Histoire d’un ballet : GISELLE et les Willis …

« Giselle condense tout ce qui était cher aux romantiques et au-dessus du bonheur humain. Sur le plan de la danse, cette œuvre cerne toutes les préoccupations des chorégraphes, de la narration, jusqu’à la magnifique abstraction des ensembles du second acte. C’est pourquoi Giselle peut être considéré comme le ballet des ballets » Thierry MALANDIN (Chorégraphe français)

(Vidéo : Dorothée GILBERT & Mathieu GANIO – Étoiles de l’Opéra de Paris)
(Vidéo : Les Willis / Opéra de Paris)

Neuf ans après La Sylphide de Philippe Taglioni, naitra Giselle, un ballet pastoral magnifique, en deux actes, au croisement de l’évolution d’un art : la danse classique, et d’un mouvement littéraire : le romantisme.

Giselle a beaucoup de points communs avec La Sylphide. Il est basé sur la même formule du réel confronté au surnaturel. Toutefois, dramatiquement parlant, on peut dire qu’il fait preuve de beaucoup plus de profondeur.

C’est le ballet de l’émerveillement, de la poésie, de la magie, du fantomatique, le témoignage de l’amour idéalisé et déçu. Giselle est le ballet de l’Arabesque : position en appui sur une jambe, corps bien droit, pendant que l’autre jambe est levée à hauteur. En l’exécutant, cela donnait l’impression d’une sculpture, d’une reproduction statique de l’envol des Willis, et ce fut surtout utilisé à des fins poétiques.

Giselle conte l’histoire d’une jeune paysanne, passionnée de danse, folle d’amour pour un jeune seigneur qu’elle pensera qu’il ne peut être pour elle en raison de sa position sociale. Il va pourtant lui faire croire que cela est possible et la séduira. Lorsqu’elle va mourir, il sera inconsolable et elle reviendra le hanter à chacune de ses nuits.

Le poète Théophile Gautier avait une grande passion pour la danse, elle le fascinait, le mouvement surtout. Non pas le mouvement vu en tant que tel, reproduction du réel comme il le disait, mais comme une gestuelle dictée par une grande esthétique. Il voyait la danse comme de la littérature en jambes. Giselle sera son rêve.

Théophile GAUTIER

Par ailleurs, il était très amoureux de celle qu’il considérait comme sa muse, la très grande ballerine de l’époque à savoir : Carlotta Grisi dont on disait qu’elle était dotée d’une incroyable technique sur les pointes, qu’elle savait allier force et grâce, qu’elle était très jolie avec ses superbes yeux bleus … Ils rappellent la couleur de la violette la nuit affirmait Théophile.

« Elle rase le sol sans le toucher. On dirait une feuille de rose que la brise promène …  » T.G

De Carlotta Grisi il disait qu’elle était le  » seul vrai amour de son cœur  » – Ne pouvant espérant qu’elle soit ce qu’il aurait souhaité pour lui, il épousera Ernesta Grisi, la sœur de Carlotta, une cantatrice qui lui donnera deux enfants . La danseuse sera la marraine de leur fille Judith. Leur mariage ne sera pas heureux, il continuera d’avoir des sentiments pour Carlotta et aura diverses maîtresses. Le couple se séparera en 1866. Dès lors, il reprendra contact avec Carlotta, lui fera part des sentiments profonds qu’il éprouvait pour elle et , à partir de là, ils se verront de temps à autre et échangeront une correspondance amico-amoureuse qui va durer très longtemps.

Carlotta GRISI

C’est donc pour elle qu’il va imaginer ce ballet, un cadeau qu’il lui offrira pour ses 22 printemps, en s’inspirant d’une part de Victor Hugo pour son recueil de poèmes Fantômes, mais aussi et surtout de l’histoire de jeunes filles mortes d’amour, parce qu’abandonnées, que Heinrich Heine racontera dans livre De l’Allemagne.

Il rédigera le livret en 1841 avec la collaboration de l’auteur dramatique Henri Vernoy de Saint-George. Le ballet fut d’abord intitulé Les Willis puis rebaptisé Giselle. Il sera créé à l’Académie Royale de musique de Paris (Opéra) qui était situé, à l’époque, rue Le Pelletier.

