Expo d’été :  » FEMMES PHOTOGRAPHES DE GUERRE  » …

Daguerre, l’inventeur de la photographie, ne s’était pas trompé lorsqu’il a déclaré en 1838  » quoique le résultat s’obtienne à l’aide de moyens chimiques, ce petit travail pourrait beaucoup plaire aux dames « . L’art de la photographie a plu aux femmes, mais si beaucoup s’y sont intéressées, elles ne se sont pas exprimées seules par ce moyen car leur travail est resté, au départ (comme ce fut le cas pour la peinture ou la sculpture) dans le domaine de la sphère privée, bien souvent dans l’ombre de celui qui leur apprenait le métier. Mais elles produisaient des « images photographiques » avec une préférence pour des scènes domestiques, scènes de genre, reproduction de tableaux, portraits d’enfants ou de femmes.

N’ayons pas peur des mots, elles étaient complètement exclues et encore moins considérées comme des photographes, et certains ateliers, voire même les écoles, leur fermaient même leur porte. Et si elles franchissaient le seuil, eh bien elles pouvaient suivre les cours théoriques mais par la formation technique.

Les choses ont changé petit à petit. Elles ont pu s’intégrer dans la sphère publique et montrer leur capacité et leur talent dans ce domaine. Peu à peu, elles ont même pu conquérir des territoires photographiques réservés aux hommes, comme les photos de nus, les destinations lointaines, la politique, et les photos de guerre. Pour ces dernières, au départ, elles ne pouvaient aller au front mais devaient se contenter de couvrir les hôpitaux, les victimes . C’était reconnu comme  » moins dangereux  » pour elles. La tendance va s’inverser surtout au moment de la guerre du Vietnam.

C’est ce dernier domaine qui fait l’objet d’une très intéressante , et je rajouterai bouleversante exposition intitulée : FEMMES PHOTOGRAPHES DE GUERRE …. jusqu’au 31.12.2022 – Elle est présentée au Musée de la Libération de Paris/Musé du Général Leclerc/Musée Jean Moulin et ce après le Kunstpalast de Düsseldorf, en Allemagne, en 2018, puis le Fotomuseum de Winterthur, en Suisse, deux ans plus tard.

Ce musée a été inauguré en 2019 à l’occasion du 75e anniversaire de la Libération de Paris. Pour ce faire, les lieux (Pavillons Ledoux), situés place Denfert Rochereau, ont été entièrement restaurés. C’est un endroit historique, un lieu de mémoire. Le nom du Musée a associé deux hommes importants de la seconde guerre mondiale à savoir le général Philippe Leclerc et le grand résistant Jean Moulin. Il est riche en collections sur ce sujet.

On pense que la photographie de guerre est une affaire masculine. Et pourtant, nombreuses seront les femmes qui sont parties couvrir des conflits pour des grands magazines et elles ont été très actives sur le terrain, et certaines y ont même laissé leur vie. Ce qui aurait tendance à les différencier des hommes photographes de guerre, c’est qu’elles savent faire passer plus d’émotion que leur collègues masculins. Alice SCHALEK sera la première à partir sur le front durant la première guerre mondiale (14/18).

La photographie de guerre remonte à des temps assez anciens. Cela se situe au milieu du XIXe siècle. Au fil du temps, elle a beaucoup évolué, mais sa fonction est toujours la même à savoir témoigner, montrer des images, des informations, de ce qui se passe réellement sur le front, et en dehors de cela, montrer les paysages durant ou après l’assaut, les soldats durant la trêve.

Bien souvent ce sont des photojournalistes mandatées par des agences et donc soumises à des demandes bien particulières. Mais cela ne les a nullement empêché d’agir à leur guise et prendre des images très personnelles, jugées parfois, après coup, compromettantes et censurées. Nombreuses furent leurs interrogations quant à savoir ce qu’il était bon de montrer car dans les conflits il y a beaucoup de violence, de mort, de souffrance, de brutalité, et du coup elles se sont posées des questions. Leurs clichés ne sont pas que de simples photos, ce sont des documents historiques.

