Danser c’est …

 » La danse est une école de vie, un art de rigueur. Si l’on est pas habité par la passion et la persévérance, il vaut mieux abandonner. Quelle petite fille n’a pas rêvé d’être en tutu et danser sur des pointes ? La danse est une passion qui nécessite un don de soi. C’est l’art d’allier force et souplesse en musique.  » Claude BESSY (Danseuse-Étoile, chorégraphe, directrice de l’École de danse de l’Opéra de Paris de 1972 à 2004)

Yves KLEIN, intime …

 » Nous deviendrons tous des hommes aériens ;  nous connaîtrons la force de l’abstraction vers le haut, vers l’espace, vers le vide, et en même temps le TOUT. Lorsque les forces de l’attraction terrestre auront été dominées, nous léviterons vers une liberté physique et spirituelle. »

 » Je veux créer des oeuvres qui soient nature et esprit. Les couleurs, l’époque bleu qui suivra ensuite ont été pour moi le comble de la liberté dans l’art de peindre, et je me rends compte que cette liberté n’est finalement qu’un intervalle, une frontière parce que je rentre, à nouveau, dans un autre monde, un autre pays, un autre royaume qui ne m’est pas totalement inconnu mais qui existe bien !  »   

 » Mes tableaux ne sont que les cendres de mon art . »

Yves KLEIN

 » Rouleau à peindre « 1957 Yves KLEIN ( Sucession Yves Klein c/o ADAGP/Paris) –  » Déjà autrefois, j’avais refusé le pinceau, trop psychologique, pour peindre avec le rouleau, plus anonyme, et ainsi tâcher de créer une « distance », tout au moins intellectuelle, constante, entre la toile et moi, pendant l’exécution… » Yves Klein – Extrait de son ouvrage  « Le vrai devient réalité », en 1960

L’Hôtel de Caumont à Aix-en-Provence, en collaboration avec les Archives Yves Klein, va voir la vie en bleu jusqu’au 26.3.2023 au travers d’une exposition   intitulée Yves KLEIN-INTIME-se référant, comme son nom l’indique, à un grand artiste célèbre du XXe siècle, un autodidacte, pionnier de l’art contemporain, plasticien, inventeur, entre autres,  du Monochrome et du bleu I.B.K. , le précurseur du body art avec ses Corps Pinceaux.

C’est vrai que de nombreuses rétrospectives lui ont déjà été consacrées. Celle-ci s’attache plus particulièrement à sa vie personnelle, sa famille, ses origines, ses amis, ses liens avec les galéristes, avec d’autres artistes, sa vision de l’art, ses réflexions intellectuelles, sa spiritualité etc… Une occasion magnifique de revenir sur cet artiste assez génial mort très jeune à 34 ans ( lui qui disait vouloir passer dans l’au-delà à l’âge de Christ : 33 ans ….) – Une soixantaine de oeuvres sont présentées. Une grande partie de lui, mais également d’autres artistes

Huit ans d’une carrière fulgurante dans laquelle il a réussi, en peu de temps, à s’imposer avec une œuvre riche, prolifique, dense, visionnaire, qui l’a fait entrer dans la légende, mais qui malheureusement, vu sa durée de vie, ne lui aura pas permis de poursuivre et développer tous les projets qu’il avait encore dans sa tête.

Yves Klein a été, avec l’historien et critique d’art français Pierre Restany, le fondateur du Nouveau Réalisme  un mouvement proclamé par un manifeste signé en 1960 par différents artistes aux personnalités diverses mais ayant tous une vision nouvelle de l’art comme ils l’avaient eux-mêmes : Spoeri, Arman, Dufresne, César, Rotella, Deschamps, Niki de Saint Phalle et Tinguely ( ce dernier fut l’ami intime, celui avec lequel il a parfois travailler de concert, avec lequel il a partagé des expos sur leurs oeuvres communes)

Yves KLEIN et Pierre RESTANY
Yves KLEIN et Pierre RESTANY
YVES KLEIN ET JEAN TIGUELY
Yves KLEIN et Jean TINGUELY

