Petits chats, petits rats …

 » Petits chats, petits rats avec nos frêles os
Nous allions à l’école de danse
À la barre de chêne se pliaient les roseaux
De nos corps amoureux de cadences
La danse est une cage où l’on apprend l’oiseau
Nous allions à l’école de danse

Face à la grande glace, petits canards patauds
Nous vivions pour le bonheur insigne
De voir nos blancs tutus reflétés par les eaux
Du lac noir où meurt la  » Mort du Cygne « 
La danse est une étoile, qu’elle est loin, qu’elle est haut
Sur les pointes on lui faisait des signes

Dans un coin du studio, le piano convolait

Hardiment vers des prouesses russes
Et le plancher des vaches de son mieux décollait
Sous nos pieds ivres de sauts de puces
La danse est une bête, la sueur est son lait
Le désir, sa coutume et ses us

Alors, chacun les bras en chœur, corps à couteaux tirés,
Se tendait vers la ligne suprême,
Vers les extrémités d’un ciel, d’un soleil délivré
De la nuit et de ses théorèmes
La danse est un espace où les ronds sont carrés
Où le temps, ô miracle, nous aime…

Sur des rythmes d’Astaire, des tambours brésiliens
Elle danse, la Danse, elle danse

Pas par pas, bond par bond, elle brise les liens
De nos poids épris de transcendance
Paysanne est la danse, le cosmos est son grain
En sabots de satin, le balance !

Petits chats, petits rats avec nos frêles os
Nous allions à l’école de danse
À la barre de chêne se pliaient les roseaux
De nos corps amoureux de cadences
La danse est une cage où l’on apprend l’oiseau
Nous allions à l’école de danse. » Claude NOUGARO (Auteur-compositeur-interprète français)

Portrait d’une danseuse : Melle GUIMARD …


Une petite chanson disait d’elle :  » De bas en haut, de haut en bas, Madeleine est charmante. Ses jolis pieds, ses jolis bras, en elle tout m’enchante ...  »

«  Elle ne faisait que des pas simples mais avec des mouvements si gracieux que le public la préférait à n’importe quelle autre danseuse. » Elisabeth VIGÉE-LEBRUN

GUIMARD Marie Madeleine Sculpture
 » Buste de La Guimard  » – 1779 – Gaétan MERCHI ( Bibliothèque-musée Opéra de Paris)

Marie, Madeleine Guimard, fut une danseuse célèbre de l’Opéra de Paris. Il ne reste plus grand chose en portraits d’elle si ce n’est le buste de Gaétan Merchi, quelques lithographies, lavis, et tableaux. Elle a été très célèbre, non pas qu’elle fut excellente dans son domaine, bien que dotée malgré tout d’une danse assez mesurée, élégante, gracieuse, légère, harmonieuse et expressive, mais elle eut une vie privée qui n’a pas manqué d’alimenter copieusement les potins de l’époque, notamment le choix de ses fréquentations, le nombre de ses amants, et son train de vie excessif, ce qui a quasiment éclipsé ce que l’on pouvait avoir à dire sur sa carrière de danseuse.

Mais elle a dominé toutefois la danse française durant 25 ans. Elle a dansé devant  Louis XV et Louis XVI , et la Cour,  à Versailles ou Fontainebleau, et s’est illustrée dans une cinquantaine de ballets dans lesquels étaient mêlés danse et comédie.

GUIMARD Marie Madeleine dans Sylvie 1765
 » Sylvie  » par Madeleine GUIMARD – 1765 – ( Bibliothèque-musée Opéra de Paris ) – Elle reprenait là un rôle qui fut autrefois ( 1749 ) par la Marquise de Pompadour.
GUIMARD Premier navigateur
 » Mademoiselle Guimard dans le ballet Premier Navigateur  » de GARDEL en 1785 – Lithographie (Bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris)

On a souvent fait référence à sa grande générosité de cœur et sa gentillesse qui étaient telles que , bien souvent, les critiques ou les pamphlétaires hésitaient à dire du mal d’elle et lui pardonnaient facilement tous ses excès. Elle se rendait souvent auprès des malades, les aider financièrement.

Elle avait, par ailleurs, le don de la séduction, l’art de plaire, et ce malgré le fait qu’elle était très maigre, complètement à l’opposé des canons de l’époque à savoir des danseuses un peu enrobées que l’on avait l’habitude de rencontrer. Ces dernières  se posaient en rivales et ne manquaient pas, toutes jalouses qu’elles étaient, de lui donner des surnoms comme  » le squelette des grâces  » … Qu’importe ! Mademoiselle plaisait beaucoup à la gent masculine.

Elle est née à Paris en 1743. Sa maman est fille-mère, son papa un inspecteur des toiles qui ne reconnaîtra l’enfant que douze ans après sa naissance. Elle débute sa carrière de danseuse en 1758 sur la scène de la Comédie Française qui, à l’époque, possédait une petite troupe de ballet.

