Le Hamac …

« Dans le cœur de l’été, quand le soleil ruisselle
Et décoche à grands traits ses averses de feu,
Que de tout l’horizon et du firmament bleu,
Nous subissons l’ardeur que son disque recèle,

Quand nous ne disposons plus d’aucune étincelle,
Que de notre atonie, il faut faire l’aveu,
Que notre seule idée et principal enjeu
Consiste à se garer de l’astre qui harcèle,

On me trouve allongé dans mon hamac tendu
Entre les troncs rugueux d’un tilleul et d’un chêne
Sous la fraîche ramée où la torpeur m’enchaîne ;

Comme en lévitation, dans les airs, suspendu,
Avec le pépiement des oiseaux pour escorte,
Le sommeil m’engourdit et en douce m’emporte. » Renaud BOSC (Poète français)

Tableau Anders ZORN  

La lecture à la plage …

 » Pas si facile, de lire sur la plage. Allongé sur le dos, c’est presque impossible. Le soleil éblouit, il faut tenir à bout de bras le livre au-dessus du visage. C’est bon quelques minutes, et puis on se retourne. Sur le côté, appuyé sur un coude, la main posée contre la tempe, l’autre main tenant le livre ouvert et tournant les pages, c’est assez inconfortable aussi. Alors on finit sur le ventre, les deux bras repliés devant soi.

Toutes ces positions successives, ces voluptés irrégulières, c’est la lecture sur la plage. On a la sensation de lire avec le corps. » Philippe DELERM (Écrivain français – Extrait de son livre La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules.)

Promenade d’été au château de Chambord …

 » A quatre lieues de Blois, à une lieue de la Loire, dans une petite vallée fort basse, entre des marais  fangeux et un bois de grands chênes, loin de toute route, on rencontre tout à coup un château royal, ou plutôt magique, on dirait que, contraint par quelque lampe merveilleuse, un génie de l’Orient l’a enlevé pendant l’une des mille nuits et l’a dérobé au pays du soleil pour le cacher dans celui du brouillard ….  » Alfred DE VIGNY(Poète français)

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Il  y a 500 ans débutait la construction du château de Chambord. Ce lieu magnifique, fut le rêve utopique d’un roi, utopique probablement en raison du fait que le projet de construction souhaité, voire même rêvé n’a jamais été terminé finalement, mais également parce cette utopie était en rapport étroit avec ce que l’on imaginait ou pensait à l’époque dans les milieux artistiques, intellectuels ou politiques.

Chambord est un château étonnant,  vraiment magnifique, fleuron de la Renaissance française. L’ouvrage de la démesure, mélange novateur d’architecture médiévale et de Renaissance italienne, né en 1519 de la volonté  de François Ier qui, pourtant, n’y a séjourné que 72 jours en 32 ans de règne. Après lui d’autres rois poursuivront les travaux. Ils se termineront vers 1685 sous  Louis XIV qui, on peut le dire, sera l’un de ceux  qui va l’apprécier le plus, probablement en raison de son côté majestueux. Il y viendra souvent entre 1660 et 1685 pour le terminer, fera entreprendre d’autres gros  travaux – Il s’y rendra également pour la chasse car le domaine, aux abords du château, est un écrin forestier très dense et giboyeux.

Actuellement il se compose de 426 pièces, 40 appartements, 77 escaliers, 2000 objets d’art, un parc sublime. Il a été classé monument historique en 1840 et cédé à l’État français en 1930. Le Domaine national de Chambord est, par ailleurs, classé au Patrimoine mondiale de l’Unesco – C’est un domaine de 5440 hectares.