Il fut un innovateur qui a tout englobé : la peinture, la sculpture, l’architecture, l’écriture théorique, le théâtre et la performance ; un artiste contemporain de l’extrême, un radical en quête d’absolu, un théoricien qui a cherché à expliquer que l’essentiel dans la peinture c’était ce qu’elle revêtait d’invisible. On pourrait penser que son travail a eu des points communs avec le Pop Art sauf qu’il y a une petite différence dans le sens où son œuvre ne fait pas l’éloge ou la critique de la société de consommation, mais qu’elle est plutôt à la recherche d’un idéal …. d’un absolu. Yves Klein a toujours été à la recherche de l’absolu. Pour lui il sera le ciel, l’espace, le cosmos dans lequel il voulait voler, léviter, et cet absolu va prendre la forme d’une couleur : le bleu, un bleu qui le portera vers l’immatérialité et le vide.

Sa vie a été basée sur le mystique. Elle fut ponctuée de phases entre religion et méditation. Il a fortement cru aux forces de l’au-delà, celles qui dépassent l’homme. Il s’est vu comme le chef d’orchestre de ces forces qui l’ont tant fasciné et qu’il a tenté de dominer. Il a nourri son travail de tous les enseignements importants et les passions qui ont traversé sa vie : – la lecture des traités d’astronomie comme celui particulièrement de Camille Flammarion qui fut son livre de chevet – la lecture de Max Heindel avec notamment son ouvrage La Cosmogénie de la Rose Croix, chef-d’oeuvre de la littérature mystique et qui a été pour lui un élément d’études et de recherches – la lecture du philosophe Gaston Bachelard au travers de son livre Les Songes, offert par sa mère et qui faisait écho à ses pensées.

Yves Klein est né en 1928 à Nice. Son père Fred est un hollandais d’origine indonésienne, peintre figuratif plutôt doué pour la couleur. Sa mère, Marie, est née à la Colle-sur-Loup , une passionnée de  yoga et peintre abstraite très portée pour la lumière. Elle a obtenu le Prix Kandinsky en 1949. En conséquence de quoi, il a baigné très tôt dans la vie de bohème et l’art pictural de ces deux artistes –  » le goût de la peinture m’est venu au biberon   » disait il, tout en affirmant aussi  » que le fait que mon père et ma mère soient peintres m’agaçait » …

Il a grandi à Nice et a fait des études pour devenir officier dans la marine marchande. Compte tenu du fait que ses parents étaient souvent absents, il fut confié de nombreuses fois aux bons soins de sa grand-mère mais souvent à ceux de sa tante Rose (à la Colle-sur-Loup)   qui n’a pas d’enfant et va le considérer comme le sien, le choyer, l’adorer et l’aider financièrement. Il entretiendra toute sa vie une correspondance assidue avec elle.

YVES KLEIN SA GRAND MERE ET SA TANTE
Yves KLEIN sa grand-mère et tante Rose

En tant que peintre la couleur pour lui ce sera le BLEU  » Jamais pour la ligne on a pu créer, dans la peinture, une quatrième dimension. Seule la couleur a réussi cet exploit. Ma monochromie est la seule manière physique de peindre et d’atteindre l’absolu spirituel. » – Le bleu des ciels de Giotto découverts en Italie et auquel il assimile une certaine spiritualité , le bleu du ciel, le bleu révolutionnaire, le bleu de la sensibilité et que jamais il n’a trouvé monotone. Au départ en 1955, il peindra des monochromes de différentes couleurs qu’il signe  » Yves le monochrome « . A partir de 1957, il ne se consacrera qu’à un seul ton  : le bleu-outremer.