Trois ans plus tard, elle entre à l’Académie Royale de musique, grâce au protectorat de Jean Dauberval (chorégraphe et maître de ballet) qui fut, très tôt, son amant et lui permettra de rester assez longtemps en ce lieu où elle ne manquera pas de se faire remarquer.

La demoiselle fait dans  » l’utile et l’honoraire  » en amour : elle couche, en même temps, d’une part avec  le valet de Chambre de Louis XV à savoir Jean-Benjamin de la Borde (l’utile ) qui lui permettra de la faire entrer à la Cour et y rencontrer des personnes influentes ; d’autre part avec Charles de Rohan, Prince de Soubise ( l’honoraire ) qui  ne manquera pas de la couvrir de cadeaux, d’argent, lui fera construire différentes demeures et même une petite salle de spectacle (des lieux qui n’existent plus de nos jours car ils furent détruits sous Napoléon III).  Parallèlement à ces deux personnages, on trouve également beaucoup de danseurs de sa connaissance, et Monseigneur  Louis Sextius Jarente de la Bruyère , l’évêque d’Orléans qui partagera son lit et lui fera mener grand train lui aussi..

Charles de ROHAN-SOUBISE
Charles de ROHAN-SOUBISE
Jean-Benjamin de LA BORDE
Jean-Benjamin DE LA BORDE
Monseigneur Louis Sextius JARENTE de LA BRUYÉRE
Monseigneur Louis-Sextius JARENTE DE LA BRUYÉRE

Un beau jour, son généreux amant le Prince de Rohan-Soubise en eut plus qu’assez de devoir la partager avec d’autres et décida de ne plus lui allouer la pension qu’il lui versait régulièrement. Mademoiselle se laissa alors courtiser par un prince allemand qui, tout éblouit qu’il était par elle, se proposa d’éponger toutes ses dettes en échange d’un mariage. Elle s’enfuira avec lui. Soubise, complètement dépité, partira à sa recherche, et réussira à la récupérer.

C’est à ce moment là que commenceront les travaux de construction d’un magnifique hôtel particulier qu’elle appelera Le temple de Terpischore, rue de la Chaussée d’Antin à Paris. L’architecte fut Claude Nicolas Leroux et les décorations intérieures confiées à Honoré Fragonard. En ce lieu somptueux elle organisera des grands dîners où seront conviés des gens de la Cour et autres personnes de l’aristocratie ;  elle donnera des spectacles dans sa salle de théâtre qui contenait environ 500 personnes ;  rivalisera d’élégance et de bon goût dans le choix de ses toilettes, avec les dames qui se trouvaient là .

HOTEL DE MELLE GUIMARD
Hôtel particulier de Mademoiselle GUIMARD – Rue de la Chaussée d’Antin à Paris

En 1785 elle devra se séparer de ce lieu car l’argent finira par lui manquer en raison du train de vie coûteux qu’elle menait. Elle organisera une loterie privée pour le vendre.  C’est une marquise qui en fera l’acquisition puis le revendra à un banquier.  En 1789 elle abandonnera sa carrière de danseuse à l’opéra et épousera Jean-Etienne Despréaux, autrefois danseur, chorégraphe, poète, professeur de danse de Madame du Barry. Curieusement il n’est pas fortuné, ni influent, mais elle lui trouvait beaucoup d’esprit et elle aimait ça. Elle appréciera de pouvoir  partager avec lui les plaisirs de la vie et sa passion de la danse.

Il a écrit sur elle :  » Telle, Guimard, pour plaire, imitant la nature, semble avoir de Vénus dérobé la ceinture. Son air simple et naïf n’a rien de fastueux. Elle enivre à la fois et le coeur et les  yeux. Par elle, tout reçoit une nouvelle grâce. Sans cesse elle nous charme et jamais ne nous lasse. Et ses bras délicats, par leurs contours charmants, nous peignent du mouvement….  »

JEAN ETIENNE DESPREAUX
« Portrait de Jean-Etienne DESPREAUX » par Jean-Baptiste ISABEY ( Peintre miniaturiste)

Tous deux ont vécu  de façon assez simple dans un petit appartement de Montmartre ( la Révolution ayant supprimé les pensions de l’Ancien Régime) , avant de revenir, en 1797,  à Paris ,toujours très heureux. Grâce à l’appui de Joséphine de Beauharnais, il reprendra ses cours de professeur de danse et comptera parmi ses élèves Désirée Clary ( ex de Bonaparte) , Caroline Bonaparte ainsi que les enfants de Joséphine . Il deviendra, par la suite, organisateur de spectacles, maître à danser de la nouvelle impératrice Marie-Louise, tout en continuant d’écrire des poèmes et chansons. Grâce à l’empereur, il obtiendra le poste de professeur de danse et de grâce au Conservatoire de musique ainsi que répétiteur des cérémonies de Cour.

Avec Marie-Madeleine ils furent très souvent invités à des soirées. Elle fut malheureusement atteinte de syphilis dès l’âge de 43 ans . Elle décèdera en 1816, et son époux en 1820.


 » Marie-Madeleine Guimard en Terpsichore  » – Jacques Louis DAVID