Le moulin à café …

 » Ce moulin à café qui dort dans un placard,

N’est pas très satisfait de sa vie à l’écart

Il ne mouline plus, le progrès en est cause

Mais il rêve en secret de faire quelque chose.

Il voudrait qu’on le serre entre de chauds genoux

Et broyer de ses dents, des grains ou des cailloux ;

Pincer contre la chaise une cuisse dodue

Ou tourner à l’envers sans nulle retenue.

Son ronron familier n’est plus qu’un souvenir…

Mais pour lui j’entrevois un nouvel avenir.

Demain il revivra dans un lieu sympathique

On le regardera, comme un objet magique

Je connais un musée, un coin de paradis

Où tous les vieux moulins deviennent des amis !

Chacun à sa façon y conte son histoire

Heureux d’être sorti d’un trop long purgatoire.

Mon vieux moulin Peugeot dira qu’il vient du Doubs

Il montrera sa flèche et ce lion de chez nous …

Ce vaillant serviteur à sa place au musée

Il n’y a pas pour lui, plus belle destinée. « Blanche MAYNADIER (Poétesse et écrivaine française)

Le langage des fleurs …

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Tableau de Otto Eduard ERDMANN

 » En matière de bagatelle, Victor Hugo était, dit-on, aussi excessif qu’en poésie. Souhaitons pour ses conquêtes qu’il ait été aussi génial ! Pour Victor Hugo  » si dieu n’avait la femme, il n’aurait pas fait la fleur. » Le grand homme nous rappelle, si besoin était,l’importance de la fleur dans la relation amoureuse. Elle ne date pas d’hier. Les hommes en cultivent depuis 5000 ans.

En 1819 la prétendue Charlotte de la Tour publie  Le Langage des fleurs un ouvrage qui explique l’histoire des plantes et ce qu’elles symbolisent. Le livre s’adresse aux âmes romantiques et les premières lignes sont explicites :  » heureuse la jeune fille qui ignore les folles joies du monde et ne connaît pas de plus douce occupation que l’étude des plantes ». Si l’on en croit la mystérieuse Charlotte, le langage des fleurs est non seulement universel, mais vieux comme le monde, ou du moins comme l’Egypte des pharaons. Il est aussi diablement compliqué et Charlotte de la Tour ne fait rien pour le simplifier : «  la première règle consiste à savoir qu’une fleur présentée exprime une pensée et qu’il suffit de la renverser pour lui faire dire la chose contraire. Ainsi par exemple, le bouton de rose avec ses épines et ses feuilles vertes veut dire  » je crains mais j’espère  » . Si l’on vous rend ce même bouton en vous le renversant, cela signifiera  » il ne faut ni craindre ni espérer. » Avouez qu’avec une telle syntaxe la communication peut être difficile, voire aboutir à un dialogue de sourds et à des quiproquos désagréables.

Si les fleurs ont un langage, il est donc important de le connaître pour éviter quelques désagréments, d’autant que le langage fleuri n’a pas évolué depuis sa création : la rose est le symbole de l’amour et si un galant offre des rouges, il brûle de passion. Si la fleur est rose, l’amour est sincère, à moins qu’il ne s’agisse simplement d’amitié. Les timides opteront pour la blanche qui signifie  » je ne sais que faire, j’ai peur de vous décevoir « .

Si la rose offerte est jaune, la situation devient plus complexe. Notre homme a voulu signifier à son amie qu’il s’avait qu’elle était volage. Le geste n’est pas très élégant, j’en conviens, mais j’aime tellement les fleurs que cette teinte que j’ai voulu et obtenu, que celles qui portent mon nom soient de cette couleur. L’amour ne se moque t-il pas des convenances ? Et puis, conquérir pour de bon un cœur que l’on sait par nature infidèle, quel est le plus beau défi. Avouer à son aimée que l’on sait son infidélité est une chose, lui annoncer qu’elle a une rivale en est une autre. Nul besoin de chercher les mots : un bouquet d’œillets suffira.

Dans le langage des fleurs, offrir des tulipes veut dire «  sachez que je vous aime « , un camélia rouge  » vous êtes la plus belle  » et des pavots  » je ne rêve que de vous« . Plus romantique, cueillir un bouquet lors d’une promenade à la campagne, quelques fleurs de coquelicots, indique à celle qui reçoit le présent qu’il serait bon de s’aimer au plus vite.Autre fleur champêtre, le bleuet est la plante des timides, de ceux qui voudraient bien mais n’osent pas. Le message est alors clair : c’est à l’autre de prendre les devants. Il faut enfin savoir qu’un homme qui offre des campanules exprime sa douleur et reproche à celle qu’il aime de le faire souffrir.

J’ai lu avec soin les ouvrages signés Charlotte de la Tour et si je devais conseiller un bouquet pour un tête-à-tête, mon choix se porterait d’abord sur les ancolies qui signifient «  je suis fou de vous « . Au deuxième rendez-vous, j’offrirais des bégonias promettant que je suis fantasque et pour le rendez-vous décisif, du lilas blanc, « aimons-nous ». Je m’abstiendrais d’offrir des géraniums, surtout s’ils sont rouges, car ils veulent dire « vous êtes bête« . Si la personne que je désire est une intellectuelle, une vraie, une littéraire, ce sont des pensées que je choisirai car dans le langage des fleurs, elles désignent l’homme par ce qui lui est propre : penser. » Alain BARRATON ( Auteur français de plusieurs ouvrages consacrés au jardin, responsable du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles depuis 1982 – Extrait de son livre L’amour au jardin )