Les Danses Polovtsiennes (Prince Igor) … Alexandre BORODINE

(Vidéo : Acte II de l’opéra – l’ORCHESTRE et le CHŒUR du THÉATRE DU MARIINSKY de SAINT-PETERSBOURG – Direction : Valery GERGIEV

Ces superbes Danses Polovtsiennes font partie de l’acte II de son opéra Le Prince Igor, une œuvre lyrique que Borodine avait travaillé durant dix-huit ans, petit à petit, entre son grand intérêt pour la science et celui tout aussi enthousiaste pour la musique. Malheureusement il ne pourra l’achever.

Ce seront deux de ses amis proches qui le feront : Alexandre Glazounov (qui fut son élève) et Nikolai Rimsky-Korsakov. Ils vont le faire en respectant bien les souhaits exprimés par Borodine sur les notes qu’il avait laissées, mais aussi par rapport à ce qu’ils avaient déjà entendu comme par exemple l’Ouverture. Rimsky-Korsakov s’en souvenait très bien, donc ce fut très facile pour lui de la réorchestrer. Le livret est du compositeur d’après une pièce de Viktor Stassov. L’opéra fut créé à Saint Pétersbourg en 1890, soit trois ans après sa mort.

Si en raison de son décès il ne put assister à la création, il eut, par contre, la joie d’assurer celle de ses magnifiques Danses puisqu’il put les faire jouer seules en 1879. Elles continuent d’ailleurs de constituer une page à part, souvent interprétée seule en concert.

Elles sont très russes, brillantes, puissantes, quasi symphoniques, lyriques et superbes. Borodine avait indiqué s’être inspiré, pour elles, du peuple Coumans qu’il avait pu observer sur les bords de la mer Caspienne.

La neige …

 » La neige ne se contente pas d’effacer, d’abolir, de voiler le réel. Elle révèle. D’un côté elle occulte, de l’autre elle dévoile ; et dévoile plus qu’elle n’occulte. Elle offusque les couleurs et les formes qui nous entourent. En échange, et grâce à sa fragilité, elle montre ce que nous ne connaîtrions jamais sans son concours, elle assure la promotion de l’infime, de l’indicible, de l’interdit, du clandestin. Elle donne à voir l’invisible, comme elle permet d’entendre l’inaudible. » Gilles LAPOUGE  ( Écrivain et journaliste français – Extrait de son ouvrage Le bruit de la neige )

Multiple …

 » Je fonce vers l’horizon
Qui s’écarte
Je m’empare du temps
Qui me fuit

J’épouse mes visages
D’enfance
J’adopte mes corps
D’aujourd’hui

Je me grave
Dans mes turbulences
Je pénètre
Mes embellies

Je suis multiple
Je ne suis personne
Je suis d’ailleurs
Je suis d’ici

Sans me hâter
Je m’acclimate
À l’immanence
De la nuit.  » Andrée CHÉDID ( Femme de Lettres et poétesse française d’origine syro-libanaise. Poème extrait de son recueil Rythmes)

Andrée CHÉDID 1920/2011

La Madone aux œillets …

 » Dans son sens le plus général, l’idéalisme est une conception qui prend pour postulat que le monde physique est moins important que l’intelligence ou l’esprit qui le modèle et l’anime. Les idéalistes privilégient l’âme, l’esprit ou le psychisme sur le corps, le matériel et l’historique. Quand des idéaux régissent la représentation du monde exprimée par un artiste, son œuvre peut-être qualifiée d’idéaliste. C’est la théorie des formes de Platon qui exerça la plus forte influence sur l’idéalisme de la Renaissance. Les formes, ou idées, contiennent tout ce qui est nécessaire et universel et sont, par conséquent, parfaites et permanente, alors que le monde matériel n’est qu’une succession trompeuse d’apparences changeantes, sans plus de réalité que des ombres.

