La Petite Châtelaine à la natte courbe … Camille CLAUDEL

« La Petite Fille de l’Islette, du nom du château de la Loire où Camille cacha sa grossesse, lui apparut comme l’enfant que le destin ne lui permettait pas de connaitre. Le modèle, petite-fille de Mme Courcelles qui recevait dans son château des hôtes payants, s’appelait Marguerite Boyer. Elle était âgée de six ans en 1892, et posa soixante-deux séances pendant deux étés.

D’une fillette potelée et enjouée, Camille fit cette face ardente d’enfant fiévreux, les yeux dilatés par l’inquiétude. Le modelé heurté, les épaules inégales, le menton anguleux, la bouche respirante, les tempes émaciées, tout converge vers ces grands yeux brûlants et interrogateurs qui scrutent avec ferveur le mystère du monde. Chaque variante accentue la fragilité de la fillette, couronnée d’un diadème aux lourdes torsades de serpents, familières aux héroïnes claudéliennes.

 » La Petite Châtelaine à la natte courbe  » 1893 Plâtre – Camille CLAUDEL Cette sculpture qui fait désormais partie de la Reine-Marie Paris Collection, a été présentée au public, pour la première fois , lors de l’exposition « Collections privées-Un voyage des impressionnismes aux fauves » proposée par le Musée Marmottan-Monet (2018/2019) : https://pointespalettespartition.wordpress.com/2018/10/18/collections-privees-un-voyage-des-impressionnistes-aux-fauves/

Sans ostentation, sans accessoire littéraire ou mythologique, sans fioritures décadentes, dans la sobriété du grand art classique, Camille créée pour la première fois l’image intérieure de l’enfance, l’âge de la tendresse et de la gravité. Loin des fades représentations de l’enfance que nous a laissées le XIXe siècle qui n’a su y voir que le temps des jeux, des sourires, des caresses, Camille Claudel proclame, avec une énergie presque inquiétante, que l’enfance est aussi de le temps de l’angoisse devant l’inconnu, des rêves noirs, des mythes terrifiants véhiculés par les contes.

Que Debussy ait adoré cette œuvre est un signe. Il émane de ce visage le même douloureux et affectueux questionnement de l’être, le même désespoir amical, la même pitié rayonnante que dans Pelléas et Mélisande.

Ce plâtre fut un cadeau personnel de Paul Claudel pour le mariage de Suzanne Merklen, dont la mère Marie-Élisabeth Claudel, était la cousine germaine des Claudel et la marraine de Paul.  » Reine-Marie PARIS (Historienne de l’art)










Mon piano … par Franz LISZT

 » Mon piano, c’est pour moi ce qu’est au marin sa frégate, ce qu’est à l’Arabe son coursier, plus encore peut-être, car mon piano, jusqu’ici, c’est moi, c’est ma parole, c’est ma vie ; c’est le dépositaire intime de tout ce qui s’est agité dans mon cerveau aux jours les plus brûlants de ma jeunesse ; c’est là qu’ont été tous mes désirs, tous mes rêves, toutes mes joies et toutes mes douleurs. Ses cordes ont frémi sous toutes mes passions, ses touches dociles ont obéi à tous mes caprices. Il tient, à mes yeux, le premier rang, dans la hiérarchie des instruments ; il est le plus généralement cultivé, le plus populaire de tous ; cette importance et cette popularité, il les doit en partie, à la puissance harmonique qu’il possède exclusivement ; et, par suite de cette puissance, à la faculté de résumer et de concentrer en lui l’art tout entier. Me parler d’envisager de délaisser mon piano, c’est envisagé un jour de grande tristesse. Dans l’espace de sept octaves, il embrasse toute l’étendue d’un orchestre, il est un orchestre à lui tout seul et les doigts d’un seul homme suffisent pour rendre les harmonies parfaites produites par cent instruments. Jamais je ne pourrai le délaisser pour le retentissant succès d’un orchestre . » Franz LISZT (Pianiste virtuose, transcripteur et compositeur hongrois)

Franz LISZT 1811/1886

Les deux Légendes de Franz LISZT …

De 1862 à 1866, Liszt a séjourné dans le couvent des Dominicains de la Madona del Rosario sur le Monte Mario près de Rome. Il avait choisi d’y faire une sorte de retraite. Une chambre lui avait été réservée et un piano fut mis à sa disposition.

