Expo d’été : Quand TOULOUSE-LAUTREC regarde DEGAS …

« On célèbre cette année un double centenaire. Celui de la donation des œuvres de Toulouse-Lautrec et la création du musée. Pour un tel anniversaire, on a voulu faire plaisir à Lautrec pour qu’il soit accompagné des œuvres de quelqu’un qu’il admirait. » Stéphanie GUIRAUD-CHAUMEIL (Maire d’Albi)

 » La toilette  » (Rousse) 1899 env. Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Musée d’Orsay/Paris) Le tableau illustre une partie de l’affiche
« Femme se coiffant » 1887/90 Edgar DEGAS (Musée d’Orsay) Le tableau illustre l’autre partie de l’affiche

Direction Albi dans la région sud-ouest de la France, pour retrouver le musée Toulouse-Lautrec, situé Place Sainte-Cécile, et sa belle expo d’été : Quand TOULOUSE-LAUTREC regarde DEGAS … jusqu’au 4 septembre 2022.

Je ne sais si certains d’entre vous connaissent ce musée. Il s’agit d’une forteresse médiévale très réputée d’une part pour son cadre, et d’autre part parce qu’elle propose, chaque année, de très intéressantes expositions qui attirent de nombreux touristes. A la mort de Toulouse-Lautrec, ses parents, un ami galériste et un cousin ont légué environ 1000 de ses œuvres à ce musée. En conséquence de quoi, il est est devenu le seul musée au monde possédant une telle collection de ce peintre.

Trente ans séparent les deux hommes. Degas est né en 1834 et Toulouse-Lautrec en 1864. Leur milieu social n’est pas le même : pour le premier c’est la haute bourgeoisie, et pour le second l’aristocratie provinciale. Leur formation artistique n’a pas été la même non plus. Le caractère différait également : plutôt renfermé pour Degas, et très social pour Toulouse-Lautrec.

Picturalement parlant, ils se ressemblaient : le réalisme, le rendu d’une ambiance, le ressenti profond du mouvement. Toulouse-Lautrec a vraiment beaucoup apprécié et admiré Degas. Il l’a vu comme son maitre. La réciproque n’a pas toujours été de mise. Edgar, il faut le dire, n’était pas franchement attiré par le travail d’Henri, conseillant même parfois, lorsqu’une personne lui demandait son avis sur les tableaux de Toulouse-Lautrec, d’en acheter un autre !

Toutefois, il est intéressant de les avoir réunis, tout simplement parce que certains ignorent qu’ils ont eu énormément de points communs : deux peintres d’atelier, admiratifs des classiques, des parisiens l’un par la naissance (Degas) l’autre pour y être arrivé jeune quartier Montmartre et ne l’avoir jamais quitté (Toulouse-Lautrec) – partageant un même amour du dessin, de la couleur, de la lumière artificielle, de la photographie, de la caricature – une attirance pour le non finito – une fascination pour le mouvement , surtout le mouvement rapide, virtuose, le mouvement dans monde du spectacle, de la danse, du cirque, etc… – deux grands observateurs au regard incisif, précis, afin de saisir des instants précieux et vrais notamment dans le monde du ballet, du théâtre, du cirque, du café-concert, les maisons closes. Ils aiment saisir un instant, un geste, une attitude, une atmosphère et l’immortaliser – deux peintres rarement paysagistes –

 » Le café-concert aux Ambassadeurs  » 1876 env. Edgar DEGAS (Musée des Beaux-Arts/Lyon)
 »Le refrain de la chaise Louis XIII cabaret d’Aristide Briand » 1886 – Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Museum of Art/Hiroshima)

De plus, les deux ont essuyé des critiques assez virulentes dans leur carrière. On ne leur a pas fait de cadeaux ! Par ailleurs, ils étaient dotés d’une grande fidélité en amitié, qu’elle soit amicale-privée ou artistique.