Ce bleu  si particulier fut mis au point en 1827/28 par un chimiste français Jean-Baptiste Guimet ( en fait ce dernier a créé un bleu-outremer artificiel qui coûtait moins cher que ce qui se faisait auparavant et que bien des artistes vont utiliser ) .Ce n’est donc pas Yves Klein qui l’a inventé. Par contre, cela lui prendra des années pour arriver à créer un liant composé d’un mélange de pigments, de rhodopas ( une résine) , d’alcool éthylique et d’acétone qui permettra au bleu de ne jamais plus s’assombrir lorsqu’on le mélange et qui gardera donc sa couleur intacte, lumineuse et pure de bleu-outremer, tout en apportant un bel équilibre entre le mât et le brillant.  Il réalisera ce travail avec la collaboration du marchand de couleurs Edouard Adam. Une fois l’idée trouvée, elle fut déposée à l’Institut de la propriété industrielle, sous la forme d’enveloppe Soleau ( moyen simple et rapide de protéger un droit d’auteur) valable cinq ans parce qu’il n’avait pas inventé la couleur mais le liant. C’est la naissance de ce colori mythique qui reste sa propriété : BLEU I.B.K. N°1311 INTERNATIONAL BLEU KLEIN qui va être la clé, le sésame, la formule magique de son travail et lui permettra d’accéder à ce monde parallèle auquel il aspire.

KLEIN IBK 191 MONOCHROME BLEU
Monochrome bleu 191
« Jonathan Swift  » 1960 env. Sucession Yves Klein c/o ADAGP/Paris)
 » Assiette bleue  » sans titre – 1959 env. Yves KLEIN (Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris )
« Éponge bleue  » sans titre – 1961 – Sucession Yves Klein c/o ADAGP/Paris)
 » Héléna  » 1960 Yves KLEIN Sucession Yves Klein c/o ADAGP/Paris)

Si les premiers Monochromes multicolores n’ont pas vraiment accroché , les bleus par contre vont vivement enthousiasmer, toucher, voire même captiver le public et la critique. Le support de ces toiles est en bois, contreplaqué ou isorel, recouvert d’une toile de coton fin. Son outil : le plus fréquemment le rouleau, mais le pinceau aussi. Lorsque les rouleaux sont vieux ou trop imprégnés, il en change,  et des anciens fait des sculptures ou des assemblages ! De ce bleu naîtront aussi les Éponges en 1957/58 ( et qu’il travaillera jusqu’à sa mort quasiment). Les premières étaient une commande du Théâtre de Gelsenkirchen pour lequel il avait travaillé sur des sortes de fresques murales qui incarnaient  bien l’imprégnation de son bleu IBK . Lorsqu’il était  présent dans certaines de ses expositions, il demandait  au public de  » s’imprégner  » de son bleu un peu  » comme des éponges  » pour mieux comprendre son travail : la matière concrète devient une métaphore !

Il y aura aussi les Moulages en Bleu : cela va du moulage d’oeuvres du passé comme la Vénus de Milo recouverte de bleu ou bien des moulages de personnes vivantes.

 » Portrait de Claude Pascal  » 1962 (Succession Yves Klein c/o ADAGP/Paris)
Avec Claude Pascal pour la réalisation de la sculpture ci-dessus
KLEIN ARMAN EN BLEU
 » ARMAN  en bleu  » – Yves KLEIN – (Il s’agit là d’un portrait en relief créé en 1962 de son ami le sculpteur Arman. Corps moulé en plâtre recouvert de pigments bleus sur un panneau or (Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris )

L.OR et les MONOGOLDS 

La rencontre avec  » l’or  » s’est faite en 1949 chez un encadreur qui va lui apprendre les techniques de la dorure. Et l’or deviendra alors pour lui solaire, lumineux, merveilleux, une fascination qui permettra de donner  » la vie éternelle  » à ses oeuvres. Il lui faudra une bonne dizaine d’années pour réaliser ses fameux Monogolds qui traduisent le passage du  » visible  » à  » l’invisible  » , la transition entre le  » corporel  » et le  » spirituel » qui jusque là avaient été thésorisés par le bleu. Il y a eu aussi les Monogolds relief faits à partir de feuilles d’or à l’état pur, lissées sur bois ou toiles ou les Monogolds lunaires avec des petits cratères.

