Bagatelle WoO 59 dite  » Lettre à Élise  » … BEETHOVEN

(Vidéo : Alfred BRENDEL au piano)

Mais qui était donc la fameuse Élise de cette célèbre Bagatelle écrite en 1810 ? La partition a été retrouvée en 1865  par Ludwig Nohl, un musicologue allemand. Elle était en très mauvais état. Apparemment seules deux lettres de la dédicace ( SE ) étaient visibles. Il n’a pas donné d’explication sur le fait qu’il choisira de la faire publier , deux ans plus tard,  en indiquant «  Lettre à Élise « .

Peut être s’agissait -il d’ Elisabeth Röckel ( dont le petit nom était Élise ) une cantatrice que Beethoven avait connu en 1808 par l’intermédiaire de son frère, ténor,  qui chantait dans Fidélio. Il semble que leur lien ait pu aller au-delà d’une simple amitié, mais sans confirmation pour autant. Quelques années plus tard, elle a épousé un autre compositeur : Johann Hummel. Toutefois, lorsque Beethoven est décédé, elle a souhaité obtenir une mèche de ses cheveux.

La possibilité que ce soit elle la dédicataire de cette œuvre a été amplement soutenue il  y a quelques années par un autre musicologue allemand,  Klaus Martin Kopitz, dans un article publié par le musée de la Maison de Beethoven à Bonn en Allemagne.  Il aurait appuyer sa thèse sur des documents retrouvés en la cathédrale Saint-Etienne de Vienne.

Pourtant, et là encore selon d’autres archives que l’on dit plus vraisemblables, la Bagatelle aurait été dédiée à l’une de ses élèves : la jeune  Thérèse Malfatti, 18 ans,  dont il était très amoureux. Une passion commune qui va durer 2/3 ans.

L’histoire  raconte que Beethoven devait interpréter cette pièce lors d’un soirée musicale organisée par les parents de la jeune fille. Malheureusement, il avait beaucoup bu et fut dans l’incapacité de jouer. On suppose qu’il ait pu écrire cette dédicace à Thérèse pour compenser son comportement. Toujours est-il que les sentiments de Beethoven pour Thérèse  étaient très forts et qu’il lui aurait proposé le mariage . Elle refusera et épousera  un comte en 1816  : Wilhelm von Drossdik,

On aurait pu s’en tenir à ces deux femmes …. Mais c’était sans compter sur le fait que notre Beethoven entretenait, à peu près à la même époque,  des liens très étroits et forts  avec une autre de ses élèves : Thérèse Brunswick dont la  famille était très proche du compositeur. Il donnait des cours de piano aux deux filles de la maison  (Thérèse et Joséphine dite Pépi). La seconde étant beaucoup plus douée que la première. Lorsque s’éteindra son petit coup de cœur pour Thérèse, il vivra une passion avec Pépi.

Quoi qu’il en soit cette Bagatelle en La mineur WoO 59 ( le WoO signifie œuvre sans Opus)  n’a pas connu en son temps le succès incroyable qui est le sien de nos jours. En grande partie parce que  les pièces dites Bagatelles n’étaient pas reconnues comme étant des œuvres de grande importance. Qui aurait pu croire à l’époque qu’elle le deviendrait.

Le papillon …

 » Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
s’enivrer de parfums, de lumière et d’azur,
secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
s’envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
voilà du papillon le destin enchanté !
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
retourne enfin au ciel chercher la volupté !  » Alphonse DE LAMARTINE ( Poète français-Extrait de son recueil Nouvelles méditations poétiques ( 1823)

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Le vent …

 » Il  n’y a pas si longtemps c’était magnifique d’être le vent. Vous apportiez des senteurs selon les saisons, effeuillez des roses, courbiez les blés, faisiez faire des loopings aux oiseaux, arrachiez les feuilles mortes, séchiez le linge. C’est vous aussi qui faisiez grincer les girouettes, claquer les oriflammes des champs de batailles et dans certains pays tourner les moulins. Certains jours, plus polisson, vous emportiez les chapeaux, souleviez les jupes mais surtout pendant plus de deux mille ans c’est vous qui emmeniez les bateaux. Pas un voyage sur la mer sans vous, pas de Christophe Colomb, pas d’Amérique, pas d’Australie, pas de Polynésie. Jusqu’à il y a cent ans, pas un grain de café ni une lettre d’amour qui ne soit arrivée sans votre aide ….Il faudrait une vie pour raconter tout ce que vous nous avez permis de faire. Jadis, tout le monde le savait et vous saviez que vous étiez utile et aimé, et en Méditerranée, berceau des civilisations, on avait coutume de dire: quand vous n’êtes pas là, c’est la galère.
Aujourd’hui les moulins tournent au nucléaire, les sèche-linge aussi, les roses poussent dans des serres en plastique, plus personne ne porte de chapeau et les filles ont des collants sous leurs jupes, et pour ce qui est des bateaux… Nous, les marins, parlons de vous tout le temps, recherchons sans fin votre compagnie. Vous faiblissez, c’est l’inquiétude; vous partez, c’est le drame; nulle part au monde vous n’êtes autant chéri, choyé, attendu. » Olivier De KERSAUSON ( Navigateur français, chroniqueur et écrivain)

Tableau de Alexander SHENDEROV