A bientôt …

Chères(ers) abonnées(és)

Je vais m’absenter à partir de demain matin pour subir une intervention chirurgicale et ne serai malheureusement pas en mesure, durant ce laps de temps, d’être connectée à mon blog.

Je vous dis à très bientôt et vous adresse toutes mes amicales pensées. Lisa ♥

FACE AU SOLEIL – Un astre dans les arts …

« Impression Soleil levant » est un tableau que Claude Monet a peint en 1872 au Havre depuis sa chambre à l’hôtel de l’Amirauté. Le thème choisi est l’un de ses préférés : une marine avec un port, la mer, le soleil . La date a fait beaucoup parler. En effet, certains ont affirmé qu’il aurait été peint en 1873 soleil couchant , mais que Monet aurait signé son nom et une date (1872)lors de sa vente … Après une analyse sérieuse organisée par le Musée Marmottan-Monet en 2014, des historiens de l’art : Dominique Lobstein et Géraldine Durand-Ruel, en collaboration avec l’astrophysicien Donal Olson affirmeront que se référant au calcul des trajectoires du ciel et des bulletins météorologiques de l’époque, le soleil était levant et que 1872 était l’année la plus probable.

 » Impression soleil levant  » 1872 Claude MONET (Musée Marmottan-Monet)

1872-2022 Impression Soleil levant a donc 150 ans ! Et le lieu qui lui sert d’écrin, à savoir le Musée Marmottan-Monet, a décidé de fêter cet anniversaire au travers d’une merveilleuse et lumineuse exposition intitulée  » FACE AU SOLEIL – Un astre dans les arts  » jusqu’au 29 janvier 2023 –soit environ une centaine d’œuvres, peintures, photographies, dessins, instruments de mesure (prêtés par l’Observatoire de Paris )signées par de célèbres artistes qui ont répondu présents pour exposer à ses côtés : Félix Vallotton – Eugène Boudin – Gustave Courbet – Otto dix – Edvard Munch – Maurice Denis – Claude Gellée dit Le Lorrain – William Turner – Camille Pissarro – Joseph Vernet – Luca Giordano – Albrecht Durer – luca Giordano -Vladimir Baranov- Rossiné – Paul Signac -Christian Valdemer – Laurits Tauxen – Pierre Paul Rubens – Sonia Delaunay – Joan Miro – Alexandre Calder – Otto Piene – Gerard Fromanger – Vicky Colombet – Otto Freundlich – André Derain – Richard Pousette-Dart – … J’en oublie certainement … Bref, que du beau monde et plein de lumière solaire pour doper notre vitamine D !

Chacun donne son approche, sa version, son Soleil levant ou couchant , par rapport au tableau de Claude Monet. C’est incroyablement intéressant car différent mais enrichissant. Beaucoup de choses diffèrent : le traitement des couleurs, la position, la technique, le point de vue, le regard, les sensations, la poésie, la lumière.

 »Coucher du soleil à Fontainebleau » 1900 – Christian VALDEMER (Statens Museum for Kunst à Copenhague)
 » Golden center  » Richard POUSETTE-DART 1964 (Collection particulière)
 » Contrastes simultanés  » 1913 Sonia DELAUNAY (Museul nacional Thyssen-Bornemisza à Madrid)

Lors de la première expo de la Société anonyme coopérative d’artistes en 1874, dans le Salon du photographe Nadar, boulevard des Capucines à Paris, étaient installés les tableaux de peintres qui avaient été refusés par le Salon officiel des Beaux-Arts de Paris. Ils s’appelaient, entre autres : Monet, Renoir, Morisot, Pissarro, Degas. Sur les conseils du frère de Renoir, Edmond, qui s’occupait du catalogue de l’expo, Monet va changer le nom de son tableau. Il l’avait intitulé au départ Vue du Havre, mais devant la demande qui venait de lui être faite, il dira de mettre Impression. Edmond Renoir complètera par Soleil levant.