KLEIN MONOGOLD OR
 » Monogold or  » – 1959 Yves KLEINMonogold. Yves Klein
Feuilles d’or sur panneau 92 x 73 cm –(Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris )

Les ANTHROPOMÉTRIES 

C’est Pierre Restany qui trouve ce terme venant du grec anthropo : homme et métrie : mesure. Cela lui a semblé tout à fait approprié à la technique utilisée par Yves Klein . La première fois qu’il a exécuté ce type de tableau c’était en 1960 à la galerie d’Art contemporain Arquian de Paris. Un public se trouvait là, mais aussi des critiques, des collectionneurs et un orchestre …. Pourquoi un orchestre ? Tout simplement parce qu’il réalisa son travail en étant accompagné par la Symphonie Monoton ( une oeuvre de sa composition et datant de 1947) un peu dans le style de John Cage.  Cette symphonie c’est en gros vingt minutes durant l’orchestre ne tient qu’une seule note : le Ré , puis vient un silence. C’est Philippe Blanchette son ami, chef et musicien, qui la dirigera ce jour-là.

KLEIN PINCEAUX VIVANTS

Klein a toujours eu un rapport un peu spécial avec le corps humain qui pour lui. Il a utilisé des corps masculins, souvent féminins, des couples voire même des groupes. Des modèles qui devenaient des sortes de  » pinceaux vivants  » . Les corps étaient enduits de peinture bleue. Ils se plaquaient sur des plaques à même le sol pour obtenir les oeuvres qu’il souhaitait.  Il dirigeait leurs mouvements, leurs placements, leurs déplacements. Pas de mains, pas de cheveux qui, d’après lui,  » aurait donné un humanisme choquant aux compositions qu’il recherchait  » . Juste le corps : le tronc et les cuisses parce que c’est là que se trouvait «  l’univers réel caché par l’univers de la perception  » .

 » Anthropométrie sans titre  » (Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris )

La toute première  fut or sur fond noir, les autres plus généralement en bleu,  mais elles le seront également en rose et en or. Pour ce qui est des Anthropométries dorées c’est la référence de Klein à Baudelaire dans Les Fleurs du mal : «  la chair spirituelle qui a le parfum des anges «  …

Il a déposé un brevet d’invention cette fois pour ses pinceaux vivants en 1960  sous le titre :  » Procédé de décoration ou intégration architectural et produits obtenus par l’application dudit procédé « .

BLEU – OR – ROSE  » LA TRINITÉ PICTURALE « 

Référence à la religion qui a toujours été pour lui très importante.  » Le peintre, comme le Christ, dit la messe en peignant. Il réalise le mystère de la Cène dans chaque tableau  » disait-il. Comme il y eut le Père, le Fils et le Saint Esprit, chez Klein il y aura  le bleu, l’or et le rose, son triptyque à lui, sa Trinité chromatique. Le bleu représente le créateur céleste, l’or le spirituel, le rose l’incarnateur. Cette oeuvre qui rassemblera ces trois couleurs prendra la forme d’un ex-voto qui sera offert à Sainte Rita de Cascia en Italie. Sainte Rita béatifiée en 1628, canonisée en 1900 par le pape Léon XIII, la mère des causes désespérées. Klein expliquera s’est très souvent rendu en la chapelle Sainte Rita à Nice avec sa tante Rose et sa grand mère enfant, et adulte au monastère de la sainte à Cascia.

Il s’agit d’une boite en plexiglas transparent avec trois compartiments dans laquelle il y a du pigment rose (Monopink), du bleu IBK, et des feuilles d’or Monogold. Dans la partie inférieure de la boite, se trouve un tiroir où il a déposé des petits lingots d’or sur un lit bleu avec un texte écrit de sa main : «  Le bleu, l’or , le rose, l’immatériel, le vide, l’architecture de l’air, l’urbanisme de l’air, la climatisation des grands espaces géographiques pour un retour à la vie humaine dans la nature à l’état de légende. Les trois petits lingots d’or sont le produit de ma première vente des  » Zones de sensibilité . Yves Klein  » – Il arrive que cet ex-voto soit prêté dans le cadre d’expositions importantes concernant le peintre.