Les artistes de premier plan de la Renaissance classique : Léonard de Vinci, Raphaël et Michel-Ange, sont tous associés à des formes différentes d’idéalisme. Les personnages de Raphaël sont idéalisés, mais se caractérisent par la douceur de l’expression, la sérénité, l’élégance, la pureté des lignes, et la beauté des couleurs plutôt que par un physique impressionnant.

Avant de peindre sa Madone aux œillets, Raphaël étudia la Madone Benois ( Musée de l’Ermitage-Saint Pétersbourg) de Léonard de Vinci, qui l’encouragea à représenter la Vierge et l’Enfant sur un plan plus humain, en évoquant une relation réciproque de plaisir terrestre simple et familier. Raphaël a cependant idéalisé ses personnages à sa façon. Tous les deux sont beaux de ligne et de couleur. La composition est très sobre, ce qui renforce, chez le spectateur, l’impression de clarté, de simplicité, deux idéaux essentiels pour Raphaël, qu’il rechercha constamment à transcrire dans son œuvre. » Stephen LITTLE ( Historien de l’art )

The Madonna of the Pinks ('La Madonna dei Garofani')
 » Madone aux œillets  » ( ou Vierge aux œillets ) – 1507 / 1508 – RAPHAËL

La musique …

 » La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être ( s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées ) la communication des âmes. » Marcel PROUST (Écrivain français)

Les Rhapsodies hongroises … Franz LISZT

LISZT WEIMAR
Mémorial LISZT à WEIMAR – Sculpteur : Herman HAHN en 1900 – Inauguration en 1902 

Les Rhapsodies Hongroises de Liszt sont au nombre de dix-neuf et leur composition s’échelonne de 1846 à 1886 ( à noter, toutefois, que la majeure partie d’entre elles furent écrites avant 1854) . Au départ, des mélodies auxquelles il avait donné le nom de Magyar Dallock.

Pour bien comprendre ces pièces, il faut les prendre individuellement . Tout simplement parce qu’elles sont très différentes : originales, rebondissantes, mystérieuses, majestueuses, pittoresques, sauvages, fougueuses, mélancoliques, passionnées, étranges, intenses, déchirantes, émotionnelles, scintillantes, toutes très virtuoses. Ce sont des musiques vivantes dont il faut bien saisir l’esprit.

Avant toute chose, Liszt a cherché, avec elles, à reproduire au piano les effets sonores empruntés aux orchestres tziganes qu’il avait entendu durant son enfance, particulièrement le son des violons et ceux du cymbalum . Dans la forme, elles reprennent les effets languissants et sauvages du Lassan ( lent ) et du Friska ( rapide).

Dans une préface, il a voulu, un jour, les expliquer. Malheureusement certaines d’entre elles avaient déjà été publiées … Il va donc le faire dans un livre Des bohémiens et leur musique en Hongrie et là il fera des erreurs ( certes involontaires) d’un point de vue de l’ethnomusicologie, mais il donnera, toutefois, beaucoup d’indications d’une grande richesse.  Beaucoup ont dit que dans ses Rhapsodies les mélodies et les rythmes n’étaient pas hongrois mais tziganes. En fait les deux y sont mêlés et c’est un peu là  son erreur et sa confusion quand on parle d’ethnomusicologie.

Ce que Liszt a ignoré au moment de leur composition, c’est que les tziganes n’avaient pas de musique propre : ils s’étaient appropriés des vieilles mélodies populaires hongroises mais aussi des musiques de compositeurs  hongrois peu connus et ils les avaient modifiées, jouées un peu à leur façon  et apprises d’oreille. En conséquence de quoi, il fut difficile à Liszt de pouvoir, par la suite, reconstituer ce détail de l’histoire, ce qui lui a valu des problèmes , des critiques et des colères, en disant, dans son livre, que la musique tzigane était de la musique hongroise.