Degas était ami de la famille Dihau. Toulouse-Lautrec un parent de ladite famille. Il lui arrivait fréquemment de se rendre chez l’un de ses membres (tous dans la musique) pour y admirer les tableaux que Degas avait réalisé sur eux. Marie Dihau, cantatrice et musicienne, aura à cœur de faire se rencontrer les deux hommes. La première fois ce sera chez elle. Elle craignait l’humeur de Degas, mais tout se passa bien, chacun ayant fait preuve de courtoisie. Du coup, ils se reverront ailleurs, et même si l’admiration de Toulouse-Lautrec pour Degas n’était pas réciproquement aussi forte qu’elle l’était pour lui comme je l’ai expliqué ci-dessus, tout ce que son ainé (30 ans de différence) a pu lui apporter sur la peinture, y compris les critiques qu’il a pu lui faire, ont été finalement bénéfiques pour le jeune peintre qu’il était .

 » Mademoiselle Marie DIHAU  » 1867 – Edgar DEGAS ( Metropolitan Museum/New York)
 » Esquisse du tableau Musiciens d’orchestre -Portrait du bassoniste Désiré Dihau  » 1870 env. Edgar DEGAS(Fine Arts Museum / San Francisco)
 » Les musiciens d’orchestre  » 1870 env. Edgar DEGAS (Musée d’Orsay/Paris)
« Désiré Dihau » 1890 Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Musée Toulouse-Lautrec/Albi)
« Mademoiselle Dihau au piano »(Marie) 1890 env. Henri de TOULOUSE-LAUTREC(Musée Toulouse-Lautrec/Albi)
 » Marie Dihau au piano » 1869/72 env. Edgar DEGAS (Musée d’Orsay/Paris)

Après cette première rencontre, ils se sont retrouvés pour parler peinture dans certains cafés. Leurs préférés : La Grande Pinte où ils croisaient Manet, Sisley et Pissarro. Le propriétaire du café aimait beaucoup la peinture, se transformant parfois en marchand d’art. Les peintres lui offraient des tableaux qu’il accrochait aux murs de son établissement, ou il en achetait d’autres. Il y avait aussi La Rochefoucault , ou Le Laroche. Dans ce lieu, Degas devenait le maître d’une génération plus jeune parmi laquelle se trouvait Toulouse-Lautrec. Avec ce dernier le sujet était la peinture sur les chevaux. Il donnait à ceux qui l’entouraient certains conseils pour les dessins sur ce sujet notamment. Apprendre de lui était un privilège.

Ils ont souvent fréquenté également Le chat noir, un cabaret rue Massé. Degas vivait non loin de là. Toulouse-Lautrec appréciait le lieu et s’y amusait beaucoup.

Ils ont traité parfois les mêmes sujets , comme les maisons closes. Ils l’ont fait différemment mais avec une certaine audace, de la spontanéité, de la liberté, de l’intensité et de la sensibilité. Pour Degas, nul ne sait réellement quand il a fréquenté ce genre d’endroit, combien de fois il s’y rendait etc… Du coup, beaucoup ont affirmé qu’il y avait été lorsqu’il était adolescent . Donc ses représentations picturales (gardées de façon assez intime et confidentielle dans son atelier ) venaient probablement de ses expériences, mais aussi beaucoup des livres lus sur le sujet ou des conversations échangés avec des amis à ce propos. Il y reviendra des années plus tard vers 1870.

 » Conquête de passage  » 1896- Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Musée des Augustins/Toulouse)

Chez Lautrec, ses tableaux sur les bordels n’ont pas du tout fait l’objet de confidentialité. Ils ne sont pas restés dans l’ombre. Tout au contraire, il a beaucoup peint, dessiné et réalisé de nombreuses lithographies sur le sujet . Un grand nombre a été exposé de son vivant. Il a été un client assidu et un spectateur et comme je l’avais dit dans un précédent article sur ce peintre, au-delà de cela c’est l’atmosphère qui s’en dégageait qui lui plaisait.

Au contraire de Degas, le thème de la prostitution a été pleinement assumé par Toulouse-Lautrec. Tout le monde était au courant de sa fréquentation régulière des diverses maisons closes connues de la capitale : celle de la rue d’Amboise, de la rue Joubert et de la rue des Moulins.