Je ne sais si certains d’entre vous sont déjà allés visiter ce château, mais je vous le conseille, car c’est une véritable œuvre d’art, le rêve d’un roi : François Ier, père des Arts et des Lettresle prince de la Renaissance, né en 1494 à Cognac, fils de Louise de Savoie et Charles de Valois. Il a passé une enfance heureuse au château de Blois entre une mère aimante et une sœur qui l’admirent. Son éducation fut très raffinée. En 1514, il épouse sa cousine Claude France  laquelle avait été préalablement promise à Charles de Habsbourg, futur Charles Quint, mais ses fiançailles seront rompues par les États Généraux,  pour la donner en mariage à François Ier. L’événement aura lieu à Saint-Germain-en-Laye en 1514.

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« Portrait de François Ier  » TITIEN en 1539

On le définit comme grand ( 1m95 ), ayant du charme,  beaucoup de panache, excellent danseur, bon vivant,  aimant les plaisirs, l’exercice physique, la chevalerie. Son emblème est la salamandre. On peut en voir souvent  dans la pierre ou les plafonds des châteaux de Chambord et Fontainebleau. Dans le premier des deux, elle porte une couronne sur la tête avec la devise Nutrisco et Extinguo ( je me nourris du bon feu, j’éteins le mauvais)

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Exemple : Salamandre dans le plafond du grand escalier

François sera couronné roi de France à Reims en 1515. De son éducation soignée il gardera toute sa vie  un goût pour les arts et le prestige. Il aime les armes et la guerre et va s’illustrer militairement parlant, dès le début de son règne,  par la victoire de Marignan (Septembre 1515 ) sur les Suisses. Il a, par ailleurs, mené un nombre incroyable de batailles contre Charles Quint. Il sera fait prisonnier par ce dernier durant le siège de Pavie et ne  devra sa liberté qu’à la condition que ses deux jeunes fils(François et Henri )  soient retenus en otage à sa place en Espagne et qu’il épouse , en secondes noces, Éléonore de Habsbourg, sœur de Charles Quint ( termes du traité de Cambrai qui avait mis un terme à la 7e guerre entre les deux hommes )  – La reine Claude étant  décédée en 1524.

Éléonore ( 2e épouse) par Joos VAN CLEV

Éléonore avait déjà été la femme de Emmanuel Ier du Portugal. Deux enfants étaient nés de cette union. Elle va devoir s’accommoder de la tristesse de sa vie de reine de France  : le roi ne l’aime pas, lui préfère nettement mieux sa favorite Anne de Pisseleu. C’est vraiment une étrangère à la Cour ! A la mort de François Ier, elle quittera notre pays et finira ses jours aux Pays-Bas.

Ce roi chevalier a été un grand mécène de l’art qui n’a pas hésité à subventionner les poètes, écrivains,  invitant de grands artistes ( peintres, sculpteurs ) à la Cour de France, notamment Léonard de Vinci avec lequel il a entretenu une grande amitié.  Il a entrepris de gros chantiers dans des résidences royales : Blois, Fontainebleau, Saint-Germain-en Laye, Chambord etc… C’est sous son règne que tous les actes notariés et judiciaires seront désormais rédigés en français et non plus en latin comme cela se faisait auparavant et que des registres paroissiaux voient le jour (état-civil actuel). Par ailleurs, il est le créateur d’une bibliothèque royale à Blois où il favorise le dépôt légal.

En 1516, François Ier rêve , comme il le dira lui-même «  d’un grand, bel et somptueux édifice « . Il a été élevé dans cette région de France ( Loire) ; de plus, la Cour était installée à Blois ( 17 kms )  , c’est donc là qu’il désire le faire bâtir. La construction se fera à Chambord, au cœur même de la Sologne,  dans un domaine forestier magnifique qui va pouvoir lui permettre d’assouvir (comme beaucoup de rois ) sa passion de la chasse.

Une zone très marécageuse donc fragile et instable,  qui amène à se demander comment on a pu y faire bâtir une telle construction en pierres de taille dessus. Eh bien le château de Chambord fut édifié sur pilotis de bois (chêne) enfoncés très profonds pour la solidité de l’ensemble ! Des études et fouilles réalisées en 2007 ont démontré que les fondations avaient également pour base de consolidation  les ruines d’un ancien château féodal, des roches calcaires ( de Beauce ) et du mortier.