Cette expo a choisi de rendre hommage à huit femmes photographes de guerre , célèbres. Huit femmes qui ne sont pas de la même génération, ont une origine, un parcours et un style différents, mais qui ont eu en commun cette passion de la photo. Elles ont toutes publié dans des magazines, ont reçu des récompenses à plusieurs reprises : Catherine Leroy – Lee Miller – Catherine Leroy – Christine Spingler -Françoise Demulder – Susan Meiselas – Carolyn Cole – Anja Niedringhaus – Gerda Taro.

En ce qui concerne Gerda Taro, je n’en parlerai pas dans cette présentation car elle avait fait l’objet de l’un de mes articles. Je vous mets le lien : https://pointespalettespartition.wordpress.com/2022/01/10/gerda-taro/

Elles n’ont pas craint de s’exposer au danger, d’être blessées, malades (Catherine Leroy attrapera la malaria et a reçu des éclats d’obus) ou de mourir (deux d’entre elles perdront la vie sur le front (Anja Niedringhaus/ 2014 en Afghanistan et Gerda Taro/1937 durant la guerre civile espagnole ) . Bien que normalement elles soient, comme l’on dit  »protégées par des conventions internationales » la réalité est tout autre lorsque l’on se retrouve en plein milieu d’un conflit. La peur a fait partie de leur vie sur le terrain , mais il était nécessaire qu’il en soit ainsi. Elles ont, pour la plupart, souffert de traumatismes dus à toutes les horreurs qu’elles ont pu voir. Certaines furent amies dans la vie de tous les jours, et fortement rivales une fois sur le terrain.

Catherine LEROY :

Catherine LEROY (1944/2006)- Vietnam 1966 : « Je fais ce métier par amour. Je crois que j’adore ce métier. Ma vie au Vietnam est assez fantastique. Il y a dans la guerre quelque chose qui ne se trouve nulle part ailleurs, une sorte de fraternité, de camaraderie, d’amitié pure, d’amitié de soldat. Quand on fait une photo de guerre, je crois qu’il se passe tellement de choses extraordinaires autour de nous que c’est uniquement une question de vitesse et de sensibilité. Il faut être choqué, il faut qu’il y ait un choc qui se produise et que cela se passe dans l’espace d’une seconde, que l’on ressente quelque chose, que l’on soit dérangée, remuée. C’est quelque chose qui se fait avec de la sensibilité.« 

Elle est née à Paris en 1944, la seconde guerre mondiale est encore d’actualité. Petite bonne femme d’1m50 et 40 kgs, plutôt frêle, d’apparence fragile, mais courageuse, qui découvrira le parachutisme à l’âge de 15 ans. Passionnée de photographie, très curieuse, aimant l’aventure, elle décide à 21 ans de partir dans une zone de guerre, au Vietnam. Elle prendra un aller simple, n’a pas beaucoup d’argent en poche, et ne sait pas vraiment bien manier la langue anglaise. Mais elle a de l’assurance et entrera en contact, une fois sur place, avec le service de presse de l’US Marine qui se trouve à Saïgon, n’hésitant pas à mentir en affirmant qu’elle avait des qualifications. Elle finit par obtenir un premier reportage pour le magazine Paris Match. Elle est parachutée près de la frontière cambodgienne ( la première femme à le faire lors de l’intervention aéroportée Junction City) et l’histoire commence …

Elle sera capturée par des soldats nord-vietnamiens durant la bataille de Hué en 1968. Elle réussira à faire comprendre qu’elle est photographe de guerre et ses ravisseurs vont accepter de la relâcher avec son matériel. Elle ne se démonte pas et leur propose de faire des photos de leur armée et ce pendant que les bombardements américains continuaient. Son reportage photos va connaitre une grande notoriété d’autant qu’elle fera, à ce sujet, la couverture de Life.

Grâce à Horst Faas, qui était un très célèbre photographe et correspondant de guerre allemand, et à son talent, elle va pouvoir réaliser d’autres reportages pour Paris Match, mais également pour Elle, Time, Look, Life. Elle a un style bien à elle qui plait beaucoup. Ses photos font surtout état de la souffrance humaine, celle des combattants fatigués, exténués, apeurés, voire même torturés. Une de ses photos montrant un prisonnier de guerre frappé un homme du Ier régiment de cavalerie américain fera la une du magazine Elle.

