Le thé vert du printemps …

 » Le thé vert du printemps
Comme une aubade dans le vent
Frais et sans souci
Rêve, flâne, rit

Trop léger et tendre
Il ne peut pas attendre

On ne sera jeune qu’une fois
Rien ne peut défier cette loi
Déguste avec tout ton coeur
Sans hésitation ni peur

Un jour tu te souviendras
de ce thé
ce vert
ce printemps  » CHUNG-HING (Peintre, illustratrice et poétesse chinoise. Extrait de son recueil Chants de Thé)

MODIGLIANI & le portrait …

 » Les portraits de Modigliani, même les autoportraits, ne sont pas un reflet de sa ligne externe mais de sa ligne interne, de sa grâce noble, aigüe, svelte, dangereuse, semblable à la corne des licornes. »   ……    « Ce n’est pas Modigliani qui a distordu et allongé les visages, ce n’est pas lui qui a fait ressortir l’asymétrie, qui leur a crevé un oeil, étiré le cou. Tout s’est passé dans son coeur. Et c’est ainsi qu’il nous voyait, qu’il nous aimait, nous appréhendait, nous contredisait, se disputait avec nous. Son dessin était une conversation muette, un dialogue entre son trait et son être. La ressemblance n’était qu’un prétexte dont il usait pour confronter sa propre conception. » Jean COCTEAU (Poète, dessinateur et cinéaste français)

Autoportrait en 1919

« D’un œil observer le monde extérieur, et de l’autre regarder au fond de soi-même. Ce que je cherche n’est pas le réel mais plutôt l’inconscient, le mystère de l’instinct de la race humaine. » A.M.

Amedeo MODIGLIANI 1884-1920

Modigliani fut un peintre et sculpteur italien, un artiste controversé, passionné, novateur, bohême, un grand séducteur, une âme torturée ayant brûlé la vie par les deux bouts, qui s’est jeté démesurément dans tout ce qui a pu le détruire à savoir drogue, alcool et … amour aussi ! Il est mort jeune (35 ans) tuberculeux et il est resté un mythe légendaire avec un style inimitable, facilement reconnaissable.

Il aurait très certainement voulu être reconnu en tant que sculpteur, mais son marchand d’art, Paul Guillaume, va le convaincre de persévérer dans l’art du portrait. Le portrait a été quasiment pour lui l’expression de sa peinture. Il en a fait sa spécialité et il a même réussi à affirmer son originalité et sa modernité dans un genre qui était très traditionnel.

Pour beaucoup, ce sont des portraits de ses proches, de ses amis, mais aussi de personnes inconnues, souvent misérables, rencontrées lors de ses errances. Il deviendra le portraitiste préféré de la Bohême parisienne de son époque.

« Pour faire n’importe quelle œuvre, je dois avoir une personne vivante, je dois l’avoir en face de moi. C »est l’être humain qui m’intéresse. Son visage est la création supérieure de la nature  » A.M.

Pourtant , la critique d’art ne l’a pas ménagé. On trouvait que ses portraits étaient assez répétitifs, ressemblants, similaires. Après sa mort, la notoriété viendra et l’opinion changera. Certes les portraits étaient simples, mais expressifs, intenses, touchants, mais c’est justement cela qui les rendait intéressants, avec ses regards parfois lointains mais tellement présents (bien plus que le personnage lui-même), intrigants aussi, ses longs cous, ses visages allongés un peu similaires à ceux du peintre espagnol El Greco, les yeux en amande , étirés, souvent asymétriques, quelquefois cernés et dans certains cas une pupille inexistante.

MODIGLIANI 1916 COCTEAU
Portrait de Jean COCTEAU ( 1917 ) – Amedeo MODIGLIANI – Cocteau et Modigliani se sont rencontrés par l’intermédiaire de Pablo Picasso.  Ce portrait fut réalisé dans l’atelier d’un ami commun : Moïse Kissling.  Cocteau racontera un jour l’histoire de ce portrait :  » Modi voulait me le donner. Je ne voulais pas qu’il me le donne. Il me l’a vendu cent sous (5 francs)  mais je n’avais pas de quoi prendre un fiacre ouvert pour emporter cette grande toile. Alors elle est restée longtemps chez Kisling. Kisling devait 11 francs au propriétaire de la Rotonde. Il lui demanda s’il acceptait ce portrait à la place. Il l’a fait et le portrait est resté longtemps sur les banquettes de la Rotonde. » …. Il dira aussi  » ça ne me ressemble pas, mais ça ressemble à Modigliani, ce qui est mieux ! « 