A l’exception du galériste Durand-Ruel qui, par la suite leur achètera des tableaux, ou du mécène Ernest Hoschedé qui les trouvaient très novateurs, leurs tableaux furent vivement critiqués. Pourquoi tant d’hostilité ? Simplement parce que les sujets proposés n’étaient ceux que l’art officiel préférait à savoir des thèmes religieux ou antiques. Les scènes de paysages en extérieur, marines et autres n’étaient absolument pas appréciées à l’époque.

Journaliste au Charivari, Louis Leroy écrira à propos du tableau de Monet :  » Que représente cette toile ? Impression ! Impression j’en étais sur. Je me disais aussi que puisque j’étais impressionné, il devait y avoir de l’impression. La décoration d’un papier peint est plus travaillée que cette marine  » – Après lui un autre critique d’art et journaliste lui aussi, un ami de Courbet, Jules-Antoine Castagnary, va lui répondre :  » Si l’on tient à les caractériser d’un mot qui les explique, il faudra forger le terme nouveau d’impressionnistes. Ils sont impressionnistes en ce sens qu’ils rendent non le paysage, mais la sensation produite par le paysage. » A l’exception de Degas, le terme Impressionniste est retenu, par les autres peintres, pour donner un nom à leur mouvement.

Ernest Hoschedé a acheté le tableau de Monet pour 800 frs à l’époque. Quatre ans plus tard, il sera revendu 250 frs au docteur homéopathe Georges de Bellio qui ne s’y intéressera pas vraiment. Du coup, il sombrera dans l’oubli. En 1879, on le ressortira pour la quatrième exposition impressionniste. On lui donnera alors le nom de Effet de brouillard, impression. Après le décès du docteur, ses héritiers place la toile avec d’autres œuvres de leur riche collection. C’est sa fille, Victorine Donop de Monchy, qui en fera généreusement don au Musée Marmottan-Monet. Durant la guerre, on le mit à l’abri au château de Chambord. Pour beaucoup, il était un petit trésor car il représentait la modernité.

Il faut savoir qu’en 1985, un vol aura lieu au Musée Marmottan-Monet. Le tableau fera partie des différentes œuvres dérobées. Fort heureusement, il sera retrouvé en 1990 ( un miracle !) en Corse, à Porto-Vecchio.

Voilà pour la petite histoire de la vedette de l’expo dont le sujet est LE SOLEIL, une étoile née il y a des milliards d’années. Son nom provient du latin sol, solis (astre et divinité). On le qualifie de maître des astres, de seigneur des étoiles, de fils de la nature … Il a énormément d’importance dans toutes les cultures. Il est la vie, la puissance, la beauté, la joie, l’invincibilité, le pouvoir, la source de la lumière, de la chaleur . On l’a défié, on lui a donné visage humain, il a été étudié par des savants et des philosophes, il a été l’objet de croyances diverses et variées.

 » Allégorie du jour  » Joachim Von SANDRART (détail) 1643 – (Schleissheim Bayerische Staatsgemalde-sammlungen-Staatsgalerie im Neuen Schloss)

Soleil = pouvoir si l’on s’en réfère à Louis XIV dit Le roi Soleil qui se voulait au-dessus du reste des hommes, faisant ainsi allusion à l’astre suprême qu’il choisira comme symbole de son pouvoir et de son triomphe. Il n’hésitera pas d’ailleurs à se déguiser en soleil pour apparaitre devant la Cour dans un ballet en 1662.

Louis XIV en soleil dans le « Ballet de la nuit » en 1653
Médaille de Louis XIV Nec Pluribus Impar -Soleil / 1674 – Jean VARIN ( Bibliothèque nationale de France )
 » Le lever du Soleil  » ou  » Le char d’Apollon  » – 1672 – Charles De LA FOSSE (Musée des Beaux Arts de Rouen)

Il ne fut pas le seul pour se prendre pour le soleil, Alexandre le Grand l’a fait lui aussi au IVe siècle avant J.C. ; Néron lui portait une couronne avec des pointes qui représentaient les rayons du soleil ; Hadrien fera frapper sa monnaie d’un soleil ; l’empereur allemand Maximilien fera graver sur son arc de triomphe  » Ce qu’est le soleil dans le ciel, l’empereur l’est sur la terre  » . etc etc… et n’oublions pas le pauvre Icare qui va brûler ses ailes à son contact.

