couturier Emilio Schuberth, très réputé en Italie dans les années 50 pour ses robes aux borderies imposantes et riches. Sa clientèle se composait d’actrices connues (comme Silvana Mangano, Sophia Loren, Marilyn Monroe ) mais aussi des princesses, des duchesses, et personnalités politiques.

Capucci va très vite se faire remarquer avec ses robes très originales et ouvrir son propre atelier sur la via Sistina à l’âge de 20 ans. On le surnomme alors «  Le boy wonder « . Il participe à des campagnes publicitaires et le cinéma fait appel à lui. En 1958, il reçoit le Young Talent Design Award décerné par le magazine Filene de Boston (Oscar de la mode).

Quatre ans plus tard, c’est l’installation d’une boutique à Paris, rue Cambon. La capitale est séduite par ses collections très colorées, et son utilisation des tissus plissés qui donne aux robes des formes incroyables. Certes il a beaucoup de succès mais la critique française ne lui fait pas de cadeau dès qu’elle le peut, créant un climat qui le dérange beaucoup. A cela s’ajoutent, à cette époque, des gros problèmes économiques dans le monde de la Haute-Couture européenne. En 1968, il décide donc de retourner dans sa ville natale, à Rome.

Face aux changements qui se sont installés dans son domaine de prédilection, avec notamment l’arrivée des jupes courtes, il va souhaiter rester indépendant, concevoir ce qui lui plait et non pas se conformer à ce que l’on pourrait attendre de lui. Son travail est très apprécié à New-York, mais également au Japon et en Chine. Les théâtres, musées, et lieux insolites mais magnifiques exposent ses différents modèles.

Robe ROBERTO CAPUCCI
Robe Roberto CAPUCCI

En 1986, la neurologue Rita Levi-Montalcini reçoit le prix Nobel de médecine. Elle porte ce soir-là une robe signée Roberto Capucci . En 1995, ce sera la Biennale de Venise qui le consacrera en mettant à sa disposition une salle entière pour la présentation de ses robes.

Robe Roberto CAPUCCI portée, en 1986, à Stockholm, par la neurologue italienne Rita LEVI-MONTALCINI lorsqu’elle recevra son prix Nobel de Médecine. » Je ne connaissais pas Rita Levi-Montalcini avant le Nobel. Elle m’a demandé de lui dessiner une robe pour la cérémonie. Elle était très mince, petite, je n’ai fais qu’un seul dessin. Elle l’aimait beaucoup. Il était sombre, avec des couleurs caravaggesques, du vert, violet, prune, qui s’accordaient bien avec la couleur de ses cheveux. Depuis ce jour, une profonde amitié est née. » Roberto CAPUCCI

L’ensemble des archives historiques de ce créateur est conservé par la Fondation Roberto CAPUCCI à la Villa Manin de Passariano.

Philip TREACY « Le chapelier fou » …

 » Quand j’ai commencé à concevoir des chapeaux, les autres étudiants m’ont dit avec un air désolé :  » pourquoi concevez-vous des chapeaux ? Seules les vieilles dames portent des chapeaux « . Mais j’adore les chapeaux, c’est la raison pour laquelle j’en conçois. Les chapeaux sont une autre dimension que la passion pour l’habillement. Vous devez porter des chaussures, vous devez porter des vêtements, mais vous pouvez passer toute votre vie sans porter de chapeau. L’aspect fantastique des chapeaux c’est parce qu’il s’agit d’un embellissement de soi. Nous avons tous une tête et tout le monde a un certain potentiel pour porter des chapeaux. Ils sont devenus des accessoires de rébellion et cela me plait beaucoup. » Philip TREACY (Modiste irlandais de la haute-couture. Fournisseur de la reine et de la famille royale d’Angleterre)

Philip TREACY dans son magasin-atelier de Londres

Philip Treacy est un modiste irlandais très célèbre, décalé. Il créé des chapeaux extravagants, surprenants, originaux, intemporels, nés de son imagination débordante, et qui ont très souvent fait l’objet de remarques assez retentissantes, mais qui restent, pour certains, assez élégants.

