Les gens me disent …

 » Les gens me disent souvent que mes livres sont très visuels, qu’on « voit » très bien ce que je raconte. Il y a une raison à ça avant d’être écrivain, j’étais dessinateur de bande dessinée. Et moi, pour raconter une scène, il faut que je la visualise. On associe souvent cette écriture au cinéma. Alors qu’il faudrait plus la rapprocher de la bande dessinée. D’ailleurs, quand je bloque pour raconter une scène, je la griffonne sur un bout de papier. Et une fois que je regarde le dessin, j’arrive à raconter la scène. La plupart des écrivains sont beaucoup plus intellectuels, beaucoup plus axés sur la psychologie de leurs personnages. Ils ont bien le droit. Mais moi, la psychologie, ça me casse les couilles. Je n’en ai rien à foutre. J’ai juste envie de raconter des histoires. Et qu’elles soient imagées. Je me sens bien quand j’écris. Il parait qu’on est qu’une vingtaine d’écrivains qui pourraient bien vivre que de ça, j’ai la chance de vivre en racontant des histoires aux gens, c’est un pied total ! Le matin on se lève quand on veut ( écrivain y a pas de réveil ) je travaille au rythme que je veux, je fais strictement ce que je veux, personne ne me donne d’ordre et j’en vis très bien. » Jean TEULÉ (Écrivain français , romancier, dessinateur et auteur de bandes dessinées. )

Jean TEULÉ 1953/ 18 Octobre 2022

 » Femme s’habillant  » ou  » La jeune fille mettant son bas  » … Berthe MORISOT

« Femme s’habillant  » ou  » Jeune fille mettant son bas  » 1880 env. Berthe MORISOT

 » Ce tableau a été exposé avec des titres très variables : Femme s’habillant en 1896, en 1907 et en 1929, puis Femme à sa toilette à partir de 1941, avant d’avoir depuis 1957 le titre plus précis de La jeune fille mettant son bas. Le critique de L’Estafette, resté anonyme, rend à Berthe Morisot, en 1896, un hommage si perspicace que son auteur mériterait d’être connu pour la justesse de son propos :  » Cet ensemble nous transporte en plein dix-huitième siècle, par l’élégance du dessin, la clarté et la fraîcheur du coloris. La pureté des lignes, l’aisance, la simplicité et la vérité des expressions, des attitudes, charment tout d’abord en ces colorations argentines, tendrement bleutées, vertes ou rosées. Une harmonie poétique s’en dégage. On se croirait à une fête de fleurs, de jolis visages, de paysages fraîchement épanouis. La grâce se même aux yeux de lumière, à la vision personnelle de l’artiste qui traduit si sûrement, si délicatement, et avec vigueur, l’émotion de son esprit, le charme offert à ses yeux. Un frisson de vie parcours ces portraits de femmes et de fillettes dont Mme Morisot sait rendre la grâce des formes, des physionomies. Et quelle vérité dans les poses, en ces scènes d’intérieur baigné de lumière brillante, tamisée ! Quel charme en ces visages de jeunes filles traduites dans des différentes occupations du jour en une tendresse d’expression de bonheur, de rêverie, d’attente…  » Ces dernières lignes s’appliquent particulièrement bien à cette œuvre.

Dans sa chambre, une jeune femme, après avoir achevé sa toilette et brossé ses cheveux, s’habille. Elle a déjà revêtu un déshabillé blanc, dont l’épaulette droite est tombée sur le bras. Sa femme de chambre n’est donc pas encore venue l’aider pour fermer les derniers boutons ou fixer l’agrafe dans son dos. Elle s’est assise sur une chaise haute pour enfiler son bas gauche. Avant de passer sa robe, elle a déjà enfilé ses mocassins beiges à talon et boucle. Sa coiffure n’est pas encore totalement terminée : la frange sur le front est déjà faite, un cerceau assorti à ses mocassins est posé sur sa tête, mais elle doit sans doute encore faire un chignon ou brosser ses longs cheveux.

Derrière elle, à sa droite, un grand fauteuil tapissé du même motif que les canapés vus dans plusieurs de ses autres toiles, sur lequel est posé un vêtement aux tons roses (sans doute un chemisier) et la psyché précédemment utilisée pour sa toilette ou pour ajuster un vêtement. Un tapis à fond blanc, motifs géométriques et bordure rouge, donne un sentiment de confort et de chaleur à cette pièce.

Traduisant le raffinement du décor et le goût de la maîtresse de maison pour les fleurs, à droite près de la fenêtre, dans une grande vasque en faïence, a été planté un arbuste dont les premières feuilles et les premiers boutons n’ont pas encore poussé, ce qui suggère que l’on est encore à la fin de l’hiver. Comme dans plusieurs autres œuvres de l’artiste, cette vasque est coupée sur le bord de la toile. Au fond, à droite, les voilages laissent passer les premiers rayons du soleil et la lumière permettent d’apercevoir le balcon de la chambre, qui offre une ouverture à la composition de l’œuvre.

Le tableau est composé d’une série de subtiles harmonies de blancs, entre celui du déshabillé, celui, lumineux et transparent, du voilage de la fenêtre, celui, plus sombre, du fond du tapis, et, en arrière gauche, celui plus argenté du reflet du miroir de la psyché.

Octave Bienne, un ami de Mallarmé, dans un très bel article d’hommage publié à l’occasion de la rétrospective posthume de Berthe Morisot, relève :  » dans pareil ensemble, nous voudrions, au contraire, faire sentir l’unité des œuvres prises isolément. Mais voyez ces souples et jeunes corps de femmes et de fillettes, comme ils sont, aussi, représentés dans le charme inattendu d’un mouvement, d’une pose instantanément surprise, d’une attitude de vie intime et vraie, et toujours harmonieuse. »

En effet, c’est bien une attitude autant qu’un univers que Berthe Morisot a voulu représenter dans cette toile. La femme assise en déshabillé est le même modèle avec la même pose et presque les mêmes gestes que celui de Jeune femme remettant son patin. Dans ce dernier tableau, la femme aussi chaudement qu’élégamment vêtue se prépare à faire du patin sur la glace du lac du bois de Boulogne. Parmi ses amis impressionnistes, Degas a souvent repris la même position d’un personnage, d’une œuvre à l’autre, il s’agit alors de variations sur la lumière ou plus souvent encore sur la couleur.  » Hugues WILHELM (Historien de l’art, commissaire scientifique d’expositions)

 » Femme remettant son patin  » Berthe MORISOT

L’automne est l’époque …

 » L’automne est l’époque où la nature me parle le plus clairement. La chaleur étouffante de la fin de l’été est heureusement évacuée par de l’air plus frais pendant la nuit. Respirer est soudain plus facile. Je veux m’attarder longtemps, entendre chaque son, regarder aussi loin que je peux voir. La nature est en mouvement … Le bruissement des feuilles qui tournent, les feuilles qui tombent et les mystérieux gazouillis des oiseaux migrateurs qui s’envolent, au clair de lune, vers des endroits lointains, font courir mon cœur.  » Joseph Drew LANHAM (Auteur, poète et biologiste de la faune, américain- Extrait de son livre The home place-Mémoires d’une affaire d’amour d’un homme de couleur avec la nature) )