Héroïnes romantiques …

Le musée de la vie romantique est un endroit charmant qui se trouve non loin de la butte Montmartre, rue Chaptal, dans le 9e arr. de Paris, un quartier que l’on nommait La nouvelle Athènes. Il fait partie des trois musées littéraires de la capitale avec la Maison Balzac et la Maison Hugo. C’est dans cet intemporel hôtel particulier à deux étages, avec un beau petit jardin de roses, que s’est installé en 1830 le peintre portraitiste Ary Scheffer. Il fera construire deux ateliers à verrière.

Durant des années, il va recevoir tout ce qui comptait d’important dans la vie artistique, intellectuelle parisienne. On y croisera, au fil du temps : Géricault, Sand, Chopin, Liszt, Delacroix, d’Agout, Lamartine, Tourgueniev, Gounod, Dickens etc etc… Il deviendra un endroit très réputé.

Scheffer louait la maison. Lorsqu’il décède en 1858, sa fille Cornélia l’achète. A sa mort, elle sera reprise par la petite nièce du peintre Noémie Renan-Scheffer, et avec elles reprendront les réceptions des personnalités les plus en vue de leurs époques respectives.

En 1956, l’hôtel particulier est vendu à l’État français afin d’en faire un musée. Ce sera chose faite en 1982 en tant qu’annexe du Musée Carnavalet sous le nom Musée Renan-Scheffer. Il deviendra Musée de la vie romantique en 1987.

Musée de la vie romantique

Jusqu’au 4.9.2022, le musée aborde la représentation des Héroïnes romantiques dans l’art du XIXe siècle. On a souvent abordé les femmes de cette période en tant que modèles, muses, artistes, créatrices, mais jamais les héroïnes victimes, résignées, désespérées, mélancoliques, malheureuses, tragiques, fragiles, détruites par l’amour, mortes prématurément ou exilées, devenues folles aussi à cause d’une forte passion amoureuse . Elles sont sensibles, souvent représentées comme frêles et pâles, issues de différents milieux sociaux.

Une centaine d’œuvres (peintures, manuscrits, objets, sculptures) sur un parcours en trois espaces, pour parler : de ces héroïnes du passé, des héroïnes de fiction et des héroïnes en scène, qui ont marqué les esprits et l’imaginaire de l’époque. A la question qu’est-ce qu’une héroïne ? on peut répondre qu’il s’agit d’une personne réelle ou fictive assez remarquable, passée ou contemporaine, avec des qualités importantes, qui a accompli des actes ou des exploits qui l’ ont rendue exceptionnelle, actes qui ont été racontés et transmis à d’autres générations au fil du temps. Leur destinée a été relativement sombre, funeste, fatale, mais fascinante aussi.

C’est une expo très intéressante parce qu’elle réunit à la fois la peinture, la sculpture, la littérature, l’opéra, le ballet et l’Histoire aussi. Je dis l’Histoire parce que le XIXe siècle a été traversé par beaucoup d’évènements : la Révolution, la Restauration, l’Empire et avec Napoléon le Code civil de 1804, un ouvrage qui affirmait le patriarcat et la domination masculine.

Les femmes étaient sous l’autorité d’un père et plus tard d’un époux. C’est lui qui choisissait le lieu de résidence de la famille, qui gérait la fortune, et imposait le mariage de son choix à ses enfants. La femme restait quelque peu « enfermée » dans ce cadre familial, lui obéissait et se devait de s’occuper de la maison et des enfants . Bien souvent elle était trompée. Du coup, au fil des années, elles vont se mobiliser pour sortir de ce carcan. Fin XVIIIe elles vont revendiquer pour l’obtention du droit au divorce, l’obtiendront à la Révolution, le perdront sous la Restauration. Il sera rétabli en 1884 sous la Troisième République.

 » Jeanne Deroin portée en triomphe, tenant un calice portant l’inscription « suffrage universel des femmes » 1848 Lithographie / Bibliothèque Marguerite Durand/Paris – Jeanne était une ouvrière lingère qui deviendra institutrice. Une féministe de l’époque, socialiste, qui se présentera aux élections législatives en 1849. Elle sera soutenue par le monde ouvrier, mais ne l’emportera pas. Elle tombera dans l’oubli. D’autres femmes continueront la lutte après elle.