En 1916 sa route croise celle de Jeanne Hébuterne à l’Académie Colarossi. Elle a 18 ans et se passionne pour l’art. Elle est jolie, sérieuse, timide et va terriblement le séduire. Les parents de la jeune fille voient d’un très mauvais œil cette relation et s’y opposent en raison de la mauvaise réputation du peintre. Ils menacent, elle refuse de ne plus le voir, quitte la maison familiale et le rejoint pour vivre avec lui. Ils vont s’aimer passionnément et il va faire un grand nombre de portraits de sa compagne.

Jeanne lui a apporté, durant un certain temps, la douceur et la tranquillité qui manquaient à sa vie. Ils aimaient rester ensemble, seuls. Elle l’écartera, durant un certain temps, de cette vie d’errance qui était la sienne. En 1918 elle lui annonce qu’elle est enceinte. Ce n’était pas réellement dans ses projets, mais il est heureux.

Malheureusement, il tombe malade. Un ami lui conseille la chaleur du sud. il part avec Jeanne pour se reposer dans le midi de la France. C’est là qu’elle accouche en 1918 d’une petite fille : Giovanna (Jeanne). En 1919, il les laisse sur place pour se rendre au Salon d’automne. Sa vie de célibataire reprend le dessus, de nouveaux modèles, de nouvelles maîtresses Jeanne finira par rentrer à Paris elle aussi car elle est à nouveau enceinte. Elle est très fatiguée, n’a pas la force de s’occuper de leur fille. En conséquence, elle est placée en nourrice. Jeanne se montre jalouse, ne supporte plus la vie de vagabondage de Modi. Les disputes sont fréquentes et violentes.

En 1920, il attrape froid, son état s’aggrave considérablement. Il entre à l’hôpital et décède d’une méningite tuberculeuse. Jeanne est anéantie et se suicide en se jetant par la fenêtre, enceinte de huit mois. Ils finiront par se rejoindre dans la mort. Leur fille sera élevée par une tante côté paternel , Margharita. Elle est morte en 1984. Elle avait rédigé un livre sur son père Modigliani-Homme et Mythe.

« Maternité » (Jeanne et leur fille)

Quelques autres portraits :

 » Portrait de Paul ALEXANDRE  » Amedeo MODIGLIANI – Paul Alexandre était un médecin, mécène et collectionneur.  » Quand une figure hantait son esprit, il dessinait fiévreusement avec une rapidité inouïe, en ne retouchant pas, recommençant dans une soirée dix fois le même dessin à la clarté d’une bougie jusqu’à ce qu’il ait obtenu le contour désiré d’un jet et qui le satisfaisait. Il sculptait d’ailleurs de la même manière. Il dessinait longtemps puis attaquait le bloc. Il a renoncé à la sculpture à cause de la trop grande fatigue de la taille directe  » Paul Alexandre
 » Portrait de Lunia Czechowska en 1917 env. » Amedeo MODIGLIANI – Ils se sont rencontrés alors qu’il était en couple avec Jeanne et ce grâce à l’intermédiaire de Léopold Zborowski, grand ami du peintre qui, de temps à autre, subvenait à ses besoins en lui achetant de la nourriture, voire même de l’alcool car il comprenait qu’il en avait besoin pour peindre. Il faisait, par ailleurs, le maximum pour vendre certaine toiles afin que Modigliani puisse avoir de l’argent. – Lunia était mariée. Ils vont entretenir une très forte relation affective et il ne semble pas qu’elle ait été sa maîtresse malgré la profondeur de leurs liens. Ils s’entendaient extrêmement bien et elle posait pour lui. Lorsque Jeanne reviendra de la Côte d’Azur avec son bébé, Lunia l’aidera même beaucoup en raison de la fatigue morale et physique de la jeune femme.
Modigliani et Chaïm Soutine ont été de grands amis et ils ont éprouvé une forte admiration réciproque pour leur travail. Ils ont même travaillé ensemble dans un atelier près de Montparnasse. Le slave et l’italien partageront aussi la galère, la misère, l’alcool et la drogue. Ce portrait de Soutine a été peint en 1917. L’historien de l’art Marc Restellini dira un jour  » Leur approche de la beauté fut opposée, mais la quête a été la même ».