Ière exposition surprise pour Brad PITT …

On connaissait Brad Pitt, 58 ans, star hollywodienne, talentueux acteur, on savait qu’il était un passionné d’art contemporain et d’architecture, n’hésitant pas à dépenser beaucoup pour l’obtention d’une table très design, d’un tapis ou de chaises, possédant une collection d’art estimée à plusieurs millions de dollars avec notamment des pièces de street-art de Bansky, et voilà qu’il nous offre une autre facette de lui en cet automne 2022 : sculpteur autodidacte ! On apprend qu’il a débuté par de la poterie après son divorce douloureux avec Angelina Jolie. Il y passait jusqu’à 15 heures par jour !

C’est au Musée Hilden, dans la métropole de Tampere en Finlande, qu’il a présenté (et ce jusqu’au 15.1.2023) neuf de ses œuvres en plâtre, bronze, bois et silicone. De base c’est une exposition consacrée au sculpteur britannique Thomas Houseago. Ce dernier a tenu à y associer le travail de deux de ses amis, l’acteur et le musicien australien (céramiste à ses heures) Nick Cave.

Sur la photo : Nick CAVE – Thomas HOUSEAGO & Brad PITT

Pour réaliser ses œuvres assez impressionnantes il faut bien le dire, Brad Pitt a étudié et travaillé auprès du célèbre architecte canadien Frank Gehry avec lequel, d’ailleurs, il a obtenu en 2016 le National Design Award pour un projet commun d’habitations destinées aux populations qui ont été frappées par l’Ouragan Katrina (Floride 2005)

Les sculptures , assez teintées de violence pour certaine avec des balles de différents calibres , des révolvers prêts à tirer, ou un cercueil de bronze d’où sortent pieds, bras et visages, représentent pour Brad Pitt une sorte d’analyse approfondie de son moi intérieur, une auto-réflexion qu’il explique ainsi :  » Mes œuvres sont nées d’une volonté de m’emparer de ce que j’appelle un inventaire radical de moi-même, Une manière d’être brutalement honnête avec moi-même et prendre en compte ceux que j’ai pu blesser ou des moments où j’ai fait fausse route, savoir où je me suis trompé dans mes relations où j’ai fait des faux pas »

La plus ancienne de ses pièces a été réalisée en 2017. Il s’agit d’une petite maison de bois (House a go go) faite en écorces d’arbres maintenues par du ruban adhésif.

Je vous propose d’en découvrir quelques-unes :

Les couleurs dansent …

 » Les couleurs dansent jusqu’au noir
dans la lumière
à un signe de l’air
elles se jettent aveugles de tous côtés
dans le vertige éblouissant
elles dansent jusqu’au noir
les ombres saignent
soudain
une couleur passe
les autres rentrent en-dessous
comme des pas étouffés dans les tapis de lumière
puis reprennent
la danse jusqu’au noir
derrière les couleurs
guette la lumière. » Mariena BRAESTER (Poète israélienne contemporaine-Extrait de son recueil Caractères/2009)

Illustration Sylvie MAGNIN

Histoire d’un ballet : SPARTACUS …

(Vidéo : Ivan VASSILIEV dans le rôle principal)

Ce personnage légendaire, né près de Silare en Trace, sera à l’origine de grandes inspirations que ce soit dans le monde littéraire historique avec, notamment, le roman de Raffaello Giovagnoli, publié en 1873, qui aura un énorme succès et intéressera le cinéma en 1960 pour un film réalisé par Stanley Kubrick avec Kirk Douglas, mais aussi le monde de la danse.

Spartacus est un ballet qui a une grande importance en Russie. Il représente le symbole du sentiment populaire pour la cause bolchévique . Il reste le ballet dit de référence expliqué de la façon suivante : la horde romaine (comprendre tsariste) est une cruelle machine de guerre menée par le vaniteux Crassus, et Spartacus est le type même du héros, capable de faire se soulever, avec lui, ses camarades esclaves (comprendre les bolchéviques).