EX VOTO YVES KLEIN
EX-VOTO Yves KLEIN

LES PEINTURES DE FEU 

Un procédé qui n’était pas nouveau puisqu’un certain Buri l’avait expérimenté avant lui sur ses oeuvres.  Ces Peintures de feu traduisent l’influence que le philosophe Gaston Bachelard a eu sur son travail. La première sera réalisée en 1957 à la galerie Allendy de Paris : le soir du vernissage, dans le jardin, devant un public complètement ébahi par ceà quoi il allait assister, il a approché une allumette de l’une de ses toiles, lequel s’est enflammé. Il l’a appelé Tableau de feu en une minute.

Dans sa recherche du  » dépassement de soi  » il a voulu aller plus loin, et pour ce faire à remplacer l’allumette avec un bec de gaz ( plus ou moins long, c’est selon) afin d’obtenir des toiles originales et spectaculaires. Une façon de faire somme toute assez dangereuse parce qu’il risquait non seulement de se brûler mais d’anéantir également son travail.

En 1961 il se rend au centre d’essai Gaz de France pour une expérimentation : lui en costume-cravate  avec son bec de gaz à la main. La toile reçoit de l’eau, il dirige le lance-flamme en direction de la toile et l’action combinée eau-feu donne des motifs divers ressemblant à des sortes de fantômes ou silhouettes auréolées.  Il aurait voulu poursuivre avec des femmes nues imprégnées de peinture posées sur la toile. Une fois le tableau imprimé, il devait le transformer avec un contour brûlé. Le centre Gaz de France refuse et le congédie … Qu’importe, il continuera ailleurs ce travail et l’intitulera les Cendres de l’art.

YVES KLEIN PEINTURE DE FEU
YVES KLEIN PEINTURE DE FEU 1961
 » Peinture de feu  » – 1961 – Yves KLEIN
 » Carton brûlé  » 1961 Yves KLEIN ((Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris )
bleu troué par le feu  » 1957 – Yves KLEIN Sucession Yves Klein c/o ADAGP/Paris)

LES COSMOGONIES – ARCHITECTURES DE L.AIR 

C’est la capture des traces venues des éléments de la nature à savoir l’air, le vent, la pluie. C’est le monde qui entoure le corps. Pour ce faire, il faisait se balancer des tiges imprégnées de peintures bleue à l’air du vent et au contact de ce souffle, elles s’inscrivaient sur la toile. Il peint aussi des toiles en bleu, les dépose à l’extérieur au contact de la pluie et lorsque les gouttes tombent, elles forment des petites éclaboussures qui pour lui sont similaires aux étoiles du cosmos.

KLEIN 1969 COSMOGONIE DE L.ORAGE.jpg
 » Cosmogonie de l’orage  » 1969 – Yves KLEIN

Yves Klein a été marié à Rotraut Uecker  rencontrée en 1957 – Elle a 20 ans à peine, lui 29. Elle vient d’Allemagne de l’Est pour être la nounou des enfants du sculpteur Arman. Entre eux c’est le coup de foudre immédiat, l’amour passionné, intense, fusionnel. Elle est sa muse, son assistante, son modèle, celle qui va le soutenir, le comprendre, l’épauler, collaborer. Il l’épouse en 1962 en l’église St Nicolas des Champs à Paris sous une haie d’honneur composée par les chevaliers de l’ordre de St Sébastien auquel il appartient. Ils auront il fils, Yves, qui naîtra 2 mois après le décès de son père.

Rotraut se remariera six ans plus tard avec un comédien et n’aura cesse de veiller sur l’oeuvre de son ex-mari.

Yves KLEIN et Rotraut
Yves KLEIN & Rotraut

Yves Klein est mort d’une crise cardiaque en 1962 – Il est enterré au cimetière de la Colle-sur-Loup dans les Alpes Maritimes.