Des exemples de femmes engagées sont nommées dans cette expo : Flora Tristan (enfance malheureuse, mariage qui le sera tout autant. Femme battue qui va se rebeller et obtiendra la séparation d’avec son époux. A partir de là, elle fera entendre sa voix notamment pour le droit au divorce, et les questions sociales, voyagera, écrira et sera en quelque sorte une journaliste-reporter ) …. George Sand qui n’a pas hésité à prendre George comme prénom de plume, qui s’habillait comme un homme, fumait la pipe et qui pour écrire fera le choix de se retirer, voire même de se confiner. Ce choix on ne lui a pas suggéré ni imposé, elle a voulu qu’il en soit ainsi. Et dans ses livres, les femmes ne ressemblent en rien à celles de son époque, elles sont libres dans leur vie comme dans l’amour. D’autres écrivaines ( des écrivains aussi ) rédigeront des romans sentimentaux dont les jeunes demoiselles étaient très friandes parce qu’elles vivaient une autre vie que la leur.

Ces héroïnes ont fait beaucoup parler d’elles que ce soit au travers de la littérature, la sculpture, ou la peinture, la danse, avec des artistes comme : Eugène Delacroix, Frédérique O’Connell, Marie d’Orléans, Anne-Louis Girodet, Théodore Chassériau, Félicie de Fauveau, Antoine Jean Gros, Léon Cogniet, Léopold Burthe, des écrivains comme Madame de Staël, George Sand, Victor Hugo, Gustave Flaubert, Chateaubriand, Alfred de Musset … des comédiennes, des danseuses, ou des cantatrices qui les ont interprétées.

Cela nous amène donc à penser que le Romantisme, qui a duré de la fin du XVIIIe aux années 1850, n’a pas été uniquement masculin. L’histoire de ces femmes s’est ancrée dans l’imaginaire de l’époque, elles ont été des sortes de mythes qui ont inspiré les artistes romantiques. Elles furent passionnées et ont eu, très souvent un destin tragique, une histoire complexe, mais poétique aussi. Elles ont été l’inspiration d’une révolution artistique majeure.

Le personnage féminin qui a été un modèle absolu de ces héroïnes, c’est incontestablement Cléopâtre dont le suicide a inspiré tant de monde dans le domaine de l’artistique. On a eu plusieurs facette de Cléopâtre selon celui ou celle qui en a parlé, qui l’a peinte ou sculptée.

Parmi les héroïnes dites du passé, on trouve, entre autres, Saphô, Antigone, Anne Boleyn, Jeanne de Castille, Marie Stuart, Jeanne d’Arc, Jane Grey, et Héloïse. Celles dites de fiction se nomment : Atala, Esmeralda, Ourika, Juliette, Desdémone, Velléda, Corinne, Juliette, Mathilde, Lélia, Madame Bovary, Virginie . Parmi les héroïnes dites de scène des danseuses, des tragédiennes, des cantatrices, toutes des femmes adulées : Maria Malibran, Marie Taglioni, Rachel, Giuditta Pasta, Mademoiselle Mars.

 » Corinne au Cap Misène » 1818/21 François GÉRARD – A la mort de Madame de Staël, leur amie, le prince Auguste de Prusse et Juliette Récamier commande ce tableau au peintre. Il illustre un épisode d’un livre de l’écrivaine  » Corine ou l’Italie ». Pourquoi ce choix ? eh bien tout simplement parce que le roman fut publié l’année où ils s’étaient rencontrés, 1807, et ils se retrouvaient tous deux dans l’histoire a savoir celle de l’amour impossible entre Corine et Oswald. Le prince va offrir le tableau à Juliette qui le gardera chez elle jusqu’à sa mort. Elle en fera don, par testament, au Musée des Beaux Arts de Lyon, ville où elle avait vu le jour.
Au Musée de la vie romantique c’est le tableau de Marie Victoire JACQUOTOT d’après François GÉRARD qui est présenté. Il porte le même intitulé :  » Corinne au Cap Misène » 1825 – (Musée du Louvre/Paris)
« Othello et Desdémone » Ière moitié du XIXe siècle Jules Robert AUGUSTE (Musée du Louvre/Paris)
 » Desdémone maudite par son père » 1852 Eugène DELACROIX (Musée des Beaux-Arts/Reims) Desdémone est un personnage issu de la pièce de Shakespeare « Othello » . Elle épouse ce dernier et part vivre avec lui à Chypre. Une fois sur place, elle est accusée, à tort, d’infidélité. Elle est innocente mais son époux ne la croit pas et la tue en l’étouffant.