Jules VERNOY DE SAINT-GEORGE

La chorégraphie fut confiée à Jean Coralli et Jules Perrot ( ce dernier était, à l’époque, le compagnon de Carlotta Grisi.) Tous deux vont construire une incroyable dramaturgie dans leur chorégraphie, que ce soit pour les lumineuses scènes terrestres ou les visions nocturne spectrales, les envols des Willis ou les danses très aériennes de la ballerine. Avec eux, la danse féminine de l’époque va subir de grandes métamorphoses. Ils sauront conserver un partage équitable entre danse de caractère et danse classique pure. Carlotta Grisi triomphera dans les variations sublimes conçues tout spécialement pour elle.

Le musique fut confiée à Adolphe Charles Adam, compositeur français, critique musical, professeur au Conservatoire. Il avait écrit, auparavant, un bon nombre de partitions pour la danse, mais celle-ci lui apportera, sans conteste, la renommée et la consécration. C’est une musique qui abonde en motifs divers et superbes; Elle a un sens aigu de la concision dramatique, à la fois lumineuse, efficace dramatiquement parlant, assez raffinée orchestralement.

Les scènes de pantomime offrent de belles variations rythmiques et le leitmotiv (thème répété) est souvent utilisé pour faire référence notamment à une émotion ou un évènement précis. A noter que pour le Pas de deux des jeunes paysans (qui sera rajouté au ballet) ce n’est pas la musique de Adam que l’on entend, mais celle d’un autre compositeur, allemand : Frederic Burgmüller.

( Vidéo :  » Pas de deux des paysans  » – Miriam OULD BRAHAN & Emmanuel THIBAULT ( Étoiles de l’Opéra de Paris) – Ce Pas de deux a été rajouté à la demande d’un riche mécène qui souhaitait vivement de le rôle de la jeune paysanne soit confié à une ballerine qu’il affectionnait tout particulièrement.

Après sa création en 1841, ce ballet entrera au répertoire de l’Opéra de Paris où il sera très régulièrement dansé jusqu’en 1868. Puis il tombera dans l’oubli et ressuscitera de ses cendre grâce à Marius Petipa qui le reprendra et y apportera des avancées considérables à l’époque. Tout commencera par l’arrivée à Saint-Pétersbourg de Jules Perrot qui souhaitera remonter Giselle et demandera à Marius d’être son Albrecht.

Ce dernier le dansera très souvent avant de devenir le grand maître de ballet et chorégraphe que l’on connait. Il avait donc une connaissance assez poussée du ballet, des différents rôles, et il avait, par ailleurs, pu bénéficier des conseils de Perrot. Il le montera donc en 1884, puis en 1887, et en 1889, apportant à chaque fois ses propres arrangements et embellissements, des variations diverses, tout le corps de ballet sur les pointes, créera, entre autres, un magnifique Pas de Deux (toujours d’actualité) entre Giselle et Albrecht, réduira la pantomime, s’adaptera aux goûts du public de chaque époque et proposera des danses plus nombreuses entre Myrtha et les Willis. Pour la musique il fit appel à Ludwig Minkus.

(Vidéo :  » Pas de Deux  » -Petipa- : Roberto BOLLE & Sveltana ZACHAROVA )

Giselle peut se vanter d’avoir connu des grandes interprètes. La première, dont on dit qu’elle fut sublime dans le rôle, fut Alicia Alonso. Elle a dansé ce rôle tant et tant de fois dans sa carrière ! – Il y eut la française Yvette Chauviré, celle que l’on nommait la Greta Garbo de la danse , si touchante avec Rudolf Noureev ou Cyril Atanassoff dans ce ballet qui restera à jamais son préféré, celui qu’elle a dansé plus de 300 fois avec toujours une incroyable sensibilité, un grand lyrisme dans le port des bras, et de belles arabesques ! – Puis Carla Fracci, Margot Fonteyn qui seront tout aussi incroyables et laisseront un souvenir impérissable. Parmi les plus jeunes, il y a Svletana Zacharova : Giselle fut un rôle phare dans sa carrière. Elle est pleine de fraicheur, de grâce, romantique, intuitive, avec une espèce de fragilité qui la caractérise et qui convient parfaitement à ce rôle.

(Vidéo : Alicia ALONSO )
(Vidéo : Yvette CHAUVIRÉ avec Rudolf NOUREEV & Cyril ASTANASOFF
(Vidéo : Svletana ZAKHAROVA )

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