 » La chute d’Icare  » 1606/07 – Carlo SARACENI (Museo e Real Bosco di Capodimonte à Naples)

On l’appelait dans l’Égypte antique. Pour le pharaon Akhénaton il sera son dieu unique, celui à qui il donnera le nom de Aton. En Grèce, il y eut d’abord Hélios, puis ce sera Apollon, le fils de Zeus et de Léto. Pour les Aztèques, il représentera non seulement le dieu du soleil, mais le maître de la guerre, voire du monde et s’appellera Huitzilopochtli.

 » Amulette en forme d’enfant – Image du soleil renaissant  » Artiste anonyme – 3e quart du IIe millénaire avant notre ère – (Fondation Gandur pour l’Art à Genève)

Les peintres vont lui donner de l’éclat et des couleurs magnifiques pour ce qu’il représente de lumière et de pureté. Chaque mouvement pictural le traite différemment. L’impressionnisme est face au soleil, en extérieur, les néo-impressionnistes, par exemple, ne le feront pas d’après ce qu’ils voient, mais plutôt d’après ce qu’ils savent. Ce n’est pas tant qu’ils aient plus de connaissances que les autres en la matière, mais ils se sont beaucoup intéressés au soleil face à la science, les découvertes le concernant, tout autant d’informations qu’ils étudient et analysent assez scrupuleusement.

La science va, en effet, s’intéresser au soleil. Dès le VIe siècle avant notre ère, les philosophes grecs ont cherché à comprendre le phénomène solaire. Chacun de ceux qui l’ont fait, a eu sa théorie et son explication . L’un d’entre eux, affirmera que la terre est au centre de l’Univers, un autre essaiera de la mettre en mouvement. Héraclide Du Pont sera le premier a affirmer que la terre tourne sur elle-même, que Vénus tourne autour du soleil et non plus autour de la terre . Une théorie qui sera reprise et développée par un grand astronome, Aristarque de Samos. Il en déduit que la terre est une orbite circulaire autour du soleil. Sa proposition audacieuse est mise de côté par le savant Paul Ptolémée qui reprendra toutes les diverses recherches effectuées avant lui, et en déduira que la terre est immobile, qu’elle se trouve au centre de l’univers, et qu’autour d’elle tournent la lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne.

A la Renaissance sera publié le traité de Nicolas Copernic (De revolutionibus orbium coelestium à savoir Des révolutions des orbes célestes) dans lequel il affirme que la terre tourne autour du soleil en un an et sur elle-même en vingt-quatre heures, et que la lune tourne autour de la terre. Avec les années qui passent, et les instruments d’observation de plus en plus développés , les affirmations de Copernic évolueront avec d’autres comme Kepler qui vouait un véritable culte au soleil, et Galilée.

A la même époque paraîtra un manuel allemand ( Splendor Sollis ) dans lequel cet astre sera largement abordé, affirmant que selon sa couleur, il pouvait avoir une signification différente. Vaste sujet pour retracer, au travers des œuvres présentées, la représentation du soleil dans les arts depuis l’Antiquité jusqu’au XXIe siècle.

 » Scenographia systematis Copernicani  » Planche de l’Atlas Universalis et novus datant de 1708 – Andres CELLARIUS ( Bibliothèque nationale de France)
 » Planisphaerium Ptolemaicum  » Planche de Harmonia macrocosmica parue dans l’Atlas Universalis et novus datant de 1708 ( Bibliothèque nationale de France)
 » L’astronome  » 1655 Luca GIORDANO (Musée des Beaux Arts de Chambéry)
 » Ornement du harnais de Auguste le Fort, en forme de soleil  » 1709 – Johan Melchior DINGLINGER (Rüstkammer Staatliche Kunstsammlngen de Dresde)
« Le Soleil – carte du tarot Visconti-Sforza » vers 1480/1500 – Antonio CICOGNARA ( Morgan Library & Museum de New York) – Il faut savoir que le jeu du Tarot était très prisé par l’aristocratie milanaise du XVe siècle. Il n’avait pas, à cette époque, une connotation occulte, mais reflétait surtout la puissance. Le peintre Cicognara a conçu un jeu spécial pour la famille Visconti-Sforza.
 » Soleil sur la ville  » illustration parue dans le Traité d’alchimie  » Splendor Solis »au XVIe siècle – peintre anonyme – (Bibliothèque nationale de France)