C’est là qu’il a composé, entre 1862 et 1863, ses deux légendes : Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux et Saint François de Paule marchant sur les flots. Il faut savoir que ce sont deux saints dont il se sentait très proches. Le deuxième étant son Saint. De nombreuses gravures ou tableaux le représentant étaient, d’ailleurs, accrochées dans ses différentes maisons notamment dans le cabinet bleu de l’Altenburg à Weimar.

Il a souvent affirmé  que ces deux pièces étaient imprégnées à la fois de franciscain et de tzigane : franciscain probablement parce qu’il avait rejoint en 1858 la Fraternité du Tiers Ordre franciscain de Budapest , et tzigane parce que cette musique était chère à son cœur depuis son enfance.

Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux 

giotto di bondone
 » Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux  » par GIOTTO DI BONDONE

Il y avait de nombreux oiseaux qui volaient et gazouillaient autour de sa chambre et cela lui rappelait l’épisode de Saint François, l’effet de la puissance divine sur des oiseaux innocents. Ce dialogue harmonieux va se traduire musicalement par une grande virtuosité mais en même temps beaucoup de délicatesse. C’est une pièce très lumineuse et aérienne.

( Vidéo : un merveilleux Lisztien : Leslie HOWARD au piano )

Saint François de Paule marchant sur les flots

ST FRANCOIS DE PAUL MARCHANT SUR LES FLOTS Noël-Nicolas Coypel
 » Saint François de Paule marchant sur les flots  » par Nicolas COYPEL

Liszt fait référence au passage où, dans le Nouveau Testament, Jésus marche sur l’eau. Celui qui croit doit pouvoir, comme l’apôtre Pierre, le rejoindre en marchant lui aussi sur les flots.

C’est une pièce qui va être traitée avec plus de romantisme que la première. Le climat n’est absolument pas le même, elle est nettement plus tumultueuse, houleuse, lyrique, grave et ne manque pas, malgré tout, d’une certaine sérénité. Il traduit l’homme volontaire, farouche, solide qui marche sur l’eau.

( Vidéo : toujours Leslie HOWARD au piano. Il reste pour moi une véritable référence lisztienne)

Fantômes …

 » Hélas ! que j’en ai vu mourir de jeunes filles !
C’est le destin. Il faut une proie au trépas.
Il faut que l’herbe tombe au tranchant des faucilles ;
Il faut que dans le bal les folâtres quadrilles
Foulent des roses sous leurs pas…

…Quoi, mortes ! quoi, déjà, sous la pierre couchées !
Quoi ! tant d’êtres charmants sans regard et sans voix !
Tant de flambeaux éteints ! tant de fleurs arrachées !…
Oh ! laissez-moi fouler les feuilles desséchées,
Et m’égarer au fond des bois !

Deux fantômes ! c’est là, quand je rêve dans l’ombre,
Qu’ils viennent tour à tour m’entendre et me parler.
Un jour douteux me montre et me cache leur nombre.
A travers les rameaux et le feuillage sombre
Je vois leurs yeux étinceler.

Mon âme est une sœur pour ces ombres si belles.
La vie et le tombeau pour nous n’ont plus de loi.
Tantôt j’aide leurs pas, tantôt je prends leurs ailes.
Vision ineffable où je suis mort comme elles,
Elles, vivantes comme moi !