Non seulement il pare les têtes des célébrités américaines (Oprah Winfrey, Meghan Markle, Victoria Beckham, Madonna, Sara Jessica Parker, Lady Gaga, Diana Ross et autres… ) de ses merveilleux couvre-chefs mais également des monarques de la planète, à commencer par la reine Elisabeth II et quasiment toute la famille royale anglaise, la reine Mathilde de Belgique, la reine Silvia de Suède. etc…

Chapeau réalisé pour la reine Elisabeth II –  » Lorsque j’ai rencontré la première fois la reine Elisabeth à l’occasion d’une soirée sur le design à Buckingham, elle m’a demandé :  » que faites-vous ? – « Je fabrique des chapeaux Madame  » –  » Suis-je la seule personne qui porte des chapeaux de nos jours ?  » – Madame vous avez gardé les chapeaux en vie dans l’imagination des gens du monde entier ! « – Lorsque vous rencontrez la reine, vous n’êtes pas censé poser des questions, mais j’ai pensé  » que diable « . Je l’ai regardée dans les yeux et je lui ai dit  » Madame aimez-vous porter des chapeaux ? » – Elle s’est écartée et m’a répondu :  » ça fait partie de l’uniforme » Philip TREACY
CAMILLA, duchesse de Cornouailles – Chapeau Philip TREACY
KATE, duchesse de Cambridge – Chapeau Philip TREACY
Princesse BEATRICE / Chapeau Philip TREACY
Chapeau pour Jessica PARKER / Philip TREACY

Compte tenu du fait que chaque pièce est entièrement faite à la main, chacune d’entre elles nécessite un temps fou . « Mon travail est manuel, laborieux, souvent douloureux par sa rigueur, mais sans limites «  . Même si on aurait tendance, vu son travail, à dire qu’il est un artiste, Treacy ne souhaite absolument pas se considérer comme tel.

Il a reçu un nombre incroyable de distinctions dans sa carrière, a remporté par cinq fois la British Association of Designers, et sa majesté l’a fait Chevalier commandant de l’Ordre britannique. Les musées de toute la planète le mettent très souvent à l’honneur pour des expositions de chapeaux , hautes en originalité et couleurs, qui attirent un public complètement séduit.

Par ailleurs, il est très souvent appelé par de célèbres Maisons de couture (Armani, Ralph Lauren, Valentino, Versace, MacQueen, Givenchy et tant d’autres ) … sans oublier Karl Lagerfeld avec lequel il a collaboré à l’âge de 23 ans. De plus, il dessine des chapeaux pour le cinéma, notamment dans Sex and the City ou Harry Potter.

Chapeau Philip TREACY pour Karl LAGERFELD (CHANEL)
Chapeau Philip TREACY pour ARMANI
Chapeau Philip TREACY – Robe Alexander MCQUEEN

Il est né en 1967 en Irlande où il a grandi auprès de ses parents (papa boulanger, maman au foyer) et ses sept frères et sœurs. La couture est entrée dans sa vie très tôt puisque l’histoire raconte qu’à 5 ans à peine il utilisait déjà une machine à coudre pour fabriquer des robes de poupée à l’une de ses sœurs ! C’est à l’école Royal College of Art de Londres qu’il a étudié et à cette époque qu’a commencé sa passion des chapeaux.

La première commande lui viendra de Isabella Blow, une rédactrice de mode célèbre, très extravagante, qui le repère grâce au couturier britannique Alexander McQueen. Treacy était fraîchement diplômé et collaborait avec lui. Elle souhaitait un chapeau extraordinaire pour son mariage, un que l’on puisse remarquer, qui n’est rien à voir avec ce que l’on propose habituellement. Elle ne sera pas déçue du résultat puisqu’il aura l’allure d’un masque du Moyen-Âge ! Une commande qui mettra le feu aux poudres et lui ouvrira les portes du succès.

Chapeau Philip TREACY
Chapeau Philip TREACY

Le baiser … Gustav KLIMT

 » Un homme au cou épais et aux grosses mains se tourne pour embrasser une jeune femme. Avec sa couronne de lierre dans son abondante chevelure noire et bouclée, il pourrait être Dyonisos, le dieu grec. La jeune femme soumise penche la tête pour recevoir ce baiser. Ces cheveux sont parsemés de fleurs et forment comme une aura autour de sa tête. De ses petites mains, elle serre la main et le cou de l’homme. Si les modèles n’ont  jamais été identifiés, on pense qu’il pourrait s’agir de l’artiste en personne et de sa compagne Emilie Flöge.

La robe moulante de la jeune femme lui arrive aux mollets. Elle est ornée de peinture, de feuilles d’or et d’argent et de formes circulaires ou ovales dorées. Le peignoir et la cape de l’homme présentent des motifs  » masculins  » de rectangles en noir, blanc et argent qui contrastent délibérément avec les motifs arrondis du vêtement de la femme. Sur un tapis de fleurs aux couleurs vives et qui semblent pousser dans un pré, les deux figures sont agenouillées. On note un contraste avec les zones dorées de la peinture et un aspect exotique renforcé. Les pieds de la femme sont pliés et elle a les orteils crispés au bord du tapis de fleurs. Du lierre doré s’enroule autour de ses chevilles, floutant la limite entre les figure et la prairie.

