J’ai un gros rhume …

  » J’ai un gros rhume,
Et tout le monde sait comme les gros rhumes
Altèrent le système de l’univers.
Ils nous fâchent avec la vie,
Et nous font éternuer jusqu’à la métaphysique.

J’ai perdu la journée entière à me moucher.
J’ai mal confusément à tout mon crâne.
Triste condition d’un poète mineur !
Aujourd’hui je suis vraiment un poète mineur !
Ce que je fus autrefois ne fut qu’un désir : il s’en est allé.

 Adieu à jamais, reine des fées !
Tes ailes étaient de soleil, et moi ici-bas je m’en vais doucement.
Je ne me sentirai pas bien tant que je ne me verrai pas au fond de mon lit.
Je ne me suis jamais senti bien autrement que couché dans l’univers.

 Excusez un peu … le bon gros rhume bien physique !
J’ai besoin de vérité et d’aspirine.  » Fernando PESSOA (Poète et écrivain portugais-Extrait de son recueil Anthologie essentielle)

Le bibliophile …

 » Il n’est pas toujours facile de pénétrer dans l’âme d’un bibliophile, de démêler les raisons pour lesquelles il convoite un livre, en dédaigne un autre. Le bibliophile est un être fort, subtil, et beaucoup moins fou que le public ne le croit. Fini le temps où on pouvait encore se le représenter sous les traits dessinés par la Bruyère, enfermé dans sa tannerie en couvant d’un œil jaloux des livres magnifiquement reliés et qu’il n’ouvrait jamais. Le bibliophile contemporain doit être un homme de goût, avoir des lettres et savoir se décider autant pour des motifs littéraires que pour des motifs matériels ou de pure curiosité. Il doit suivre la mode, nécessairement, mais avec prudence et ne pas craindre de dédaigner ce qu’elle prône sans raisons valables, de rechercher ce qu’elle néglige. Elle doit avoir l’esprit critique ( ce qui a trop manqué à beaucoup de ses prédécesseurs), ne pas moins se connaître en littérature qu’en papiers et en parfaits tirages. Son affaire est de conserver intacts des livres dont le texte offre une valeur certaine, de les conserver avec toute la fraîche apparence qu’ils eurent à leur apparition. C’est de là que vient l’extrême importance qu’ils attachent à leur couverture, et vraiment il faut être un barbare pour se moquer d’un tel souci, car la couverture est une peau et jamais écorché ne fut plus séduisant. C’est grâce aux bibliophiles que l’on saura un jour comment étaient faits nos livres, quelle était leur beauté extérieure, car, seuls, ils exigent des papiers durables et seul il savent les vêtir avec soin. Tous les écrivains doivent aimer les bibliophiles.  » Rémy DE GOURMONT ( Extrait de son livre Petits crayons)

 » Le bibliophile  » de Adolphe-Charles-Édouard_STEINHEIL