Elles prêtent leur forme à toutes mes pensées.
Je les vois ! je les vois ! Elles me disent : Viens !
Puis autour d’un tombeau dansent entrelacées ;
Puis s’en vont lentement, par degrés éclipsées.
Alors je songe et me souviens..  » Victor HUGO (Poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français,  Extrait de son recueil Les Orientales/1829)

Lire, écrire et ordinateur …

Extraits du livre rédigé en commun par Umberto ECO ( Romancier italien, médiéviste, sémioticien, philosophe et critique littéraire), et Jean-Claude CARRIÉRE (Écrivain, dramaturge, parolier, metteur en scène, acteur et scénariste français) : «  »N’espérez pas vous débarrassez des livres »

 » Avec internet, nous sommes revenus à l’ère alphabétique. Si jamais nous avions cru être entrés dans la civilisation des images, voilà que l’ordinateur nous réintroduit dans la galaxie de Gutenberg et où le monde se trouve désormais obligé de lire. Pour lire un faut un support. Ce support ne peut être le seul ordinateur. Passez deux heures sur votre ordinateur à lire un roman et vos yeux deviennent des balles de tennis … L’ordinateur dépend de la présence de l’électricité. Le livre se présente donc comme un outil flexible. Les variations autour de l’objet livre n’en ont pas modifié la fonction, ni la syntaxe depuis plus de 500 ans. Le livre est comme la cuillère, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux … Peut-être évoluera t-il dans ses composantes, peut-être que ses pages ne seront plus en papier. Mais il demeurera ce qu’il est . » Umberto ECO

 » Nous n’avons jamais eu autant besoin de lire et d’écrire que de nos jours. Nous ne pouvons pas nous servir d’un ordinateur si nous ne savons pas écrire et lire. Et même de façon plus complexe qu’autrefois car nous avons intégrés de nouveaux signes, de nouvelles clés. Notre alphabet s’est élargi. Il est de plus en plus difficile d’apprendre à lire. Nous connaitrions un retour à l’oralité si nos ordinateurs pouvaient transcrire directement ce que nous disons. Mais cela pose une autre question :  » Peut-on s’exprimer si on ne sait ni lire ni écrire ?  » Jean-Claude CARRIÉRE

A gauche : Umberto ECO ( 1932/2016) – A droite Jean-Claude CARRIÉRE (1931/2021)

Petits chats, petits rats …

 » Petits chats, petits rats avec nos frêles os
Nous allions à l’école de danse
À la barre de chêne se pliaient les roseaux
De nos corps amoureux de cadences
La danse est une cage où l’on apprend l’oiseau
Nous allions à l’école de danse

Face à la grande glace, petits canards patauds
Nous vivions pour le bonheur insigne
De voir nos blancs tutus reflétés par les eaux
Du lac noir où meurt la  » Mort du Cygne « 
La danse est une étoile, qu’elle est loin, qu’elle est haut
Sur les pointes on lui faisait des signes

Dans un coin du studio, le piano convolait

Hardiment vers des prouesses russes
Et le plancher des vaches de son mieux décollait
Sous nos pieds ivres de sauts de puces
La danse est une bête, la sueur est son lait
Le désir, sa coutume et ses us

Alors, chacun les bras en chœur, corps à couteaux tirés,
Se tendait vers la ligne suprême,
Vers les extrémités d’un ciel, d’un soleil délivré
De la nuit et de ses théorèmes
La danse est un espace où les ronds sont carrés
Où le temps, ô miracle, nous aime…

Sur des rythmes d’Astaire, des tambours brésiliens
Elle danse, la Danse, elle danse

Pas par pas, bond par bond, elle brise les liens
De nos poids épris de transcendance
Paysanne est la danse, le cosmos est son grain
En sabots de satin, le balance !