Elle est réputée pour délivrer des reportages-photos percutants. Elle n’a pas peur du danger, tout au contraire, elle aime la proximité, et quand il le faut à franchir les zones dangereuses . Après des années de couverture du conflit au Vietnam, elle rentrera en France épuisée, et s’éloignera durant quelques temps du photojournalisme. Elle va réaliser des documentaires pour la télévision. Cela ne va durer qu’un temps, car une fois  » reposée  » elle ressent, à nouveau, l’envie d’être sur le terrain.

Elle part en 1975 pour le Liban, en tant que reportrice. Une fois sur place, à Beyrouth, et dans différentes zones du pays, elle assiste à des scènes assez terrifiantes. Elle va s’attarder sur les civils, victimes de tous ces bombardements militaires. Tout ce qu’elle va vivre dans ce pays , les massacres de Sabra et Chatila en 1982, vont lui laisser des traces indélébiles. Elle sera fortement éprouvée et prendra la décision, cette fois définitive, d’abandonner la photo de guerre.

Elle a reçu de très nombreuses récompenses pour ses reportages notamment la médaille d’or Robert Capa (première femme à l’obtenir), le Prix de l’Image de l’année qui fut décerné par la National Press Photographers Association, ou le Honor Award for Distinguished Service in Journalism par l’Université du Missouri. Elle a énormément voyagé et elle est connue pour détenir un palmarès assez incomparable pour son travail photographique. Pour les femmes-photographes, elle est un exemple, un modèle. Elle est morte d’un cancer à Santa Monica, en Californie, en 2006.

Christine SPENGLER :

Christine SPENGLER :  » Je me suis toujours considérée comme une femme engagée, une photographe engagée. C’est plus qu’une fascination. Je voulais témoigner des causes justes. Quand on me demande : » qu’entends-tu par causes justes ?  » je dis toujours :  » Je défends les opprimés « .

Christine Spengler est née à Vichy (France) en 1945. Elle passe son enfance à Madrid (Espagne). Souhaitant devenir écrivain, elle fera des études de littérature. La passion de la photographie lui viendra lors d’un voyage qu’elle effectuera au Tchad, avec son frère, en 1970. C’est là-bas, avec un Nikon 28 millimètres, offert par ce frère tant aimé et qui se suicidera un jour , qu’elle fera ses premiers clichés. Une expérience marquante qui la pousse non seulement à continuer dans la photo, mais également de partir sur le terrain pour couvrir d’autres conflits.

Une chose est à retenir chez elle : elle n’a pas voulu se rendre dans des pays en guerre pour la guerre elle-même ou les actions militaires, mais pour les conséquences, les souffrances subies par la population bien souvent négligée, par la souffrance. Tout ce qui concerne les femmes et les enfants la touche et elle a eu envie que ces reportages-photos soient les témoins de cela, une transmission, que l’on puisse se rendre compte de l’autre facette d’une guerre.

La première fois qu’elle part en tant que photographe de guerre ce sera en Irlande du Nord, en 1972, durant la guerre civile. Pas question pour elle de rester à la maison. Dès qu’un conflit démarrait, elle était prise d’un besoin vital de partir.

Durant 40 ans, elle va couvrir les conflits au Nicaragua, Kosovo, Irlande du Nord, Salvador, Vietnam, Irak, Iran, Cambodge, Sahara occidental, Kurdistan, Liban (elle sera arrêtée à Beyrouth et a dû passer devant le tribunal révolutionnaire car prise, au départ, pour une espionne) et fut engagée par de nombreuses agences comme par exemple Sipa Press , Associated Press, ou Corbis Sygma. Ses photos ont fait la une de magazines et journaux internationaux : New York Times – Paris Match – Life – Le Monde – Newsweek – El Pais.

Elle a été très appréciée parce qu’elle a toujours su capter avec justesse, subtilité, émotion. Elle a su faire preuve d’empathie, de douceur, d’espoir et même d’humour, ce qui est incroyable par rapport à ce qu’elle traversait.

Elle s’est beaucoup tourné vers les femmes, qu’elles soient les mères, les sœurs, les épouses de ceux qui combattaient, des veuves aussi . Des femmes combattantes qui n’ont pas hésité à prendre les armes. Pour pouvoir les approcher et entrer dans leur intimité, elle n’hésitera pas à revêtir le tchador ou la burqua qui lui furent bien utiles pour cacher son appareil photo. Une grande partie de ses clichés ont pour sujet les enfants, victimes eux aussi, mais qui grandissaient avec une certaine insouciance parfois, au milieu des armes et du sang.