« Le baiser » 1892 env. Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Collection particulière)

« Ben quoi le bordel ? Nulle part je me sens plus chez moi … Il était le bienvenu dans ces lieux, les pensionnaires l’appréciaient (il faut dire qu’il n’a jamais porté de jugement accusateur, méprisant ou réprobateur sur elles). Il a même beaucoup apprécié leur compagnie – Quant à la patronne, elle le laissait rester autant qu’il le souhaitait pour faire ses croquis, observer le quotidien, la venue du blanchisseur, du docteur, des clients etc etc … Et d’ailleurs, elle lui en achetait pas mal qu’elle accrochait dans le salon d’attente. On l’a beaucoup accusé à l’époque parce que pour beaucoup c’étaient des sujets honteux, et qu’il faisait preuve de provocation et voyeurisme . Ce n’était absolument pas le cas.

Que ce soit chez Degas ou chez Toulouse-Lautrec, l’acte sexuel n’a jamais été montré. Ils ont davantage été intéressés par la gestuelle. L’image du client est souvent marginale chez les deux , représenté le plus souvent avec des accessoires comme des chapeaux notamment et qui sont là pour signaler à quel milieu social ils appartiennent . Tous deux ont évoqué homosexualité entre femmes également. Degas a eu une vision plutôt obscure des bordels et douloureusement pathétique des femmes qui travaillaient là. Chez Toulouse-Lautrec, la vision est différente. Les femmes ne sont pas pour lui des sortes de  » monstres  » et le lieu est plutôt agréable.

« Femme mettant ses bas  » 1883 env. Edgar DEGAS (National Gallery of Norway/Oslo)
 » Le divan  » 1893 env. Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Museu de Arte Assis Chateaubriand/ Campina Grande)
 » Les trois prostituées  » 1879 – Edgar DEGAS (Rijksmuseum/Amsterdam)
« Le blanchisseur de la maison  » 1894 – Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Musée Toulouse-Lautrec/Albi)
« L’attente d’un client » Edgar DEGAS 1876/77 – (Collection of Ann et Gordon Getty)

Le cheval fut un autre de leurs sujets communs : Toulouse-Lautrec est né dans une famille où l’on faisait de l’équitation ( son père était un brillant cavalier et lui a transmis très tôt cette passion du cheval ) et de la chasse à courre. Donc il a dessiné, très tôt, cet animal . Des années plus tard, il se rendra souvent sur les champs de course où il pourra côtoyer des chevaux en action, dans leur stalle, ainsi que des jockeys.

Le siècle de Degas fut celui où les courses hippiques seront nombreuses et populaires, et ce même si elles restaient, malgré tout, réservées surtout à des personnes aisées. Il les découvrira un jour en Normandie . Les courses vont le fasciner. Il se rendra très souvent à Longchamp sur l’hippodrome, et aussi au Vésinet qui était plus petit. De plus, il a été un homme de cheval et un cavalier confirmé.

La recherche du mouvement a été, de façon générale, l’une des préoccupations de Degas. Il étudiait beaucoup à ce niveau là. C’est la raison pour laquelle, il fut très attristé, voire même vexé, que l’on puisse le critiquer, par exemple, en prétendant qu’il ne savait pas peindre un cheval.

 » Le Jockey  » 1899 -Henri de TOULOUSE-LAUTREC (lithographie) – Musée Toulouse-Lautrec/Toulouse
« Avant la course à Longchamp » 1869/72 – Edgar DEGAS (Collection particulière)
 »Étude de cavalier » 1895 env. Henri de TOULOUSE-LAUTREC ( Musée Toulouse-Lautrec/Albi)
 » Le jeune cavalier enfourchant sa monture » 1881 env. Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Galerie Hélène Bailly/Paris)
 » Le champ de courses. Jockeys amateurs près d’une voiture » 1876/1887 – Edgar DEGAS (Musée d’Orsay/Paris)

Le monde de la danse a été un sujet central chez Degas, mais on ignore que pour Toulouse-Lautrec c’est un univers qui a compté également. Le mouvement, l’expressivité de l’instant, la gestuelle, la fascination pour le corps qui bouge, qui danse, qui se cambre, et s’étire.

