Philip TREACY « Le chapelier fou » …

 » Quand j’ai commencé à concevoir des chapeaux, les autres étudiants m’ont dit avec un air désolé :  » pourquoi concevez-vous des chapeaux ? Seules les vieilles dames portent des chapeaux « . Mais j’adore les chapeaux, c’est la raison pour laquelle j’en conçois. Les chapeaux sont une autre dimension que la passion pour l’habillement. Vous devez porter des chaussures, vous devez porter des vêtements, mais vous pouvez passer toute votre vie sans porter de chapeau. L’aspect fantastique des chapeaux c’est parce qu’il s’agit d’un embellissement de soi. Nous avons tous une tête et tout le monde a un certain potentiel pour porter des chapeaux. Ils sont devenus des accessoires de rébellion et cela me plait beaucoup. » Philip TREACY (Modiste irlandais de la haute-couture. Fournisseur de la reine et de la famille royale d’Angleterre)

Philip TREACY dans son magasin-atelier de Londres

Philip Treacy est un modiste irlandais très célèbre, décalé. Il créé des chapeaux extravagants, surprenants, originaux, intemporels, nés de son imagination débordante, et qui ont très souvent fait l’objet de remarques assez retentissantes, mais qui restent, pour certains, assez élégants.

Non seulement il pare les têtes des célébrités américaines (Oprah Winfrey, Meghan Markle, Victoria Beckham, Madonna, Sara Jessica Parker, Lady Gaga, Diana Ross et autres… ) de ses merveilleux couvre-chefs mais également des monarques de la planète, à commencer par la reine Elisabeth II et quasiment toute la famille royale anglaise, la reine Mathilde de Belgique, la reine Silvia de Suède. etc…

Chapeau réalisé pour la reine Elisabeth II –  » Lorsque j’ai rencontré la première fois la reine Elisabeth à l’occasion d’une soirée sur le design à Buckingham, elle m’a demandé :  » que faites-vous ? – « Je fabrique des chapeaux Madame  » –  » Suis-je la seule personne qui porte des chapeaux de nos jours ?  » – Madame vous avez gardé les chapeaux en vie dans l’imagination des gens du monde entier ! « – Lorsque vous rencontrez la reine, vous n’êtes pas censé poser des questions, mais j’ai pensé  » que diable « . Je l’ai regardée dans les yeux et je lui ai dit  » Madame aimez-vous porter des chapeaux ? » – Elle s’est écartée et m’a répondu :  » ça fait partie de l’uniforme » Philip TREACY
CAMILLA, duchesse de Cornouailles – Chapeau Philip TREACY
KATE, duchesse de Cambridge – Chapeau Philip TREACY
Princesse BEATRICE / Chapeau Philip TREACY
Chapeau pour Jessica PARKER / Philip TREACY

Compte tenu du fait que chaque pièce est entièrement faite à la main, chacune d’entre elles nécessite un temps fou . « Mon travail est manuel, laborieux, souvent douloureux par sa rigueur, mais sans limites «  . Même si on aurait tendance, vu son travail, à dire qu’il est un artiste, Treacy ne souhaite absolument pas se considérer comme tel.

Il a reçu un nombre incroyable de distinctions dans sa carrière, a remporté par cinq fois la British Association of Designers, et sa majesté l’a fait Chevalier commandant de l’Ordre britannique. Les musées de toute la planète le mettent très souvent à l’honneur pour des expositions de chapeaux , hautes en originalité et couleurs, qui attirent un public complètement séduit.

Par ailleurs, il est très souvent appelé par de célèbres Maisons de couture (Armani, Ralph Lauren, Valentino, Versace, MacQueen, Givenchy et tant d’autres ) … sans oublier Karl Lagerfeld avec lequel il a collaboré à l’âge de 23 ans. De plus, il dessine des chapeaux pour le cinéma, notamment dans Sex and the City ou Harry Potter.