Louis XIV fondera en 1667 l’Observatoire de Paris, un lieu qui sera complémentaire à l’Académie des Sciences créée un an plus tôt. Des siècles plus tard, des nombreux télescopes seront dirigés vers le soleil, des sondes seront envoyées dans sa direction, des photographies seront prises pour continuer à comprendre le fonctionnement de cet astre mystérieux. On nous dit que dans six milliards d’années, il y a de fortes probabilités qu’il se dilate, qu’il atteindra 200 fois sa taille actuelle, qu’il absorbera toutes les planètes qu’il a autour de lui y compris la terre qui sera devenue inhabitable….

L’influence des sciences va, petit à petit, impacter les artistes qui vont s’intéresser à la matérialité des choses, aux émotions de la nature, sa beauté, des mystères aussi. Paysagistes, ils porteront un intérêt à la terre, à l’air, mais aussi à la lumière du soleil levant ou couchant avec ses reflets sur l’eau. Alors, bien sur, dans les tableaux des maîtres anciens, comme Rubens ou Constable par exemple, il y a beaucoup « décors » que ce soit la densité du paysage par lui-même, l’architecture, les ports d’autrefois, mais le tout est auréolé de la lumière du soleil, souvent voilé mais tellement présent.

 » Paysage à l’oiseleur  » Pierre Paul RUBENS 1635/1640 env. (Musée du Louvre à Paris)

Picturalement parlement, le soleil ne sera uniquement un point sur un tableau dans un paysage. Il variera selon celui ou celle qui le représente, pouvant même couvrir toute la surface de la toile. On assiste à un véritable face à face entre l’artiste et l’astre.

Durant le Romantisme, cette peinture paysagiste sera encore plus portée vers les mystères de l’univers, le divin, l’intériorité. Tout cela sera cristallisé, transcendé par la lumière, voire même sublimé comme c’est le cas chez Turner qui n’a eu cesse de faire des recherches dans ce sens au travers des couleurs. Cette époque est également marquée par des publications : celles anciennes de Isaac Newton – celles de la peintre Mary Gartside, la première à avoir donner ses théories sur les couleurs dans son ouvrage  » Essai sur l’ombre et la lumière, sur les couleurs et la composition générale «  – et les écrits de Goethe dans Le traité des couleurs en 1812 qui s’opposaient à Newton .

« Soleil couchant à travers la vapeur » 1809 env. William TURNER ( The Barber Institute of fine Arts de l’Université de Birmingham)
 » Croix dans les bois  » Caspar David FRIEDRICH vers 1812 ( Staatsgalerie de Stuttgart)
« Matin de Pâques » 1828 env. Caspar David FRIEDRICH (Museo nacional Thyssen-Bornemisza à Madrid)

Si la peinture en plein air existait depuis pas mal de temps déjà, l’impressionnisme va considérablement la développer. Les peintres, qui en faisaient partie, étaient ( pas tous mais une grande partie) fascinés par la lumière extérieure , les changements du ciel au gré des heures et des saisons. Monet sera un grand adepte d’un sujet repris plusieurs fois parce que différent selon les heures d’une journée ou que la lumière soit estivale, automnale ou hivernale.

La présence du soleil, avec eux, est importante, elle complémentarise un paysage, elle lui apporte, comme l’eau (élément lui aussi primordial) des nuances de tons différentes, une lumière subtile, parce que l’astre lui-même n’a pas toujours la même couleur dans le ciel .