Petits chats, petits rats avec nos frêles os
Nous allions à l’école de danse
À la barre de chêne se pliaient les roseaux
De nos corps amoureux de cadences
La danse est une cage où l’on apprend l’oiseau
Nous allions à l’école de danse. » Claude NOUGARO (Auteur-compositeur-interprète français)

Portrait d’une danseuse : Melle GUIMARD …


Une petite chanson disait d’elle :  » De bas en haut, de haut en bas, Madeleine est charmante. Ses jolis pieds, ses jolis bras, en elle tout m’enchante ...  »

«  Elle ne faisait que des pas simples mais avec des mouvements si gracieux que le public la préférait à n’importe quelle autre danseuse. » Elisabeth VIGÉE-LEBRUN

GUIMARD Marie Madeleine Sculpture
 » Buste de La Guimard  » – 1779 – Gaétan MERCHI ( Bibliothèque-musée Opéra de Paris)

Marie, Madeleine Guimard, fut une danseuse célèbre de l’Opéra de Paris. Il ne reste plus grand chose en portraits d’elle si ce n’est le buste de Gaétan Merchi, quelques lithographies, lavis, et tableaux. Elle a été très célèbre, non pas qu’elle fut excellente dans son domaine, bien que dotée malgré tout d’une danse assez mesurée, élégante, gracieuse, légère, harmonieuse et expressive, mais elle eut une vie privée qui n’a pas manqué d’alimenter copieusement les potins de l’époque, notamment le choix de ses fréquentations, le nombre de ses amants, et son train de vie excessif, ce qui a quasiment éclipsé ce que l’on pouvait avoir à dire sur sa carrière de danseuse.

Mais elle a dominé toutefois la danse française durant 25 ans. Elle a dansé devant  Louis XV et Louis XVI , et la Cour,  à Versailles ou Fontainebleau, et s’est illustrée dans une cinquantaine de ballets dans lesquels étaient mêlés danse et comédie.

GUIMARD Marie Madeleine dans Sylvie 1765
 » Sylvie  » par Madeleine GUIMARD – 1765 – ( Bibliothèque-musée Opéra de Paris ) – Elle reprenait là un rôle qui fut autrefois ( 1749 ) par la Marquise de Pompadour.
GUIMARD Premier navigateur
 » Mademoiselle Guimard dans le ballet Premier Navigateur  » de GARDEL en 1785 – Lithographie (Bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris)

On a souvent fait référence à sa grande générosité de cœur et sa gentillesse qui étaient telles que , bien souvent, les critiques ou les pamphlétaires hésitaient à dire du mal d’elle et lui pardonnaient facilement tous ses excès. Elle se rendait souvent auprès des malades, les aider financièrement.

Elle avait, par ailleurs, le don de la séduction, l’art de plaire, et ce malgré le fait qu’elle était très maigre, complètement à l’opposé des canons de l’époque à savoir des danseuses un peu enrobées que l’on avait l’habitude de rencontrer. Ces dernières  se posaient en rivales et ne manquaient pas, toutes jalouses qu’elles étaient, de lui donner des surnoms comme  » le squelette des grâces  » … Qu’importe ! Mademoiselle plaisait beaucoup à la gent masculine.

Elle est née à Paris en 1743. Sa maman est fille-mère, son papa un inspecteur des toiles qui ne reconnaîtra l’enfant que douze ans après sa naissance. Elle débute sa carrière de danseuse en 1758 sur la scène de la Comédie Française qui, à l’époque, possédait une petite troupe de ballet.

Trois ans plus tard, elle entre à l’Académie Royale de musique, grâce au protectorat de Jean Dauberval (chorégraphe et maître de ballet) qui fut, très tôt, son amant et lui permettra de rester assez longtemps en ce lieu où elle ne manquera pas de se faire remarquer.