Chapeau Philip TREACY pour Karl LAGERFELD (CHANEL)
Chapeau Philip TREACY pour ARMANI
Chapeau Philip TREACY – Robe Alexander MCQUEEN

Il est né en 1967 en Irlande où il a grandi auprès de ses parents (papa boulanger, maman au foyer) et ses sept frères et sœurs. La couture est entrée dans sa vie très tôt puisque l’histoire raconte qu’à 5 ans à peine il utilisait déjà une machine à coudre pour fabriquer des robes de poupée à l’une de ses sœurs ! C’est à l’école Royal College of Art de Londres qu’il a étudié et à cette époque qu’a commencé sa passion des chapeaux.

La première commande lui viendra de Isabella Blow, une rédactrice de mode célèbre, très extravagante, qui le repère grâce au couturier britannique Alexander McQueen. Treacy était fraîchement diplômé et collaborait avec lui. Elle souhaitait un chapeau extraordinaire pour son mariage, un que l’on puisse remarquer, qui n’est rien à voir avec ce que l’on propose habituellement. Elle ne sera pas déçue du résultat puisqu’il aura l’allure d’un masque du Moyen-Âge ! Une commande qui mettra le feu aux poudres et lui ouvrira les portes du succès.

Chapeau Philip TREACY
Chapeau Philip TREACY

Le ski de fond …

 » Entends-tu le silence, et le doux crissement
De nos skis sur la pente ? Au-dessus de nos têtes,
Des branches en arceau d’où la neige volette
Devant nos yeux mi-clos en étoiles d’argent.

Sens-tu cet air glacé nous ramoner le cœur ?
Ces infimes cristaux obstruer nos narines
Et notre peau geler, que la bise burine ?
Et pourtant nous rions, éperdus de bonheur

Tant nous nous sentons bien dans ce désert blafard.
Aucune trace encor sur la neige renflée
Qui cherche à ralentir notre course essoufflée,
Dont il faut s’arracher comme d’un traquenard.

Les branches des sapins quadrillent le ciel bleu,
D’un bleu si véhément qu’il en bleuit la neige.
Sur les rameaux poudrés des cristaux parpalègent
En des millions d’éclats, en petits clins de feu…

Nous devons redescendre : il fait vraiment très froid
Et la nuit va tomber. La bise s’exaspère…
Il nous faut retrouver notre gîte à Prunières
Où nous allons, c’est sûr, nous sentir à l’étroit !  » Vette DE FONCLARE (Poétesse et institutrice française)

 » Le ski de fond  » du peintre norvégien : Axel HJALMAN ENDER

La neige …

  » La neige est un poème. Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers. Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu. Il porte un nom. Un nom d’une blancheur éclatante : Neige. La neige possède cinq caractéristiques principales : elle est blanche, elle fige la nature et la protège, elle se transforme continuellement, elle est une surface glissante, elle se change en eau. » Maxence FERMINE (Écrivain français – Phrases extraites de son livre Neige)

La cuisson du pain …

 » Les servantes faisaient le pain pour les dimanches,
Avec le meilleur lait, avec le meilleur grain,
Le front courbé, le coude en pointe hors des manches,
La sueur les mouillant et coulant au pétrin.

Leurs mains, leurs doigts, leur corps entier fumait de hâte,
Leur gorge remuait dans les corsages pleins.
Leurs deux poings monstrueux pataugeaient dans la pâte
Et la moulaient en ronds comme la chair des seins.

Le bois brûlé se fendillait en braises rouges
Et deux par deux, du bout d’une planche, les gouges
Dans le ventre des fours engouffraient les pains mous.

Et les flammes, par les gueules s’ouvrant passage,
Comme une meute énorme et chaude de chiens roux,
Sautaient en rugissant leur mordre le visage  » Emile VERHAEREN (Poète belge d’expression française – Extrait de son recueil Les Flamandes )

 » Paysanne enfournant son pain  » Jean-François MILLET

Le pain …

 » La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, – sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente. Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable… Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.  » Francis PONGE ( Écrivain et poète français – Extrait de son ouvrage Le parti pris des choses en 1942 )

Chants Polonais OP.74 de Frédéric CHOPIN-Transcription Franz LISZT …

( Vidéo : Claudio ARRAU au piano interprète six de ces chants transcrits par Liszt)

Frédéric Chopin a connu Franz Liszt lorsqu’il est arrivé à Paris en 1832 et qu’il a donné son premier concert dans les Salons Pleyel. Liszt était présent, ainsi que bien d’autres musiciens.