On aime, ou on n’aime pas, les tableaux de danseuses chez l’un ou chez l’autre. Mais il faut savoir qu’à une certaine époque c’était assez novateur, parce que ils n’étaient pas uniquement centrés sur la beauté de la danseuse, mais plutôt sur l’effort , la tension, l’attente, la scène, le repos, mais aussi la maitrise de l’espace, la lumière, etc …

 »Danseuse dans la loge » 1886 Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Collection particulière)
« Danseuse en bleu et contrebasse » 1888 Edgar DEGAS (Collection particulière)
 » Jardin de Paris Jane Avril « 1893 – Henri de TOULOUSE-LAUTREC (épreuve lithographique marouflée sur toile) (Musée Toulouse-Lautrec/Albi)
« Danseuse rattachant son soulier » reproduction d’un pastel (Bibliothèque de l’Institut national d’Histoire de l’Art/Paris)
 » La classe de danse  » 1873/74 – Edgar DEGAS (Collection Burrell/Glasgow)
« Dressage des nouvelles par Valentin le Désossé au Moulin Rouge » 1889/90 – Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Philadelphia Museum of Art/Philadelphie)

Ils ont abordé, tous deux, le monde du cirque. Toulouse-Lautrec découvre le cirque Fernando à Montmartre en 1880, il était adolescent. Ce sera une révélation. Déjà une forte attirance pour le mouvement. Il se rendra très souvent dans ce cirque , pour y voir le spectacle et admirer les prouesses des écuyers, écuyères, acrobates, clowns, jongleurs, etc… Degas lui aussi fréquentera ce cirque et s’émerveillera de tout ce petit monde qu’il ne manquera pas de dessiner et de peindre. Pour la petite histoire, sachez que ce cirque (sous un chapiteau) était installé, au départ, rue des Martyrs. Le succès fut tel, que Fernando fit appel l’architecte Gustave Gridaine afin d’en concevoir un autre en dur. Il sera inauguré en 1875.

« Au cirque Fernando-Écuyère sur un cheval blanc » 1888 env. Henri de TOULOUSE-LAUTREC (Norton Simon Art Foundation / Pasadena)
 » Miss Lala au cirque Fernando  » 1879 – Edgar DEGAS (National Gallery/Londres)

Les papillons…

 » De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu’aimez-vous mieux ? – Moi, les roses ;
– Moi, l’aspect d’un beau pré vert ;
– Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
– Moi, le rossignol qui chante ;
– Et moi, les beaux papillons !

Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau !…

Quand revient l’été superbe,
Je m’en vais au bois tout seul :
Je m’étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d’eux à son tour,
Passe comme une pensée
De poésie ou d’amour !

Voici le papillon « faune »,
Noir et jaune ;
Voici le « mars » azuré,
Agitant des étincelles
Sur ses ailes
D’un velours riche et moiré.

Voici le « vulcain » rapide,
Qui vole comme un oiseau :
Son aile noire et splendide
Porte un grand ruban ponceau.
Dieux ! le « soufré », dans l’espace,
Comme un éclair a relui…
Mais le joyeux « nacré » passe,
Et je ne vois plus que lui ! …  » Gérard DE NERVAL (Poète et écrivain français – Extrait d’un poème de son recueil Odelettes)

« Les papillons » August ALLEBE

C’est ça la vie …

 » C’est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir mais aussi quelques moments de beauté où le temps n’est plus le même. c’est comme si les notes de musique faisaient un genre de parenthèses dans le temps, de suspension, un ailleurs ici-même, un toujours dans le jamais. Oui c’est ça, un toujours dans le jamais.  » Muriel BARBERY (Romancière française – Extrait de son livre L’élégance du hérisson

Fleur de Juillet : Le Tournesol …

 » Un champ de tournesols. Une multitude débordante de fleurs jaunes. Et l’on dirait qu’on entend le bruit de grandes bouches buvant goulument. Ce sont les bouches des tournesols qui boivent le soleil, l’air, le vent.
Fabrizio Caramagna(Auteur italien)

 » Les amérindiens d’Amérique ont utilisé le tournesol sauvage pour la nourriture et la médecine depuis 8,000 ans. L’archéologie suggère qu’ils ont commencé à cultiver le tournesol dès 2300 avant J.C. – Ainsi, la culture de tournesol a débuté avant la culture du maïs, des haricots et des courges. Les graines de tournesol sont généralement grillées. Fondues, elles sont un ingrédient dans la cuisson pour épaissir des soupes et des ragoûts. Comprimées en boulettes comme le beurre de cacahuète (seed-ball), le beurre de tournesol constitue une nourriture commode pendant les voyages. Les coques de tournesol rôties peuvent être mises dans de l’eau bouillante pour faire une boisson comme le café.

