L’Opéra GARNIER …

GARNIER Charles
Charles GARNIER 1825/1898 (Architecte français)
GARNIER Dessin de construction 1874
Dessin de construction
GARNIER MAQUETTE MUSEE ORSAY
Maquette qui se trouve au musée d’Orsay
GARNIER OPERA
Opéra GARNIER de nos jours
Danseurs sur les toits de l’Opéra Garnier – Photo de Pierre Elie DE PIBRAC

  » Une anecdote voudrait qu’à l’inauguration du palais Garnier, le 5 Janvier 1875, le Tout-Paris eût été invité …. sauf Charles Garnier. Obligé de payer sa place, il aurait assisté au baptême de son palais depuis le fond d’une seconde loge, mis à l’écart pour avoir été trop courtisan sous le Second Empire. Légende ou réalité ? Peu importe car ce paradoxe est bien à l’image de cette IIIe République naissante qui célébrait là l’un des ultimes projets du régime précédent, en travaux depuis quatorze ans.

Dans le cadre des immenses chantiers lancés par le Baron Haussmann, Napoléon III avait exigé l’édification d’un nouveau théâtre d’opéra. De tout temps la première salle lyrique parisienne avait été un miroir du pouvoir en place. Elle avait beaucoup changé de lieu depuis la fondation de l’Académie royale de musique par Perrin et Cambert en 1669 : rue Jacques Callot, aux Tuileries, au Palais-Royal, Porte Saint-Martin, rue Richelieu, rue Le Peletier. Le second Empire voulait, à son tour, une salle qui fût digne de lui, et le ministre Walewski avait lancé un concours d’architecte. Contre toute attente, le 6 juin 1861, le projet du célèbre Viollet-le-Duc avait été attribué au profit d’un jeune inconnu nommé Charles Garnier.

Le voilà à trente-six ans, à la tête d’un des projets phares du Second Empire. Sans doute le classicisme de son plan cruciforme avait-il séduit le jury. Une fois son projet validé, Garnier s’était assuré la collaboration de certains des meilleurs artistes de son temps. Les travaux auraient dû s’achever cinq ans plus tard, mais en 1867 seule la façade est montrable. On n’en décide pas moins de l’inaugurer en grande pompe, provocant un scandale instantané ! L’impératrice Eugénie grimace :  » quel affreux canard, ce n’est ni du style, ce n’est ni grec ni romain. » …  » C’est du Napoléon III  » aurait répondu Garnier.

Est-ce ainsi qu’il faut résumer cet empilement de marches, d’arcades, de loggias, de colonnes ? Et cette accumulation de statues qui illustrent le savoir-faire de tous les grands artistes du moment ? : Le Drame de Falguière – Le Chant de Dubois – La Cantate de Chapu – La Musique instrumentale de Guillaume – La Poésie lyrique de Jouffroy – Le Drame lyrique de Pernaud – La Danse de Carpeaux ….

Le drame lyrique de Jean-Joseph PERRAUD
La poésie lyrique de François JOUFFROY

 

Danse – Paul BELMONDO ( original de Jean-Baptiste CARPEAUX se trouve au Musée d’Orsay)

La musique instrumentale de Eugène GUILLAUME

Avec la chute du Second Empire, l’Opéra faillit ne jamais voir le jour. Durant les terribles années de 1870- 1871, son sous-sol devint même une prison de fortune où il semblerait que l’on est torturé. Le projet était heureusement trop avancé pour qu’on l’interrompît, et l’incendie de l’Opéra le Peletier le 28 Octobre 1873 accéléra la reprise des travaux. Nous voici enfin au 5 janvier 1875 : il faut se figurer ce que fut la découverte de l’Opéra pour Mac Mahon et tous les Parisiens ! C’était alors le plus grand théâtre du monde ! Tout y semblait pittoresque : les trente colonnes de marbre du grand escalier, une scène de soixante mètre de hauteur, cinquante-cinq de largeur et vingt-cinq de profondeur.  Un bâtiment de onze mille mètre carrés et qui avait demandé quelques trente-trois kilomètres de plans !

Le palais de Charles Garnier reste à jamais le symbole de l’art lyrique : par sa poésie, son faste, sa pompe, sa douce lourdeur, ses lambris poussiéreux, ses sombres couloirs, ses allures de bordel en déclin et de maison hantée. Il est à l’opéra ce que la tour Eiffel est à Paris. Et ce n’est pas près de changer !  »Nicolas D.ESTIENNE D.ORVES ( Écrivain et journaliste français )

GARNIER GRAND ESCALIER D HONNEUR.jpg
Grand escalier – Architecte Charles GARNIER / Gravure :  Jean Joseph SULPIS – 1880
GARNIER SCENE Pierre Elie DE PIBRAC
Scène  ( Photo : Pierre Elie DE PIBRAC )
GARNIER MONUMENT
Monument à Charles GARNIER – Il est l’œuvre de l’architecte français Jean-Louis PASCAL ( qui fut son élève ) – Sculpteurs : Jean-Baptiste CARPEAUX (buste) – Gabriel THOMAS ( la Gloire et le Dessin ) – Gustave GERMAIN ( sculpture décorative ) – Août 1898 / Angle des rues Auber et Scribe à Paris

Celui qui sait …

« Celui qui sait se nourrir de petits bonheurs, qui recueille dans son cœur les petits plaisirs qu’il a éprouvés durant la journée et qui sait donner du poids à ses petites aventures, traverse facilement l’existence, et s’il n’est pas heureux, il peut croire qu’il l’est sans s’apercevoir qu’il n’en est rien. Mais celui qui ne s’intéresse qu’aux grands bonheurs, qui compte pour rien ces petits événements agréables, ces petites victoires, satisfactions, réussites, etc., qui ne cherche pas à s’en nourrir, qui n’y revient plus et qui pense que tout n’est que néant s’il n’atteint pas le but important et difficile qu’il s’était proposé, celui-là vivra toujours dans l’affliction, dans l’anxiété, sans aucune jouissance et il ne trouvera jamais qu’un malheur perpétuel à la place de son grand bonheur. Et quand il l’atteindra, il le trouvera bien inférieur à ses espérances, comme cela arrive toujours avant ce que l’on désire et recherche ardemment. » « Giacomo LEOPARDI ( Écrivain, poète, moraliste et philosophe italien – Extrait de son livre Zibaldone)