Ce sera un chantier d’une grande ampleur et très onéreux, le plus conséquent de la Renaissance. 2000 ouvriers y ont travaillé – Pourtant, François Ier  ne va y résider que 72 jours durant tout son règne. Un château qui  ne fut pas véritablement conçu pour être une résidence permanente ( pas de cuisine ! )mais qu’il avait souhaité comme une résidence où il viendrait pour chasser. Vu son opulence et sa magnificence , on est amené à penser qu’il  l’a surtout souhaité comme une sorte de symbole de son pouvoir, qu’il se plaisait à faire visiter aux autres souverains ou ambassadeurs étrangers, pour leur en mettre plein la vue, cela va de soi  ! » Chambord est un abrégé de l’industrie humaine  » avouera Charles Quint lors de sa visite dans ce lieu en 1539 … Preuve que François avait bien épaté Charles en la matière !

Il n’y avait pas à l’époque d’architectes tel que ce métier est défini  de nos jours. Il est très difficile dire qui est à l’origine de … ou quelle fonction précise fut attribuée à …. ,  car il n’y a pas de preuve tangible. Toutefois, on connait quelques noms susceptibles de nous renseigner  : Jacques Sourdeau, maître maçon ,ayant travaillé précédemment à Blois, a certainement,  fait partie du chantier de Chambord au départ. Malheureusement il décédera et laissera sa place à Pierre Nepveu dit Trinqueau .  On note également la présence de François de Pontbriand, grand chambellan  : François Ier l’avait nommé surintendant des travaux pour Chambord dans une lettre de Septembre 1519. Mais Pontbriand s’est rétracté et a donné sa place à un certain Mathurin Viard (qui avait déjà été contrôleur des comptes à Blois ) , lequel malheureusement va mourir et sera remplacé par Nicolas de Foyal –   Dominique de Cortone dit le Boccador, maître-d’œuvre en maçonnerie. Il aurait réalisé la maquette en bois de Chambord (semble t-il d’après de Vinci à qui il avait rendu  visite au Clos Lucé en 1518 )  – Maquette  perdue mais dont on a conservé des documents – laquelle aurait été ensuite dessinée par André Félibien ) –   et Léonard de Vinci, mort quelques mois avant le début des travaux, qui avait très certainement laissé des dessins et des plans qui ont servi dans la construction.

 » Portrait of Leonardo da Vinci  » – Un tableau de Lattanzio QUERENA

Léonard de Vinci a beaucoup partagé les esprits pour Chambord  : une partie des historiens affirment qu’il a très certainement influencé la conception architecturale de ce château ,  d’autres refusent complètement cette éventualité –  Mais comment, quand on sait qu’il a été le premier architecte, le premier peintre, le premier ingénieur de ce roi selon les propres termes de François Ier, lorsque l’on connaît son imagination débordante et que l’on voit ses écrits ou  ses dessins dans lesquels reviennent souvent des formes géométriques, des escaliers à double hélice , des tours d’angle, tous ses rêves d’un urbanisme utopique à l’époque  etc… , comment ne pas penser qu’il n’aurait pas laissé sa patte quelque part à Chambord ?

Essayons de comprendre : Léonard de Vinci a rencontré François Ier en 1515 à Bologne. Le roi a beaucoup apprécié l’homme et l’artiste, à un point tel qu’il lui demande de venir en France. Léonard n’était plus très jeune à l’époque mais qu’importe, un an plus tard le voilà arrivé à Amboise. Le roi entretient des liens tout à fait amicaux, voir même éprouve des ressentis filiaux vis-à-vis de lui et l’installe au château de Lucé. De  plus, il alloue alloue  une pension pour lui permettre de vivre confortablement. Léonard n’est pas venu tout seul. Quelques-uns de ses élèves italiens l’ont accompagnés, y compris son supposé amant, et il a pris sous son bras certaines  de ses œuvres dont la Joconde.