De la teinture était également extraite des coques et des pétales de tournesol : les peintures faciales étaient faites à base de pétales et de pollen séchés. L’huile extraite des semences moulues fournit beaucoup l’huile pour la cuisine et le traitement de cheveux. Elle est également utilisée en usages thérapeutiques comme l’enlèvement des verrues, le traitement des piqûres de serpent ou le traitement des coups de soleil.

Quand les colons et les explorateurs commencent à envoyer les semences de tournesol du Nouveau Monde vers l’Europe, il fut considéré comme une curiosité et une fleur décorative. Il n’est pas utilisé comme comestible jusqu’à ce qu’il atteigne la Russie.

L’église Orthodoxe autorise l’usage du tournesol pendant le carême, et les Russes l’adoptèrent  comme une source d’huile qui peut être mangée sans enfreindre les lois de l’église. Le tournesol est également apprécié comme coupe-faim. Les Russes cultivent le tournesol 50 ans avant les autres pour son contenu élevé en huile et sa résistance aux maladies.  » Philippe DESBROSSES (Agriculteur, scientifique, écrivain français )

P.S. :

Le tournesol fait partie de la famille des Astéracées. Cette grande fleur a sa légende dans la mythologie grecque : à savoir celle des amours passionnées d’Hélios (soleil) et Clytie ( la nymphe aquatique fille de Océan et Thétys ) qui furent amants – Malheureusement, un jour Hélios va lui préférer sa sœur Leucothoé . Folle de jalousie, Clythie la dénoncera à leur père qui la punira en la faisant enterrer vivante. Cela ne lui ramènera pas l’amour d’Hélios, tout au contraire il va se détourner d’elle –  Clythie va préférer mourir en se réfugiant sur un rocher, nue,  sans manger ni boire, fixant le soleiL. Hélios finira par avoir pitié d’elle et la transformera en fleur de tournesol.

Non seulement, ils sont beaux, mais les tournesols produisent aussi des graines qui, une fois qu’elles auront été décortiquées, servent à fabriquer de l’huile.

Dans le langage des fleurs, un bouquet de fleurs de tournesol est une marque d’admiration profonde de celui ou celle qui l’offre envers la personne qui le reçoit. C’est peu comme lui dire  » tu es mon soleil « 

Ils sont aussi une source d’inspiration pour les poètes et les peintres :

Claude MONET

« Apporte-moi le tournesol, que je le transplante
Dans mon terrain brûlé par l’air salin ;
Et qu’il montre tout le jour aux miroirs bleus
Du ciel l’anxiété de son visage jaune pâle
… » Eugenio MONTALE(Poète italien)

Gustave CAILLEBOTTE

 »Ah, tournesol, lassé du temps,
Qui du soleil comptes les pas,
Tâchant d’atteindre au doux pays doré
Où le trajet du voyageur prend fin.’
‘ William BLAKE (Peintre, graveur et poète britannique)

» Je suis en train de peindre avec l’entrain d’un Marseillais mangeant de la bouillabaisse ce qui ne t’étonnera pas lorsqu’il s’agit de peindre des grands tournesols. J’ai trois toiles en train : 1) trois grosses fleurs dans un vase vert, fond clair (toile de 15) ;  2)  trois fleurs, une fleur en semence et effeuillée et un bouton sur fond bleu de roi (toile de 25), 3) douze fleurs & boutons dans un vase jaune (toile de 30). Le dernier est donc clair sur clair et sera le meilleur j’espère. Je ne m’arrêterai probablement pas là. Dans l’espoir de vivre dans un atelier à nous avec Gauguin, je voudrais faire une décoration pour l’atelier. Rien que des grands tournesols. A côté de ton magasin, dans le restaurant, tu sais bien qu’il y a une si belle décoration de fleurs là, je me rappelle toujours le grand tournesol dans la vitrine. Enfin si j’exécute ce plan il y aura une douzaine de panneaux. Le tout sera une symphonie en bleu et jaune donc. J’y travaille tous ces matins à partir du lever du soleil. Car les fleurs se fanent vite et il s’agit de faire l’ensemble d’un trait….  » Vincent VAN GOGH ( Peintre et dessinateur Néerlandais – Extrait d’une lettre à son frère Théo en Août 1888 )
« Le tournesol » Gustav KLIMT

 » Vieille fleur du Pérou au bel astre pareil,
Sunflower, Sonnenblume, Girasol, Girassole
L’oiseau trouve un abri sous ton grand parasol,
Au plus chaud de l’été, éclosent tes merveilles.