Il a toujours été fasciné par la musique tzigane, ses couleurs, la virtuosité, la facilité de ces musiciens à savoir reproduire de la musique alors qu’ils ne l’avaient jamais apprise. Cela leur venait naturellement , facilement, avec plein d’ornementations diverses, et les violons donnaient l’impression de pleurer ou chanter. Il aimé en elle la matière sonore, piquante, savoureuse, la luxuriance multiforme du rythme, les fameux Lassan et Friska, tout ceci l’a beaucoup influencé dans la composition des Rhapsodies. Et au-delà du côté musical, il a aimé le peuple tzigane aussi : les origines de leur race, leur indépendance, leur vie d’errants, leur résistance face aux persécutions dans certains pays d’ Europe.

Pour les interpréter, j’ai fait un choix personnel ,  à savoir de la numéro 1 à la 9, ansi que la 10 : Gyorgy CZIFFRA   et de la 11 à la 19 : France CLIDAT ( surnommée Madame Liszt ). Tous deux font partie de celles et ceux qui furent d’incroyables lisztiens !

Jean-Baptiste POQUELIN dit MOLIÉRE … 1622/2022

« Que le français soit surnommé  » langue de Molière  » est une reconnaissance du talent d’un auteur classique parmi les classiques et agile dans le maniement de tous les registres. Chez Molière on trouve aussi bien du familier que du contenu, de la prose que des vers. La langue de ses pièces est extrêmement riche et s’écarte volontiers des normes en train de s’établir à son époque. La palette est tellement large que les lecteurs et les spectateurs de toutes les époques y ont trouvé leur bonheur. Il réconcilie la langue des bateleurs avec celles des aristocrates et des bourgeois. Qu’il touche un public très large, aujourd’hui encore, fait de Molière un passeur d’une langue qui est partie intégrante de notre patrimoine. » Céline PARIGAUX (Docteur en littérature, agrégée de Lettres modernes, écrivain)

« La seule chose que les comédiens peuvent dire à propos de Molière, c’est qu’à force de le fréquenter, on ne sait pas comment le jouer : il est si polysémique, mystérieux, divers. On le fréquente si quotidiennement, qu’on ne sait pas vraiment le désigner. Il y a deux Molière à la Comédie-Française. Celui qui appartient à la bibliothèque, aux archives, celui qui est colloqué, scientifiquement observé. Puis, il y en a un autre, sans doute plus incertain, plus fantasmé, qui se passe de comédiens en comédiens, en travaillant son œuvre. C’est la réunion des deux qui donnera le portrait le plus sincères et le plus riche. » Éric RUF ( Acteur, metteur en scène, décorateur, scénographe français, sociétaire et administrateur général de la Comédie Française)

Statue de Molière – Exposée au Salon de 1787 – réalisée par Jean-Jacques CAFFIERI (Musée du Louvre)
« Molière à sa table de travail » Antoine COYPEL

le 15 janvier 1622, il y a 400 ans, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, était baptisé en l’église Saint Eustache à Paris, ville où il était né quelques jours auparavant. La France et bien d’autres pays fêteront cet anniversaire durant l’année 2022 , notamment la Suisse, la Belgique et les Etats Unis –

De nombreuses manifestations verront le jour . Différentes expositions en France : celle qui se tient actuellement et jusqu’au 17 avril 2022 au château de Versailles Molière la fabrique d’une gloire nationale – Celle sur les costumes des pièces de Molière au Centre national des costumes de scènes de Moulins, de fin mai à novembre 2022 intitulé Molière – La Comédie française (née 7 ans après le décès de Molière) proposera différentes de ses pièces jusqu’en juillet – Une statue sera inaugurée à Pézénas – Une autre expo se fera au musée de l’Opéra de Paris du 27.9. au 15.1.2023, Molière en musiques, qui s’attardera sur la musique à l’époque de Molière et son influence sur la composition contemporaine – Une autre encore à la Bibliothèque nationale de France du 27.9. 2022 au 15.1. 2023, Molière le jeu du vrai et du faux, avec de nombreuses œuvres d’art, photos, costumes, maquettes de décors etc…Une statue signée Xavier Veilhan sera inaugurée pour la biennale d’architecture et de paysage région Ile de France au mois de mai. Sans compter la réédition de toutes ses pièces sous forme de coffrets.

