Au lecteur …

 » Quand je vous livre mon poème,
Mon cœur ne le reconnaît plus :
Le meilleur demeure en moi-même,
Mes vrais vers ne seront pas lus.

Comme autour des fleurs obsédées
Palpitent les papillons blancs,
Autour de mes chères idées
Se pressent de beaux vers tremblants ;

Aussitôt que ma main les touche
Je les vois fuir et voltiger,
N’y laissant que le fard léger
De leur aile frêle et farouche.


Je ne sais pas m’emparer d’eux
Sans effacer leur éclat tendre,
Ni, sans les tuer, les étendre,
Une épingle au cœur, deux à deux.

Ainsi nos âmes restent pleines
De vers sentis mais ignorés ;
Vous ne voyez pas ces phalènes,
Mais nos doigts qu’ils ont colorés. « Sully PRUDHOMME (Poète français – Extrait du livre Œuvres de Sully Prudhomme – Alphonse LEMMERRE / Poésie – 1865/66)

Sully PRUDHOMME 1839/1907 – Tableau de Paul CHABAS

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