Elle abandonnera son métier en 2003 pour se consacrer à des travaux de collage et coloriage de ses propres clichés de guerre et autres clichés historiques.

Françoise DEMULDER :

Françoise DEMULDER (1947/2008) :  » La seule chose que je puisse faire est de montrer au reste du monde , à travers mes photos, ce qu’il se passe réellement. Avec des photos tu peux réveiller, secouer  »

Françoise Demulder, surnommée Fifi par le dirigeant palestinien Yasser Arafat dont elle était l’amie, est née à Paris en 1947 -Elle a fait du mannequinat et des études de philosophie avant de se lancer dans le journalisme. Elle rejoint en 1970 au Vietnam,en simple touriste, son compagnon d’alors . Il est photographe. A ses côtés, sur le terrain, elle apprendra le métier, directement plongée dans la guerre qui sévit dans ce pays.

Compte tenu de la forte demande de photos, elle va collaborer avec l‘agence Gamma. Contrairement à d’autres, elle va davantage porter son regard sur la souffrance des civils. Les photos qu’elle réalisera, au moment de la fin de la guerre au Vietnam, vont lui apporter une reconnaissance internationale.

Elle partira après pour le Cambodge où une guerre civile vient de se déclarer : Khmers rouges contre l’armée du président Lon Nol qui a reçu l’appui des Etats-Unis. Son regard va particulièrement s’attarder sur les enfants-soldats qui se lanceront, eux aussi, dans la guerre. Elle photographiera leurs entrainements, leur départ sur le front.

Elle poursuivra son travail, par la suite, de 1973 à 1991 , dans d’autres zones de combat : Pakistan -Angola – Liban – Palestine – Cuba – Ethiopie – Irak, en donnant une préférence au sort des civils. Elle sera la première femme à recevoir en 1977 le prestigieux World Press Award pour une photo qu’elle avait réalisé lors des combats dans le quartier de la Quarantaine à Beyrouth (Liban).

Ses célèbres photos paraitront dans de nombreuses revues et magazines comme, par exemple : Paris Match – Stern ou Newsweek

En dehors du fait de sa beauté et de son élégance, elle était réputée ou reconnue par ses pairs comme se démarquant des autres dans son travail, quelqu’un de très courageux, drôle, passionnée par son métier et son grand sens de l’esthétique photographique. Sa particularité était de s’installer dans le pays où elle partait pour couvrir ses photos de guerre. Parfois durant des mois, tout simplement parce qu’elle souhaitait s’imprégner et comprendre ce pays, sa culture, etc…

A partir de 1980, elle délaissera le noir et blanc pour la couleur. Dix ans plus tard, elle couvrira la seconde guerre du Golfe en Irak et sera sur place lors de l’opération Tempête du désert.

Son travail photographique a toujours été salué que ce soit par les agences ou ses confrères journalistes. En témoignage du profond respect que ces derniers ont toujours eu pour elle, la sachant gravement malade entre 2000/2001, et n’ayant pas de couverture sociale malgré son travail auprès de grandes agences, ils ont organisé une vente de photos afin de pouvoir récolter de l’argent afin qu’elle puisse recevoir un traitement pour couvrir les frais médicaux occasionnés par le cancer de la moelle épinière dont elle souffrait . Elle va se retrouver complètement paralysée en 2003 suite à une erreur chirurgicale. Elle meurt d’une crise cardiaque en 2008. Le Ministère de la culture française lui rendra alors un vibrant hommage.

Lee MILLER :

Lee MILLER 1907/1977  » Les femmes photographes de guerre doivent se battre sur deux fronts : les bombes et les hommes  »

Elisabeth Miller dite Lee a eu une vie très riche, tumultueuse, passionnée , faite de différentes facettes : elle a été mannequin, égérie de mode, portraitiste, puis correspondante-photographe de guerre. Elle a baigné dans différents mondes, dont le surréalisme.

Elle est née en 1907 Poughkeepsie (Etats-Unis) au sein d’une famille aisée. Enfance tourmentée car victime d’un viol à l’âge de 7 ans par un proche de la famille. Adolescence marquée par la mort de son petit ami, sous ses yeux, lorsqu’elle n’a que 18 ans. Après quoi, elle fera des études d’art plastique et de théâtre.