 » Vue de Bazincourt effet neige au soleil couchant » 1892 – Camille PISSARRO ( Hasso Platner Collection)

Les mouvements picturaux qui viendront après l’impressionnisme, auront une vision différente, parce que les artistes se basent beaucoup sur les écrits des chimistes, des physiciens sur les couleurs primaires et leur complémentaire, les combinaisons possibles, les contrastes, la façon dont elles sont posées etc… La perception se fera beaucoup plus dans la tête que sur la toile. Avec des peintres comme Derain, Matisse, Vallotton par exemple, le soleil, ,puisqu’il est question de lui dans cette expo, sera complètement différent, quasi décoratif, mais toujours aussi splendide parce que rayonnant .

 » Big Ben  » André DERAIN en 1906 ( Musée d’Art moderne collections nationales de Pierre et Denise Lévy / Troyes)
 » Coucher de soleil marée haute gris-bleu » 1911 Félix VALLOTTON (Collection particulière)

Avec les expressionnistes, les astres, dont le soleil, mais la mer et la nature, vont exercer un certain magnétisme sur les humains car leur vie et leurs drames rejaillissent sur ce qui est exprimé dans leurs tableaux. L’astre solaire peut alors, en effet, apparaitre noir comme nous le laisse comprendre Otto Dix dans sa toile Lever de soleil en 1913.

 » Le soleil  » Edvard MUNCH 1910/1913 ( Musée Munch à Oslo)
 » Lever de Soleil  » 1913 Otto DIX (Stadtische Galerie, Kunstsammlung Museen der Stadt à Dresde)

Pour les surréalistes de l’après première guerre mondiale, le soleil deviendra «  vivant « , dansant, parlant. Il occupera une place importante dans un univers où l’homme n’occupe plus la première place. Miro le verra rouge avec des rayons qui ressemblent à des cheveux ou des cils ; Alexander Calder, quant à lui, l’imaginera sous la forme d’un mobile  » un mobile est un morceau de poésie qui danse avec la joie de vivre et surprend …  »

 » Mobile sur pied  » Alexander CALDER 1953 (Collection particulière)
 » Le soleil  » Joan MIRÓ 1927 (Collection particulière)

Je terminerai avec le XIXe siècle illustré par des œuvres contemporaines du peintre et plasticien Gérard Fromanger qui, en 2019, a donné sa version moderne, réponse à Monet , de Impression Soleil levant. Un tableau en peinture acrylique, de grand format (2 m sur 3 m) , exprimant la force de la lumière et de la couleur. Pour lui  » Le soleil levant c’est Youri Gagarine, Neil Armstrong, là-haut dans une station spatiale ou sur la lune. » – Il a vu un soleil rouge avec des planètes en couleurs pures qui tournent autour de lui, et des hommes (de mêmes couleurs) qui eux aussi tournent autour de lui. Dans l’autre tableau, peint en 1966, comme son nom l’indique Le soleil inonde ma toile « , l’astre est source de vie et d’énergie.

« Impression soleil levant » 2019 – Gérard FROMANGER (Collection particulière)
 » Le soleil inonde ma toile » 1966 – Gérard FROMANGER (Collection particulière)

Celles également de la peintre abstraite franco-américaine Vicky Colombet qui a dit :  » Quand j’observe Impression soleil levant, toute la force du tableau me semble venir de la réflexion de ce petit rond orange dans l’eau du port du Havre, de sa verticalité, des vibrations qu’il fait naître. » Elle n’imagine pas Claude Monet comme une majeure partie d’entre nous peut le voir, mais comme quelqu’un qui s’interroge sur les forces de la nature. C’est en ce basant sur cette idée, qu’elle a signé une série de tableaux (Rising Sunset/Monet Séries) , des œuvres qui n’ont pas été peintes en extérieur sur le motif, mais en atelier. Pour elle le paysage se modèle dans la toile, elle matérialise le temps, tout comme la lumière. Il faut savoir que cette artiste est très portée sur la philosophie bouddhiste, la méditation orientale, la physique contemporaine , les écrits d’Einstein par rapport à l’Univers … bref, toutes sortes de choses qui l’ont poussé à des questionnements entraînant de nombreuses recherches picturales.

« Rising Sun Monet Series 1479  » – Vicky COLOMBET (Collection particulière) b

En automne ..

 » Une source à mes pieds roule son eau limpide,
Et mêle son murmure à celui de mes vers,
Tandis qu’autour de moi tombe la feuille humide
Du saule qui déjà sent le froid des hivers.