Pour François Ier, Léonard de Vinci va se faire organisateur de somptueuses fêtes, mais il va aussi travailler sur des projets qui fourmillent dans la tête du roi, comme par exemple la création d’une sorte de cité qui deviendrait un grand centre politique et économique, voire , pourquoi pas, la capitale du royaume avec, bien sur, là aussi la construction d’un autre château . Il aimerait que cela se fasse à Romorantin, tout simplement parce que c’était  un endroit que chérissait sa mère,  Louise de Savoie qui, du reste, avait eu une résidence  là-bas.

C’est un projet de grande envergure car François Ier et De Vinci  le voient comme une cité idéale avec des voies pour piétons, des canalisations très perfectionnées notamment dans l’hygiène, un système d’écluse qui remplacerait les fossés et permettraient d’assainir les voies d’eau, des écuries modernes, des fontaines, de grands jardins, un pavillon de chasse  etc… 

 Léonard de Vinci a eu  des idées démentielles sur le sujet. Les travaux avaient déjà bien commencé entre 1516 et 1518  que ce soit pour les dérivations, terrassements, et même la construction d’une aile du palais lui-même. Malheureusement ils s’arrêteront en 1519, probablement en raison de son décès. Ses idées complètement extravagantes mais incroyablement géniales, dont les plans sur ce projet,  existent toujours dans le Codex Atlanticus. Ils sont très similaires à ce qui sera fait pour le château de Chambord et son célèbre escalier. Nul doute, en conséquence,  qu’ils aient pu servir ou inspirer. 

La construction de Chambord  est une architecture assez unique : un bâtiment central  (donjon ) , deux ailes ( logis royal à l’est ) , quatre tours aux angles, des appartements habitables dans chacune, un escalier double au centre qui mène au premier étage où se trouvent là encore des habitations et une grande terrasse. L’escalier double reste une œuvre incroyablement curieuse, magnifique, qui a fait la célébrité intérieure de Chambord. Il faut savoir que ce sont deux escaliers qui tournent dans le même sens mais ne se croisent jamais , de telle façon que les personnes qui montent ou descendent ne se rencontrent pas. Il fallait être sacrément visionnaire et imaginatif ; ce qui a amené un grand nombre de personnes   à penser , vu les études de dessins de ce type d’escalier que Léonard de Vinci a laissé, qu’il en est le l’inspirateur direct, d’autant que Dominique de Cortone était allé lui rendre visite au Clos Lucé en 1518.

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En 1519, ce colossal chantier comptabilise 2000 ouvriers  sur le site. 220.000 tonnes de pierres de tuffeau ont été utilisées. Le roi ne lésina pas à la dépense et il ne manquait pas d’imagination  pour faire de ce château une petite merveille, comme par exemple détourner la Loire (fleuve royal) , un projet qui ne verra pas le jour parce que bien trop difficile à réaliser à l’époque. Seul le cours du Cosson le sera. Les toitures sont en ardoise et elles subiront, au fil du temps, des rénovations. Les travaux seront arrêtés lorsqu’il sera fait prisonnier, mais reprendront à son retour, un peu plus simplifiés.

Le parc a été constitué par les terres agricoles (2500 ha) acquises par le roi et qui se sont ajoutées au domaine forestier. De nos jours, le Parc national de Chambord est un lieu où vivent de nombreuses espèces animales : cerfs, sangliers, mouflons, oiseaux (reproducteurs et migrateurs ) , aigles, etc….

Durant le règne de François Ier c’est le donjon qui fut construit en premier, puis la tour et l’aile où se trouvaient ses appartements. Henri II son fils va entreprendre la continuité des travaux notamment le début de ceux de la chapelle (qu’il ne terminera pas ) . Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, va le restaurer en 1639 parce qu’il aimait à recevoir, mais c’est véritablement Louis XIV qui va y séjourner le plus, s’occupera d’achever la chapelle, l’aménagement d’un appartement confortable au 1er étage, et un théâtre (Molière viendra y présenter le Bourgeois gentilhomme en 1670 ) .