C’est son père qui l’intéressera à l’art de la photographie, et à New York que débutera sa carrière de mannequin, en posant notamment pour Vogue. Il faut dire qu’on la remarque car c’est une très belle femme. Au sein de la rédaction du magazine, elle rencontre Edmond Steichen, un photographe qui va lui transmettre sa passion . C’est lui qui lui conseille de se rendre à Paris et lui remet une lettre de recommandation pour Man Ray.

Direction la capitale française à Paris pour compléter et parfaire sa formation de photographe auprès de lui, tout en continuant à travailler dans le mannequinat. Elle deviendra son élève, son assistante et sa compagne . Ils s’aiment. Il lui apprend tout de son métier. Ensemble, ils découvriront (accidentellement) le principe de la Solarisation. C’est lui qui la fera entrer dans le monde des surréalistes. Elle rencontrera Picasso, Eluard, Cocteau etc…

On vante sa grande beauté mais cela ne l’intéresse pas. Elle veut être indépendante, s’émanciper de son célèbre amant, avoir une carrière de photographe reconnue, ne pas être réduite à n’être qu’une femme belle ou la muse de quelqu’un (Je préfère prendre une photo qu’en être une ) . Elle quitte donc Man Ray en 1932, retourne à New York où elle ouvre son propre studio avec son frère. Sa carrière de photographe telle qu’elle la souhaitait vraiment commence réellement. Elle va travailler pour des magazines célèbres, des agences de publicité, la presse, la mode, le cinéma, des marques de parfums, le théâtre.

En 1934, elle épouse un riche homme d’affaires Aziz Eloui Bey et part vivre en Egypte avec lui. Leur mariage ne sera qu’une parenthèse dans sa vie, car elle se tournera très vite vers l’amour libre, les rencontres, les expériences diverses dans ce domaine et les fêtes (celles données avec son autre mari, le peintre surréaliste Roland Penrose, dans le village de Chiddingly (Angleterre) restent mémorables)

La seconde guerre mondiale va changer sa vie et sa carrière. Beaucoup affirment que c’est David Scherman, journaliste à Life et son ami, qui lui a insufflé cette envie de s’impliquer en tant que correspondante et photographe de guerre. Elle est accréditée en 1942 par l’US Army, engagée par le magazine Vogue anglais. C’est quelque chose de terriblement important pour elle tant sur le plan professionnel que personnel.

Elle va donc très vite se retrouver au cœur du conflit, et des horreurs qui vont avec. On va apprécier sa façon particulière de photographier avec toujours des jeux d’ombre et de lumière, un style un peu cynique, surréaliste, qui plaisent beaucoup , et l’on n’hésitera pas à lui confier divers reportages . En 1944, elle se retrouvera dans un hôpital de campagne en Normandie pour un documentaire, puis ce seront des clichés sur des femmes tondues pour avoir entretenu une relation avec des soldats allemands, les femmes face à la pauvreté, le rationnement, leur travail en usine, mais aussi des femmes soldats, pilotes … Après quoi, chose assez rare pour une photographe de guerre, elle se rendra en Allemagne où elle s’attardera sur les ruines, le quotidien du peuple allemand, les camps de Dachau, Buchenwald, et se fera même photographier dans la baignoire d’Hitler !

Ses divers reportages seront publiés par les éditions anglaise et américaine de Vogue. Son travail va lui laisser des images qui la hanteront souvent. Elle repartira, par la suite, pour d’autres photos, au Danemark, en Autriche, en Hongrie. Puis les commandes cesseront d’arriver .

Par la suite, elle va connaitre ce dont beaucoup souffriront au retour de guerre : un stress-traumatique qui la fera plonger dans l’alcool et la dépression.:  » Avec la fin de la guerre, j’ai l’impression d’avoir perdu mon équilibre et mon enthousiasme ou quelque chose. Il semble qu’il n’y ait plus d’urgence. » Son métier de photographe prendra fin, et ne souhaitera plus se retourner sur ce passé. Il ne ressurgira qu’à sa mort, en 1977, lorsque son fils Anthony (qu’elle avait eu avec Roland Penrose) retrouvera tout son travail en tant que photographe de guerre. Il faut savoir qu’un grand nombre de ses photos de guerre furent détruites car compromettantes, et que, par exemple, la censure a bloqué certains de ses reportages ( notamment celui sur les infirmières de guerre américaines en 1943).