A l’autre bord du lac, une beauté timide
Dessine, en se jouant, ces coteaux encor verts
Qui disputent en vain à son crayon rapide
Et leurs mille détours et leurs lointains divers.

Et parfois je crois voir une blanche nacelle
S’en venir d’elle à moi pour retourner vers elle,
Et la muse, au milieu, nous sourire en passant,

Et verser tour à tour de sa coupe bénie,
Aux changeantes lueurs du jour qui va baissant,
La lumière sur l’un, sur l’autre l’harmonie.  » Antoine De LATOUR ( Poète et écrivain français 1808/1881 – Extrait de son recueil Loin du foyer/1835)

Nous sommes tous gens du voyage …

 » Nous sommes tous gens du voyage. Et ce voyage est la vie. Nous traversons l’un après l’autre des pays où les perspectives et les aventures ne se comparent pas entre elles, où change jusqu’à la perception que nous avons des êtres, des choses, du temps et de l’espace. Ces pays ont leurs villes, leurs campagnes, leurs monts, leurs mers, et les cols vertigineux qui les séparent en font des territoires autonomes dont l’exploration successive constitue l’existence humaine. Cette traversée, nous ne l’effectuons pas seuls, mais, bon gré mal gré, avec la caravane de la génération avec laquelle nous nous sommes mis en marche et dont les rangs iront s’éclaircissant jusqu’au terme. Tantôt pleine d’ardeur, elle nous porte de son élan ; tantôt rétive et incertaine, elle nous grève de son anxiété. » Christiane SINGER (Écrivaine, essayiste et romancière française – Extrait de son livre Les âges de la vie)
 

Ier.10.2022

 » Le vent fera craquer les branches
La brume viendra dans sa robe blanche
Y’aura des feuilles partout
Couchées sur les cailloux
Octobre tiendra sa revanche ..
..  » Francis CABREL (Auteur-compositeur-interprète français)

Dictons du mois d’octobre :

 » Octobre : qui n’a pas de manteau, doit en trouver un bientôt « 

 » En octobre c’est le vent qui mène les feuilles au champ « 

 » Si octobre est trop chaud, en février neige au carreau  »

Le dernier papillon …

 » Quand ne chante plus le grillon
Et qu’on est avant dans l’automne,
Quelque matin gris l’on s’étonne
De voir un dernier papillon.

Plus d’or, d’azur, de vermillon ;
Son coloris est monotone ;
La cendre dont il se festonne
Se mêle au sable du sillon.

D’où vient-il ?… et par quelle porte ?…
Est-ce, parmi la feuille morte,
Le seul des papillons vivants ?

Ou, parmi la neige vivante,
La petite ombre transparente
D’un papillon mort au printemps ? Rosemonde GÉRARD-ROSTAND (Poétesse française – Extrait de son recueil Les pipeaux)

Les mots ne seraient d’aucun prix …

 » Les mots ne seraient d’aucun prix s’ils se résignaient à nommer ou décrire ce qui est, au lieu de se précipiter vers ce qui n’est pas. Leur aveuglement convient à l’irréductible rêveur que je suis. Ils ont leur manière propre de dissiper le mystère en l’aggravant et de ne rien me donner à voir dont ils n’avaient, tout d’abord, déformé les traits. Je sais leurs tromperies et m’y suis résigné. Je ne compte plus m’approprier ce que je nomme : il me suffit d’esquiver le geste de le toucher des mains. Ne fût-ce que pour en aviver la douleur. Je concède au langage le soin de courtiser l’impossible. Jamais l’écriture n’est trop riche de désirs ni de mensonges pour qui fait de ses masques un visage tragique. Sachant sa vanité, il n’y renonce point mais la cultive comme un poison. Dès lors, rien ne l’obsède davantage que cette duplicité à quoi il reconnaît qu’il est en passe de devenir un homme. » Jean-Michel MAULPOIX (Écrivain, poète français et critique littéraire-Extrait de son ouvrage/recueil Une histoire de bleu/1992)