Hélianthus annuus ou même « grand soleil »
Tu envahis les champs de mille têtes fières
Qui rebrodent d’or pur notre dame la Terre
Frissonnante d’azur, émeraude et vermeil.

De ton coeur irradié par l’astre solennel
Va couler la douceur d’une huile flavescente
Radieux tournesol, sur ta tige puissante
Tu règnes glorieux, et parais éternel !

La folie de Vincent a cru, dans tes pétales
Entrevoir les grands feux d’un lointain paradis
Tu as su fasciner le grand peintre maudit
Qui, au milieu des champs recherchait les étoiles
. » Michèle CORTI (Poétesse française)


Ier Juillet 2022 …

Dictons du mois de juillet :

 » Si le début de juillet est pluvieux, le restant du mois sera douteux. »

 » Au mois de Juillet ni veste ni corset.  »

 » De juillet la chaleur fait de septembre la valeur.  »

 » Juillet sans orage, famine au village. »

 » Lorsqu’en juillet les fourmilières s’élèvent et s’élargissent beaucoup, l’hiver sera précoce et rude.  »

JULY 2.jpg

 » Il vient d’arriver, ce fichu mois de Juillet
avec son cortège de journées ensoleillées
et, de longues soirées, où la chaleur
omniprésente, nous donne des envies d’ailleurs.
Le moindre souffle d’air, amène le bien être,
et, pour l’emprisonner, on croise fenêtres
et volets, vivant dans la douce pénombre
juste, égayée des rais de lumière et d’ombres
que créent les persiennes ajourées.
Et si certains, arrivent à aimer et savourer
ces longues heures qui s’étirent, surchauffées
je préfère de loin l’automne ébouriffé
avec ses nuits fraîches et ses coups de vents
laissant la plage et la chaleur aux estivants.  
» Dominique SAGNE (Poète français)

C’est une fête en vérité ..

 » C’est une fête en vérité,
Fête où vient le chardon, ce rustre ;
Dans le grand palais de l’été
Les astres allument le lustre.

On fait les foins. Bientôt les blés.
Le faucheur dort sous la cépée ;
Et tous les souffles sont mêlés
D’une senteur d’herbe coupée.  » Victor HUGO -( Poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français – Extrait de son poème Laetitia rerum/1877 – Recueil  » L’art d’être grand-père)

Tableau de Vincent VAN GOGH d’après MILLET

La photographie … par Fouad ELKOURY

« Ce n’est jamais facile de devenir photographe. Tout comme il n’est pas facile d’aimer. Ça arrive, c’est tout. Et quand vient la révélation, il faut savoir discerner l’essentiel et avoir le courage d’aller jusqu’au bout. Il faut une envie profonde couplée à une attention de chaque instant pour photographier. Le photographe est habité par ce qu’il cherche, il est dévoré par le besoin de communiquer une émotion ressentie et la restituer sous forme d’image. Tout le temps que dure la prise de vue, il est animé par un désir d’autant plus aigu qu’il est incertain d’atteindre son objectif. Sur un cliché effectivement pris, combien d’autres sont ratés ? Et combien d’autres ont été laissés de côté ? On passe souvent près d’une photo dont on sait qu’elle sera bonne, simplement parce que les conditions du moment nous auront empêché de la prendre. Tout d’un coup, on voit la photo, on sent dans son bras un tressaillement et parce que l’on a pas d’appareil sur soi, on est, pendant ce court instant, en état de manque …. Ces images vues, mais non prises, sont celles dont on se souvient longtemps après. Elles font partie du parcours du photographe au même titre que les autres. Il les a en tête quand il regarde l’ensemble de son travail, elles s’inscrivent dans sa mémoire comme des images virtuelles et meurent avec lui faute de traces. » Fouad ELKOURY ( Photographe et cinéaste libanais – Extrait de son livre La Sagesse du Photographe )

FOUAD ELKOURY
Fouad ELKOURY

Villa dans les orangers … Berthe MORISOT

 » Petite par la taille, cette toile n’en est pas moins importante par la qualité et la place qu’elle tient dans l’œuvre de Berthe Morisot. Située sur les hauteurs de Nice, la villa Arnulfi domine la ville et dispose d’un joli point de vue. Ce n’est pas cet aspect qui a retenu l’attention de l’artiste, mais, au contraire, la villa cachée et protégée derrière ses orangers que précède une haie bien dense.