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Évocation du théâtre à l’époque du Bourgeois gentilhomme de Molière

Louis XV le recevra en héritage … Il sera alors occupé par son beau-père le roi de Pologne en exil  Stanislas Leszczynski, puis par le Maréchal de Saxe nommé gouverneur du domaine en 1745.Ce dernier va le faire revivre. D’abord il s’y installera, fera procéder à différentes restaurations, notamment celle du théâtre. Fera construire des écuries pour son haras, et, donnera de somptueuses réceptions. Tous ses soldats africains y résident eux aussi auprès de lui. Ils forment sa garde rapprochée. A sa mort, le château va ressembler à la belle au bois dormant … Il sombrera dans un grand sommeil.

Malheureusement, durant la Révolution il sera pillé, les intérieurs abîmés et le mobilier vendu. Le règne de Napoléon le trouvera dans un piteux état. Celui-ci le sauvera en lui redonnant un certain éclat et il en fera cadeau au Maréchal Berthier en 1808. Sa veuve ne pouvant l’entretenir, le château fait l’objet d’une souscription nationale qui le lui rachète pour le confier au Duc de Bordeaux qui sera alors nommé le Comte de Chambord. Il va, jusqu’à sa mort, l’administrer, tout en n’y venant quasiment pas. Il reviendra alors à ses héritiers la famille Bourbon de Parme et racheté par l’État français en 1930.

Aria  » Sposa son disprezzata « …

Cette magnifique aria est extraite de l’opéra Bajazet (dit également Le Tamerlo) de Vivaldi. Une œuvre tragique instrumentalement originale, dramatique, terriblement expressive, intense, passionnée, parfois même violente, vocalement virtuose, qui fut créé à Vérone en 1735. Le librettiste fut le praticien vénitien Agostino Piovene. Son livret avait déjà été utilisé et mis en musique une première fois en 1711 par Francesco Gasparini au Théâtre San Cassino de Venise.

De base, ce n’est pas une aria de Vivaldi. En effet, comme cela se faisait assez couramment à l’époque, il reprendra celle écrite (pour le castrat Farinelli) par Geminiano Giacomelli dans son opéra La Métrope (1734), et modifiera les paroles afin qu’elles puissent correspondre au sien.

L’opéra a été exhumé en 2005, de façon magnifique, vigoureuse et précise, par le violoniste, chambriste, et chef d’orchestre italien Fabio Biondi.

J’ai choisi une version voix-piano qui me touche beaucoup : celle de Cecilia BARTOLI accompagnée par György FISCHER.

Fenaison …


« Au clair appel du coq chantant sur son perchoir,
Les faucheurs se sont mis à l’œuvre, et la prairie
Dans la blanche rosée a déjà laissé choir,
Derrière eux, un long pan de sa robe fleurie.

Les bruissantes faux vibrant à l’unisson
Ouvrent dans l’herbe mûre une large tranchée ;
Deux robustes faneurs, là-bas, fille et garçon,
Retournent au soleil l’odorante jonchée.

Leurs yeux brillent, l’amour sur le même écheveau
A mêlé les fils d’or de leur double jeunesse,
Et le voluptueux parfum du foin nouveau
À leur naissant désir ajoute son ivresse…

Comme eux, j’éprouve aussi ton mol enivrement,
Fenaison !… Je revois la saison bienheureuse
Où j’allais par les prés, cherchant naïvement
La fleur qui donne au foin son haleine amoureuse.

Et les herbes tombant au rythme sourd des faux
M’apportent le parfum des lointaines années
Dont le Temps, ce faucheur marchant à pas égaux,
Éparpille après lui les floraisons fanées.