Jean-Michel MAULPOIX

Ière exposition surprise pour Brad PITT …

On connaissait Brad Pitt, 58 ans, star hollywodienne, talentueux acteur, on savait qu’il était un passionné d’art contemporain et d’architecture, n’hésitant pas à dépenser beaucoup pour l’obtention d’une table très design, d’un tapis ou de chaises, possédant une collection d’art estimée à plusieurs millions de dollars avec notamment des pièces de street-art de Bansky, et voilà qu’il nous offre une autre facette de lui en cet automne 2022 : sculpteur autodidacte ! On apprend qu’il a débuté par de la poterie après son divorce douloureux avec Angelina Jolie. Il y passait jusqu’à 15 heures par jour !

C’est au Musée Hilden, dans la métropole de Tampere en Finlande, qu’il a présenté (et ce jusqu’au 15.1.2023) neuf de ses œuvres en plâtre, bronze, bois et silicone. De base c’est une exposition consacrée au sculpteur britannique Thomas Houseago. Ce dernier a tenu à y associer le travail de deux de ses amis, l’acteur et le musicien australien (céramiste à ses heures) Nick Cave.

Sur la photo : Nick CAVE – Thomas HOUSEAGO & Brad PITT

Pour réaliser ses œuvres assez impressionnantes il faut bien le dire, Brad Pitt a étudié et travaillé auprès du célèbre architecte canadien Frank Gehry avec lequel, d’ailleurs, il a obtenu en 2016 le National Design Award pour un projet commun d’habitations destinées aux populations qui ont été frappées par l’Ouragan Katrina (Floride 2005)

Les sculptures , assez teintées de violence pour certaine avec des balles de différents calibres , des révolvers prêts à tirer, ou un cercueil de bronze d’où sortent pieds, bras et visages, représentent pour Brad Pitt une sorte d’analyse approfondie de son moi intérieur, une auto-réflexion qu’il explique ainsi :  » Mes œuvres sont nées d’une volonté de m’emparer de ce que j’appelle un inventaire radical de moi-même, Une manière d’être brutalement honnête avec moi-même et prendre en compte ceux que j’ai pu blesser ou des moments où j’ai fait fausse route, savoir où je me suis trompé dans mes relations où j’ai fait des faux pas »

La plus ancienne de ses pièces a été réalisée en 2017. Il s’agit d’une petite maison de bois (House a go go) faite en écorces d’arbres maintenues par du ruban adhésif.

Je vous propose d’en découvrir quelques-unes :

Les couleurs dansent …

 » Les couleurs dansent jusqu’au noir
dans la lumière
à un signe de l’air
elles se jettent aveugles de tous côtés
dans le vertige éblouissant
elles dansent jusqu’au noir
les ombres saignent
soudain
une couleur passe
les autres rentrent en-dessous
comme des pas étouffés dans les tapis de lumière
puis reprennent
la danse jusqu’au noir
derrière les couleurs
guette la lumière. » Mariena BRAESTER (Poète israélienne contemporaine-Extrait de son recueil Caractères/2009)

Illustration Sylvie MAGNIN

Histoire d’un ballet : SPARTACUS …

(Vidéo : Ivan VASSILIEV dans le rôle principal)

Ce personnage légendaire, né près de Silare en Trace, sera à l’origine de grandes inspirations que ce soit dans le monde littéraire historique avec, notamment, le roman de Raffaello Giovagnoli, publié en 1873, qui aura un énorme succès et intéressera le cinéma en 1960 pour un film réalisé par Stanley Kubrick avec Kirk Douglas, mais aussi le monde de la danse.

Spartacus est un ballet qui a une grande importance en Russie. Il représente le symbole du sentiment populaire pour la cause bolchévique . Il reste le ballet dit de référence expliqué de la façon suivante : la horde romaine (comprendre tsariste) est une cruelle machine de guerre menée par le vaniteux Crassus, et Spartacus est le type même du héros, capable de faire se soulever, avec lui, ses camarades esclaves (comprendre les bolchéviques).

C’est un ballet d’action, épique, une grande fresque chorégraphique dans la lignée du grand ballet soviétique lyrique qui peut aller jusqu’au pompeux quand cela est nécessaire, mais qui peut être, en même temps, plein de verve, de passion, transcendant le caractère dramatique de l’œuvre.