Une pétition a même été lancée par l’acteur Francis Huster afin de demander au Président Macron d’accorder l’entrée du Panthéon à Molière. Sa lettre, sous forme de plaidoyer, a obtenu plus de 4.400 signatures. Est-ce que cela aboutira ? Nul ne le sait.

« Molière dans le rôle de César ( La mort de Pompée – Tragédie de Corneille) -1658 par Nicolas MIGNARD
Costume de Mr Jourdain dans le Bourgeois Gentilhomme – créateur du costume Louis Bercut pour la pièce créée en 1986 – Centre national du costume de scène à Moulins
Costume de Clitandre pour le Misanthrope de Molière – Créateur du costume Dominique Borg pour la pièce créée en 1966 au Palais Royal – Production de la Comédie Française –
Costume du poète dans Ondine – créatrice du costume Chloé Obolensky pour la pièce créée en 1974 Production de la Comédie Française

Un programme somme toute assez chargé pour fêter Molière, véritable icône nationale, l’auteur en langue française le plus traduit et le plus joué dans le monde. En effet, qui n’a pas un jour lu, vu sur scène ou étudié : Les Précieuses ridicules – L’avare – Le malade imaginaire – Le bourgeois gentilhomme – Dom Juan – Tartuffe – Le Misanthrope etc… avec des personnages délicieusement truculents.

On a beaucoup écrit, fantasmé et affabulé sur Molière. Si bien qu’il est difficile de s’y retrouver au milieu de ce qui est supposé être vrai et ce qui est faux. Quant à lui, il n’a laissé ni Mémoires ni correspondances. Pour se rapprocher au plus près de la vérité, il faut se référer aux d’archives (il y en a peu) , aux témoignages et documents retrouvés , ainsi qu’ au travail des historiens et biographes (une première biographie sur lui est sortie en 1705) sérieux qui ont beaucoup travaillé sur lui.

Il fut incontestablement un ingénieux créateur, un audacieux directeur de théâtre, dramaturge, comédien, auteur, chef de troupe, organisateur des divertissements de Cour. Au XVIIIe siècle Voltaire saluera son génie et le décrira comme un véritable auteur classique par excellence.

Bref un sacré personnage que l’on a « reproduit » tout au long de différentes époques et pas uniquement au théâtre : il est apparu au cinéma, sur des bandes dessinées, en peinture, sur des graffitis etc…

Molière a fait naître la Grande comédie . Il aurait bien voulu s’affirmer dans le genre tragique, mais c’est avec le rire et la farce qu’il va s’imposer. Il va beaucoup plaire dans ce genre qu’il a vraiment révolutionné n’ayons pas peur des mots . Un genre où il dépeint, avec un mélange de satirique et de moralisateur, les mœurs et les gens de son époque. Il va réellement être doué, proposer des pièces de grande qualité.

« C’est une étrange entreprise que de faire rire les honnêtes gens … » MOLIÉRE

Avant d’écrire des pièces, il a été chef de troupe et comédien ce qui l’a amené à avoir une parfaite connaissance du jeu d’acteur et de la scène. Cela lui sera d’une grande aide !

Il fut un homme de son siècle. Le favori d’un roi important de l’histoire de France : Louis XIV. Le règne de ce dernier a véritablement commencé à la mort de Mazarin en 1661. Il installera sa Cour à Versailles. En politique, le XVIIe siècle sera celui de l’absolutisme, et côté artistique celui du classicisme. Un classicisme qui, sous le roi Soleil, va connaitre un grand essor, tout simplement parce magnificence, grandeur, prestige, éclat, puissance sont des mots qui correspondent bien à ce roi qui mènera sa politique comme il entend mener le domaine des arts. Il deviendra un grand collectionneur, un grand mécène , créera des Académies royales ( musique, danse, peinture, architecture, littérature etc…).