La vie est ainsi faite. Elle ondule à nos yeux
Comme une plantureuse et profonde prairie,
Dont un magicien tendre et mystérieux
Varie à tout moment l’éclatante féerie.


Nous y courons ravis, cueillant tout sans choisir,
Fauchant jusqu’aux boutons qui s’entrouvrent à peine ;
Mais l’éblouissement nous ôte le loisir
De savourer les fleurs dont notre main est pleine.

Nos merveilleux bouquets doivent comme le foin
Se faner pour avoir leur plus suave arome ;
C’est quand l’enchantement d’avril est déjà loin
Que son ressouvenir nous suit et nous embaume.

Le présent est pour nous un jardin défendu,
Et nous n’entrons jamais dans la terre promise ;
Mais l’éternel regret de ce bonheur perdu
Donne à nos souvenirs une senteur exquise…

Peut-être est-ce un regret de leur brève splendeur
Qui donne aux foins coupés ces subtiles haleines ?…
Toutes les fleurs des prés s’y mêlent comme un chœur
Sauges et mélilots, flouves et marjolaines.

Leur musique voilée a des philtres pour tous.
Elle fait soupirer les pensives aïeules
Assises sous l’auvent le front dans les genoux,
Et les bruns amoureux couchés au pied des meules.

La nuit, avec le chant des sources dans les bois,
Quand ce concert d’odeurs monte au ciel pacifique,
Vers le bleu paradis des saisons d’autrefois
Le cœur charmé fait un retour mélancolique.

Dans ce passé limpide il croit se rajeunir ;
Il y plonge, il y goûte une paix endormante,
Mollement enfoncé dans le doux souvenir
Comme en un tas de foin vert et sentant la menthe.


Puissé-je pour mourir avoir un lit pareil,
Et que ce soit au temps des fenaisons joyeuses,
Quand les grands chars pleins d’herbe, au coucher du soleil,
Ramèneront des prés la troupe des faneuses !

Au soir tombant, leurs voix fraîches éveilleront
L’écho des jours lointains dormant dans ma mémoire ;
Je verrai s’allumer les astres sur mon front
Comme des lampes d’or au fond d’un oratoire ;

Et lorsque peu à peu les funèbres pavots
Sur mes yeux lourds seront tombés comme des voiles,
Mon dernier souffle, avec l’odeur des foins nouveaux,
S’en ira lentement vers le ciel plein d’étoiles.  » André THEURIET (Poète, romancier, auteur dramatique français – Extrait de son recueil Le livre de la payse (1872-1882)

Tableau : Julien DUPRÉ

La bibliothèque …

 » Comme la plupart des amours, l’amour des bibliothèques s’apprend. Nul ne peut savoir d’instinct, lorsqu’il fait ses premiers pas dans une salle peuplée de livres, comment se comporter, ce que l’on attend de lui, ce qui est promis, ce qui est autorisé. On peut se sentir horrifié face à ce fouillis, cette ampleur, ce silence, ce rappel moqueur de tout ce qu’on ne sait pas, cette surveillance, et un peu de cette sensation écrasante peut demeurer encore après qu’on a appris les rites et les conventions.

L’existence de toute bibliothèque donne au lecteur une idée de ce qu’est vraiment sa force, une force qui combat les contraintes du temps, apportant des fragments du passé dans le présent. Cela lui permet de regarder, même secrètement et de loin, dans l’esprit d’autres êtres humains et de savoir quelque chose sur lui-même à travers les histoires accumulées à son profit. Mais, surtout, il dit au lecteur que sa force réside dans la capacité à sa souvenir activement, à travers la sollicitation de la page, de moments choisis de l’expérience humaine.