Comme je l’ai indiqué, ces héroïnes furent des personnages réels et d’autres fictifs, qui, de par leur statut de femmes à l’époque, se devaient d’être plutôt en retrait, effacées. Or, elles vont connaître une passion amoureuse terrible qui va les extraire de cette condition. Du coup, elles seront tiraillées entre cet amour passionnel, leur situation dans la société où l’homme est souvent dominant , leur éducation. Elles devront souvent faire un choix et se sacrifieront.

Généralement, elles connaissent un amour impossible, contrarié, absolu, fidèle.. Elles aiment au-delà d’elles-mêmes, sont prêtes à braver tous les interdits, se dressent contre leurs familles, et c’est souvent dans la mort qu’elles trouvent une solution, à moins que la démence ne les gagne. Et dans les deux cas, elles sont persuadées que cela n’a pas d’importance parce que leur amour continuera après, et la passion aussi.

Pour bien des artistes, et notamment les écrivains, ces héroïnes représentent un éternel idéal féminin, un fantasme rêvé, quasiment inaccessible. Ils en font un souvenir qui devient sacré et plus présent encore que de leur vivant.

On emploie l’adjectif diaphanes en parlant d’elles. Il s’agit en fait de leur teint très pâle, tel celui d’une morte, mais qui est très beau. C’est un terme souvent employé dans le romantisme parce qu’il traduit une fragilité maladive, une souffrance. Cette blancheur a longtemps été un des canons de la beauté parce que, au départ, elle était signe de pureté, chasteté, candeur. Il y a aussi un autre adjectif employé : éthérées, dans le sens où elles le sont tellement qu’elles sont quasiment plus un esprit immatériel, qu’un être de chair.

Qui sont -elles ? Je vous propose d’aller à la rencontre de certaines d’entre elles :

Jane GREY : est montée sur le trône d’Angleterre en 1553. Elle va en redescendre aussi vite qu’elle y est parvenue. Elle était la fille de Henry Grey, marquis de Dorset, duc de Suffolk, et de Frances Brandon petite fille de Henri VIII. C’est une jeune fille très pieuse, cultivée, intelligente, qui recevra une excellente éducation. Elle épousera à 16 ans John Dudley duc de Northumberland, pas plus vieux qu’elle. Une décision du jeune roi Edouard VI va bouleverser sa vie. Lorsqu’il tombe malade et meurt à 15 ans, il laisse derrière lui un testament faisant de Jane son héritière à la couronne. Elle monte sur le trône, en sera destituée neuf jours plus tard et sera guillotinée, avec son mari, sur ordre de Marie Tudor.

 » Le supplice de Jane GREY  » 1833 Paul DELAROCHE (The National Gallery / Londres)

Héloïse ... En 1115, adolescente, on confie son éducation à un théologien Pierre Abélard, 36 ans. Ils vont tomber amoureux l’un de l’autre, follement, passionnément. De cet amour interdit naitra un fils. Ils se marient dans le plus grand secret. Malheureusement, l’oncle de la jeune fille, un chanoine, l’apprend et furieux fait émasculer Pierre. Ce dernier deviendra moine, et Héloïse entre au couvent. Faute de pouvoir vivre leur amour au grand jour, ils s’aimeront au travers d’une incroyable et brûlante correspondance. C’est dans la mort qu’ils se retrouveront puisque leurs restes seront transférés, en 1800, à la demande de Alexandre Lenoir, fondateur des Monuments français, au cimetière du Père Lachaise. Le public viendra nombreux pour se recueillir devant leur tombeau.

Cette histoire, qui sera largement diffusée par la littérature, va en inspirer plus d’un à commencer par Jean-Jacques Rousseau. Héloïse est devenue une héroïne. Les peintres ne seront pas en reste pour l’évoquer .