La technique de la dorure de Klimt lui venait, sans doute, du métier de son père. Il utilise la peinture mate, des feuilles d’or et d’argent brillantes, ainsi que le fil d’argent pour créer des zone qui semblent vivantes et en relief tandis que d’autres sont plus planes. L’utilisation de l’or rappelle les peintures et les tapisseries médiévales, les enluminures et les mosaïques anciennes, tandis que les motifs ondulés des vêtements évoquent les arts celtes et l’âge de bronze. La composition simplifiée et inhabituelle et les aplats témoignent de l’influence des estampes japonaises. Cette approche remporta un vif succès notamment chez les partisans de l’Art nouveau. » Susie HODGE ( Historienne de l’art, journaliste )

» Le baiser » – 1910 / 1911 – Gustav KLIMT « Klimt évolue : sa femme fatale dominatrice se fait ici bien soumise. Elle s’offre et se donne à l’homme, et la chatoyante enveloppe fait passer la sexualité la plus directe. Le sujet tabou du baiser échappe ainsi à la censure et Klimt, en renvoyant aux Viennois puritains le reflet de leur hypocrisie, emporte l’enthousiasme du public… » Gilles NÉRET (Journaliste, éditeur, historien d’art et français)

Paris & l’Art …

Pour illustrer les propos de Yves BONNEFOY , j’ai choisi quelques tableaux sur Paris

 » Sous la Troisième République, Paris est incontestablement la capitale des arts de l’Europe. Depuis quelques années elle est le théâtre des scènes de la vie de bohème ; parce que cette vie est le signe de l’insouciance et de la liberté et les désillusions qu’elle pourrait provoquer ne dissuadent pas de vouloir en faire l’expérience. Mais une autre raison de venir à Paris l’emporte.

 » Vue de Paris  » Vincent VAN GOGH

C’est à Paris, sous les enseignes des galeries de Paul Durand-Ruel, des Boussard-Valadon, des Bernheim, de Georges Petit, d’Ambroise Vollard …. que dans les années qui ont suivi la guerre de 1870 et la Commune, un nouveau marché de l’art s’est inventé. Le centre de de marché était rue Lafitte, qui va du boulevard des Italiens à la rue de Châteaudun. En quelques années, elle est devenue la rue des tableaux.

Rue Lafitte

La galerie Durand-Ruel était au numéro 16. Le marchand Ambroise Vollard rapportait que  » si on entendait quelqu’un dire :  » je vais faire un tour rue Lafitte  » , on était sûr d’avoir affaire à un amateur de peinture », De même quand Manet disait  » il est bon d’aller rue Lafitte « , ou au contraire , lorsque l’on entendait Claude Monet dire «  Pourquoi aller rue Lafitte ?  » , cela signifiait qu’il était nécessaire ou inutile, pour un peintre, de se tenir au courant de la production de ses confrères.

C’était dans cette même rue Lafitte que Vollard a ouvert sa galerie. Et c’est chez lui que l’on découvre en novembre 1895 la première exposition personnelle de Cézanne. Si le marché qui s’y est inventé n’est pas pour rien dans l’attrait de Paris, c’est lui qui provoqua le soupir dépité de Picabia en 1923 : «  Actuellement Paris est le Vatican et le pape c’est l’Argent, mauvaise matérialisation de la théorie de l’Absolu « .

 » Boulevard Montmartre  » Camille PISSARRO
 » Quai du Louvre à Paris  » Claude MONET
 » Les toits de Paris  » Paul CÉZANNE
 » Le pont de l’Europe  » Gustave CAILLEBOTTE
 » Le Quai Malaquais  » Auguste RENOIR

C’est à Paris que, depuis 1874, date de l’exposition présentée dans les anciens salons de Nadar, boulevard des Capucines, devenue par la grâce du journaliste Louis Leroy  » l’exposition des impressionnistes «  que les conventions de l’art se sont sans cesse bousculées. Constat de Sima (Joseph / Peintre) :  » Aucun des ismes n’a en France, et plus particulièrement à Paris, la même résonnance, le même prestige que presque partout à l’étranger. Le surréalisme est surtout le nom d’un groupe et d’une revue. D’ordinaire un isme représente un vaste programme, un mot d’ordre, mais rien de plus. La succession d’ismes qui se relaient est à mes yeux un témoignage de l’activité fébrile du Paris artistique, signe de l’ouverture, de l’accessibilité, de la popularité de l’art dans ce foyer qui demeure jusqu’à présent sans analogue. Signe de la multiplicité et de la richesse des impulsions ».

Paris est la seule ville où ceux, par lesquels le scandale arrive, ne sont pas maudits. Installé chez son frère Théo depuis quatre mois, Vincent Van Gogh écrit à l’une de leurs sœurs, Willemine :  » tout comme les Français sont indéniablement les maîtres en littérature, ils le sont aussi en peinture. Dans l’histoire de l’art moderne, il y a des noms tels que Delacroix, Millet, Corot, Courbet, Daumier, qui dominent tout ce que l’on a produit dans d’autres pays ».