Louis XIV aimait la créativité et il fera tout pour favoriser les artistes qui ne manquaient pas de talent et d’esprit. Par ailleurs, il appréciait les bons mots, les belles plumes et les grands noms de l’époque sauront les mettre en pratique au théâtre notamment. Molière en fera partie.

 » Louis XIV et Molière déjeunant à Versailles » par Jean-Dominique Auguste INGRES 1837

Molière est né en 1622, fils ainé dans une famille assez bourgeoise de tapissiers . Son père deviendra tapissier du roi à savoir qu’il fournissait la Cour. En conséquence de quoi, son fils recevra une éducation plutôt privilégiée et fréquentera des écoles de très bonne réputation. Bien sur, le souhait du père était de voir son fils lui succéder. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Jean-Baptiste fera des études de droit et parallèlement se découvrira une passion : le théâtre ! Son père ne le contrariera pas, il va même l’aider financièrement lorsque sa compagnie fera faillite et ne critiquera jamais la voie qu’il avait choisi de suivre.

En 1643, il rencontre Madeleine Béjart, issue d’une famille de comédiens. Elle fait du théâtre itinérant avec ses frères. Non seulement elle était jolie, mais elle savait chanter, danser, jouer de différents instruments, écrire, et jouer la comédie. Du reste, elle sera reconnue comme une des meilleures actrices de son temps. Elle deviendra sa maîtresse et avec elle il fonde L’illustre théâtre. Un an plus tard, Jean-Baptiste Poquelin prend le nom de Molière.

Madeleine BÉJARD

Pourquoi un tel nom me direz-vous ? Eh bien la tradition, de l’époque, était que les comédiens pouvaient prendre un pseudonyme, à condition que celui-ci ait une relation avec la campagne. Molière vient de meulière, une pierre qui servait pour la fabrication des meules à foin.

La troupe formée avec Madeleine et sept autres personnes va s’installer dans différentes salles de Paris. Malheureusement, le succès n’est pas au rendez-vous et va connaitre beaucoup de difficultés et pas des moindres, financièrement. Faute de paiement elle fait faillite, Molière fera même quelques jours de prison pour n’avoir pu payer les chandelles nécessaires à l’éclairage, avant de repartir en Province avec une nouvelle troupe dans laquelle figurent, entre autres, Madeleine et deux de ses frères comédiens itinérants.

Les finances iront mieux grâce à des protections de notables connus (le duc d’Épernon et le prince Conti) , lesquels ont des connaissances intéressantes qui leur permettront, par exemple, d’intégrer et s’associer à une troupe connue, à savoir celle de Charles Dufresne , et ce tout en gardant leur indépendance et donc la possibilité de se produire seule. Molière joue à cette époque, dans des pièces de Pierre Corneille.

Première pièce écrite par Molière en 1654/1655 l’Étourdi et un an plus tard Le dépit amoureux. Il joue souvent le premier rôle.

Le succès en province les ramène à Paris. Monsieur, frère du roi, lui donne son agrégation et la pensionne. Cela lui permet de se produire devant la Cour et surtout devant le roi. Ce dernier est complètement séduit et leur donne l’autorisation de se produire au Petit-Bourbon. Un geste qui est une reconnaissance car ne s’y produisait que des troupes de grande réputation, notamment venues d’Italie. En 1658, elle devient La troupe du roi . Le succès explosera avec la présentation des Précieuses ridicules, pièce écrite par Molière. Tout le monde va montrer un grand enthousiasme que ce soit le peuple comme l’aristocratie et surtout le roi en personne.

Ce succès fulgurant va attiser la jalousie de la concurrence bien entendu, d’autant que quatre ans plus tard, exit Madeleine et bonjour Armande Béjart, de 20 ans sa cadette avec laquelle il se marie.

