Le dernier papillon …

 » Quand ne chante plus le grillon
Et qu’on est avant dans l’automne,
Quelque matin gris l’on s’étonne
De voir un dernier papillon.

Plus d’or, d’azur, de vermillon ;
Son coloris est monotone ;
La cendre dont il se festonne
Se mêle au sable du sillon.

D’où vient-il ?… et par quelle porte ?…
Est-ce, parmi la feuille morte,
Le seul des papillons vivants ?

Ou, parmi la neige vivante,
La petite ombre transparente
D’un papillon mort au printemps ? Rosemonde GÉRARD-ROSTAND (Poétesse française – Extrait de son recueil Les pipeaux)

Les mots ne seraient d’aucun prix …

 » Les mots ne seraient d’aucun prix s’ils se résignaient à nommer ou décrire ce qui est, au lieu de se précipiter vers ce qui n’est pas. Leur aveuglement convient à l’irréductible rêveur que je suis. Ils ont leur manière propre de dissiper le mystère en l’aggravant et de ne rien me donner à voir dont ils n’avaient, tout d’abord, déformé les traits. Je sais leurs tromperies et m’y suis résigné. Je ne compte plus m’approprier ce que je nomme : il me suffit d’esquiver le geste de le toucher des mains. Ne fût-ce que pour en aviver la douleur. Je concède au langage le soin de courtiser l’impossible. Jamais l’écriture n’est trop riche de désirs ni de mensonges pour qui fait de ses masques un visage tragique. Sachant sa vanité, il n’y renonce point mais la cultive comme un poison. Dès lors, rien ne l’obsède davantage que cette duplicité à quoi il reconnaît qu’il est en passe de devenir un homme. » Jean-Michel MAULPOIX (Écrivain, poète français et critique littéraire-Extrait de son ouvrage/recueil Une histoire de bleu/1992)

Jean-Michel MAULPOIX