La musique fut confiée à Aram Khachaturian (ou Khatchatourian) , inspirée à la fois du genre peplum cinématographique de l’époque, mais empreint aussi de la fantaisie slave avec des thèmes d’une grande beauté lyrique. Cette partition recevra le Prix Lénine.

Elle fut composée entre 1954 et 1957. Elle est franchement passionnante, de bout en bout, parce que le flot est sans cesse renouvelé, les contrastes très inventifs, surprenants, l’orchestration audacieuse, flamboyante, intense, riche émotionnellement parlant. Elle laisse une impression de plénitude. La rythmique est tour à tour endiablée, romantiquement et glorieusement lyrique.

C’est une musique redoutable, pleine d’ampleur, avec des mélodies sublimes, teintée de thèmes populaires arméniens mais dans laquelle il a également intégré des éléments de la tradition russe se référant à Rimsky-Korsakov, Borodine ou Tchaïkovsky. Son adagio est vraiment de toute beauté !

Il y a eu différentes versions chorégraphiques, mais le vrai grand succès de ce ballet viendra de Youri Grigorovitch au Bolchoï en 1968. Ce chorégraphe fut un danseur formé à l’École de danse de Saint Pétersbourg, puis 15 ans soliste au Bolchoï avant d’être nommé maître de ballet en 1962, et directeur de la danse deux ans plus tard. Il y restera jusqu’en 1995 et amènera la compagnie à l’excellence qu’on lui connait aujourd’hui.

Sa production fut assez vaste. Il a beaucoup aimé reprendre les grands classiques et ce en y apportant sa petite touche personnelle, sa marque de fabrique à savoir : beaucoup de cohérence, une pantomime soignée, précise, des pas très stylés  » à la russe  » . Sa grande spécialité fut le ballet narratif dans lequel il a énormément attaché d’importance à la psychologie des personnages. Ses héros furent souvent déchirés entre passion amoureuse et passion politique (Spartacus, Ivan le Terrible, Angara etc…) , et ses chorégraphies servies par des grands interprètes tels que Vassiliev, Lavrorsky, ou Natalia Bessmernova sa muse et épouse.

Il a fondé en 1997 le Prix Noureev en Russie et a très longtemps présidé le célèbre concours de danse  » Le Benois de la danse  » .

Fasciné par l’histoire de l’Antiquité romaine, notamment celle de Spartacus, ayant lu et fortement apprécié le roman de Giovagnoli qui avait eu beaucoup de succès en Russie, il a décidé, un jour, d’en faire un ballet sur la musique de Aram Kachaturian.

Sa version est, sans nul doute possible, celle qui est non seulement appréciée du public russe, mais dont le succès a largement dépassé les frontières de son pays. Un an après sa création au Bolchoï en 1968, il était ovationné à Londres, à la Scala de Milan, à Rome et bien d’autres encore.

C’est une chorégraphie d’une grande efficacité dramatique, bien construite, spectaculaire, avec une dramaturgie efficace. Il a vu son héros comme un idéaliste, un martyre révolté, soutenu dans la lutte par la vertueuse Phrygia. Bien qu’écrasé et humilié par Crassius, un veule, un vaniteux décadent qui a une maîtresse amorale, Spartacus va faire preuve d’une grande force physique pour s’élever et redonner force à ces compagnons.

Grigorovitch a alterné les scènes d’ensembles ( armée, foule, combats) avec des adages magnifiques (amour, sensualité, émotion). C’est un ballet reconnu comme difficile d’interprétation, exigeant, virtuose, qui demande de grandes qualités physiques. Les variations sont expressives, assez acrobatiques. Le tout offre également des grands moments pleins de tendresse et d’émotion.

Il y a trois actes et douze tableaux. Le niveau de la danse est élevé, le style puissant, une fusion sublime entre le classique et le contemporain C’est un voyage dans l’histoire-

(Vidéo : Irek Mukhamedov et Ludmilla Semenyaka sur l’Adagio de Khachaturian)