La demoiselle fait dans  » l’utile et l’honoraire  » en amour : elle couche, en même temps, d’une part avec  le valet de Chambre de Louis XV à savoir Jean-Benjamin de la Borde (l’utile ) qui lui permettra de la faire entrer à la Cour et y rencontrer des personnes influentes ; d’autre part avec Charles de Rohan, Prince de Soubise ( l’honoraire ) qui  ne manquera pas de la couvrir de cadeaux, d’argent, lui fera construire différentes demeures et même une petite salle de spectacle (des lieux qui n’existent plus de nos jours car ils furent détruits sous Napoléon III).  Parallèlement à ces deux personnages, on trouve également beaucoup de danseurs de sa connaissance, et Monseigneur  Louis Sextius Jarente de la Bruyère , l’évêque d’Orléans qui partagera son lit et lui fera mener grand train lui aussi..

Charles de ROHAN-SOUBISE
Charles de ROHAN-SOUBISE
Jean-Benjamin de LA BORDE
Jean-Benjamin DE LA BORDE
Monseigneur Louis Sextius JARENTE de LA BRUYÉRE
Monseigneur Louis-Sextius JARENTE DE LA BRUYÉRE

Un beau jour, son généreux amant le Prince de Rohan-Soubise en eut plus qu’assez de devoir la partager avec d’autres et décida de ne plus lui allouer la pension qu’il lui versait régulièrement. Mademoiselle se laissa alors courtiser par un prince allemand qui, tout éblouit qu’il était par elle, se proposa d’éponger toutes ses dettes en échange d’un mariage. Elle s’enfuira avec lui. Soubise, complètement dépité, partira à sa recherche, et réussira à la récupérer.

C’est à ce moment là que commenceront les travaux de construction d’un magnifique hôtel particulier qu’elle appelera Le temple de Terpischore, rue de la Chaussée d’Antin à Paris. L’architecte fut Claude Nicolas Leroux et les décorations intérieures confiées à Honoré Fragonard. En ce lieu somptueux elle organisera des grands dîners où seront conviés des gens de la Cour et autres personnes de l’aristocratie ;  elle donnera des spectacles dans sa salle de théâtre qui contenait environ 500 personnes ;  rivalisera d’élégance et de bon goût dans le choix de ses toilettes, avec les dames qui se trouvaient là .

HOTEL DE MELLE GUIMARD
Hôtel particulier de Mademoiselle GUIMARD – Rue de la Chaussée d’Antin à Paris

En 1785 elle devra se séparer de ce lieu car l’argent finira par lui manquer en raison du train de vie coûteux qu’elle menait. Elle organisera une loterie privée pour le vendre.  C’est une marquise qui en fera l’acquisition puis le revendra à un banquier.  En 1789 elle abandonnera sa carrière de danseuse à l’opéra et épousera Jean-Etienne Despréaux, autrefois danseur, chorégraphe, poète, professeur de danse de Madame du Barry. Curieusement il n’est pas fortuné, ni influent, mais elle lui trouvait beaucoup d’esprit et elle aimait ça. Elle appréciera de pouvoir  partager avec lui les plaisirs de la vie et sa passion de la danse.

Il a écrit sur elle :  » Telle, Guimard, pour plaire, imitant la nature, semble avoir de Vénus dérobé la ceinture. Son air simple et naïf n’a rien de fastueux. Elle enivre à la fois et le coeur et les  yeux. Par elle, tout reçoit une nouvelle grâce. Sans cesse elle nous charme et jamais ne nous lasse. Et ses bras délicats, par leurs contours charmants, nous peignent du mouvement….  »

JEAN ETIENNE DESPREAUX
« Portrait de Jean-Etienne DESPREAUX » par Jean-Baptiste ISABEY ( Peintre miniaturiste)

Tous deux ont vécu  de façon assez simple dans un petit appartement de Montmartre ( la Révolution ayant supprimé les pensions de l’Ancien Régime) , avant de revenir, en 1797,  à Paris ,toujours très heureux. Grâce à l’appui de Joséphine de Beauharnais, il reprendra ses cours de professeur de danse et comptera parmi ses élèves Désirée Clary ( ex de Bonaparte) , Caroline Bonaparte ainsi que les enfants de Joséphine . Il deviendra, par la suite, organisateur de spectacles, maître à danser de la nouvelle impératrice Marie-Louise, tout en continuant d’écrire des poèmes et chansons. Grâce à l’empereur, il obtiendra le poste de professeur de danse et de grâce au Conservatoire de musique ainsi que répétiteur des cérémonies de Cour.