« Héloïse embrassant la vie monastique » 1812 – Jean Antoine LAURENT (Musée national des châteaux de Malmaison et de Bois Préau/ Reuil Malmaison)

Jeanne de Castille … On lui a attribué le surnom de La folle. Elle fut la fille de Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille. C’est une jeune femme qui a beaucoup aimé les arts et elle était réputée comme étant dotée d’un esprit d’une grande subtilité. Elle n’a que 16ans lorsqu’elle épouse, pour raison d’État, Philippe le Beau, fils de Marie et Bourgogne et Maximilien d’Autriche. Mariage certes arrangé mais qui va, très vite, se transformé en amour, et en véritable passion exacerbée pour elle. Ils auront plusieurs enfants dont Charles Quint . Malheureusement, lui est un coureur, un infidèle, qui la laisse souvent seule face à sa jalousie. Son état va très vite se détérioré, elle sombre dans la dépression. Compte tenu qu’elle n’a aucune affinité pour la religion, elle ne peut y trouver de consolation.

Sa mère, Isabelle, s’inquiète. Elle pense qu’en raison de la répugnance que sa fille éprouve pour la religion, elle n’est pas capable de monter sur le trône. Elle préfère le céder à son propre mari Ferdinand. S’ensuivra alors une lutte acharnée entre ce dernier et le mari de Jeanne, Philippe le Beau. Malheureusement, il décède en 1506. Dans l’absolu, Jeanne est reine d’Espagne, mais on la pense folle car, inconsolable, elle ne quittera pas le cercueil de son mari et le gardera même dans ses appartements. Son fils , Charles Quint, l’écarte très vite du pouvoir et l’enferme au château de Tordesillas. Elle y restera jusqu’à sa mort, et subira de mauvais traitements.

 » la démence de Jeanne la Folle  » 1867 – Lorenzo VALLES (Musée du Prado/Madrid)

Sapho ... Une poétesse du VIIe siècle, vivant sur l’île de Lesbos. Elle aime d’autres femmes et leur dédie ses poèmes, lesquels sont chantés, accompagnés par une lyre. Ce personnage antique a énormément fasciné les artistes en général, quel que soit leur art. Baudelaire, Ovide, ou Byron ont loué Sapho, tout comme Ingres, James Pradier; David, ou Antoine Gros et chacun l’a vue à sa manière avec fascination. Elle est devenue un personnage majeur du romantisme, ténébreuse, brûlante, enflammée, mélancolique, fantomatique, souffrante, méditative, et surtout très aimante qui, attirée par son reflet dans l’eau, se donnera la mort en se jetant d’une falaise.

Elle fut, de son vivant, très attirée par les jeunes femmes. Du reste son nom donnera naissance au mot saphisme qui désignera l’homosexualité, tout comme le terme lesbienne viendra de Lesbos l’île où elle vécut.

« Sapho à Leucate » 1801 Antoine Jean GROS (Musée d’Art et d’Histoire Baron Gérard/Bayeux) Fatal rocher, profond abîme ! Je vous aborde sans effroi ! Vous allez à Vénus dérober sa victime : j’ai connu l’amour, l’amour punit mon crime. Ô Neptune ! Tes flots seront plus doux pour moi ! Vois-tu de quelles fleurs j’ai couronné ma tête ? Vois ce front si longtemps chargé de mon ennui, orné pour mon trépas comme une fête du bandeau solennel étincelle aujourd’hui ! …  » Alphonse de LAMARTINE

Jeanne d’Arc et Marie Stuart : deux époques à savoir le Moyen-Âge et la Renaissance , mais deux femmes héroïnes du passé. Pour beaucoup, elles apparaissent comme des victimes, des références historiques, deux destins réels.

Marie Stuart était déjà reine (Écosse) au berceau. Elle sera furtivement reine de France en épousant François II. Lorsqu’elle se retrouve veuve, elle décide de repartir en Angleterre en 1561. Quatre ans plus tard, elle va se marier avec son cousin dont elle aura un fils. Son époux sera assassiné. Elle sera alors soupçonnée car souhaitant s’unir à celui qui est supposé être l’auteur de ce crime : James Hepburn. Marie sera emprisonnée. Elle s’évadera et retrouvera son trône grâce à celle qui pourtant la déteste, Elisabeth Ière d’Angleterre. Par peur qu’elle ne lui prenne sa place, Elisabeth la fera, à nouveau, emprisonnée. La captivité va durer 18 ans et se terminera par une exécution en 1587 – Ses amours seront célèbres et souvent évoquées dans la littérature. Elle sera l’objet d’un grand intérêt artistique, notamment l’opéra avec Donizetti