 » Vue des toits de Paris  » Vincent VAN GOGH

Hors de question de le soupçonner de complaisance, ça n’est pas son fort. Il n’y a donc aucun doute à avoir, c’est à Paris que l’on pouvait découvrir des œuvres auxquelles on va se mesurer pour devenir soi-même. Et rien ne change en dépit de la Première Guerre mondiale. La veille du jour où celle ci-prend fin, Joan Miró qui est alors en Catalogne, écrit à l’un de ses amis en novembre 1918 :  » Pour ce qui est des expositions, nous pouvons déclarer, de façon analogue à ce que disait Foch dans l’offensive actuelle : frapper, frapper, frapper. Nous, nous pouvons dire Paris, Paris, Paris. » Deux ans plus tard, lorsque l’un de ses autres amis lui écrit pour lui faire part de la désillusion provoquée par ce qu’il vient de découvrir à Paris, Miró lui remet les idées en place :  » Est-ce que vous vous étiez figuré qu’à Paris tout le monde était Cézanne ? Dans la France actuelle, je ne vénère que Picasso, Derain, Matisse, et Braque, les autres je m’en fiche. »

Et pourtant les autres ne manquaient pas dans  »ces ateliers remués et ruminés par 40.000 artistes et dans les 10.000 critiques avec le concours de 65.000 hommes de Lettres. Le tout concentré dans une quinzaine de cafés, partie à Montparnasse, partie à Montmartre «  .Constat qui n’empêche pas Sima de conclure  » on dirait qu’il se passe quelque chose ici «  . Malgré  » la foule de pseudo-artistes, d’aventuriers et d’égoïstes, respire la désorientation la plus totale. Je n’oublierai jamais ma première impression de la Rotonde. Tout le monde y était, aux terrasses des cafés, comme en vitrine. J’ai vu Metzinger, Kisling, Léger, Foujita, Zadkine, une multitude d’inconnus. C’est alors que je me suis dit : il se passe des choses, quelque chose va se produire. » Et  » quelque chose  » ne cessa de se produire pendant des années avec, dans le désordre, Giacometti, Chagall, Picasso, De Chirico, Soutine, Miro, Ernst et Modigliani.

 » Paris Quai aux fleurs  » Tsugouharu (Léonard) FOUJITA
 » Paris à travers la fenêtre  » Marc CHAGALL

Ce qui n’empêche pas le peintre George Grosz d’écrire dans les années 20 à Berlin ( avec la complicité du critique Wieland Herzfelde) un article  » Paris capitale de l’art «  qui s’achève par cette conclusion :  » Aujourd’hui, Paris n’est plus le centre de l’art. Et, d’ailleurs, un tel centre n’existe plus. S’y rendre aujourd’hui en pensant arriver dans le centre artistique du monde, c’est vouloir reprendre le fil d’une histoire qui s’est (enfin) achevée en 1914 «  – Inutile de préciser ce que ce réquisitoire n’est guère entendu.

Après le Seconde Guerre mondiale, Zoran Music déclare encore :  » Pour nous, étrangers, Paris est le centre culturel du monde. C’est la seule ville où une tradition de culture aussi grandiose que la vôtre, au lieu d’écraser les esprits, les rend plus vivants. C’est probablement parce qu’il n’y a pas eu, depuis des siècles, une rupture de civilisation, mais au contraire, une lente et constante élaboration de la pensée. Cela forme un climat unique pour la création artistique. Il faut ajouter aussi que tous ces artistes, tous ces intellectuels qui viennent des quatre coins du monde, font de Paris le carrefour des idées, le lieu de rencontre de la pensée libre. » Comme Florence a cédé la place à Rome, comme Romme a cessé d’être l’étape obligée dans une carrière de peintre, Paris s’efface …

C’est vers les Etats-Unis, vers New York qui prend le relais, que l’on se tourne. Au début de l’année 1886, alors que Durand-Ruel assemble plus de trois cents toiles pour tenter de les vendre à New York où l’invitent James F.Sutton et Thomas I.Kirby, fondateurs en 1877 de l’AAA (American Art Association) Monet a grogné :  » Je veux bien croire à cette espérance en Amérique, mais je voudrais bien, et surtout faire connaitre et vendre, mes tableaux ici.  » Mais ses tableaux se sont vendus là-bas et les collectionneurs américains n’ont plus cessé de venir acheter à Paris. A son retour des États-Unis, Matisse est convaincu qu’un jour «  ils auront des peintres « . Ils les ont.  » Yves BONNEFOY (Historien de l’art, professeur à Paris, écrivain français)

 » Le boulevard des Capucines  » Claude MONET
 » Une rue de Paris  » Frank MYERS-BOGGS
 » Au jardin du Luxembourg  » John SINGER SARGENT