ELIZABETH II …

« Nous savons que la récompense est la paix sur terre, la bonne volonté envers les hommes, mais nous ne pouvons pas la gagner sans détermination et effort concerté … Il existe de nombreux problèmes graves et menaçants dans le monde, mais il ne seront jamais résolus tant qu’il n’y aura pas la paix dans nos foyers et dans nos cœurs … Nous pouvons avoir des points de vue différents, mais c’est en période de stress et de difficulté que nous devons le plus nous rappeler que nous avons beaucoup plus en commun que ce qui nous divise … «  Elizabeth II, reine d’Angleterre – 

Elizabeth II (1926/2022)

La reine Elizabeth II est décédée hier à l’âge de 96 ans à Balmoral, cette résidence privée familiale, située en Écosse, où elle aimait venir passer l’été , une propriété acquise autrefois par le prince Albert, époux de la reine Victoria. Elizabeth II laisse derrière elle 70 ans de règne (6.2.1952/8.9.2022) , portée, durant toutes ces années, par l’amour inconditionnel des britanniques.

J’ai choisi de lui rendre hommage sur ce blog au travers d’un article que le journaliste Marc FOURNY a écrit, en avril 2022, sur elle et ses fameux chapeaux. Sa majesté fut toujours très élégante, et ses célèbres couvre-chefs audacieux, iconiques, accessoires importants du soft-power britannique , toujours assortis à sa tenue et à un évènement précis , restent dans toutes les mémoires. 

 » Les fameux bibis d’Elizabeth II méritaient un coup de chapeau : des plus discrets, comme celui qu’elle porta dès l’âge de sept ans au côté de son grand-père George V, au plus audacieux, à l’image de ce chapeau spaghetti composé d’une multitude de petits rubans jaunes découpés dans une pièce d’organza, que la reine arbora lors de sa visite officielle à Berlin en 1965. Une belle touche d’optimisme au cœur du rideau de fer.

Chapeau or manteau canari, Elizabeth II avait réussi son coup de com habituel. A défaut de pouvoir exprimer ses opinions, imposer son pouvoir par une image frappante qui fera le tour des médias.  » Il nous faut être vue pour exister  » a t-elle l’habitude de répéter. Lors de l’investiture de son fils Charles en prince de Galles, en 1969, elle marque les esprits en osant une coiffe d’inspiration Tudor, lointain écho à l’histoire de la couronne. Quand elle évoque son annus horribilis , en 1992, elle porte, cette fois, un chapeau breton en velours vert qui parait si sombre que la souveraine semble en deuil. Et pour sa première visite en République d’Irlande, en 2011, elle s’affiche en vert jade de la tête aux pieds, en hommage au pays et à la paix retrouvée.

Ces bibis sont tellement scrutés de près qu’on frôle parfois l’incident politique. Ainsi, en juin 2017, en pleine crise du Brexit, la reine provoque une véritable polémique en ouvrant la session parlementaire avec un couvre-chef bleu constellé de fleurs jaunes qui rappellent curieusement les étoiles européennes. Elisabeth II vient-elle de révéler, de façon subliminale, le fond de sa pensée ? Angela Kelly, l’habilleuse de la souveraine, a nié tout message politique révélant un pur hasard créatif. Mais le chapeau a été modifié par la suite avec un gros nœud rassurant à la place des perles jaunes.

Depuis la fin des années 1940, une véritable armada de modistes s’est occupée des couvre-chefs royaux. Impossible pour la reine de sortir tête nue, question de rang et d’habitude, héritée de l’avant-guerre où les femmes sortaient chapeautées. Les bibis de la reine doivent répondre à plusieurs impératifs très stricts : permettre à sa majesté d’être repérée de loin, d’où les couleurs vives associées à sa tenues. Être ni trop hauts, ni trop larges, pour ne pas la gêner dans sa voiture, et surtout ne pas cacher son visage, tout en évitant, autant que possible, de frôler le ridicule, cela va sans dire.

Dernière consigne : limiter le gaspillage en recyclant autant que possible ses vêtements, qui ont une espérance de vie, d’environ vingt-cinq ans. Chez les Windsor on ne badine pas avec les petites économies. « Après deux ou trois sorties, une pièce sera devenue familière aux médias et au public » explique son habilleuse Angela Kelly,  » alors nous cherchons soit des moyens de la modifier, soit elle deviendra quelque chose qui se porte en privé à Balmoral ou à Sandringham « .

Les habillages se font toujours sous l’autorité de l’habilleuse de la souveraine, chargée de sa garde-robe, qui juge de l’effet souhaité et de l’harmonie d’ensemble avec la tenue principale. Dans ses moments privés, la reine se montre peu difficile.  » Elle est la cliente la plus agréable que j’ai jamais connue  » reconnait la modiste Marie O’Regan, une Française venue s’installer à Londres, « et j’ai vu beaucoup de femmes venir commander des chapeaux et être très difficiles. C’est une personne avec qui j’aurais pu être amie. Pendant les essayages, elle adorait imiter son accent français. « . Il est vrai qu’Elisabeth II est une adepte des imitations de toute sorte.

Le reine d’Angleterre n’a rien d’une fashion victim : elle impose son style en évitant les impairs majeurs, mais préfère les tenues intemporelles. Pas question pour elle de devenir un porte-manteau commercial, au service des grandes marques. Mais ses chapeaux n’ont pu éviter les diktats des podiums ou de nouvelles consciences citoyennes. Exit l’utilisation de la fourrure depuis trois ans, ainsi que les plumes de certaines espèces d’oiseaux menacées.

Et si Elizabeth II se montrait autrefois audacieuse avec ses bérets, ses turbans, ses chapeaux à pétales ou ses pillbox en velours, elle a pris l’habitude, l’âge aidant, de porter un type de chapeau hybride entre la cloche et le canotier, qui vient parfaitement s’ajuster sur son impeccable mise en plis. Une image désormais éternelle, aussi célèbre que celle de Napoléon avec son bicorne noir. Tant il est vrai comme l’affirme l’historien Robert Lacey, que le chapeau royal reste un substitut à la couronne. » – Marc FOURNY (Journaliste français)