« Marie Stuart quittant la France » 1863 Edouard HAMMAN (Musée d’Art et d’Histoire/La Rochelle)

Jeanne, bergère à Domrémy, était très croyante. C’est un appel de Dieu qui la fera partir aux croisades durant la guerre de Cent Ans. Même si elle fut l’objet de moqueries, elle deviendra un exemple : une combattante, une patriote courageuse ,celle qui a délivrer sa ville et amènera Charles VII au sacre à Reims, un symbole de pureté, et sa mort au bûcher en 1431 ne fera qu’accroitre l’intérêt qu’on lui portera. Nombreux seront les artistes qui seront très intéressés par son histoire et par une facette de sa personnalité et de ce qu’elle a pu représenter, notamment les peintres et certains sculpteur : Jean Dominique Ingres – Eugène Devéria, Eugène Thirion, Edmé Gois, Pierre Henri Revoil, Paul Delaroche, Alexandre Evariste Fragonard, Claudius Jacquand, Henri Scheffer etc etc…

« Jeanne en prière » 1837 – Marie d’Orléans (Musée de la vie romantique/Paris)
« Jeanne d’Arc malade interrogée dans sa prison par le cardinal de Winchester » 1824 Paul DELAROCHE (Musée des Beaux-Arts/ Rouen)
« Jeanne sur le bûcher  » 1822 – Alexandre Evariste FRAGONARD (Musée des Beaux Arts de Rouen)

Juliette : va vivre une magnifique, tragique et bouleversante histoire d’amour avec Roméo. Cette histoire est née, entre 1594 et 1596, de la plume sensible et poétique de William Shakespeare. Deux jeunes amants issus de deux familles qui se détestaient : Montaigu et Capulet, vont laisser cours à leurs sentiments , malgré cette haine, malgré les interdits, et pour n’avoir jamais à se séparer ils se retrouveront dans la mort. C’est le mythe de l’amour absolu !

Refusant de s’unir à Pâris, l’homme que ses parents ont choisi pour elle, elle épouse en secret celui qu’elle aime, Roméo, et boira une potion que lui donnera le Frère Laurent, et qui permettait de faire croire a tous qu’elle était morte. Or, elle se réveille deux jour plus tard et trouve le cadavre de Roméo à ses côtés. Ne pouvant vivre sans lui, elle se donnera la mort.

« Roméo et Juliette au tombeau des Capulets  » 1850 env. Eugène DELACROIX (Musée national Eugène Delacroix/Paris)

Ophélie : il s’agit d’un personnage fictif, inventé au théâtre par Shakespeare. On la représente comme la fille d’un chambellan et conseiller du roi, Hamlet. Elle tombera follement amoureuse de Polinius. Son père n’approuvera absolument pas, car il craint que ce jeune prince ne profite de sa fille et lui fasse perdre sa virginité. Il le tue. Ophélie sera détruite par cet acte, deviendra folle et se suicidera.

L’image très poétique d’Ophélie se mourant près d’un ruisseau, entourée de fleurs, se tenant à une branche comme pour se retenir dans une sorte de beauté sereine, va beaucoup inspirer la peinture !

« Ophélie » 1852 – Léopold BURTHE (Musée de Poitiers/Poitiers)  » Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles la blanche Ophélie flotte comme un grand lys, flotte très lentement, couchée en ses longs voiles… » Arthur RIMBAUD

Atala et Velléda : héroïnes de deux romans de Chateaubriand : le premier est paru en 1801. Il y a eu deux parties : 1) Atala ou les amours de deux sauvages dans le désert 2)René . Le second Les Martyrs publié en 1809.

La première (Atala) est une jeune vierge indienne vivant dans une tribu en Louisiane. Elle va s’éprendre d’un prisonnier condamné au bûcher. Pour le soustraire à cette mort, elle s’enfuit avec lui. Par fidélité à la promesse qu’elle avait faite à sa mère mourante, elle renoncera à cet amour et s’empoisonnera . La seconde (Velléda ) est une druidesse gauloise, toujours parée d’une couronne de verveine, qui soulèvera son peuple pour se battre contre la domination romaine. Elle est faite prisonnière par un soldat de l’empire romain, Eudore, et tombe amoureuse de lui. Mais elle est une prêtresse et sait qu’elle ne doit pas rompre ses vœux sacrés. Pour éviter à son peuple une bataille sanglante, elle va préférer se sacrifier en se tranchant la gorge avec sa propre faucille.