Il restera un artiste très particulier, une personnalité marquante et controversée. On a souvent dit de lui qu’il fut un  » peintre mégalo  » ce qu’il a été … Il a parfaitement su se mettre en scène,  et à chaque fois qu’il l’a fait, les médias n’étaient pas loin. Il a toujours cherché à s’expliquer, se justifier , revendiquer le fait qu’il était animé par des motivations artistiques authentiques. Il n’a pas toujours été compris, mais la plupart du temps, il  finissait par séduire, y compris les plus septiques. Il y aura des artistes, des historiens de l’art, des collectionneurs qui seront sensibles à sa pensée, à son travail, à ses idées, lui  qui fut tellement en avance sur son temps ! Nombreuses seront les expos et rétrospectives le concernant. Si sa côte a baissé durant un certain temps, elle a nettement remonté depuis les années 2000.

YVES KLEIN ANTHROPOMETRIE 102 ARCHITECTURE DE L.AIR
 » Anthropométrie 102 – La climatisation de l’atmosphère à la surface de notre globe  – Yves KLEIN (  » La conclusion technique et scientifique de notre civilisation est enfouie dans les entrailles de la terre et assure le confort par le contrôle absolu du climat à la surface de tous les continents devenus vastes salles de séjour communes….C’est une sorte de retour à l’Éden de la légende ( 1951) … Avènement d’une société nouvelle destinée à subir les métamorphoses profondes dans sa condition même.Disparition de l’intimité personnelle et familiale. Développement d’une ontologie impersonnelle. La volonté de l’homme peut enfin régler la vie au niveau d’un  » merveilleux  » constant. L’homme libre l’est à tel point qu’il peut même léviter ! Occupation : les loisirs… Les obstacles , autrefois subis dans l’architecture traditionnelle, son éliminés. Soins du corps par des méthodes nouvelles telles  » le lit d’air « .  »

Le garçon à la pipe … Pablo PICASSO

 » Vendu par Sotheby’s à New York, en 2004, pour 104 millions de dollars (environ 80 millions d’euros) à un enchérisseur anonyme, Le garçon à la pipe est devenu alors le tableau le plus cher au monde. Pablo Picasso avait 24 ans lorsque, après avoir délaissé les tons sombres et froids de la période bleue, il peignit ce qui constitue l’une des œuvres les plus poétiques de la période rose.

Le peintre vivait alors dans la pauvreté à Montmartre depuis 1904, et au cours de l’année 1905, il abandonna ses personnages stylisés et hâves des dix-huit mois précédents, pour adopter un classicisme plus harmonieux. Inspiré par des acrobates et des clowns qui se donnaient en spectacle, durant six mois Picasso allégea et égaya sa palette de plus en plus fasciné par ceux qui ne s’intégraient pas au reste de la société.

Ce tableau compte parmi les représentations de la beauté adolescente les plus appréciées. Don modèle était probablement P’tit Louis , un jeune garçon qui visitait régulièrement son atelier. Picasso déclarait à son sujet : »Il restait là, parfois toute la journée, il me regardait travailler. Il adorait cela. » Diverses études préliminaires le montrent ainsi dans une pose similaire à celle du tableau final. L’œuvre est cependant différente de toutes les esquisses, et l’expression du garçon lui confère une certaine ambiguïté. Couronné de roses, une pipe à la main et encadré des bouquets sur le mur derrière lui, P’tit Louis devient un personnage mystérieux.  » Susie HODGE (Historienne de l’art, artiste, journaliste spécialisée en art pictural)

« Le garçon à la pipe  » 1905 Pablo PICASSO (Collection particulière)

Le café est …

 » Le café est l’or de l’homme ordinaire et, comme tel, il procure à chaque homme un sentiment de luxe et de noblesse. Quand le café est servi se dégagent grâce, splendeur, amitié et bonheur. Tous les soucis s’évanouissent dès que l’on approche la tasse de nos lèvres …  » Jane PETTIGREW (Écrivaine et historienne anglaise – Extrait de son livre Café )