Devenue grand-mère, elle a écrit un livre de cuisine, des recettes, mais aussi une analyse sur l’influence de l’art culinaire.

Susan MEISELIAS :

Susan MEISELAS en 1978 au Nicaragua –  «  La caméra est une excuse pour être dans un endroit auquel vous n’appartenez pas autrement. Cela me donne à la fois un point de connexion et un point de séparation. On travaille toujours avec ses propres pensées et émotions ainsi que son ressenti des instants. L’essentiel étant de se dévoiler et de révéler son implication auprès de sn sujet. Il ne s’agit pas uniquement de ce que l’on a en tête, mais également du message que notre corps transmet. « 

Elle est née en 1948 à Baltimore (Etats-Unis). Parallèlement à ses études en art visuel à l’Université d’Harvard, elle suit des cours de photographie. Dès le départ dans ce domaine, elle met au point une méthode de travail qui ne la quittera pas, à savoir qu’elle s’implique totalement avec les personnes qui sont l’objet de ses clichés, souvent des séries qu’elle accompagne d’informations précieuses. Elle a souvent expliqué ne pas se rendre sur un lieu en ayant une idée précise du déroulement de son travail. Elle a toujours préféré que ses idées évoluent au fur et à mesure de son avancée sur le terrain, en rencontrant les personnes et respecter surtout les convenances.

C’est une photo-journaliste très talentueuse qui a reçu de très nombreux prix réputés dont le célèbre Prix MacArthur- le prix d’excellence Leica – le Prix de la Fondation Hasselblad – le Prix Women in Motion (pour la photographie) – le prix de la Fondation Kering pour la place des femmes dans la photographie – le prix de la Fondation Deutsche Börse – le prix Kraszna Krausz Fellowship pour son engagement, son investissement, dans les divers thèmes qu’elle a traités etc etc … il y en a eu tant et tant !!

Elle a travaillé en noir et blanc, mais en couleur aussi. Elle fut vivement critiquée à ce sujet lorsqu’elle a utilisé la couleur durant la guerre au Nicaragua, notamment par la plasticienne Martha Rosler qui faisait remarquer que la couleur n’allait pas de pair avec des photos de guerre et qu’elle voyait plutôt ces clichés comme de l’art.

« Au cours de mon travail sur la guerre au Nicaragua, j’ai compris que pour comprendre une violence politique, il fallait comprendre ce qui la motive, saisir chaque étape violente qui l’a précédée. Les gens répondent à des conditions de vie intolérables. « 

Certains de ces clichés furent même écartés, plus tard, lors d’expositions, parce que l’on pensait que le public ne pourrait supporter ces images en couleur. Pour elle c’était une évidence et elle l’a expliqué :  » J’ai travaillé en noir et blanc, mais au Nicaragua ce qui captait mon regard, c’était la couleur des vêtements, des maisons, du sang … Il m’était impossible de passer à côté. On m’a dit que ma couleur « embellissait le sujet ». Je crois surtout qu’elle le rendait moins « romantique » que le noir et blanc. J’ai senti, dans le cas du Nicaragua, que la couleur était juste « .

En 1976, elle va consacrer un reportage photographique sur des strip-teaseuses (Carnival Strippers) qui va beaucoup plaire à l’Agence Magnum qui, dans la foulée, l’engage. C’est à cette époque qu’elle part au Nicaragua. Aucun sujet précis ne lui avait été demandé. Elle se retrouver face à une population qui se bat contre la dictature gouvernementale. Le courage et le combat menés par cette population la toucheront beaucoup et elle va photographier leur quotidien. Son reportage va se révéler très important car c’est à partir de lui, que le monde prendra réellement conscience du conflit qui sévit dans ce pays. Elle va également souhaiter se rendre au cœur des combats s’introduire auprès de la guérilla et dans leur vie de tous les jours.