Là encore, de telles héroïnes ne pouvaient qu’amener une fascination et un vif intérêt chez les artistes que ce soit en peinture comme en sculpture, et à l’opéra aussi puisqu’une œuvre lyrique intitulée Atala, en trois actes, fut écrite par Giovanni Pacini en 1818 d’après le roman de Chateaubriand.

 » La communion d’Atala  » 1808 Pierre Jérôme LORDON (Musée de la vie romantique/Paris)
 » Atala au tombeau  » 1808 Anne-Louis GIRODET (Musée du Louvre/Paris)
 » Velléda  » 1838 env. Bronze Hippolyte MAINDRON (Maison de Chateaubriand/Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups/ Hauts de Seine)

Esméralda : personnage célèbre et héroïne romantique de Victor Hugo. La jolie bohémienne insouciante qui danse pieds nus, faisant faire des tours à sa chèvre, sur le parvis de Notre-Dame à Paris, attise l’amour de plusieurs hommes : Quasimodo, Frollo, Gringoire et Phœbus. Elle veut rester chaste, mais tombera amoureuse de Phœbus, lequel est fiancé à Fleur de Lys. Frollo, qui est fou de désir pour Esméralda, poignarde Phœbus. La jeune gitane est accusée et condamnée à être pendue.

Frollo essaie de la sauver en échange de son amour, mais elle s’y refuse. Quasimodo arrive à l’enlever et l’amène dans les tours de la cathédrales. Phœbus qui, finalement, n’était que blessé, n’accepte pas de témoigner en sa faveur, par peur de perdre sa fiancée.

Après maintes péripéties, Esméralda sera, jugée comme sorcière, et finalement pendue au gibet de Montfaucon. Dès la parution du roman relatant son histoire, elle va se retrouver au centre de l’intérêt qu’elle va inspirer à la danse, l’opéra, la peinture et la sculpture de l’époque romantique.

 » Quasimodo sauvant Esméralda des mains des bourreaux » 1832 Eugènie HENRY (Maisons de Victor Hugo/Paris-Guernesey) *

Virginie : Personnage issu du roman de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre qui connaitra un triomphe et deviendra une source d’inspiration pour d’autres écrivains dans le siècles qui suivront. Il y a dans ce livre tous les thèmes chers au cœur du romantisme, à commencer par une nature sublime. Paul et Virginie ont été élevés ensemble comme frère et sœur . Adolescente, la jeune fille éprouvera des sentiments plus forts pour Paul. Elle va taire sa passion, quitte l’île sur laquelle ils vivent et part en France. Une fois à Paris, rien ne l’intéresse, le jeune homme reste dans ses pensées. Lui l’attend. Ils s’écrivent. Deux ans plus tard, elle décide de retourner auprès de lui et vivre son amour au grand jour. Malheureusement, elle se noie lors d’une tempête qui secoue fortement le bateau. Son corps est repêché. Paul l’enterre dans un endroit que tous deux chérissaient sur leur île.

 » Virginie retrouvée morte sur la plage  » 1849 env. Edme Alexis Alfred DEHODENCQ (Musée départementale de l’Oise/Beauvais.  » « le corps de la jeune fille est étendu sur la plage. Il semble qu’il y ait quelque chose de l’ondulation de la vague qui l’a porté tant la ligne est noble est souple. Les cheveux sont dénoués, la tête de profil, un peu renversée en arrière, dégage le cou et les épaules nues, allonge la courbe du corps qui, très douce, part du front, se continue par la poitrine et sans se briser, se prolonge jusqu’aux pieds d’un mouvement de caresse lente et qui s’attarde….  » Extrait du livre de Jacques Henri BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

L’époque romantique c’est aussi un engouement incroyable pour le théâtre, le ballet, et l’opéra. Les trois attirent plus de monde que les livres ou du moins ils sont plus accessibles. Les héroïnes désespérées et passionnées sont interprétées par des artistes que le public adore et il vient nombreux pour les voir sur scène. Elles s’appellent : Mademoiselle Rachel, Mademoiselle Mars, Marie Taglioni, Carlotta Grisi, Maria Malibran, Giuditta Pasta, Harriet Smithson. Plus que des artistes ce sont de véritables icônes

Héroïnes de la danse à l’Opéra : Marie Taglioni & Carlotta Grisi :

A l’aube du XIXe siècle le romantisme s’empare de l’Europe que ce soit en littérature, musique et danse également. Les sujets mythologiques laissent la place au monde du rêve, de l’imaginaire et des passions.

