Villa dans les orangers … Berthe MORISOT

 » Petite par la taille, cette toile n’en est pas moins importante par la qualité et la place qu’elle tient dans l’œuvre de Berthe Morisot. Située sur les hauteurs de Nice, la villa Arnulfi domine la ville et dispose d’un joli point de vue. Ce n’est pas cet aspect qui a retenu l’attention de l’artiste, mais, au contraire, la villa cachée et protégée derrière ses orangers que précède une haie bien dense.

Pour peindre ce paysage, Berthe Morisot, s’est installée dans le terrain voisin qui semble peu entretenu si l’on en juge par l’état du sol et, à gauche, par la souche dont l’ombre allongée montre qu’il s’agit d’une fin de journée. Trois ou quatre orangers seulement portent des fruits qui brillent au soleil. La silhouette italianisante de la villa se dresse au-dessus des orangers : son crépis légèrement rosé et le toit de tuiles forment un contraste de ton et de luminosité avec le vert des arbres fruitiers, et, au-dessus, le bleu du ciel.

La composition est une nouvelle fois assez audacieuse : la villa n’occupe pas plus du huitième de la toile, et, pourtant, c’est vers elle que le regard se tourne ; le jardin, au premier plan, remplit la moitié de la toile, mais il n’est là que pour orienter le regard vers les orangers, puis vers la villa. Le premier plan du jardin un peu plus profond vers la gauche, et la percée au-dessus de la haie laissant voir des communs avant la villa, orientent la perspective vers le haut de la composition et vers la gauche. Au second plan, la villa se trouve légèrement décalée par rapport à cette première perception de l’espace. Dans un paysage au motif italianisant une telle construction ne pouvait que choquer les tenants du classicisme.

Berthe Morisot avait étudié ce motif dans deux aquarelles, l’une de plus loin, sans doute depuis l’entrée de la propriété, l’autre de près. Dans cette dernière, la villa Arnulfi est vue du parc avec quelques arbustes au premier plan qui laissaient voir les trois étages de cette grande demeure qui est tout le sujet.

Eugène Manet choisit cette toile pour la joindre, hors catalogue, à l’envoi de son épouse à la 7e exposition des impressionnistes. Le 2 mars 1882, il écrit à Berthe  » Votre paysage de la ville Arnulfi est charmant. Vous l’avez enlevé. » Comme une grande partie de son envoi, elle est accrochée après l’ouverture de l’exposition, c’est ainsi que nombre de critiques ne peuvent en rendre compte, notamment ceux qui sont favorables car présents le jour du vernissage. La Villa Arnulfi est dans un cadre gris avec des ornements d’or. Une fois l’accrochage complété, Eugène put enfin lui écrire : Édouard, qui est venu ce matin à l’exposition, a trouvé votre envoi un des meilleurs. Malheureusement, il ne lui rapporta pas les commentaires faits devant chaque œuvre.

Il est amusant de constater que l’année suivante, Eugène Manet, alors qu’il séjournait dans le Midi auprès de son frères Gustave malade et qui décèdera quelques mois plus tard à Menton, s’est intéressé à cette maison et a même songé à l’acheter.

Berthe Morisot devait beaucoup aimer cette toile puisqu’elle choisit de l’exposer deux autres fois. D’abord en 1886, à la 8e exposition impressionniste, sous le titre Paysage à Nice. A cette occasion, Maurice Hermel la remarque  » pour une justesse de valeur, une fraîcheur de coloris, une légèreté de touche incomparable. La lumière y voltige, les tons y prennent la transparence de l’aquarelle  » . En 1892, lors de son unique exposition personnelle, chez Boussod et Valadon, le titre est Vue de Nice. Il figurera ensuite à la rétrospective posthume en 1896. Julie, la fille de Berthe, note dans son Journal :  » Villa dans les orangers fait aux environs de Nice la première fois que nous y sommes allés ; au milieu des orangers d’un vert jauni où brillent les pommes d’or, s’élève une villa rose au toit de tuiles qui se détache sur le ciel si bleu, le ciel du Midi, ce magnifique paysage est aussi accroché dans ma chambre« .  »Hugues WILHELM (Historien de l’art, commissaire scientifique d’expositions)

 » Villa dans les orangers à Nice  » 1882 Berthe MORISOT

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