Dix ans après la fin de la guerre au Nicaragua, elle partira travailler dans d’autres pays comme la Colombie, l’Argentine, le Mexique, le Chili, puis au Salvador où sévit une autre guerre civile terrible. En regardant son travail dans ce pays, à ce moment précis de son histoire, on comprend combien cela a du être dangereux et difficile pour elle. Afin d’être un peu plus protégée, elle fera le choix de se déplacer avec une équipe de reporters. Elle s’est également rendue au Kurdistan.

Après toutes ces années de guerre et de cruauté, elle va se tourner dans une autre forme de violence en suivant une équipe de police dans les rues de New York, quartier de Little Italy,

Une grande rétrospective a été organisé en France en 2018 au Musée du Jeu de Paume à Paris. Elle a écrit des livres sur son travail photographique tout au long de sa carrière, dont un qui fut destiné aux jeunes afin de les sensibilité à la photographie, de leur donner des explications techniques et surtout les inciter à expliquer leurs ressentis au travers de leurs photos.

Carolyn COLE :

Carolyn COLE –  » Le photojournalisme est plus qu’un métier, c’est une passion qui demande un effort constant. Peu importe depuis combien de temps vous prenez des photos, il est toujours difficile d’obtenir de bonnes images qui, non seulement rapportent l’actualité, mais sont composées d’une bonne lumière et d’une bonne sensation. J’aime être témoin de l’histoire, mais cela implique la responsabilité de créer des images qui résisteront à l’épreuve du temps. « 

Carolyn Cole est une brillante photojournaliste née aux Etats-Unis en 1961. Fascinée dès son plus jeune âge par la photographie, elle reçoit son premier appareil à l’époque du lycée. Elle fera des études à l’Université du Texas, section photo-journalisme, et en ressort avec un baccalauréat es arts en poche. Puis ce sera une maitrise de communication visuelle à l’Université de l’Ohio.

Elle a à son actif une carrière de 35 ans passés en tant que photographe de presse. Une carrière qui a débuté en 1986 au El Paso Herald Post , et qui se poursuivra au San Francisco Examiner et au The Sacramento Bee. Elle rejoindra le Los Angeles Time en 1994 et elle y est toujours.

Avec tous ces journaux, magazines, et quotidiens, elle va se trouver exposer à des reportages photos , en noir/blanc et couleurs, assez dramatiques. Pour son reportage d’une fusillade de rue, elle recevra le Prix Pulitzer. Après quoi elle ira couvrir la guerre au Kosovo, puis l’Irak, l’Afghanistan, Israël, et le Libéria.

Elle va être le témoin des bombardements, de la souffrance des civils, des opérations militaires. Ses photos, malgré la violence, la souffrance, la peur, sont émotionnellement magnifiques. Elle a une originalité, une douceur, et un langage personnel qui la rendent exceptionnelle et qui justifie le nombre de prix prestigieux dont elle a été couronnée (quatre prix mondiaux Press Awards et une nomination à trois reprises en tant que photographe américaine de l’année)

Son but aura d’avoir toujours voulu témoigner mais sans pour autant rebuter. Lorsqu’elle s’est retrouvée dans l’église de la Nativité à Bethléem pour son reportage , elle a réussi à capter le côté sacré du lieu alors qu’à l’extérieur sévissaient des représailles après un attentat. C’était un moment très difficile puisque s’étaient réfugiés dans cet endroit des soldats palestiniens, des militaires, des policiers. Elle va rester enfermée avec eux, prise au piège. Avant l’évacuation, elle confie sa carte mémoire où se trouvent toutes ses photos. Elle est fouillée, on ne trouve rien. On la laisse partir. Elle retournera plus tard dans l’église pour reprendre ce qu’elle avait caché.

 » C’est mon travail d’être les yeux de ceux qui ne peuvent pas être là pour témoigner de ce qu’il se passe et essayer d’atteindre ceux qui ont la force et la volonté d’aider …  »

Anja NIEDRINGHAUS :

Anja NIEDRINGHAUS (1965/2014)  » Je crois que le don d’un bon photographe est de réagir vite et de saisir très vite les liens. Rien ne peut être planifié à l’avance. Parfois je ne peux même pas vous dire ce que je vais faire dans la prochaine heure. C’est aussi ce qui est intéressant. Mais je me fraye un chemin plus loin dans l’histoire, plus loin, et je la laisse venir à moi et rapporte ce que je voyais. Ce que je trouve triste, très triste, c’est que même si vous n’avez vu les personnes que vous photographiez que durant une courte période, que ce soit quelques minutes ou quelques secondes, vous avez déjà établi une relation quelque part. Le plus triste est que vous ne les reverrez jamais. »