Neuf ans avant Giselle, le vrai ballet romantique, en 1832, sera La Sylphide de Philippe Taglioni. C’est la plus fidèle et exacte image de ce que pouvait être ce type de ballet. A l’aube de ce courant et de l’idée de rompre avec les influences de l’ancien régime, il sera le pur produit d’un souffle nouveau, féérique, et même, à sa façon, empreint d’une petite  note de sensualité.

Historiquement parlant, ce fut le premier  » ballet blanc  » parce que le premier dans lequel une danseuse éthérée va apparaître avec un costume que l’on appellera tutu ( long ) fait de tulle, mousseline et voile blanc, transparent, lequel révolutionnera le monde de la danse de l’époque. Cette danseuse sera Marie Taglioni

 » Marie Taglioni dans la Sylphide  » 1837 Jean-Auguste BARRE (Musée des Arts décoratifs/Paris) – « «  Marie Taglioni réunit une grâce inexprimable, voluptueuse avec décence. Toutes ses attitudes sont du plus noble, mais du plus agréable à regarder aussi. Il y a dans ses mouvements une harmonie qui plait et dans ses hardiesses une aisance qui ne se permet pas de s’en effrayer. Lorsque Marie entre en scène, on voit apparaître ce brouillard blanc ennuagé de mousseline transparente, cette vision chaste et éthérée que nous connaissons et qui nous bouleverse. Elle voltige dans un esprit au milieu des transparentes vapeurs de ces blanches mousselines dont elle aime s’entourer. Elle ressemble un peu à une âme heureuse qui fait plonger du bout de ses pieds roses la pointe des fleurs célestes. Elle rayonne telle une divinité incarnée, idéale, délestée des lois terrestres, évanescentes, surnaturelles ….  » Théophile GAUTIER à propos de Marie Taglioni
 » Costume de Michel Fresnay d’après les dessins d’Eugène Lamy pour la Sylphide  » Il a été porté par la danseuse Étoile Ghislaine Thesmar en 1972 – (Centre national du costume de scène/ Moulins – Don de Pierre Lacotte et Ghislaine Thesmar)

A l’Opéra, il y avait donc Marie, mais aussi Fanny Essler. Deux grandes danseuses avec deux personnalités différentes. Fanny va se distinguer et obtenir un grand succès auprès du public avec une danse de caractère plus sensuelle et piquante que celle qui deviendra sa rivale. Des clans vont se former : d’un côté les taglionistes et de l’autre les elsseristes. Et avec eux, des querelles, des affrontements, du tumulte, d’autant que Fanny reprenait les rôles autrefois confiés à Marie.

Arrivera, par la suite, sur la scène française de l’Opéra : Carlotta Grisi qui créera en juin 1841 le ballet romantique Giselle voulu pour elle par Théophile Gautier. Un ballet qui a beaucoup de ressemblance avec la Sylphide. C’est le réel confronté au surnaturel. Il y a de l’émerveillement, de la magie, de la poésie, du fantomatique, l’amour idéalisé et déçu.

« Carlotta Grisi dans le ballet Giselle » 1840 env. Lithographie sur papier John BRANDARD (Victoria and Albert Museum/Londres)  » Mme Carlotta Grisi ; vous vous rappelez assurément cette charmante femme qui chantait et dansait il y a deux à ans à la Renaissance. Elle ne chante plus, mais elle danse aujourd’hui merveilleusement. C’est une vigueur, une légèreté, une souplesse et une originalité qui la mettent tout d’abord entre Fanny Elssler et Marie Taglioni ; on reconnaît les leçons de Jules Perrot. Le succès est complet, durable. Il y a là beauté, jeunesse, talent — admirable trinité ! » Théophile GAUTIER

