Fantômes …

 » Hélas ! que j’en ai vu mourir de jeunes filles !
C’est le destin. Il faut une proie au trépas.
Il faut que l’herbe tombe au tranchant des faucilles ;
Il faut que dans le bal les folâtres quadrilles
Foulent des roses sous leurs pas…

…Quoi, mortes ! quoi, déjà, sous la pierre couchées !
Quoi ! tant d’êtres charmants sans regard et sans voix !
Tant de flambeaux éteints ! tant de fleurs arrachées !…
Oh ! laissez-moi fouler les feuilles desséchées,
Et m’égarer au fond des bois !

Deux fantômes ! c’est là, quand je rêve dans l’ombre,
Qu’ils viennent tour à tour m’entendre et me parler.
Un jour douteux me montre et me cache leur nombre.
A travers les rameaux et le feuillage sombre
Je vois leurs yeux étinceler.

Mon âme est une sœur pour ces ombres si belles.
La vie et le tombeau pour nous n’ont plus de loi.
Tantôt j’aide leurs pas, tantôt je prends leurs ailes.
Vision ineffable où je suis mort comme elles,
Elles, vivantes comme moi !

Elles prêtent leur forme à toutes mes pensées.
Je les vois ! je les vois ! Elles me disent : Viens !
Puis autour d’un tombeau dansent entrelacées ;
Puis s’en vont lentement, par degrés éclipsées.
Alors je songe et me souviens..  » Victor HUGO (Poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français,  Extrait de son recueil Les Orientales/1829)

Lire, écrire et ordinateur …

Extraits du livre rédigé en commun par Umberto ECO ( Romancier italien, médiéviste, sémioticien, philosophe et critique littéraire), et Jean-Claude CARRIÉRE (Écrivain, dramaturge, parolier, metteur en scène, acteur et scénariste français) : «  »N’espérez pas vous débarrassez des livres »

 » Avec internet, nous sommes revenus à l’ère alphabétique. Si jamais nous avions cru être entrés dans la civilisation des images, voilà que l’ordinateur nous réintroduit dans la galaxie de Gutenberg et où le monde se trouve désormais obligé de lire. Pour lire un faut un support. Ce support ne peut être le seul ordinateur. Passez deux heures sur votre ordinateur à lire un roman et vos yeux deviennent des balles de tennis … L’ordinateur dépend de la présence de l’électricité. Le livre se présente donc comme un outil flexible. Les variations autour de l’objet livre n’en ont pas modifié la fonction, ni la syntaxe depuis plus de 500 ans. Le livre est comme la cuillère, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux … Peut-être évoluera t-il dans ses composantes, peut-être que ses pages ne seront plus en papier. Mais il demeurera ce qu’il est . » Umberto ECO

 » Nous n’avons jamais eu autant besoin de lire et d’écrire que de nos jours. Nous ne pouvons pas nous servir d’un ordinateur si nous ne savons pas écrire et lire. Et même de façon plus complexe qu’autrefois car nous avons intégrés de nouveaux signes, de nouvelles clés. Notre alphabet s’est élargi. Il est de plus en plus difficile d’apprendre à lire. Nous connaitrions un retour à l’oralité si nos ordinateurs pouvaient transcrire directement ce que nous disons. Mais cela pose une autre question :  » Peut-on s’exprimer si on ne sait ni lire ni écrire ?  » Jean-Claude CARRIÉRE

A gauche : Umberto ECO ( 1932/2016) – A droite Jean-Claude CARRIÉRE (1931/2021)