Dans une bibliothèque, il n’y a pas d’étagère qui reste longtemps vide. Comme la nature, les bibliothèques ont horreur du vide et, le problème de l’espace est inhérent à la nature même de toute collection de livres. C’est le paradoxe de toute bibliothèque. En effet, si d’une part elle vise, dans une mesure plus ou moins grande, à recueillir et à conserver un témoignage du monde aussi complet que possible, cette tâche sera finalement redondante car elle ne pourra être mise en œuvre que lorsque les frontières de la bibliothèque coïncident avec celles du monde entier. » Alberto MANGUEL (Écrivain argentin naturalisé canadien. Paragraphes extraits de son livre La bibliothèque, la nuit )

Bibliothèque de l’Assemblée nationale / Paris

Quatuors Op.76 … Joseph HAYDN

HAYDN XVIIIe MUSICIENS JOUANT AVEC HAYDN L UN DE SES QUATUORS
 » Le quatuor à cordes de Haydn  »  Lithographie de J.SCHMIDT

 » Un Quatuor à cordes est une conversation entre quatre personnes intelligentes. » Johann Wolfgang VON GOETHE ( Poète allemand )

Bien que le genre Quatuor ait existé avant Haydn, on peut dire que ce dernier l’a beaucoup travaillé, expérimenté, transformé profondément, développé bien plus qu’il ne l’était déjà,  notamment en lui donnant plus d’ampleur. Il lui a apporté  ses lettres de noblesse, lui a permis de renaître,  et il a servi d’exemple à un grand nombre de compositeurs et musiciens qui viendront après lui, notamment W.Amadeus Mozart.

Haydn a composé 78 Quatuors  en totalité  tout au long de sa carrière. Il a commencé assez tôt lorsqu’il était étudiant. Il leur donnait alors le nom de Divertimento.

Les six de l’Opus 76 datent de 1797. Ils  furent appelés Erdödy car dédiés au comte Joseph Erdödy qui en avait passé commande . A cette époque,  Haydn était un homme de 53 ans très respecté dans le domaine musical.  On peut vraiment affirmer cet Opus représente   le concentré génial  de tout son travail en matière de Quatuor.

Les pièces qui le composent  sont de véritables chefs d’œuvre, des  petits trésors : lumineux, ingénieux, fort bien équilibrés, ingénieux, brillants, riches en couleurs, lyriques, mélodieux .

Je vous propose d’en écouter trois pour lesquels j’ai choisi l’interprétation de l’ AMADEUS QUARTET tout simplement parce que je les trouve, personnellement, incomparables chez Haydn (tout comme je les apprécie beaucoup chez Beethoven) – Il y a beaucoup d’émotion, de style, et d’élégance.

Quatuor Op.76 N.2 dit Les Quintes : Il doit son surnom aux deux quintes (intervalle) descendantes que l’on entend dès le début du premier mouvement . C’est une partition très subtile, expressive, assez étrange mais néanmoins fascinante et qui ne manque pas de vivacité et d’énergie.

( Vidéo : AMADEUS QUARTET avec : Norbert BRAININ ( violon ) – Singmund NISSEL (violon) -Peter SCHIDLOF ( alto ) et Martin LOVETT ( violoncelle

Quatuor OP. 76 N.3 dit L’Empereur : inspiré par des vers d’un poème de Léopold Haschka  Goff erhalte Franz den Kaiser ( Dieu protège l’empereur François ) à l’occasion de l’anniversaire de l’empereur . C’ est une page pleine d’ampleur, très populaire, célèbre, probablement l’une des plus symphonique en matière de Quatuor. Elle se déroule de façon très lumineuse, très agréable à l’écoute, fougueuse,  assez «  impériale « . Elle fut composée à l’époque où il travaillait sur sa magnifique page La Création, ce qui, je pense, donne à cette page sa force et son intensité.