La Sylphide c’est histoire d’un amour impossible entre une aérienne et gracieuse sylphide et un humain. L’immatériel à la rencontre du matériel, l’idéal inaccessible et la réalité insatisfaite. Giselle conte l’histoire d’une jeune paysanne, passionnée de danse, folle d’amour pour un jeune seigneur qu’elle pensera qu’il ne peut être pour elle en raison de sa position sociale. Il va pourtant lui faire croire que cela est possible et la séduira. Lorsqu’elle va mourir, il sera inconsolable et elle reviendra le hanter à chacune de ses nuits. Giselle a beaucoup de points communs avec La Sylphide. Il est basé sur la même formule du réel confronté au surnaturel. Toutefois, dramatiquement parlant, on peut dire qu’il fait preuve de beaucoup plus de profondeur.

Giselle c’est le ballet de l’Arabesque : position de danse très appréciée à l’époque romantique, en appui sur une jambe, corps bien droit pendant que l’autre jambe est levée à hauteur. Cela donne l’impression d’une sculpture reproduisant statiquement l’envol des Willis et utilisé à des fins poétiques.

(Vidéo : Arabesque / Les Willis du ballet Giselle / Opéra de Paris)

Rachel Félix dite Melle Rachel : est née en Suisse en 1821. C’est une actrice qui a débuté en 1838 au Théâtre français. Son interprétation de Camille sera telle, que le public va éprouver un véritable engouement pour elle. Chacune de ses apparitions est saluée, on la couvre de fleurs. Elle est brillante dans Andromaque, Iphigénie, Bajazet, Cinna, Horace, Phèdre etc etc … A 22 ans à peine elle connait déjà une carrière fulgurante. Elle fut une héroïne romantique à la scène comme dans sa vie privée. Une enfance miséreuse et un désir fort de devenir quelqu’un de connu, de réussir sa vie. Elle va avoir de nombreux protecteurs, beaucoup d’amants, et pas des moindres : le prince Napoléon, Alfred de Musset, le Comte Waleski, et tant d’autres. Elle se moque éperdument de ce que l’on peut penser de sa vie décousue. Les têtes couronnées lui dressent un tapis rouge et la reçoivent : la reine Victoria, le tsar Nicolas Ier, le roi Frédéric Guillaume de Prusse.

Elle a la gloire c’est vrai, mais tout ne sera pas rose. Elle connaitra de gros problèmes financiers, la maladie l’emportera (phtisie), la misère et la solitude accompagneront sa fin de vie en 1858 à 32 ans seulement.

 » Rachel dans le rôle de Phèdre » 1850 env. Frédérique O’CONNELL (Musée Carnavalet/Paris)

Maria Feliccia Garcia dite La Malibran c’est vraiment la Diva romantique par excellence ! Fille d’un ténor espagnol très connu, sœur de la cantatrice Pauline Viardot, on va énormément apprécier sa superbe voix de mezzo-soprano, voire contralto colorature, puissante, émouvante, avec une tessiture très étendue, qui lui vaudra d’être surnommée Le diamant . Et au-delà de la voix, une incroyable actrice dramatique pleine de passion et de fougue et une compositrice. Elle a connu le triomphe dans les plus beaux rôles de l’opéra rossinien.

Après un premier mariage avec un négociant français Eugène Malibran, elle vivra un grand amour et épousera, après dissolution du premier, un violoniste.

Sa mort va nourrir son mythe : pourtant réputée excellente amazone, elle fait une chute de cheval à 28 ans. Elle ne fera pas attention à elle, n’écoutera personne, et malgré la forte douleur continuera à se produire sur scène. Malheureusement, elle tombera dans le coma, victime d’un caillot de sang au cerveau, probablement formé à la suite de son accident, et décèdera en Angleterre. Son public ne se remettra jamais de cette perte et elle deviendra une icône du monde opératique.

 » La Malibran dans le rôle de Desdémone » 1830 Henri DECAISNE (Musée Carnavalet/Paris) « Oui, oui, tu le savais, et que, dans cette vie, Rien n’est bon que d’aimer, n’est vrai que de souffrir. Chaque soir dans tes chants tu te sentais pâlir. Tu connaissais le monde, et la foule, et l’envie, Et, dans ce corps brisé concentrant ton génie, Tu regardais aussi la Malibran mourir…  » Alfred DE MUSSET (Extrait de son poème « A la Malibran »