Avec Marie-Madeleine ils furent très souvent invités à des soirées. Elle fut malheureusement atteinte de syphilis dès l’âge de 43 ans . Elle décèdera en 1816, et son époux en 1820.


 » Marie-Madeleine Guimard en Terpsichore  » – Jacques Louis DAVID

Le silence à deux …

« Apprendre à contempler. Rien dire. Rester dans le silence. Mais pas n’importe quel silence ! Il y a toute une gamme de silences : des graves, les aigus, des intenses. Il y a le silence qui cache l’absence et le vide ; il y a le silence parce qu’on n’ose pas ; il y a le silence parce qu’on ne veut rien dire, ou qu’on s’en fiche ; il y a le silence parce qu’on ferme les yeux et qu’on ne veut pas s’occuper de ce qui ne nous regarde pas : tout ça, c’est pas des beaux silences.

Moi, je parle des silences à étoiles, des silences à deux, avec des signes et des messages et des sculptures de connivence, un silence moelleux et rond comme de la tendresse, et grisant comme de l’amour. Un silence dense, la danse d’un silence….
Les amoureux n’aiment rien tant que le silence. C’est drôle : c’est quand ils ne disent rien qu’ils s’entendent le mieux.  On reconnaît l’amour véritable à ce que le silence de l’autre n’est plus un vide à remplir, mais une complicité à respecter. » François GARAGNON (Écrivain et éditeur français – Extrait de son ouvrage Jade et les sacrés mystères de la vie )

silence à deux

Les romans …

 » Ce sont les romans qui disent le plus de vérité sur la vie : ce qu’elle est, comment nous la vivons, quel sens elle pourrait avoir, comment nous la goûtons et l’apprécions, comment elle tourne mal et comment nous la perdons. Les romans parlent à .. et émanent de tout ce que nous sommes ( esprit, cœur, œil, sexe, peau, conscient et subconscient ). Ils disent ce que c’est que d’être un individu, ce que signifie faire partie d’une société, ce que signifie être seul. Seul et pourtant en compagnie: telle est la position paradoxale du lecteur. Seul en compagnie d’un écrivain qui parle dans le silence de notre esprit. Et,  autre paradoxe, cela ne fait aucune différence que cet écrivain soit vivant ou mort. Le roman rend des personnages qui n’ont jamais existé aussi réels que nos amis et des écrivains morts aussi vivants qu’un présentateur de télévision. » Julian Barnes ( Romancier, nouvelliste, essayiste et journaliste anglais – Extrait de son roman Par la fenêtre )

BARNES Julian
Julian BARNES

 

Mon piano …

 » C’est toi qui m’a ouvert le coeur à mon insu quand j’ai soulevé la première fois le couvercle du piano droit du salon. Tes notes étaient là, bien rangées sur le clavier et j’ai commencé à m’en offrir des morceaux sans même te demander ton accord. Tes règles me sont toujours inconnues, mais pourtant tes lois semblent inscrites dans ma mémoire comme si je les avais apprivoisées depuis toujours … Je te connais sur le bout des doigts, sans trop savoir ni pourquoi ni comment. Un peu comme un enfant reconnait sa mère au son de sa voix dans son ventre. Alors t’écrire … Moi qui ne t’ai jamais lu … Pourtant on s’entend si bien !  » Yves DUTEUIL ( Auteur compositeur français )

LI MU JESSIE WILLCOX SMITH BETH AU PIANO
Tableau : Jessie Willcox SMITH