Anja Niedringhaus a été une brillante et très professionnelle photographe de l’Agence A.P.(Associated Press), la première photographe allemande à recevoir le Prix Pulitzer pour son reportage en Irak. Malheureusement, elle sera tuée par balle à bout portant, alors qu’elle se trouvait dans sa voiture avec sa collègue Kathy Gannon (qui sera grièvement blessée) à Banda Khel , en Afghanistan, par un policier alors qu’elle couvrait les élections présidentielles de 2014. Elle meurt sur le coup à l’âge de 48 ans.

Nombreux furent celles et ceux qui rendront hommage à son travail ,à son courage, sa gentillesse, à ce rire communicatif qu’ils appréciaient tant. Elle n’a jamais hésité à affronter les situations les plus dangereuses qui se présentaient à elle, et s’est toujours investie à fond. « Je pense que la peur est importante. Une certaine peur que je peux évaluer. Je ne veux pas être un Rambo et dire  » je n’ai pas peur « . Bien sur que j’ai peur, mais j’ai appris à bien me connaitre ces vingt dernières années. Donc je sais comment réagir dans des situations dangereuses. Je ne deviens pas hystérique, je devient juste très, très calme. Et je pense que la peur, une certaine peur fondamentale, est vitale. »

La passion de la photo lui est venue très tôt lorsqu’elle n’avait que 12 ans. Elle est douée, tellement douée qu’on lui confie un premier reportage à l’âge de 17 ans ! Après quoi, elle poursuivra des études de langue et littérature allemande, ainsi que de philosophie et journalisme à Göttingen. Parallèlement, elle continue la photographie. C’est pour elle qu’elle abandonnera ses études six ans plus tard.

Elle décidera de ne se consacrer qu’à sa passion et entrera à l’European Pressphoto Agency faisant d’elle la première femme engagée dans l’agence à 24 ans. Son envie la plus forte : être envoyée en mission sur un conflit. En 1992, la guerre du Kosovo va lui permettre de réaliser son rêve. Elle va devoir beaucoup insister pour qu’on accepte de la laisser partir, mais elle finira par le faire. Même si elle n’a aucune expérience, elle va pourtant s’avérer tout à fait à l’aise au sein de son équipe.

Elle va vite se trouver projeter au milieu de la violence de la guerre, de la mort. Au travers de ce chaos, elle arrivera à saisir des brides d’espoir, le sourire d’un enfant ou un autre signe d’humanité et d’optimisme. Elle sera grièvement blessée par une voiture de police. Un accident qui ne mettra nullement fin à son envie de retourner en mission : ce sera chose faite quelques mois plus tard en Albanie.

En 2002, sa collaboration avec l’European Pressphoto Agency prendra fin. Elle rejoindra alors l’Associated Press, une des plus grandes agences mondiales. Elle se rendra dans les zones les plus dangereuses : Irak, Afghanistan, Palestine, Lybie, Irak. Elle va très souvent travailler aux côtés des soldats, ce qui non seulement n’est pas facile, mais l’expose à de grands dangers. Ses clichés mettent aussi en évidence leur vie sur le front, leur stress permanent, leur fatigue. Elle se tient auprès d’eux sans les déranger mais en les respectant.

Elle n’hésite pas, également, à se lier avec les habitants des villages qu’elle traverse, partager un repas ou un simple thé avec eux, et photographier ces humains, leur quotidien, et leur souffrance face à la guerre. Pour elle son travail a pour but de montrer au monde un autre visage de la guerre, avec des enfants qui jouent malgré tout face à toutes ces horreurs.

Elle sera à nouveau blessée par des éclats d’obus en Afghanistan, sera rapatriée en Allemagne, mais retournera sur le terrain dès qu’elle le pourra. Elle n’a eu cesse de vouloir toujours retourner dans ce pays où malheureusement elle perdra la vie en 2014.

La photographie de guerre a couvert une grande partie de son travail, mais pas que. Elle s’est intéressée à d’autres sujets comme les Jeux Olympiques par exemple. Elle a reçu de nombreux prix tout au long de sa carrière.