Peinture & Couleur … Henri MATISSE

  » Je sens par la couleur. C’est donc par elle que ma toile sera toujours organisée. Encore convient-il,  cependant, que les sensations soient condensées et que les moyens utilisés soient portés à leur maximum d’expression. Pour aboutir à une traduction directe et pure de l’émotion, il faut posséder intimement tous les moyens, avoir éprouvé leur réelle efficacité. Les jeunes artistes n’ont pas à craindre de faire des faux pas.

La peinture n’est-elle pas une incessante exploration en même temps que la plus bouleversante des aventures ? Ainsi, quand je faisais mes études, je cherchais tantôt à obtenir un certain équilibre et une rythmique expressive rien qu’avec des couleurs, tantôt à vérifier le pouvoir de la seule arabesque.

Lorsque ma couleur arrivait à une trop grande force d’expansion, je la meurtrissais (ce qui ne veut pas dire que je l’assombrissais ) afin que mes formes parviennent à plus de stabilité et de caractère. Qu’importent les dérivations si chacune permet d’avancer vers le but ! Il n’y a pas de règles à établir, encore moins de recettes pratiques, sinon on fait de l’art industriel. Comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement puisque lorsque l’artiste a produit quelque chose de bien, il s’est involontairement surpassé et ne se comprend plus.

Ce qui importe ce n’est pas tant de se demander où l’on va que de chercher à vivre avec la matière, de se pénétrer de toutes ses possibilités. L’apport personnel de l’artiste se mesure toujours à la façon dont il créé sa matière et plus encore à la qualité de ses rapports.  » Henri MATISSE ( Peintre, dessinateur, sculpteur, graveur français )

Henri MATISSE ( 1869/1054) – En 1938 dans son appartement du Régina à Nice – Photo de Pierre BOUCHER

Fenêtre ouverte sur la mer à Étretat … Henri MATISSE

 » A Étretat, Matisse renoue avec les tonalités douces des paysages du nord de la France :  » Me voici depuis deux semaines à Étretat, dans les falaises blanches et vertes, devant une mer bleu tendre et vert turquoise dont je vois sortir de superbes turbots blancs crémeux  » écrivait-il à son ami Jules Romains. Vivifié par ce séjour normand, Matisse produisit, en quelques semaines, plusieurs dizaines de toiles de petit format.

Il retrouve à Étretat le dispositif mis en place à Nice depuis la fin de la Première Guerre mondiale : une chambre d’hôtel dont la fenêtre donne sur la mer. Dans ce tableau, la tension est palpable entre le désir de représenter cette vue emblématique de la Porte d’Aval et celui de figurer l’espace de la chambre.

Le point de vue ne permet que d’apercevoir au loin la célèbre falaise, faisant la part belle aux caloges et aux bateaux des pêcheurs remontés sur la plage, peints dans une gamme sombre qui contraste avec les gros nuages blancs dont les ombres viennent animer la surface de la mer.

La représentation de la chambre elle-même est réduite à sa plus simple expression par la figuration un peu aride de l’encadrement de la fenêtre, en biais par rapport à la surface de l’œuvre, proposant au spectateur de ressentir cet état de léger effort qui permet au peintre de tout embrasser en un seul regard : la chambre, la falaise, le ciel, la mer et la plage, comme l’artiste impatient de renouer avec la peinture en plein air.  » Alice LAMARRE-BOURGOIN (Historienne de l’art)

 » Fenêtre ouverte sur la mer à Étretat » 1920/21 env.