Armande BEJART était supposée être la fille de Joseph Béjart et son épouse Marie Hervé, donc sœur de Madeleine. En réalité elle est la fille de Madeleine. En apprenant la nouvelle du mariage de Molière et d’Armande, ses détracteurs crient au scandale et à l’inceste car ils font courir le bruit que son épouse est sa fille. Ce qui est faux. Armande est le fruit des amours de Madeleine avec Esprit de Raymond de Mormoiron, comte de Modène, un homme marié.

 » Portrait présumé de Armande BEJART 1660 par Pierre MIGNARD

D’autres pièces verront le jour dans lesquelles il s’amuse à railler la société de son époque, l’hypocrisie de la religion, les mariages arrangés, les affaires de dot, la cupidité, l’ignorance, les médecins charlatans, l’ambition, les précieuses un peu trop snobs, les nobles bien trop arrogants, les savants pédants, les bourgeois arrivistes, les maris et les pères un peu trop dominants etc…. qu’il développe copieusement dans ses pièces, notamment Tartuffe, Le Misanthrope, l’Avare, Le Bourgeois gentilhomme, George Dandin, Les Femmes savantes etc …. De toutes parts, la critique est furieuse , les dévots s’y mettent aussi.

Portrait de Molière en Sganarelle par Simonin Claude
Molière interprétant Le Malade imaginaire le soir de sa mort février 1673

Mais le roi aime le travail de Molière et pour qu’il échappe à tant cabales répétées, il le défend, le protège, le pensionne, lui accorde des faveurs, et lui demande de bien vouloir venir présenter ses œuvres à Versailles. Molière va travailler avec le compositeur Jean-Baptiste Lully et créera avec lui la comédie-ballet . Leur collaboration va se révéler très prolifique. La proximité bienveillante avec le roi va se terminer en 1672 par la jalousie et les actions malveillantes de Lully. Ce dernier trouvait que Molière faisait beaucoup de bénéfices mais les partageait mal avec lui. Il va profiter de son absence pour raison de santé, pour obtenir du roi non seulement l’autorisation d’un nouveau genre : l’opéra , mais également l’interdiction de la musique dans les pièces de théâtre.

Lully a tous les pouvoirs. Molière est évincé mais ne se décourage pas. Il créé des pièces sans avoir reçu l’autorisation du roi. C’est ainsi que naitra le Malade imaginaire, dont la musique sera confiée à Marc-Antoine Charpentier.

Il est un fait indéniable : Molière reste une grande figure de la littérature française. Il fut un novateur dans la comédie. Il a révolutionné la farce latine et la comédie aux parfums italiens, pour en faire la Grande comédie, assez moralisatrice, s’attachant au personnage central, appuyant bien sur ses défauts, son instruction etc… Il le fait en tournant tout cela en dérision, en amenant le rire, l’amusement.

C’est quelque chose qui est resté dans les esprits même après sa mort. Sa troupe va alors s’associer à celle de l’Hôtel de Bourgogne. Ensemble, et par ordonnance royale, ils vont fonder, en 1680, La Comédie française que l’on surnomme La Maison de Molière, c’est dire l’impact qu’il a pu avoir. La Comédie-Française était appelée autrefois Le Français, elle continue de l’être parfois . Elle se trouve à la Salle Richelieu (près du Palais Royal). Elle fut fermée en 1793 durant la Révolution, puis réouvrira quelques années plus tard.