Tous deux émigrés en France. Tous deux venus d’Europe centrale. Ces deux talentueux et immenses pianistes, quoi que l’on ait pu dire, se sont beaucoup appréciés et furent amis. Liszt fut l’un des rares à qui Chopin permit de lui attribuer un petit surnom (Chopinissimo) et dans son appartement il avait une photo de Liszt posée sur une table.

Chopin lui a dédié ses Douze Études Op.10 parce qu’elles lui plaisaient énormément, et surtout parce qu’il affirmait souvent que Liszt était réellement le seul, à part lui, capable de les interpréter correctement au piano comme il le souhaitait.

Funérailles, la septième pièce des Harmonies poétiques et religieuses de Liszt, fut dédiée aux héros morts lors de la Révolution hongroise de 1848. Parmi eux se trouvaient des amis à lui. Mais Octobre 1849 fut également le mois de la mort de Chopin. Liszt dira qu’en écrivant sa dédicace il a également beaucoup pensé à son ami. L’intitulé sous la dédicace de la partition à savoir Octobre 1849 confirme ce sentiment.

Les deux hommes ont eu des relations amicales probablement moins intenses que celles que Liszt ait pu avoir avec d’autres musiciens et compositeurs de sa génération. D’abord parce qu’il n’avait pas la même personnalité, ni même le même caractère. Chopin était timide et réservé, alors que Liszt se révélait être plus exubérant. Cela entraînait, parfois, des altercations entre eux.

Mais leurs différends viendront également des femmes de leur vie : George Sand et Marie d’Agoult. Elles furent, très souvent, la cause de leurs disputes. Marie, qu’on se le dise, aimait beaucoup Chopin en tant que pianiste et, de son côté, George avouait qu’il lui arrivait quelquefois, lorsque Liszt jouait, de se mettre sous son piano pour mieux entrer en osmose musicale avec lui. Ce qui ne manquait pas de provoquer d’attiser les jalousies.

De plus, Chopin n’appréciait pas vraiment le côté coureur de jupons, théâtral, extravagant de Liszt. Lui était plus discret, intimiste. Sans oublier, leurs disputes lorsque Frédéric prêtait son appartement à Franz pour y recevoir ses maîtresses, et, qu’à son retour il trouvait les lieux dans un état de désordre qu’il détestait.

Toutefois, musicalement parlant, ces deux-là se sont infiniment appréciés même avec des styles différents. Ils furent deux Écoles ayant apporté un très grand souffle au musical de leur époque : Chopin avec sa musique pure, loin de tout descriptif, doux, mélancolique, sensible exquis dans sa virtuosité mais qui pouvait aussi se montrer fougueux et passionné …. Et Liszt, l’adepte de la musique à programme, la virtuosité flamboyante et transcendante, mais qui sut aussi être poète et sensible.

Le second s’est beaucoup intéressé à la personnalité si particulière du premier, à sa musique et il en sera ainsi jusqu’à la mort prématurée du compositeur polonais. Une mort d’ailleurs qui affectera terriblement Liszt. Il contactera sa sœur en Pologne pour avoir des tas de renseignements sur lui, son enfance, ses débuts au piano etc… mais malheureusement pour lui, elle ne souhaitera pas donner de suite à sa demande car en grande période de deuil. Ce sera la dernière élève de Chopin, Jane Sterling, qui répondra à tout le questionnaire de Liszt pour le livre qu’il écrira sur lui.

Les chants polonais Op.74 de Chopin sont des pièces quelque peu méconnues. Elles sont au nombre de dix-sept. Liszt en transcrira six : Souhait d’une fille – Printemps – Le petit anneau – Bacchanale – Mai/Juin – et Le retour.