Le talent … par Jules RENARD

 » Le talent est une question de quantité. Le talent ce n’est pas d’écrire une page : c’est d’en écrire 300. Il n’est pas de roman qu’une intelligence ordinaire ne puisse concevoir, pas de phrase si belle qu’elle soit qu’un débutant ne puisse construire. Reste la plume à soulever, l’action de régler son papier, de patiemment l’emplir. Les forts n’hésitent pas. Ils s’attablent, ils sueront. Ils iront jusqu’au bout. Ils épuiseront l’encre, ils useront le papier. Cela seul les différencie, les hommes de talent, des lâches qui ne commenceront jamais. En littérature il n’y a que des bœufs. Les génies sont les plus gros, ceux qui peinent dix-huit heures par jour d’une manière infatigable. La gloire est un effort constant. » Pierre-Jules RENARD dit Jules RENARD (Écrivain et auteur dramatique français – Extrait de son livre « Journal-1887/1910 » )

Jules RENARD 1864/1910 – Photo de Paul CARDON dit DORNAC

Feuilles mortes devant la porte …

 » Un bruit léger

Devant ma porte.

A mes pieds

Une feuille morte.

Elle cherche un trou pour dormir

Pour dormir bien tranquillement.

Elle en a assez de courir

Et de jouer avec le vent.

Un bruit léger

Devant ma porte.

A mes pieds

Deux feuilles mortes.

Un petit rayon de soleil

Les sèche et les réchauffe un peu.

Tranquilles jusqu’à leur réveil,

Elles dorment en levant la queue.

Un froufroute

Devant ma porte.

Un beau tapis

De feuilles mortes…  » Georges DELAUNAY (Poète français)

Tableau de Isaac BRODSKY

Ansel ADAMS … le pionnier de la photographie des paysages américains

 » Le travail d’un photographe consiste , en partie, à voir plus intensément que la plupart des gens. Il doit avoir et garder en lui quelque chose de la réceptivité de l’enfant qui regarde le monde pour la première fois , ou du voyageur qui découvre une contrée exotique. Ils ont en eux une aptitude à l’émerveillement.

J’étais un enfant quand j’ai commencé la photographie à 14 ans. Lors de mes premiers voyages en montagne, je prenais des clichés, des comptes-rendus de visites, sur lesquels je me penchais l’hiver en attendant l’été suivant. Au fil du temps, cependant, j’ai mieux vu les choses, plus intensément. Dans mes premières photographies, entre 1919 et 1920, je photographiais le sol près de l’endroit où j’avais posé mon sac de couchage, et les montagnes que j’avais escaladées. C’est tout. Deux ans plus tard, je commençais manifestement à voir davantage une relation entre le sujet et l’environnement. Dans ces images, il y avait le sac, la roche, mais aussi la sensation d’espace.

Plusieurs années plus tard, j’ai commencé à voir que peut -être le rocher, l’arbre et les ombres des arbres, chaque objet, avaient certaines relations et valeurs. Je n’utilisais pas de mots pour le décrire, c’était plus un sentiment. Enfin, après avoir vraiment approfondi la photographie, je suis devenu très sensible aux formes relatives en termes de formes relatives. Je pouvais avoir le même endroit, le même rocher, l’arbre avec ses branches mortes et une ombre du même genre de branche sur le sol. Cette fois, tout à commencer à bouger. En fait, je faisais des photos avec une certaine vision en eux. Le monde extérieur n’a que des formes, mais nous voyons la forme, le poids, l’équilibre, et les valeurs. Nous voyons et nous ressentons également des choses plus ésotériques et intangibles. Je veux prendre des photos qui en cela en elles. Mais le savoir et le réaliser sont deux choses bien différentes.  » Ansel ADAMS (Photographe et écologiste américain)

 » Ne faisant qu’un avec la puissance du paysage américain et réputé pour la patience et la beauté intemporelle de son travail, le photographe Ansel Adams a été visionnaire dans ses efforts pour préserver les zones sauvages et pittoresques de ce pays, à la fois sur films et sur terre. Attiré par la beauté du mouvement de la nature, il est considéré par les écologistes comme un monument lui-même, et par les photographes comme une institution nationale. C’est grâce à sa prévoyance et à son courage qu’une grande partie de l’Amérique a été sauvée pour les futurs Américains. » Jimmy CARTER, Président des Etats Unis, en 1980 lorsqu’il a remis au photographe la Médaille présidentielle de la liberté.