Pour peindre ce paysage, Berthe Morisot, s’est installée dans le terrain voisin qui semble peu entretenu si l’on en juge par l’état du sol et, à gauche, par la souche dont l’ombre allongée montre qu’il s’agit d’une fin de journée. Trois ou quatre orangers seulement portent des fruits qui brillent au soleil. La silhouette italianisante de la villa se dresse au-dessus des orangers : son crépis légèrement rosé et le toit de tuiles forment un contraste de ton et de luminosité avec le vert des arbres fruitiers, et, au-dessus, le bleu du ciel.

La composition est une nouvelle fois assez audacieuse : la villa n’occupe pas plus du huitième de la toile, et, pourtant, c’est vers elle que le regard se tourne ; le jardin, au premier plan, remplit la moitié de la toile, mais il n’est là que pour orienter le regard vers les orangers, puis vers la villa. Le premier plan du jardin un peu plus profond vers la gauche, et la percée au-dessus de la haie laissant voir des communs avant la villa, orientent la perspective vers le haut de la composition et vers la gauche. Au second plan, la villa se trouve légèrement décalée par rapport à cette première perception de l’espace. Dans un paysage au motif italianisant une telle construction ne pouvait que choquer les tenants du classicisme.

Berthe Morisot avait étudié ce motif dans deux aquarelles, l’une de plus loin, sans doute depuis l’entrée de la propriété, l’autre de près. Dans cette dernière, la villa Arnulfi est vue du parc avec quelques arbustes au premier plan qui laissaient voir les trois étages de cette grande demeure qui est tout le sujet.

Eugène Manet choisit cette toile pour la joindre, hors catalogue, à l’envoi de son épouse à la 7e exposition des impressionnistes. Le 2 mars 1882, il écrit à Berthe  » Votre paysage de la ville Arnulfi est charmant. Vous l’avez enlevé. » Comme une grande partie de son envoi, elle est accrochée après l’ouverture de l’exposition, c’est ainsi que nombre de critiques ne peuvent en rendre compte, notamment ceux qui sont favorables car présents le jour du vernissage. La Villa Arnulfi est dans un cadre gris avec des ornements d’or. Une fois l’accrochage complété, Eugène put enfin lui écrire : Édouard, qui est venu ce matin à l’exposition, a trouvé votre envoi un des meilleurs. Malheureusement, il ne lui rapporta pas les commentaires faits devant chaque œuvre.

Il est amusant de constater que l’année suivante, Eugène Manet, alors qu’il séjournait dans le Midi auprès de son frères Gustave malade et qui décèdera quelques mois plus tard à Menton, s’est intéressé à cette maison et a même songé à l’acheter.

Berthe Morisot devait beaucoup aimer cette toile puisqu’elle choisit de l’exposer deux autres fois. D’abord en 1886, à la 8e exposition impressionniste, sous le titre Paysage à Nice. A cette occasion, Maurice Hermel la remarque  » pour une justesse de valeur, une fraîcheur de coloris, une légèreté de touche incomparable. La lumière y voltige, les tons y prennent la transparence de l’aquarelle  » . En 1892, lors de son unique exposition personnelle, chez Boussod et Valadon, le titre est Vue de Nice. Il figurera ensuite à la rétrospective posthume en 1896. Julie, la fille de Berthe, note dans son Journal :  » Villa dans les orangers fait aux environs de Nice la première fois que nous y sommes allés ; au milieu des orangers d’un vert jauni où brillent les pommes d’or, s’élève une villa rose au toit de tuiles qui se détache sur le ciel si bleu, le ciel du Midi, ce magnifique paysage est aussi accroché dans ma chambre« .  »Hugues WILHELM (Historien de l’art, commissaire scientifique d’expositions)

 » Villa dans les orangers à Nice  » 1882 Berthe MORISOT