Ce sont des belles mélodies, des petits trésors oubliés et cette transcription fut un bonheur puisqu’elle nous a permis de les connaître. Liszt les a dédiées à sa compagne Carolyne Van Sayn Wittengenstein qui était une très grande admiratrice de Chopin. Certaines sont pleines de bonne humeur, vivantes, et d’autres plus mélancoliques et empreintes d’amour. Elles ne furent jamais publiées du vivant de Chopin et Liszt appréciait énormément de les jouer à ses élèves.

Le baiser … Gustav KLIMT

 » Un homme au cou épais et aux grosses mains se tourne pour embrasser une jeune femme. Avec sa couronne de lierre dans son abondante chevelure noire et bouclée, il pourrait être Dyonisos, le dieu grec. La jeune femme soumise penche la tête pour recevoir ce baiser. Ces cheveux sont parsemés de fleurs et forment comme une aura autour de sa tête. De ses petites mains, elle serre la main et le cou de l’homme. Si les modèles n’ont  jamais été identifiés, on pense qu’il pourrait s’agir de l’artiste en personne et de sa compagne Emilie Flöge.

La robe moulante de la jeune femme lui arrive aux mollets. Elle est ornée de peinture, de feuilles d’or et d’argent et de formes circulaires ou ovales dorées. Le peignoir et la cape de l’homme présentent des motifs  » masculins  » de rectangles en noir, blanc et argent qui contrastent délibérément avec les motifs arrondis du vêtement de la femme. Sur un tapis de fleurs aux couleurs vives et qui semblent pousser dans un pré, les deux figures sont agenouillées. On note un contraste avec les zones dorées de la peinture et un aspect exotique renforcé. Les pieds de la femme sont pliés et elle a les orteils crispés au bord du tapis de fleurs. Du lierre doré s’enroule autour de ses chevilles, floutant la limite entre les figure et la prairie.

La technique de la dorure de Klimt lui venait, sans doute, du métier de son père. Il utilise la peinture mate, des feuilles d’or et d’argent brillantes, ainsi que le fil d’argent pour créer des zone qui semblent vivantes et en relief tandis que d’autres sont plus planes. L’utilisation de l’or rappelle les peintures et les tapisseries médiévales, les enluminures et les mosaïques anciennes, tandis que les motifs ondulés des vêtements évoquent les arts celtes et l’âge de bronze. La composition simplifiée et inhabituelle et les aplats témoignent de l’influence des estampes japonaises. Cette approche remporta un vif succès notamment chez les partisans de l’Art nouveau. » Susie HODGE ( Historienne de l’art, journaliste )

» Le baiser » – 1910 / 1911 – Gustav KLIMT « Klimt évolue : sa femme fatale dominatrice se fait ici bien soumise. Elle s’offre et se donne à l’homme, et la chatoyante enveloppe fait passer la sexualité la plus directe. Le sujet tabou du baiser échappe ainsi à la censure et Klimt, en renvoyant aux Viennois puritains le reflet de leur hypocrisie, emporte l’enthousiasme du public… » Gilles NÉRET (Journaliste, éditeur, historien d’art et français)

Venise en hiver …

 » Venise en hiver
C’est le ciel qui dissout la pierre
Murmurée
Comme dans un rêve
Troublant

C’est le brouillard qui désagrège
Les clochers
Et fait disparaître
Les amants

Les ruelles suintent le blanc
Accroché à l’air ambiant
Comme un fin nuage de neige
Où s’éteignent en silence
Les passants

Le soir venu
Ce qu’on entend
C’est moins Vivaldi que Wagner

C’est l’envoûtant mystère
D’une forêt sans arbres
Émergeant de la brume
D’un conte allemand

Venise en hiver
Pleure sous son masque insolant
Et tout en dormant
Ricane sur son présent
Délétère

Les canaux pris au piège
Fument calmement
Le froid pénétrant
De la lagune solitaire  » Cathy VOLE (Poétesse belge)