Bon week-end !

 » Selon Giacomo Leopardi, le plus beau jour de la semaine n’est pas le dimanche, mais le samedi car il précède le dimanche. Tandis que le dimanche est triste en pensant au lundi. Mais maintenant tout le monde a lu la chanson immortelle, et le vendredi soir ils disent :  » Quelle joie, demain c’est samedi, le plus beau jour de la semaine !  » , tandis que le lendemain ils pensent tristement au dimanche. C’est pourquoi nous sommes plus heureux le vendredi que le samedi ; et au lieu de samedi, Leopardi aurait mieux fait d’écrire vendredi, ou même jeudi, si l’on pense que jeudi, précédant le plus beau jour de la semaine, est lui-même le plus beau, toujours pour la théorie que la veille d’un jour jour heureux est plus beau que le jour lui même. » Achille CAMPANILE (Écrivain, scénariste, metteur en scène et journaliste italien)

Scènes romantiques … Enrique GRANADOS

Granados fut un excellent pianiste, un improvisateur , un compositeur espagnol et un éminent pédagogue, réputé pour sa volonté de transmettre à ses élèves tout ce que lui avait pu apprendre de ses maîtres. Il a créé sa propre école de musique, et en 1901 l’Académie qui porte son nom.

Il a fait partie de ceux qui ont établi l’âge d’or de la musique pour piano dans son pays : l’Espagne. Son style est caractérisé par tout ce qui touche la culture nationaliste espagnole, ses racines, et son romantisme intérieur. Il a transmis à ses partitions toute la poésie, la délicatesse, la tendresse qui émanaient de lui. On peut dire qu’elles sont comme son journal intime.

Il est mort noyé en 1916 en voulant sauver son épouse. Le bateau qui les ramenait en Europe a été torpillé par un sous-marin allemand.

Les Scènes romantiques ce sont des magnifiques courtes pièces pour piano, composées en 1904. Il y a Mazurca – Recitatif et berceuse – Le poète et le rossignol – Allegretto – Allegro appasionato – Epilogo andante spianato –

Elles sont virtuoses, lumineuses, subtiles. Certaines d’entre elles sont imprégnées de la poétique mélancolie de Frédéric Chopin, un des compositeurs que Granados affectionnait, et à laquelle il a su merveilleusement mêler les senteurs folkloriques de son Espagne natale.

Pour les interpréter, à mes yeux il y en a qu’une : Alicia de LARROCHA

11 novembre 2022 …

 » 14-18
C’était la grande guerre.
Ils ont vécu l’enfer.
C’était la grande guerre,
la folie meurtrière.Par un beau jour d’été
Sous un ciel bleu d’azur
le clairon a sonné
pour la grande aventure.
Ils partirent faire la guerre
au nom de la patrie.
Ils étaient jeunes et fiers
et la fleur au fusil.Mais du chemin des dames
au fort de Douaumont
ils ont perdu leur âme
sous le feu des canons.
Avec la peur au ventre
Ils chantaient la Madelon,
en plein mois de décembre
quand ils montaient au frontIls tombaient un à un
fauchés par la mitraille,
de la Marne à Verdun
au cœur de la bataille.
Partout des trous de bombes
partout des trous d’obus
comme la fin d’un monde
qui leur tombait dessusIls ont pleuré de joie
le jour de l’armistice
quand enfin arriva
la fin de leur supplice.
Après un grand silence
Les cloches de la paix
Dans le ciel de France
Se mirent à sonner

14-18
C’était la grande guerre.
C’était la der des ders.
Mais cette grande guerre
ne fut pas la dernière  » Jacques-Hubert FROUGIER (Poète et romancier français)

MORT CASQUEE Jules DESBOIS
 » La mort casquée  » – Jules DESBOIS ( Musée d’Orsay )