Intérieur de la Comédie-Française en 1790
La comédie française de nos jours

« S’il est une Maison de théâtre où l’on ne sait pas comment on doit jouer Molière, c’est bien la sienne. Ce n’est pas une boutade, aucune ou aucun des sociétaires ou pensionnaires de la Comédie Française n’affirmera jamais rien le concernant. La fréquentation quotidienne, hebdomadaire, mensuelle, annuelle, décennale, séculaire de son théâtre, impose avant tout la modestie. Désigner l’art du Patron, comme on le nomme en ces murs, serait aussi vain que de choisir un juste portrait parmi les centaine de dessins, peintures, gravures, et bustes qui tapissent les murs des théâtres et les salles des musées. Molière aux mille visages et aux milles théâtres. Bien malin celle ou celui qui désignerait l’authentique. La seule autorité que nous puissions avoir , nous, en sa Maison (ou déclarée comme telle) , c’est bien d’en dresser un portrait aussi douteux que riche, seule manière d’atteindre peut-être un bout de vérité. Alors ne craignons pas de continuer à le pister dans toutes les directions qu’elles soient fastueuses ou maigres, révolutionnaires ou potaches, fondées ou masquées, ciblées ou détournées.  » Eric RUF (Acteur, metteur en scène, décorateur, scénographe français, sociétaire et administrateur général de la Comédie-Française)

Fauteuil sur lequel Molière était assis lors de l’une de ses dernières représentations. Il est conservé dans le Foyer de la Comédie française, avec son bonnet, une montre. Il a été utilisé jusqu’en 1879. La Comédie-Française détient également un registre, dit De la Grange (bras droit de Molière) sur lequel étaient documentées toutes les activités de la troupe)
Statue de Molière dans le hall de la Comédie-Française. Réalisée en 1777 par Jean-Jacques CAFFIERI

Contrairement à ce qui a pu être lu ou entendu, Molière n’est pas mort sur scène, mais à son domicile, rue Richelieu, en 1673, d’une hémorragie. Il semblerait qu’il était tuberculeux, ce à quoi beaucoup répondent que vu sa notoriété on l’aurait su . Par contre, il y avait eu une épidémie d’infections pulmonaires durant l’hiver qui avait précédé son décès, entrainant beaucoup de morts . Molière a probablement contracté ce virus, ou bien il aurait pris froid ce qui n’aurait pas arrangé ses bronches fragiles si il en avait . En tous les cas, son hémorragie fut l’une des conséquences d’un problème pulmonaire.

Molière avait différentes casquettes dont celle de comédien. A cette époque, ces derniers n’avaient pas droit à une sépulture, sauf s’ils attestaient sur l’honneur qu’ils renonçaient à leur métier. Molière avait requis un prêtre avant de mourir, afin de recevoir les saints sacrements. Malheureusement, après trois tentatives, le dernier arrivera trop tard. Sa demande laisse à penser que peut être il était prêt à signer une renonciation.

Le curé de Saint Eustache va s’opposer à son inhumation chrétienne. Armande se rendra auprès du roi afin qu’il autorise la sépulture. Elle va même l’implorer. Il l’accorde mais demande que ce soit fait  »  sans aucune pompe et avec deux prêtres seulement et hors des heures du jour et qu’il ne sera fait aucun service pour lui, ni dans la paroisse, ni ailleurs  » . D’après les écrits de son ami et comédien Lagrange, il aurait été enterré au pied de la croix centrale qui se trouvait dans le cimetière.

Or en 1732, un érudit et homme de Lettres répondant au nom de Evrard Titon du Tillet dira avoir rencontré un jour un homme d’église qui avait assisté à l’inhumation de Molière. Ce dernier affirmait que le corps de Molière n’était pas resté à l’endroit où il avait été enterré au départ, mais déplacé, assez rapidement, dans un coin « moins visible », et mis en terre là où se trouvaient les suicidés et les enfants mort-nés. Le temps passa, mais cette version restera dans les mémoires.

En 1792, la Révolution est saisie d’une forte envie d’honorer les Grands Hommes. Du coup, on décide d’exhumer les restes de Molière et de Jean de La Fontaine, car on prétend que le second reposerait près du premier. Ce qui est faux car La Fontaine avait été enterré au cimetière des Innocents qui dépendait de la paroisse de Saint Eustache.

