Histoire d’un ballet : LA FILLE MAL GARDÉE …

Un ballet signé Jean BERCHÉ dit DAUBERVAL, danseur et pédagogue français , un grand chorégraphe de la fin du XVIIe siècle.

La fille mal gardée est un petit joyau de la danse française, le plus ancien qui soit resté au répertoire et qui ait été transmis jusqu’à ce jour. Il date de 1789. On l’a successivement appelé le ballet de la paille – Il n’y a aucun mal à se faire du bien – Lise et Colas ( ou Colin) Les rivaux – La fille de ferme . Son nom actuel date de 1791. C’est une chorégraphie vraiment délicieuse, charmante, exquise. Certains peuvent le trouver un peu kitsch mais il n’en est rien, c’est poétiquement drôle, réjouissant, flamboyant. Il a subi, depuis lors, des modifications, il a été revisité et réadapté plusieurs fois.

Un ballet simple, témoignage de l’école française classique,  qui captive et séduit toujours. A l’époque de sa création on l’a trouvé révolutionnaire ! Cela est vrai de par la date : 1789 , mais également parce que le thème original était en rupture totale avec ceux qui avaient été précédemment abordés .

Pour la première fois, en effet, on entrait non plus dans un monde mythologique ou peuplé d’elfes, de fantômes ou de fées,  mais on racontait une vraie histoire populaire, dans le monde paysan, avec une ferme, des animaux , des moissonneurs, une fermière et sa fille qui barattent le beurre, nourrissent les poules ou travaillent dans les vignes pour les vendanges. Et au milieu de tout cela il y a une tendre histoire d’amour.

Tout a commencé lors d’une promenade de Dauberval dans un petit village sur les bords de la Garonne, dans le sud-ouest de la France.  Il voit, dans une vitrine, une estampe d’un dénommé Choffard, d’après une gouache de Beaudoin «  La Réprimande  » sur laquelle une fermière courrouce une jeune fille ( probablement la sienne) en larmes, alors qu’au loin se dessine la silhouette d’un jeune homme qui s’enfuit en retenant son pantalon.

la fille mal gardée gravure
Estampe CHOFFARD d’après BAUDOUIN

Cette délicieuse  pastorale champêtre va lui donner envie d’en faire un ballet et il se révélera être tel qu’il l’aura souhaité : plein de tendresse, de douceur,  d’humour,de fraîcheur, de gaiété. Il y a évoqué subtilement le thème du mariage forcé et des différents stratagèmes utilisés pour le contrer. Un ballet d’action, sommet de la pantomime, riche en couleurs, désaltérant, quasiment un vaudeville saupoudré de sauce champêtre.

La première aura lieu au Grand Théâtre de Bordeaux en 1789, quelques jours seulement avant la prise de la Bastille . C’est son épouse Mademoiselle Théodore qui tiendra le rôle de Lise, Eugène Hus celui de Colas et François le Riche campera la mère. ( Depuis lors, cette dernière est campée par un danseur masculin) – Pour la petite histoire, on a même servi une soupe aux choux sur scène !

On ne sait pas vraiment de qui est la partition musicale originale  parce qu’elle n’était pas signée. On y retrouve un mélange d’airs populaires français (55 au total). Cette musique ne fut pas du tout du goût de l’opéra lorsque le ballet fut repris en 1828 par Jean-Pierre Aumer ( un élève de Dauberval ) . On fera donc appel au compositeur français et premier prix de Rome : Ferdinand Hérold. Il va réutiliser des airs du départ, y ajoutera des romances que l’on peut trouver dans des opéras de Rossini et Donizetti (notamment dans la Cénérentola ou le Barbier de Séville). Certains chorégraphes ont même repris  des extraits de musiques signées Ludwig Minkus, Léon Délibes, Ricardo Drigo ou Cesare Pugni.

De nos jours, c’est incontestablement la version de Frederick Ashton pour le Royal Ballet de Londres, qui est la plus appréciée, et reprise par de très nombreuses compagnies dans le monde.

( Vidéo : La danse des sabots / Acte I – Version Frederick ASHTON ( ROYAL BALLET DE LONDRES avec Will TUCKET dans le rôle de la mère Simone )

(Vidéo : La danse des rubans / Acte I – Version Frederick ASHTON ( ROYAL BALLET DE LONDRES avec Marianela NUNEZ et Carlos ACOSTA )