( Vidéo : AMADEUS QUARTET avec : Norbert BRAININ ( violon ) – Singmund NISSEL (violon) -Peter SCHIDLOF ( alto ) et Martin LOVETT ( violoncelle)

Quatuor OP.76  N°4 dit Lever de Soleil ou Aurore : probablement en raison du côté très lumineux de ce Quatuor et du thème de l‘Allegro qui débute très lentement, ce qui peut faire  penser à l’apparition d’ un lever de soleil. C’est une pièce vraiment magnifique, très lyrique

(Vidéo :  Allegro 1er mov.  – AMADEUS QUARTET avec : Norbert BRAININ ( violon ) – Singmund NISSEL (violon) -Peter SCHIDLOF ( alto ) et Martin LOVETT ( violoncelle)

Le thé …

 » Le thé peut à la fois stimuler l’esprit et apaiser la soif mais sans troubler les idées. C’est pourquoi il était fort apprécié par les orateurs purs. Les mystiques réussirent à associer parfaitement l’utilité matérielle et l’effet intellectuel du thé. En même temps, ils donnèrent à la philosophie orientale une couleur mystérieuse qui fut associée au thé dès le début.  » WANG LING (Auteur et éditeur chinois spécialiste de l’histoire de la Chine-Extrait de son livre Le thé et la culture chinoise /Chapitre : L’origine du thé et le fondement de la culture lié au thé-Les mystiques et le thé dans l’Antiquité)

4.8.1962 …. Marilyn

« Marilyn reste aujourd’hui une icône parce qu’elle représente une innocence que nous ne percevons plus chez nos célébrités aujourd’hui. Quand on me demande qui est la nouvelle Marilyn, je réponds qu’il n’y en a pas : Marilyn était unique !  » Lawrence SCHILLER (Photographe, producteur, réalisateur, scénariste, directeur de la photographie et monteur américain)

Le 4.8.1962, il y a soixante ans, disparaissait Marilyn Monroe. Lawrence Schiller, photographe, cinéaste, producteur et écrivain américain, fut l’un des derniers à la photographier. Il l’a même rencontrée le matin du jour de son décès pour lui proposer une autre série de photos pour Playboy. Elle devait y réfléchir. Les photos ci-dessous lui ont rapporté beaucoup d’argent. Outre leur parution dans Paris Match, certaines ont fait la couverture de Life, The Mirror, Sans Francisco Chronicle, Stern etc…

Leur première rencontre se fera deux ans plus tôt à l’époque où elle tournait avec Yves Montand dans le film Le milliardaire. Schiller n’était pas encore un grand photographe. Il débutait chez Look Magazine. Certes Schiller fut captivé par la beauté de l’actrice, mais il avouera avoir été surtout charmé sa gentillesse , sa franchise, sa vulnérabilité, et surtout son humour, mais également le contrôle parfait qu’elle avait de son image face à un objectif. Ils vont sympathiser. Elle appréciera ses photos.

A cette époque, Marilyn rencontrait pas mal de problèmes que ce soit dans sa carrière comme dans sa vie privée .

En 1962, ils se croisent à nouveau sur le tournage du film Something’s got to give avec Dean Martin. Schiller était désormais très connu. Il avait photographié de nombreuses stars du cinéma, et avait couvert la campagne de Richard Nixon. Il était envoyé pour le magazine Paris Match. Elle acceptera le reportage. Elle n’avait pas fait de photos nue depuis 1952. Elle était persuadée que cela pourrait redonner un certain élan à sa carrière car les clichés feraient le tour du monde. Le film, quant à lui, il n’a jamais vu le jour car n’a pas pu se terminer en raison du décès de Marilyn.

« Quelques jours plus tard elle est arrivée sur le plateau avec deux heures de retard comme à son habitude. Nous n’avions le droit de prendre des photos qu’entre les prises, pendant les réajustements de la lumière et des caméras. Elle portait un maillot de bain deux pièces, couleur chair, sous un peignoir en éponge bleu. Elle a retiré son peignoir et a sauté dans l’eau. Avec Billy Woodfield, l’autre photographe présent, nous avons mitraillé. Et soudain elle est revenue au bord en nageant …. sans soutien-gorge, ni culotte. Elle l’avait fait ! Et elle est restée là, à poser pour nous  » L.S