C’est un ballet d’action, épique, une grande fresque chorégraphique dans la lignée du grand ballet soviétique lyrique qui peut aller jusqu’au pompeux quand cela est nécessaire, mais qui peut être, en même temps, plein de verve, de passion, transcendant le caractère dramatique de l’œuvre.

La musique fut confiée à Aram Khachaturian (ou Khatchatourian) , inspirée à la fois du genre peplum cinématographique de l’époque, mais empreint aussi de la fantaisie slave avec des thèmes d’une grande beauté lyrique. Cette partition recevra le Prix Lénine.

Elle fut composée entre 1954 et 1957. Elle est franchement passionnante, de bout en bout, parce que le flot est sans cesse renouvelé, les contrastes très inventifs, surprenants, l’orchestration audacieuse, flamboyante, intense, riche émotionnellement parlant. Elle laisse une impression de plénitude. La rythmique est tour à tour endiablée, romantiquement et glorieusement lyrique.

C’est une musique redoutable, pleine d’ampleur, avec des mélodies sublimes, teintée de thèmes populaires arméniens mais dans laquelle il a également intégré des éléments de la tradition russe se référant à Rimsky-Korsakov, Borodine ou Tchaïkovsky. Son adagio est vraiment de toute beauté !

Il y a eu différentes versions chorégraphiques, mais le vrai grand succès de ce ballet viendra de Youri Grigorovitch au Bolchoï en 1968. Ce chorégraphe fut un danseur formé à l’École de danse de Saint Pétersbourg, puis 15 ans soliste au Bolchoï avant d’être nommé maître de ballet en 1962, et directeur de la danse deux ans plus tard. Il y restera jusqu’en 1995 et amènera la compagnie à l’excellence qu’on lui connait aujourd’hui.

Sa production fut assez vaste. Il a beaucoup aimé reprendre les grands classiques et ce en y apportant sa petite touche personnelle, sa marque de fabrique à savoir : beaucoup de cohérence, une pantomime soignée, précise, des pas très stylés  » à la russe  » . Sa grande spécialité fut le ballet narratif dans lequel il a énormément attaché d’importance à la psychologie des personnages. Ses héros furent souvent déchirés entre passion amoureuse et passion politique (Spartacus, Ivan le Terrible, Angara etc…) , et ses chorégraphies servies par des grands interprètes tels que Vassiliev, Lavrorsky, ou Natalia Bessmernova sa muse et épouse.

Il a fondé en 1997 le Prix Noureev en Russie et a très longtemps présidé le célèbre concours de danse  » Le Benois de la danse  » .

Fasciné par l’histoire de l’Antiquité romaine, notamment celle de Spartacus, ayant lu et fortement apprécié le roman de Giovagnoli qui avait eu beaucoup de succès en Russie, il a décidé, un jour, d’en faire un ballet sur la musique de Aram Kachaturian.

Sa version est, sans nul doute possible, celle qui est non seulement appréciée du public russe, mais dont le succès a largement dépassé les frontières de son pays. Un an après sa création au Bolchoï en 1968, il était ovationné à Londres, à la Scala de Milan, à Rome et bien d’autres encore.

C’est une chorégraphie d’une grande efficacité dramatique, bien construite, spectaculaire, avec une dramaturgie efficace. Il a vu son héros comme un idéaliste, un martyre révolté, soutenu dans la lutte par la vertueuse Phrygia. Bien qu’écrasé et humilié par Crassius, un veule, un vaniteux décadent qui a une maîtresse amorale, Spartacus va faire preuve d’une grande force physique pour s’élever et redonner force à ces compagnons.

Grigorovitch a alterné les scènes d’ensembles ( armée, foule, combats) avec des adages magnifiques (amour, sensualité, émotion). C’est un ballet reconnu comme difficile d’interprétation, exigeant, virtuose, qui demande de grandes qualités physiques. Les variations sont expressives, assez acrobatiques. Le tout offre également des grands moments pleins de tendresse et d’émotion.

Il y a trois actes et douze tableaux. Le niveau de la danse est élevé, le style puissant, une fusion sublime entre le classique et le contemporain C’est un voyage dans l’histoire-

(Vidéo : Irek Mukhamedov et Ludmilla Semenyaka sur l’Adagio de Khachaturian)