Bref, la personne mandatée à la récupération des restes, place ceux de Molière dans une boite, et ceux supposés de La Fontaine dans une autre. On les met dans un premier endroit qui malheureusement ne sera pas très bien surveillé. Les deux boites seront ouvertes, les restes quelque peu mélangés, voire même distribués ou volés pour certains . Du coup on se ravise, on rassemble comme on peut, et on emmène les caisses au Musée des Monuments français. Malheureusement, le lieu ferme en 1816/17. Le cimetière du Père Lachaise les récupère. Une messe est célébrée préalablement en l’église de Saint Germain.

Le doute subsiste : est-ce que les restes de Molière récupérés dans le second endroit étaient vraiment les siens ? Les siens n’étaient-ils pas là où ils furent placés au départ près de la croix centrale ? Auquel cas, ils auraient disparu avec le cimetière et se trouveraient dans les catacombes.

Quant à La Fontaine, il fut enterré au cimetière des Innocents, donc il est peu probable qu’il ait été aux côtés de Molière comme l’avait affirmé l’abbé Olivet. Et même si ses restes étaient éventuellement avec ceux de Molière, vu le mélange des restes lorsque les boites furent ouvertes, il est fort à parier qu’un peu des deux se trouvent dans les tombes du Père Lachaise.

Nul ne saura jamais quelle est la vérité vraie. Le mystère reste entier. Une chose est sure, le cimetière du Père Lachaise a connu un regain de fréquentation à l’époque, grâce à l’entrée des de ces deux Grands Hommes ….

 » La mort de Molière  » 1806 Pierre Augustin VAFFLARD
Tombe de Molière et derrière elle, celle de La Fontaine

Portrait en tableau …

Madame de MONTESPAN portée par les trois grâces.jpg
 » Portrait de la marquise de Montespan portée par les trois Grâces  » 1670 env. – Louis ELLE dit FERDINAND II ( Collection Louis-Philippe / Château de Belfort )

 » Trois jeunes femmes, figurant les Grâces, vêtues de draperies flottantes, supportent, à bout de bras, un cadre doré surmonté d’une guirlande que des Amours entourent. Un portrait en buste sort du fond sombre du cadre. Il s’agit du portrait de Françoise Athénaïs de Rochechouart de Montemart, marquise de Montespan, admirée à la Cour pour sa grande beauté, sa grâce et sa vive intelligence. Elle deviendra la favorite de Louis XIV en 1667, gardant sa préférence jusqu’en 1680.

La formule du portrait en tableau qui se développe spécialement pour les personnalités de haut rang, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, est ici utilisée par le peintre pour exalter sa beauté. La guirlande de fleurs qui, dans l’Antiquité, servait à honorer les dieux, souvent simple élément décoration au XVIIe, garde dans cette œuvre sa signification première. La marquise se situe au-dessus des Grâces et le culte qu’elles lui rendent l’assimile à Vénus, la déesse de la beauté. Seul l’Amour royal peut l’embellir encore.

Deux d’entre elles et un des Amours prennent à témoin le spectateur qui est invité à l’admirer. La marquise tourne sa tête, parée de belles boucles blondes, dont deux descendent sur ses épaules dénudées. Elle porte une ample chemise blanche bordée de dentelle, ceinte d’une écharpe de soie bleue. Des perles aux oreilles et autour de son cou, font ressortir le nacre de sa peau. Le visage est délicat, éclairé de grands yeux et d’une petite bouche purpurine.

Daté vers 1670, période où la marquise de Montespan parvient au sommet de sa gloire, le tableau attribué de longue à Pierre Mignard, a été redonné à Louis Elle, dit Ferdinand II, dont il présente les caractéristiques : des couleurs vives aux accents satinés, associant le jaune et le bleu, les drapés qui flottent en d’élégantes volutes, des chairs lisses et rose et surtout ces grands yeux tout à fait typiques. « (Chantal ROUQUET / Conservateur en chef du patrimoine, responsable des collections d’art ancien, directrice adjointe des musées)